La Loi de la mer – Davide Enia

LE MOIS ITALIEN/IL VIAGGIO

 

« Ici on sauve des vies. En mer toutes les vies sont sacrées. Si quelqu’un a besoin d’aide, on lui porte secours. Il n’y a ni couleur de peau, ni ethnie, ni religion. C’est la Loi de la mer »

Ce n’est pas un roman. C’est un récit. Ce n’est pas un témoignage sur les débarquements et les sauvetages. C’est beaucoup plus que cela. Davide Enia passe quelques jours à Lampedusa en compagnie de son père. Davide Enia, écrivain, rencontre des gens et écrit. Son père fait des photographies.

« Il y aura une épopée de Lampedusa. Des centaines de milliers de personnes ont transité par cet île. Il manque encore une pièce dans la mosaïque, aujourd’hui : l’histoire de ceux qui migrent. Nous n’avons pas les paroles pour dire leur vérité. Nous pouvons nommer la frontière, le moment de la rencontre,montrer des documentaires sur les corps des vivants et des morts. Raconter les mains qui soignent et celles qui érigent des barbelés. Mais l’histoire de cette migration, c’est eux qui la raconteront, ceux qui sont partis pour aborder sur nos rivages à un prix qu’on n’imagine même pas. il faudra des années. Ce n’est qu’une question de temps mais c’est eux qui nous expliqueront leurs itinéraires et leurs désirs, qui nous dirontde ceux que les trafiquants d’êtres humains ont massacré dans le désert…’

Dans le récit, j’ai lu des pages terribles sur des naufrages, quelques pages joyeuses sur les arrivées de ceux qu’on a sauvés. Assez peu de rencontres avec les arrivants. Des dialogues avec les îliens et ceux qui s’investissent dans le sauvetage et l’accueil. Comme Franco, le menuisier qui fait des croix pour les tombes des inconnus, morts en mer ou échoués sur les plages. Comme ce plongeur de métier envoyé à Lampedusa pour les opérations de secours. Paola et Melo qui logent des touristes mais qui vont sur la jetée accueillir les arrivants. Vito, et son bateau. le fossoyeur qui fleurit les tombes….Il y a la mer avec ses naufrages mais aussi le plaisir de la baignade.

Ce n’est pas un reportage journalistique comme nous en avons lus beaucoup. C’est un livre personnel sur la relation entre un père et son fils. Relation entre un homme et son frère, Beppe atteint d’un lymphome. Les deux sont médecins. Ils sont donc très conscients de ce qui arrive. La mort est très présente, dans les naufrages, mais aussi dans la maladie de Beppe, le deuil de Toto, mort récemment d’un cancer. Et pourtant ce n’est pas une lecture pesante. Il y a beaucoup de tendresse et de joie de vivre.

C’est aussi le livre d’un Sicilien très attaché à son île, à sa langue ; nombreux sont les mots siciliens que je n’aurais jamais compris sans la traduction. Attaché aussi aux caractères et aux traditions de ces hommes taiseux pour qui le langage des corps est presque plus bavard que les rares paroles.

« Le Sud souffre d’une difficulté à communiquer venue d’une culture où se taire est une preuve de virilité »

Le thème de la photographie est abordé. Cela me parle parce que c’est le troisième dans cette rentrée littéraire 2018. La photographie est aussi une manière entre le père et le fils de communiquer mais là, c’est avec le grand-père…

Un livre court (236 pages) mais très riche, en émotions et en thèmes abordés. Un livre personnel d’un auteur qui m’avait déjà scotchée Sur la terre comme au ciel, une histoire de boxeurs alors que la boxe et le sport en général m’indiffèrent. Alors que dans celui-ci, larrivée des migrants à Lampedusa m’interpelle depuis longtemps

« On n’échappe pas à la guerre en montant dans un avion. on s’enfuit à pied et sans visa puisque personne n’en délivre plus. Quand la terre finit, on monte dans un bateau. Et cela revient à remonter à nos origines, à la source d’où jaillit encore l’eau qui nous abreuve. C’est toujours la même histoire. Une jeune Phénicienne s’échappe de la ville de Tyr, elle traverse le désert tout entier, et puis ses pieds n’avancent plus parce qu’elle est devant la mer. Là elle rencontre un taureau blanc qui baisse le tête et la prend sur son dos, et devient la barque qui sillonnera la mer pour l’amener en Crète. Cette jeune fille s’appelle Europe. C’est de là que nous venons. Nous sommes les enfants d’une traversée sur l’eau. »

 

Beati Paoli t3 : Coriolano – Luigi Natoli

IL VIAGGIO : LECTURE COMMUNE 

Coriolano

Pavé de l’été (644p)! 

