exposition temporaire du 16 décembre au 11 janvier 2022
Anselm Kiefer
Monumental! Impressionnant! Colossal!
Dans l’espace vaste du Grand Palais éphémère : des tableaux de très grands formats, un avion, une installation Arsenal rangement, magasin d’accessoires(?) . Il fait très sombre sous la halle éclairée seulement par quelques spots, comme un ciel étoilé.
Le Grand Palais éphémère et les tableaux de Kiefer. les personnages donnent l’échelle
De très grands tableaux posés sur des roulettes, le plus souvent adossés deux à deux, semblent écraser le visiteur. Aucun parcours balisé. Il y a bien un plan, mais difficile à lire dans la pénombre. Pas de titre ni de cartel. Au spectateur de se débrouiller, de déambuler, de faire son idée.
Irrenäpfe – Gamelles de fous
Devant ces œuvres impressionnantes, nous peinons à trouver le mode d’emploi.
les pierres claires – j’ai photographié la photographe pour donner l’échelle.
Sur certains, Anselm Kiefer,a recopié à la craie un (des) poème de Celan, comme sur le tableau noir de l’école. Je cherche une traduction ; mon Allemand du lycée, bien rouillé, me permet de reconnaître des mots (pas tous) mais pas d’apprécier la poésie, le sens des paroles. Je ne suis pas seule dans l’embarras, d’autres visiteurs font la même démarche . Et miracle qui n’arrive jamais dans une exposition à Paris ! Nous nous consultons : » à quoi correspondrait ce mot? que comprenez- vous? « . Nous reconnaissons des expressions récurrentes : Cendres, pierres neige, poussière…. univers sombre et froid qui nous renvoie à des images de l’Holocauste.
Für Paul Celan Geheimnis der Farne – Le secret des Fougères
Les fougères suggèrent ces forêts allemandes, le plasticien les a incorporées au tableau, les a dorées. Neiges et fougères. Au bas d’un autre tableau, je découvre dans les fougères la tourelle d’un char
cachés dans les fougères : les canons
Une dame a vu ma photo, elle commente. Si écrasés par la monumentalité de l’œuvre, nous échangeons nos trouvailles, analysons ensemble les surfaces, les objets incorporés…nous déchiffrons à plusieurs ce qui nous semble être des symboles.
Denk dir – die Moorensoldaten – soldats ou fantômes? au centre de la spirale (galaxie) un caddie plein de pierres carbonisées – menace?
Dans ma déambulation, j’imagine un langage de symboles pour comprendre les tableaux (peut-être suis-je complètement égarés?)
madame de Staël : de l’Allemagne
Piqués dans un bunker : des pavots, je retrouve ailleurs ces pavots (Mohn) graine du sommeil, de l’oubli tandis que toute l’œuvre convoque la mémoire. Dans l‘Arsenal, il y en a des stocks, pour des œuvres ultérieures?
Arsenal
cet Arsenal n’est pas une réserve mais une installation à part entière avec ces robes pétrifiées symbolisant la Shekhina. Dans le podcast de Frace Culture, la Grande Table, le plasticien rappelle d’autres traditions juives, la kabbale, le Golem…
Etrange installation que cet avion recouvert de plomb. Oxymores que cet avion de plomb, et ces pavots de la mémoire.
Je suis attirée par des détails, j’ai envie d’entrer dans l’intimité des surfaces, et en même temps, je me sens oppressée par ces œuvres sombres présentées dans le noir. Une heure après être entrée je fuis à la sauvette, besoin de respirer à l’air libre!
Récemment, j’ai lu La mort du Khazar Rouge de Shlomo Sands un polar où il est question de l’identité juive et des Khazars, j’ai voulu en savoir plus sur les Khazars. Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube raconte qu’il a visité un cimetière khazar à Celarovo (Serbie), il cite Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic. J’ai téléchargé la Treizième Tribu de Koestler en anglais et j’ai beaucoup appris sur les Khazars.
