Ruta Tannenbaum : Miljenko Jergovic

BIBLIOTHÈQUE BALKANIQUE

Miljenko Jergovic est un auteur Croate, né en 1965 à Sarajevo, vit à Zagreb depuis 1993. l’action de Ruta Tannenbaum se déroule à Zagreb de 1920 à 1943.

 

Ruta Tannenbaum est librement inspiré du destin de Léa Deutsch, une jeune actrice disparue. Ruta Tannenbaum est  la « Shirley Temple de Zagreb« , née de parents juifs non pratiquants. Elle sera déportée en 1943.

 

Je n’ai aucun goût pour les enfants prodiges, encore moins quand ce sont des petites filles gâtées et arrogantes. Ses parents sont plutôt antipathiques, fades et peu intéressants. Sans empathie pour les personnages principaux, connaissant la triste fin de l’histoire….j’ai donc eu la tentation d’abandonner ce livre dès les premiers chapitres.

J’aurais eu tort.

Le père de Ruta, Salomon Tannenbaum, dit Moni,a un caractère médiocre, sauf quand il traîne sous la  fausse identité d’Emmanuel Keglevic, pilier de bistrot et mauvais sujet où il devient fort  déplaisant. Ivka Singer la mère, fut une beauté dont il ne reste rien, sa seule activité semble de marcher en talons pour déranger ses voisins goys. Elle confie, sans qu’on comprenne bien pourquoi, sa fille à sa voisine à moitié folle qui a perdu un enfant…

Autour de ces personnage principaux gravitent de nombreux personnages secondaires décrits avec beaucoup de pittoresque et de vivacité. j’ai beaucoup aimé le band père Abraham Singer, commerçant à la retraite, conscient du danger qui guette les Juifs et qui a vendu sa boutique pour faire émigrer ses enfants en Amérique. Un rabbin roumain très pieux… un ingénieur, un metteur en scène arriviste, une dramaturge pro-nazi qui rêve de voir sa pièce jouée devant le Führer… sont portraiturés de manière plus vive.

Le contexte historique et politique fait tout l’intérêt du livre. Les Zagrébois assistent d’abord  à l’Anschluss avec une sympathie non cachée pour les nazis. .  Zagreb est une ville encore très autrichienne. Artistes et comédiens n’ont d’yeux que pour Vienne. On assiste aussi à la montée de l’antisémitisme, aux avertissements des Sionistes et de certains juifs conscients du danger. De sympathie pro-germanique, les Oustachis, prenant le pouvoir, se comportent en terribles suppôts des nazis.

En 1943, ce sera la solution finale.

Cette collaboration entre Oustachis croates et Allemands est un épisode de l’histoire dont j’avais vaguement entendu parler. Ce roman en donne une version très intéressante.

 

Mara la courtisane et autres nouvelles – IVO ANDRIC

LIRE POUR LES BALKANS

Ivo Andric (1892-1975) est né à Travnik, en Bosnie dans une famille croate mais il s’est défini comme serbe et comme yougoslave. Prix Nobel 1961. Merci à l’ami FaceBook, qui m’a recommandé cet auteur!

Mara la Courtisane est un recueil de 10 nouvelles, de longueur variable. La nouvelle qui a donné le titre au livre est la plus longue. Si elles se déroulent toutes sur les mêmes lieux, aux environs de Sarajevo, elles se succèdent dans le temps, du 18 ème siècle au début du 20 ème siècle . L’Histoire s’égrène,  de l’empire ottoman qui se délite, à l’entrée de l’Autriche en Bosnie, l’arrivée de la modernité, le chemin de fer, la Première Guerre mondiale….

C’est une galerie de portraits , chaque nouvelle présente un personnage singulier, Bonneval Pacha, l’aventurier  français, qui a servi le roi de France avant de se rallier à son ennemi à Vienne et finalement se convertir à l’Islam pour profiter de la protection de Constantinople….agité et violent, désinvolte.