J’ai pris un plaisir de lecture presque adolescent, comme à 12 ans les 3 Mousquetaires, ou Le Comte de Monte Cristo. Je me suis laissé embarquée dans les enlèvements de la prisonnière d’un couvent, dans les conspirations et coups tordus des parents de Giovanna, les recherches des titres de noblesse de Cesare….et bien sûr les amours contrariées, les duels, les réunions secrètes…

Je ne me suis pas lassée de ce feuilleton interminable (après les 2 premiers tomes,  1870 p) parce que je me suis promenée avec un  plaisir toujours renouvelé dans Palerme. J’ai préféré ce dernier épisode parce que le contexte historique et presque révolutionnaire avec l’accaparement des grains par les spéculateurs est particulièrement bien évoqué.

Comme j’étais curieuse de la véracité des faits, je me suis documentée sur Luigi Natoli : site de l’éditeur Métailié ICI 

J’ai été étonnée de ce que ce roman qui ressemble aux romans romantiques du 19ème siècle ait été écrit au 20ème siècle. Luigi Natoli était journaliste et historien, on peut lui faire confiance pour la vérité historique.

Un autre point de vue celui de l’Humanité qui rattache les Beati Paoli à la Mafia ICI

trouvé sur Youtube :

Et bien sur comme c’est une lecture commune : un lien vers le blog de Martine : ICI

 

Sur cette terre comme au ciel – Davide Enna

IL VIAGGIO/LIRE POUR PALERME

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Incipit :

« Ils sont deux sur le ring…. » L’un pèse cinquante-sept kilos, mesure un mètre soixante-cinq et a vingt six ans. l’autre , on ne sait pas combien il pèse et ce qu’il mesure on s’en fiche, il grandira

Et cela se poursuivra sur tout le roman pendant 398 pages,. Entraînements, combats, ou bagarres. Des coups, en donner, en recevoir mais plutôt esquiver… un roman sur la boxe! Trois générations de boxeurs : Rosario, le Grand père, Umbertino, l’oncle qui gère une salle de boxe, Davidù, 9 ans au début du livre,  commence déjà à s’entraîner.

Si j’avais emprunté le livre au lieu de le télécharger je l’aurais peut être fermé dès le prologue.  La boxe ne m’intéresse pas. Les bagarres de gamins non plus. Une histoire de garçons. Non seulement je ne l’ai pas abandonné mais je me suis laissée entraîner dans cette histoire très bien racontée.

Trois hommes, à Palerme. Palerme bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale, Palerme sous les bombes de la Mafia plus tard. Permanence de la violence. Pas seulement dans les salles de sport. Ce n’est pas Palerme des palais ou des églises baroques. Plutôt celle des petites gens, des gamins des rues.

« Seuls les aveugles ou les gens de mauvaise foi ne pouvaient pas prévoir que ça finirait comme ça, ce gâchis. Palerme a toujours été une poudrière, enculée de misère »

Histoire d’amitiés. Amitiés entre les prisonniers en Afrique, soldats perdus dans une guerre qui s’est déroulée sans eux où ils se trouvent piégés. Amitié de Davidù et de Gerruso, le faible, le méprisé, le souffre-douleur des gamins du quartier, amitié qui s’imposera peu à peu, même si Davidù la rejette.

Histoire d’amours, amours enfantines, amours adolescentes….

Saga d’une famille vouée à la boxe, le titre national échappe de  peu au grand père et au père de Davidù, arrivera-t-il enfin à le décrocher?

Le fil de l’histoire est sans cesse haché, on passe sans transition d’une époque à une autre. Cela surprend au début, ensuite je me suis habituée; C’est même ce qui donne du rythme au récit.

Et les femmes dans ce roman de garçons? Elles ont un rôle secondaire, on s’en doute. Il y a les femmes honorables, mères et sœurs,  et les putes. A y regarder mieux, les femmes de la famille de l’enfant sont très fortes, plus éduquées que les hommes.  Ce sont elles qui insistent pour que le petit boxeur travaille à l’école, qu’il apprenne le latin, qu’il sache écrire.