La Treizième tribu, l’Empire Khazar et son Héritage est un livre de 181 pages, annexes comprises. Sa première publication date de 1976. Il est composé de deux parties : L’essor et la chute des Khazars et l’Héritage.
Khazarie et voisins trouvé sur wikipedia
Qui étaient les Khazars? C’est un peuple d’origine turque, semi-nomade, venant de l’est, comme avant eux les Huns, Bulgares? Hongrois ou Pechnègues. Leur domaine s’est étendu entre la Mer Noire et la Caspienne, du Caucase à la Volga. Ils sont venus avec leurs yourtes, puis ont construit des palais. Leur capitale Itil se situait dans le delta de la Volga; pour contrer les incursions des Vikings (Rus) ils édifièrent la forteresse de Sarkel près de Tsimliansk (Rostov-sur-le-Don). Après avoir combattu les Arabes au 7ème siècle, le Royaume Khazar servait à l’équilibre géopolitique entre l’empire Byzantin chrétien et les califes musulmans. Situé au carrefour des routes commerciales (Est-Ouest sur la Route de la Soie) et nord Sud, par la Volga et le Don entre la Baltique et Constantinople, le royaume Khazar vivait du commerce en prélevant des taxes de passage sur les marchandises qui circulaient.
la conversion
Selon la légende, en 740, le Kagan Bulan, aurait vu un ange dans son sommeil lui enjoignant de se convertir ….mais quelle religion choisir? Il fait venir des représentants des trois grandes religions monothéistes pour une grande controverse. Le choix est peut être plus politique que philosophique, garantissant l’indépendance du royaume entre l’Islam et le christianisme byzantin. Le judaïsme était bien connu des Khazars : des Juifs de Bagdad fuyant des persécutions auraient rejoint la Khazarie.
Koestler se réfère aux textes connus, relation d’Ibn Fadlan, mais aussi correspondance entre un Juif de Cordoue, textes byzantins. C’est vraiment un essai historique loin du roman historique. un important corpus de notes et références dans les annexes montre le sérieux de cette étude. .
L’empire Khazar atteindra son apogée à la fin du VIIIème siècle, vers le milieu du IXème siècle le Kagan demanda l’aide des byzantin pour construire la forteresse de Sarkel destinée à contenir les incursions des Vikings ou Rus. Constantinople se servait du royaume Khazar comme bouclier protecteur contre les navires Vikings comme aux siècles précédents contre la bannière verte du Prophète. Une alliance entre les Khazar et les Magyars confortait la position du Kagan.
Toutefois, au tournant du millénaire , l’annexion en 862 de Kiev par les Rus, les guerres et les alliances entre Constantinople et les Vikings/Rus puis le baptême de la Princesse Olga de Kiev en 957 annoncent le rapprochement entre les deux puissances au détriment des Khazars. Vladimir occupa Cherson en 987 sans même une protestation byzantine. La destruction de Sarkel en 985 marqua la fin de la puissance Khazar. Les hordes mongoles de Gengis Khan au début du XIIIème siècle puis la peste Noire 1347-8 signent la chute de l’empire Khazar.
L’héritage
Avec la destruction de leur état, plusieurs tribus Khazar se joignirent aux magyiars en Hongrie, certains ont combattu en Dalmatie en 1154 dans l’armée hongroise. La diaspora khazar suivit la migration vers l’Ouest des Magyars, Bulgares de la Volga, Kumans, etc…La formation du Royaume de Pologne se fit au moment du déclin de l’empire Khazar 965. les immigrants khazar furent les bienvenus en Pologne et en Lituanie, de même que les Allemands qui apportèrent leur savoir-faire. parmi ces population s’installèrent aussi les Karaïtes, une secte juive fondamentaliste emmenés comme prisonniers de guerre en 1388. Koestler montre l’apport démographique considérable formant d’après lui le noyau de la communauté juive eshkenaze. Tandis que le féodalisme polonais a graduellement transformé les paysans polonais en serfs la communauté khazare surtout urbaine a formé un réseau d’artisans, marchands de bestiaux, cochers, tailleurs, bouchers… caractéristiques du Shtetl. Selon Koestler, la construction de charrettes, la profession de cocher spécifique des communautés juives aurait une origine khazar rappelant les peuplades semi-nomades qui utilisaient des chariots tiré par des bœufs ou des chevaux.
