La Victoire de Samothrace au sommet de l’escalier nous ouvre le chemin vers la peinture italienne.
Cela ne commence pas très bien : les salles Perrier et Fontaine (1809-1812) offrent un écrin trop pompeux et surchargé pour les fresques de Botticelli .
Dans la Salle Duchâtel, le plafond représentant le Triomphe de la Peinture Française très surchargé ne parvient pas à écraser le sobre calvaire de Fra, Angelico ni d’affadir les fresques de Luini très lumineuses : l’Adoration des mages.
Le Salon Carré est en restauration : dépoussiérage du plafond doré. C’est dans ce Salon que se déroulèrent les Salons des Artistes vivants jusqu’en 1848, donnant l’expression « salon » pour ces expositions.
Le Pérugin : St Jérôme soutenant les deux pendus
les Primitifs italiens sont exposés dans la Salle des 7 mètres (hauteur de plafond) salle moderne. Je suis tellement fascinée par les œuvres que je cesse de m’intéresser à la scénographie comme j’avais commencé à le faire. Découverte étonnante de ce Maître de 1333
maître 1333 détail du retable en triptyque
je pourrais rester des heures à regarder les petits personnages de l‘Adoration des Mages de Bernardino da Parenzo , formant la caravane des rois mages en serpentant dans la montagne.
Bernardino da Parenzo détail de l’Adoration des mages
Très surprenant Stefano di Giovanni dit Sassetta (Sienne 1450) qui m’évoque les surréalistes ou De Chirico
le Bienheureux Ranieri délivre les pauvres d’une prison de Florence
1275, Guido da Siena : de tout petits tableaux dorés me rappellent les icônes byzantines
« Le jour s’étire comme un vieux chat. Je me suis engagé à pied dans l’avenue Jean-Médecin, loin de l’état civil et de ses papiers introuvables. Une odeur de citronniers me poursuit depuis la place Masséna. Je te vois mieux à présent que je respire l’air de tes dix-sept ans. L’imagination est un fil solide. Tu as actionné un tourniquet de cartes postales dans une rue étroite d’où tu aperçois la façade massive du Ruhl. Tout est imprimé en noir et blanc, sauf cette vue sur la coupole rose du Negresco. »
Eric Fottorino, cinquantaine, nous emmène à Nice sur le lieu de sa naissance en 1960 à la recherche du mystère de cette naissance. 17 ans, c’est l’âge de Lina, sa mère, qu’on a envoyé accoucher en secret cacher cette grossesse hors mariage.
J’avais déjà suivi Fottorino à Fès sur les traces de Moshe,son père biologique, au cimetière juif et dans le mellah dans Le marcheur de Fès que j’avais trouvé très émouvant et qui faisait revivre cette communauté juive marocaine qui maintenant a presque disparu. je l’ai pris pour guide dans mes promenades…
Il raconte son père adoptif, Michel, évocation sensible et affectueuse de cet homme qui lui a donné son nom et sa Tunisie natale.
« J’étais passé d’un père à l’autre, je les avais additionnés. Ma mère, elle, avait fait les frais de l’opération. Je l’avais encore reléguée au rayon des êtres en souffrance. Dans ma grammaire intime le masculin effaçait le féminin. »
Dans 17 ans, Fottorino répare cette omission. Il part à la recherche de cette mère qu’il a d’abord appelé par son prénom. On voulait oublier sa bâtardise en la faisant passer pour sa sœur…il découvre d’autres secrets encore cachés. Toujours avec tendresse et sensibilité, il livre le troisième volet du roman familial.
Toujours attentif aux sentiments et au décor, senteurs de Nice, citrons et cuisine niçoise.
Privée de voyages lointains et de grandes expositions, je suis partie au Louvre sans intentions particulières mais avec la ferme intention de faire de belles découvertes.
