J’aime bien ces jours de révisions qui permettent de profiter des lieux que nous avons découverts, de nous les approprier. Nous sommes donc retournées pour se baigner aux trois petites plages de Marina Maratea. Avec une mer d’huile, j’ai nagé jusqu’à l’intérieur de la grotte. Quel émerveillement.
Nous sommes allées directement au Lido di Roberto à Praia a Mare face à l’île Dino. La plage st plus jolie que dans ma première impression, je nage avec précaution entre les rochers, certains affleurent. .
Déjeuner sans surprise, nous avons commandé les mêmes plats.
Je lis Roger II de Sicile de Pierre Aubé : livre d’histoire plutôt difficile pour moi qui connais mal le Moyen Âge. L’auteur s’attache à décrire en détail tous les épisodes de la conquête du Mezzogiorno de de la Sicile par les Normands. Il nomme chaque chevalier. Il s’attache à montrer les subtils équilibres de pouvoirs entre Normands, Grecs et Arabes et rapports de force dans une géopolitique plus étendue : entre les papes, les empereurs romains-germaniques, les Normands, Venise….C’est passionnant.
Quand il raconte les luttes, les jalousie et les traîtrises29 entre les chevaliers normands, les deux papes et antipape Anaclet(1130-1138)et Innocent II , je m’y perds un peu. Je jubile quand il cite les villes où nous sommes passées : Bari, Trani, Taranto (où nous irons) mais aussi Palerme et même Mahdia et Sfax en Tunisie. Ce genre de lecture anime les châteaux et les églises normandes.
Ce matin par ciel couvert, il fait plus frais (23°C) les genets ne sentent rien. Rivello est le village que nous avons photographié de la route. La « forteresse » est une église grecque donc au plan de croix byzantine. Je n’arrive pas à y accéder : la route est barrée aux voitures et une palissade interdit le passage piétonnier.
Une rampe carrossable fait le tour du village. Quelques places de parkings se trouvent près d’un belvédère à l’ombre. J’entre dans le village par la Porte des jardins et découvre un véritable labyrinthe de ruelles et escaliers, passages étroits, marches qui descendent raide ; une véritable ville-fantôme. Je ne rencontre qu’un chat. Pourtant, les pots de fleurs, géraniums rouges et blancs potées de fougères, hortensias, les terrasses bien entretenues, les maisons crépies montre que le village est bien habité. Où sont les gens ? Vétusté ou séisme, certaines façades sont soutenues par des étais, portes et fenêtre sont encadrées par des poutres tandis que derrière tout s’écroule.
En montant, j’arrive devant la grande église Saint Nicolas de Bari au moment où les cloches sonnent dix heures. Un escalier double théâtral conduit à un porche baroque et à une belle porte en chêne, fermée. Un peu plus loin par une rampe on parvient à une chapelle dans la verdure au sommet de la colline.
Rivello vu du belvédère
Au lion, résonne une fanfare. Du haut du village, je cherche l’harmonie et la trouve : sur 5 rangs une fanfare défile en ordre militaire et barre la route principale dans la ville basse. Une procession se dirige vers le cloître Saint Antoine. Un petit groupe de musiciens la suit au son de la cornemuse et d’instruments traditionnel. Un chœur de femme prend le relais.
Les cierges de la procession
La procession porte quatre piles formées de cierges blancs rouge et jaunes qu’on aligne à ‘l’entrée de l’église. La fanfare joue encore ; la foule attend la messe de 11 heures. Voilà pourquoi le village était désert ! Tout le monde est ici. Il y a aussi le camion des légumes, une estrade pour les festivités, une table avec des nappes brodées au point de croix. Le 13 juin est la fête de Saint Antoine de Padoue.
J’entre dans la grande église blanche décorée avec des stucs assez discrets (église franciscaine) . Je ne prends pas le temps d’examiner les tableaux 18ème siècle. La statue de Saint Antoine est parée de fleurs. Avant que l’office ne commence nous entrons dans le cloître renommé et tout peint à fresques.
Histoire du cloître
Au 9ème -10ème siècle, suivant les invasions arabes de Sicile, des moines basiliens trouvent abri en Calabre et en Lucanie où ils installent une communauté. A Rivello, ils ont installé une petite église dédiée à St Giovanni, c’est le premier bâtiment du monastère actuel. Les bénédictins arrivèrent vers le 9ème siècle introduisant le culte à Sainte Rosalie. Les Franciscains en 1260, ils construisirent le cloître en 1550.
Fresque du cloître
Les fresques sont l’œuvre de Giovanni et Girolamo Todisco, réalisées de 1559 à 1634. Les voûtes furent décorées par Girolamo avec des festons , feuilles, fruits et fleurs .
Au retour, nous nous arrêtons à Trechina que le GPS nous faisait toujours éviter. C’est plutôt une petite ville qu’un village. Le « centro storico » n’est pas si ancien que cela : une grande place avec une grande église sans charme particulier, la Villa communale, un jardin public occupe les deux côtés de la rue principale avec des arbres et es massifs de fleurs. Plusieurs glaciers et pizzerias s’y sont installés. Cela doit être bien animé le soir.
Dépassant la Plage Noire, nous explorons chacune des petites criques au pied des falaises. Le panneau Sette Ponti/Cala citro, conduit à un restaurant dans une petite calanque étroite entre des rochers clairs, minuscule plage au bout d’un fjord vert clair dans les rochers. Le restaurant est luxueux sous l’ombre épaisse de grands chênes. Pas de menu affiché, ni de prix. D’ailleurs ce n’est pas l’heure.
Quittant la statale 16 pour passer sous la voie ferrée à côté de la gare de Marina de Maratea nous trouvons de minuscules et très jolies criques séparées par des rochers. De la route, on descend au Lido de Tarzan par de nombreuses marches : établissement classieux, pelouse verte lits beiges, sable grossier gris. Des rochers noirs isolent une autre plage plus loin avec le Lido des Pirates (sorte de bateau à voile coincé contre la falaise à l’écart). De l’autre côté, le restaurant La Bussola a déjà déplié lits et parasols sur plusieurs niveaux tellement serrés qu’on ne voit plus la plage. La navette d’un hôtel y a déversé ses nombreux touristes. Du parking, une petite allée se faufile entre des haies et des grillages pour parvenir à une jolie plage tranquille abritée entre deux bancs de rochers noirs. L’eau est transparente, menthe glaciale. Je nage tranquillement jusqu’au large sous le ballet gracieux des hirondelles qui ont investi une grotte. Arrivée dans la mer libre, j’hésite à contourner les rochers pour rejoindre la plage de la Bussola. Nager vers le large a été très facile, revenir un peu plus difficile, une houle imperceptible mais bien présente contraire mes efforts.