 

Où les eaux se partagent – Dominique Fernandez

VIAGGIO 2018

Où les eaux se partagent par Fernandez

« Seules vivantes dans ce désert restent les eaux qui changent sans cesse de couleur. juste au pied de la maison, elles se séparent en deux masses distinctes dont la jointure se marque par une ligne plus pâle indiquant un soulèvement du sol à cet endroit. Cette bande sous marine moins profonde, qui tantôt disparaît sous l’action des courants et tantôt se discerne à l’œil nu, relie la terre au fortin rose. la Mer Tyrrhénienne qui longe la côte occidentale de l’Italie se termine ici, où commence la Mer Ionienne, qui s’étend à l’est jusqu’à la Grèce. les deux fosses de la Méditerranée se rencontrent sur cette frontière tracée à l’époque où l’Afrique s’est détachée de l’Europe »

Depuis nos premiers voyages en Italie et en Sicile, nous avons choisi Dominique Fernandez pour passeur. Nous avons vu la Sicile avec ses mots et je ne rate aucune occasion de refaire le voyage en lecture. Le Radeau de la Gorgone est le meilleur des guides. Nous y sommes revenues après chaque visite, chaque promenade.

Cette fois-ci, il s’agit d’un roman. Romans historiques, ou plus personnels, j’ai dévorés ceux qui retracent la vie d’un artiste comme celle du Caravage, de Porporino , ou plus près de nous Pasolini. J’ai lu autrefois L’Ecole du Sud, Porfirio et Constance, qui m’ont semblé plus personnels. En résumé, je suis une grande fan de Fernandez!

Je me suis régalée dans les premiers chapitres de Où les eaux se partagent avec la découverte de cette pointe sud est de la Sicile.J’ai cherché avec Googlemaps la localisation de Rosalba et de Marzapalo : introuvables! Ce roman est bien une fiction! Quoique, en suivant la côte sur l’image satellite, on voit bien les deux couleurs des eaux, la ride sous-marine qui partage la Méditerranée. on voit aussi à Porto Palo, une vieille Tonnara, et plus au sud l’Isola delle Corrente, en direction de Syracuse une localité a pour nom, Marzamemi. La géographie est transparente.

Après la géographie, l’histoire!

Le roman est récent : il vient de sortir. L’action se déroule dans un passé mal défini. Je me jette sur les rares  indices . Quand ils rencontrent le propriétaire de la casina à Rome, le Guépard est sorti,  donc après 1958. Une allusion à la Dolce Vita (1960) repousse donc cet achat aux années 60. La chanson Nel blu dipinto di blu est datée 1954. L’histoire se déroule donc dans les années 60 un peu après, sans doute, puisque le peintre et sa femme reviennent chaque année pour les vacances d’été. La  compréhension du roman est donc ancrée dans un temps bien défini quand le souvenir du fascisme et de l’arrivée des Américains en 1943 est encore vivant.

Maria est ethnologue.  Elle préfère étudier les Aborigènes d’Australie que les mœurs des Siciliens. Lucien, au contraire,  se complaît dans l’exotisme des habitants. L’excentrique Prince Mazzarola delle Campane, propriétaire de la tonnara, avec son valet aurait pu   fréquenter les salons du Guépard de Lampedusa. Le ragionere, Cazzone, (quel nom!) à figure d’aubergine, ouvertement fasciste est un autre personnage haut en couleur, comme le sont les commerçants de Rosalba dont Fernandez nous livre des portraits saisissants, pittoresques et plein d’ironie.

Où les eaux se partagent est une sorte de roman de désamour, plutôt que roman d’amour. Deux jeunes amoureux achètent une villa au bout du monde, au soleil pour vivre leur amour …. les années passent. Maria se sent rejetée dans le monde machiste de la Sicile où les femmes quand elles veulent prendre le soleil tournent leur fauteuil le dos à la rue. Le premier malaise se traduit en agression, les jeunes la harcèlent quand elle prend un simple bain de soleil. Lucien ne réagit pas à ce rejet. Au contraire, il prend grand plaisir à la compagnie des adolescents sauvages. Le couple éclate quand Maria lui reproche d’aimer les garçons.

C’est là que mes efforts de datation prennent de l’importance. L’homosexualité date de l’Antiquité, peut être bien avant. Cependant, dans les années 1960, elle est refoulée et ne s’exprime pas au grand jour. Ce refoulement est aussi un des thèmes abordé dans ce livre.

La fin est donc amère, comme le désamour et le délabrement de la casina.

Le Bâtard de Palerme – Luigi Natoli

LIRE POUR LA SICILE

 Palerme :Quattro Canti
Palerme :Quattro Canti

Jubilatoire! 

