« Mr Fermor à rejoint les Champs Elysées »

Fermor entre fleuve et forêt

« Mr Fermor à rejoint les Champs Elysées. kalo taxidi! »

L’information m’est parvenue par un post sur le le Forum des Voyageurs de Lonely Planet, merci à Magne que je cite ici, et qui a  aussi donné le lien vers le journal Grec Ekathimerini.

Patrick Leigh Fermor est l’auteur de deux récits magnifiques Le Temps des Offrandes et Entre fleuve et forêt parus dans la Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs où il raconte son voyage à pied jusqu’à Constantinople entrepris en 1934 à 18 ans. A pied, à cheval, en péniche ou en charrette…

Ces récits peuvent être lus comme un livre d’aventures, mais aussi comme livre d’histoire, ils fourmillent de renseignements historiques comme de références littéraires. des rencontres, aussi bien avec des clochards que des châtelains. A lire et à relire. Cela me gêne un peu de qualifier un écrivain d' »écrivain-voyageur » comme si le placer dans une case le retranchait de la Littérature, comme Chatwin ou Lacarrière.

Autre parenté littéraire, avec L. Durrell. : tous deux se sont distingués pendant la Seconde Guerre Mondiale. les Services Secrets britanniques recrutaient chez les écrivains et P L Fermor fut un véritable héros en Crète. Comme Durell, Fermor s’installa en Grèce. C’est là qu’il termina sa vie.

C’est encore sur un forum de voyageurs, du Routard cette fois-ci que j’ai trouvé d’autres renseignements sur P L Fermor, Kardamyli, le village grec où il vivait près duquel se trouve la chapelle où reposent les cendres de Chatwin.

Poursuivant un écrivain, j’en trouve trois, et des meilleurs! Et des idées de lecture!


Ithaque – Botho Strauss – aux Amandiers Ronit Elkabetz – Charles Berling

Quand j’ai vu l’affiche j’ai foncé! Ithaque, l’Odyssée, c’est une passion! Ronit Elkabetz, je suis fan! quant à Charles Berling…Même s’il me faut traverser tout Paris et la Défense pour aller à Nanterre.

h_4_ill_990881_ronit-elkabetz-bis.1297102713.jpg

Après avoir réservé, j’ai googlé. Et je me suis aperçue qu’il était écrit « traces de l’Odyssée que conserve Botho Strauss » . Il ne s’agit nullement d’Homère mais d’une réécriture. Méfiance?

Botho Strauss a redistribué certains rôles: il a surtout donné une place d’honneur à Pénélope (Ronit Elkabetz), ce qui n’est pas pour me déplaire. Penelope, Clytemnestre, Hélène, Cassandre…les héroïnes ne manquent pas dans le mythe homérique, elles ne restent pas confinées au gynécée, mais elles n’occupent pas le devant de la scène. Cette idée de valoriser le personnage féminin n’était pas pour me déplaire. Ronit Elkabetz a un physique de tragédienne antique. L’ensemble me paraissait trè séduisant en théorie.Sur place j’ai été un peu déroutée. Ce n’était pas Pénélope que j’imaginais avec sont métier à tisser, mais une sorte de Mère-Ubu sur un lit moderne recouvert de fausse fourrure blanche,kitsch? trop kitsch our moi! La présence de l’actrice en impose mais quel besoin d’avoir imaginé cette Pénélope obèse?

ithaque.1297102935.jpg

Ulysse-Charles Berling, collait tout à fait à mon image mentale d’Ulysse, le menteur, le fabulateur déguisé de hardes par Athéna. De plus l’arrivée d’Ulysse sur les rivages d’Ithaque était tout à fait fidèle à Homère. Le bord de la scène formant un croissant rempli d’eau , la plage et une falaise peinte (ou projetée) sur le rideau m’ont ramenée sur les bords de la mer Ionienne.  AZthéna, déguisée est arrivée tout à fait à propos comme dans l’Odyssée.


