A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu.
Le sujet de la pièce est double : l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.
La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)
Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeilletsà Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….
Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c’est l’auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.
« Telle est l’histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C’est l’histoire d’un livre et c’est l’histoire d’un homme. L’histoire d’un livre fait homme. »
Pour enquêter sur l’Histoire d’un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j’ai un peu de mal à suivre.
Erreur de ma part, j’ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D’ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou Le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l’histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m’indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.
La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l’imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l’Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l’Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d’esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l’ouverture d’esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s’adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!
Si Assouline a préféré l’Ecole Biblique à l’Université hébraïque, c’est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.
fresque de doura europos
Parmi toutes les sources, Assouline n’oublie pas que Job vut aussi en islam : Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».
Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m’emmène dans l’univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l’île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l’homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l’âne. On voyage dans le temps et dans l’espace.
Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d’Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l’endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l’hôpital psychiatrique où l’on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l’Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d’autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.
William Blake
Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de De La Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin que cette lecture m’ont fait découvrir. Depuis que j’ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .
La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L’auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d’où sa famille est originaire. De l’ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l’auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! Du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n’y a qu’un pas…Ecrire sur Job, c’est aussi évoquer cette douleur.
Jean rustin
Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. Le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. De la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. Le dernier chapitre qui l’évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou, philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s’attachant au scandale de Job. J’ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j’ai du mal à terminer le livre.
Je quitte à regrets ce livre, j’y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j’ouvrirai avec une autre intention. J’aime les livres qui ouvrent des portes sur d’autres lectures.
Après des lectures sérieuses, la couverture originale m’a fait de l’oeil. Un polar corse?
Après les bandits dans le maquis, un policier corse dans la ville nordiste. Pourquoi pas?
C’est une lecture agréable et facile, chapitres très courts (1 ou 2 pages), une intrigue bien ficelée (que je ne vous raconterai surtout pas).
Une incursion dans le monde des coachs de développement personnel, cela dépayse un peu. Rien sur Lille, cela pourrait être, Charleville ou Roubaix (il faut quand même la proximité de la frontière). La Corse n’est évoquée que très anecdotiquement : les plats mijotés de la mémé Angèle ou des proverbes en langue Corse.
Je me suis laissé embarquer le temps d’un samedi après-midi prolongé dans la nuit avec le sentiment un peu mélangé analogue à celui que j’éprouve quand je regarde une série policière à la télé au lieu de la Grande Librairie ou du documentaire d’Arte. Vague culpabilité d’un plaisir facile, comme finir le paquet de fraises tagada.
Certains polars donnent une analyse pointue d’un milieu social, ou une reconstitution historique pertinente ou font voyager dans des lieux où je n’irai jamais. Un Corse à Lille n’entre pas dans ces catégories. Divertissement sympathique, sans plus.
Un village corse raconté par une écrivaine. Pas plus rose que quand il est décrit par un écrivain. L’histoire commence par le décès de la femme de Francesco, en couches et se termine par les funérailles de celui-ci. La boucle est bouclée. On assiste au lent déclin de du personnage respecté et même craint, le rebouteux. Francesco se laisse aller, de chagrin. Il devient l’ombre de lui-même – Vagabond. Jeux pervers des enfants, entre eux, batailles et humiliations. Francisco devient la risée des enfants, puis victime des commérages des femmes et des manigances d’Emilienne
Marie Ferranti fait pénétrer le lecteur dans le monde très trouble des femmes. Monde de désirs inassouvis, de non-dits, de séductions et de refus silencieux. Monde de commérages et d’intrigues. Cruauté capable d’anéantir un homme. Cuisine et lessive. La patronne nourrit les ouvriers à la ferme, monde d’odeurs et de sang. Lessive à la cendre rinçage purificateur à la rivière. J’ai aimé la page qui détaille toutes les opérations du blanchissage, rinçage à la rivière….
Les commentaires du blog sont précieux. De Marc Biancarelli, n’avais pas beaucoup apprécié Murtoriu : Ballade des innocents. Si Keisha etInganmic n’avaient pas loué Orphelins de Dieu, je n’aurais pas entrepris cette lecture. Et cela aurait été dommage parce que je me suis laissé emporter dans les montagnes corses dans de hardies chevauchées qui ont évoqué pour certains (critiques de Babélio) un western corse avec bandits, chevaux, gendarmes, vol de bestiaux, prostituées (pas au grand coeur, plutôt voleuses).
