De l’abbaye médiévale Toussaint à Angers, il ne restait plus après la Révolution que la ruine romantique de l’église gothique. Pour remplacer la voûte écroulée en 1815, on a construit une haute verrière sur une élégante charpente de bois. La galerie ainsi rénovée fut offerte au sculpteur David d’Angers (1788-1856) dont les œuvres étaient exposées auparavant au Musée des Beaux Arts d’Angers.
Angevins et Plantagenet
David d’Angers, prix de Rome en 1811, obtint des commandes dans toute la France : un Condé monumental et un Gutenberg pour Strasbourg. Il sculpta également le fronton du Panthéon. Fidèle à sa ville natale, envoya dès 1811 un exemplaire, souvent des plâtres d’atelier à Angers.
Gutenberg
Les sculptures sont présentées sous l’éclairage naturel de la belle verrière. C’est un plaisir de détailler les bas reliefs très expressifs et les bustes des hommes célèbres contemporains du sculpteur. Les écrivains romantiques sont tous là : Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo dont il fut l’ami, mais aussi Goethe…..Balzac.
Fidèle à la République, après la prise de pouvoir de Napoléon III, c’est vers la Grèce qu’il se tourne. On voit donc aussi le buste de Canaris et une sculpture sur le monument à Botzaris à Missolonghi.
/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-qformat:yes;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin:0cm;
mso-para-margin-bottom:.0001pt;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:11.0pt;
font-family: »Calibri », »sans-serif »;
mso-ascii-font-family:Calibri;
mso-ascii-theme-font:minor-latin;
mso-fareast-font-family: »Times New Roman »;
mso-fareast-theme-font:minor-fareast;
mso-hansi-font-family:Calibri;
mso-hansi-theme-font:minor-latin;
mso-bidi-font-family: »Times New Roman »;
mso-bidi-theme-font:minor-bidi;}
« Je vais au-devant du soleil…Il flamboie à mes yeux dans les brumes colorées de l’Orient…. »
Nerval est parti à l’aventure, sansaucun plan, aucun programme. Sa relation est une série de récits à un ami dans lequel ajoute des anecdotes et même des contes.
« Tu ne m’as pas encore demandé où je vais : le sais-je moi-même ? je vais tâcher de voir des pays que je n’ai pas vus…. »
Nerval n’est pas parti en pèlerin, comme Chateaubriand ou comme Byron, il ne s’est pas chargé d’une bibliothèque comme Lamartine. Nerval pare des charmes de l’Orient, les rives du Lac de Constance dont le nom évoque Constantinople. Nerval est dilettante, il cherche la bonne fortune, s’attarde sous le charme des belles à Vienne qu’il quittera après une rupture sentimentale. Vienne est-elle encore la porte de l’Orient ? Ou seulement une étape agréable ?
Il embarque à Trieste sur l’Adriatique par un temps épouvantable, fait relâche à Corfou dont nous ne saurons rien, et, après une tempête, aborde à Cythère
« …ma journée a commencé comme un chant d’Homère ! C’était vraiment l’Aurore aux doigts de rose qui m’ouvrait les portes de l’Orient !… »
S’il commence sur le mode lyrique, il ajoute aussitôt :
Embarquement pour Cythère – Watteau
« Pour rentrer dans la prose, il faut avouer Que Cythère n’a conservé de toutes ses beautés que les rocs de porphyre, aussi tristes à voir que de simples rochers de grès. Pas un arbre sur la côte […] pas une rose, hélas ! Pas un coquillage le long de ce bord où les Néréides avaient choisi la conque de Cypris. Je cherchais les bergers et les bergères de Watteau…. »
Mais plutôt que de rester dans un inventaire prosaïque de ses déceptions, il préfère écrire un chapitre s’intitulant : La Messe de Vénus où il raconte les amours de Polyphile et de Polia, deux amants se préparant au pèlerinage de Cythère. Polyphile, c’est-à-dire Francesco Colonna, peintre du 15ème s’éprit d’une princesse italienne…Nerval, le poète s’autorise toute digression anachronique, pour notre plus grand plaisir. Mais il ne nous prive pas de la description de l’île, sous domination anglaise. Il cherche les vestiges du temple de Vénus, découvre une arche portant une inscription qu’il traduit : guérison des cœurs !
Avant de naviguer dans les Cyclades, il passe le Cap Malée « c’est un lieu magnifique en effet pour rêver au bruit des flots comme un moine romantique de Byron ! »
Dans la rade de Syra (Syros ?) : «je vis ce matin dans un ravissement complet. Je voudrais m’arrêter tout à fait chez ce bon peuple hellène, au milieu de ces îles aux noms sonores et d’où s’exhale comme un parfum du Jardin des Racines grecques » et de nous faire une démonstration de ses connaissances «Ah que je remercie à présent mes bons professeurs, tant de fois maudits, de m’avoir appris de quoi déchiffrer à Syra l’enseigne d’un barbier … »
Mais aux moulins de Syra, sa connaissances du Grec lui fait défaut et l’entraîne dans ne sorte de chasse aux jeunes filles, en revanche il est capable de suivre une un drame helléniqueoù un Léonidas moderne avec trois cents palikares terminent la pièce par des coups de fusil.
J’aurais volontiers suivi Nerval dans d’autres aventures aussi distrayantes mais il ne s’attarde pas et fait voile vers l’Egypte.
Sa première impression est que «l’Égypte est un vaste tombeau : […] en abordant cette plage d’Alexandrie qui, avec ses ruines et ses monticules offre aux yeux des tombeaux épars sur un terre de cendre. ». En touriste, il va voir la colonne de Pompée, les bains de Cléopâtre et « je ne te parle pas d’une grande place tout européenne formée par les palais des consuls… »
Pierre Narcisse – bonaparte faisant grâce aux révoltés du Caire
Le titre de la partie consacrée au Caire : LES FEMMES DU CAIRE, est instructif. Nerval nous racontera son ascensions aux Pyramides, décrira les marchés, les palais…mais il ne se comporte pas comme les autres visiteurs. Sa première préoccupation est de découvrir les femmes égyptiennes« Arrêtons-nous, et cherchons à soulever un coin du voile austère de la déesse de Saïs. » »L’habit mystérieux des femmes donne à la foule qui remplit les rues l’aspect joyeux d’un bal masqué », écrit-il un peu plus loin. Loin d’épouser les préjugés occidentaux, il imagine que le voile procure aux égyptiennes une liberté que les européennes ne connaîtraient pas.