Un très gros roman de cape et d’épée se déroulant surtout à Palerme, mais aussi dans la campagne sicilienne, justement sur les lieux où nous avons passé les vacances de Pâques 2016!

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Palerme, en fête, regarde partir les Espagnols en 1698 et accueille le nouveau roi de Sicile, savoyard. La ville est parée de tribunes, d’arcs de triomphe, des tapisseries pendent du palais royal, le spectacle est solennel. On savait festoyer en ce temps-là!

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Juillet 1718, une armada espagnole est de retour. Le roi savoyard a déçu la noblesse sicilienne qui regrette le temps où les Espagnols « dont l’oeuvre en Sicile se résumait à une formule simple : « faire de l’argent, enrichir le clergé et la noblesse, pendre le plus de monde possible et ne se préoccuper de rien d’autre… » 

Blasco de Castiglione monté sur une sorte de rossinante arrive dépenaillé, provoque en duel le prince d’Iraci,  corrige les valets des grandes familles. Il vient à Palerme rechercher un religieux qui connaît le secret de ses origines….

Batailles, duels, fêtes,  secrets de famille. Mais aussi intrigues amoureuses, rapt d’une religieuse, scandales et sérénades tournant au charivari nocturne. Intervention d’une société secrète les Beati Paoli. On ne s’ennuie pas un instant dans ce très gros livre qui me fait penser aux Trois Mousquetaires que j’ai dévoré il y a bien longtemps.

J’ai adoré cette lecture et n’attendrai pas longtemps pour lire la suite : il reste encore deux gros volumes!

Candido – Sciascia

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

Sciascia raconte la Sicile de 1943 aux années 70. Il s’inspire du Candide, recherche l’esprit de Voltaire. Il avoue dans une note :

« cette alacrité, cette légèreté, impossible de les retrouver : moi-même qui crois n’avoir jamais ennuyé mes lecteurs…Sinon du résultat, que l’on veuille bien tenir compte du propos : j’ai cherché à être vif, à être léger. mais notre temps est pesant, très pesant. »

Candido , dépourvu de parents, et de tout préjugé, cherche des réponses simples, des évidences dans un monde compliqué. Né à la fin du fascisme dans les bombardements américains il évolue dans une Sicile partagée entre la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste. Son grand père, général fasciste, choisit la Démocratie chrétienne et le confie à un précepteur l’archiprêtre Lepanto – son Panglosse, prêtre fasciné par la psychanalyse tout d’abord qui se défroquera et deviendra communiste. Le Parti, comme une Eglise!

Candido a la chance d’être un élève brillant et d’avoir des terres qui lui procurent le bien être matériel. Il a aussi la chance d’être aimé de Paola (sa Cunégonde?) et tout devrait bien marcher dans le meilleur des mondes possibles….mais il n’en est pas ainsi. Le Parti n’aime pas les esprits trop libres, et finira par l’exclure. Sa famille cherchera, et réussira à mettre la main sur les terres…

Mais dans le meilleur des mondes possibles, il partira en voyage et finira ses errances à Paris, la patrie de Voltaire et celle de Mai 68!

Anna – Niccolo Ammaniti

LE MOIS ITALIEN D’EIMELLE

Anna ammaniti

Quand Babelio a proposé de « lire toute la rentrée littéraire 2016 », j’ai choisi Anna qui cadrait avec le thème du Mois Italien d’Eimelle du 1er Octobre : un livre paru en 2016 et aussi parce qu’il se passait en Sicile. Je ne me suis pas inquiétée du thème post-apocalyptique. les romans apocalyptiques, ou la science-fiction ne sont guère à mon goût (sauf chef-d’oeuvre, on ne sait jamais). J’ai lu deux ouvrages de Niccolo Ammaniti : Emmène moi que j’ai bien aimé et La Fête du siècle, moyennement.

Anna raconte la survie des enfants après qu’une épidémie – La Rouge – ait éradiqué tous les adultes. Pour des raisons hormonales,  les enfants en sont indemnes, la maladie ne se déclarera qu’à la puberté.  La mère d’Anna lui a laissé un Cahier des Choses Importantes, sorte de manuel de survie et la responsabilité de son petit frère à qui elle devra apprendre à lire et léguer le Cahier en espérant que d’ici -là, un vaccin ou un remède leur permettra de survivre.

