Saaremaa : journée de mer à l’ouest de l’île

plage déserte


Il a plu toute la nuit. Au petit matin, l’érable se secoue sous le vent. L’eau crépite sur la toiture du chalet. L’arrivée d’une perturbation plus importante que les averses des derniers jours s’accompagne d’un net refroidissement : dans la voiture on met le chauffage.

Le petit déjeuner est somptueux. Nos hôtes sont peu bavards mais prévenants. J’ai apporté l’e-book pour lire le Monde. Pour les gros titres cela va, mais pour les textes c’est vraiment petit. Je ne maîtrise pas encore l’écran tactile.

Dès qu’on se met en roue, le soleil sort. Nous traversons la partie Ouest de Saarema, de Kuressaare à Kihelkonna sur des routes tranquilles dans des bois de trembles et de bouleaux. Saaremaa est une grande île plate. Si les côtes sont échancrées avec des caps et des baies, on ne s’en aperçoit guère. Les routes relient les villages ou les fermes sans suivre le littoral.

Le Centre d’Interprétation de la Réserve de Vilsandi est dans le manoir à côté de Kihelkonna. La dame est charmante, elle parle un anglais chantant un peu étrange et nous recommande deux promenades. Lees expositions sur les migrations des sternes et sur la flore endémique sont sans doute passionnantes mais il manque la traduction.

Nous mettons le cap sur la pointe de Harilaid où se trouve un phare. La promenade pédestre fait le tour de la petite presqu’île rattaché à la terre ferme par un tombolo formant deux belles plages de sable. 8km, je pars à 11heures comptant être de retour pour le pique-nique. Le sentier est une route de graviers et de galets dans une pinède. J’’entends la mer mais ne la vois jamais. Les jeunes pins  sont plantés serrés. Au bout de ¾ d’heure je trouve un petit lac mais toujours pas de mer ni de phare. Le sentier n’est plus balisé Je renonce.

Entretemps, D a trouvé une plage magnifique. Quand j’arrive , elle est encore sous le choc de sa  mésaventure. Ayant mis dans les poches, l’appareil-photo, le téléphone, les clés de la voiture, elle est allée dans la cabane -WC tout à fait primitive : une planche et un trou. Les clés tombent sur le plancher. Les ayant   récupérées, c’est le téléphone qui est perdu. Aller le chercher dans la merde ?

La dune est plantée d’oyats très vigoureux et très hauts. Point n’est besoin de les protéger des pas des promeneurs ! Ces derniers sont absents. Seuls deux surfeurs remballent leur planche à notre arrivée. Et c’est pleine saison, le 15 juillet !

Je marche à la limite de l’eau sur la longue plage de sable. L’eau n’est pas froide. Il y a très peu de différence entre la température de l’air et celle de l’eau. Mais l’air est très frais et cela n’incite pas à la baignade.

galets et choux marins

Nous roulons sur des pistes au jugé. Comment trouver la mer ?

Neem, face au phare de Harilaid, que j’ai raté ce matin, 5 km de piste le long d’un petit cap :des paysages surprenants ces fameux jardins de pierre où ne pousse que le genièvre et les taches roses du serpolet ras mais très fleuri. Descendant de voiture, j’effraie des oiseaux noirs et blancs qui s’enfuient en criant. Sur les galets, poussent des choux marins.

Nous poursuivons notre exploration jusqu’à Vere, découvrons une digue de ciment avec deux gros bateaux de pêche et le gros bateau gis des gardes-côtes. Nous passons devant des bâtiments blancs estampillés CCCP et une magnifique maison de bois marron aux fenêtres condamnées par du contre-plaqué.

château épiscopal de Saaremaa

17heures à Kuressaare, un peu trop fatiguées pour entreprendre une visite systématique de la ville.

Ville très hétérogène, à l’entrée des centres commerciaux flambant neufs, temples de la consommation. Plus loin, des quartiers HLM gris délabrés ou en brique rose plus avenants.Vers l’intérieur de la ville, ce sont de jolies maisons dans des jardins, souvent en bois ; Un quartier plus chic et pittoresque au centre ville. Nous arrivons au château de l’Evêque : château-fort avec ses tours rondes et carrées et ses douves. Devant le château, un bel établissement de cure en bois peint.