Son drogman, son interprète Abdallah, essaie de lui faire connaître les mœurs des Européens au Caire, l’entraîne dans les hôtels,mais « autant voudrait n’être point parti de Marseille. J’aime mieux, pour moi essayer la vie orientale tout à fait. ». Il décide de louer une maison, il doit d’abord acheter du mobilier au bazar, engager du personnel mais ce qu’il n’avait pas prévu c’est qu’il lui faudrait prendre femme. Cette aventure occupe une bonne partie de son séjour au Caire et lui permet d’entrer dans l’intimité de familles coptes ou musulmanes à la recherche d’une épouseconvenable.
« Ne vous mariez pas, et surtout ne prenez point le turban ! » lui conseille un peintre français officiant avec un daguerréotype. Abdallah, le drogman est d’un autre avis, il propose des « mariages coptes » qui, avec l’avantage d’être chrétien, ne l’engagerait que pour le temps de son séjour en Egypte – mariage temporaire, en quelque sorte, trouvées par l’intermédiaire d’un wekil – un entremetteur. L’idée du mariage temporaire heurte la sensibilité de Nerval, une dernière solution lui paraît meilleure : acheterune esclave qu’il libèrerait ainsi…
Nous voilà bien loin des relations de voyage des pèlerins ou des touristes de Cook ! Nous arrivons en pleines Mille et Unes Nuits, au Besestain – le bazar – dans les jardins de Rosette, dans un bois d’orangers et de mûriers – au Mousky… Nerval nous fait découvrir la vie quotidienne au Caire où il se promène sur des ânes ou à pied. Rencontres insolites avec les anciens compagnons de Bonaparte restés en Égypte. Nerval ne partage pas les préjugés en cours: « je trouve qu’en général ce pauvre peuple d’Égypte est trop méprisé par les Européens ».
Nous suivons ses progrès dans la langue arabe dont il ne connaît au début qu’un seul mot Tayeb bon pour tous les usages, découvrons la cuisine locale, y compris les sauterelles,
Après huit mois passés au Caire, avec son esclave Zeynab, Nerval s’embarque sur une cange sur le Nilbravant la peste qui sévit dans le delta et poursuit vers Beyrouth sur La Santa-Barbara,bateau grec en compagnie d’un jeune arménien poéte. La navigation à voile est hasardeuse :
«Pour peu que les vents nous fussent contraires nous risquions d’aller faire connaissance avec la patrie inhospitalière des Lestrigons ou les rochers porphyreux des Phéaciens. O Ulysse ! Télémaque ! Enée ! Étais-je destiné à vérifier par moi-même votre itinéraire fallacieux ! «
Contrairement à Chateaubriand et son catholicisme militant, à Lamartine qui se réjouissait d’emboiter les pas de Jésus, Nerval se présente comme « un Parisien nourri d’idées philosophiques, un fils de Voltaire, un impie selon l’opinion des braves gens ! » il est donc dénué de préjugés religieux et admire la tolérance mutuelle pour les religions diverses. C’est cette tolérance qui le différencie de ses prédécesseurs fameux et qui le rend tellement ouvert à toutes les croyances et les traditions. Devant les côtes de Palestine, il n’éprouve aucun enthousiasme mystique, mais décrit les montagnes, l’aspect de la côte et, surtout raconte la quarantaine à laquelle ils sont soumis arrivant d’une zone où sévit la peste.
Au Liban, dans la Montagne,il est l’hôte des Maronites, mais aussi des Druzes, assiste aux batailles entre ces communautés. Un moment, il pense participer à ces combats :
«Que je puisse assister, dans ma vie à une lutte un peu grandiose, à une guerre religieuse. Il serait si beau d’y mourir pour la cause que vous défendez »
Mais dans le feu de l’action, le voilà qui reconnaît les druzes qui l’avaient si bien accueilli et que les vengeances, les destructions sans fin ne le concernent pas et il conclue
« Au fond, ces peuples s’estiment entre eux plus qu’on ne croit et ne peuvent oublier les liens qui les unissaient jadis. Tourmentés et excités soit par les missionnaires, soit par les moines, dans l’intérêt des puissances européennes, ils se ménagent à la manière des condottieri d’autrefois, qui livraient de grands combats sans effusion de sang… »
Pour être plus libre de ses mouvements dans la montagne, Nerval a laissé son esclave Zeynab à la pension de madame Carlès. Il y rencontre une jeune Druze dont il tombe amoureux. Il va donc essayer de faire libérer le père de Selma, emprisonné par les Turcs de demander sa main. Fasciné par cette religion secrète, il tente d’en pénétrer les arcanes et trouve une parenté entre leur dogme et les secrets des Rose-Croix.
Interrompant son journal de bord, il raconte, sur le ton du conte oriental, l’HISTOIRE DU CALIFE HAKEMen l’an 1000, dans les ruines du Vieux Caire. Hachich, rêves, prodiges… le conte, ou la légende est passionnante.
Encore une fois, Nerval qui a donné l’impression de vouloir se fixer au Liban reprend le voyage pour Constantinople.
Antoine Melling – Constantinople
« ville étrange que Constantinople ! Splendeur et misère, larmes et joie ; l’arbitraire plus qu’ailleurs, et aussi plus de liberté. Turcs, Arméniens, Grecs et Juifs, enfants du même sol et se supportant beaucoup mieux les uns les autres que ne le font, chez nous les gens de diverses provinces ou de divers partis. »
Encore une fois, la tolérance de Nerval est remarquable ! Curiosité de la variété des langues, des journaux, de la cuisine !