L’usage du yiddisch proche de l’Allemand conduit à penser que les juifs polonais ou russes seraient venus de Rhénanie et d’Allemagne. Après une grande digression sur l’historique des communautés juives d’Europe de l’Ouest Koestler soutient que ces migrations à la suite des persécutions pendant les Croisades et après la Grande Peste ne marquent pas de déplacement en masse et que l’usage du yiddisch pourrait avoir une autre origine, linga franca dans tout ce domaine parce que les Allemands formaient une population éduquée qui influençait les juifs du shtetl.
S’en suit ensuite une longue étude pour prouver qu’il n’existe pas de fondement scientifique à l’existence d’une race juive. Etude fastidieuse des caractères comme la forme du nez, la taille, ou les groupes sanguins. Comme, depuis longtemps, le concept de race n’est plus scientifiquement fondé, je ne m’attarde pas sur cette partie du livre.
Cette idée que les Juifs Ashkénaze auraient des origines turques et asiatiques complètement distinctes des origines de la Diaspora venant de Palestine après la Destruction du Temple perturbe certaines traditions et certaines notions comme celle de « Peuple élu » et se trouve à la base du roman de SandLa mort du Khazar Rouge.
Je serais curieuse de lire ce queMarek Halter a écrit
Dans mes recherches sur Internet j’ai eu la très désagréable surprise de trouver que les Khazars avaient inspiré antisémites et conspirationnistes qui ont imaginé des conspirations khazares impliquant Rothschild ou même Soros. Evidemment j’ai prudemment refusé d’aller plus loin et de cliquer sur les vidéos ou les liens de peur d’importer de très nauséabonds cookies.
Un très court roman, une longue nouvelle de moins de 60 pages que j’ai dévorées d’un seul souffle.
Unité de lieu : le Café Gluck à Vienne !
Heureusement, il y a maintenant à chaque coin de Vienne un café qui vous attend ; je me réfugiai donc dans celui juste en face, avec mon chapeau qui gouttait et mes épaules inondées. L’intérieur révélait un café à l’ancienne[…]c’était un endroit traditionnel de la Vienne d’autrefois, rempli de petites gens qui consommaient plus de journaux que de douceurs.
Le narrateur ressent une impression de déjà-vu,
Puis tout à coup – je n’aurais pu dire comment – je sus que j’avais déjà dû me trouver ici des années auparavant et, par quelque souvenir, être lié à ces murs…..
Alors l’éclair me traversa de part en part. Aussitôt, je sus, aussitôt, en un seul instant, chaud, comblé, secoué : mon Dieu, mais cette place était celle de Mendel, de Jakob Mendel, Mendel-aux-livres…
Jakob Mendel, colporteur galicien, s’est établi au café où il reçoit ses clients ou ses appels téléphoniques. Il achète et vend des ouvrages d’occasion.
« Jakob Mendel j’avais trouvé une merveille de la pensée qui était unique en son genre, une encyclopédie en fait, un catalogue universel ambulant.
……. petit Juif de Galicie fripé, tout bardé de barbe et de surcroît bossu, ce Jakob Mendel était un titan de la mémoire. Derrière ce front sale et crayeux envahi d’une mousse »
Tellement absorbé dans son monde des livres, il ne remarque pas l’entrée en guerre de l’Autriche. Sa correspondance avec des éditeurs français et anglais le fait remarquer de la censure de guerre. Le bouquiniste est-il un espion? Natif de Galicie, il est de nationalité russe, ennemi, donc. On l’emprisonne dans un camp de concentration….