C’est encore une histoire de vendetta et de bandits! Bien écrites, ces histoires sont distrayantes. Je croyais m’être blasée, et bien non, j’ai pris du plaisir à cette lecture d’horreurs et de sauvagerie.
Petit Charles, a été défiguré par des voleurs de brebis, qui lui ont coupé la langue pour qu’il ne les dénonce pas. Sa soeur, Vénérande, fait appel à l‘Infernu un tueur à gages vieillissant pour venger Petit Charles. L‘Infernu accepte ce dernier contrat et entraîne Vénérande jusqu’à la tanière des 4 frères Santa Lucia, de sinistres brigands, voleurs de bestiaux qui ont martyrisé Petit Charles.
« Ange Columba avait fait couler beaucoup de sang et parfois aussi, coupé des têtes.[…]Evoquer son nom, c’était évoquer sur soi le mal absolu. Aussi l’appelle-t-on l’Infernu »
L’Infernu a guerroyé avec l’armée des insoumis des célèbres Théodore Poli et Antomarchi. L’Infernu, malade qui sent sa fin proche se raconte à Vénérande, il fait le récit d’un épisode de la fuite en Toscane de la bande de Poli et d’Antomarchi. Chassés de Corse, ils e sont repliés sur la Terre Ferme et se cachent dans les marais des maremmes. Guerriers audacieux et soldats valeureux, ce sont aussi des gaillards qui rançonnent les villages, pillent et violent. Ils ‘attirent les foudres des troupes toscanes. La bande se dissout certains rentrent en Corse pour prendre le maquis, d’autres vont en Grèce se joindre aux guerres d’indépendance et aux troupes de Byron devant Missolonghi. Après leurs exploits de mercenaires, ils reviendront en Corse pour vivre une vie de »bandes funestes qui avaient désolé le pays; le temps des rébellions passé, » de voleur de bétails ou de tueurs à gages.
la gourde de Théodore Poli(wikipédia)
« Dieu, Lui aussi, semblait avoir oublié cette terre, Si Dieu, Lui-même regardait ailleurs et se refusait à accomplir son devoir, alors la tâche qui consistait à rendre cette haute justice incomberait à l’Enfer. Et, dans ce pays, l’Enfer était un nom d’homme »
L’Enfer, c’est aussi l’Enfer de Dante. Dans les marais toscans, les bandits citent Boccace, se racontent les histoires du Décameron et récitent les vers de Dante
« je ne crois pas ton Boccace, Joseph, repris Giammarchi, je ne crois pas en ses histoires et au bonheur qu’on y trouverait. Pour moi, il n’y a que Dante qui ait pu nous décrire…. »
« Moi, j’aime les vers de Dante, ils me galvanisent encore. Je trouve que c’est le meilleur hymne à notre marche.
Il n’y a plus de marche, Colomba, nous avons été vaincus à peu près partout. […]Je marche pour être avec vous et je ne pense pas avoir eu une autre cause, jamais. Alors c’est pour cela que nous t’appelons l’Infernu. Tu te bats comme si rien n’en dépendait, que ta vie et celle de tes compagnons… »
« j’ai combattu plus longtemps que je ne devais rien que parce que les hommes tels que toi étaient à mes côtés. je veux dire les orphelins de Dieu… »
J’ai beaucoup aimé cet épisode toscan, quand des rebelles deviennent des bandits. C’est Vénérandequi a le dernier mot :
« Vous aviez un drapeau; et tout, mais à la fin vous me racontez que des horreurs, et il ne vous en a pas fallu beaucoup pour passer dans la truande. Et pour tourner le dos aux seules belles choses que vous auriez pu faire dans votre vie de bon à rien. Et Poli ceci, et Antomarchi cela, mais au final vous voliez des cochons avec des minables et des détraqués et même vous arrachiez des chiens à leurs maîtres et ça c’est répugnant. «
j’ai aussi aimé les descriptions de la chevauchée dans la montagne:
Au matin de la bataille finale, ils remontèrent cette longue gorge où ils avaient passé la première partie de la nuit, suivant un sentier mal frayé qui disparaissait sous les aiguilles de pins. leur petit convoi gravissait le sombre défilé, écrasé par un mur de falaises brunes d’où émergeaient que de rares buissons de bruyères et quelques arbres tortueux qui avaient défié les équilibres du monde. Elle se disait qu’aucun homme n’avait dû poser les mains sur ces parois sinon un homme aussi fou que vaniteux, pour y dénicher les petits des aigles. Au sommet de la gorge, ils trouvèrent un plateau et chevauchèrent en silence un bon moment au milieu des pins et des bruyères hautes, et au saut d’une moraine, ils lancèrent les chevaux sur des dalles de granit, plates et gigantesques, et c’était comme s’ils traversaient une espèce de théâtre à ciel ouvert dont les gradins eussent été les lisières des forêts et les chaos rocheux aux silhouettes étranges de géants pétrifiés… »
Je ne vous raconterai pas la bataille finale. Lisez la!
