Mucha au Musée du Luxembourg

Exposition temporaire du 12/09/18 au 27/01/19

On connait Mucha l’affichiste Art Nouveau qui fit la publicité de nombreuses marques françaises en particulier pour les Expositions Universelles

J’avis déjà vu d’autres affiches du papier JOB à Perpignan.

Les affiches qui le rendirent célèbre furent celles de Sarah Bernhard

Sarah Bernhard

 

la dame aux camélias

Aussi Médée, Gismonda….

Comme tous les artistes Art Nouveau Mucha se consacra aux arts décoratifs, motifs et bijoux avec les courbes et les formes végétales, aussi avec des emprunts à l’Orient, à Byzance et à ses origines slaves.

Tchèque, dans l’Empire Austro-Hongrois, il s’attacha à illustrer les thèmes slaves et au cours de l’Exposition Universelle, il décora le pavillon de la Bosnie-Herzegovine et voyagea dans les Balkans

La peinture de Mucha ne se limite pas à des travaux d’affichistes. Une salle le présente, mystique et Franc-Maçon avec des peintures ou pastels recherchant la spiritualité, à la limite de l’abstraction.

En 1910 Mucha retrouve sa terre natale. Son oeuvre est celle d’un patriote tchèque et slave.

le siège de Sziget

Il choisit 20 épisodes de l’histoire slave pour son Epopée Slave en 20 très grands tableaux historiques où on voit des foules . Un diaporama de 10 minutes sur un écran incurvé nous montre les tableaux et zoome sur les détails.

L’affranchissement des paysans russes

Introduction de la Liturgie slave (9ème siècle)

Pour ma part, je ne suis pas très fan de grandes fresques historiques et encore moins de ses vitraux. Tout cela me renvoie à une une exaltation nationaliste qui ne m’enthousiasme pas vraiment.

Histoire des Grands-parents que je n’ai pas eus – Ivan Jablonka – Seuil

PARCZEW/PARIS/AUSCHWITZ

« ….L’idée de prendre mes grands-parents comme objet d’étude remonte à 2007. Mon projet prend forme assez vite : je vais écrire un livre sur leur histoire, ou plutôt un livre d’histoire sur eux, fondé sur des archives, des entretiens, des lectures, une mise en contexte, des raisonnements sociologiques, grâce auxquels je vais faire leur connaissance. Récit de vie et compte rendu de mon enquête, ce livre fera comprendre, non revivre… »

L’auteur Ivan Jablonka est historien. Cette enquête est menée de façon rigoureuse, scientifique. Cela n’exclue pas la chaleur humaine. L’auteur ne connaissait rien de ses grands-parents, ni de ses arrières-grands-parents. Il découvre des personnalités attachantes et fait revivre tout un monde disparu. Il détaille aussi toutes ses démarches qui le conduisent en Pologne et jusqu’en Argentine. Il fait revivre le petit monde des tailleurs, coupeurs de cuir, fourreurs entre Belleville et Ménilmontant. Il montre l’extraordinaire solidarité entre ces sans-papiers, artisans, militants communistes et anarchistes dans des temps troublés.

Antisémitisme qui a raison de ces jeunes communistes laïques, universalistes, qui vinrent en France chercher l’asile politiques après une incarcération en Pologne pour avoir tendu une banderole et qui se retrouve « sans papiers »:

« Matès un réfugié politique auquel la France s’honore de donner le droit d’asile? Son emprisonnement démontre plutôt l’inanité de la distinction entre « étrangers de bonne foi » et « hôtes irréguliers », et leur fusion dans la catégorie des délinquants »…

Actuel, trop actuel, ce débat!

Matès termine sa vie comme sonderkommando quoi de plus tragique?

Alors que les survivants de la Shoah nous quittent les uns après les autres, Simone Weill, Marceline Loridan-Ivens récemment, les historiens prennent la relève.

miss sarajevo – ingrid thobois

MASSE CRITIQUE DE BABELIOMerci à Babélio et aux éditions Buchet-Chastel pour ce joli livre : couverture sobre, beau papier et – détail qui tue – la pagination dans la marge, ni en bas ni en haut. 