La présence de ce plan d’eau a permis des effets très séduisants, reflets sur les murs ou le rideau de scène, traversé par les jeunes filles figurant le choeur antique, habillées à la grecque, gracieuses, une jolie idée. Le palais d’Ulyss, intemporel, hésite entre marbre et béton. Excellente idée cette estrade mobile sur un escalier qui avance et recule, rapprochant ou éloignant la chambre de Penelope, mais pourquoi l’avoir peint en gris-fer ou gris-béton, en blanc-marbre cela aurait été plus méditerranéen, plus seyant!

De même le mobilier utilisé par les prétendants, tables métalliques et chaises aluminium jure un peu. En revanche j’ai aimé le piano. L’intemporel ne me gène pas plus que cela, mais pourquoi du cheap!

L’élément de décor le plus réussi est apparu à la fin de la pièce : l’arbre figurant le verger de Laerte, au feuillage translucide éclairé de vert. Quel bel objet!

Cet Ithaque moderne est finalement très fidèle à Homère. Tous  les épisodes figurent bien dans la pièce. Botho Strauss n’a pas retranché. Il a rajouté plutôt, alourdi. Comme récemment, avec Shakespeare, le spectacle contemporain m’a renvoyé au texte initial. S’il supporte les adaptations,les mots ailés d’Ulysse me plaisent toujours plus, l‘aurore aux doigts de rose me manque. Rien à faire. Est-ce que je tourne conservatrice?

Sur les pas d’Alexandre le Grand : d’Alexandrie à Siwa – Légende d’Alexandre : Lacarrière – roman d’Alexandre


puget_-_diogenes_alexander_louvre.1295282673.jpg


Les biographies d’Alexandre le Grand sont nombreuses.
J’ignorais que les textes antiques avaient traversé les siècles sous le nom du Roman d’Alexandre.
La Légende d’Alexandre est traduite, préfacée  et commentée par Lacarrièrequi a choisi une version médiévale en grec byzantin archaïque, parue à Venise en 1699.

Le Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène traduit du grec par Aline Tallet-Bonvalot correspond à des textes datant probablement du IIIème siècle après J-C. Il s’agit d’une  recension de plusieurs manuscrits connus sous le nom de manuscrit A.

Ce second ouvrage est foisonnant et hétéroclite avec  des pages de vers (alexandrins?). Des lettres à sa mère Olympias,à Darius, à Aristote côtoient des récits mythologiques. Sa lecture est passionnante. Le fondateur d’Alexandrie est présenté comme héros macédonien et grec, mais aussi comme égyptien. Si le récit prend, comme la version médiévale, des libertés avec la chronologie et la vérité historique, il livre des témoignages précieux  sur la façon de s’habiller, de combattre, sur les lois, les coutumes antiques.
Quoi de plus pittoresque que les interventions divines, les oracles? La prise de Tyr en est l’exemple le plus flagrant. Alexandre a rêvé qu’il écrasait un fromage, songe prémonitoire de sa victoire. A première lecture, je trouve ce détail bien trivial. A la seconde, j’éclate de rire Tyros étant en grec le nom du fromage! Qu’aurait dit Freud?

La Légende d’Alexandre présentée par Lacarrière s’éloigne encore plus de l’Antiquité faisant du héros un conquérant mythique à l’image d’Héraklès. Il a voyagé aussi bien vers l’Occident que vers l’Inde. Alexandre rencontre Diogène mais aussi le prophète Jérémie son arrivée à Jérusalem le met sous la protection du dieu unique Sabaoth, l’éloignant complètement du panthéon grec et de la filiation d’Alexandre avec Ammon. Ses rencontres avec des êtres  extraordinaires,  Centaures, Unijambistes ou Bienheureux, la descente aux Enfers nous conduit dans le merveilleux plutôt que dans l’histoire.

Et si le coeur vous en dit un parcours Alexandre le Grand au Louvre
http://www.louvre.fr/llv/activite/detai … 8673407387

Prélude pour la Tempête de Shakespeare /L’Île de Prospero L.Durrell

CHALLENGE SHAKESPEARE


J’ai choisi La Tempête, je l’avoue, sur un malentendu : revenant de Corfou, je restais sur le souvenir du livre de Lawrence Durrell L’île de Prospero qui raconte son séjour en 1937 à Kalami nord de Corfou.