Saaremaa : Orissare, Maasilinn, moulins, cratère de météorite

les oiseaux de Maasilinn


De Muhu, on passe la digue pour trouver Orissare dont la taille des bâtiments officiels dans un si petit village surprend. Le port, en revanche, est minuscule. Un bar avec des tables de bois, trois ou quatre bateaux de plaisances. Trois garçons d’une quinzaine d’années trainent sjur des vélos ; Un caillou atterrit non loin de nous. C’est malin !

le château de Maasilinn

Plus à l’Ouest, à Maasi, se trouvent les ruines de Maasilinn (Sonneburg) cité dans la chronique de Wartburg où l’on raconte que « Maître Burchard construisit un bon et fort château sur Saaremaa qui fut agrandi plus tard par frère Goswin ». Après la Nuit de la Saint George, le peuple de Saaremaa, en rébellion, fut défait par B. von Dreileben en février 1345. En décembre de la même année Goswin von Herike devint Maître de l’Ordre de Livonie.

Maasilinn fut reconstruit en 1518 avec des tours de bastion et des salles de canons.

La forteresse  fut ensuite prise par les Danois et les Suédois et le roi danois Frederik II ordonna de la détruire en 1576.

En arrivant, je vois qu’une sorte de hangar, puis  découvre les murailles de belle pierre blanche. Je grimpe sur le tertre sans trop comprendre et descends une échelle de bois dans le noir. Brusquement des spots s’allument : sous les ruines, de belles salles voûtées s’éclairent  avec des plafonds en ogive. Je suis impressionnée. Je ne m’attendais pas à cette surprise.

Non loin de là, les mouettes font un vacarme assourdissant. Il y a également un cygne, quelques foulques, une cane et une douzaine de canetons. C’est une cane très fine mais chez les anatidés toutes les femelles se ressemblent.

Sur la carte, la route longe la côte nord, mais la mer n’est visible  que par intermittence, cachée par les arbres et la végétation. Nous faisons un petit détour par le port de Trigi  qui relie une île située plus au nord. Ce n’st pas l’heure du bac. Le port est désert.

moulins de Saaremaa

Nous  entrons dans les terres à Leisi et découvrons les 5 moulins d’Angla, moulins de bois, ronds ou carrés avec leurs ailes de bois sans la voilure.

L’église de Karja possède aussi des fresques païennes destinées à faire fuir les démons – un peu décevantes. Sont-ce ces personnages dont la tête est en relief ou celui dont la tête parit entouré de ses membres inférieurs tordus ?

Le ciel s’est assombri. Les nuages gris forment une couche homogène.

 

 

Cratère de Météorite de Kaali

Cratère de météorite

Il est très bien indiqué sur la route, avec un hôtel, un restaurant, un grand parking et les inévitables marchands de souvenirs. Le sentier monte sur le rebord du cratère boisé. Dans le creux, résultant de l’impact, un petit lac tout vert, tout rond.

Le petit lac entouré par un mur circulaire n’est pas le seul cratère, autour on en dénombre 9.

Diamètre du cratère : 105-110m

Profondeur 22m

Age : 4000 ans d’après les analyses des pollens

Masse de la météorite : 400 à 10 000t

Masse à l’impact 20 à 80 t

Vitesse 15 à 45 km/s

La journée a été longue et nous avons hâte d’arriver à Upa (3km de Kuressaare, la Capitale de l’île de Saaremaa.)

notre gite

Le B&B Jurna Turismitalu est une vaste propriété. Le logement principal est une belle chaumière. Nous sommes logées un peu plus loin dans un chalet. Je traverse un verger de cerisiers (avec échelle et cerises) passe devant de magnifiques buissons de framboisiers et des groseilliers portant de jolies grappes. Je complimente mon hôte :

–          « vous avez de beaux fruits, les oiseaux ont mangé tous les miens » espérant qu’il m’invitera à y goûter. Nenni ! il ne relève pas le sous-entendu.

Les Russes, nos voisins, font moins de manières et font autant de ravages dans les groseilles qu’un vol de merles.

Le studio est  vaste, dans un chalet tout neuf  ressemblant à un jeu de construction. Bicolore, murs lazurés vert, plafond et plancher bois naturel, deux fenêtres. Tout est en bois, les tringles à rideaux, les porte-manteaux, table de nuit. Comble du confort : un vrai réfrigérateur et une bouilloire.