Je retourne sur les autres plages, rassurée par la présence d’autres baigneurs ?
Sur la statale 16, en corniche, il y a peu d’occasions de s’arrêter pour admirer le paysage. Au dernier parking, nous découvrons une petite île et le bras de mer de la Secca au pied d’une grosse tour ruinée.
De l’autre côté du cap, changement total de morphologie : la côte est plate et rectiligne à l’embouchure du fleuve Noce à Castrocucco. Changement du paysage : au lieu des montagnes abrupts du Golfe de Policastro, une plaine cultivée avec des serres (en mauvais état, elles paraissent abandonnées). Les lidi ont colonisé la longue et large plage de sable. On a installé des piquets pour tendre les filets qui feront de l’ombre aux parkings. De petits bars de plage exploitent les installations balnéaires : parasols et lettini. C’est encore trop tôt dans la saison, les plagistes sont plus nombreux que les estivants. Les bars ne proposC’esent que des rafraîchissements, des glaces et des chips. Rien pour déjeuner. Dommage ! De grands campings occupent l’espace compris entre la plage et la voie ferrée.
Le fleuve Noce fait la limite du Basilicate et de la Calabre. Nous avons quitté la Statale 16 perchée sur un haut viaduc pour entrer dans les agglomérations, Tortora puis Praia a mare, pas très chic si on compare à Maratea. Sur le bord de la rue des magasins vendent des articles de plage très ordinaires (3€ le parasol pour le pare-brise de la Polo, chez un Chinois) . Le lungomare n’est pas très brillant (ou plutôt il l’est trop) avec des installations voyantes aux couleurs criardes, des jeux pour enfants en structures gonflables, des centaines de parasols repliés aujourd’hui qui n’attendent que la saison pour se déployer et cacher le sable. Cela ne fait pas tellement envie.
Praia a mare Lido di Roberto
Au bout de la très longue plage de Praia a Mare, il y a une tour carrée, un bosquet de pins et en face une petite île. Après avoir contourné le petit cap nous trouvons enfin ce que nous cherchons : un restaurant avec une terrasse confortable, bien à l’ombre donnant sur une plage agréable. Les rochers du cap cassent l’ennui des plages interminables que nous venons de longer. Sable gris-noir en très gros graviers. C’est amusant de nager entre les rochers. Des jeunes plongent. Je découvre la Tour Fiuzzo (18ème siècle) et l’Isola di Dino où Ulysse et ses compagnons auraient fait escale et, surtout la Grotta Azzura. En me retournant vers la terre, je découvre un joli château normand (12ème – 13ème siècle) avec deux tours rondes bien conservées dans un bouquet de pins. Plus haut sur la colline un village de vacances a des façades bien colorées et un curieux bâtiment circulaire. De loin les couleurs sont gaies. De près, tout ce ciment nous effraie. Le train entre dans une galerie, cela m’amuse.
Menu très réduit (juin encore) friture de crevettes, poupes minuscules, anneaux de calamar pour moi, escalope milanaise pour Dominique, une vraie escalope de veau bien rose et très fine.
La petite église Piedigrotta
Praia a Mare la petite église Piedigrotta
Après plusieurs baignades et un café serré nous partons à la recherche de la petite église jaune entrevue sur la route ; toute petite, mignonne, blottie dans la falaise. Comment la retrouver ? Nous ne savons ni son nom ni même la ville où elle se trouve. Tortora ou Praia a Mare, peut être Castrocucco ? Nous montons sur la Statale qui domine le paysage, pensant l’apercevoir. Invisible. Du Lungomare aussi. J’arrive à douter de son existence. Pourtant nous l’avons vue toutes les deux ! Nous montons au Centro storico , logiquement les églises anciennes devraient s’y trouver, passons devant un Parc archéologique qui aurait pu m’intéresser. Passons le fleuve Noce espérant avoir une vue dégagée…Retour à Tortora. Finalement au détour d’une rue au centre de Praia a Mare, la voilà ! Je fais une photo pour la montrer aux passants à qui je demanderai notre route. Justement le nom de la rue Via Grotta et l’église Piedigrotta !
Bie sûr il faut monter à pied une rampe de galets qui passe sous des arbres (c’est bien agréable par cette chaleur). La chapelle est fermée.
Selon le Guide Bleu (p542) c’est Le santuario della madona delle Grotta : « 1326, sous la pression des matelots, le capitaine fut contraint de débarquer la statue de la Vierge qui était à son bord. Placée dans une église voisine, la statue revint miraculeusement dans la grotte où l’avait laissée le capitaine… »
Nous rentrons par une artère agréable bordée de belles maisons, de magasins et de banques ombragée de grands arbres qui change complètement de la mauvaise impression que nous avions ce matin de Praia a Mare. Il suffisait de se décaler d’une rue pour découvrir els beaux quartiers et, encore une fois, se méfier des jugements rapides. Finalement Praia a Mare mérite bien ses deux étoiles au Guide Bleu !
Grumentum est l’unique site archéologique des environs. Sa visite est recommandée par le Guide Bleu et le Guide Vert. Nous avons visité des sites romains, du Maroc à la Jordanie, en passant par la Bulgarie, la Tunisie…Même un peu éloigné, Grumentum mérite la visite!
Nous aurions pu y passer en quittant Padula, proche, hier. Mais La Chartreuse de Padula était une grosse visite .
Nous avons repris la SP3 sous les chênes près de Maratea, forêt touffue. Plus haut il y a surtout des châtaigniers avec des noisetiers (ou des charmes) et des acacias en fleurs. Les crêtes rocheuses sont entourées de prés, encore verts en cette saison, qui me rappellent le Dévoluy. Quand la route sort de la forêt, les genêts en gros buissons délivrent leur parfum puissant. Je me grise de ces senteurs comme l’an passé à Naxos. Juin est le mois idéal autour de la Méditerranée. Avec la chaleur, les fleurs exhalent des parfums puissants et la nature n’est pas encore grillée par l’été ? Les bas côtés des routes resplendissent avec les sauges bleues, les cistes roses.