Par les temps « ordinaires », je me dirige vers l’Exposition en cours, ou je fais le pèlerinage à « mes » Égyptiens, « mes » Grecs ou je trace vers une salle bien déterminée. J’aime aussi flâner dans la cour Puget, claire et tranquille. J’évite les flots de touristes qui vont voir la Victoire de Samothraceet la Joconde en troupeaux compacts.
Atlantes albani
J’entre dans l’Aile Denon, celle qui longe la Seine et traverse la Salle du Manège que je n’avais jamais remarquée. Le thème de cette salle est Collectionner les Antiques au 17ème siècle. De très belles sculptures grecques ou romaines ont été ,restaurées par des sculpteurs aussi renommés que Giraudon ou Le Bernin, il n’était pas d’usage, alors, d’exposer des sculptures ruinées. Collections de Richelieu, de Mazarin ou des Borghese que Napoléon 1er a acquise .
La mise en scène est parfaite. Il ne fait pas considérer les œuvres individuellement mais plutôt l’ensemble dans cette très grande et belle salle construite par Napoléon III au-dessus des écuries pour des démonstrations équestres (d’où le nom de Manège). Les très fortes colonnes cylindriques lisses sont coiffées de chapiteaux historiés tous différents. Je remarque des bovins portants d’étranges bois plats comme ceux des élans, des sangliers tellement poilus que leurs soies ressemblent à des plumes, chapiteau glorifiant la fauconnerie…..Les plafonds voûtés sont de petites briques roses jointées de blanc. Partout le monogramme N. Napoléon 1er ou III? – III bien sûr.
Atalante
Deux rangées de personnages forment une haie d’honneur à une femme en prière entre deux colonnes de porphyre, derrière une baignoire rouge. Divinité grecques, ou Isis égyptiennes.
A l’arrière c’est le groupe des Satyres ou Atlantes Albani, qui occupe la position centrale entourées de marbres divers. J’ai remarqué l’Atalante en pleine course acquise par Mazarin à Rome, copiée pour Marly en 1665.
Vieux pêcheur grec ou Sénèque
Passé le coup d’œil d’ensemble, je m’attache à certaines œuvres originales comme ce vieux Pêcheur grec, identifié à Sénèque par les Romains en marbre noir émergeant d’une vasque de brèche violette.
Barbare c8
L’entrée est gardée par deux colosses : des captifs barbares, daces sans doutes, puisqu’ils venaient du Forum de Trajan ayant décoré la façade de la Villa Borghese.
Dans le vestibule Denon, deux esclaves maures (Rome 1er siècle complétés par Nicolas Cordier). L’un d’eux, le Maure Borghèse à la tête de calcaire noir, la tunique d’albâtre et la ceinture sont décorées d’une marqueterie de marbres et calcaires colorés de diverses provenances (Turquie actuelle, Grèce, Tunisie) . Cette statue composite a fait l’objet d’une restauration récente et j’ai trouvé par hasard une conférence passionnante.
C’est le troisième livre d’Alexandra Schwartzbrod que je lis. Les personnages 4récurrents sont Eli Bishara, le commissaire de police arabe israélien, Landau son homologue juif, Ana Güler, la libraire stambouliote….que je commence à connaître et auxquels je me suis attachée.
Politique-fiction, dystopie : une épidémie de peste se déclare à La Mecque pendant le pèlerinage. Dans la panique une rumeur se répand : les Juifs auraient empoisonné les puits. Dans le monde musulman une vague antisémite déferle. A Jérusalem, la situation devient explosive. Des attentats meurtriers endeuillent Israël. Andreï Sokolov, homme d’affaire russe candidat à la Mairie de Jérusalem, veut exploiter la situation et déporter les Arabes hors d’Israël.
A New York, aux Nations Unies les autorités paniquent : l’épidémie peut-elle être contenue? Comment réagir à la véritable guerre civile au Moyen Orient?
L’idée est intéressante. Le pitch crédible : guerre bactériologique ou épidémie, le risque de contagion mondiale est sévère, les réserves d’antibiotiques et de vaccins sont au plus bas. Manque de masques et de protections. J’ai entamé cette lecture avec intérêt et tourné les pages pour savoir la fin.