Alors qu’au Caire, il fuyait les Européens, à Constantinople, il fréquente Arméniens et européens et les Grecsqui ne sont pas touristes mais partie prenante de la vie de la ville. Les Mille et Une Nuits ne sont pas loin : un inconnu lui raconte une aventure arrivée au Sérail.
Arrivé au moment du Ramadan, Nerval ne veut pas renoncer aux fêtes nocturnes. Le seul moyen d’y assister est de loger à Stamboul :«Pensée absurde au premier abord attendu qu’aucun chrétien n’a le droit d’y prendre domicile » « eh bien ! un moyen seul existe ici,c’ est de vous faire passer pour Persan. »
Et voilà Nerval obligé de se déguiser en marchant persan pour loger dans un caravansérail. Le jour en revanche, il était libre d’aller à Péraou ailleurs, visiter ses amis chrétiens ! A nouveau, prétexte à nous raconter un conte : spectacle de Karagueuz !
De tous les voyageurs romantiques que j’ai lus, Nerval m’apparaît le meilleur compagnon avec sa grande tolérance, son absence de préjugés, et sa fantaisie.
Ainsi se termine son voyage :
« J’ai été fort touché à Constantinople en voyant de bons derviches assister à la messe. La parole de Dieu leur paraissait bonne dans toutes les langues. Du reste, ils n’obligent personne à tourner comme un volant au son des flûtes, – ce qui pour eux-mêmes est la plus sublime façon d’honorer le ciel. »
Les lectures communes sont l’occasion de merveilleuses découvertes. Comment suis-je passée à côté d’un tel chef d’œuvre?Sans le défi de Claudialucia d’Aifelle et d’autres, je n’aurais peut être pas choisi un gros pavé. Pavé? J’exagère parce que c’est une lecture numérique sur ma nouvelle liseuse qui a l’avantage de garder en mémoire les passages que j’ai soulignés, et surtout de m’accompagner sans surcharger les bagages…
Que cache ce titre L’Homme qui rit? Pendant un bon tiers du livre, j’ai peu d’indices. pour répondre à ma curiosité
Je m’engage donc à l’aveugle à l’aventure dans l’Angleterre de 1680.
Roman historique? C’est une lecture possible. J’y apprendrai beaucoup sur la succession des rois : Stuart, la Révolution de Cromwell, Jacques II qui rétablit la royauté, CharlesII, la Reine Ann.
Tout renaissait, tout reprenait sa place. Dryden en haut, Shakespeare en bas, Charles II sur le trône, Cromwell au gibet
Que le lion puisse redevenir baudet, cela étonne, mais cela est . Cela se voyait en Angleterre. On avait repris le bât de l’idolâtrie royaliste
Hugo explique le fonctionnement de la Chambre des Lords, contre-pouvoir de la royauté…. je ne ma plains pas des digressions, elles m’instruisent.
La mer qui, le moment d’avant, avait des écailles avait maintenant une peau. Tel est ce dragon. Ce n’était plus le crocodile, c’était le boa. Cette peau plombée et sale, semblait épaisse et se ridait lourdement
Ce qui caractérise la tempête de neige, c’est qu’elle est noire. l’aspect habituel de la nature dans l’orage, terre ou mer obscure, c’est blême, est renversé ; le ciel est noir, l’océan est blanc
Roman fantastiqueque cette plongée dans le froid de l’hiver à Portland, embarquement mystérieux sur cette ourque dans une tempête de neige noire, naufrage annoncé, lutte contre les éléments déchaînés, cette cloche qui résonne dans la Manche,….Fantastique, la course de l’enfant qui découvre le gibet, première rencontre avec la mort, deuxième rencontre avec la mendiante morte sous la neige. j’imagine Hugo à Guernesey décrivant la tempête (je me laisse emporter par mon imagination, je crois que le livre a été composé à Bruxelles). Aucune trace de rire dans ce début de roman.
le spectre était là au pillage. Il endurait cette voie de fait horrible, la pourriture en plain vent. Il était hors la loi du cercueil. Il avait l’anéantissement sans la paix. Il tombait en cendre l’été et en boue l’hiver….[….] il était simulacre. Ayant sur lui les souffles qui ne s’apaisent pas…
Sont-ils sortis de l’imagination de l’écrivain? Ursus, colporteur apothicaire, guérisseur, philosophe, sur sa charrette? plus fort encore les comprachicos? et plus loin le terrifiant Wapentake? Ont-ils existé? Peu importe, on y croit.
Roman politique : la richesse des Lords suppose la pauvreté du peuple. Victor Hugo étale les possessions, les privilèges, les abus des Lords. La longue énumération des propriétés a pour but de nous faire sentir jusqu’à la nausée l’énorme richesse de certains face au dénuement des autres.
Mon garçon, les carrosses existent. Le lord est dedans, le peuple est sous la roue, le sage se range
Roman d’amour:entre Dea, la belle, et Gwynplaine, monstrueux. Amours innocentes mais aussi éveil du désir, de la tentation du sexe….
Etre aveugle et amoureux, c’est être deux fois aveugle
Tu as une chose à faire, aimer Dea. tu es heureux de deux bonheurs : le premier c’est que la foule voit ton museau ; le second c’est que Dea ne le voit pas.
Roman social
Quand Gwynplaine se trouvait saltimbanque :
Oh! Si j’étais puissant, comme je viendrais en aide aux malheureux! Mais que suis-je? un atome. Que puis-je? rien. Il se trompait. Il pouvait beaucoup pour les malheureux. Il les faisait rire
Quand Gwynplaine se retrouve élevé à la position de lord:
Deux spectres, l’adversité et la prospérité, prenant possession de la même âme, chacun la tirant à soi. partage pathétique d’une intelligence, d’une volonté, d’un cerveau,
Gwynplaine saisir l’occasion, à la Chambre des lords de plaider pour les pauvres:
Milords, je viens vous apprendre une nouvelle. Le genre humain existe.