Dans une indécision si embarrassante, les administrations se décident presque toujours à dresser un procès- verbal. Un procès-verbal, cela peut toujours servir. Dans le cas contraire, cela ne fait de mal à personne, ce ne sera jamais qu’un formulaire absurde de plus parmi des millions qui aura été rempli.
60 pages renferment l’amour des livres, de la littérature, l’horreur et la bêtise de la guerre, la nostalgie de la Vienne d’avant 14…
Ses yeux, habitués des décennies durant aux caractères frêles et silencieux d’écrits semblables à des pattes d’insectes, avaient dû voir des choses terribles dans ce parcage humain tendu de fil barbelé, car ses paupières jetaient une ombre lourde sur les pupilles auparavant si vives et ironiques ; ils traînaient somnolents et cerclés de rouge, ses yeux qui avaient été si éveillés, derrière les lunettes
La crypte des Capucinsà Vienne renferme les sépultures des Habsbourg depuis 1633.
François-Ferdinand Trotta, le narrateur, parent du héros de la Marche de Radetzky, est un jeune viennois d’origine slovène. A la veille de la grande Guerre, étudiant en droit, il passe sa vie dans les cafés de Vienne en compagnie joyeuse de jeunes aristocrates plutôt décadents. Un cousin provincial, Joseph Branco, paysan slovène dévoué à sa terre à la belle saison et marchand de marrons ambulant l’hiver, vient lui rendre visite. la simplicité et la cordialité de ce cousin le touche. Par son intermédiaire il fait connaissance avec Manès Reisiger, un cocher juif de Galicie.
« La quintessence de l’Autriche, on ne la découvre pas au centre de l’empire, mais à la périphérie. »
« La substance autrichienne est sans cesse nourrie, refaite par les pays de la Couronne. »
La Déclaration de Guerre met fin à l’insouciance viennoise. Trotta décide de se marier à la veille de son départ pour la guerre et choisit de se faire affecter au même régiment que Branco et Manès Reisiger près de la frontière russe dont il préfère l’amitié à celle de ses relations viennoises. Les trois amis seront prisonniers en Sibérie…
A la fin de la Guerre, Trotta retourne à Vienne chez sa mère et sa femme. Sa mère est inchangée. Elizabeth, sa femme s’est émancipée, elle mène une affaire d’Arts décoratifs (j’ai un peu pensé au Bauhaus) avec son amante Hongroise. Trotta est associé à l’entreprise d’Elizabeth qui le ruine. La maison aristocratique est transformée en une pension où s’installent les amis d’autrefois, tout aussi ruinés. Décadence.
Joseph Roth montre l’effondrement de l’Autriche mais il n’écrit pas un roman historique. Les fusillades de février 1934 et l’assassinat de Dollfuss ne sont qu’à peine évoqués : enterrement du fils révolutionnaire de Manès Reisiger . En revanche, l’Anschluss met le point final au roman viennois.
J’ai beaucoup aimé ce roman cosmopolite comme la Vienne de l’Empire, qui nous conduit jusqu’en Sibérie. Richesse des personnages et finesse de l’analyse.
Après le Retour à Lembergde Philippe Sands, je retourne en Galicie avecJoseph Roth (né à Brody 2-09-1894) maintenant en Ukraine,mais autrichienne jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Le héros de l’histoire, Tarabas, était-il Russe ou Ukrainien? En tout cas c’était le fils d’un propriétaire terrien aisé. Etudiant à Saint Pétersbourg, compromis avec des terroristes révolutionnaires, son père l’envoie en Amérique. A New York une gitane lui prédit qu’il serait un meurtrier puis un saint. La prédiction commence à se réaliser quand il se bat avec le cafetier où travaille son amoureuse et le laisse pour mort sur le trottoir. L’entrée de la Russie dans la guerre le tire de ce mauvais pas. Il retourne s’engager, sa position sociale lui vaut les galons d’officier.
Tarabas est une brute. La vie militaire lui convient, il aime commander, n’a aucun scrupule. Aucun sentiment patriotique ne l’anime : aux ordres du Tsar, de la Révolution, de sa nouvelle patrie (Ukraine? Galicie, Russie? Union soviétique?) ce qui compte, c’est de commander un régiment, faire l’exercice, boire en compagnie de ses soldats.
