Minuit à Serampore suivi de Le secret du docteur Honigberger de Mircea Eliade

LIRE POUR L’INDE OU POUR LA ROUMANIE?

 

Deux nouvelles.
Minuit à Sérampore : trois spécialistes de religions indienne se réunissent dans un bungalow près de Calcutta. Sur le chemin du retour, une nuit un cri d’horreur déchire la nuit….Je suis peu attirée par la littérature fantastique ou d’horreur, cependant Mircéa Eliade a su m’entraîner et me séduire. A lire!

Le secret du docteur Honigberger se déroule à Bucarest. Le narrateur, de retour d’Inde est appelé à étudier les papiers d’un érudit disparu qui retraçait la biographie du Docteur Honigberger, un aventurier. La nouvelle commence très bien. Malheureusement, Eliade(spécialiste des religions indiennes) s’appesantit sur les théories ésotériques et sur les arcanes du yoga et on perd de vue l’érudit disparu et surtout l’aventurier.

Neiges d’antan – Gregor Von Rizzori

LIRE POUR LA ROUMANIE OU L’UKRAINE?

Roman familial autobiographique.

Curieuse construction que cette autobiographie racontée en cinq portraits où l’auteur met l’éclairage sur un personnage différent : Kassandra, la nourrice paysanne houtsoule ou roumaine, la mère, aristocrate autrichienne, prisonnière des conventions de l’époque, jouant le rôle de la mère soucieuse de l’hygiène et de l’éducation de ses enfants, puis divorcée épousant les idéaux féministes, mais toujours conventionnelle, le père, fonctionnaire de la double monarchie, chasseur, mais aussi artiste, la sœur décédée jeune, complice rieuse du narrateur, Strausserl, la préceptrice. Un curieux épilogue est consacré au sixième personnage du livre : la ville de Czernowitz, capitale de la Bucovine, Autrichienne avant la Première Guerre Mondiale, Roumaine entre les deux guerres, Ukrainienne maintenant.
L’histoire de ce roman kaléidoscope commence à la naissance de l’auteur en 1914 à la fin de la seconde guerre mondiale. Famille attachée à ses racines, à ses propriétés en Bucovine mais aussi errante, réfugiée à Trieste pendant la Grande Guerre, le plus souvent en Autriche à Vienne, en Transylvanie, à Bucarest. Chaque portrait complète le précédent. Chaque personnalité s’avère plus complexe que dans le regard du personnage précédent. le père décrit par la mère comme un original, un chasseur brutal, un butor, un fou, est particulièrement déroutant, anticonformiste.
Ces analyses psychologiques très poussées me font penser aux romans de Schnitzler ou de Zweig, Rizzori n’ignore rien de Freud, même s’il le critique. Mais c’est surtout l’histoire de la Bucovine qui m’a passionnée. Bucovine, duché cédée à l’empire austro-hongrois en 1775 par la Sublime Porte, envahie plusieurs fois pas les troupes russes, sous contrôle roumain entre1919 et 1940, rattachée à l’Union soviétique par l’accord Ribbentrop- Molotov, partagée maintenant entre la Roumanie et l’Ukraine.


C’est Rumiz, dans son Voyage aux Frontières de l’Europe, qui m’a donné envie de lire von Rizzori, racontant cette Europe d’avant 1914 où l’on pouvait sans passeport voyager des confins de la Galicie ou de la Bucovine jusqu’à Trieste.

… »Avec la fin de l’Autriche-Hongrie impériale-et-royale, c’était comme si ce fut éteinte une lumière qui avait alors nimbé . Un nouvel âge du monde avait nos jours d’une lumière dorée. Nous n’étions pas les seuls à être concernés. Un nouvel âge du monde avait commencé…« 

Bucovine, Galicie, qui se souvient de ces provinces ? Quand construire des chemins de fer en Bosnie ou dans l’Herzégovine était une aventure comparable aux recherches des sources du Nil…. Mosaïques de populations cohabitaient à Czernowitz, manteau d’Arlequin que le parler de Kassandra qui mélangeait le Roumain, le Ruthène, l’Allemand, le Yiddish, multiplicité des croyances aussi : Autriche catholique, Roumanie orthodoxe, Saxons protestants, Juifs, mêmes théosophie, spiritisme…Richesse d’un monde disparu:

« On a attribué à l’esprit de Czernowitz à la juxtaposition et au mélange des populations tout à fait unique qu’on rencontrait en Bucovine, à leur compassion portée à l’extrême dans la capitale , à la fécondation culturelle et au polissage des mœurs  qui résultaient de tous ces contacts, à l’exigence et à la nécessité constante de s’adapter , de penser vite et de réagir de manière appropriée, ce qui, surout pour les juifs, constituaient un besoin vital… »

 

Venu du Temps Dièse – Bogdan Suceava

LIRE POUR LA ROUMANIE

Bucarest, 1993. Peu de temps après la chute de Ceausescu.

« On attendait tous quelque miracle. Tu te rappelles les années quatre-vingt avec tous leurs secrets et leur histoire  jamais  dite? »

Vespasien Moïse né avec une marque bizarre sur la poitrine – la carte de Bucarest – devient le Maitre d’une secte un peu étrange qui rassemble toutes sortes d’originaux et de paumés, un savant le docteur Arghir qui explique tout en terme de vibrations, un professeur d’histoire le Docteur Diaconescu, un Troubadour, rock ou folk, un riche homme d’affaires, des marginaux….Les théories les plus farfelues co-éxistent avec le miracle d’une lotion capillaire, l’hypothèse d’un astre jumeau du soleil, celle que le Roumain, la langue la plus ancienne, vieille de 7000 ans, est une sorte de code ésotérique et médical….

Si l’histoire contemporaine roumaine, la transition entre le régime communiste et le capitalisme, m’intéresse beaucoup, les élucubrations mystiques des sectes m’ennuient profondément. Si le livre ne m’avait pas été offert dans le cadre de la Masse Critique par Babélio, j’aurais sans doute refermé le bouquin après une trentaine de pages. Une critique est attendue, il me faut donc persévérer. Et je ne l’ai pas regretté.

Livre de Bucarest, comme Moscou pour le Maitre et Marguerite. Pourquoi ai-je pensé à Boulgakov? sans doute à cause du chat-espion. Mais Boulgakov est un génie tandis que Venu du temps Dièse est un peu laborieux pour le lecteur étranger. J’aime lire la littérature étrangère dépaysante. J’ai plaisir à convoquer mes souvenirs de notre passage à Bucarest. J’ai également conscience de passer à côté de l’essentiel du livre. De très nombreuses notes en bas de page expliquent les intentions de l’auteur qui détourne ironiquement les écrits des poètes roumains célèbres ou des hommes politiques. Évidemment, cet aspect n’est pas accessible au lecteur non-roumain.

Est-ce un témoignage du post-communisme en Roumanie, comme l’affirme le 4ème de couverture? Les sectes, les fascistes, les satanistes, les stéphanistes( partisans du Roi Étienne 1757-1504, ressuscité pour l’occasion. )…. ont-ils existé, se sont-ils castagnés, comme le raconte le roman ????

Est-ce plutôt une allégorie délirante, une bouffonnerie, sortie de l’imagination fertile de l’auteur? Je suis bien incapable de discerner l’exagération hénaurme de la critique ciblée. Les seuls personnages doués d’une sorte de rationalité sont les  policiers chargés de la surveillance des sectes et autres mouvements politiques. Ne sont-ils pas les héritiers de la terrible Securitate?

J’ai cherché à comprendre le titre du livre Venu du temps dièse. Ce n’est que dans le dernier chapitre, en épilogue avec l’arrivée d’un nouveau prophète ….« arrivé dans la ville à dos d’âne, et la population de Bucarest l’a aimablement reçu avec des rameaux d’oliviers et de laurier, avec du pain et du sel[….]Il nous venait de loin, d’un monde perdu, du temps dièse de nos sens blessés, béants, sur-aiguisés. Le voilà maintenant nous parler de la Roumanie des années trente, de gloire et de liberté; de notre victoire en tant que nation et de nos droits en tant qu’individus….. »

Et le temps dièse sera encore pour moi un mystère, et sectes et théories fumeuses ont encore un certain avenir. Ainsi que les romans délirants….

 

 

Au-delà des Collines – film roumain de Cristian Mungiu

TOILES NOMADES

Dès sa sortie je me suis précipitée pour voir le film roumain de Cristian Mungiu : au delà des collines.

