Castres – Musée Goya – Musée Jean Jaurès

CARNET OCCITAN

Castres : les bords de l’Agout

C’est avec un plaisir renouvelé que nous parcourons la N612 d’Albi à Castres (47 km) dans la lumière du matin bien que nous ayons fait le même chemin hier. Collines arrondies, douceur du relief, bosquets d’arbres, double rangée de platanes. Avec quelques cyprès on se croirait en Toscane. Et toujours les montagnes bleutées à l’horizon.

Si Albi est une ville rouge, de briques, de construction homogène, Castres est plutôt blanche camaïeu de gris et de beige, belle pierre calcaire pour les demeures bourgeoises. Beau jardin Le Nôtre, avec un théâtre rococo à l’italienne blanc de stuc comme une pâtisserie. Au fond du jardin le classique Palais épiscopal dessiné par Mansart en pierre blonde loge l’Hôtel de Ville et le Musée Goya. Un peu plus lion une balustrade longe l’Agout dont l’autre rive est bordée d’un alignement de maisons colorées aux balcons de bois à encorbellement : anciennes maisons des tisserands, tanneurs et teinturiers qui s’ouvrent directement sur la rivière.

Ce matin, la Place Jean Jaurès est occupée par le marché à mon retour, à midi les restaurants et cafés ont sorti tables et chaises sur les terrasses, je remarque la statue de Jean Jaurès qui est le grand homme de Castres.

Pour rejoindre le Musée Jean Jaurès je passe par des rues piétonnières commerçantes et bien animées. Cela m’amuse de passer par la Rue Emile Zola pour arriver place Flaubert. Pas ou peu de touristes, une petite ville du midi authentique.

Musée Goya

Goya : Corrida

Le Musée Goya est spécialisé dans la peinture espagnole. C’est un musée très moderne, très vaste installé dans le Palais Episcopal, rénové récemment réouvert seulement en avril 2023. Un soin particulier a été apporté à la climatisation (portes qui s’ouvrent devant chaque visiteur et se referment rapidement) et à l’éclairage. Le trésor du musée, Les Caprichos de Goya, gravures sur papier, sont très fragiles.

Picasso Corrida

Au rez-de-chaussée, 3 salles sont dédiées aux expositions temporaires : « Goya dans l’œil de Picasso » (jusqu’au 1er Octobre 2023) . Picasso connaissait très bien l’œuvre de Goya. Tous deux éprouvaient la même fascination pour la tauromachie. Deux salles présentent des gravures des deux artistes. Les sections sont titrées en Espagnol : Suertes, Arena, Muerte, Monstros

Goya chimère

L’expression de la Mort est présente dans l’œuvre des deux artistes. La « Nature Morte à Tête de mouton » est – selon le cartel – « le reflet des horreurs de la guerre. Picasso et Goya ont créé des êtres hybrides, dévorants témoins de leurs angoisses existentielles « 

A l’étage, les collections permanentes d’Art Espagnol sont présentées chronologiquement. Dans al salle du Moyen Age, je suis éblouie par le Retable du Maître de Riofrio. Je passe vite devant les peintures religieuses, reconnais un Velázquez : Portrait de Philippe IV en chasseur. Murillo : La vierge du Rosaire. Une salle entière est occupée par les énormes tableaux de Pacheco : le Christ servi par les Anges et un Jugement dernier avec les têtes des élus formant des nuages baroques et un enfer très pittoresque. Une autre salle est réservée à l’influence des peintres italiens sur la peinture espagnole, en particulier Le Caravage. J’ai bien aimé les statuettes du Massacre des Innocents de Matera comme des personnages de crèche populaire. Je traverse sans m’arrêter les salles des Natures mortes ou de la peinture religieuse pour arriver au fond du couloir aux salles consacrées à Goya. Deux huiles intéressantes : un Autoportrait avec des lunettes et la très grande toile La Junte des Philippines (320×433).

Goya Deplumados

Les Caprichos sont conservés dans une pièce noire. Les gravures ne restent pas longtemps dans les vitrines éclairées, six mois tout                au plus avant de se « reposer » de longues années. Un professeur est entouré d’étudiants. Je profite de cette visite guidée. Le conférencier insiste sur l’aspect subversif des Caprichos qui critiquent la société espagnole. Gravures au vitriol qu’il publiait lui-même. Quand la protection de Manuel Godoy en 1808 lui fait défaut l’Eglise Catholique et l’Inquisition sont une menace pour les gravures que Goya ne peut plus diffuser et qu’il doit détruire. Il offre les plaques au Roi pour les mettre à l’abri j’ai beaucoup aimé l’humour corrosif, la série des ânes avec leurs litres critiques. J’ai admiré la finesse des figures ? Peut-on parler de caricatures ? Malheureusement l’assistance est nombreuse et j’ai peu de temps pour avoir un peu d’intimité avec les œuvres.