Je suis un plongeur, et j’ai rapporté la perle, la vérité. Je parle parce que je sais.Vous m’entendrez, milords. J’ai éprouvé, j’ai vu. La souffrance, non, ce n’est pas un mot, messieurs les heureux. La pauvreté, j’y ai grandi ; l’hiver…
Est-ce que vous ne voyez pas que vous êtes dans une balance et qu’il y a dans un plateau votre puissance, dans l’autre votre responsabilité. Dieu vous pèse. Oh! ne riez pas. Méditez.
Généreux, c’est le mot qui me vient pour qualifier Hugo dans cette œuvre. Dans cette plaidoirie et dans le plaisir jamais compté que l’auteur donne au lecteur qui est parfois submergé d’émotions, de renseignements, richesse de vocabulaire, d’images…
Merci avant toute chose à Claudialucia d’avoir proposé les Fiancés comme lecture commune! C’est une vraie découverte que je n’aurais pas faite seule.
La première surprise fut d’ouvrir le paquet : un gros pavé de plus de 850 pages. Un gros livre peut être promesse d’un plaisir prolongé de lecture mais aussi un long pensum. j’ai vite sauté la préface très savante, et très ennuyeuse pour qui ne connait ni l’auteur ni l’ouvrage. On aurait mieux fait de la mettre en postface. j’y suis retournée.
Cela commence comme du Stendhal dans les Nouvelles Italiennes, un manuscrit ancien… puis une belle description des sommets au dessus du Lac de Côme…puis arrivent les Braves, séides des seigneurs, cap et épée, sicaires… nous quittons Stendhal pour Dumas. Don Rodrigue, tyranneau local, neveu d’un Grand de Milan, a parié avec un de ses cousins qu’il séduirait Lucia, la petite fiancée. Manzoni bataille contre les abus de pouvoir de la noblesse. Un peu plus loin, c’est Diderot et la Religieuse qui a inspiré l’auteur.Chaque épisode introduit un nouveau personnage. Et ces personnages ne sont jamais secondaires, ce sont les véritables héros d’une grosse histoire qui fait oublier les Fiancés Renzo et Lucia, que l’on perd de vue pour les retrouver dans de nouvelles aventures. Si le pouvoir civil est espagnol, le clergé, moines capucins, curés, évêques, cardinaux (et même un quasi-saint Frédéric Borromée) jouent un rôle prépondérant dans la vie du Milanais. On assiste à un presque miracle : la conversion d’un bandit l’Innommé…
L’action se déroule dans le Milanais en 1628. L’Espagne règne sur Milan. Les mauvaises récoltes ont causé la disette puis des émeutes du pain. Casale est assiégée, en France Richelieu fait le siège de la Rochelle, la guerre de succession de Mantoue va voir les troupes étrangères se déverser sur la Lombardie et apporter désolation, pillages et dans leur sillage, la peste. Je lis Les Fiancés comme un roman historique. Manzoni s’est documenté pour raconter les évènements. Il cite ses sources. Les notes (malencontreusement situées à la fin du livre, j’aurais préféré en bas de page) confirment l’authenticité des faits et des personnes. Et surtout Manzoni se livre à une véritable analyse économique quand il explique les effets négatifs de la fixation d’un prix trop bas au pain. C’est un véritable cours d’économie.
Quand il raconte l’épidémie de peste, l’auteur ne nous épargne aucun détail. Il faut se souvenir que la contagion de la peste n’a été découverte que beaucoup plus tard, en 1894, et pourtant il a des intuitions géniales. Il montre l’incurie des services de santé qui nient la réalité de l’épidémie, la laissant s’étendre au lieu de la contenir, les atermoiements, les mesures prises alors, la lâcheté de certains, le courage d’autres, aussi les raisonnements oiseux de Ferrante, l’érudit dans sa tour d’ivoire, qui préfère interpréter la catastrophe par les conjonctions de Jupiter et des planètes, ou par des sophismes, et négligeant de se protéger, contracte la fatale maladie.
D’autres lectures du gros livre sont possibles, une lecture catholique, dont je suis éloignée…. en V.O. il serait intéressant de suivre l’Italien au moment où le Toscan devient l’Italien alors que l’Italie s’unifie. Lecture sociale : lutte des petits contre la tyrannie des nobles, Manzoni écrit peu de temps après le passage de Napoléon en Italie, popularisant les thèses de la Révolution….Il est remarquable que les héros ne soient pas des princes et princesses mais un ouvrier, fileur de soie, et une petite paysanne. Là, cependant, j’ai été un peu frustrée : autant l’auteur s’est appliqué pour raconter le quotidien des moniales, des capucins, du curé de campagne, ou celui des seigneurs-bandits, autant il aurait pu nous montrer les ouvriers du textile au travail. Le livre aurait été encore gros!
Véritable découverte!
Avant, l’association Romantisme et Italie était univoque : Verdi maintenant je penserai à Manzoni!
Lecture Commune initiée par Claudialucia pour découvrir une œuvre méconnue! George Sand s’apparentait plutôt à mes lectures adolescentes. Sans cette Lecture Commune je n’aurais pas eu l’idée de chercher Teverino dans le gros Omnibus :GEORGE SAND : Vies d’Artistes
Court roman ou longue nouvelle? Une centaine de pages qui s’apparenteraient à l’univers du conte avec la petite oiseleuse, petite fée, et l’apparition presque magique de Teverino, dans le rôle d’un enchanteur un peu transformiste.
Tousles invités que Lady G. a invité à une partie de campagne se sont récusés à l’exception de Léonce, un ami de longue date. Pour éviter un tête-à-tête inconvenant (Lady G est mariée à un anglais, ennuyeux et buveur), ils emmènent en promenade dans le cabriolet, la servante noire Lélé, et un curé rencontré en route.
Lady G s’ennuie, Léonce promet de la distraire mais sans l’embarrasser d’une cour inopportune:
» – Nous sommes de vieux amis, et nous le serons toujours, si nous avons la sagesse de persister à nous aimer modérément comme vous me l’avez promis »…
Leur conversation prend le ton d’un marivaudage un peu agaçant, ils parlent d’amour sans y toucher, de religion avec indifférence :
« – n’allez vous pas à la messe le dimanche?