La Sicile se trouve donc peuplée uniquement d’enfants plus ou moins sauvages, de chiens en bandes. Les enfants trouvent leur survie dans des centres commerciaux ravagés et pillés. Ils se nourrissent de boîtes de conserves. Ils s’organisent  en bandes, inventent des rituels étranges pour conjurer la menace. Omniprésence de la mort, ossements, cadavres, charognes. Meme dans la Préhistoire la plus anciennes, les humains enterraient leurs morts. Pas ici. On trouve des cadavres dans des voitures abandonnées, dans des maisons.

Atmosphère de violences, de destructions, de brutalités, affrontement entre les enfants, affrontement entre enfants et chiens.

J’ai failli abandonner très vite cette lecture. Puis je me suis attachée à Anna, à son énergie de vivre, même dans cet enfer, à son projet de sauver son petit frère, à son désir de vivre pleinement le temps court qu’il lui est imparti de vivre, à vivre un amour…vivre malgré tout.

Himera

CARNET SICILIEN 2016

Himera temple de la Victoire
Himera temple de la Victoire

Pour le petit déjeuner, je suis allée au verger chercher des mandarines.Trois grosses oranges attendent sur l’arbre d’être pressées demain !

Les scavi di Himera dépendent de Termini Imerese, à 12km de notre gîte sur la SS113.  se dresse d’un côté de la route, le musée est perché de l’autre. Le musée est riche de nombreuses collections provenant du site d’Himera et d’autres fouilles dans le voisinage jusqu’a Petralia Sottana et Cefalù.

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Phiale aurea

Les plus belles pièces sont une coupe aplatie en or finement ornée la Phiale Aurea de forme omphalos (nombril) et un lion qui ornait une fontaine du temple de la Victoire.

Peu d’objets spectaculaires sont présentés mais il y a beaucoup de lecture (en italien exclusivement). les auteurs anciens sont abondamment cités, surtout Diodore de Sicile et Cicéron (Verrines).

Gorgone d'or vue sous la loupe
Gorgone d’or vue sous la loupe

Les habitants légendaires de la Sicile furent les Cyclopes et les Lestrigons (ces derniers m’évoquent Ithaque de Cavafy). Il est dit qu’Himera fut fondée dix générations après la chute de Troie. Diodore de Sicile date sa fondation par des colons d’Eubée en 618 av. JC. Son destin fatal fut scellé en 409 sous la fureur d’Hannibal. Les premières vitrines rendent compte des fouilles des trois temples d’Himera : seul le Temple de la Victoire subsiste (construit après la victoire en 480 sur les Carthaginois). D’après Cicéron ce fut un Athénaion. On a exposé des vestiges du fronton et de métopes en terre cuite : plusieurs têtes de cheval des griffes de félins, têtes viriles. Une gorgone ornait le fronton. Le thème de la Gorgone est récurrent : une très jolie Gorgone en or s’observe derrière une loupe. En plus des temples on a mis à jour des quartiers d’habitation.

Scilla
Scilla apokopeusa

Les poteries domestiques sont très simples mais parfois délicatement ornées comme les autels domestiques en terracotta : la Scilla apokopeusa ressemble à une sirène dont la queue formerait des vagues ; un atre montre Dédale et Ikare (avec des ailes) chevauchant un bovidé (le minotaure ?) . Les nécroppoles ont livré des squelettes, mari et femmes ont été inhumés ensembles comme dans le lit conjugal, d’autre sont recroquevillés dans une sorte de grosse jarre. Les rites funéraires ont donc varié au cours de l’Antiquité. Des trouvailles tardives, médiévales complètent les vitrines. En sous sol ont peut voir une étonnante quantité de caisses en plastiques contenant des tessons ou d’autres débris – incroyable puzzle pour occuper les spécialistes. Nous sommes les seules visiteuses, toutes les gardiennes sont  fort empressées. Peut être ont-elles d’autres tâches que d’accueillir les visiteurs.

Temple de la Victoire
Temple de la Victoire

Le Temple de la Victoire, construit en calcaire coquiller poreux est bâti sur un socle haut de quatre marches. La base des grosses colonnes sont bien visibles comme les structures internes. Un mince et long serpent me barre le chemin – immobile – mort ? plutôt que de l’enjamber je m’arrête à 50cm. La vipère sort de sa torpeur et file se cacher dans les buissons. Le gardien ne s’étonne pas, « il faut faire attention, elles sont nombreuses ».

Grenadier en fleur
Grenadier en fleur

Une voiture entre sur le site : toutes les gardiennes et le gardien accourent et nous font signe : c’est le boulanger. Chacun achète une part de pizza. J’avise une fougasse qui serait très bien pour demain. « elle est vide » remarque le boulanger qui nous recommande deux rouleaux plein de sucre ; peut être contiennent ils de la crème comme les croissants ?