Cependant, j’ai moins accroché que dans les deux autres livres : trop de personnages, trop de lieux différents. On saute de Kazan à La Mecque, de New York à Istanbul, à Dubaï (au sommet de la tour Burj Khalifa) et bien sûr Tel Aviv et Jérusalem. J’ai un peu le tournis. Si les ambiances israéliennes sont bien rendues, les autres villes sont survolées. Beaucoup de personnages, un secrétaire des Nations Unies estonien , une diplomate américaine, un journaliste, des médecins égyptiens, tunisiens, des pèlerins de toute provenance. Difficile de s’attacher à toute cette foule! Qui trop embrasse mal étreint.
La fin paraît bâclée, les Etats Unis lâcheront-ils Israël? La peste restera-t-elle circonscrite à la Mecque?
Étrangement c’est à l’Orangerie, à l’Exposition de Paula Rego, que j’ai entendu parler la première fois de cette oeuvre.
Court roman, longue nouvelle?
Porbus : henri IV
Balzac nous transporte à la fin de 1612 en compagnie deNicolas Poussin jeune, dans l’atelier de Porbusportraitiste de Henri IV et auteur . Un vieux peintre Maitre Frenhofer, élève de Mabuse ( peintre belge Jan Gossaert (Maubeuge, 1478 – Anvers, 1541) donne à Poussin et à Porbus une leçon de peinture. Bien sûr, je connais Poussin mais pas Porbus, ni Mabuse. J’aime quand un livre me conduit à chercher des tableaux sur Internet. Ces découvertes fortuites m’enchantent.
Adam de mabuse
« Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans l’autre ! La véritable lutte est là ! Beaucoup de peintres triomphent instinctivement sans connaître ce thème de l’art. Vous dessinez une femme, mais vous ne la voyez pas ! Ce n’est pas ainsi que l’on parvient à forcer l’arcane de la nature. Votre main reproduit, sans que vous y pensiez, le modèle que vous avez copié chez votre maître. Vous ne descendez pas assez dans l’intimité de la forme, vous ne la poursuivez pas avec assez d’amour et de persévérance dans ses détours et dans ses fuites. »
Maître Frenhofer donne aux deux plus jeunes peintres, une leçon de peinture, il joint le geste à la parole :
Porbus alla chercher palette et pinceaux. Le petit vieillard retroussa ses manches avec un mouvement de brusquerie convulsive, passa son pouce dans la palette diaprée et chargée de tons que Porbus lui tendait ; il lui arracha des mains plutôt qu’il ne les prit une poignée de brosses de toutes dimensions, et sa barbe taillée en pointe se remua soudain par des efforts menaçants qui exprimaient le prurit d’une amoureuse fantaisie. Tout en chargeant son pinceau de couleur, il grommelait entre ses dents : — Voici des tons bons à jeter par la fenêtre avec celui qui les a composés, ils sont d’une crudité et d’une fausseté révoltantes, comment peindre avec cela ?
En plus de cette leçon,le Chef d’oeuvre Inconnu traite également du rapport du peintre et du modèle. Poussin amie Gillette, une très belle femme. Il parvient à persuader Gillette de poser pour Maître Frenhofer afin de terminer sa Belle Noiseuse, son chef d’oeuvreauquel il travaille depuis 10 ans et que personne n’a vu. Le Chef d’Oeuvre inconnu, c’est cette Belle Noiseuse qui a inspiré Rivette pour son film.
Pour ne pas spoiler, je ne raconterai pas la chute; seulement l’intérêt de Picasso et cette phrase de Fumaroli :
« Le Picasso du XVIIe siècle a fini par créer un dripping de Pollock »
L’expression Cabinet des Antiques m’avait suggéré un Cabinet de curiosités et je pensais trouver le monde des artistes. J’avais confondu avec le Chef d’Oeuvre inconnu. Les Antiquesne sont en rien des marbres ou des objets de l’Antiquité. Les Antiques sont les Ultras, les Nobles émigrés à la Révolution de 1789, fidèles à la Monarchie et revenus à la Restauration, pensant retrouver leurs domaines, leurs privilèges de l’Ancien Régime. Entre-temps, la noblesse d’Empire,banquiers et hommes d’affaires tentent de conquérir leur place dans la société.