J’aime me laisser guider par les écrivains, Mérimée a été mon premier passeur, puis Maupassant de retour de Corse, et, finalement, Flaubert que je regrette ne pas avoir trouvé avant. J’ai téléchargé le Voyage dans les Pyrénées, Aquitaine, Languedoc Provence et Corse édité par les Editions des Régionalismes. Je n’ai luque les textes concernant la Corse.
J’ai beaucoup ri à son récit de la traversée en bateau par mauvaise mer. Probablement mon passage préféré.
« Ajaccio, cette ville si éclairée, si pure de couleur, si ouverte au grand air, où les palmiers poussent sur la place publique et dont la baie vaut, dit-on, celle de Palerme… »
Description humoristique de la maison Bonaparte : »Il y a à Ajaccio une maisons que les hommes viendront voir en pèlerinage ; on sera heureux d’en toucher les pierres, on en gravira dans dix siècles les marches en ruines, et on recueillera dans des cassolettes le bois pourri des tilleuls qui fleurissent devant sa porte, et, émus de sa grande ombre, comme si nous voyions la maison d’Alexandre, on se dira : c’est pourtant là que l’Empereur est né! »
Comme dans les chroniques de Maupassant, j’ai préféré les évocations de la nature aux histoires de bandits. Après Mérimée cela devient lassant!
« Vallées pleines d’ombre, maquis de myrtes, sentiers sinueux dans les fougères, golfes aux doux murmures dans les mers bleues, larges horizons de soleil, grandes forêts aux pins décharnés, confidences faites dans le chemin, figure qu’on rencontre, aventures imprévues, longues causeries avec des amis d’hier, tout cela glisse emporté et vite s’oublie pour l’instant, mais bientôt se resserre dans je ne sais quelle synthèse harmonieuse qui ne vous présente plus ensuite qu’un grand mélange suave de sentiments et d’images où la mémoire reporte toujours avec bonheur, vous replace vous-même et vous donne à remâcher, embaumés cette fois de je ne sais quel parfum nouveau qui vous les fait chérir d’une autre manière…. »
Essayez d’arriver hors de l’affluence, les dessins, aquarelles et tableaux sont d’assez petits formats. S’il y a foule dans les salles vous n’en profiterez pas!
Schiele et Basquiat sont présentés ensemble.Tous deux sont des artistes précoces, prolifiques et prodiges, tous deux morts jeunes, à 28 ans. Tous deux rebelles à leur manière. Toutefois il vaut mieux arrêter une comparaison stérile et visiter deux expositions séparément, l’une après l’autre.
autoportrait
Beaucoup d’autoportraits – j’aime parce que cela permet de connaître l’artiste! Egon Schiele me fait penser à un Pierrot, un peu lunaire, un peu spectateur, un oeil grand ouvert, l’autre parfois plissé, ironique?
Des nus, féminins et masculins. Virtuose dans un tracé précis, sans reprises et sans ratures. On a l’impression qu’il a dessiner d’un seul trait. La couleur souligne certaines parties du corps, les mains, le visage, le plus souvent pas toujours, parfois un vêtement, ou une chevelure.
Des portraits d’une acuité impressionnante, les mains sont parfois plus expressives que les visages.
L’exposition est ordonnées selon « La Ligne » : « Ligne ornementale » (1908-1909) où l’influence de Klimt est évidente dans la Danaé aux couleurs métalliques
La « Ligne expressionniste »(1910-1911) quand Egon Schiele s’éloigne du Jugendstil. on sent l’ influence de Kokoschka.