Après la Révolution, l’ordre militaire se dégrade, des soldats disparaissent, désertent, les ordres viennent avec une bureaucratie incompréhensible. Tarabas ne sait que faire de ses hommes. Il déclenche un pogrom, incendie les maisons des juifs, puis s’en prend à un vieux juif roux dont il arrache des poignées de barbe. Etonnamment, alors qu’il a participé à un attentat, assommé le cafetier, fait la guerre. C’est ce pogrom qui fait de lui un meurtrier.
Après avoir pris conscience de sa faute, Tarabas abandonne son ancienne vie et devient vagabond pour expier. Sa vie est celle d’un mendiant, il va chercher le pardon du juif. Retrouver sa maison natale. J’ai beaucoup aimé ce récit du vagabondage.
Nombreux sont les vagabonds qui errent sur les routes des pays de l’Est. Ils peuvent vivre de la charité des gens. Certes, les chemins sont mauvais et les pieds se fatiguent facilement ; certes, les chaumières sont misérables et offrent peu de place, mais le cœur des hommes est bon, le pain est noir et parfumé et les portes s’ouvrent vite. même aujourd’hui, après la Grande Guerre et la Grande Révolution, bien que les machines aient commencé leur marche inquiétante faite d’acier et de précision, vers l’Est de l’Europe, les gens sont toujours compatissant à la misère des étrangers. Même les fous et les sots comprennent la détresse du prochain mieux que ne le font n’importe où ailleurs les sages et les savants;….
Ce court roman de 237 pages est d’une puissance étrange.
Meurtrier ou saint , Tarabas cristallise les horreurs de la guerre et du pogrom; en même temps, la proximité avec la nature confère une certaine innocence.
Exposition temporaire du 22 septembre 2021 au 22 février 2022
Matisse : corbeille de fruits
Exposition spectaculaire qui réunit les chefs d’œuvre français et russes, de Renoir à Picasso en passant par Cézanne,Bonnard, Matisse, Gauguin, van Gogh… et j’en oublie, des plus fameux. Les deux frères Mikhail et IvanMorozovn’ont pas seulement collectionné des tableaux magnifiques, ils ont surtout fait des commandes. Les tableaux ont souvent été peints pour être vus ensemble comme ceux de la salle Bonnard dont les formats sont inhabituels. Après la nationalisation de la collection en 1918 les tableaux ont été répartis dans différents musées entre Moscou et l’Ermitage. Les voir réunis ici leur donne une meilleure cohérence.
Bonnard : printemps
Quel éblouissement que ces deux grands tableaux presque carrés Printemps et Automne encadrant le triptyque Méditerranée. L’été se trouve en face. Dans cette salle consacrée à Bonnardon peut aussi admirer le Triomphe de Cérès de Ker-Xavier Rousseldont les gais coloris s’harmonisent avec les tableaux voisins.
Ker-Xavier Roussel : Le Triomphe de Cérès
Certains tableaux sont surprenants comme le Cézanne sombre ou le Bouchon de Manet peint à grands coups de pinceau
Cézanne : scène d’intérieur
J’ai bien aimé les deux saltimbanques de Picasso
Picasso 2 Saltimbanques
Une salle entière est consacrée à Sisley, Pissaro, des petits formats de paysages de Louveciennes ou de Pontoise, la surprise vient d’un peintre russe Korovine : ubn café à Paris et d’un merveilleux paysage de Golovine
Golovine ; paysage Pavlovsk
Au fond, de très beaux Monet : des fleurs et un étang, mais nous ne sommes pas à Giverny, c’est Mongeron.
Une découverte, à côté de Derain, Louis Valtat : la Mer à Anthéor
Louis Valtat : La mer à Anthéor
Une journée en Polynésie, c’est bien sûr Gauguin
Gauguin : Matamoé
j’ai beaucoup aimé ce paysage aux paons.