– C’est une affaire de convenance, et pour ne pas jouer le rôle de l’esprit fort. Le dimanche est d’obligation religieuse, par conséquent d’usage mondain. »
Léonce se présente comme un artiste. Jusqu’à leur rencontre avec Madeleine leur ton badin et superficiel semble contraint.
Le déjeuner champêtre à la Roche-Verte dans un pittoresque paysage de montagne avec le curé gourmand et la compagnie des jeunes pâtres des montagnes déride l’ambiance. L’arrivée de la « fille aux oiseaux » et l’allusion à la « noce fantastique du conte de Gracieuse et Percinet » chasse la conversation badine pour une jolie partie de campagne. Léonce avait tout prévu même le hamac orné de plumes multicolores pour la sieste. Le paysage est romantique avec ses gorges arides cachant un vallon délicieux, le petit lac poissonneux.
C’est dans ce décor merveilleux que surgit Teverino, le vagabond, le faune, le nageur qui se pare d’herbes aquatiques et de nymphéa ressemblant à un Neptune antique ou une de ces statues représentant un fleuve – le Tibre, comme le suggère son nom -.
« Léonce frappé de la perfection d’un semblable modèle, ouvrit son album et essaya de faire un croquis de cet être bizarre, qui, reflété dans l’eau limpide, à demi nu à demi vêtu d’herbes et de fleurs offrait le plus beau type qu’un artiste ait le bonheur de contempler… »
Teverino est un personnage singulier. Italien, enfant trouvé il a servi de modèle aux peintres et sculpteurs, chante merveilleusement bien, et a acquis un vernis de culture pour briller en société. Revêtant les habits de Léonce, il peut passer pour un marquis et accompagnera la compagnie dans leur escapade.
Ce nouveau compagnon donne un tour nouveau à l’excursion qui devient une véritable aventure. La voiture quitte les chemins paisibles et les riants plateaux pour arriver dans des abimes, des rochers abrupts et neigeux, des torrents en crue. Les sentiments débordent également. Sabina (Lady G) se laisse emporter par la séduction de Teverino qui passe la frontière pour les emmener en Italie. Italie rêvée, Italie des artistes, des passions, de la musique. L’innocent pique-nique vire à la fugue. Les sentiments s’épanchent. La jalousie intrigue. Dépité par les rebuffades de Sabina et le succès de Teverino, Léonce fait mine de tomber amoureux la fille aux oiseaux.
La nuit sera une véritable farce: Lélé, la noire entre par mégarde chez le curé qui la prend pour le diable. Sabina est saisie de remords, coupable de s’être laissée entraîner avec Teverino.
Au lendemain, sur le chemin du retour, chacun reviendra à la raison.
C’est une lecture pittoresque, agréable, distrayante, pleine de surprises. Si le marivaudage entre les deux aristocrates, bien élevés, maîtrisant leurs sentiments est un peu convenu, Sand bouscule les conventions dès que Teverino paraît. La critique sociale devient plus virulente. Faux marquis, faux chanteur célèbre, vrai séducteur, vrai virtuose des sentiments, Teverino pousse Léonce et Sabina hors de leurs retranchements et leur fait découvrir leurs sentiments. Étrange personnage que ce modèle masculin, on est habitué à la muse de l’artiste et Madeleine joue innocemment ce rôle. On devine que les rôles ne sont pas répartis comme le veut la tradition.
Étrange fin qui n’en est pas une.
les « outils de la blogueuse »
Étrange coïncidence, alors qu’un rangement s’imposait du côté de la pile des livres à lire (bien connue des blogueuses sous l’acronyme PAL) voici qu’un carnet surgit de la poussière (enfin, j’exagère)
De Smyrne, Chateaubriand va à Constantinople chercher les firmans qui lui permettront de poursuivre son voyage jusqu’en Terre Sainte. Il ne veut pas rater Troie, mais n’y parvient pas.
J’attendais avec impatience la description deConstantinople. L’écrivain ne s’y attarde pas . Il tombe mal, au moment de la révolte de Roumélie.. Mais surtout il « n’aime visiter que les lieux embellis par les vertus ou par les arts. Je ne trouvais dans la patrie des Phocas et Bajazet, ni les unes ni les autres… »
A Jaffa, le voyage change et le ton aussi. En pèlerinage, Chateaubriand est reçu par des religieux. Il s’attachera à reconnaitre les Lieux Saints. Le voyage devient alors plus aventureux. Comme le tourisme moderne génère un cortège d’arnaques en tous genres, les pèlerinages sont l’occasion de pillage, de rançons et de violence. Alors qu’il avait traversé la Morée pourtant infestée de klephtes, d’armatoles et de bandits en une parfaite sérénité, en Palestine,il doit, pour éviter les tracasseries des autorités, se mettre sous la protection de tribus qui se disputent la « protection » des pèlerins, se déguiser, cacher son identité pour atteindre le Jourdain et la Mer Morte.
Ces aventures pimentent le récit un peu trop piétiste à mon goût. Chateaubriand prend au pied de la lettre les Ecritures, il trouve la Maison de Pilate, reconnait la Probatique (citerne où l’on purifiait les brebis des sacrifices). Je m’agace un peu de la naïveté de celui qui croit qu’Hélène a vraiment retrouvé la Vraie Croix…Le pieux pèlerin, en quête des décors de ses Martyrs, ne nous épargne aucun détail. La précision de ses descriptions, son exégèse des textes est d’une réelle maniaquerie. Vais-je encore le suivre ? Et bien oui, parce qu’il mène rondement l’enquête des Sépulchres des Rois et à nouveau adopte la démarche de l’archéologue, ou de l’historien de l’art examinant les indices avec minuties, démontant les diverses hypothèses.