Une large partie du Musée est consacrée à la peinture espagnole moderne et contemporaine. Je reconnais un Picasso, Tapiès, bien sûr mais je n’ai plus la disponibilité pour faire connaissance avec des artistes moins connus. Découvert un sculpteur intéressant : Pablo Gargallo dont j’ai aimé son Hommage à Chagall

Jean Jaurès

Je n’aurais pas quitté Castres sans une visite au Musée Jean Jaurès après avoir visité la mine de Cagnac-les-mines (Carmaux prévu demain) et avec Germinal comme livre de chevet. Le Musée Jean Jaurès est un musée à l’ancienne ; beaucoup de panneaux noir et blanc avec des extraits de journaux, des documents photographiques, même son bulletin scolaire à Castres et des papiers au lycée d’Albi où il enseignait la philosophie ; des caricatures aussi de toute la classe politique alliés ou adversaires. Je m’intéresse au personnage d’Emile Combes « le père Combes ». Une vitrine entière est consacrée à l’Affaire Dreyfus. Une autre, plus étonnante, présente ses positions anticolonialistes. De nombreux documents sont photocopiés à destination des visiteurs : j’emporte une feuille racontant son action pendant les Grèves de Carmaux (1893), grève des mineurs (1892-1893) et des verriers (1895)

La virulence des attaques es journaux de Droite et leurs caricatures est étonnantes. Tableaux de ses partisans carricatures d’opposants. Il faudrait tout regarder. Voilà que le musée ferme à midi, on ferme. Ce sera plus un pèlerinage qu’une visite d’étude

Histoires Vraies – MacVal

Exposition temporaire collective jusqu’au 17 septembre 2023

Croa croa croa 1.0.3 collective

Apprécier l‘Art Contemporain n’est pas toujours une évidence pour moi. Parfois, je ne sais même pas trouver l’œuvre dans la galerie, ni le cartel qui y correspond.

Une bâche de toile cirée blanche, une théière perchée, une clé c’est l’installation  d’un plasticien Farès Hadj-Sadok’s, le titre « le Moyen Remplacement » est un détournement de la notion du Grand Remplacement de l’Extrême Droite.  

Mehryl Levisse : Le lectrice

Et ces personnages masqué(e)s, aux tenues bariolées, perché(e)s sur de très hauts talons, déambulant un livre à la main ou couché(e) sur un banc, au genre indéterminé, femmes, travestis, drag-queens? Ce sont les personnages à animer de Mehryl Levisse installation vivante qui me met un peu mal à l’aise. Ce même plasticien expose aussi des têtes colorées qui ressemblent plus à une œuvre que ces « personnages » muets. Le nom de l’œuvre Le Lectrice (non! ce n’est pas une coquille).

Heureusement, aujourd’hui, Journée du Patrimoine, le MacVal propse des visites guidées et le conférencier (ci-dessus devant le tableau Croa croa croa a choisi de décrypter quelques œuvres emblématiques pour les béotiens de mon genre. C’est l’œuvre d’un collectif de 3 plasticiens qui ont choisi de détourner le logo d’une fameuse marque de commerce en ligne : le résultat peut être interprété comme un vol de corbeaux menaçants comme dans les Oiseaux de Hitchcock, ou ceux de Van Gogh, « matérialisant la menace de l’omnipotence des  GAFAM sur l’humanité ».

Jordan Roger : » burn them all »
Aurélien Mauplot : Moana Fa’a’aro

Jordan Roger : « burn them all » : Au premier plan un château imitant l’univers rose et sucré de Disneyland, des flammes orange s’attaquent à la construction en multiples incendies. Il figure une bataille entre les forces révolutionnaires et réactionnaires de La Maison d’Armaggedon et de la Maison des Uranistas. Cet univers m’est plutôt indifférent. 

Aurélien Mauplot : Moana Faa’a’aro En revanche, au mur, une collection de photographies, objets naturalistes dans des cadres et des boîtes, cartes…figurent un cabinet de curiosité comme l’aurait exposé un des explorateurs de cette île de l’Océan Pacifique, découverte à deux reprises, perdue… symbole de la construction historique des fake-news.