Depuis notre voyage en Roumanie je continue à me documenter, à lire et à voir les films roumains. Cet été, nous avons passé plusieurs jours dans des monastères bulgares. J’ai été intriguée par ces nonnes souvent jeunes. J’aurais aimé leur parler. Cela ne s’est pas fait, réserve ou barrière de la langue?

2heures 30 – tout le temps de découvrir la vie d’un couvent très pauvre dans une région de montagne, loin de tout et surtout de la vie moderne : pas d’électricité ni d’eau courante, les tâches ménagères accomplies en commun dans la plus grande simplicité. Dans cette communauté de femmes, l’autorité est assurée pleinement par un jeune pope. Avec la supérieure ils ont reconstitué une sorte de famille, et les sœurs les appellent naturellement Papa et Maman.

 

C’est une histoire d’amour : Alina et Voichita se sont connues, enfants à l’orphelinat où elles ont été abandonnées. Alina aime Voichita d’un amour inconditionnel. Elle est revenue d’Allemagne pour chercher Voichita et l’emmener avec elle. En son absence, Voichita a rencontré Dieu, elle aime toujours Alina mais ne veut pas quitter le couvent. Cette dernière est prête à tous les sacrifices pour rester près de son amante, y compris des mortifications et des pénitences pour trouver la foi, y compris à donner son petit pécule pour les peintures de l’église du monastère qui ne sont pas terminées.

L’amour inavouable des deux femmes est-il diabolique? Frustrations culpabilité ou contraintes sociales insupportables? Alina est saisie  de crises épouvantables, évanouissements, violence, suicide…. la première réaction des nonnes est de l’envoyer à l’hôpital. Misère de l’hôpital, impuissance  à la soigner, ou confusion des genres, le médecin juge qu’elle sera mieux à se calmer au couvent.

Quand les crises reprennent le pope cherche à se débarrasser d’elle. Mais comment? L ‘orpheline n’a nulle part où aller et se soumet à la confession, aux pénitences, dresse la liste des péchés d’après une longue liste qu’on lui soumet. Puisque la médecine est impuissante, qu’aucune institution ne fonctionne, il reste la solution religieuse : l’exorcisme. Violence moyenâgeuse qui se terminera par le décès d’Alina.

Qui est coupable? Le pope et les nonnes, ses complices qui l’ont ligotée, privée de nourriture et d’eau pour affaiblir le diable qui l’habitait? le médecin qui l’a remise au couvent? Les services d’urgences qui ont appliqué un traitement inapproprié à la mourante?Tous, pourtant, étaient animés des meilleures intentions du monde.

Ce n’est pas une fiction. Une femme est vraiment morte dans des circonstances analogues et le prêtre a été condamné. Il existe encore des gens qui croient qu’une femme hystérique est possédée.

Par de-là l’anecdote, Au delà des Collines est un film magnifique, presque noir et blanc des voiles noirs sur la neige, seule couleur, la vieille guimbarde rouge qui nous rappelle que l’histoire s’est bien déroulée en 2005 et non pas dans la nuit des temps. Merveilleuses de simplicité,  les deux actrices, Voichita, la soumise et Alina la rebelle. Quoique….la fermeté de Voichita dans sa foi ébranle la rationalité de son amie. Rien n’est simple!

 

Merci à Balkania – fin de l’autotour !

CARNET BULGARE

 

Merci à Balkania qui nous a préparé un auto-tour idéal !

Les hébergements ont tous été à la hauteur de nos attentes et parfois bienau de-là.

La gentillesse de nos hôtes a toujours compensé la barrière linguistique. Ils ont fait mentir l’expression  qualifiant la Bulgarie de « pays sans sourire »: le sourire, la gentillesse et la prévenance ont toujours été au rendez-vous.

Le confort et la beauté de certaines maisons d’hôtes nous ont tellement surprises que nous les avons surnommées : » jardin extraordinaire »  à Dragoevo, « le musée » à Geravna, » meilleur petit déjeuner « à Arbanassi…..les villages ont offert des visites passionnantes dans un rayon très raisonnable.