Encore de la couleur avec Martiros Sarian
Martiros Sarian : rue à Constantinople
Une salle entière est dédiée à Cézanne :calme et verdure des Bords de Marne à Créteil ou saint Maur des Fossés ainsi qu’un très beau pin
Cézanne : le Pont de Créteil
On retrouve Cézanne à de nombreuses reprises, paysages et natures mortes, des portraits aussi.
Contrastant avec les paysages colorés, une salle entière contient des grands portraits d’hommes dans une dominante de gris, Picasso, Cézanne, Kontchalovski, Malevitch et Ilia Machkov. Certains sont étranges voire inquiétants.
KontchalovskyIlya Machkov : autoportrait
Une salle met à l’honneur la Ronde des Prisonniers de Van Gogh
On revient à la couleur avec Matisse, ses fleurs, ses natures mortes et le triptyque marocain
Cette rétrospective nous fait connaître un peintre majeur en Russie qui laisse une œuvre très vaste aussi bien par la durée (presque un siècle) que par la variété de ses tableaux : nombreux portraits, scènes de la vie du peuple Russe, peinture historique, peinture officielle. Véritable illustration de la vie en Russie de 1870 à la Révolution.
Répine : Ivan le Terrible et son fils
Le visiteur est accueilli par une séquence du film Ivan le Terrible d’Eisenstein. Pourtant le célèbre tableau de Répine, objet de scandale et vandalisé à deux reprise (1913 et 2018) ne figure pas dans l’exposition. Un document vidéo lui est consacré.
Dans une première salle, on fait connaissance avec le peintre et le Mouvement des Ambulants autour de Kramskoïqui peignent une peinture réaliste reflet du peuple. A propos des Haleurs de la Volga, ce dernier écrit:
« Répine pense de manière actuelle. je ne sais pas ce qu’il fera après les Haleurs. nous ne pouvons pas revenir en arrière (…)non, décidemment l’Ecole Russe devient sérieuse… »
On fait connaissance avec le Cercle familial : Répine peint sa famille
Véra ChevtsovaLibellule (sa fille)Son fils : Youri Répine
Répine obtient une bourse pour aller étudier à l’étranger et part à Paris en 1873 . J’ai bien aimé ses tableaux de Montmartre encore en chantier avec ses carrières et ses fours à plâtre et ceux peints en Normandie.
Vendeur de nouveautés à Paris
Une vie intellectuelle russe très active gravite autour de Tourgueniev et de l’église russe de la Rue Daru (audiovisuel intéressant)
Portrait de Tourgueniev
il peint aussi de très jolis portraits comme ceux de la fille de pêcheur et de l’Ukrainienne.
La Vie en Russie
montre des épisodes de la vie du peuple encore majoritairement paysan : les traditions, fêtes et rites religieux
procession
procession religieuse, mais aussi veillée avec des jeunes gens et un duel
Répine portraitiste
Nous fait connaître les visages des musiciens russes : Cui, Moussorgski,Glinka, Glazounov ainsi que d’actrices et de célébrités de l’époque
Moussorgski
Il est aussi très lié avec Tolstoï. Toute une salle est consacrée à l’écrivain avec 4 portraits :
Tolstoï couché
Répine maîtrise aussi la Peinture historique dans de grands tableaux colorés où des cosaques sont truculents
Cosaques Zaporogues écrivant au sultan de Turquie
C’est aussi un peintre officiel qui obtient des commandes de Nicolas II avec des tableaux monumentaux. A côté de ces peintures royales il consacre des toiles au Narodniki(qui vont vers le peuple) . Un petit tableau montre un condamné à mort qui refuse la confession, l’arrestation d’un militant, et il existe plusieurs versions de Ils ne l’attendaient plus (retour de déportation avec également des femmes, étudiantes)
Ils ne l’attendaient plus
Ambiguïté des productions de Répine qui peint en couleurs joyeuses la Révolution de 1905et un rassemblement au Mur des Fédérés
Rassemblement au Mur des Fédérés
Répine s’installe dans sa propriété aux Pénates, à 40 km de Saint Pétersbourg sur le Golfe de Finlande.