Vers les îles estoniennes: Muhu

Koguva, village préservé Muhu

140km entre Tallinn et Virtsu d’où part le ferry pour les îles.

La route traverse une campagne cultivée et boisée. Il fait frais, 16°C, les fenêtres fermées nous privent du parfum du foin fraichement coupé.

Bac

On peut retenir le passage de la voiture sur le bac par Internet. Il suffit de passer le code-barres sur un écran, on peut également payer à la caisse (9.87€ pour la voiture et deux personnes). La traversée est rapide, moins d’une heure, attente et embarquement compris. Des dizaines de voiliers, disputant une régate,  égayent la croisière.

Muhu 

 

A Liiva, visite de l’église Sainte Catherine (1267) précédée de 4 croix qui émergent de guingois, les tombes sont recouvertes d’une épaisse couche de terre. L’église est blanche, dépouillée, sans clocher. A l’origine, église catholique, peinte à fresques qu’on a retrouvées en enlevant l’enduit. On distingue des personnages sous des arcatures gothiques qui alternent avec d’étranges tours très minces comme des minarets portant des sortes de flammes.

Koguva

Le petit village de Koguva est l’ancien port de Muhu, face à Orissare sur l’île de Saaremaa. Quelques familles y vivent encore mais les chaumières ont été restaurées et se visitent comme le Musée de Plein Air.

Les fermes sont encloses par des murettes de pierres moussues sur lesquelles reposent des barques retournées. L’une des maisons est celle de Juhan Smuul, écrivain et poète qui a également écrit des récits de voyage. Une grande sculpture du poète a été érigée, assis face à la mer; portant un corbeau sur son épaule.

Comme dans les autres villages-musées, on visite la maison meublée, le sauna, les étables, les greniers….Sur le chemin du port, l’ancienne école est ouverte. Une vingtaine d’enfants pouvaient prendre place sur les bancs et pupitres de bois. L’instituteur y était logé. Sur le bureau du maître se trouvent  un boulier, une mappemonde et des bordereaux divers. Au mur, la carte est en Russe. Muhu est colorée de la même couleur que l’Estonie tandis que Saaremaa est rattachée à la Lettonie. Cette école dépendait de l’Eglise Luthérienne. Quand la République Estonienne rendit l’enseignement laïc, l’école dut fermer faute de financement.

Sur le petit port : une jetée en ciment  et une maison de bois rouge sombre. Un peu plus loin sous une grande tente on reconstruit à l’identique le bateau Uisk qui servait de bac entre Koguva sur Muhu et Orissare sur Saaremaa. Le vieux port est un peu plus loin au sud. Il en reste tout juste une chaussée en grosses pierres rondes. C’est de là que faisait la navette Uisk. Le passage coûtait 25 kopecks pour une voiture à cheval, 15 kopecks par bête à cornes et 5 par personne. Le dernier naufrage en 1875, par un orage automnal fit 11 victimes. En 1876, la digue reliant Muhu à Saaremaa fut mise en service. On organise des compétions de natation entre Orissare et Koguva, (2.4km). Le panneau met en garde les imprudents qui voudraient faire la traversée sans une préparation et un entrainement sérieux.

Nous déjeunons face à la mer d’un hareng fumé et de salades « vinaigrette » rouge avec de la betterave, choux, tomme de terre et d’une salade de riz étrange sucrée-salée avec des cubes de poisson mais aussi des pommes-fruits parfumée à l’aneth. On pourrait se baigner ; Il y a même une cabine pour se changer.

Tallinn: saint Nicolas et la Danse Macabre

Danse Macabre Bernt Notke

Eglise Saint Nicolas (13ème siècle), fondée par les marchands allemands,  était une église fortifiée. Bombardée le 9 mars 1944.

Les pierres tombales sont très grandes. Celle de Reinhold von Delwigi est étrange : le personnage semble endormi, une jambe repliée la seconde en l’air pas du tout dans la position d’un gisant. On l’imagine faisant la sieste sous un arbre.  Ici aussi, comme dans la Cathédrale luthérienne de nombreux blasons ont été accrochés. Plusieurs retables sont exposés : l’un vient d’un atelier bruxellois, un autre représente la Passion et vient de Bruges (1515-1520), une troisième de Lübeck (1478-1481).