prise de Jérusalem par les Croisés via Wikipédia
Jérusalem est le siège du saint Sépulcre mais c’est aussi le théâtre des Croisades. Les chevaliers passionnent Chateaubriand (il me semble qu’un ancêtre croisé était évoqué à Combourg). Il adopte un parti extrémiste :
« Qui oserait dire que la cause des Guerres Sacrées fut injuste ? Où en serions-nous, si nos pères n’eussent repoussé la force par la force ? Que l’on contemple la Grèce, et l’on apprendra ce que devient un peuple sous le joug des Musulmans… »
Peut être est-ce ce souvenir des Croisés qui fait embrasser aux Occidentaux la cause des Grecs chrétiens ? Peut- être cette réflexion explique pourquoi Chateaubriand n’a pas aimé Istanbul ? Son antipathie pour les Turcs qui lui ont procuré les firmans et qui lui ont facilité le voyage, est viscérale. C’est pourtant méconnaissance de l’histoire, du sac de Constantinople par les Latins en 1204. Je n’ai que peu de sympathie pour les Croisades sanguinaires et pour le fanatisme, pas plus d’ailleurs pour … »Saladin (qui) ne voulut pas entrer dans la mosquée convertie en église par les chrétiens sans en avoir fait laver les murs avec de l’eau de rose. Cinq cent chameaux suffirent à peine pour porter toute l’eau de rose employée pour cette occasion…. »
Pour décrire Jérusalem, Chateaubriand cite l’Evangile, Flavius Josèphe , mais aussi le Tasse et Racine. Quelle poésie, ces vers d’Athalie ! Quelle surprise de lire en italien La Jérusalem délivrée « poème des soldats : il respire la valeur et la gloire, et comme je l’ai dit dans les Martyrs sembler être écrit sur un bouclier… »
On ne plane pas toujours dans les cimes de la poésie : Chateaubriand ne nous fait grâce d’aucun détail même le carnet des courses consignées par son drogman Michel (en italien, avec des fautes dit l’écrivain, je ne les ai pas trouvées). Il a vite vaincu mon agacement laïc et a su m’enchanter. La conclusion de son séjour à Jérusalem est l’adoubement à l’ordre de chevaliers du Saint Sépulcre dans l’église du Calvaire à douze pas du tombeau de Godefroi de Bouillon. Quelle fin romanesque, et romantique ! » avec ce brillant diplôme de chevalier on me donna mon humble patente de pèlerin…. »
Le retour par l’Egypte, la Tunisie et l’Espagne est écrit avec beaucoup moins de détails et d’un ton très alerte. A son escale d’Alexandrie, il remonte le Nil de Rosette au Caire pour voir les pyramides, rencontre des « mamelouks français » anciens soldats de Bonaparte restés en Egypte au service de Mohamad Ali Pacha, portant de longues robes de soie et des turbans blancs…A Alexandrie il relève les inscriptions de la colonne Pompée »au très sage Empereur protecteur d’Alexandrie Dioclétien, Auguste Pollion préfet d’Egypte », hasard qui s’articule avec les Martyrs ?
Le voyage du bateau commandé par un Ragusois pour atteindre Tunis est une véritable Odyssée.
Tunis, c’est bien sûr Carthage et la ville de Didon. Chateaubriand en profite pour citer Virgile et Strabon mais surtout pour nous faire une magistrale leçon d’histoire antique en évoquant les personnages fameux, Hannibal et Scipion l’africain, Massinissa, mais aussi Sophonisbe. Guerrier virils s’affrontent, femmes fatales que Didon et Sophonisbe ! la leçon d’histoire ne s’arrête pas sur les ruines fumantes de Carthage. La république romaine s’effondre, l’empire lui donnera un nouveau lustre. Saint Augustin, les Barbares complètent le tableau.
Conclusion terrible de l’itinéraire : « …..la mort de Saint Louis si touchante, si vertueuse, si tranquille, par où se termine l’histoire de Carthage….[……] Je n’ai plus rien à dire aux lecteurs ; il est temps qu’ils rentrent avec moi dans notre commune patrie…. »
Encore mille mercis à Claudialucia qui m’a entrainée dans l’aventure romantique sur les pas de Chateaubriand. D’abord à Saint Malo et Combourg, maintenant sur l’Itinéraire. Des années du lycée, j’avais gardé une image rebutante de Chateaubriand. Avec la suffisance de l’adolescence j’avais décidé, sans lire plus loin que Lagarde et Michard, que l’auteur de Mémoires d’Outre-tombe, du Génie du Christianisme ou des Martyrs ne pouvait être qu’un infâme raseur. Nous étions une classe dissipée, Polyeucte en avait fait les frais : lue avec l’accent pied noir, la pièce avait acquis un pouvoir comique délirant.
Il a fallu attendre des décennies pour que je me décide à suivre Chateaubriand et je ne l’ai pas regretté. En 1806, trois ans avant Byron, 9 ans après que les Iles Ioniennes ne deviennent français par la paix de Campoformio, il entreprend seul le Pèlerinage aux Lieux saints, le voyage en Orient, embarque à Trieste sur un vaisseau qui le mène à Modon(Methoni) et à Coron au sud du Péloponnèse qu’on appelait alors la Morée.
Au large d’Otrante
«… j’étais là sur les frontières de l’antiquité grecque, et aux confins de l’antiquité latine. Pythagore, Alcibiade, Scipion, césar, Pompée, Auguste, Horace, Virgile avaient traversé cette mer…. »
L’érudit se double d’un aventurier. Il traverse la Morée, évitant le Magne en révolte contre le Sultan, accompagné de Joseph à son service, d’un janissaire pour la sécurité, d’un guide grec, il chevauche dans des contrées sauvages. Le pacha de Morée installé à Tripolizza le reçoit, lui accorde les firmans qui lui donneront le droit de voyager – même au frais du sultan , ce dont il n’abusera pas. Entrevue pittoresque, épisode comique du refoulement de Joseph qui avait cru bon de s’enturbanner. Le Pacha veut savoir si Chateaubriand a combattu en Egypte, lui-même a été fait prisonnier des Français à Aboukir ! L’étape suivante est Mystra où il cherche Sparte et le tombeau de Leonidas, s’essaie à l’épigraphie : a-t-il retrouvé le socle de cet autel du Rire ?