Egon Schiele expérimente différentes techniques à l’aquarelle : aquarelle humide, couleurs expressionnistes n’ayant aucun rapport avec la réalité : jaunes acide de la peau,taches bleues. Parfois, il entoure le dessin d’une auréole de gouache blanche. Parfois il utilise une gouache épaisse ou fait de petites taches par petites touches vives, bleu ou violet modelant les chairs.
Il quitte Vienne et peint des paysages
A la suite de la disparition d’une jeune fille, il est même soupçonné d’enlèvement et incarcéré.Les seules charges contre lui sont des dessins obscènes! et il est relâché.
A la suite de son séjour en prison, on note dans ses dessins une « Recherche de l’équilibre »
puis en 1915-1918 « La ligne Recomposée« . Il est mobilisé pendant la Guerre de 14-18 mais meurt de la Grippe espagnole en 1918.
Il est arrivé d’Ajaccio, avec un marque page en langue corse. Mince et fin, un peu trop long une édition en livre de poche, couverture brune élégante, impression soignée d’un éditeur corse Albiana.
La préface de Jean-Dominique Poli, professeur à l’Université de Corte, est très intéressante et très détaillée accompagnée de nombreuses notes en bas de page. Il soutient la thèse que Maupassant, à la suite de Mérimée avec Colomba, décrit une Corse exotique folklorisée, faite de vendettas, de bandits. « ...Maupassant ne retient que la sauvagerie des lieux afin d’expliquer la sauvagerie des habitants. ». D’après Poli, son regard serait orientaliste à la suite de Daudet« L’île semble errer, seule et perdue dans une mer sans fin entre le Maghreb si énigmatique et les côtes méridionales de la France peuplées de Tartarin de Tarascon ». Poli relève une association de la Corse aux Kroumirs de Tunisie et dénonce le préjugé d’ « un pays sans culture »en opposition à l’Italie.
Le recueil présente 14 chroniques parues dans Le Gaulois 1880-1884 et dans Gil Blas de 1881 à 1885. Nouvelles ou récits d’un journaliste cherchant à séduire le lectorat par des récits un peu sensationnalistes. Textes assez courts (tout juste une dizaines de pages) racontant un événement déroulé au cours d’un voyage en Corse, ils différent de La Vie errante qui est un journal de voyage en Italie, Sicile, Algérie et en Tunisie.En Tunisie j’avais été éblouie par ses pages sur Kérouan.
Je retiens surtout les descriptions :
de la flore du maquis: « Au loin des forêts de châtaigniers énormes semblaient des buissons, tant les vagues de la terre soulevée sont géantes en ce pays ; et les maquis formés de chênes verts, de genévriers, d’arbousiers, de lentisques, d’alaternes, de bruyères, de laurier-tins, de myrte et de buis que relient entre eux les mêlant comme des cheveux, les clématites enlaçantes, les chèvrefeuilles, les cystes, les romarins, les lavandes, les ronces mettaient sur le dos des côtes dont j’approchais une inextricable toison;Et toujours au dessus de cette verdure rampante, les granits des hautes cimes gris, roses ou bleuâtres ont l’air de s’élancer jusqu’au ciel »
– des calanche de Piana : » Après avoir traversé Piana, je pénétrai soudain dans une fantastique forêt de granit rose, une forêt de pics, de colonnes, de figures surprenantes, rongées par le temps, par la pluie, par les vents, par l’écume salée de la mer.
Ces étranges rochers, hauts parois de cent mètres, mince comme des obélisques, coiffés comme des champignons, ou découpés comme des plantes, ou tordus comme des troncs d’arbres, avec des aspects,f’êtres, d’hommes prodigieux d’animaux, de monuments, de fontaines, des attitudes d’humanité pétrifiée, de peuple surnaturel emprisonné dans la pierre par le vouloir séculaire de quelque génie, formaient un immense labyrinthe de formes invraisemblables, rougeâtres ou grises avec des tons bleus. On y distinguait des lions accroupis, des moines debout dans leur robe tombante, des évêques, des diables effrayants, des oiseaux démesurés, des bêtes apocalyptiques , toute la ménagerie fantastique du rêve humain qui nous hante en nos cauchemars. »
de la Forêt d’Aïtone : « Le chemin montait doucement au milieu de la forêt d’Aïtone. Les sapins démesurés élargissaient sur nos têtes une voûte gémissante, poussaient une sorte de plainte continue et triste, tandis qu’à droite comme à gauche leurs troncs minces et droits faisaient une sorte d’armée de tuyaux d’orgue d’où semblait sortir cette musique monotone du vent dans les cimes »
J’ai également téléchargé sur la kindle En Corse de Maupassant numérisé par les éditions arvensa mais seulement 4 des chroniques sont présentes : La Patrie de Colomba, Le Monastère de Corbara, les Bandits Corseset Une Page d’histoire inédite qui sont aussi publiées dans le livre d‘Albiana. Les textes sont accompagnés d’une biographie panoramique et l’Etude de Guy de Maupassant par Pol Neveux – biographie complète mais ne mentionnant pas les textes « corses » de l’auteur.