Les lectures de la Masse Critique sont toujours des découvertes. J’ouvre le livre sans préjugés, accrochée par le titre. J’aime les Balkans, le mélange des cultures, la musique et la cuisine.  J’étais donc partante pour Sarajevo. J’aurais dû réfléchir que pour le français moyen, Sarajevo, comme Grozny ou Beyrouth évoquent guerre civile, destructions et ruines.

Pour les folles équipées façon Kusturica, passez votre chemin, pour les analyses politiques, le voyage de Mitterrand, le rôle des casques bleus, ce n’est pas non  plus ici que vous les trouverez. D’ailleurs, le héros du livre, Joaquim, photographe de guerre, ne parvient à Sarajevo qu’à la page 120 (sur 213), plutôt éberlué, venu oublier le deuil de sa soeur dans le fracas de la guerre. Recueilli dans une famille, il ne sortira que rarement.

Sarajevo est la métaphore du deuil. Miss Sarajevo est un livre de deuil. Au cours du voyage au Havre à la suite du décès de son père, Joaquim se souvient du suicide de sa soeur, inexplicable, de la mort prématurée de sa mère. Il se remémore les allers-retours Paris-Rouen. C’est l’histoire d’une famille qui cache un lourd secret. Famille rigide et mortifère que Joaquim fuit très jeune.

Au roman familial très lourd se mêlent les souvenirs de son voyage à Sarajevo en guerre. Et c’est dans cet enfer du siège, des snipers, des ruines qu’on ressent la chaleur humaine de la famille de Vesma, une journaliste qui veut continuer à témoigner. Résilience de ces bosniaques qui cherchent à continuer une vie normale, et même à participer à des concours de beauté.Les petites Miss ont cousu des robes de rêve dans les bombardements.  Leçon de vie.

Joaquim est photographe. Ce roman est aussi une réflexion sur l’image, la fabrique d’images argentiques. Ce sujet aurait pu être développé davantage.

Malgré ce sujet très lourd la lecture est agréable. Courts chapitres qui donnent du rythme au récit, style clair et vif, écriture sensible; Un livre délicat.

Âmes sauvages : le symbolisme dans les pays baltes

Exposition temporaire au Musée d’Orsay jusqu’au 7 juillet 2018

jeune paysanne de Johann Walter

Je n’aurais pas manqué l’occasion de flâner encore à Tallinn, Riga, Vilnius ou Kaunas. histoire de raviver des souvenirs de notre voyage. Nous avions vu de beaux musées à Tallinn, Kaunas et Vilnius et j’avais adoré la maison de Curlionis 

Curlionis

L’exposition du Musée d’Orsay a choisi de présenter par thèmes sans séparer les peintres de chacun des pays baltes et sans souci de chronologie(certains tableaux datent de 1930 et son présentés avant d’autres des années 1910). Les trois thèmes abordés sont : 1 Mythes et Légendes , 2. l’Âme, 3. la nature. 

Mythe et Légendes s’ouvre sur des légendes estoniennes, Le Sacrifice de Kristjan Raud  illustre une légende ancienne païenne selon laquelle les larmes de trois veuves venues prier font jaillir une source.

Kallis : Linda portant un rocher ; Kalevipoeg

La légende estonienne de Kalevipoeg a inspiré Raud, Triik, ou Tuul : on voit des héros musclés ou au contraires décharnés très symbolistes. Ce n’est pas la peinture que je préfère, déjà les Symbolistes autour de Maurice Denis ne m’inspirent pas tellement. Dans la Bataille de Triik je crois reconnaître des vikings et un drakkar dans le tableau voisin, Lennuk, de Triik.

Lennuk de Triik

Je retrouve avec plaisir Curlionis dans une atmosphère fantastique, trois tableaux avec un enfant, un oiseau, une montagne et une reine suggèrent d’inventer un conte.

Curlionis : Princesse, oiseau

2.L’Âme

Konrad Mägi : Méditation

De nombreux portraits sont exposés, je n’aime pas du tout ceux qui sont torturés, décharnés, sombres et assez sinistres.