Cette île ionienne est-elle le décor de la pièce? Plus je m’intéresse à la Tempête, plus je suis dubitative! Les navires du Roi de Naples reviennent de Tunis. Que viennent-ils faire dans l’Adriatique? Et puis Corfou est une grande île, comment les naufragés pourraient-ils se retrouver si facilement? Corfou, l’île de Nausicaa, d’Alkinous.

C’est l’occasion de relire ce court ouvrage, non pas en y cherchant l’île grecque, si merveilleusement décrite, mais en traquant Shakespeare. Désirant comprendre ce qui justifie le titre : L’île de Prospero. J’ai oublié pour quelques heures mon propos initial pour me perdre dans des baignades, des parties de pêche  au trident, et la légende de Saint Spiridion….dans l’église du Saint, dans la ville de Corfou, je retrouve un indice : « les peintures de naufrages dignes du Douanier Rousseau…« la description de la fête du saint nous plonge dans un décor magique. Indice que le récit du naufrage du Père Nicolas revenant avec du bois d’Igoumenitza? « au milieu du tonnerre et des éclairs l’icône de Saint Spiridion est consultéemais le saint doit être occupé ailleurs…. » annecdote humoristique et si touchante! Traquant Prospero, je trouve Falstaff : « Huxley dit quelque part que les étrangers ignoraient comment se comportaient les anglais jusquj’à l’apparition de Falstaff ». Nouvelle lecture à mon programme : Falstaff!

Continuant ma lecture, je croise Ulysse – Odysséus raconté par un paysan presque illettré,Caton, Cicéron, Néron, Agripine, Guiscard le Normand, Karaghiosis – marionnette populaire – (pas Byron!). Jubilation de ma part.

Ce n’est qu’à la p.104 que le Comte, ami de Durrell, livre la réponse à mon enquête :  Corfou CORCYRA en grec, est l’anagramme de SYCORAX la sorcière, mère de Caliban! et à partir de là toute une démonstration éliminant Lampedusa, l’île la plus proche de Tunis d’où vient la flotte napolitaine revenant du mariage, Malte trop grande et connue, Zante également trop célèbre…les sources d’eau fraîches et sallines que Caliban connaît correspondent, ainsi que les vigne et les bocages de genêts,  les lieux stériles… et qui sait si Shakespeare n’avait pas visité Corfou? avance-t-il.

Comment ai-je pu oublier cette anecdote si pittoresque? Voyageant dans les îles grecques, cet été pas si lointain d’ailleurs, j’étais à la recherche de grécité et non pas de littérature anglaise, sans doute. On ne trouve dans les livres que ce que l’on cherche!  Séduite par les personnages pittoresques, les rivagres albanais, les ruelles vénitiennes, j’avais zappé Shakespeare!

Gournah : Deir El Bahari, temple d’Hatshepsout

Premier voyage en Egypte 2002

 

Montgolfière
7 heures, un curieux bruit me tire du lit : comme un souffle puissant juste au dessus de nos têtes.  Une énorme bulle verte – une montgolfière – survole la maison. La flamme s’élève dans un bruit de chalumeau.

le temple d’Hatshepsout à Deir El Bahari.

L’ édifice en terrasse est vraiment impressionnant. Dans un cirque  de falaises roses, les terrasses s’enchâssent, comme naturellement, dans la roche.
Pas un nuage, il fait très chaud. Nous grimpons les rampes très bien (trop ?) restaurées pour arriver aux colonnades. La troisième terrasse est interdite, on nous dit que Moubarak doit venir demain (ce n’est pas vrai, il est à Washington).

Une conférencière commente les fresques et les bas reliefs protégés par une barrière, dans l’ombre, qui racontent l’expédition d’Hatshepsout au pays de Pount. La végétation  est luxuriante, les animaux, africains : girafes, éléphants et babouins. Il y aussi des soldats, des marins. Les barques sont chargées de marchandises. La pesée des trésors sur une balance, ressemble à celle d’Osiris – la pesée des âmes – sauf qu’ici la plume de Maat et le cœur sont remplacés par trois bœufs d’un côté et de l’autre un monceau de trésors.

egypte2002gournhatshepsout0001.1291311793.JPG

Malheureusement on ne voit guère la reine. Son successeur Thoutmosis a fait marteler ses traits et il ne reste plus que le fantôme de sa silhouette dans les fresques représentant les divinités.