J’ai rencontré le Caravageà Rome, Naples, La Valette….et toujours impressionnée par le Maître! J’ai aussi lu et relu La Course à l’Abîme de Dominique Fernandez a guidé mes pas dans Rome dans Le piéton de Rome, et La Couleur du soleil de Camilleri.
Baglione : l’amour divin et l’amour profane
Retrouver Le Caravage ressemble plutôt à la visite d’un ami de longue date. Quoique – je ne suis pas sûre que la fréquentation de ce mauvais garçon soit recommandable! J’ai beaucoup apprécié que ses toiles soient confrontées à celle de ses concurrents, contemporains ou élèves, ses amis et ennemis comme le dit le titre. Le musée n’est pas grand, on peut prendre notre temps : remarquer les petites taches de sang qui mouchettent le bras de
Dans la première salle « THEÂTRE DES TÊTES COUPEES » le tableau du Caravage, Judith décapite Holopherne, sous un drapé rouge qui accentue le drame avec un décor théâtral, est accompagné d’autres décapitations de Judith, Saraceni, Gentileschi, ou de David et Goliath du Cavalier d’Arpin. Le David et Goliath d’Orazio Borgianni nous a fait sourire : la posture assez extravagante, les pieds en l’air et cette physionomie de pirate de BD (ou peut être les dessinateurs de BD se sont-ils inspiré de cette tête grimaçante?)
Artemisia Genteleschi : SAinte Cécile
Salle 2 : Musique et Nature morte, le très beau et rare (il vient de l’Ermitage) Joueur de Luth fait face à Sainte Cécile d’Artemisia Gentileschi (j’ai très envie de lire Artemisia de Lapierre que Claudialucia a chroniqué récemment). Deux belles corbeilles de chasselas décorent la Douleur d’Aminte de Bartoloméo Cavarozzi (celui-là vient du Louvre je pourrai lui rendre visite).
Caravage : Joueur de luth
Salle 3 : au saintJean-Baptiste du Caravage de la villa Borghèse avec son mouton répond un autre Saint Jean-Baptiste de Manfredi nettement plus habillé au mouton plus mièvre, plus agneau que bélier.
Saint Jean-Baptiste (détail)
Salle 4 CONTEMPORAINS, occasion de découvrir une adoration des magesd’Annibal Carrache surchargée d’angelots (avec un concert d’anges sur un nuage) très baroque.
Salle 5 MEDITATIONS réunit autour de Saint Jérôme – une figure que j’ai rencontrée aussi à La Valette – un Saint François toujours du Maître et d’autres tableaux représentant une figure unique(figura sola)
Manfredi : couronnement d’épine
Salle 7 LA PASSION DU CHRIST donne à voir les rivalités entre artistes, un concours sur le Thème Ecce Homo aurait été remporté par Cigoli .
Ecce Homo
Le mur du fond est occupé par le très grand tableau de José de Ribera qui se trouvait à Rome cette année-là : Le Reniement de Pierre peint dans un décor d’auberge, où 5 personnages jouent aux dés sous un éclairage caravagesque. En face le tableau de Manfredi nous étonne : on dirait que le soldat romain est décapité (où est donc sa tête alors que son armure brille de tous ses détails?)
Ecce Homo : Cigoli
Jeu des différences avec les deux Madeleine en extase, presque identiques. Nathalie qui est plus observatrice que moi me montre le traitement des cheveux, les mains….
Souper à Emmaüs (détail)
En conclusion : le très beau Souper à Emmaüs.