Les exclus avaient donc, en haine de ce petit faubourg Saint-Germain de province, donné le sobriquet de Cabinet des Antiques au salon du marquis d’Esgrignon….[….]
Il continuait donc alors à trôner dans son salon, si bien nommé le Cabinet des Antiques. Sous la Restauration, ce surnom de douce moquerie s’envenima lorsque les vaincus de 1793 se trouvèrent les vainqueurs.
Il s’agit donc d’une cabale ourdie par du Croisier, méprisé par les Antiques,qui a poussé le jeune Comte D’Esgrignon, à ruiner l’honneur de la famille.
Monsieur Chesnel, le vieux notaire, fidèle à la Maison d’Esgrignon, mettra tout en oeuvre pour sauver le jeune Comte. Il remuera ciel et terre pour que le scandale ne l’éclabousse pas.
Monsieur Chesnel, il s’agit de la France ! il s’agit du pays, il s’agit du peuple, il s’agit d’apprendre à messieurs vos nobles qu’il y a une justice, des lois, une bourgeoisie, une petite noblesse qui les vaut et qui les tient ! On fourrage pas dix champs de blé pour un lièvre, on ne porte pas le déshonneur dans les familles en séduisant de pauvres filles, on ne doit pas mépriser des gens qui nous valent, on ne se moque pas d’eux pendant dix ans, sans que ces faits ne grossissent, ne produisent des avalanches, et ces avalanches tombent, écrasent, enterrent messieurs les nobles.
Même si les Antiques sauvent les meubles, le monde a changé et les privilèges ne sont plus ce qu’ils étaient sous l’Ancien Régime :
Mes chers enfants, il n’y a plus de noblesse, il n’y a plus que de l’aristocratie. Le Code civil de Napoléon a tué les parchemins comme le canon avait déjà tué la féodalité. Vous serez bien plus nobles que vous ne l’êtes quand vous aurez de l’argent. Epousez qui vous voudrez, Victurnien, vous anoblirez votre femme, voilà le plus solide des privilèges qui restent à la noblesse française.
Balzacdélivre ici une leçon d’histoire en plus d’une analyse psychologique comme dans toutes les oeuvres de la Comédie Humaine. Un monde que je découvre toujours avec grand plaisir.
Du côté de Ferrières, non loin de Guermantes ou du Château de Rentilly ou d’Armainvilliers, se trouvent châteaux et parcs, forêts giboyeuses où l’on traça pour les chasses au 18ème ou 19ème siècle de longues allées rectilignes.
Pratique
Cette région de Seine-et-Marneest facilement accessible en voiture par l’autoroute A4 (sortie 12 Bussy-Saint-Georges), par le RER A(Bussy-St-Georges)RER E (Ozoir-la-Ferrières ou Gretz Armainvilliers) .
L’office de Tourisme Marne et Gondoire met à disposition un livret téléchargeable de randonnées pédestres.
Névada?
Sur suggestion de Télérama-Sortir qui promettait le Névada, nous sommes parties avec le pique-nique par une belle matinée ensoleillée.
Château de Ferrières
Un coup d’œil au château de Ferrières derrière ses grilles, immense, de style Renaissance italienne, il fut construit par l’architecte anglais Joseph Paxton de 1855 à 1861 pour le baron James de Rothschild. Il ne se visite pas (ou très exceptionnellement) mais deux restaurants gastronomiques y sont installés. Non loin d’ici, à Armainvilliers, Isaac et Emile Pereire, à la même époque, firent construire un château qui n’existe plus mais dont il reste le parc. On dit que la proximité des deux domaines causa de la confusion chez les invités qui ne savaient pas où se rendre! les forêts de Ferrières et d’Armainvilliers étaient très fréquentées sous le IIème Empire!
la buanderie du château se reflète dans l’étang de Taffarette
Après avoir traversé le village de Ferrières-en-Brie tout à fait charmant avec ses maisons de pierre, sa petite église Saint Rémy nous laissons la voiture au parking à l’extrémité de l’Etang de Taffarette où se reflète le très beau bâtiment de bois qui était la buanderiedu Château de Ferrières.