Nous avons suivi à la lettre les suggestions de visites.
Le rythme était tout à fait adapté . Jamais nous n’avons eu l’impression de courir un marathon. A chaque étape, nous avons pu nous arrêter  dans un cadre très agréable pour préparer les visites suivantes, lire la carte, faire le point sur les visites : à la piscine, sur le balcon-musée, dans le merveilleux jardin nous avons passé des heures reposantes. Maisons-musée, monastères, thermalisme, sites archéologiques et j’en oublie, nous ont rempli des vacances instructives, culturelles et variées.

La Bulgarie a su se mettre en scène à son avantage dans la catégorie Tourisme Vert.
Refermant ce carnet bulgare, j’ai pourtant quelques regrets de ne pas en savoir plus sur les réalités du pays. Le Regard Touriste est un regard optimiste : on nous montre ce qui est joli, ce qui va nous plaire. Nous rentrerons sans savoir comment les Bulgares vivent vraiment dans leurs villes, leurs salaires. Qui cultive les immenses champs de maïs? qui possède les vignobles? La mise en valeur de la Renaissance Bulgare était-elle une idée du gouvernement d’avant 1989? la richesse des monastères, permanence ou regain de vigueur? Je n’ai pas non plus retrouvé la Bulgarie cosmopolite de mes lectures.

 

 

 

Monastère de Rila (3) promenade et musée historique

CARNET BULGARE

le monastère dans son écrin vert du Rila

J’ai très bien dormi, entortillée dans les deux épaisses couvertures de laine. L’air est vif à 1150m.La cloche a sonné à 6h. J’ai attendu, bien au chaud 6h30 que le pope se promène en frappant sur la simandre. J’ai juste eu le temps de l’apercevoir de dos- sinistres voiles noirs – la planche dépasse, dessinant avec sa silhouette verticale une croix. J’avais espéré entendre les chants de la Messe. A travers les épais murs, rien ne transpire.

Petit déjeuner à l’hôtel situé derrière le monastère, crêpe au miel et aux noisettes.

Promenade de l’Oratoire Saint Luc

Luc était son neveu qui voulait se ffaire moine. Son père étant venu le chercher pour el retirer du monastère, l’enfant fut mordu par un serpent. Les fresques de la chapelle d’IVAN Rilsky au Monastère racontent cet épisode.

Dans  les prés et  dans une splendide hêtraie, le sentier s’élève d’une petite centaine de mètres. Une très belle fontaine toute simple et moussue se trouve près d’un groupe de maisons, deux chapelles, la chapelle Saint Luc, par hasard je découvre la maison de Néofyte Rilsky construite en 1843. Néofytes Rilsky est un personnage récurrent du voyage. Le chemin pavé conduit ensuite au tombeau d’Ivan Rilsky, fondateur du Monastère

Musée Historique

J’emboîte le pas à un groupe de francophones guidé par un excellent conférencier. A propos de la carte des Terres du Monastère, il explique que le supérieur du Monastère ne règnait pas seulement sur les moines mais aussi sur les paysans des villages voisins. Ces derniers donnaient chaque année le tiers des récoltes mais surtout n’étaient pas libres ni de se marier ni de déménager sans l’autorisation de l’Higoumène. Cette situation perdura au 20ème siècle jusqu’à l’avènement du pouvoir communiste qui fit une loi pour libérer les paysans. Dans des vitrines on voit les firmans des sultans ottomans (un de Soliman le Magnifique) avec un cierge d’apparat dans un tube métallique don d’un sultan.

Le monastère reçu, au cours des siècles de nombreux cadeaux, principalement de Russie : linceuls brodés, icônes recouvertes d’or, manuscrits précieux. Le conférencier en profite pour faire remarquer que els icônes russes sont serties d’or tandis que els grecques le sont d’argent. A côté des encensoirs, et divers objets liturgiques, inévitables dans un tel musée, on voit les portraits de Zahari Zograf, le peintre, de Nikolaki Dospeti, peintre d’icônes et surtout de Neofyte Rilsky – moine à rila – connu surtout comme le premier pédagogue bulgare. Un globe terrestre en cuir avec le dessin des continents, une grammaire montrent l’œuvre pédagogique de ce moine qui fonda les premières écoles laïques du pays.

L’objet le plus curieux est une croix sculptée avec minutie que le moine Rafail mit des décennies à sculpter avec des centaines de personnages. On dit que cette œuvre lui coûta la vue.