Et comme toujours, à Jacquemart-André, des vidéos prolongent de façon savante la visite.
Une matinée bien remplie, avec le plaisir de rencontrer une blogueuse que je ne connaissais que virtuellement.
« Si Henry David Thoreau était parmi nous, il nous l’écrirait ce livre dont nous avons intensément besoin pour nous aider à repenser notre rapport à l’Etat, au Marché, à la Religion, à la Nature. Ces quatre piliers porteurs de notre vie et de notre civilisation donnent tous les signes d’un effondrement imminent, rongés par un mal surpuissant : le cancer du béton, l’usure du temps, le modernisme artificieux, la mondialisation qui distend les liens humains et renforce la chape de l’inhumain argent-roi, la surpopulation, la bougeotte massacreuse du touriste, le tournis des modes, le trouble obsessionnel compulsif des chefs, l’incurie des élites, l’inculture des féodaux, l’attaque au carbone radioactif des esprits et de la nature, la prolifération des moustiques et des rats, le trop-plein des milliardaires, etc., tout pousse dans le même sens : la fin »
Roman ambitieux, critique de notre monde en crise selon tout ces aspects économiques, spirituels, philosophique.
Dédié sur la page de garde :
« ...à Henry David Thoreau, Charles Baudelaire, Franz Kafka, Constantin Virgil Gheorghiu, Dino Buzzati … »
Ambitions littéraires sous ces patronages célèbres!
Pourtant, le résultat est confus et parfois ennuyeux à lire. J’ai dû m’accrocher pour le poursuivre. Ce n’est pas avec de bonnes intentions qu’on écrit la meilleure littérature.
Le livre commence comme une dystopie, dans une ville allemande imaginaire assiégée par un envahisseur indéfini, à une période indéterminée…j’ai horreur des dystopies, très à la mode en ce moment. la ville doit être évacuée par un train qui n’arrive pas. Train bondé dans la campagne allemande, cela évoque de cruelles images – et cela ne doit pas être un hasard.
Curieusement l’histoire remonte le temps et nous suivons les pas d’immigrants allemands qui font fortune en Amérique. Fortune immense mais par des moyens inavouables, relents d’esclavage et de colonisation. Regard décalé sur les migrations. Autrefois c’est l’Europe qu’on quittait pour chercher une vie meilleure! Cet aspect m’a beaucoup intéressée. Saga de la famille Ebert multimillionnaires mondialisés.
Le récit fait des embardées, revient à Erlingen au conseil municipal où la démission des dirigeants se prépare… une certaine résistance s’organise….
Le livre est construit en miroir : la première partie LA RÉALITÉ DE LA MÉTAMORPHOSE est composé de lettres d’Ute, à Erlingen adressée à sa fille Hannah à Londres. La seconde, symétrique est intitulée LA MÉTAMORPHOSE DE LA RÉALITÉ est également un roman épistolaire, mais les lettres écrites par Lea ne parviendront jamais à sa mère Elisabeth Potier puisque cette dernière est décédée.
Cette réalité est celle de Paris ou de sa banlieue à l’heure des attentats et du Bataclan. La mère de Léa, enseignait dans un établissement difficile d’une cité du 9.3. A sa retraite, elle part en Allemagne comme préceptrice de la fille de richissimes industriels et visite un Musée de l’émigration. Nous revenons sur cette thématique de l’émigration.
A la suite des attentats, mère et filles rentrent à Paris
« La journée fut longue et héroïque. L’appareil-photo et le portable de maman recelaient une centaine d’instantanés magnifique, des foules denses, graves, la vie qui marche, la vie qui proteste, mais aussi des foules hébétées qui rasent les murs, qui se fondent dans le paysage. Il y avait dans l’air parisien comme une réminiscence de l’envers…Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé…et Paris occupé! »
J’ai préféré cette seconde partie qui traite plus du réel mais où des digressions sur l’esclavage et le colonialisme nous conduisent encore en Amérique.
La lectrice est accrochée. Ce livre très riche mais très confus me laisse une impression de ratage étrange et sympathique. Chaque chapitre est intéressant en soit. La construction est intelligente, le propos réfléchi. mais cela ne prend pas (comme on dit d’une mayonnaise). En revanche j’ai envie de relire La Métamorphose, le Désert des Tartare , Les Immortels d’Agapia et surtout Thoreau que je ne connais que de nom.