Rozentals : Princesse avec un singe

D’autres sont très colorés. j’ai beaucoup aimé la Méditation de Konrad Mägi, la Princesse au singe de Rozentals et la Jeune Paysanne de Johann Walter

3. la nature

Paysage norvégien

C’est la salle qui m’a vraiment plu. Nature ensoleillée des paysages norvégiens de Triik et Mägi ou les forêts, la neige et les reflets sur l’eau de Purvitis

Purvitis

Encore une fois Curlionis est mon préféré avec son cycle de la Création en 13 tableaux, Création différente de la Genèse, incluant une certaine idée de cosmologie, big bang ?,

Curlionis : Genèse
Curlionis : Genèse
curlinonis : Genèse

avec l’apparition de la lumière vers le 4ème tableau, passant du bleu sombre vers le blanc et le rose quand apparaît la vie(de beaux coquelicots rouge) puis on imagine le déclin du soleil avec des teintes orangées. Aimé aussi ses vagues dont un tableau ressemble à celui d’Hokusai.

Exposition solaire avec trois tableaux de Kallis.

 

 

Les assassins de la route du Nord – Anila Wilms

LIRE POUR L’ALBANIE

Incipit :

« Depuis toujours, on racontait d’étranges histoires sur la région des montagnes du Nord ; histoires à l’image du caractère singulier et frondeur de ses habitants, selon l’opinion répandue dans le reste de l’Albanie. Ainsi cette querelle qui avait éclaté au début de la Grande Guerre entre les Autrichiens et les montagnards, lorsque l’armée autrichienne occupait le nord du pays. les premiers voulaient transformer en voie rapide l’ancienne route des caravanes qui traversait les montagnes, les seconds s’y opposaient. Dans le Kanun, le code ancestral des montagnes, il était écrit : « la route a des mesures précises : une hampe et demie. Elle doit être suffisamment large pour qu’un cheval lourdement chargé ou une charrette à bœufs puisse y circuler…. »

Le ton est donné,rappelant Kadaré. Je pensais que le Kanun régissait le code d’honneur et les vendettas, je ne savais pas qu’il s’appliquait aussi aux détails des travaux publics.

Puis le roman se poursuit comme un polar. Une voiture tombe dans une embuscade. Des bergers trouvent ses occupants morts. On imagine que l’enquête cherchera les coupables, les motifs, peut être les commanditaires….

L’histoire se poursuit à Tirana « modeste bourgade où l’on vendait autrefois du miel et du fromage de chèvre » devenue capitale d’un état Albanais encore balbutiant après la Grande Guerre. Les victimes sont deux Américains, le meurtre a des retentissements diplomatiques.

« …ce qui était arrivé était aux antipodes de l’esprit du Kanun. En Albanie, refuser l’hospitalité à un étranger était considéré comme la plus grande ignominie qui soit. Et pour les habitants des montagnes, l’hôte n’était pas seulement intouchable ; l’hôte, pour eux était sacré »

Journalistes, diplomates, habitués des cafés se passionnent pour ce qui est devenu une affaire d’Etat. Le roman policier cède le pas à un roman historique se déroulant pendant  « une période difficile de la jeune démocratie albanaise«  , la crise dans cet état balkanique après que le premier ministre ait essuyé un attentat en avril 1924. Différentes factions se disputent le pouvoir :  le Premier ministre, Fuad Herri, s’appuie sur les montagnards et la tradition, l’évêque Dorothéus revient d’émigration en Amérique et veut moderniser les mœurs politiques, les beys, enfin, ne veulent pas céder le pouvoir qu’ils détiennent depuis l’Empire Ottoman. Les puissances étrangères ne restent pas inactives : Américains et Britanniques convoitent le pétrole albanais. Serbes, Monténégrins et Grecs, verraient d’un bon oeil des rectifications de frontière à leur profit. Mussolini étendrait volontiers sa sphère d’influence à l’Albanie. Certains Albanais voit dans le fascisme un recours providentiel. Après des siècles de domination de la Sublime Porte les règles de la démocratie occidentales fonctionnent très imparfaitement, d’autant plus que la corruption est de rigueur. Les dessous-de table sont courants aussi bien dans la construction que dans l’obtention des concessions pétrolières.

« rafle tout ce que tu peux aujourd’hui, demain est dans les mains d’Allah ». 

Le récit de la crise politique est loin d’être ennuyeux. Au contraire, le ton est tantôt burlesque tantôt ironique. J’ai beaucoup souri en lisant, et parfois ri à haute voix.

« la sagesse populaire sait que les beys intelligents et les chevaux verts, cela n’existe pas »

L’énigme finit pas se résoudre (mais je ne vous raconterai pas comment). On peut aussi voir une parabole pour les « ingérences humanitaires », alors, la Société des Nations, aujourd’hui certaines ONG.