Sur la carte, le trajet semblait facile, SP585 SS 19, SS 103 et nous avons le Navigatore si nous nous perdons.
Jusqu’à Rivello, sur la Statale 585, tout va bien. Aux abords de Lagonegro tout se complique. Lagonegro est une petite ville perchée.Des ponts très hauts franchissent des ravins. Là, Madame Navigatore se met à dire n’importe quoi. Nous passons le Noce arrivons sur une petite route qui passe sous l’autoroute. Un raccourci ? brusquement les ordres se contredisent, « à droite » « à gauche » nous nous retrouvons sur le même viaduc en direction de Maratea. Nous repassons sur ce même viaduc arrivons à Lagonegro, ville tout à fait inadaptée au trafic automobile. Les commerçants qu’on interroge sont dubitatifs. Ils n’ont jamais entendu parler de Grumentum. Selon eux il faut prendre l’autoroute et sortir à Castelbueno. On s’entête et se retrouve sur la statale 19 – droite sur le papier mais qui tortille dans la réalité. Le paysage est montagneux la route monte et descend. Seul avantage ! avec l’altitude, il fait plus frais. Quand enfin nous atteignons Montesano nous avons roulé 2h et sommes à bout de patience. Ma confiance dans le Navigatore s’est érodée.
11 heures, nous arrivons sur le site de Grumentum envahi par une végétation luxuriante. Deux jardiniers tentent de dégager le parking à la débroussailleuse. La saison touristique n’a pas encore commencé. « Pour les tickets s’adresser au Musée ! « .
Musée de Grumentum
Au musée, personne au guichet, il faut sonner. Le musée est vaste, moderne, sur trois niveaux : Préhistoire, période Grecque et Hellénistique, période romaine. Musée riche en panneaux (italien exclusivement) mais pauvre en objets.
La Vallée de l’Agri est peuplée depuis le Paléolithique. A l’âge de Bronze, les hommes vivaient essentiellement d’activités pastorales. On a retrouvé sur divers sites des restes de céramique noire (beaucoup moins qu’à Pulo) . Une vitrine contient des fossiles : dents d’Elephas antiquus (éléphant à défenses droites qui ont peut-être été chassés par des hommes).
De la période grecque ou hellénistique : des céramiques provenant de diverses nécropoles de la région. Une ferme lucanienne a été reconstituée (photo sur un panneau) . Certains vases sont beaux. Un sanctuaire à Artemis, une autre divinité féminine recelait de nombreuses statuettes féminines en terre cuite.
La période romaine offre plus à voir : des mosaïques(géométriques en noir et blanc) quelques marbres, deux nymphes sans tête, un torse de Dionysos, Aphrodite et un dauphin portant Eros (ou plutôt les jambes d’Aphrodite un dauphin et un morceau d’Eros) . Urnes funéraires grossières ; Une collection numismatique (à réserver aux numismates spécialistes). Les fouilles de la villa de Caius Bruttus Praesens ont livré des pressoirs à huile, des citernes, un pressoir à vin, des poids de métier à tisser. On présume que l’exploitation pratiquait l’élevage ovi-caprin et tissait la laine.
Musée décevant pour les objets. Les panneaux préparent à la visite du site (très détaillés).
Le site de Grumentum
Dalles antique et floraison sauvage
Sous l’abondante végétation, je ne retrouve rien. Je suis plus attentive à regarder où je mets mes pieds qu’à imaginer une ville perdue. Les lézards bruissent tout près de moi. Qui dit vieilles pierres, dit aussi vipères…je ne voudrais pas en rencontrer une de trop près.
Le théâtre a des beaux restes. Il a été reconstruit en bois pour voir y présenter des représentations actuelles. Les vestiges sont occultés par les planches. Derrière se trouve une estrade de pierre, sans doute le temple A dédié au jeune Harpocrate, un dieu égyptien dont le culte remonte à la période hellénistique. Une rue est bordée de colonnes. La Maison des mosaïques mériterait un sérieux désherbage !
orchidées
Les panneaux étaient très complets à l’intérieur du Musée, ils brillent par leur absence sur le site. Seules quelques flèches indiquent la direction de monuments énigmatiques. Enfin un écriteau! Bien décevant : « Interdit de monter sur les murs ! »Malgré notre longue expérience de sites antiques je ne retrouve pas grand-chose. L’amphithéâtreest le monument le plus spectaculaire mais il se trouve enfermé derrière un grillage de l’autre côté de la route.
En revanche, la promenade sur les grosses dalles de la via romaine est très plaisante et se transforme en promenade botanique quand je découvre au moins 4 variétés d’orchidées, blanches magnifique, ophrys abeille, des fleurs d’ail en grosses boules blanches et mauves ? Les cerisiers portent des cerises ? La luzerne est en fleur. Au lieu de photographier les ruines, je m’intéresse aux fleurs.
Le village de Grumento Nova
A la recherche d’un restaurant : l’agriturismo, à l’entrée du site est fermé. Au village de Grumento Nova, perché sur la colline, nous ne trouvons rien. Rien non plus dans les villages que nous traversons. Les restaurants routiers sur le bord de la statale 19 ne nous inspirent pas.
Tant pis si c’est tard, nous déjeunerons à la mer à la même pizzeria qu’hier. On nous reconnaît. Ils nous servent malgré l’heure tardive (il est passé 15h). Spaghetti aux anchois et au fenouil. Très bon choix ; En fait de fenouil, ce sont les fanes qui sont cuisinés au beurre. L’imagination des Italien en matière de pâte est illimitée. Pourquoi se contenter de carbonara ou bolognese ?
« A la cuisine ferme à 16 h, mais vous pouvez rester tout le temps que vous voulez et même faire la sieste sur les lits de plage » propose la dame. Belle baignade, aujourd’hui ne dépasse l’église et nage jusqu’au kiosque.
Une invasion de fourmis a retardé le départ. Il y en a partout, dans le lit, dans l’évier de la cuisine, le placard. Je les chasse énergiquement avec le balai à franges, je jette le sachet de sucre et essuie soigneusement évier et plaques.
Trajet de Maratea à Padula
Petite route SP3 jusqu’à Trechina ombragée sous de grands arbres touffus qui grimpe en lacets pour rejoindre la SS585 plus large et plus roulante suivant la vallée du fleuve Noce. Au loin, des villages coiffent les sommets. Le plus pittoresque est Rivello. Après Lagonegro nous montons sur l’autoroute où tunnels et viaducs se succèdent. Etonnamment, elle est gratuite. Les montagnes aux environs culminent autour de 1500 m.