Aux Pénates : Quelle liberté!
Après al Révolution de 1917, Kuokkala devient finlandaise et c’est en Finlande que Répine finit sa vie.
Lemberg, capitale de la Galicie province autrichienne, Lwow polonaise après la Guerre de 1914-1918, Lviv ukranienne où se côtoyaient Polonais, Juifs, Ukrainiens. Philipp Sands mène l’enquête sur les traces de son grand- père Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg, discret tellement discret sur son passé.
Sands est avocat, juriste auprès de la Cour Internationale, spécialiste en Droit International. Retour à Lemberg revient sur le Procès de Nuremberg où les dignitaires nazis et bourreaux furent jugés : parmi eux, Hans Frank, avocat, conseiller du Führer et Gouverneur de Pologne occupée qui est passé par Lemberg en 1942. Sands fait la biographie de deux juristes qui ont étudié à Lemberg et siégé au Tribunal de Nuremberg et apporté leur contribution au Droit International. Hersch Lauterpacht, professeur de Droit International, et Raphael Lemkin, procureur et avocat. Ces trois personnages ont échappé aux massacres en ayant émigré à temps mais ont perdu dans l’Holocauste pratiquement toute leur famille. Lauterpacht introduit dans le Droit International la notion de Crime contre l’Humanité, tandis qu Lemkin définit le concept de Génocide. Pour le lecteur moyen, ces deux concepts recouvrent à peu près la même chose, mais pas pour le juriste : Le Crime contre l’Humanité considère les individus et les responsabilités individuelles, principalement dans le cadre des crimes de guerre. le Génocide, en revanche considère des groupes persécutés en tant que groupes comme les Juifs par les nazis, ou les Tsiganes. Une grande partie du livre s’attache à ces deux concepts, leur acceptation ou leur refus par les puissances alliées à Nuremberg. Pour moi qui n’ai jamais étudié le Droit, cet aspect de l’essai de Sands est tout à fait nouveau et intéressant.
Cette enquête, presque policière, méthodique, imaginative, s’appuyant sur de maigres preuves, parfois une signature, un graffiti, à l’envers d’une photo, est tout à fait passionnante. Sands cherche des témoins, il est temps, les survivants sont bien vieux
J’ai pensé à deux lectures récentes : Les Disparus de Mendelsohnet Faux Poivrede Sznajder, enquêtes sur des parents morts dans l’Holocauste. Les Disparus sont sans doute plus littéraires, mais l’aspect juridique du Retour à Lemberg m’a beaucoup intéressée.
« Hooligan ? Qu’est-ce qu’un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ?
Un déraciné, un exilé, un dissident : est-ce cela, être un hooligan juif ? Et l’anti-parti, l’extraterritorial, l’apatride cosmopolite qui te parle, quelle sorte de hooligan est-il ? »
Norman Manea, écrivain roumain, exilé aux Etats Unis depuis 1988, accompagne un ami musicien à Bucarest en 1997 où il n’est jamais retourné. Ce livre s’articule en plusieurs parties, tout d’abord avant le départ, les hésitations de celui qui a fui le régime communiste. Il a écrit un essai critiquant le soutien de Mircea Eliade au mouvement nationaliste La Garde de Fer antisémite, a été accusé de blasphème et de trahison par les patriotes locaux et par la presse de la nouvelle démocratie. Critique aussi de l’écrivain juif Sebastian qui ne s’est pas désolidarisé de Mircea Eliade . Les Hooligans sont justement le titre d’un livre Eliade. Sebastian a aussi utilisé le mot « Hooligan » dans un ses titres Comment je suis devenu un hooligan? Ce livre s’annonce donc comme très littéraire en ce qui concerne la littérature et l’histoire roumaine. Heureusement, j’ai déjà entendu cette histoire dans plusieurs livres (Eugenia de Lionel Duroy et Athénée Palacede Rosie).