Dans une aile : le temple d’Hathor, la vache y est représentée sous diverses formes.

Il fait vraiment très chaud à onze heures sous un soleil sans nuages. Nous rejoignons la Vallée des Artisans par un sentier qui passe par un petit col. La promenade n’est pas bien longue, deux kilomètres environ. Quitter les sites contrôlés, et marcher au jugé dans la montagne thébaine,  a un petit goût d’aventure.

VERNANT VIDAL-NAQUET : Œdipe et ses mythes

Lire pour la Grèce

J’avais emprunté ce titre à l’occasion de notre voyage en Grèce, l’an passé. Je l’ai oublié, au Louvre. C’est bien la première fois que je perds un livre de bibliothèque. On préférait que je le remplace plutôt que de me faire payer. Hélas, il est épuisé. Je l’ai trouvé presque un an plus tard, en occasion, sur Amazon. Voilà donc un livre bien cherché et bien désiré. Je ne sais si l’attente a été pour quelque chose dans le plaisir de  lire.

Cette étude de mythes (insister sur le s du pluriel) a été un grand plaisir.

Chacun connaît le complexe d’Œdipe ainsi que l’essentiel de la tragédie. L’étude à la loupe par les deux hellénistes réserve de nombreuses surprises. Vernant fait un sort à l’analyse psychanalytique surtout quand elle est étendue aux autres mythes de l’Antiquité grecque. Ce n’est pas son propos. Il insiste sur le fait qu’Œdipe ne connaissait pas Jocaste pour sa mère ni Laïos pour son père.

L’antiquisant nous fait découvrir d’autres mythes, inconnus de moi ,autrement plus étranges : Œdipe, le héros au pied enflé, celui qui boîte, celui qui ne marche pas droit…. Œdipe, celui qui sait et déchiffre l’énigme de la Sphinge mais qui ne sait rien de lui-même. Le même Œdipe qui est allé à Delphes et y a cherché son identité mais qui a mal interprété   l’oracle. Le clairvoyant qui s’est aveuglé. Œdipe le roi qui assume le rôle du pharmakos, le bouc émissaire. Œdipe qui ne voulait pas connaître ses origines craignant de se découvrir de basse extraction alors, justement qu’il est fils de roi. La tragédie prend alors tous ses sens cachés. Vernant nous fait aussi découvrir la naissance de la tragédie au 5ème siècle. Sens cachés, double langage des oracles et des dieux, retournement de situations…

La richesse de cette étude est telle qu’une seule lecture n’est que déchiffrement, et que je vais avoir de la peine à rendre ce livre.

lire pour la Grèce : Nikos KAZANTZAKI : Lettre au Greco

Lire pour Voyager/voyager pour lire

kazanzakis.1291217733.jpg

Nous avions visité près de Cnossos, la maison de Kazantzakis, blanche et fleurie. A l’intérieur, ses livres et des photos de mise en scènes théâtrales.

Je croyais deviner l’auteur à travers Zorba. Le narrateur et son manuscrit sur Bouddha, c’était lui. Le personnage de Zorba tellement puissant avait occulté celui de Kazantzakis. Je l’imaginais très différent de celui que livre cette autobiographie. Je l’imaginais, comme Zorba, Crétois puissant et bon vivant. Je découvre un homme rongé par la quête inquiète de Dieu, de l’âme, très mystique détaché des plaisirs terrestres. Enivré à la vue d’un amandier en fleur ou de la contemplation des étoiles mais dédaignant le vin fuyant la femme. Gratte-papier et rat de bibliothèque.

Grand voyageur. Ses voyages sont plus des pèlerinages que des aventures. Ce n’est pas l’aventurier Zorba ! C’est le pèlerin qui parcourt la Grèce, Homère et la Bible à la main. Que ses pas mènent au Mont Athos, à Jérusalem, au Saint Sépulcre, puis au Sinaï où il manque de se faire moine au monastère sainte Catherine. Puis il parcourt l’Italie et séjourne à Assise.