J’aurais pu monter au sommet de la Tour Hrilo, le donjon  médiéval où les moines se réfugiaient en cas d’attaque de brigands, des Byzantins, des Albanais, des Turcs….

J’aurais pu aussi visiter le Musée consacré aux fermiers du domaine.

Il était temps de déjeuner pour partir à Sofia en début d’après midi. je fais l’essai de langue servie dans une cassolette nappée de sauce à la crème et de champignons, garnie de tomate cuite, le tout recouvert de fromage jaune fondu.  Excellent. Le patron avait proposé ses truites fraîches. Nous mangerons des truites chez nous !

Nous prenons en stop une famille de l’Oise avec une petite fille blonde bien tranquille. La route de Sofia est bien chargée. Les fous du volant doublent sans prudence : appel de phare en protestation, ce sont les policiers ! Le GPS s’affole dans les quartiers périphériques de Sofia, nous perdons une bonne heure dans les ruelles et chemins de terre avant de trouver la Villa Boyana.

L’accueil du patron est aussi chaleureux qu’à notre premier passage ; Il a gardé la même chambre avec le balcon. Il me laisse imprimer ma carte d’embarquement Air France sur son  ordinateur et résout avec une grande gentillesse tous nos problèmes de voyageuses qui devront prendre l’avion à 6h du matin.

Après l’excellente matinée à Rila, nous nous offrons une après midi de paresseuses : douche, valises et télévision satellite suffisent à nous remettre d’aplomb. Seule inconnue : le GPS saura-t-il nous conduire à l’aéroport à 4h du matin ?

Pour terminer  notre dernier jour bulgare nous allons au beau restaurant bulgare (il y a aussi un Italien très classe) sur la place Boyana. Dernière curiosité gastronomique : une salade de champignons (surtout des ceps) avec du pain aux herbes, à l’ail et au beurre. Le maitre d’hôtel est un peu surpris de me voir commander de l’Ayran et pas du vin ou de la bière.

Monastère de Rila (2) fresques et icones

CARNET BULGARE

Jugement dernier

L’église

Les  fresques de l’extérieur sont très colorées, je ne sais plus où donner de la tête. Un conférencier explique le Jugement Dernier en Français. Il montre les Turcs attrapés par un diable dans la boucle d’un lasso et entraînés vers l’Enfer. D’après ce spécialiste, l’Enfer est difficile à soutenir théologiquement, la foule rejoint donc le Paradis (pas de Purgatoire chez les orthodoxes), l’Enfer reste presque vide à l’exception de Judas assis sur les genoux du diable ; Une touriste remarque que les femmes sont plus nombreuses que les hommes en enfer. On ne voit qu’elles !

prise de Constantinople

Scènes de l’Apocalypse, Chute de Constantinople, ces fresques sont amusantes. Plus anecdotiques que touchantes, décidément le 19ème siècle même avec les meilleurs des peintres comme Zahari Zograf , en matière de peinture religieuse ne me plait guère !

Zahari Zograf a peint l’intérieur de l’église. Nous avions déjà remarqué ses fresques à Trojan. La fumée des cierges a obscurci les couleurs. A la suite du groupe francophone, j’écoute les explications sur les deux chapelles celle de Saint Jean de Rila (fondateur du monastère) et en face consacrée à Saint Nicolas. L’iconostase est très massive, très dorée, très haute.

Diableries?

Nous faisons des allers-retours entre église et cour, glanant des explications des conférenciers dans les langues que j’entends. En début d’après midi, les touristes étaient si nombreux qu’il régnait une agitation gênante. Il a plu, la pluie a fait fuir le monde.

Quand le soleil est revenu, les murs blancs ont pris un nouvel éclat, les décors plus de couleurs. On a refait toutes les photos. Le soir est venu, le calme est revenu dans le monastère.

Galerie des icônes

Une seule grande pièce en rez de chaussée ; les icônes sont surmontées par les portraits des moines, noirs et gris, sinistres. Sur un mur, icônes 18ème siècle de l’ancien monastère dont il ne reste que la tour Rhelno. Sur un autre mur, une série d’icônes 19ème, toutes d’un même artiste Nikolaki Dopeski dont j’ai bien aimé les Trois Hiérarques et la Nativité de la Vierge. Une autre Nativité de la Vierge de 1827 m’a plu : le réalisme, l’expression et le costume des servantes habillées comme des paysannes turques ou bulgares, l’une d’elle dresse le couvert avec de la belle vaisselle d’argent, plateau et aiguières comme dans les maisons-musée.