Après ces préambules, Manea raconte son histoire et celle de sa famille à Suceava, en Bucovine, histoire d’une famille juive dans les années 30, « années hooliganiques » qui sera déportée en Transnistrie en 1941, et reviendra en 1945 à 9 ans. En même temps que le communisme s’installe en Roumanie, le jeune garçon est enrôlé comme pionnier tandis que son père, comptable dans une sucrerie, se voit offrir la carte du parti et promu directeur du « commerce socialiste ». L’utopie séduisante, tout d’abord, se révèle mortifère. Piégé, son père est condamné aux travaux forcés dans le camp de Periprava. Norman Manea, ingénieur hydraulicien, mène sa carrière d’écrivain et son travail d’ingénieur. La seule solution pour survivre : l’exil. Nombreux sont ceux qui ont émigré, en Israël ou ailleurs. Manea ira aux Etats Unis, accueilli par une université en 1988.
» Captivité et liberté ne cesseraient jamais, au cours des quarante années suivantes, leurs improbables négociations, leurs compromis et complicités de tous les instants, leurs escapades vers des refuges, des compensations secrètes. L’Initiation se poursuivait, et le prisonnier attaché au pilier de granit socialiste persistait à rêver, comme tous les prisonniers, de délivrance et d’évasion. Mais entre-temps, il s’était lui-même enchaîné, Ulysse immature, à sa table à écrire. »
Après avoir fait part de ses doutes, de ses craintes, de ses hésitations, il raconte par le menu son retour, une dizaine de jours du 21 avril au 2 mai 1997. L’écrivain célèbre est invité à des festivités officielles, au Séder de Pâques de la Communauté juive. Il retrouve ses amis, ses anciens collègues. il voyage à travers le pays. Plus éprouvant, il se rend sur la tombe de sa mère qu’il n’avait pas revue. Et c’est l’occasion de présenter toute une galerie de personnages, intellectuels ou politiques. Occasion aussi de faire le point sur la situation du pays après la chute des Ceausescu. C’est intéressant mais il y a des longueurs pour le lecteur qui ne connaît pas la Roumanie et les arcanes de sa bureaucratie. J’ai préféré la première partie, plus personnelle, plus intime.
Ce qui me retenait en Roumanie n’était pas la religion ni le nationalisme, mais la langue, et les chimères qu’elle me faisait entrevoir. Et aussi, naturellement, pour le meilleur et le pire, ma vie entière, dont elles étaient l’essence.
C’est aussi une réflexion sur l’identité. L’écrivain est attaché à la langue roumaine. Religion ou nationalisme ne le concernent pas, écrire en Roumain, entendre parler Roumain constituent le principal de la personnalité de l’auteur.
C’est bien sûr une critique mais critique avec humour!
Un milicien envoyé d’urgence dans le grand hôpital psychiatrique de la capitale resta interdit devant les fous qui, se contaminant mutuellement, s’écriaient allégrement ici et là : « À bas le communisme ! À bas le Conducător ! » Alors qu’il s’apprêtait à les arrêter, il s’était heurté à l’opposition du directeur. « Nous sommes dans un asile de fous. De fous, ne l’oubliez pas ! » Ce à quoi le policier rétorqua, avec un parfait bon sens : « Fous ? Comment ça, fous ? Mais alors, pourquoi ne crient-ils pas : “Vive le Communisme, vive le Conducător” ? » Il formulait, sans le vouloir, toute l’ambiguïté de la maladie nationale.
Une nouvelle, publiée à Bucarest en 1935. La moisson dans la plaine du Baragan que j’ai découverte avec les Chardons du Baragan de Panaït Istrati qui est un livre que j’aime tant que je le prête à qui me demande un livre et qui ne reste jamais longtemps sur mes étagères.
Misère de ces paysans qui récoltent à la main le blé, pieds nus. La femme accouche dans le champ et, se sentant allégée, retourne à ses gerbes. Un récit poignant.