La Chartreuse de Padula
Chartreuse de Padula : immense cloître
Monument inscrit au Patrimoine de l’UNESCO.
Fondée en 1306 par Tommaso Sanseverino elle est dédiée à saint Laurent ; Il ne reste que peu de choses de la construction médiévale, c’est un monument baroque (maniériste d’après le cartel). Les moines ont dû le quitter en 1807 sous le règne bonapartiste, ils sont brièvement revenus et la Chartreuse est devenue Monument National en 1882 après sas fermeture. Contrôlant la route du sud de l’Italie, elle occupait une position stratégique. Elle devait aussi sa richesse des terres fertiles que les moines exploitaient.
la cour du Monastère : fontaine rocaille
Le parking (3€) est situé à l’écart. Il faut marcher le long des grands murs enfermant des grands arbres d’un parc avant d’atteindre le porche imposant. On entre dans la grande cour rectangulaire entre deux ailes rustiques tandis que face à l’entrée se trouve la façade impressionnante de la Maison Haute (1723). Une belle fontaine 18ème siècle de style rocaille orne la cour. Le cartel explique la séparation entre la Maison Haute, celle des moines qui suivent la Règle de Saint Bruno et la clôture et la Maison Basse des frères convers en relation avec l’extérieur et surtout avec l’exploitation agricole des domaines. Cette cour, cour inférieure, comprenait l’habitation des convers mais aussi un hébergement pour les pèlerins, une pharmacie et l’accès vers les étables, écuries, bergeries qui dépendaient du monastère. Le plan de la Chartreuse rappellerait le grill de Saint Laurent. La Chartreuse a aussi été le lieu d’un camp de concentration pendant la 2ème Guerre Mondiale.
Vestibule décoré à fresques
J’entre enfin dans la Maison haute et je suis surprise par la richesse du décor : le vestibule est couvert de magnifiques fresques (18ème ) ; ces œuvres somptueuses et colorées me paraissent bien profanes .
Petit cloître
j’arrive dans un petit cloître entouré d’arcades de marbre blanc aux colonnes doriques accolées à des piliers. Sous les arcades, les dalles sont gravées. Au centre dune très belle fontaine de marbre est surmontée d’un ange/chérubin/petit amour ( ?) les sol est pavé de briques en arêtes de poisson. Une galerie de briques surmonte les arcades blanches ; Elle est peinte à fresques qu’on devine par les arcades. Malheureusement l’escalier est barré. Belle vierge très baroque.
Maria Dompé : Atrium silentium
Dans une galerie attenante, une plasticienne contemporaine Maria Dompé a installé « Atrium Silentium » « dedicato a tutti che di questo silenzio si sononutriti » composé de trois cercles de ferraille remplis de mousse bien verte. Avec l’art contemporain, je fais des efforts….refrain connu.
L’église s’ouvre sur ce petit cloître, séparée en deux par une clôture élégante de bois, toute en courbes et volutes, pour permettre aux laïcs et aux convers d’assister à la messe en même temps que les Chartreux.. Sur les côtés plusieurs chapelles et la sacristie communiquent entre elles. C’est en les traversant que maintenant les touristes pénètrent dans l’église des moines. Difficile de détailler la somptuosité du décor avec dorures et fresques au plafond, volutes et nuages baroques….Les chaires sont toutes marquetées de portraits de saints, de scènes ou de paysage comme nous l’avions vu à Naples dans la Chartreuse de Saint Martino. Les autels des chapelles et le grand autel sont réalisés en mosaïque de pierre dures (scagliosa). Le grand autel est encore plus majestueux avec des chandeliers précieux. La sacristie est meublée de placards en noyer.
On passe ensuite dans un petit cloîtretout blanc et relativement sobre qui fut le cimetière. En son centre de la verdure et une croix toute simple qui indique cette fonction.
Le réfectoire est de très grande dimension. Il ne reste plus rien du mobilier sauf les chaires de bois contre les murs ; En revanche on peut admirer le pavement et un grand tableau d’Alessio d’Elia (1749) qui semble lui aussi profane avec de belles dames, des chiens élégants : Les Noces de Cana.
Les noces de Cana
La cuisine est spectaculaire avec son immense cheminée sous une hotte avec un équipement sophistiqué digne d’un grand restaurant carrelée de majolique, un four à pain, un grand chaudron…Toute la salle est carrelée de jaune et vert, très gaie Des éviers de pierre, des tables à découper, d’autres postes de cuisson complètent l’ensemble. Le haut des murs et les plafonds sont peints de grandes fresques.
Je découvre enfin l’immense cloître (150 mx 100 m)avec les galeries de pierre blanche où s’ouvrent les cellules des moines sur lesquelles est bâti un étage avec de larges fenêtres. Les moines n’étaient pas mal logés. Une de ces « cellules » est ouverte à la visite. C’est plutôt un appartement de trois pièces avec entrée, antichambre, un plafond de boiserie, une belle cheminée, d’épais volets de bois. Le mobilier a disparu mais on peut imaginer une installation confortable. Clôture, certes, mais pas ascétisme ! Le cloître est si vaste qu’on a oublié la proximité de la ville de Padula (qui n’est pas si petite) et qui surgit par surprise dans un coin. Selon l’autre diagonale, c’est la montagne qui domine.
Un couloir mène vers les jardins. Un escalier monumental s’enroule sous sur sorte de coupole aérienne juste pour le plaisir du volume.
Dans une aile sont exposées les représentations d’autres chartreuses, en Italie, en France et en Espagne. Je ne m’attarde pas. Le détour en valait la peine puis qu’aboutis dans une loggia charmante avec fresques et plafond à caissons qui s’ouvre sur un jardin fleuri, étroit entre deux murs sur lesquelles s’appuient des rosiers. Des cyprès donnent leur verticalité ; une niche contenait une fontaine ou une statue. Derrière se déploient les grands cèdres du parc.
Loggia
Je suis restée deux heures pour une visite superficielle sans audioguide. Pour une visite approfondie, il aurait fallu la journée entière. Cela me donne envie de retourner feuilleter les albums de Naples avec la Chartreuse San Martino , de Florence avec la chartreuse de Galuzzo et celui de Ferrare.
J’aurais pu compléter cette excursion à Padula par le Musée Archéologique ou aller voir celui qui est consacré à Joe Petrosino(1860-1909) célèbre détective américain qui a enquêté sur la mafia, né à Padula, assassiné à Palerme.