Dernière promenade sur la plage de Salinelle avant le déjeuner au restaurant La Voce Del Mar que Marina nous a recommandé. Nous nous installons dehors malgré la fraîcheur et le vent. Dominique commande un risotto aux asperges, crevettes, crème et parmesan présenté avec du paprika sur le tour de l’assiette. J’ai pris les spaghetti de la mer avec moules, palourdes, poulpes, tomates -cerises, huile, persil et ail. C’est excellent. Nous avons attendu longtemps mais j’en ai profité pour consulter mes mails.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cefalù : la cathédrale et le Musée Mandralisca

CARNET SICILIEN 2016

Cefalù côté port
Cefalù côté port

Matinée nuageuse; arrêt au café Eolo sur le port où j’ai maintenant mes habitudes pour Internet. La météo de Google me rassure : pas de pluie.

Duomo
Duomo

Du port, un quart d’heure à pied pour arriver au duomo  en passant par la Porta Giudecca. La grande cathédrale normande avec ses deux clochers carrés surmontés de pyramides pointues, trônant sur un parvis auquel on accède par un escalier imposant.

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cloître de Ceffalù

Je visite d’abord le cloitre situé plus bas : les colonnettes géminées sont toutes différentes, certaines sont torses, d’autres droites agrémentées de chevrons. La feuille décrivant chaque chapiteau est intitulée CALUSTRUM SIGNIFICAT PARADISUM, on reconnait Adam et Eve très usés, Noé et son arche sont lisibles, viennent ensuite des Harpies et Ibis très décoratifs avec des acrobates aux bras repliés dans la même pose que les télamons. Le plus souvent il y a des feuilles d’acanthes.

Cathédrale

Christ Pantocrator
Christ Pantocrator

Le porche en pierre très blanche est finement sculpté mais un filet anti-pigeons m’empêche de faire une photo nette. Dès l’entrée, le regard est attiré parla mosaïque du chœur :  le Christ Pantocrator très byzantin sur fond doré.  En  dessous,  la Vierge entourés par des anges et des saints, beaucoup trop loin pour les identifier. Plus près de nous un décor baroque pâtit de la proximité avec l’éclat de la mosaïque dorée. Je ne le remarque que longtemps après. Les statues baroques semblent surgir des parois. Par comparaison avec la rigidité byzantine paraissent bien agitées, chacune en déséquilibre ce qui suggère le mouvement. Deux chapelles encadrent le chœur avec des autels surchargés, l’un d’eux est tout argenté.  La nef est très simple et dépouillée. De très hautes colonnes lisses avec des  chapiteaux à feuilles d’acanthes, certains historiés avec des personnages,  supportent un magnifique plafond de bois. Des Une magnifique croix de bois peinte est suspendue. Il faudrait des jumelles pour bien voir.  La lumière est tamisée par des vitraux modernes au dessin abstrait et au verre translucide.

Antonio da Messina : prtrait d'un marin iconnu
Antonio da Messina : prtrait d’un marin iconnu

Il suffit de descendre la rue qui descend juste en face pour arriver au Musée Mandralisca. Le Musée est le palais du Baron Mandralisca, né en 1809 à Cefalù. La visite commence au 1er étage par un vestibule orné des portraits de famille ; A droite, s’ouvre la très belle bibliothèque du baron, collectionneur d’œuvres d’art mais aussi érudit, s’intéressant à l’histoire naturelle et à l’archéologie. Une salle rassemble des icônes du 17ème siècle de l’Ecole Crétoise que j’aime beaucoup(j’en ai vues à Ravenne, Corfou et bien sûr en Crète). En face, des tableau religieux d’époques et origines diverses de 15ème à 18ème siècle. Dans l’obscurité les deux chefs d’œuvre d Musée sont mis en valeur : le Portrait d’un marin inconnu d’Antonello da Messina et Saint Jean Baptiste de Sogliani. Le portrait d’un inconnu fut acheté à Lipari à un pharmacien et servait de porte de placard. Lui seul vaut le déplacement. Une section archéologique occupe une autre aile du palais. On y trouve des sarcophages, cassés, des inscriptions grecques, peu « touristiques », j’ai retenu deux cylindres funéraires musulmans à écriture coufique (12ème 13ème ). La salle suivante est remplie de poteries  grecques provenant pour la plupart de Lipari avec des ushabtis égyptiens et quelques flèches en bronze. Mes préférées sont toujours les statuettes en terracotta – tanagras – en particulier une petite danseuse qui ondule.