Ce roman basé sur un fait historique, est cependant une fiction, les noms ont été changés et l’auteur a pris des libertés littéraire.

Lecture jubilatoire!

Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

ALBANIE

Dans les Balkans, Albanie, Kosovo , Monténégro, une coutume permet aux femmes d’endosser les habits d’hommes à condition de renoncer à toute sexualité : ce sont les Vierges jurées. Ce changement de genre est parfaitement respecté, la Vierge jurée vivra la vie d’un homme, travaillera comme un homme et aura la vie sociale d’un homme.

Emmanuelle Favier s’est inspirée de cette coutume pour raconter l’histoire de Manushe qui a refusé, adolescente, d’épouser un homme âgé.  Manushe rencontre avec Adrian, mystérieux hôte du village et sort sa réserve et sa solitude pour s’en rapprocher….brisera-t-elle son serment?

Le très beau titre : Le courage qu’il faut aux rivières m’a attirée sans  dévoiler  l’histoire. Il fait allusion à la détermination de l’eau qui coule à la mer, érode, se fraye un chemin dans les montagnes. Courage et force du destin.

 

Je savais juste que l’action se déroulait dans les Balkans, où nous sommes allées l’été dernier; j’avais envie d’y retourner. Albanie imaginée, rêvée, littéraire. L’auteur avoue avoir eu du plaisir à écrire d’imagination. J’ai reconstruit les décors avec mes souvenirs et mes lectures – Kadaré surtout – imaginé les montagnes, les tours de claustration où se renferment les hommes dans les reprises de sang. J’ai imaginé Adrian à Tirana, bien que la ville ne soit jamais nommée.

J’ai beaucoup aimé ce livre, intemporel, poétique, faisant appel à des  traditions séculaires,  mythiques presque antiques. J’ai aussi aimé la fluidité entre les genres qui ne sont jamais déterminés. Manushe qui vit depuis peut être 30 ans en homme, est-elle une femme? On ne naît pas femme, on le devient, a écrit Beauvoir, devient-on homme en en prenant l’habit? Dans une société où le machisme est encore la règle est-il plus facile d’être « vierge jurée » que femme?

Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à Accabadora de Michela Murgia dans une Sardaigne aux traditions rurales un peu étranges.

 

L’ordre du jour – Vuillard / la Ville sans Juifs – Hugo Bettauer

VIENNE ET L’ANSCHLUSS

Tout a été écrit sur le Prix Goncourt 2017, style magistral, surtout le premier chapitre qui démontre la collusion des industriels allemands et du nazisme. Livre d’histoire parfait, démonstratif et en même temps littéraire, d’une lecture en même temps rigoureuse (le style encore!) et dis4trayante par tableaux vivants, courts, incisifs. Quelques personnages essentiels, quelques scènes pour décrypter la faiblesse de Chamberlain devant Goering qui abuse de l’hospitalité du premier, faisant traîner un dîner mondain alors que les Nazis entrent en Autriche, Schuschnigg pusillanime humilié par Hitler.

Magistral vous dis-je!

Et pourtant je suis restée un peu sur ma faim, l’essentiel est dit, l’essentiel, rien que l’essentiel, tout l’essentiel. 150 pages, et c’est fini.

Autant L’Ordre du Jour est un succès reconnu, autant La Ville sans Juifs est une curiosité dont je n’avais jamais entendu parler. Le premier est une mise en scène très littéraire de l’histoire, écrit trois quart de siècle après les événements. Le second est un livre de politique-fiction, on dit maintenant dystopie,  genre très en vogue. Sauf que cette fiction parue en 1925, annonce précisément ce qui va se dérouler dans la décennie suivante. Du point de vue littéraire, il n’y a pas de comparaison possible. Le roman de Bettauer ne se distingue ni par l’originalité de son style, ni par la psychologie des personnages, très conventionnels. Mais par la précision de l’anticipation il est stupéfiant.