Il fait bien chaud, après cette matinée studieuse, j’ai envie de baignade. Tout près d’ici, à l‘endroit où la statale 19 rejoint l’autoroute, la route SS 517var va vers Policastro. Sur la carte, c’est une petite route blanche. Dans la réalité c’est une très belle route très roulante passant de ponts en tunnels. Nous avons compté 14 galeries. Comme l’autoroute, elle évite les villages. Pour pique-niquer, il nous faut la quitter dans une belle montagne boisée (parc naturel du Cilento). Nous trouvons une chapelle pour déjeuner dans son ombre. La salade est ratée. J’ai oublié les anchois dans leur huile. Les pommes de terre sont fades, c’est sec avec les miettes de thon.
A Policastro nous trouvons la mer, une marina, des campings et des lidi pas encore ouverts en juin. La route court le long de la mer. A Villamare nous nous arrêtons dans le premier restaurant U cazzil i re où nous complétons par des glaces et café le pique-nique raté. Très bon accueil. Nous reviendrons déjeuner !
Belle baignade le long de la plage. L’église du village a des horloges sur chaque face du clocher, je surveille l’heure comme à la piscine. L’eau est moins froide qu’à Fiumicello.
La route SS18 longe la côte du Golfe de Policastro en passant par Sapri qui est une grosse agglomération sans charme. Les petites stations d’Acquafredda et de Fiumicello sont plus pimpantes avec leurs jardins fleuris. Les falaises sont hautes, impressionnantes. L’eau bleue tranche avec la roche j’imagine des grottes. La vue est magnifique mais peu d’endroit où arrêter la voiture pour admirer le paysage.
Ce matin, je n’ai pas retrouvé mes sandales dans la voiture. La dernière fois que je les portées c’était sur la terrasse du bar de Fiumicello. Pourvu qu’ils ne les aient pas jetées. Heureusement c’est le jour des poubelles « umido » (épluchures marc de café…). Mes sandales n’étant pas compostable j’ai des chances de les retrouver. Les Italiens trient les déchets mieux que nous. Même dans les rues les corbeilles vont par 4 : humide, papier, verre, plastique et aluminium. La collecte sélective se fait selon un calendrier qui est affiché au gite.
A l’arrivée au bar, le pinede, la jeune fille nous reconnait. Elle a rangé mes sandales dans un sac. Dans ma joie je commande une deuxième glace cornet vanille amarena avant de retourner me baigner dans l’eau bien glacée.
Le « centre historique » étagé à mi pente au flanc de la montagne est un dédale de rues d’escaliers et de passages. Sur une distance de quelques centaines de mètre j’ai vu 4 églises ouvertes, mais bien vides, pourtant c’est aujourd’hui dimanche. Les commerçants ont sorti dans la rue la marchandise : vêtement plutôt haut de gamme, maroquinerie ? Les restaurants sont encore fermés ; Début juin est en basse saison. Pour les photos c’est compliqué ; les ruelles sont encombrées de fils électriques, de compteurs, panneaux de signalisation routière. De nombreuses maisons sont vides, à vendre ou complètement délabrées. On n’a pas encore rénové les vieilles bâtisses pour en faire des Rbnb. Dans la promenade tranquille, je ne croise qu’un couple brandissant une brassée de lys, des vieux s’appuyant sur des cannes, une ou deux dames affairées et deux touristes américaines sortant de la Locanda Donne Monache (hôtel très chic).
La grande église au clocher pointu qu’on voit de loin au sommet du village est fermée. Punaisé le calendrier des messes dans 16 églises et chapelles différentes.
Le Christ Rédempteur
Maratea : le Christ Redempteur
De là part le chemin de croix qui monte au Christ Rédempteur perché à 624 m d’altitude sur le Mont San Biagio. Un beau dénivelé à prévoir, j’hésite à grimper. D’ailleurs nous avons prévu d’y monter en voiture ce matin. La route monte presque au sommet. En passant nous découvrons deux grands hôtels-clubs avec piscine cachés dans les bois, invisibles de la route et plutôt discrets. A mi-hauteur, levant les yeux nous découvrons avec étonnement une structure de béton qui fait pense au grand huit des foires ou à un échangeur d’autoroute. C’est la rampe qui permet aux cars et aux voitures de monter au sommet du rocher bien raide. Celui qui a fait ériger la statue géante était le promoteur immobilier qui voulait valoriser Maratea, il s’y connaissait en béton ! Il faut laisser la voiture au parking, prendre une navette, ou continuer à pied, un pèlerinage demande quelques efforts ?
Sur la place s’alignent quelques boutiques et buvette, perpendiculairement à San Biagio. La statue est encore plus loin. Elle est vraiment immense : 22 m, toute blanche mélange de marbre et de ciment élevée en 1965 par le sculpteur florentin Bruno Innocenti. Malgré mes préjugés défavorables envers les bondieuseries, je suis séduite par ce Christ qui, vu du bas, a l’air de danser. Le sculpteur a su imprimer un mouvement, la matière n’est pas laide comme je m’y attendais. Quand je m’approche, je prends conscience de ses dimensions et je suis contente qu’un visiteur se plante devant pour donner l’échelle.
J’avais prévu de descendre à pied, mais le sentier est barré au niveau des ruines (village abandonné ou vestiges d’une forteresse ?)
Fiumicello
Fiumicello est une plage équipée où arrive la route. Difficile de se garer un dimanche, même au début juin. Le parking souterrain est fermé. Le Pergole est l’établissement qui gère les parasols bleus (1 parasol et deux lits : 16€), au-dessus sur la terrasse cimentée un bar sert aussi à déjeuner salades et sandwiches mais il faut commander avant 12h30. Plage de sable gris à gros grain d’assez grande taille. Au fond parasols jaunes et verts au milieu plage publique. Un ruisseau se jette, en faisant une petite cascade (il a donné son nom à la plage), près de son embouchure l’eau est glaciale. Une rangée de bouée orange interdit l’entrée aux bateaux. Elles sont bien éloignées du rivage et je me donne le défi de nager de bouée en bouée. Ensuite, je nage parallèlement à cette ligne mais plus près de la plage. Il me vient la drôle d’idée que je laboure la mer, par association d’idée je fais un curieux sillon en boustrophédon, tantôt de droite à gauche puis de gauche à droite. De l’autre côté de la plage, il y a des grottes avec des stalactites, on peut s’y promener sur un cheminement cimenté. Près d’un rocher certains font du snorkeling. Qu’observent-ils ? L’eau est très transparente et je ne vois rien.