Le chef d’œuvre de l’église est la Danse Macabre

Sur un paysage de collines vertes reconnait une ville fortifiée avec des tours rondes coiffées de cônes pointus, des remparts – Tallinn ?? – Un évêque, un roi, une belle dame, un cardinal, un homme riche sont entraînés dans une farandole par des squelettes aux os noircis drapés dans leur linceul déchiré. L’un d’eux porte son cercueil, un autre, assis, joue de la flûte, le linceul enrubanné sur son crâne comme le turban d’une antillaise. Ces squelettes sont étrangement dansants tandis que les vivants sont statiques, consternés, les ecclésiastiques surtout font la grimace. En bas se déroule un parchemin en rouleau. Le fragment de Tallinn présente 13 figurines.

Un panneau fait la comparaison avec la Danse macabre de Lübeck qui a été copiée e, 1701 mais dont la copie a brûlé en 1942. Elle avait 49 personnages et se terminait par un bébé dans son berceau. Les 13 premiers sont pratiquement identiques. Le texte est daté de 1463. En 1464 Lübeck fut touchée par la Peste

Nous terminons la journée au Jardin botanique au bout de Pirita Tee

Tallinn : musée de la Grande Guilde et Musée de la Ville

La Grande Guilde de Tallinn

Grande Guilde

La première salle a un plafond en ogives, aux arêtes soulignées de pierre. On y a installé deux expositions dans des vitrines : les écrits du passé et les objets du passé. Sur les murs des frises chronologiques et des panneaux donnent des explications détaillées. Je peux donc découvrir les écrits d’un roi danois Valdemar IV 1345, le codex de Lübeck1280, une lettre  du Pape Nicolas V 1450 pour l’établissement d’une chapelle, un autographe de Gorbatchev et d’Indira Gandhi

Un mur audiovisuel raconte l’histoire de l’Estonie avec des courts vidéogrammes humoristiques.

Dans la belle salle voûtée, des écrans interactifs répondent à diverses questions :

L’Estonie est-elle un pays nordique ? Des documents présentant glaciation et déglaciations avec la remontée des continents libérés des glaces et la création des îles.

Est-ce que les Estoniens ont été heureux sur leur terre ? Depuis le 13ème siècle ils ont été occupés. Les paysans sont devenus des serfs au 15 ème et 16 ème siècles.

D’autres questions concernent la langue estonienne et l’identité estonienne.

L’intérêt de la visite réside plutôt cette la merveilleuse salle.

Au niveau bas, les caves furent utilisées comme caves à vin. Il se trouve même une cellule de dégrisement.

On raconte l’Histoire des Guildes : la Grande Guilde réunissait les négociants mariés, tandis que les célibataires se réunissaient dans la Maison des Têtes Noires. Les artisans étaient dans la Guilde de Saint Kanute et Saint Olaf. Une des activités les plus importantes était la charité et l’assistance aux pauvres. Ils organisaient également les fêtes de Noël et participaient au Conseil de la Ville.

Ici encore le cadre est somptueux, les explications intéressantes, mais peu d’objets de valeurs à regarder.

Sortant de la Grande Guilde je trouve un passage où toute la chronologie de la ville est gravée sur les dalles. En regardant où on met ses pieds on retrace l’histoire de Tallinn.

Musée de la Ville rue Vene

Il est installé dans la maison d’un marchand et on a conservé la cuisine, le bureau au rez de chaussée. A l’étage où les marchandises devaient être stockées une exposition présente la Hanse à l’aide de maquettes de bateaux : ce sont de vrais bateaux d’époque, ou plutôt des ex votos donnés à des églises pour assurer un voyage sain et sauf. On raconte aussi le commerce du Sel : on a dit que Tallinn était » bâtie sur du sel ». Le sel venait de France ou du Portugal. On échangeait une mesure de sel pour une mesure de grain. Lübeck était au centre de la Hanse.

Old Thomas, la girouette mascotte de Tallinn

Old Thomas : la girouette de l’hôtel de ville était  le symbole de Tallinn.

Une autre section du musée raconte les métiers des artisans de la ville : tailleurs de pierre, forgerons…Allemands, Suédois et Estoniens  pouvaient devenir des Maîtres-artisans. De 1345 à 1561 Tallinn était sujet de l’Ordre de Livonie mais d’après Erick IV roi du Danemark, en 1248,  les lois de Lübeck régissant les villes hanséatiques donnaient les mêmes droits aux citoyens de Tallinn qu’à ceux de Lübeck. Le Conseil de la Ville avait ses membres élus par les Guildes.