 

Certes, l’antisémitisme, en Autriche ne date pas du nazisme. Bettauer a payé de sa vie le succès de La ville sans Juifs, en 1925 son assassin, en revanche , Rothstock, fut libéré d’asile psychiatrique dès 1933, comme homme libre. Dans la préface, Olivier Guez écrit :

« il s’agit moins d’un livre prophétique toutefois que d’une fiction politique car Bettauer ne croit pas, ne peut pas croire aux « Heil » grotesques et aux brassards à croix gammée, à la haine absurde qui provoquerait la ruine d’une ville et de tout un pays…. »

Et justement, c’est cela qui m’a frappée, la description précise de l’évolution politique :

« après la prétendue politique de redressement qui a duré deux ans, la situation financière de l’Autriche s’est à nouveau détériorée? Quand la valeur de la couronne autrichienne est tombée à deux-centièmes de centimes, les désordres ont commencé..[…] des incidents se produisaient tous les jours, des magasins étaient pillés, il y avait des pogroms , la colère et le désespoir de la population ne connurent plus de borne et finalement on dut prodéder à des élections…. »

Le lois anti-juives furent votées et les Juifs expulsés.

« Après la grande expulsion, tout Vienne se transforma en un camp de porteurs de croix gammées. Hommes et femmes, adolescents et enfants, presque tout le monde exhibait l’emblème que l’on voyait sur toutes les affiches, sur les drapeaux et les insignes. »

« nous n’avons plus aucune chance de nous rattacher (à l’Allemagne), ou bien croyez vous que les Allemands sont aussi crétins que nous et qu’ils vont flanquer leurs Juifs dehors »

Véritable prophétie, l’auteur montre tous les travers des Nazis. On se demande comment, sachant ce qu’il savait, on n’a pas pu éviter la catastrophe.

Le roman de Bettauer est d’un optimisme étonnant. Selon le roman, les Juifs, détenteurs des richesses et du commerce, ruinent l’économie en émigrant. L’Autriche est ruinée par leur départ. On réclame leur retour. Et ils rentrent en triomphateurs.

Ce que Bettauer n’avait pas prévu, c’est la Seconde Guerre mondiale!

Je m’appelle Europe – Gazmend Kapllani

CARNET DES BALKANS/ALBANIE/GRECE

Gazmend Kapllani, auteur albanais exilé en Grèce, écrivain de langue grecque, fait des variations sur son expérience d’exilé. J’avais beaucoup aimé la Dernière page et le Petit journal des frontières. Expérience singulière, il puise dans son histoire personnelle.

Expérience universelle, il confronte les histoires d’autres migrants. La Grèce fut autrefois un pays d’émigration, vers l’Australie,  le Canada,ou des destinations  plus exotiques. Les Grecs ont fui la pauvreté ou la dictature, et maintenant le Crise économique. La Grèce est aussi la porte d’entrée de l’Europe pour Syriens, Afghans chassés par la guerre, ou pour les Africains qui traversent la Méditerranée.

Les personnages qui interviennent sont donc de provenances diverses. Roza, l’Iranienne rêve de faire du vélo comme les garçons.  Abas est  né à Kaboul. Enke venu enfant d’Albanie,  voudrait changer d’identité, Nguyen le vietnamien,  a trouvé sa place  en Grèce, et même la réussite. Giorgos Koinas, natif de Crète,  a choisi la Russie et la Pologne, Ana, l’Arménienne est prisonnière d’une mafia de la prostitution, Ilias Poulos, Grec né à Tachkent, vit à Paris….

Ces courtes biographies,typographiées en italique, alternent avec un texte plus autobiographique puisque le narrateur est un écrivain dont les mésaventures sont aussi contées dans les deux romans précédents. Il raconte comment il a apprivoisé la langue grecque qu’il a adoptée comme langue de ses romans. Réflexions sur la langue, sur l’écriture.

« en écrivant dans une langue qui n’est pas la sienne, on recrée et on reconstruit son identité, une identité culturelle. A plus forte raison quad on choisit d’écrire des romans où on peut réinventer l’identité du narrateur…. »

Et plus loin :

« je suis convaincu qu’une langue n’a pas de frontière. A y regarder de près, dire « ma langue représente un abus de langage[…] mais on ne peut s’approprier une langue. On peut la cultiver, la transmettre... »

Et Europe? Il ne s’agit pas du tout de l’Union européenne ou du continent. Europe est la jeune femme qui enseignera au narrateur la langue grecque.

Cas trois romans ont-ils pour ambition de changer notre regard sur les exilés?

 

la Ville assiégée – Janina octobre 1912-Mars 1913 – Guy Chantepleure

CARNET DES BALKANS

« Janina, selon les Turcs, c’est le chef-lieu d’un vilayet ottoman.