Le deuxième étage est moins intéressant. Un service de vaisselle occupe une vitrine : porcelaine blanche avec une frise sur fond noir et un liseré rouge. Des peintures, surtout napolitaines sont souvent sombres, noircies. Dans la lumière crue il y a des reflets, ils ne sont pas mis en valeur. La visite se termine par une salle contenant des animaux empaillés. La collection de passereaux est intéressante.

Midi, temps de faire les courses, les rues de la ville historiques sont occupées par le commerce touristique, ce n’est pas ici que je trouverai des sardines ! Pour trouver pescherie et Orto et Fruta,  mieux vaut chercher dans la ville moderne. Les sardines sont terminées, il ne reste que de minuscules anchois. On achète donc du poisson-sabre et des pommes de terre que nous mangerons sur la terrasse profitant aussi des chaises longues et du jardin.

acanthes sous les oliviers du jardin
acanthes sous les oliviers du jardin

J’ai eu envie de prolonger la corniche vers Messine. La route est coincée entre la voie ferrée et la mer. Avec le relief escarpé il y a peu de constructions mais l’accès à la mer est très compliqué. Passant St Ambrogio accroché à la falaise, nous traversons Finale et Tusa. Le premier est précédé d’une grande usine à moitié démolie, carcasse d’un aspect désolant puis traversons des rues d’habitations rébarbatives (peut être les quartiers des ouvriers allant à l’usine) Le second est plus touristique  comme l’attestent les nombreuses flèches marron, l’une indique un château, une autre un point panoramique, le monument du 38ème parallèle, des ateliers d’art, un restaurant….Le château est perché. Aujourd’hui il est gardé par des militaires lourdement armés ce qui nous rebute, la voiture fait demi-tour au point de vue, la pyramide du 38ème  parallèle est en ferraille perchée sur la colline de l’autre côté de la SS113. Un panneau proclame que la bellezza sauvera le monde (ateliers d’arts, fermés hors saison !).

DSCN6910 - CopieNous descendons sur le lungomare bordant une plage de galets où je me tords les pieds. (pour la baignade j’affectionne les galets, l’eau est plus limpide, mais pour marcher c’est différent). Dans les rues, il n’y a que des vieillards et des éclopés. Par ce jour gris c’est déprimant. Lot de consolation :  la très belle terrasse du restaurant Le  Lanterne en face de pittoresques rochers aux formes contournées non loin d’un petit port aux barques multicolores hissées sur les galets. La terrasse est déserte même si le couvert est mis ; la fraîcheur et les nuages n’engagent pas à y paresser. La rampe pour remonter sur la route est très pentue. Elle est bloquée par un petit camion chargé de meubles. Les déménageurs le rangent après qu’on aie parlementé (la rampe est à sens unique et reculer sur cette pente est hasardeux. La Fiat cale et on découvre qu’il faut négocier un virage à angle droit dans une ruelle si étroite qu’il faut replier els rétroviseurs.

Retour morose  après ces villages tristes et vides.  On voit au retour d ‘autres plages(accessible à pied). Suprise ! les îles éoliennes sont bien visibles dans la brume. Par les jours de tempête dans les embruns je ne les avais pas vues ;

Pour terminer cette après midi un peu ratée nous retournons sur la plage de Lascari pour une longue promenade (5km aller-retour pratiquement seule) je n’ai vu qu’une jeune fille qui promenait ses deux chiens et une grand-mère qui joue au frisbee avec des petits enfants. Nous nous promettons de revenir demain déjeuner à la pizzeria.

le soir tombe
le soir tombe

Le rocher de Cefalù et la plage de Lascari

CARNET SICILIEN 2016

Cefal vue du rocher
Cefalù vue du rocher

 

9h30,  je monte à l’assaut  du Rocher de Cefalù d’abord par des ruelles en pente puis un escalier arrive au poste de péage (4€) le chemin est pavé et glissant (il ne faudrait pas qu’il pleuve). La base du rocher est très raide. La végétation fait penser à celle des Canaries : grosse raquettes d’Opuntia, Euphorbes en buissons ronds aux tiges charnues et au feuillage en étoile, Aloès aux hampes florales jaunies. Plus haut le substrat est plus terreux et on retrouve les plantes méditerranéennes communes. Les marches arrivent à une poterne, on passe sous une arche en ogive. Un peu plus haut des rectangles sont les vestiges des casemates.  Le Rocher était une forteresse.

poterne
poterne

A l’altitude 130, une muraille crénelée fait un chemin de ronde. Une grande citerne profonde de 11m (6ème -9ème ) a servi à l’époque byzantine pour protéger la forteresse des attaques arabes. Les marches ralentissent le cheminement de l’eau qui restait pure (je recopie).