 

Je retrouve D devant l’église Pühavaimu à une terrasse de café sympathique. Rue Pikk, non loin de là, nous avons repéré une épicerie (la seule de la vieille ville). En sortant elle se fait bousculer par un escogriffe en T-shirt noir qui ne s’excuse même pas. Sans doute un croisiériste qui a perdu son groupe ? Pas si sûr ! Le sac à dos est ouvert. Le porte- monnaie contenant la carte bleue a disparu.  La bousculade était préméditée. La cohue des touristes dans les rues étroites est un excellent terrain pour les pickpockets !

Il nous faut rentrer à l’hôtel, prévenir la banque, faire opposition. Nous connaissons la procédure mais cela gâche la journée.

Tallinn, ville haute

 

Nous montons par les  marches à la colline de Toompea en passant devant la grosse tour Kiek in de Kok, énorme tour chapeautée d’un toit de tuiles coniques (bien rouge). Plus tard dans la journée, on aurait pu y tirer à l’arc.

cathédrale orthodoxe

La Cathédrale Alexandre Nevski (1890-1900), au sommet de la colline  a 5 bulbes noirs couverts d’écailles de bois, elle est bâtie de briques avec des parements blancs. Elle a l’air trop neuve et manque de charme. Quand on rentre, on est impressionné par la religiosité des dames toutes couvertes de foulards, sauf une plus moderne qui porte un calot crocheté. Elles ne sont pas toutes vieilles, il y a des jeunes aussi. Un homme aux cheveux longs et épais bouclés teints en noir et à la barbe blanche est tout à fait pittoresque avec son costume de ville étriqué, prototype du Russe du début du 20ème siècle. Les popes  ont de très belles voix. Les icônes sont recouvertes d’or et d’argent. Quatre mendiantes barrent la sortie, foulard et sac en plastique pour protéger leurs chaussons.

En face de l’église se trouve le siège du Parlement installé dans un palais construit par Catherine la Grande et terminé en 1773 qui a une façade rose, un balcon carré et des balustres blancs. Le jardin derrière le Parlement entre fleurs et tilleuls offre une promenade très parfumée. Au coin, une tour ronde est la tour Pikk Hermann.

Les rues de la ville haute  sont très agréables, avec les façades colorées 17ème et 18ème. Une école allemande fait face à une école de théâtre. Une curieuse sculpture semble sortir du mur : un professeur fait cours aux étudiants-acteurs et regarde au dessus de ses lunettes de presbyte ouvrant sa main de manière expressive.

Cathédrale luthérienne de Tallinn

La cathédrale luthérienne, reconstruite après un incendie en 1634, est toute blanche de l’extérieur. Son clocher baroque est de 1779. L’intérieur est décoré avec les blasons en bois tourné dorés, d’au moins 1.50m d’envergure. Les sièges dans des stalles de bois peint en vert. La chaire en bois peint fait face à une curieuse loge vitrée.

 

 

 

 

Malheureusement Toompea est rapidement envahie par les groupes de touristes sortis de quatre énormes bateaux de croisière, tous étiquetés, cohortes bouchant les petites rues pavées. Deux points de vue au dessus des remparts permettent d’avoir un magnifique panorama sur les remparts, les tours et les toits de la ville mais les groupes se pressent et kil faut jouer des coudes pour avoir une bonne place. Les guides brandissent des parapluies de couleurs vives pour rallier leur troupeau.

 

Tallinn : Kadriorg, palais construit par Pierre le Grand


Du Kumu, suffit de marcher quelques centaines de mètres à travers le Parc du Kadriorg pour trouver le Palais que fit construire Pierre le Grand. On passe devant le Palais Présidentiel estonien, pâle rappel du palais baroque gardé par deux sentinelles. Le long de la rue Weizenberg se trouvent d’autres constructions intéressantes : le Musée Mikkeli (exposition sur les icones) et Maison de Pierre le Grand.