Suzanne Husky : Les Oiseaux semant la vie

Les œuvres sont très variées et nombreuses. J’en ai sélectionné quelques unes. Les Oiseaux semant la vie de Suzanne Husky est une charmante tapisserie, contrepoint à Croa Croa touche optimiste où les oiseaux reconstituent le sol, sèment des graines et survolent un champ d’éoliennes. Suzanne Husky se définit comme éco-féministe. 

Mary Sibande : Her Majesty Sophie

Mary Sibande sud-africaine,  se représente elle-même en un personnage Sophie, robe élégante et tablier de soubrette, archétype de la servante du temps de l’apartheid, rayonnante. Elle  cristallise ainsi l’histoire des femmes, leur colère, leurs causes. 

Régine Kolle – Trahison de Betty Draper

Le grand tableau de Régine Kolle raconte l’histoire de la trahison du psychanalyste qui racontera au mari de Betty ce qu’elle a livré sur le divan. parfaite illustration du thème de l’exposition « Histoires vraies »!

Aurélie Ferruel et Florentine Guédon : S’éclater le gésier

les deux plasticiennes ont construit une improbable motocyclette en fibres végétales accidentée et dont le « gésier » éclaté germe en jolies figures de verre coloré. Métaphore d’une renaissance?

Les œuvres en vidéo sont aussi nombreuses: un improbable Simblic de Sylvie Ruaux m’a fait sourire. un western canadien où les Indiens seraient les vainqueurs, avec un héros/héroïne « Miss Chief Eagle Testickle » … Yan Tomaszewski se filme en trans-coréen , la K-pop me laisse indifférente…

Véronique Hubert : Culture de la Crainte

Arrivée sceptique, je suis sortie ravie de cette visite!

Nicolas de Staël – MAM

Exposition Temporaire jusqu’au 21 janvier 2024

1953 Agrigente

Je me suis précipitée hier, le premier jour de l’Exposition au MAM, 15 septembre, impatiente. Je ne pouvais pas attendre. Grand coup de cœur pour Nicolas de Staël l’an passé à Antibes au Musée PicassoPour l’affiche : Agrigente chère à mon cœur, véritable fascination pour la Vallée des Temples où nous sommes retournées plusieurs fois. Enormément d’attente, et aucune déception, énormément d’émotion. 

1953 Agrigente (encore)

Retour sur des tableaux connus que j’ai revus comme des amis retrouvés.

1953 Sicile

Découverte de ceux que je ne connaissais pas.

Eblouissement.

Comme il est juste ce jaune de soufre qui me rappelle les mines de soufre proches d’Agrigente peintes par Guttoso

1948 – Lavis et encre

Rétrospective chronologique qui couvre toute la carrière de Nicolas de Staël depuis ses voyages marocains (1936), ses tableaux abstraits . Ses compositions où les formes se déclinent, s’épurent, s’empâtent dans une salle appelée Condensation

1950 Composition

les tableaux sombres s’éclaircissent. les à-plats épais se fractionnent en tesselles de tableaux mosaïques,

1951 La ville blanche

Mon préféré dans la salle présentant ces Fragmentations est un bouquet de fleurs si transparentes et si épaisses que je les avais prises pour des glaçons

1952 Fleurs

Je zappe les footballers du Parc des Princes archi-connus pour m’intéresser  à une série de marines et de ciels qui s’éloignent complètement de l’abstraction, petits cartons aux formats de poche ou tableaux plus grands. 

1952 Ciel à Honfleur,

ou ces très petits du Lavandou

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Surprise par une très grande composition, théâtrale, symphonique. on se croirait portée sur une scène d’opéra. Illusion. Ce sont des bouteilles

1953 Bouteilles dans l’atelier

Eté 1953, Nicolas de Staël entreprend un voyage vers le sud : Provence sur le conseil de Char, puis Italie et Sicile. je n’ai pas eu la patience de suivre la chronologie pour présenter ces toiles lumineuses.

En 1954, il s’installe à Antibes . Je retrouve les toiles mystérieuses où apparaît une femme, Jeanne, son amante. Simplification des motifs, on dirait presque du Morandi. 

merveilleuse exposition!

 

Françoise Pétrovitch – Aimer.Rompre au Musée de la Vie Romantique

Exposition temporaire jusqu’au 10 septembre

Intriguée par le titre et par l’affiche, j’attendais une occasion pour retourner au Musée de la Vie Romantique. 