Nous retournons au Scialuppa 25 sur le port. Pennes aux crevettes, Dominique a commandé de la petite friture il arrive un steak d’espadon qu’on renvoie, il arrive plus tard des crevettes roses des calmars en beignets (12€) à la place de la friture d’anchois (8€) qu’on voulait.
Nous retournons à la plage noire où la baignade est encore merveilleuse dans le cadre magnifique et l’eau émeraude très foncé. Cette couleur est-elle due au sable noir ou au reflet de la végétation ?
Nous rentrons assez tôt pour profiter de la terrasse et préparer les visites avec les guides, téléphones et brochures.
Devant la Carte Michelin, je suis perplexe : aucun itinéraire n’est évident.
300 km par le nord, ou par Taranto au sud. Le trajet le plus court par Altamura et Potenza emprunte des routes de montagnes.
Nous laissons l’initiative à Madame Navigatore qui propose 286 km et 3h30 de route avec des parcours sur autoroute. Nous nous laissons guider jusqu’à l’autoroute A14 (Bari/Taranto) à travers des oliveraies et des vignes curieusement protégées par des filets (pour l’ombre ou les oiseaux ?), des cerisiers en pleine maturité, pêchers et amandiers. J’ai acheté hier des cerises très grosses très claires, rose pâle à blanches, un peu acides et rafraîchissantes. Le GPS indique aussi l’altitude, je suis surprise de lire près de 300 m. Par erreur nous quittons l’autoroute à Acquaviva (on voulait prendre de l’essence). La SS100 à quatre voies est parallèle à l’autoroute, pourquoi payer ? Nous la trouvons à Gioia de Colle par une route très agréable dans les champs de blé déjà moissonné et de très grosses roues de pailles des masserie magnifiques, presque des châteaux. Vers Mottola, madame Navigatore reprend du service. Nous évitons Taranto et longeons la côte Ionienne sur une 4 voie SS116. Trop loin de la mer pour l’apercevoir. Toutefois les flèches pointent les lidi et marine. Nous repasserons ici dans deux semaines !
Lac de barrage sur le Sinni
Après Policoro nous suivons la vallée du Sinni, riante de cultures irriguées tout d’abord, puis le lit du fleuve très large est rempli de galets et pratiquement à sec tandis qu’à droite un gros conduit de ciment et à gauche un maigre filet d’eau verte s’échappe. A Valsinna un panneau indique la digue du barrage, digue en terre impressionnante. Le lac de retenue a une couleur émeraude magnifique. Nous aimerions vous arrêter, impossible ! La route le franchit sur un pont aérien. Nous essayons des routes adjacentes qui montent vers la montagne. La route évite les villages et ne semble que faire la liaison entre l’autoroute de Salerne/Reggio di Calabria et l’autoroute Taranto/Bari ; il y a très peu de circulation. La contrée est peu peuplée. Les collines argileuse « badlands » ne portent que quelques buissons quand elles ne sont pas complètement pelées. Dans le Parc Naturel de Pollino, des itinéraires pédestres sont fléchés. Nous atteignons l’autoroute sans même voir les villages d’Episcopi et de Latronico perchés. L’autoroute s’enfonce dans de profondes galeries sous la montagne. La route de Maratea va dévaler 1000 m de dénivelée en quelques kilomètres avant d’arriver à la mer.
Maratea
Maratea : les restaurants du port
Maratea est une station balnéaire composée d’un grand nombre de quartiers ou de hameaux. Le « village historique » est regroupé à mi-pente autour d’un clocher qui dépasse des toits. Des maisons modernes sont dispersées un peu partout dans la campagne sans logique apparente, si bine que deux panneaux routiers « Maratea » peuvent indiquer deux directions opposées. Heureusement que Madame Navigatore connait notre adresse !
la pêche du jour
Nous trouvons un restaurant au port, Scialuppa 25 : beaux parasols carrés blancs, nappes en tissu à carreaux bleus, serviettes assorties, verre à vin, verre à eau. Le patron est stylé. Nous commandons sans regarder les prix : une escalope sauce citron et des spaghetti avec la pêche du jour (joli poisson rose entier) . Les pâtes sont délicieuses al dente avec un soupçon d’aubergines et plein de tomates cerises fraîches écrasées, du basilic pour décorer. Je suis étonnée par ces tomates fraîches loin de la sauce à base de concentré ou de tomates pelées à laquelle je suis habituée.
La Plage Noire est réputée dans les guides. De la route on voit le sable noir égayé par quelques parasols jaunes. Pour y accéder, il faut laisser la voiture dans un parking aménagé sous de grands chênes verts qui forment un véritable bois.5€ la journée. On peut également pique-niquer sur des tables de bois ou simplement se reposer à l’ombre. Pour descendre il y a un raccourci par des escalier qui descendent vers un établissement privé (parasols jaunes). Bien que je n’aie aucune intention de louer un parasol, les gens me laissent me changer dans leurs cabines.
Baignade somptueuse dans l’eau transparente très fraîche, je me réchauffe en nageant.
Villa Manati
Villa Manati
17h, le GPS nous conduit par la via San Nicola et San Basile au gite où nous sommes attendues. C’est un grand appartement à l’étage avec une belle terrasse orientée à l’est (pas top pour le petit déjeuner) mais idéale pour les longues soirées d’été avec vue sur le village blotti dans la colline, la montagne et la mer au loin. L’allée est bordée de chèvrefeuille et de jasmin qui embaument. Un épais massif de laurier-rose à fleurs blanches à peine écloses touche le balcon. Le jardin des propriétaires est plutôt un verger avec des figuiers, abricotiers, cerisiers ; Notre chambre s’ouvre sur un petit balcon avec des sèche-linge. La maison protégée de la chaleur par des volets bien fermés, est très fraîche malgré une température extérieure proche de 30°. Cuisine équipée, grand frigo plaques à induction, four, lave-linge (avec la lessive) des rideaux font office de moustiquaires.
Deux musées me tentent : le Musée archéologique de Santa Scholastica et la Pinacothèque.
Le premier, est fermé pour restauration (aucune indication pour une éventuelle réouverture). La Pinacothèque se trouve au 4ème étage du Palais de la Province sur le Lungomare. Ici aussi, on se précipite pour me demander mon âge. Au-dessus de 65 ans c’est gratuit, pratique que je croyais tombée en désuétude.