Le Palais Kadriorg fut commandé par Pierre le Grand pour son épouse Catherine à un architecte romain Nicola Michetti en 1714. Palais baroque peint en rose-rouge aux décors crème entourant l’huisserie gris foncé. Bâti sur trois niveaux, quatre colonnes doriques soutiennent un balcon bordé de balustres qui précède le hall spectaculaire au 2ème niveau de plain-pied avec le jardin de platebandes colorées à l’arrière. Le troisième niveau abrite l’exposition des icones estoniennes de toute beauté. Nos voyages en Roumanie, en Grèce (et à Ravenne) nous ont rendu les icones orthodoxes familières. Je reconnais deux Ascensions du prophète Elie  de toute beauté avec le char enflammé rouge éclatant. Nous ne sommes pas assez  calées pour deviner ce que ces icones estoniennes ont d’original par rapport aux icones russes.

Une autre exposition » Tracing Bosch and Brueughel » organisée par Tallinn 2011 Capitale Européenne de la Culture, présente des chefs d’œuvres de la peinture hollandaise mais dans la cohue des visiteurs j’ai tout juste l’occasion d’apercevoir deux petits Breughel pendant qu’une conférencière pérore en anglais sur la prospérité du commerce hollandais de l’époque.

Nous découvrons le Hall magnifique de la « Perle du Nord ». La perle est- ce le palis ou ce hall ? Murs gris clairs, stucs blancs éblouissants, au plafond une peinture sur le thème des Métamorphoses d’Ovide. Au dessus des deux cheminées qui se font face, des nymphes de taille humaine, portent des palmes (trop vertes, on pense à du plastique) entourant les monogrammes impériaux P pour Pierre et C pour Catherine.

Le Musée Estonien d’Histoire se trouve sur Pirita Tee dans les environs de Tallin non loin de Kadriorg malheureusement le mardi est son jour de fermeture.

Le détour par Pirita Tee qui longe la mer  donne une très belle vision de la ville et de ses clochers.

les petites rues de Tallinn

Hôtel de ville et maiosn de marchand

Rue Pikk sous le soleil


La Grande Guilde ne ressemble pas à celle de Riga. C’est une maison à fronton triangulaire pointu crépi en jaune. Deux bancs de pierre sur le perron, un petit lanternon à vitrail éclaire la porte en ogive.

Sur la Guilde des Kanute porte deux statues monumentales : le roi du Danemark et Martin Luther.

Tallinn maison des Têtes Noires

La Maison des Têtes Noires n’a pas l’éclat de celle de Riga mais elle est finement décorée avec des bas-reliefs ciselés, un portail baroque, les blasons des cités hanséatiques avec lesquelles les échanges commerciaux étaient les plus importants : Londres, Novgorod…

Les Trois Sœurs sont le pendant des Trois Frères de Riga. Les Trois Sœurs sont trop rénovées, occupées par un hôtel de luxe, moins émouvantes que les TroisFrères .

Nous rentrons par la rue Lai

 

Le clocher de l’église Oleviste (saint Olaf) (église suédoise) offre un beau panorama. L’église elle-même n’a aucun intérêt touristique. Pour les croyants, elle est équipée de baffles et de moniteurs- télévision. Malentendant, malvoyant, chacun peut suivre le pasteur ! Le clocher mesure 124m. A l’origine il était encore plus haut et se voyait de loin en mer. La montée est pénible parce que l’escalier est très étroit et qu’on ne peut pas s’y croiser. Du haut, on voit le port, les bateaux de croisière, les toits et les clochers si fins.

La rue Lai  est tranquille. Les maisons anciennes sont moins spectaculaires que  celles de la rue Pikk mais l’absence de touristes est très agréable.

L’église PühaVaimu (14ème siècle) porte une horloge sans aiguilles. L’intérieur est très décoré pour un temple protestant avec une chaire baroque très ornée, un retable doré. Les galeries des tribunes sont peintes de tableaux charmants un peu naïfs.

Descendant la rue Pühavaimu et suivant la rue Vene nous arrivons aux portes de la ville close où se tient un joli marché aux fleurs. Rebroussant chemin en longeant les remparts très bien restaurés avec le chemin de ronde de bois qui court d’une tour à l’autre. Sous les planches, un marché aux tricots, chaussettes, moufles. J’avais pris de curieux bonnets pour des caleçons destinés à des géants aux jambes très longues et très maigres. Je n’avais pas vu les pompons. La marchande me fait une démonstration : c’est un bonnet pointu avec deux longues pointes qu’on enroule autour du cou.