Cefalù temple de Diane
Cefalù temple de Diane

A la cote 150m : s’élève l’édifice mégalithique appelé Temple de Diane (5ème – 4ème av. JC) bâti des grosses pierres extraites du rocher. Plus tard, une chapelle byzantine dédiée à sainte Venera confirme le caractère sacré du lieu. Juste en dessous se trouve une « citerne dolménitique » (avec un pilier en son centre) 9ème ou 8ème siècle av. JC liée également au culte de l’eau.

Vue du chemin de ronde : église et cloître
Vue du chemin de ronde : église et cloître

Le Château coiffait le sommet à 270m ; iil n’en reste plus grand-chose. En revanche, le chemin de ronde est en excellent état. On explique que le site était d’une grande importance stratégique : de là on pouvait vir aussi bien l’Etna, les îles éoliennes et le Golfe de Palerme (le Golfe de Palerme, oui, l’Etna, peut-être, mais pas les îles Eoliennes). Selon la même source, le château fut érigé du temps du Roi Roger ( 1095 –  1154) et rénové du temps de Frédéric II ((12951337) . En 1256, il passe sous le contrôle de  l’évêque de Cefalù. De 1284 à 1288 Charles d’Anjou y fut emprisonné. Il est 11h quand j’amorce la descente. Les visiteurs sont arrivés et forment une colonne montante presque continue. Cependant comme les pierres sont très glissantes il faut descendre prudemment ;

le château au sommet du rocher avait une vue étendue jusqu'aux îles éolienne et l'etna
le château au sommet du rocher avait une vue étendue jusqu’aux îles éolienne et l’Etna

11h30, j’arrive au Centre Historique bien plus calme que le week end et coupe par les vicoli et cortile. J’ai acheté des petites bouteilles de cette boisson rouge et amère pour un apéro au bout du lungomare battu par des vagues déchaînées. De noirs nages courent menaçants. Nous renonçons au programme pizzeria en bord de la  plage de Lascari pour hamburgers et courgettes sur notre terrasse ; A peine ai-je fini mon café avec la mini-cafetière qu’une grosse pluie s’abat. Repli stratégique. J’ai mis les grosses chaussettes de laine et le pull irlandais.

Plage

Deux heures plus tard, le soleil est revenu. Le grand vent a balayé les nuages et nous vo3ilà partie à la plage.  La marée est basse. Il y a quand même des marées en Méditerranée (elles étaient même très notables à Gabès de Tunisie). Je marche dans les embruns des déferlantes, les pieds dans l’écume mousseuse que le vent fait rouler sur le sable sec. En plus de l’écume blanche la mer a déposé de petite cornes mousseuses roses (œufs de mollusques ou de poissons ? ) et des plaques transparentes ovales ornées d’ellipses concentriques probablement des méduses. Je marche une heure avec grand plaisir sous le soleil sur cette plage presque déserte.

Nous allons plus loin à Lascari explorer d’autres plages. La route est coincée entre un chantier et la vie ferrée. Ce n’est pas agréable ; Il semble qu’il y ait un sérieux problème de ramassage des poubelles. Les nombreuses petites villas sont construites entre les vergers de façon anarchique.

au jardin oliviers et agrumes
au jardin oliviers et agrumes

La tempête a lavé l’atmosphère. La lumière est très crue ; les montagnes se détachent très nettement. Je profite de cet éclairage pour descendre au jardin faire des photos. Je n’avais pas remarqué qu’en plus des oliviers taillés très soigneusement, des agrumes en fleur et en fruits ainsi que des troncs greffés. Sous les arbres il y a également des cultures : un véritable champ de fèves, une rangée d’aubergines, de poivrons, de melons (ou courges). En observant bien, je trouve un pêcher, un grenadier, un goyavier et même un manguier. Plus prosaïquement un prunier ? Notre propriétaire doit être un spécialiste des arbres.

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A la télévision : commémoration du 25 Avril : jour de la Libération de l’Italie du fascisme ; je commence mieux à comprendre l’affluence ce week end : il y avait trois jours !