L’exposition temporaire Incanto Partenopeo est consacrée aux peintres napolitains autour de Guido di Renzo (1886 Chieti – 1951) et ses amis Cacciaro, Irolli.
Guido di Renzo a peint surtout de petits formats, portraits et paysages. Les premiers paysages sont ceux de ses racines dans les Abruzzes : simples maisons paysannes, animaux domestiques ou arbres. Guido di Renzo a fait plusieurs études d’un même sujet. Un peu plus loin, dans l’exposition je lis » cette exposition est une déclaration d’amour au paysagenapolitain » le Pausilippe, Ischia, Capri représentés par d’autres peintres avec ceux de Guido di Renzo.
Cette exposition est présentée au milieu des collections permanentes confrontée aux chapiteaux médiévaux en face des peintures anciennes. J’ai remarqué un Saint Nicolas sur bois entouré de petites scènes comme sur une icone byzantine, de beaux portraits de saints par Antonio et Bartelomeo Vivaroni, peintes vénitiens fin 15ème siècle sur bois avec un format très allongé et très étroit, aux visages d’une grande finesse et d’une grande douceur. La vedette dans une cellule climatisée est Saint Pierre Martyr par Giovanni Bellini. Ce mélange de peinture ancienne et moderne est très plaisant.
En plus de la peinture, des crèches napolitaines sont spectaculaires. L’une d’elle est peuplée de toutes sortes de personnages haute de 25 à 30 cm habillés avec soin figurant aussi bine les marchands et leur marchandise (merveilleuse poissonnerie),les paysans, les bergers et les animaux (classique dans une crèche), les Rois Mages.
Je passe indifférente devant les grands tableaux d’inspiration religieuses 17ème et 18ème siècle mal éclairés et peu attrayants à mon goût.
Une salle 19ème avec Francesco Netti et De Nittis m’a plus intéressée. En revanche je n’ai pas trouvé les De Chirico que j’attendais.
Promenade dans les Quartiers Muratiens. Murat qui fut Roi de Naples voulu moderniser Bari et planifia ces quartiers modernes.
Le front de mer, lui est marqué par l’architecture mussolinienne avec de grand et hauts bâtiments solennels (et très militaires).
Joli cadre mais cuisine détestable
Nous retournons vers le sud dépassons Torre a Mare. Sur la route qui borde la mer se sont installées des poissonneries qui vendent moules, coquillages et poissons. De petits restaurants sont accolés à la poissonnerie : on peut déguster moules, huitres, clams crus et poissons servi en une sorte de ceviche. Nous choisissons un établissement qui a deux jolies terrasses directement sur les rochers. Bel emplacement mais self-service. On choisit son plat, on le paie et on emporte des assiettes en plastique sur son plateau. J’ai très faim puisqu’on ne peut pas manger normalement au gîte, je commande le plat qui me paraît le plus nourrissant riz et patates aux fruits de mer. C’est bourratif, en fait de fruits de mer, de rares moules sont noyés dans le mélange tandis qu’à côté de nous nos voisines se délectent d’un plateau de fruits de mer et de fritures. Mauvaise commande !
Nous retournons à Dorimar pour le dessert et le café dans le luxe de ses fauteuils blancs.
Bari a aménagé plusieurs plages le long de la route avec de grands parkings payants. Entre le parking et la plage de galets blancs, une piste cyclable. Des jeux, des bars de plages et des pontons avec des échelles pour se baigner. En ce début juin, il y a du monde sur la plage mais personne dans l’eau, c’est peu engageant. Plus près du centre une grande plage de sable est à l’abri de brise-lames cimentés construits en parallèle à la côte. Beaucoup d’enfants se baignent. C’est là que je choisis de nager, en toute sécurité mais dans une eau très peu profonde.
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Retour au gite par San Spirito et son joli port de pêche. Les vendeurs de poissons sont devant le port nous en aurions bien acheté si la cuisine avait été possible ! Je me console avec des cerises.
Midi, trop tôt pour déjeuner. Et si nous cherchions une plage ?
Suivant le lungomare nous arrivons à Bisceglie qui touche Trani. Ce n’est pas si facile, les plages de galets sont accessibles par des escaliers, impossible de s’approcher en voiture. Scabreuse manœuvre et marche arrière entre deux murs bien irréguliers. La Polo est maniable mais elle a une bonne envergure et nous fait regretter la Smart de Corse. Quittant les quartiers chics, nous trouvons un parking, une plage de galets avec un petit escalier et même des gens dans l’eau, ce qui m’encourage malgré la fraîcheur de la mer. C’est ma première baignade italienne et elle est très agréable. Dommage que l’environnement soit si laid : vieux immeubles de ciment et usines abandonnées. Biceglie est une ville de 50.000 habitants et cette plage d’abords facile n’est pas dans un beau quartier.
Plage de Bisceglie
Après avoir traversé des zones industrielles et des immeubles peu engageants, nous trouvons une petite crique avec un port de pêche, des barques bleues dans l’eau et des caïques colorés montés sur les quais de pierre blanche. De jolies maisons colorées en arc de cercle et une série de restaurants aux terrasses fleuries. Nous choisissons Il Caico . Au menu salades et pizzas. Salade verte, haricots, tomates thon pour moi. La pizza de Dominique n’est pas ronde mais allongée, servie sur une planche garnie de câpres et d’anchois. (21€ avec un verre de vin blanc et café)
Tour normande du Castillo de Bisceglie
Sans beaucoup de convictions, nous cherchons à l‘heure de la sieste, la cathédrale(sans la trouver) et le castello normanno-svevo dont il reste la haute tour normande et une cour en chantier.
Molfetta
Encore une ville industrielle avec des quartiers hideux. Les villes historiques en Italie ne se prêtent pas à la circulation automobile réservée aux riverains, avec des caméras flashant les autres. Nous sommes donc confinées à ces artères modernes horribles.
Un panneau touristique marron porte une curieuse indication « Pulo » et « Musée archéologique de Pulo » . Cela changera des cathédrales et des châteaux normands ! Le Musée archéologique se situe en dehors de la ville. Il est logé dans l’élégante Casina Capelluti au fond d’un jardin très calme. C’est un musée très moderne. A l’entrée on me demande mon âge, tarif réduit d’1€ et visite guidée privée (je suis la seule visiteuse).