L’accumulation des peintures tue la fraîcheur du regard. Au lieu d’être émerveillée, je suis assommée. La fin de la soirée se passe oisivement, sans but précis, dans l’immense cloître.

Dîner : soupe aux tripes et pain au restaurant qui enjambe le torrent par un petit pont. C’est une erreur de choisir la table au dessus de l’eau. Il faisait froid .

Monastère de Rila

CARNET BULGARE

monastère de Rila : église

Le village de Rila est animé avec tous les commerçants et restaurants. Cependant, il est très loin du Monastère, une bonne vingtaine de km. La route suit le cours d’un torrent dans une vallée très étroite. Nous découvrons les départs des sentiers balisés dans le Parc de Rila.

15h, nous nous arrêtons sur le parking du Monastère. Voucher à la main, je cours partout à la recherche de la « réception ». Ni la vendeuse de souvenirs, ni les policiers assis sur un  banc à la porte ne peuvent me renseigner. Le petit bureau est coincé dans un  coin, sous un escalier près du Musée. La gardienne du Musée appelle le pope chargé de l’hébergement qui me prend le voucher des mains et réclame « passeport ». Je lui tends ma carte d’identité qu’il scanne. Il me donne la clé du N°214, soulève le cordon qui barre l’escalier et me dit que c’est au premier.

Le Petit Futé parlait de dortoir, Balkania avait prévenu que les installations seraient spartiates. J’ai le plaisir de découvrir une chambre avec deux lits faits (ce n’est pas toujours le cas à l’hôtel), d’épaisses couvertures, une salle d’eau avec un cumulus. La porte s’ouvre sur la galerie à l’arrière de l’église, la fenêtre sur la foret, le torrent s’écoule bruyamment. Encore une fois, l’eau bercera notre sommeil.

un monastère gigantesque!

On nous avait prévenues que le monastère ne fournit que le gîte et pas le couvert et qu’il faudrait réserver dîner et petit déjeuner dans un restaurant 4km plus bas. De la fenêtre de notre chambre, nous voyons les parasols de deux restaurants, cadre agréable et prix raisonnables. On peut aussi acheter des beignets et  des glaces dans des baraques de bois.

Visite du monastère

Rassurées sur ces points matériels, nous pouvons entreprendre la visite du Monastère. Nous ne savons pas où donner de la tête. Le gigantisme frappe tout d’abord le visiteur : une grande église colorée avec 5 grands dômes et beaucoup plus de coupoles grises, deux colonnades en équerre. L’église occupe la majeure partie de la grande cour pavée. Le cloître est formé de plusieurs ailes blanches à 4 étages formant un quadrilatère très bancal. Galeries de bois, escaliers extérieurs, balustres de bois, mais aussi colonnades terrasses couvertes, balcons en avancées..tout cela compose un ensemble compliqué. Une rangée de conifère accompagne un côté, de l’autre une tour carrée, massive, de pierre et brique est la relique du monastère médiéval initial et occupe tout un angle.

D’entrée, le visiteur est abasourdi, désorienté. Aucune symétrie ne vient le rassurer. L’abondance des motifs décoratifs désarçonne : bandes noires et blanches alternent avec un fond blanc, bandes roses imitent la brique, fond rose avec bandes jaunes, arcades soulignées de fines briques roses peintes ou de rayures blanches et noires. Damiers noir et blanc, autres motifs géométriques, frise végétale blanche sur fond noir, fleurettes colorées dans les angles, animaux colorés, paysages orientaux avec cyprès « alla turca »bouquets et blasons, anges avec leurs trompettes….et cela uniquement sur els bâtiments conventuels !

L’église aussi est composite : l’avant est noir et blanc avec de grosses rayures horizontales comme dans certaines églises toscanes, colonnade symétrique. L’arrière est rose arrondi d’une basilique byzantine énorme avec cinq grandes coupoles sur des tambours multicolores qui se détachent tandis que les petits dômes de plomb gris rappellent plutôt les constructions musulmanes.

Pourquoi cet aspect composite ?