L’esclave, razziée en Herzegovine dans un village détruit, est farouche. Je ne suis pas arrivée à préciser la date de l’exaction. Jusqu’à quelle époque cette pratique abominable a-t-elle été pratiquée dans les Balkans? Dans l’empire ottoman, c’est seulement en 1871 que l’esclavagiste  tomba sous le coup d’un emprisonnement (un an seulement)Wikipedia. lire aussi ICI

Au temps du cantonnement présente une série de dignitaires et militaires ottomans, cadi, mullahs, pachas et imams dans toute leur diversité. Au sein des armées turques les origines étaient diverses, les cantonnements éloignés aussi bien en Arménie, en Anatolie, à Brousse ou Constantinople…Sarajevo ou pire Travnik n’étaient pas des postes très prisés. Le Mullah Jusuf  qui accompagne le pacha est un triste personnage, poète, muezzin, mais aussi violeur.

Après la lecture de ces deux nouvelles où le sort des femmes est particulièrement cruel, je comprends mieux Lalé la Blanche – recueil de nouvelles – d’Ömer Seyfettin, auteur turc du début du 20ème siècle. J’avais trouvé ces nouvelles d’une cruauté presque insupportables détaillant un viol et d’autres abus.

A l’auberge du monastère : le personnage principal est un moine, Marko, plutôt simplet, dont la foi s’exprimait le mieux quand il jardinait :

« allez pousse! avec l’aide du ciel » exhortait-il le plan de betterave dont il arrachait les feuilles.

On retrouve Marko dans une autre nouvelle : autour de l’alambic. Même si la Bosnie est sous la loi ottomane, la rakia y joue un rôle principal. Turcs comme chrétiens en font une consommation déraisonnable et nombreuses violences et crimes lui sont imputables.

Plusieurs nouvelles se déroulent pendant l’année troublée 1878 pendant l’insurrection des Serbes de Bosnie Herzegovine  Très ignorante de l’histoire de cette région, j’ai été un peu perdue entre les protagonistes : Le Lieutenant Murat, lieutenant de l’armée turque se trouve entraîné dans des événements qui le dépassent..

A ces courtes nouvelles succède Mara la courtisane , environ 50 pages d’une histoire tragique. Courtisane? l’adolescente, fille du boulanger enlevée par un noble turc qui quittera le pays à la faveur des troubles. Recueillie dans une famille de notables chrétiens, elle partage la vie des femmes qui est bien difficile.

L’histoire du kmet Siman est celle du métayer qui se rebelle contre l’aga propriétaire de la ferme. A la suite de l’annexion par l’Autriche de la Bosnie, il croit pouvoir ^detre le maître de son sort, et le seul bénéficiaire des récoltes. Mais ‘Autriche n’a pas aboli la propriété ni les lois turques régissant le métayage…Siman sombre dans l’alcoolisme après avoir perdu ses procès, mais toujours persuadé de son bon droit

« il y a une justice, crois-moi, Salih bey ! Je veux bien être un imbecile, un bon à rien. Je veux bien! mais il en viendra un , un meilleur que moi, qui règlera plus intelligemment les comptes, d’une façon qui ne plaira ni aux agas, ni aux autorités du cadastre…[…] les gens se riront des agas comme ils se aujourd’hui de moi. Seulement ce sera un rire un peu plus grand et plus fort: toute la Bosnie en tremblera. Il ne restera de moi qu’une poignée d’os sous la terre mais je n’ai pas besoin de meilleur requiem »

Les personnages de la dernière nouvelle sont les Montagnes de Rzav. Les montagnes sauvages voient arriver les Autrichiens, les scieries, les Italiens qui construisent la voie ferrée. On fore des tunnels puis c’est la guerre et l’affrontement entre Serbes et autrichiens….

Moi qui n’aime pas spécialement les nouvelles, j’ai lu ce livre comme le roman de la Bosnie. Et je vais continuer sur ma lancée. j’ai encore deux livres du même auteurs dans ma PAL tout en haut de la pile!

 

Un climat de folie – la Morgue – Jour de beuverie – ISMAIL KADARE

LIRE POUR L’ALBANIE

Trois micro-romans, annonce l’éditeur. quelle différence entre un micro-roman et une nouvelle?

Ce recueil est du point de vue chronologique hétéroclite, Un climat de folie, le premier  a été rédigé en 2004 tandis que Jours de beuverie est une oeuvre de jeunesse publié en 1962.