En passant derrière la buanderie, je trouve une petite route tranquille (cul de sac) qui se transforme en allée piétonnière bordée de très grands et très beaux poiriers. Ces arbres fruitiers couverts de fruits sont tout à fait remarquable par leur âge et leur taille.
l’allée de Taffarette bordée de poiriers vénérables
Eu bout de l’allée nous croisons l’allée des Lions appelée également Allée des Séquoias. 96 arbres géants sont alignés. Immenses, impressionnants.
Allée des séquoias
En rentrant des statues attirent notre attention. Télérama promettait le Névada pas l’Île de Pâques!Ils ne sont pas en pierre mais taillés dans des troncs
taillés dans les troncs
Nous reviendrons bientôt préparer une randonnée dans les grands allées ou les petits sentiers de la grande forêt!
Retour par le chemin des écoliers, ou plus précisément par le Parc Régional des Boucles de la Seine Normandie.
Nous quittons l’autoroute A13 à Pont-Audemer , passons par la Mailleraye et le Pont de Brotonne. je suis étonnée par les forêts que nous traversons dans les Boucles de la Seine : hêtres de taille imposante, chênes et conifères. Après avoir traversé la Seine nous longeons le fleuve dans un paysage étonnant mi-agricole, mi-industriel. Interminable traversée d’un bourg : Le Trait avant de trouver Jumièges et son abbaye ruinée mais très imposante.
Jumièges : la grande nef romane vue du choeur
A la Révolution, l’abbaye est vendue comme Bien National et devient une carrière de pierre. Le Romantiques vont redécouvrir ses ruines qui seront mises en valeur dans un parc romantique planté de tilleuls, de hêtre pourpres et d’arbres remarquables. C’est dans cette optique de « ruine romantique » que je vais visiter Jumièges sans intention historique précise.
Le monastère bénédictin est très ancien : fondé en 654. Au 11ème siècle l’abbatiale fut reconstruite, une des plus hautes églises romanes du dûché. Cette haute construction romane me fait penser aux églises normandes des Pouilles : Saint Nicola de Bari ou Trani qui sont du 11ème siècle, romanes et très hautes. La nef et ses deux tours carrées sont impressionnantes (46 m). L’hôtellerie, date du 12ème siècle. Le choeur de l’église, reconstruit au 13ème est gothique. Un passage voûté 14ème relie la grande église Notre Dame à l’église Saint Pierre remaniée au 14ème siècle et gothique.
Jumièges gothique
Je suis munie d’un plan et si j’en avais fait l’effort, j’aurais pu, sur place identifier les différentes structures avec leur style. Je suis plus occupée à faire des photos, à imaginer les contrastes entre les ruines minérales et la végétation omniprésente sur les murs, dans les ouvertures.
l’Hôtellerie
Les tilleuls embaument, les graminées sont secouée sur la terrasse qui était autrefois le potager des moines. On accède à cette terrasse par un magnifique escalier à double révolution 17ème, construit en même temps que le logis abbatial classique avec son toit à la Mansart et son double fronton triangulaire. Je profite de la promenade sans me poser trop de questions.
terrasse ds potagers des moines
Le retour nous offre une surprise : la Seine se passe en bac. On a à peine le temps d’admirer les falaises de craie et on se retrouve de l’autre côté du fleuve.