Janina, selon les Albanais, c’est le centre de l’Albanie du Sud, et -qui sait? – peut être l’une des villes principales d’une Albanie future, une Albanie autonome.

Janina, selon les Grecs, c’est le temple choisi, le foyer privilégié où se perpétua, claire et pure en dépit des vairations ethniques, de tous les bouleversement historiques, la petite flamme sacrée de l’hellénisme : Janina c’est la capitale de l’Epire, province grecque »

« Et puis, dans les Balkans, la réalité revêt des airs de romans d’aventure….Faut-il s’étonner beaucoup que des paroles grisantes et du rêve magique naisse l’action silencieuse, là où toute lutte serait rebellion? »

Merci à Babélio et aux éditions Turquoise pour m’avoir offert ce livre!

Il est arrivé au bon moment, juste au retour d’un voyage dans les Balkans!

J’avais coché ce livre à l’occasion du voyage . Il a aussi résonné en écho à d’autres lectures :  Alexandre Dumas: Ali Pacha qui fut, un siècle plus tôt, le Pacha de Janina, ömer Seyfettin : Lâlé la blanche qui est un recueil de nouvelles se déroulant pendant la Guerre des Balkans (1912-1913) et de façon plus lointaine Zorba le Grec de Kazantzaki. 

La Guerre des Balkans est bien méconnue vue de France.

Ce sont les « notes de guerre » d’une française – témoignage direct des événements s’y étant déroulés. L’auteure qui écrit sous le pseudonyme de Guy Chantepleure est la femme du consul de France. l’auteure raconte donc ce qu’elle voit, ce qui se passe autour d’elle. Elle ne s’attarde pas à des faits d’arme héroïque, elle préfère contempler de loin la montagne qui résiste Bejani, imposante et mystérieuse ou les minarets de Janina des collines environnantes.

Attentive à la guerre qui se déroule, elle reste sensible à la nature. Attentive aussi aux hommes et aux femmes qu’elle rencontre. Femme d’un diplomate, elle rencontre les officiels ottomans, reconnait leur courtoisie, profite de leurs réceptions. Elle éprouve aussi de la sympathie pour les soldats des deux camps et finalement partage la joie des Grecs quand le siège se termine à leur avantage.

Récit de guerre, par une femme, loin des rodomontades et de l’héroïsme, qui n’oublie pas l’élégance des femmes, le mystère d’une musulmane voilée comme les danses des jeunes filles grecques.

la guerre terminée, une excursion à Argyrocastro – Gjirokastër en Albanie – nous emmène sur les routes de l’Epire dans la ville de Kadaré.

 

 

 

Des éléphants dans le jardin – Meral Kureyshi

CARNET DES BALKANS/ KOSOVO

 

C’est le premier roman de Meral Kureyshi qui nous vient de Suisse,  écrit en allemand (2015) et publié en français (2017) par les éditions de l’Aire. Une jeune kosovare originaire de Prizren, en Suisse depuis 1991. Ce court roman (177p.) se présente comme une lettre à son père:

Incipit :

« ton cercueil est dans la terre. Tu voulais être enseveli à Prizren. Depuis un mois, chaque vendredi matin, je recouvre mes cheveux d’un foulard blanc et récite Ya-Sin, la prière des morts pour toi »

N’allez pas croire que c’est un livre triste, pas du tout, c’est plutôt tendre, simple. La jeune fille évoque sa famille, son enfance, l’intégration laborieuse en Suisse.

J’avais choisi ce livre comme une occasion de retourner à Prizren que nous avons visité et que j’ai bien aimé. De Prizren, on ne raconte pas grand chose dans ce livre. La jeune fille va voir sa famille, son école et le cimetière. L’essentiel de l’histoire se déroule en Suisse. C’est plutôt le livre de l’exil, de l’espoir d’une vie meilleure, des papiers qu’on tarde à leur donner, de la nationalité suisse qui est refusée malgré une intégration satisfaisante. 

J’ai attendu les éléphants du titre, je suis toujours curieuse de comprendre les titres. Les éléphants sortent de l’imagination de la petite fille qui cherche à inventer des choses extraordinaires dans un quotidien plutôt ordinaire.

Une note douce, affectueuse, mais en demi-teinte.