T

Le passage Sainte Catherine est enjambé par de fines arcades de pierres. Il mène au cloître du monastère dominicain dont le porche gothique 14ème a ensuite été copié. Le long du passage de très grandes dalles proviennent de la crypte de l’église.

A la recherche d’une terrasse sympathique, calme et ensoleillée (nous fuyons les restaurants touristiques de la place de l’Hôtel de ville et des rues adjacentes) . Nous élisons une table sur al placette face au couvent. On y sert des cocktails très élaborés à des prix élevés. Les grands verres sont encombrés d’une verdure singulière pour un mojito, quartiers de citrons verts, de pommes. Nous sommes bien au calme pour relire les guides

le voyeur

Evidemment de nombreuses curiosités nous ont échappé comme ce personnage au sommet de la belle maison Art Nouveau rue Pikk, »la maison du voyeur ». Au coin de la place de l’Hôtel de Ville nous trouvons la vieille pharmacie (une vraie pharmacie) et la plus petite maison de Tallinn juste derrière Pühavaimu. Malgré les nuisances touristiques, Tallinn est d’une richesse exceptionnelle et mérite plusieurs visites approfondies.

Tallinn : Kumu

 

Kumu


L’averse m’a tirée du lit ; la pluie en voyage me rend idiote. Au lieu de chercher un musée , je traîne, si bien que la cave bavaroise du petit déjeuner est bondée. Le porte monnaie de l’argent est introuvable. Nous regardons la pluie tomber.

Kumu

L’appellation comique en français ne nous étonne même pas ; les Estoniens utilisent la voyelle U très fréquemment ! Ku pour Kunst Mu pour Museum.

Le Kumu est un musée très récent ressemblant un peu à l’institut du Monde Arabe. Architecture intéressante mais pas que…

Nous éliminons d’emblée le 5ème étage avec les créations électroniques et trouvons au 4ème une exposition temporaire : Alone in the City avec deux peintres des années 70-80 Ludmilla Siim et Jüri Palm, sous-titrée dialogue avec l’espace urbain.

La perception de Jüri Palm est généralement sombre, violente. Les titres Sanatorium, Gang sont explicites. Les thèmes : la maladie, la violence, la mort. Les couleurs dominantes : le bleu électrique, le noir et parfois le rouge. L’environnement est essentiellement urbain. Les chiens sont déchaînés, les loups derrière les barreaux.

L’approche de Ludmilla Siim est différente, beaucoup plus colorée mais toujours violente, onirique, étrange comme di Chirico. Il y a de nombreuses correspondances avec le peintre italien : présence de ruines antiques, de statues incongrues, trains et gares. Un des tableaux nommé « On the margin of the city » est une curieuse nature morte avec un quartier de jambon, des fruits au premier plan, et à l’arrière-plan un immeuble-barre, une cheminée d’usine et les flèches d’une église d’autrefois. Étrange diptyque dans une gare où un effet cinétique se produit lorsque l’observateur se déplace devant le tableau.

Les collections permanentes peinture estonienne 1945-1990 ont pour titre Difficult choices. En 1944, les artistes sont sommés d’accepter les canons du Réalisme soviétique exaltant le monde industriel. Une certaine monumentalité se traduit par des personnages à l’échelle humaine. Un tableau du port de Tallinn me rappelle les docks italiens exposés à Ravenne dans l’exposition « L’Italia se desta ». Henn Rood, déporté en 1949 réhabilité en 1956 a peint des tableaux qui me plaisent bien. Ces tableaux colorés, un peu cubistes ressemblent à un kaléidoscope : une foule à la mer, une manifestation… . Tous les mouvements picturaux sont abordés avec plus ou moins de bonheur : surréalisme, Pop’art, Hyperréalisme..

Au 3ème étage sont présentées les collections estoniennes du 18ème siècle à 1945, extrêmement variées Du 18ème siècle, on voit surtout les portraits des barons et baronnes compassés, ancien régime, qui auraient pu être les Nobles de n’importe quelle région d’Europe. En revanche les bourgeois souvent vêtus de noir, guindés, austères, me font penser au film Le Ruban blanc. Mon tableau préféré est Cour rococo au château de Poltsama de Gottlieb Welte et Barisien.