Enfin une belle journée de Juillet! Suivant encore les conseils avisés de François je reprends le Chemin du Chanteur ravie de cette répétition. La D20 est toujours aussi passante, je l’emprunte dans la direction de l’Est, traverse une autre voie, contourne un lotissement en périphérie de Blonville sur un chemin interdit aux automobiles. Après avoir passé la voie ferrée la montée commence sur une petite route bordée de haras aux pelouses vertes et bien tondues. Plus haut, à la base du Mont Canisy boisé se trouve le Parc Gulbenkian ; malheureusement, il n’ouvrira qu’à 11 h, m’informe au téléphone l’employée de la Mairie de Deauville qui gère le site. Après l’entrée du Haras des Enclos il faut prendre un petit escalier qui coupe l’épingle à cheveux et conduit à l’entrée du site historique.
Butte de 110 m d’altitude surplombant le littoral et gardant l’estuaire de la Seine. Le Mont Canisy occupait une position stratégique. Fortifié depuis les années 1930, il fait partie du Mur de l’Atlantique. Sans être fan d’histoire militaire, il faut reconnaître que les souvenirs de la Seconde Guerre Mondiale sont encore bien présents, sans parler des plages du Débarquement. Le Mont Canisy est aménagé en batteries, truffé de béton et de blockhaus. Je passe vite les installations militaires cherchant plutôt à profiter de la vue exceptionnelle sur Le Havre et ses docks d’une part et de l’autre côté jusqu’à Ouistreham.
le site, comme le Marais, est une Znieff (zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique. On pourrait herboriser sur la pelouse calcaire.
Bénerville : villa cossue
je descends par Bénerville dont certaines maisons ne manquent pas de charme. L’église (11ème siècle) est entouré du cimetière du village. Sur une tombe proche de l’église on a planté deux pommiers. Sur la route qui déscend à la place, certaines villas sont cossues.
Je retrouve Dominique sur les planches de Blonville. On a monté les tentes bleues, certains parasols sont déployés. Le Key West – un snack avec une belle terrasse sur la plage – vient d’ouvrir aujourd’hui. Comme ils refusent de prendre la réservation d’une table sur la plage nous remontons en voiture et allons voir ailleurs : à Villerville dont j’ai acheté l’itinéraire de promenade dans le Parc des Graves (6km). Google nous indique un restaurant Les Pieds dans l’eau qui nous tente.
Eugène Boudin : la plage de Villerville
Villerville était un village de pêcheurs au bord de l’estuaire de la Seine; accroché à la Falaise des Vaches noires. Il est devenu dès le 19ème siècle une station balnéaire où l’on construisit des maisons un peu extravagantes avec tourelles et toits pointus, manoirs de brique avec vue sur le Havre. Une baleine vint s’échouer, on utilisa l’huile et on construisit un théâtre dans son squelette….En 1962, nouvelle célébrité quand Henri Verneuilvint tourner avec Gabin et BelmondoUn Singe en hiver, des panneaux rappellent le tournage du film et une grande fresque montre Gabin et Belmondo.
Le village est très en pente, les rues étroites, le GPS ne parvient pas à nous conduire à la Terrasse des Pieds dans l’eau (les voitures n’y arrivent pas, il faut se garer en haut du Parc des Graves et descendre à pieds. Nous trouvons un parking sur la digue en face de la fresque et à côté la terrasse d’un hôtel très chic Le Paquebot, construit en style Paquebot- Art déco.
Restaurant style snack, chic&cher. Au diable l’avarice et la gastronomie! Je commande une assiette de fromages normands (camembert, Livarot, Pont Lévêque) pain beurre et Dominique des toasts avec des rillettes de poisson. Pour terminer une coupe de glace du paquebot avec du caramel fondu et de la crème chantilly. Le soleil tape, on déploie pour nous un parasol. Excellente étape!