Dans la plupart des édifices religieux, l’Histoire explique ces disparités ; On ajoute, on remanie, on modernise. A Rila, seule la grosse tour carrée est antérieure aux bâtiments du 19ème siècle. L’aile neuve où nous logeons est  20ème. Fondé au 10ème siècle  puis déplacé en 1335, le monastère fut rasé par Murad II qui, ensuite, favorisa sa reconstruction. Brûlé en 1833, le monastère fut reconstruit au cours du 19ème siècle.

Pyramides de Stob

CARNET BULGARE

Pyramides de Stob


Stob est un village-tonnelle. Certains villages italiens sont bordés d’arcades, ici, de la même façon une série de piliers porte une galerie de vignes qui débordent tout le long de la rue principale et également dans les rues adjacentes. Les « pyramides de Stob » se trouvent un peu plus loi n sur le rebord de la montagne. Elles sont situées dans le Parc Naturel du Monastère de Rila. Un éco-sentier d’un  peu plus de deux kilomètres conduit au site. C’est une promenade d’un  peu plus d’une heure aménagée avec des panneaux explicatifs, des bancs et des abris.

Je passe d’abord devant l’emplacement de l’ancienne église saint Procope. Située au dessus des maisons de Bucovetz, les Turcs s’étant plaints que les chrétiens pouvaient voir dans leurs cours pendant les liturgies et diverses cérémonies, le gouvernement ottoman ordonna sa destruction. Pour en construire une autre, trois villageois firent le voyage à Tsarigrad (Constantinople) pour demander la permission du sultan qui leur accorda en 1860.

Deux légendes sont attachées aux demoiselles coiffées de Stob. La première raconte qu’une procession de mariage venant de Kobilite fut pétrifiée. Le fiancé prit pour femme une fille de Stob. La coutume alors était que la mariée était  choisie par les parents du garçon. Le jeune couple ne devait pas se connaître et la jeune fille était voilée. Quand la procession arriva de l’autre côté de la montagne la mariée se dévoila et le meilleur ami du fiancé essaya de l’embrasser. Outragés les parents restèrent pétrifiés avec leurs beaux atours et leurs chapeaux.

Une autre légende raconte l’amour impossible d’une jeune fille bulgare et d’un garçon turc. La jeune fille se jeta d’un rocher et ainsi se forma la pyramide appelée la fiancée.

Le sentier est raide vers la fin, à midi il fait très chaud, j’arrive essoufflée sur l’affleurement et découvre de jolies  demoiselles coiffées oranges.

Eglise peinte de Dobarsko et histoire du village

CARNET BULGARE


6h40, le soleil émerge des montagnes de Rila et illumine les sommets du Pirin. La vallée, Bansko et Banya sont noyés sous une brume bleutée. Maïs, haricots et roses sont ragaillardis de la pluie d’hier. Les lignes de crêtes sont nettes. J’ai enfilé pull et chaussettes pour la première fois depuis ce mois de canicule.

8h : hommes et femmes partent au champ une binette sur l’épaule. La campagne est animée. Partout on voit des gens travailler. Une dame cueille des haricots. Un attelage passe. Il doit y avoir un nid de cigogne dans les parages, j’entends les becs claquer.

banitsa

8h30 : Katia a fait une magnifique banitsa très légère avec du filo enroulé en escargot avec de la confiture de figues vertes.  Chacune de nos hôtesses a une recette personnelle pour la banitza, nous n’en avons pas mangé deux identiques.

9h : chacune balaie devant sa porte au village et ramasse le crottin et la bouse avec une pelle et un seau pour le jardin. Ballet des balais des employées municipales. La rue pavée est très en pente, un pauvre cheval glisse dangereusement

La minuscule église peinte de Dobarsko,  est enclose derrière de hauts murs de galets dans un beau jardin. Elle ouvre à 9h30 seulement. Nous entendons le grincement d’une carriole tirée par un âne, ses roues de bois sont cerclées de fer à l’ancienne. L’excellent livre vendu à l’église raconte l’histoire de Dobarsko.