L’exposition est logée dans deux salles à l’écart de la maison principale : l’une L’imagination fait le paysage fait alterner des lavis d’encre sur papier représentant des îles imaginaires, désertes et inquiétantes que j’ai appréciées et des personnages : adolescentes le plus souvent au regard éteint derrière des paupières baissées. Cette filles aux chevaux verts est-elle une noyée tirée de l’eau par un personnage dont on ne devine que les mains et les bras? Toutes les filles semblent incapables de tenir sur leurs membres et sont soutenues par des inconnus. Cette évanescence me met mal à l’aise.

A l’étage au-dessus, L’espace entre eux présente de grands tableaux à la verticale, deux diptyques se font face tandis que trois tableaux occupent le mur. On y voit des couples de très jeunes gens qui fument. Ils ne se regardent pas, ne se touchent pas. Ce ne sont pas des portraits, les traits sont impersonnels, souvent les yeux clos. Grande froideur. 

Je ne vois pas le « romantisme » annoncé, mystère de BD ou de publicité!

Les autres œuvres sont dispersées dans les collections permanentes dans la maison d’Ary Scheffer remplies de souvenirs de l’Epoque Romantique : au rez de chaussée on traverse une salle Ary Scheffer avant d’arriver aux souvenirs de George Sand représentée sur divers portraits, une jolie sculpture, les bijoux de George Sand sont dans deux vitrines, on voit aussi des images de Nohant

George Sand peignait aussi : paysages d’aquarelles et dendrites (j’ignorais cette technique). Une salle est consacrée à Pauline Viardot et à sa soeur La Malibran avec divers portraits, une autre à Renan qui épousa la fille d’Ary Scheffer. Une autre illustre le Romantisme : scènes peintes d’Atala de Chateaubriand, de Walter Scott, de Shakespeare, Victor Hugo.

Parmi ces œuvres fortes, et les très beaux meubles d’époque on a accroché les tableaux que Françoise Pétrovitch a peint exprès pour cette maison : le rose flashe sur les tentures dorées et les meubles patinés par le temps. La figure féminine qui fume est une évocation de George Sand, symétrique une évocation rose et androgyne de Maurice Sand pas en costume contemporain pas plus réussi que sa mère. 

j’ai eu grand plaisir à retrouver les objets authentiques des collections permanentes et comme il faisait très beau, nous avons terminé l’après midi dans le jardin attablées au salon de thé. Un vrai bonheur!

Azur, poésies et cyanotypes au Musée Stéphane Mallarmé

Exposition temporaire jusqu’au 1er octobre 2023

 

Cyanotype sur Verre
mauve
Aline Héau

La maison de Stéphane Mallarmé à Vulaines, sur les bords de la Seine rassemble souvenirs et poèmes de Stéphane Mallarmé et accueille de belles expositions. Celle-ci, Azur, est en harmonie avec l’œuvre du poète: 

L’Azur

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
À travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes,
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

— Le Ciel est mort. — Vers toi, j’accours ! donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?

Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !

Stéphane Mallarmé, 1864

Cyan est le bleu de Prusse  obtenu par un procédé chimique vieux de près de 2 siècles (1842). Le cyanotype est un procédé de photographie ancien, revisité récemment. 

Aline Héau : cyanotype sur verre carotte sauvage

Trois artistes sont exposés à Vulaines : Aline Héau, Agnès Clairand et Kyano.  Les œuvres sont accompagnées de poèmes Elévation de Baudelaire, Donc ce sera par un clair jour de Verlaine, Sensation de Rimbaud, le papillon de Lamartine, La Forêt de Victor Hugo…et j’en oublie. 

Agnès Clairand : sureau

Il faut prendre le temps de contempler, de lire, d’aller du poème à l’image.

Et aussi s’asseoir pour visionner les vidéos de Kyano  

L’une explique le procédé chimique, la technique de photographie actuelle qui numérise l’image, et l’autre montre des images bleues de la Méditerranée et les glaciers bleus de l’Islande. Le commentaire est en grec (sous-titré) ce qui donne un ton méditerranée pour leur oeuvre « Le cyanotype comme invitation au voyage ».

Les œuvres sont aussi réparties à l’étage dans les pièces que Mallarmé et sa famille occupèrent. Dans les tons bleus : le portrait de Geneviève Mallarmé brodant par Julie Manet. 

Nous avons passé un bon moment au jardin dans les arbres fruitiers et avons eu la belle surprise de trouver au sol de délectables quetsches bleues que nous avons dévoré (après examen approfondi pour ne pas y trouver fourmis ou guêpes.

Une visite azuréenne que je vous recommande!