A Paris, il découvre Nietzche et part sur ses pas. A Vienne, Freud, une curieuse maladie psychosomatique lui déforme le visage pour fuir une relation charnelle avec une femme. De Paris et de Vienne, peu de descriptions. Sa vie semble s’être cantonnée aux bibliothèques et aux salles de conférences.

Découverte de Bouddha. Puis Berlin, des femmes juives semblent le détacher du bouddhisme et le conduire à Lénine.

Moscou, Saint Sépulcre rouge ! Communion avec les foules révolutionnaires. Encore l’esprit mystique !

De retour en Crète, il semble s’apaiser et trouver l’écriture.

Toutes les préoccupations mystiques, son inquiétude et sa recherche de l’âme, surprennent. J’ai parfois du mal à accrocher. L’écrivain est tellement sincère et puissant que mes réticences fondent. Quand il rencontre enfin Zorba, je me laisse convaincre. Description tellement vivante de la Crète.  Puissance d’évocation de tous les mythes fondateurs. Enfant, il racontait la Vie des Saints, gorgé d’Homère et de mythologie antique, la Grèce semble complètement animée. Tous les personnages réels ou imaginaires forment une légende qu’il se plaît à réécrire. Aussi bien quand il évoque Albert Schweitzer qu’Ulysse, son grand père paysan, ou un aïeul corsaire. J’ai envie de relire Zorba.

 

Vassilis Alexakis : Le Premier Mot – Stock – 459p.

LIRE POUR LA GRECE???

le-premier-mot_sl500_aa300_.1291103367.jpg


Voire : l’essentiel du roman se déroule entre le boulevard Haussmann et à Montparnasse. Le voyage le plus aventureux étant une visite au Musée de la Préhistoire à Saint Germain en Laye, par jour de grève du RER ! Alexakis écrit directement en Français. Et pourtant je me trouve baignée dans la culture grecque. Par le bonheur des mots.

La narratrice raconte son frère Miltiadis, un brillant universitaire, professeur de lettres comparées, à Paris qui a quitté Athènes en 1967 à la suite de la prise de pouvoir des colonels et qui y vit avec Alliki, grecque elle aussi et leur fille Théano qui parle, elle, français. Le roman commence à la veille de Noël qu’ils fêteront en famille. Le soir du 1er de l’an,(p200) Miltiadis succombe à une hémorragie. La narratrice rentrée à Athènes reprend l’avion pour Paris et elle y restera quelques semaines. Peu d’action, aucun suspens, l’intérêt est ailleurs.

L’intérêt est dans le plaisir de la conversation. Les protagonistes sont bavards,  presque tous des universitaires, des linguistes,  aussi neurophysiologistes (une apparition de Changeux), ou préhistoriens. Plaisir des mots, le mot provenant de son contraire le silence mot/muet , absence des mots pour la jeune sourde qui s’exprime par la langue des signes, mots exotiques, du sanscrit au livonien ou au basque…origine ancienne des mots, Miltiadis s’amuse à construire des phrases françaises uniquement avec des mots d’origine allemande, ou arabes .  Son chef d’œuvre est l’histoire du « philosophe Polyandre, poète,  du triomphe d’Eros, démiurge de l’épopée satirique démocratie phagocytée par la politique et d’une anthologie d’aphorismes blasphématoires, critique de cinéma à ses heures eut un épilogue tragique, ostracisé par le Tyran Monotone Archéoptéryx, il fut saponifié par électrolyse au monastère monophysite de l’Eucharistie, à Nécropole. ». Jubilatoire !