« …L’autel du rire subsistant seul au milieu de Sparte ensevelie offrirait un beau sujet de triomphe à la philosophie de Démocrite… »
Quel plaisir de chevaucher avec un poète érudit qui se promène avec émotion sur les bords de l’Eurotas, visite Mycène où il retrouve le tombeau de Clytemnestre et d’Egisthe, et Corinthe. Poursuivant les antiquités, c’est aussi un observateur de ses contemporains. Un épisode symbolise la tyrannie des agas et des pachas sur les pauvres grecs :
« le commandant (le pacha)se leva avec effort, prit sa carabine, ajusta longtemps entre les sapins et lâcha son coup de fusil. Le Turc revint après son expédition, se rasseoir sur sa natte aussi tranquille t bonhomme qu’auparavant. Le paysan descendit à la garde, blessé en toute apparence car il pleurait et montrait son sang. On lui donna cinquante coups de bâtons pour le guérir…. »
Un carton, pour montrer son habileté de tireur et la valeur de sa carabine !
Il visite Athènes accompagné par un antiquaire –on dirait archéologue aujourd’hui – Monsieur Fauvel. Athènes n’est plus qu’une pauvre bourgade :
« O Solon ! o Thémistocle ! Le chef des eunuques noirs propriétaire d’Athènes et toutes les autres villes de la Grèce envient cet insigne bonheur aux Athéniens… »
Le capitaine autrichien qui devait le reprendre au Cap Sounion ne l’a pas attendu. Il traversera l’Archipel – les Cyclades – sur les petites embarcations grecques, jusqu’à Tinos puis sur une felouque hydriote jusqu’à Smyrne ayant pour équipage une famille. Quel plaisir de naviguer avec lui, passer près deScyros où Achille passa son enfance, Délos célèbre par la naissance de Diane et d’Apollon, par son palmier : Naxos qui me rappelait Ariadne, Thésée Bacchus….Scio…la felouque était lavée, soignée et parée comme une maison chérie…. »
Intriguée par le personnage de Byron, j’ai cherché une biographie. Celle de Maurois est fort agréable à lire, très bien documentée. L’atmosphère du début du 19ème siècle est particulièrement bien rendue. Maurois a également écrit Ariel ou la vie de Shelley, son contemporain et ami.
En prologue, l’auteur présente toute une dynastie de Lords Byron, tous un peu bizarres et excentriques. Les Gordon écossais, la famille de la mère du poète, sont différents, rigoristes, calvinistes. C’est en Écosse que George Gordon Byron passera son enfance avant d’hériter du titre et du domaine de Newstead de ses ancêtres paternels. Si Byron était un enfant gracieux, il était aussi affligé d’une infirmité : ses jambes ne le portaient pas, il boitait. Il conçu de cette disgrâce un immense orgueil et une grande volonté : grand sportif, il compensait cette marche difficile par des exploits à la nage, à la course et à cheval.
Brumes écossaises
Ses études, à l’école de grammaire d’Aberdeen, se poursuivirent à Harrow où il batailla pour s’imposer, puis au Trinity College de Cambridge où son talent de poète fut précocement reconnu. George Gordon ne fut pas toujours un écolier assidu. Très jeune il tombait régulièrement amoureux, de Mary Duff,sa cousine à Aberdeen, puis de sa voisine d’Annesley, Mary-Ann, avec qui il passait ses vacances, amours impossibles, amours déçues.
Dépit amoureux ou air du temps, cynisme ambiant, entrainé par des compagnons de débauche, Lord Byron devint un Don Juan. Rien jusqu’alors n’annonçait le voyage en Orient, ni la participation à l’indépendance de la Grèce. Byron admirait Bonaparte en pleine guerre entre l’Empire et la Grande Bretagne, pour les idées libérales ou par provocation?
le 26 juin 1809, il s’embarque pour Lisbonne avec son ami Hobhouse plutôt pour fuir son ennui, ses dettes et l’Angleterre que dans un but précis. Il prend contact avec l’Europe en guerre, à Malte il prend des leçons d’arabe puis passe par l’Albanie dont les montagnes sauvages lui rappelèrent l’Écosse, il rencontre le Pacha de Janina et sympathise avec ce personnage singulier, bandit, corsaire.C’est aussi en Albanie qu’il entre en contact avec l’Islam sans aucun préjugé. Il visite Constantinople,s’installe à Athènes, tombe amoureux de jolies athéniennes et surtout apprend l’Italien avec six jeunes ragazzi au couvent des Capucins, organise des matches de boxe, nage au Pirée, en Morée (Péloponèse) il attrape la malaria..Dilettante, sans aucun engagement politique. « Le fatalisme musulman avait renforcé le sien » note Maurois. « La multiplicité des religions lui avait enseigné leur faiblesse ».
Athèhes tour des vents
Il rentre en Angleterre renforcé dans le cynisme et l’indifférence à la chose publique, avec son poème Childe Harold qui lui gagne l’admiration des salons londoniens. Libre après le décès de sa mère, célèbre, il poursuit ses conquêtes féminines. C’est la partie de la biographie qui m’a un peu ennuyée. Je me perds dans l’énumération des maîtresses de tout âge et condition, qui le poursuivent de leurs assiduités. Après la conquête, il se lasse vite…Augusta, sa demi-sœur sera la confidente. Et pas seulement, puisqu’elle mettra au monde une fille de Byron. Elle l’encourage à se marier : l’entreprise lui plait tout d’abord. Un riche parti serait le bienvenue, Byron est toujours ruiné. Il propose donc le mariage à Annabella Milbank « princesse des parallélogrammes » jeune fille cultivée, mathématicienne, croyante et naïve, pleine de bonne volonté.