Songlines : Exposition au Quai Branly

AUSTRALIE

Exposition Temporaire jusqu’au 2 juillet 2023

Yarrkalpa : terrain de chasse

Songlines est un mythe fondateur des Aborigènes d’Australie, que l’on peut comparer à l’Odyssée ou à la Genèse.

les sept soeurs assises

Ce récit fondateur n’est pas transcrit sur un texte écrit, même pas sous forme de poème lyrique, il a donné lieu à des représentations plastiques, fresques, tableaux, sculptures réalisées par des femmes principalement dépositrices de la tradition que l’on peut connaître grâce à la vidéo

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Ces 7 soeurs mythiques fuient à travers l’Australie un sorcier qui veut les piéger. Ces 7 soeurs sont assimilées aux 7 étoiles de la constellation des Pléiades. Elles ont laissé des traces « chemin du rêve » à travers le continent.

la traversée de l’Australie par les sept soeurs

leur voyage comporte des haltes où elles se concertent, se métamorphosent, cherchent des sources, de la nourriture, des remèdes. A travers le continent elles changent de langue et même volent.

Songlines le chemin du rêve

nous allons donc les suivre à travers des peintures pointillistes où l’on peut les repérer assises, endormies, dansantes. Chaque tableau pointilliste est aussi une cartographie qui permet de transmettre un savoir, de donner des indications sur la végétation, l’emplacement des dunes, des sources ou de grottes .

 

Une cellule carrée permet de voir la réalisation d’une œuvre collectives par 5 ou 6 femmes assises par terre, chacune se chargeant d’une zone du tableau. En parallèle on voit la végétation du bush, les récoltes, les brûlis.

Songlines nous conduit dans une grotte Cave Hill décorée de peintures rupestres. Une expérience immersive dans un dôme nous conte le voyage des 7 soeurs, nous immerge dans la peinture rupestre et finalement nous montre le trajet des étoiles de la Constellation d’Orion. je suis toujours réticentes à ce genre d’expériences qui ne sont que des projections sur le plafond les murs et le sol. Dans ce cas précis c’est tout à fait réussi d’autant plus que cela permet de rassembler les parcours et de mieux appréhender l’histoire. 

Sarah Bernhardt – Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 27 Aout 2023

Nadar : Sarah Bernhardt adossée à une colonne

C’est une rencontre avec une dame extraordinaire. Je la savais actrice à succès, star internationale, comédienne accomplie.

Du demi-monde à la scène :

destin de la fille de courtisane, élevée à la campagne, revenue à Paris adolescente pour exercer le métier de sa mère : on voit le Livre des Courtisanes, registre de la police qui fichait ces-dames.  Sarah avait des relations : le duc de Morny, (frère de Napoléon, excusez du peu!)la fit entrer au Conservatoire, puis à la Comédie Française en 1862. Elle y triomphe en 1872 avec Ruy Blas.

Sarah Bernhardt par Clairin

Mademoiselle Révolte à la Comédie Française

Elle gagna ce surnom en quittant la Comédie Française où son talent était, selon elle sous-exploité. Dans cette section de l’exposition, on voit le corset, le châle porté dans Hernani joué 116 fois, et de nombreux objets. 

Une artiste parmi les artistes

Autoportrait en marbre blanc

C’est, pour moi, la plus grande surprise. Sarah Bernhardt avait de nombreux talents. Elle vivait entourée d’artistes et était elle-même très douée pour la sculpture et la peinture. Son hôtel particulier, rue Fortuny, possédait deux ateliers de sculpture

Déjeuner dans la serre rue Fortuny peint par Louise Abbema

Louise Abbema, son amie, l’a peinte ainsi que le peintre Clairin. A l’occasion de l’Exposition de 1878, elle s’éleva avec le peintre Clairin en montgolfière ca qui inspira les caricaturistes : Robida, un Panorama de Paris très amusant, une autre « Sarah Bernhardt planant au dessus des hommes« . Les caricaturistes n’étaient pas tendres avec elle, elle fut leur cibles comme sculptrice et comme peintre si bien que Zola prit sa défense

 

Sarah Bernhardt : autoportrait en chimère

Goût du Bizarre

Son originalité s’est aussi affirmée par son goût pour le morbide. Pierre Loti a rapporté qu’elle aurait gardé dans sa chambre le squelette Lazare d’un jeune homme mort d’amour. Elle avait aussi un cercueil dans lequel elle aurait dormi. Comme dans la sculpture ci-dessus, elle a abusé du motif de la chauve-souris, coiffant des ailes de chauve-souris, l’utilisant dans ses décors…

Boulevard Montmartre – on peut reconnaître Sarah Bernhardt, Zola, Jules Ferry…

Grands Rôles

Une grande salle  présente tous les grands rôles avec les affiches de Mucha (1894)

Alexandre Dumas : La Dame aux Camelias (1880), Sardou : Théodora, la Tosca(1884), Fédora (1882), Cléopâtre, Jeanne d’Arc…Ces derniers étaient de véritables peplums

Sarah Bernhardt dans Phèdre

Elle a triomphé dans Phèdre de 1874 à 1914.