Avant sa mort, Miltiadis a exprimé le souhait de connaître le premier mot de l’humanité.  Sa sœur, la narratrice, se lance dans une quête très sérieuse auprès des sommités scientifiques pour trouver ce mot de l’origine. Le premier mot ressemble-t-il aux balbutiements des bébés ? A-t-il été prononcé par les premiers hommes autour d’un feu ? Ou chanté en marchant lors de la longue migration qui a emmené Homo sapiens d’Afrique en Europe ? De longues digressions étayent ces hypothèses. Plus ou moins sérieuses, ou farfelues…

La Grèce n’est pas oubliée. La narratrice sait qu’en perdant son frère elle a perdu le témoin de leur enfance en Grèce, de leurs parents décédés. Elle a le pouvoir d’entendre les fantômes de ses parents et entretient un dialogue permanent avec Miltiadis après sa mort. Classant des papiers et retrouveson journal racontant de pittoresques évènements survenus pendant ses vacances dans les îles…

Henry Bauchau :OEdipe sur la route

MYTHES ANTIQUES ETERNEL/S / CLASSIQUES OU MODERNES

dscn8237.1288966145.JPG

J’avais beaucoup aimé l’ Antigone de Bauchau dont je ne retrouve plus de traces dans ma liste de lectures.

. Œdipe est déjà aveugle quand s’ouvre le récit. Il est chassé de Thèbes. Antigone le suit.L’errrance des réprouvés se fait dans une Grèce très primitive que j’imagine grâce à notre dernier voyage en Béotie et en Thessalie. Bauchau ne s’embarrasse pas de tourisme. La tragédie est intemporelle, primitive, elle pourrait se dérouler dans n’importe quelle contrée. Et pourtant les montagnes grecques défilent en arrière plan, la mer, les côtes rocheuses. Ils rencontrent Clios, le bandit de grand chemin qui les défie et suit Œdipe, le sert avec une fidélité exemplaire. Où Bauchau a t il trouvé le personnage de Clios ? Existe-t-il dans une mythologie que je ne connais pas? Dernier survivant d’une vendetta entre deux clans de bergers les uns champions de la musique, les autres, champions de la danse. Massacre sans pitié des clans rivaux. Bauchau convoque les arts dans leur expression la plus primitive, flûte d’os et danse de transe ! Diotime, la guérisseuse est elle aussi une invention de l’auteur ? C’est un beau personnage que celle qui accueille les réprouvés leur redonne une dignité et un art : Clios devient potier, Œdipe, malgré sa cécité, sculpte, Antigone tisse… Œdipe, arbitre des bergers reste malgré l’errance, l’infirmité, la mendicité, le roi superbe. Récit riche de personnages, de symboles. On y croise le Minotaure, Thésée, roi d’Athènes. Le voyage s’achève à Colonne sur la route d’Athènes et nous pressentons la tragédie des luttes pour la royauté de Thèbes, la tragédie d’Antigone. Livre éblouissant.

lire pour la Grèce : Jacqueline de Romilly raconte L’Orestie D’Eschyle

Voyager pour Lire/Lire pour Voyager

Revisiter les classiques, un souvenir d’Epidaure

delphesalbum0003.1288965027.JPG

st1:*{behavior:url(#ieooui) } –>


Périodiquement, je retourne aux sources de la Mythologie, des grands textes grecs. Vernant, Vidal Naquet, de Romilly, éclairent les légendes, les héros, les Dieux.

L’Orestie, c’est la Trilogie qui regroupe Agamemnon, Choéphores, Euménides. Ces deux dernières pièces, je les ai vues représentées à Epidaure. J’avais lu le texte quelques heures avant la représentation et, tenant le livre sur mes genoux, à l’aide des bribes de grec que je comprends, je m’efforçais à suivre pendant la pièce. Cet exercice me rappelle la façon dont j’ai suivi autrefois la lecture de la Haggadah de Pessah sans comprendre tout mais avec des repères. Le cadre du théâtre antique était magnifique et j’ai plutôt vécu cette séance comme une cérémonie religieuse.

Cependant, il me manque  l’arrière plan historique et culturel pour saisir le sens profond du texte. En cela,  l’analyse de De Romilly est neuve et essentielle pour moi. Si le mythe des Atrides est connu, le contexte de l’installation de la démocratie à Athènes au cours du 5ème siècle était flou pour moi. Cela me donne envie de relire le texte original. Et comme dans Ulysse raconté par Vernant le plaisir et la découverte sont intacts.

Jacqueline DE ROMILLY : raconte L’Orestie d’Eschyle Bayard – coll. La mémoire des œuvres – 117p