Le mariage est un désastre. Lune de mélasse, Byron s’ennuie. Il tyrannise sa femme. Sa santé donne des inquiétudes. Annabella, Lady Byron, fait venir sa sœur Augusta. Curieux ménage à trois. A la naissance de leur fille légitime, Lady Byron et Lord Byron se sont séparés. Des bruits courent sur ses amours incestueuses. Au scandale, Byron préfère l’exil. En 1816, en compagnie de Polidori, son secrétaire et médecin, il passe par Anvers, le Rhin puis s’arrête en Suisse, près de Genève à la villa Diodati où il retrouve Shelley. Sa maitresse, Claire, amie de Shelley est enceinte et lui donne une troisième fille. Non loin de là se trouve le domaine de Coppet de Madame de Staël, la compagnie est agréable mais il passe en Italie. A Milan il fait la rencontre de Beyle qui lui parle de Napoléon.
C’est à Venise qu’il s’établit, il continue sa carrière de Don Juan. Ses aventures vénitiennes sont plus agréables à suivre que celles de Londres. Ses maîtresses sont plus exotiques, l’un d’elle aurait même joué du couteau, une femme de boulanger, une autre, femme du monde Madame Guiccioli réduit Don Juan au rôle de Sigisbée.Byron suit le couple à Bologne et à Ravenne. A Venise il a fait venir sa troisième fille Allegra et loge au Palais Monicego. L’adultère finit par l’ennuyer – comme le mariage en Angleterre – Il se mêle alors de politique et devient le chef des Carbonari de Ravenne? En 1820, les enfants de Ravenne proclamaient « Vive la Liberté » « Vive la République et mort au Pape »Il se mêle alors de politique et soutient les Carbonari de Ravenne, au désespoir du comte Guiccioli. Le scandale de l’adultère éclate et un procès éloigne Teresa Guiccioli.
(merci à Tilia de m’en avoir donné l’idée, j’ai copié)
« Byron avait jadis maudit et offensé ces brumeuses déesses, les conventions britannique ; il devenait par l’arrêt de la Cour Pontificale, la victime des conventions italiennes » note Maurois.
Exilés à Pise, les amants retrouvent les Shelley à Pise où décède le poète. C’est là que Mavrocaordato, le professeur de Grec de Mary Shelley apprend l’insurrection de la Grèce en 1821. Quand Mavrocordato avait rejoint les insurgés Byron avait déclaré « je veux retourner en Grèce et il est probable que j’y mourrai…. »
Pitt voyait les intérêts anglais dans l’intégrité de l’empire Ottoman mais après 1823, un certain nombre de whigs fondèrent un comité philhellène et envoyèrent en Grèce Blaquière qui s’arrêta à Gènes voir Byron. Ce dernier vit dans la libération de la Grèce une rédemption et embarqua le 13 juillet 1823 sur l’Hercule. Le 1er Aout, il mouille à Céphalonie – les Iles Ioniennes étaient sous protectorat britannique – Byron avait vendu son domaine de Rochdale, il était décidé de dépenser cette fortune pour la cause grecque.
les Grecs étaient divisés entre Colocotronis, Odysseus, Mavrocordato, les factions ne cherchaient pas à unir leurs forces. Byron était en faveur de Mavrocordato. Les Souliotes de Missolonghi demandèrent- à Byron d’être leur chef. La lutte s’enlisant à Missolonghi, il décida de prendre la ville de Lépante aux mains des turcs. L’expédition de Lépante fut une catastrophe, les Souliotes l’accusèrent même d’être un espion turc. première attaque de Byron, convulsions, épilepsie? Missolonghi tourne au cauchemard, les Souliotes assassinent un Britannique, menaces de peste, discordes en tous genres. Pour toute aide la Grande Bretagne expédie des bibles en grec moderne. Quelques jours après Pâques, très affaibli, Byron meurt.
Je me suis inscrite au challenge de Claudialucia pour le Voyage en Orient. N’étant guère romantique, mais voyageuse, j’ai saisi cette opportunité pour un voyage dans le temps.
J’ai commencé avec Byron et Childe Harold, et j’avoue que l’embarquement a été laborieux. D’abord, j’ai téléchargé le poème sur mon ordinateur et cette lecture électronique n’était pas une bonne idée : un court poème qui tient entier sur l’écran, accompagné ou non d’un tableau, comme sur le blog de Claudialucia, c’est un enchantement. Des centaines de vers défilent, sans le repère de la page, c’est très fatigant et peu satisfaisant. Je cherchais le combattant de l’indépendance grecque et les envolées lyriques d’une Grèce antique imaginaire m’ont un peu déçue.
J’avais découvert Byron dans l’anthologie de Duchêne : LE VOYAGE EN GRECE (coll. BOUQUINS) que j’emporte régulièrement. Son journal de Céphalonie, ses lettres d’Athènes et de Missolonghi – où il est mort – m’avaient enchantée. Sa rencontre avec Ali Pacha à Tépelen – le Bonaparte mahométan – les costumes pittoresques des Albanais – les paysages de montagne:
… »Je n’oublierai jamais l’étrange spectacle de Tépelen à notre arrivée ; il était cinq heures du soir, le soleil déclinait ; cela m’a fiat penser (avec néanmoins quelque modification de costume) à la description que fait Scott du château de Branksome dans son lai et au système féodal/ Les albanais dans leur costume( le plus magnifique du monde : long kilt blanc, manteau brodé d’or, veste et gilet en velours cramoisi à brandebourgs dorés, pistolets et poignards incrustés d’argent), les Tartares en bonnets pointus, les turcs vêtus de pelisses et enturbannés…. »
Dans une lettre de Patras, malade, il ironise sur son sort. En vers, c’est léger et drôle
le siège de tripolizza par Zografos Makriyannis (via Wiki)
Byron raconte aussi les guerres d’indépendances auxquelles il s’est associé, fait ses comptes quand il engage ses Souliotes. Le personnage est fascinant. Dans le même ouvrage par Edward John Trelawny, cite les intrigues entre les factions, Hydriotes, Maniotes, Klephtes…des luttes de la toute jeune Grèce.