Sans oublier les travestissements pour Lorenzaccio, Hamlet, ou L’Aiglon de Rostand

Sarah Bernhardt : l’Aiglon

Une salle : La Divine (nommée ainsi par Cocteau) montre l’exploitation de l’image de la star dans la publicité, support pour les biscuits LU, de l’absinthe ou de la Poudre de Riz. 

Nous sommes restées plus de 2heures 30 dans l’exposition qui ne s’achève pas là.

La Femme engagée : la montre organisant un hôpital militaire pendant la Guerre de 1870-1871. Elle fut aussi active dans la défense de Dreyfus avec Zola. Pendant la Première Guerre mondiale elle fit une tournée aux Etats Unis en 1916 pour sensibiliser l’opinion américaine …

De la Scène à l’écran : dès le début du cinéma elle a interprété ses rôles pour l’écran. 

L’exposition se termine par la projection d’un film montrant ses funérailles presque aussi suivies que celles de Victor Hugo.

C’est une très grande exposition qui nous a réservé de belles surprises. J’ai aussi beaucoup apprécié les photographies de Nadar

Germaine Richier – Pompidou Beaubourg

Exposition temporaire jusqu’au 12 juin 2023

Germaine Richier – La Montagne(1955-1956)

Quelle découverte! Comment ai-je pu passer à côté d’une telle œuvre?

La rétrospective au Centre Pompidou nous fait découvrir un e sculptrice majeure, reconnue et son œuvre variée et originale. 

Loretto (1934)

Germaine Richier (1902-1959) a étudié à Montpellier chez Guigues, ancien élève de Rodin.  A Paris elle intègre l’atelier de Bourdelle, expose dès 1928

 

Ces oeuvres de jeunesse montrent une grande maîtrise de la sculpture et sont très harmonieuses

Escrimeuses, l’une est nue et visage découvert, l’autre est masquée

Elle va cultiver un style personnel, avec des personnages robustes à la surface rugueuse, loin des critères de la beauté classique comme Pomone ou l’Orage homme terrifiant et sa version féminine l’Ouragane

l’Orage
L’Ouragane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son homme qui marche n’est pas assuré comme l’homme qui marche de Rodin, ni longiligne comme celui de Giacometti il a les pieds englué dans la terre, ahuri il symbolise une humanité blessée, menaçante à la sortie de la guerre. 

Nature et Hybridation

Cigale

Fascinée par la nature et les insectes, elle va collectionner dans son atelier (présenté dans l’exposition) des carapaces d’insectes, des os, un squelette de chauve-souris, des coquillages, des outils…tout un bric à brac qu’on va retrouver dans ses sculptures hybrides. J’ai été bluffée par ces inventions, ces chimères.

le crapaud

Certains hybridations sont à la limite : le Crapaud n’a rien d’animal à part sa posture, tandis que la Cigale n‘a rien d’humain. Chimère cette Mante, la Sauterelle est anthropomorphe. l‘Araignée est aussi très humaine sauf les fils…

la Mante

Le Griffu et son ombre m’ont beaucoup plu, sculpture à fil comme l‘Araignée

j’ai aussi aimé le cheval à 6 têtes en bronze doré, l’Homme de la Nuit qui étend ses ailes de chauve-souris avec sa tête qui ressemble à celle d’un oiseau

HOmme de la Nuit

L’impressionnant Christ D’Assy semble avoir fusionné avec la croix, les veines du bois se devinent dans le bronze de ses bras. Il a fait scandale et a même été retiré par l’évêque d’Annecy. 

Plomb et verre bleu

La fin de l’exposition devient plus colorée, Germaine Richier explore d’autres techniques comme celle de graver des os de seiche avant de les métalliser, on devine la matière initiale sous la pellicule dorée. Elle utilise le plomb et y mêle du verre transparent, s’apparentant aux techniques du vitrail ; à la différence qu’il y a plus de plomb que de verre. Une croix est ainsi traversée de lumière. 