J’ai lu, il y a maintenant bien longtemps Avril Brisé que j’ai tellement aimé que je l’ai offert, Le Palais des rêves, Le Pont aux trois arches, Le Général de l’armée morte sont toujours en bonne place sur mes étagères. A la veille d’un voyage en Albanie, j’ai voulu découvrir d’autres oeuvres de Kadaré. 

Un climat de folie ne m’a peut être pas éblouie comme les précédents mais j’ai beaucoup aimé les deux premiers micro-romans, peut être moins Jours de beuverie. 

Un climat de folie est un livre très personnel puisque l’auteur – enfant au regard naïf – raconte un épisode de la vie de sa famille.  C’est un roman burlesque. Chaque personnage est affligé de sa folie douce spécifique dans une Albanie communiste où règne une folie politique : le Parti Communiste est à la fois au pouvoir et interdit donc clandestin. Le roman se déroule au moment précis où le parti émerge au grand jour. J’ai retrouvé le même comique burlesque dans les romans roumains, et peut être n’est-ce pas un hasard. Dans l’interview télévisé d‘Un livre Un jour, (voir ci-dessous) Kardaré dit :

« dans l’empire communiste le tragique et le grotesque vont ensemble »

 La Morgue est aussi un roman exploitant cette veine. Un sous-lieutenant au physique rébarbatif, épouse la fille noble de la beyleresse, ci-devant reléguée  dans une province reculée. Ce mariage va entraver la carrière du marié, comme une tache sur son dossier. Renvoyé de l’armée, employé  comme simple comptable dans un entrepôt de bois de chauffage, le héros va tenter de regagner les faveurs de la hiérarchie au prix de compromissions, faveurs en nature, flatteries… une critique encore grotesque de cette société albanaise sous le communisme. 

J’ai moins accroché  au Jour de beuverie, les beuveries des deux étudiants à la recherche d’un  manuscrit bien innocente mais qui éveille les soupçons.

Pour l’interview de Kadaré voici le lien:

Départ imminent : envol pour Tirana

CARNET BALKANIQUE

Après la Grèce, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie, il m’est venu l’envie de compléter l’exploration des Balkans vers l’Albanie.

L’agence locale albanaise qui nous a construit le circuit, nous a proposé des incursions dans les pays voisins, Monténégro, Kosovo et Macédoine… Si bien que le carnet qui s’ouvre ne sera pas Albanais, ni Yougoslave (cela n’existe plus) et se retrouve balkanique pour englober tous les pays que nous nous proposons de visiter.

Qu’allons nous découvrir? Je ne sais pas encore. En un mois nous aurons le temps de voyager à petite vitesse.

Comment préparer? pas facile de trouver les bons guides, bons ou mauvais, il n’y en a guère en dehors du Petit Futé qui a le mérite d’exister. L’agence nous promet un road-book de 80 pages. Je leur fais confiance.

Préparer avec de la littérature?

Kadaré bien sûr, 1est un écrivain prolifique, je pourrais lire ses oeuvres pendant tout le mois. Mais il me faudrait une valise-bibliothèque, les éditeurs ne sont pas pressés de numériser les livres qui existent en collection de poche.

J’ai élargi le périmètre à toute l’ancienne Yougoslavie et trouvé un autre écrivain majeur Ivo Andric (prix Nobel 1961) et c’est une belle découverte.

Je vais relire le livre de Maspéro : Balkans Transit, relecture donc mais tout à fait appropriée.

Milienko Jergovic est Croate, Ruta Tannenbaum se déroule à Zagreb, c’est un peu éloigné….

Et j’en ai d’autres dans la valise, mais pas trop!

Donc, pour un bon mois, le blog sera en pilotage automatique, de nombreux billets sont dans les tuyaux. Rythme un peu ralenti.  Je lirai sans doute vos commentaires sur le smartphone quand il y aura de la Wifi, mais il n’y en aura pas partout, et hors de l’Union Européenne, le roaming est un gouffre financier, je ne promets pas d’y répondre.

En juillet, il y aura du boulot!