Villerville : épave dans la tangue
je pars pieds nus sur le sable mouillé. La mer s’est retirée si loin que je ne tente même pas d’y arriver. Un petit tour vers Deauville, sur une plage sauvage. J’arrive Aux Pieds dans le sable. Pas de regrets, Dominique n’aurait pas pu descendre! Un autre tour, côté Honfleur, le désert, il n’y a personne vraiment personne, seule des carcasses de bois (la baleine à l’envers) d’anciens bateaux de pêche dont il ne reste que les côtes. Des piquets sont fichés dans la tangue formant comme une allée. Je commence à paniquer. S’il n’y a personne, c’est peut être dangereux. Je gamberge : une marée qui monterait comme au Mont Saint Michel à la vitesse d’un cheval au galop? Des sables mouvants? Je fais demi-tour.
Promenade dans le Parc des Graves en haut de la falaise. Je n’ai plus le temps de faire les 6.8 km de l’itinéraire. Et nous voulons rentrer tôt pour profiter de notre dernier soir au Lieu Bill.
Notre hôte m’a donné une carte avec un itinéraire de promenade : 4 km jusqu’à la mer. Je donne rendez-vous à Dominique un peu plus loin à Blonville où nous devrions trouver un restaurant de plage.
Sous un soleil agréable, j’ai emprunté le chemin qui part derrière la Maison d’Hôtes entre des barrières de bois. Sur la droite, une très belle chaumière coiffée d’iris. Un petit troupeau de vaches blondes au pré.
Le hangar de la propriété est couvert de panneaux photovoltaïques – véritable petite centrale – Le chemin herbu longe des vergers de pommiers. De l’autre côté de la route, un portail monumental précède une propriété luxueuse. Je prends la petite route goudronnée jusqu’au carrefour marqué le Droulet, départ du Chemin du Chanteur. la circulation sur la petite route est réservée aux riverains, puis la route se transforme en sentier entre les arbres formant des haies descendant au ruisseau qu’on passe à trois reprise sur des petits ponts de planches. La D20 est une route passante mais on la quitte au bout d’une centaine de mètres pour trouver le Chemin du Chesnoye qui traverse la voie ferrée et arrive dans le Marais Villers-Blonville. Ce Marais est une Zone Naturelle Protégée d’environ 120 hectares de praires bocagères drainées par des canaux. De nombreux cheminements ont été aménagés pour les piétons et cyclistes avec des bancs. Un cordon de dunes le sépare de la plage. On voit le Paléospace (musée de Paléontologie) construit près d’un étang et des constructions modernes sans intérêt.
Plutôt que de rejoindre la mer au niveau du Paléospace, je préfère rester dans le Marais espérant suivre le GR mentionné sur la carte. Le GR n’est pas balisé, je me perds un peu. C’est une balade facile avec des chemins cimentés rouges bien propres et des ponts de bois pour franchir ruisseaux et canaux. Impossible de s’orienter « à la boussole » à cause des cours d’eau. Je marche parallèlement à la plage jusque au Camping de Blonville.
Plage de Blonville
Le ciel devient très menaçant et l’averse commence quand j’arrive sur la plage. Après une demi-heure de pluie, nous fixons rendez-vous au Restaurant La Digue à Villers. Le ciel se dégage vite en bord de mer, la promenade pieds dans l’eau est bien agréable. La Digue est un beau restaurant très bien situé, un peu cher. Le service est parfait. les MOules à la crèmes de Normandie très bien servies et délicieuses. Sous une nouvelle averse, la mer est grise.
très riches en fossiles dégagés à marée basse pour le plus grand plaisir de nos élèves de 5ème qui ont toujours bien profité de cette journée à la mer et rapporté gryphées,ammonites et coraux. Le « troupeau » de vaches noires sur l’estran est formé par des blocs de craie dégringolés de la falaise couverts de moules et de balanes, les goélands s’y perchent et dégustent sur place les coquillages.
De la Digue à la sortie d’Houlgate, la promenade dure près de deux heures.
De retour au gîte, la chambre est inondée de soleil. La chaleur est si douce après cette journée pluvieuse que je me cale dans le fauteuil devant la fenêtre pour prendre un bain de chaleur jusquà la tombe de la nuit, passé 22 heures.