L’échelle avec Zao wou Ki
la Ville avec Vieira da Silva

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle ose la peinture, s’associe avec d’autres plasticiens qui mettent en scène les sculptures dans un cadre de tableau (ou l’inverse). L’exposition se termine avec un Jeu d’échec de taille XXL avec des pièces colorées. 

 

 

 

 

Philippe Cognée à l’Orangerie et au Musée Bourdelle

PRINTEMPS DES ARTISTES

Philippe cognée à L’Orangerie

 

J’ai découvert la peinture de Philippe Cognée au Château de Chaumont ICI

Ses paysages floutés par la technique de la peinture à l’encaustique me semblaient vus d’un train roulant à pleine vitesse. J’ai retrouvé avec grand plaisir ses œuvres qui supportent hardiment le voisinage avec les prestigieux nymphéas et les Matisse.

ph Cognée à l’Orangerie

L’exposition au Musée Bourdelle apporte des aspects très différents

Triptyque supermarché (2003-2004)

Ce Supermarché est une introduction du trivial , mais aussi de la saturation marchande ou de la prolifération thèmes que nous allons retrouver parmi la série de photographies d’objets usuels : congélateurs, sièges en plastique blanc… recouvertes de peinture à l’huile et exposés en nombre sans autre explication; « degré zéro de la peinture » peut-on lire sur le livret du Musée. 

Catalogue de Bâle : détail

Cette technique a été utilisée dans le Catalogue de Bâle œuvre comprenant un millier de « repeintures » alignées comme sur les linéaires d’un supermarché. Cognée a arraché les reproductions du Catalogue de l’Exposition Art Basel les a collées sur un support repeint en blanc et a repeint grossièrement les photographies , œuvres de Picasso, Giacometti, Baselitz, pour les plus connus. Ces tableautins couvrent les murs de plusieurs pièces dans lesquels le visiteur se promène un peu éberlué. Les connaisseurs reconnaissent peut-être les originaux : Koons et Giacometti, facilement mais les autres? Ce genre d’installation me met en colère. Est-ce qu’on se moque du spectateur lambda, de bonne volonté transformé en gogo prêt à gober n’importe quoi? J’aurai des éléments de réponse dans la vidéo fort intéressante où Cognée commente et explique son travail. Il voit dans l’Exposition de Bâle un énorme supermarché de l’art moderne, où l’art est exposé mais aussi vendu. Présenté de cette manière le projet démesuré fait sens. 

Saint Barthélémy d’après Rubens

Heureusement en bonus de ce Catalogue, j’ai trouvé mon bonheur avec de la « belle » peinture. Cognée revient aux maîtres : Rubens et Ingres à qui il inflige sa technique de cire et de fer à repasser avec beaucoup de bonheur.

Madame Marcotte d’après Ingres

L’émerveillement est le dialogue entre le masque de Beethoven de Bourdelle et une série de grands tableaux de fleurs fanées Pivoines et Amaryllis. Contraste entre la finesse de la chair fragile des pétales et la puissance du  bronze ! La surprise est que cela fonctionne parfaitement. 

Possible dialogue entre Beethoven et les amaryllis

souleymane Bachir Diagne : Léopold Sedar Senghor -L’Art Africain comme Philosophie

Souleymane Bachir Diagne est né à Saint Louis du Sénégal en 1955 , ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, philosophe et mathématicien, professeur à Columbia. A l’occasion de la Masse Critique de Babelio j’avais lu Le Fagot de ma Mémoire essai autobiographique que j’avais apprécié. CLIC

A la suite de l’Exposition Senghor au Quai Branly CLIC

Et de ma visite au Mémorial Acte de Pointe-à-Pitre j’ai eu envie de revenir à Senghor et à Césaire avec le concept de négritude par ailleurs décrié. il n’est pas indifférent que la citation de Wolé Soyinka figure en première place dans les deux expositions et dans le livre de Diagne:

Ainsi lorsque l’écrivain nigérian Wole Soyinka s’est gaussé de l’affirmation de soi qu’est la négritude en
déclarant que le tigre ne se pavanait pas en proclamant sa tigritude mais manifestait celle-ci en sautant sur sa
proie, il a eu, bien évidemment, les rieurs de son côté. Le bon sens philosophique, quant à lui, était dans la
réponse que lui fit Senghor : le tigre est une bête.