Le « Pulo » est une doline parfaitement ronde dans la région karstique. Dès la Préhistoire, les hommes se sont installés à proximité Au 18ème siècle au temps des Bourbons, Giuseppe Maria Giovanni, prêtre et naturaliste, a étudié la doline et les grottes de Molfetta. En 1785, une nitriera fut installée, exploitation des nitrates qui ont percolé dans le réseau karstique. Le traitement consistait en un lavage du minerai avec 12 passages successifs dans l’eau qu’on portait à ébullition dans de grandes chaudières. Les vestiges des trois bâtiments subsistent encore au fond de la doline. On voit au musée les vases en céramiques utilisés alors.
Un couvent de capucins fut construit sur le bord du Pulo en 1535.
L’étage du musée est consacré à la Préhistoire. Au Néolithique, l’agriculture était déjà développée, les animaux domestiqués. . Des blocs de pisé des murs des maisons, cuits par un incendie, montrent la trace de piquets et permettent de reconstituer comment étaient construites les cases : on enfonçait des piquets solides, on tressait des branches souples pour faire une sorte de grille et on remplissait la paroi d’un mélange de paille et d’argile. En plus des silex, la présence d’obsidienne provenant des îles Lipari montrait que les échanges commerciaux avaient déjà cours et surtout que les habitants du Pulo étaient plutôt riches pour en détenir. La céramique de Molfetta est connue. Les décors étaient imprimés à la surface des pots avec des coquillages. On a retrouvé des anses sur les pots et on peut imaginer qu’ils pouvaient être portés sur le dos avec des bretelles.
Nous montons au Pulo situé au-dessus de la voie rapide. Le site est clos mais visible de la route.
Dolmen San Silvestro13
Nous rentrons par les petites routes de campagnes à travers oliveraies, vergers de figuiers et champs. Sur la route de Terlizzi à Giovanizza se trouve le magnifique Dolmen de San Silvestro : allée couverte cachée par un tumulus de petites pierres protégées par une couche d’argile et formant un cercle de 35m de diamètre. Il a été mis au jour en 1961. Daté de l’âge de Bronze, il comporte en plus de la galerie une pièce ronde qui serait peut être utilisée pour les cérémonies ou comme lieu de réunion pour les vivants.
La journée commence mal : la cafetière a fait sauter l’électricité dans toute la maison. Dépannage téléphonique avec le propriétaire qui me guide dans l’armoire des fusibles.
Sur la voie rapide SS16 (2×2 voies) de Giovinazzo à Trani, nous avons la surprise de découvrir un paysage industriel auquel je ne m’attendais pas du tout. Des zones industrielles se succèdent, hangars, centres commerciaux immenses alors que j’imaginais des villages de pêcheurs. Sidérurgie, chantiers navals sont abandonnés et rouillés.
Trani
Villa Communal et clocher de Sn Domenico
Trani est une ville de 50.000 habitants. La Via Cavour aboutit à une place devant la Villa Communale un jardin public sur une sorte de promontoire qui domine deux baies, celle du port dans une anse ronde autour duquel est bâtie la vieille ville dominée par le haut campanile et l’autre baie bordée d’une longue plage avec la ville moderne. Je commence la visite de Trani dans ce jardin très ombragé orné de statues. L’église San Domenico est en réfection, la façade est cachée par un échafaudage mais le campanile se voit à travers les frondaisons.
Trani : Chiesa de Ognissanti
Gardant pour cap le campanile du Duomo, je longe le port et découvre le chevet d’une petite église de style roman-apulien : trois cylindres de l’abside et des absidioles, avec une fenêtre haute fine ment décorée sur des murs lisses très blancs.
Chiesa de ognissanti : les Templiers
La Chiesa ognissanti est l’église des Chevaliers du Temple(début Xième siècle). La côte Adriatique a été marquée par les Croisades et la présence des Templiers. Le premier document attestant de cette église remonte à 1170, elle resta aux mains de l’ordre jusqu’en 1312 (suppression de l’ordre par le pape Clément). Le portique est celui de l’Hospice des Chevaliers. A l’intérieur de l’église, deux rangées de trois colonnes de granite délimitent trois travées tandis que 4 piliers portent des chapiteaux bien usés, plafond de bois. Un garde, gardien ou religieux, porte l’habit blanc avec la croix rouge rappelant les Croisades.
Place San Marco, l’église Sainte Thérèse a une façade baroque.
Le Palazzo Caccetta (1449-1453), édifié par un riche marchand, a de jolies fenêtres aux fines colonettes.
Trani duomo, chevet
Suivant les quais, je parviens à la Cathédrale par l’arrière, chevet très haut, toujours 3 hauts cylindres. Une fenêtre très ornée. Le flanc est très sobre, 6 hautes arcades sont soutenues par des piliers. La façade est symétrique. Deux rampes d’escalier sont fleuries d’hortensias blancs et de roses, encore un mariage ; le marié vient d’arriver, les invités se pressent.
Trani duomo
L’accordéoniste rom a cessé de jouer pour que retentisse la marche nuptiale. Les touristes attendent sur la place. J’entre dans une crypte et j’ai la surprise d’en découvrir une seconde, plus bas et un escalier qui conduit encore plus bas. Tandis que la noce se met en place, j’examine la très belle porte de bronze, les colonnes portées par des lions fantastiques, les personnages et la dentelle de pierre autour du porche encerclant les trois arcades de chaque côté. Légèrement décalé, le campanile carré est vraiment vertigineux.
Trani, duomo portes de bronze
Au musée diocésain, se trouve « le Musée de la machine à écrire » que je néglige pour aller faire un tour au château souabe de Frédéric II et de Manfred. Enorme forteresse carrée avec ses grosses cours carrées. En restauration, caché derrière des échafaudages.
Retour par des petites rues de la ville médiévale. La Rue de la Giudecca descend vers le port, j’y trouve l’ancienne synagogue du temps de Frédéric II (12ème 13ème siècle)devnue plus tard l’église Saint Pierre Martyr. La tortueuse via Ognissanti me conduit à une place triangulaire et à l’église basse San Francisco – cela change du roman-apulien. Une dame attentionnée me signale qu’il n’est pas prudent de mettre mon sac sur le dos. Quelle obsession, les voleurs ! La rue est vide, dans la foule je comprendrais…J’atteins enfin la ville moderne et retrouve la via Cavour, bien droite qui va directement à la Villa Communale.