l'églisse ressemble à une simple maison de village

histoire de Dobarsko d’après Boshidar Dimitrov

Lu sur la brochure de commentaire de l’église peinte

Dobarsko(800 à 1000 habitants) abrite l’église peinte Saint Théodore Tiron et Saint Théodore Stralibate, construite et décorée en 1614. Selon la légende locale, le village aurait été fondé en 1014 par les soldats bulgares aveuglés par les Byzantins lors de la bataille de Klyoutch (Petritch). C’ette légende n’a pas de base logique : difficile pour des aveugles de subvenir à leurs besoins dans les conditions  difficiles. Le fait que les saints patrons étaient des saints militaires suggère que le village fondé environ au 9ème siècle avait un statut militaire. En Bulgarie médiévale et en Byzance, les statiotes(paysans soldats) représentaient un tiers de la population/Affranchis d’impôt, ils étaient obligés d’être à la disposition de l’armée pendant els guerres avec leurs propres armes. L’empire ottoman a gardé cette pratique du 15ème au 17ème siècle. Les soldats bulgares stratiotes forment à Sofia deux corps militaires et 30 000 soldats chrétiens. Les soldats de Dobarsko ont probablement gardé leur statut pendant les trois premiers siècles du Joug ottoman. Cela explique pourquoi l’église élevée en 1614 soit dédiée à deux saints militaires.

Sur la façade de l’église, en plus des deux saits patrons se trouvent  les saints cavaliers saint Georges et Saint Dimitar. Selon plusieurs spécialistes, la galerie des Saints militaires est une démonstration de la force et de la puissance militaire des bulgares au sein de l’empire ottoman musulman. Une partie des soldats spahis cavaliers chrétiens étaient de Dobarsko.
Une petite svastika antique iranienne indiquerait les origines Protobulgare des premières familles militaires. Les khans de PLiska avaient l’habitude d’envoyer dans les territoires nouvellemnt conquis des Protobulgares . Dobarsko, à proximité de la nouvelle frontière de Byzance, sur un col important, avait reçu un effectif de soldats Protobulgares. La pierre de la svastika aurait dû se trouver dans un temple païen puis en remploi dans l première église puis dans celle de 1614.

La réalisation des peintures murales au début du 17ème siècle ont été permises parce que les villages militaires  étaient considérablement plus riches que les villages soumis à l’impôt.  Economisant les frais fiscaux en période de paix et partageant le butin pendant les périodes de guerre. En période de paix, ils vendaient les marchandises locales en Europe et en Asie Mineure, leurs convoi étant  moins vulnérables, possédant légalement des armes et sachant s’en servir.

Les habitants de Dobarsko auraient également participé à la bataille de Lépante au côté des Vénitiens.

Selon la règlementation administrative ottomane, l’église ressemble à une construction d’habitation au toit à deux versants. Son plan est cependant à trois nefs.

L’ayant lu et résumé, J’ai bien dans la tête les scènes et visages que je vais chercher : je suis d’abord étonnée par la petitesse des lieux puis me laisse prendre au charme des scènes et par l’inventivité des peintres. Entrée dans Jérusalem : un étrange personnage se cache dans un palmier. Sacrifice d’Abraham : Isaac porte les bûches comme un paysan bulgare ; je en suis pas assez savante pour identifier es saints dont parle la brochure. Avec un peu de patience ce serait possible, c’est écrit dessus, mais en cyrillique !

Une vieille dame descend la route, binette à l’épaule, son fichu grenat laisse deviner de longues tresses grises. Elle nous demande quelque chose avec insistance mais on ne comprend pas quoi. Voulait-elle qu’on l’emmène un peu plus loin sur la route ? Désolée, elle répète « vous ne comprenez pas ! » puis nous fait un sourire et repart.

Nous avons parcouru la route plusieurs fois, nous guettons le berger qui a poussé son troupeau plus loin dans le pré fauché récemment déjà bleui par les chicorées. Nous aimerions une photo de meule pour l’album. La barrière est baissée au passage à niveau : une locomotive rouge tire trois wagons bleus. Le faible écartement des rails ne laissait pas présager des trains de voyageurs. L’éclairage deu matin souligne les cirques glaciaires. Cette érosion permettrait d’expliquer les énormes quantité dde sables et blocs mêlés comme  une moraine.  (A vérifier toutefois).

La route de Sofia est toujours pleine de camions et de bolides qui ne tiennent compte ni des lignes continues ni des limitations de vitesse ni même de la présence de la police pourtant bien signalée par des appels de phares. Une rocade 2×2 voies évite Blagoevgrad et trouvons peu après la route de Rila.