19ème siècle : les paysannes estoniennes de Carl von Thimoleon sont bucoliques mais presque « folkloriques » avant l’heure ;


Début du 20ème siècle : sur de nombreux tableaux colorés on voit des affinités avec les Impressionnistes, les Fauves, influence de Munch aussi. Konrad Mägi a retenu mon attention. Il a peint par petites touches colorées Un paysage norvégien 1910, Méditation 1915, Paysage avec pierre1913.

Une exposition confronte deux artistes belges Ensor que j’aime beaucoup et Jules de Bruycker que je ne connaissais pas. Si nous n’étions pas déjà gavées de peinture j’aurais beaucoup apprécié, mais je ne suis plus d’humeur et les gravures présentées sont très petites.

Arrivée à Tallinn

leds remparts de Tallinn

L’autoroute de Tallinn n’est pas une vraie autoroute, plutôt 2x2voies,  chaussées séparées  sans grillage ni échangeurs.  Les faubourgs de Tallinn n’ont rien de séduisant. Une rocade traverse des quartiers interminables de tours toutes semblables de style soviétique. Vers le centre apparaît un urbanisme contemporain verre et béton et une curiosité locale : des briques très sombres pourpres avec un décor de triangles et carrés en relief comme au point de croix.

Hôtel St Barbara

Notre hôtel Santa Barbara est en belle pierre de taille. L’édifice est carré et massif, haut de 4 étage. L’entrée est plutôt sombre. Ici non plus, on ne fait pas d’effort de décoration superflue, sobriété et efficacité. Accueil agréable et efficace. A l’arrière de l’hôtel, un parking, un ascenseur. Et surtout la vieille ville est à deux pas.

Notre chambre est très vaste. Épaisse moquette verte et surtout, luxe, des rideaux opaques.  Dans les hôtels précédents, un store blanc laissait passer la lumière du soleil dès 4h du matin. Mobilier classique des hôtels internationaux bois foncé, appliques et lampe de bureau façon étain brossé. Bon goût.

première promenade dans le Centre

10 minutes à pied (650m dit le GPS) pour rejoindre la Place de l’Hôtel de Ville. Un souterrain permet de traverser un large boulevard parcouru par des tramways et débouche sur une esplanade moderne – résultat des bombardements du 9 mars 1944. Des jeunes y font du skate. Un très grand panneau lumineux donne, entres autres, la météo et la température. De l’autre côté le monument aux combattants de la Liberté est composé d’une grande croix de verre. La première impression qui vient au visiteur est une ville moderne qui se veut branchée, un peu comme Tartu. Un pianiste au milieu de la vaste esplanade joue Angelina et de la musique d’aéroport sur un piano à queue largement électrifié. La rue qui rejoint la place de l’Hôtel de Ville n’est pas séduisante non plus, bordée de restaurants installés derrière des baies vitrées.

La Place de l’Hôtel de Ville tranche sur la médiocrité architecturale. Les maisons de marchands colorées avec leurs pignons pointus, l’hôtel de ville et son beffroi forment un bel ensemble. Impossible de s’asseoir sans jouer les mendiants assis sur les marches. Impossible d’acheter une bouteille d’eau non plus. Les rues environnantes sont un véritable restaurant à ciel ouvert. La rue Dunkri est encombrée de tables et de bancs fleuris de capucines et sonorisés, les serveurs habillés  « à la bavaroise » lederhose et  hautes chaussettes en prime. Cette ambiance de kermesse germanique m’incommode un peu. Le charme des rues médiévales est remplacé par une sorte de Disney-ville à l’allemande Dès que je m’éloigne de la Place la frénésie restauratoire se calme et les rues sont moins encombrées.

Rue Pikk presque tous les bâtiments sont intéressants. La Grande Guilde,  la Maison des Têtes Noires,  ne ressemblent pas du tout à celles de Riga. Au bout de la rue Pikk, je trouve les remparts et je décide de faire un  tour des remparts.

Au pied des remparts se tient une exposition de jardins. Les plantes ne sont pas particulièrement recherchées mais les compositions sont très sophistiquées.  Utilisant des objets prosaïques ou décoratifs, ou les graviers ratissés des jardins japonais, les pierres isolées ce sont des jardins très intellectuels où une page entière analyse les intentions du paysagiste.