Cette lecture L’Art Africain comme philosophie de Diagne m’est devenue évidente. Problème : Diagne est philosophe et quand il écrit de la philosophie il est extrêmement pointu, et la philo pour moi se résume à mon année de Terminale (1967-68), souvenir extrêmement lointain. J’ai donc fait une lecture superficielle de cet essai en sautant délibérément les notes de fin de chapitre, incapable de saisir les finesses concernant Bergson, Lévy-Bruhl, Teilhard de Chardin ou les différences entre les idées de  jeunesse et de maturité de  Marx

« Cette intuition première que l’art africain est une philosophie et une philosophie humaniste, Senghor n’a jamais cessé de l’exprimer toute sa vie dans ses textes théoriques. »

L’Art Africain comme philosophie, l’Art comme instrument politique de gouvernement .

« Pour Senghor, certainement, la preuve de la négritude c’est l’art nègre. »

 

Chronologiquement il faudrait commencer par la visite au musée du Trocadéro en 1907 de Picasso, celle d’Apollinaire et les écrits de Paul-Guilllaume et de Malraux. Sortir les masques africain des collections d’ethnologie, leur accorder une place dans les grands musées comme le Louvre.

Cherif Thiam – Baobab

Sartre a aussi joué un rôle important (quoique ambivalent) avec son Orphée noir, préface au Manifeste poético-politique de la Négritude. Dans la perspective de l’Existentialisme, en miroir avec ses écrits sur la condition juive. La stature de Sartre peut aussi faire de l’ombre aux causes qu’il soutient. 

Nombreuses critiques viennent des communistes. Dès 1949, d’Arboussier dénonce la négritude comme « une dangereuse mystification« , 

« En réalité l’attaque vise l’existentialisme lui-même en ce qu’il semble engagé, avec Orphée noir et la négritude
comme son avatar poétique, dans l’entreprise d’introduire le leurre et la confusion de la race dans l’arène de la lutte contre la domination capitaliste et impérialiste. »

Césaire, également fondateur du concept de Négritude : 

Lettre à Maurice Thorez où, en 1956, Aimé Césaire fit de sa démission du Parti communiste français, outre une
protestation contre l’alignement du pcf sur l’Union soviétique, le geste d’affirmer la réalité d’un particulier dont le destin n’est pas de se fondre dans l’universel

Il est dans ce livre beaucoup question de masques africains avec le questionnement de leur statut comme œuvre d’art à part entière. Il est aussi question de poésie. Senghor est avant tout un poète!

Masques et poésie sont porteurs de Rythmes. Rythme est le titre de tout un chapitre.  Diagne s’attarde sur cette notion très originale de Rythme. 

« Seul le rythme provoque le court-circuit poétique et transforme le cuivre en or, la parole en verbe ». Senghor

 

« Le rythme, c’est le choc vibratoire, la force qui, à travers les sens, nous saisit à la racine de l’être. Il s’exprime par les moyens les plus matériels, les plus sensuels : lignes, surfaces, couleurs, volumes en architecture, sculpture et peinture ; accents en poésie et musique ; mouvements dans la danse. Mais, ce faisant, il ordonne tout ce concret vers la lumière de l’Esprit.

 

En nos temps actuels de Cancel culture, de racialisation et autres recherches de particularismes, il est essentiel de noter que la Négritude  comme la pensait Senghor est indissociable de Métissage et de Créolité, les différences ayant pour finalité l’humanisation

Faire « une terre totale » : cette magnifique expression pourrait servir de cri de ralliement à ceux qui œuvrent à
une autre mondialisation et elle donne contenu à ce qui a été appelé plus haut « mondialité Unesco ». Ces lignes
de Pierre Teilhard de Chardin, Léopold Sédar Senghor les a citées avec ferveur comme annonçant « la ‘véritable union’ qui ne confond pas, mais différencie en enrichissant mutuellement »

Cette « terre totale » s’opposant à la mondialisation comme circulation des biens et des marchandises. la « Mondialité UNESCO » opposée à OMC

Pour cette mondialisation-là, qui s’identifie au projet de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) de faire marchandise de tout, il y a le produit culturel d’un côté, ses consommateurs potentiels de l’autre. Et il s’agit que la liberté, entendue comme le libre accès du produit au consommateur, ne soit empêchée par rien. Que sur ce marché ne se retrouvent guère les œuvres culturelles qui ne sont pas portées pas de solides puissances d’argent, cela est dans l’ordre naturel – autrement dit darwinien – des choses.

[…]
Pour faire pièce au rouleau compresseur, il y a ce que l’on pourrait appeler, par contraste, la mondialité Unesco3.

 

Récemment j’ai écouté la voix de Souleymane Bachir Diagne sur le podcast de France Culture A Voix nue ICI