J’ai découvert Charif Majdalani avecCaravansérail qui m’avait beaucoup plu. j’avais lu aussi le Dernier Seigneur de Marsad, et la Villa des Femmes avec grand intérêt et grand plaisir. J’ai donc téléchargé L’empereur à pied dès sa sortie.
Cette saga s’étale sur près de deux siècles et 7 générations. Elle raconte comment l’Empereur, Khandjar Jbeili, arrivé à pied dans la montagne libanaise avec ses trois fils, a bâti d’abord sa richesse et son pouvoir en défrichant des terres escarpées, construisant des terrasses, introduisant la culture du mûrier et s’imposant au seigneur de la montagne comme collecteur d’impôt. Beaucoup de travail, du charisme et des alliances, de la violence aussi pour se hisser à une position sociale enviable.
Il n’est pas question de morceler le domaine, ni de partager les richesses. L’héritage devra rester indivis. Seul l’aîné pourra se marier et transmettre les affaires à son aîné!L’ainé fera donc fructifier la fortune. Le cadet sera condamné à servir son frère, ou à s’évader dans des expéditions lointaines et aventureuses.
Charif Madjalani est un merveilleux conteur.
Son récit sera donc double, ascension de cette famille à la grande bourgeoisie chrétienne libanaise, propriétaires terriens mais ensuite commerçants et finalement affairistes. On verra descendre de la montagne les descendants de Khandjar Jbeili , s’installer dans un véritable palais jusque à ce que la guerre civile ne les en déloge. La période de la guerre civile est magnifiquement racontée et analysée. On verra leur mode de vie encore féodal jusqu’à la fin du 20ème siècle.
En parallèle, les aventures des cadets, les conduisent sur des itinéraires rocambolesques. Zeid, parti cherché fortune en Amérique, après une étape vénitienne, se fixera au Mexique dans le redoutable Sonora où il s’imposera par son charme et par la violence.
Chehab, son cousin, fera route vers l’Orient, sur la route de la Soie, à la poursuite d’un général russe blanc, l‘Ataman Premerguine et son armée fantôme traînant un trésor de porcelaines fines ornées de roses et d’oeufs Fabergé.
Naufal, le poète lettré, ira à la recherche d’un tableau perdu. Cette recherche le mènera à Venise, mais aussi à Dubrovnik, à Kotor et finalement il se lie avec un journaliste américain qui veut faire un reportage sur le Commandant Markos, sur le Mont Gramos, avec l’ELAS dans la guerre civile grecque en 1948.
Ce roman en 6 parties distinctes est un peu hétérogène, mélange de Caravansérail – pour les aventures lointaines et du dernier Seigneur de Marsad pour les épisodes libanais. Si l’effet de surprise n’est plus présent pour moi, le plaisir de lire un conte oriental est toujours très vif. Le dernier chapitre « en attendant les ogres » traite de l’évolution récente du Liban, de corruption, d’affairisme et de projets immobiliers m’a beaucoup intéressée.
Merci à Babélioet aux éditions Gallimardpour ce livre que j’ai lu d’un trait, tant que c’est possible pour un pavé de 685 pages !
Orhan Pamukest un auteur que je lis volontiers.
Toutefois, le titre, un peu bizarre, ne m ‘aurait peut être pas attirée. Le sous-titre est beaucoup plus explicite :
La vie, les aventures du marchand de boza
et
l’histoire de ses amis et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012 vue par les yeux de nombreux personnages
Présenté ainsi, le livre correspond à toutes mes attentes, et ne m’a pas déçue.
Ce livre choral met en scène une famille : deux frères arrivent d’un village d’Anatolie dans le début des années soixante, à Istanbul pour chercher fortune en vendant du yaourt et de la boza. Leurs fils, trois cousins, tombent amoureux des trois filles d’un marchand de yaourt revenu dans leur village….années d’apprentissage , service militaire, mariages….Amours agitées, enlèvements ou fugues. Les mariages arrangés sont-ils plus heureux que les mariages d’amour? La jeune fille qui porte foulard est elle plus sage? Pendant une quarantaine d’année la famille s’agrandit, des enfants naissent en ville, s’éloignent du village, mais la communauté reste soudée. La solidarité des anciens villageois reste très forte.
Pamuk raconte la vie du peuple des marchands des rues venus de leur village d’Anatolie chercher fortune en vendant du yaourt le jour et de laboza le soir. De bonne jambes, une perche et des plateaux pour livrer jusque dans les cuisines des client, la marchandise fraîche. De la psychologie aussi, un bon vendeur doit savoir bavarder, se mettre en valeur.
Au fil de la saga la vie quotidienne se transforme, les marchands des rues subissent la concurrence des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Les yaourts sont conditionnés dans des pots, les glaces se vendent partout dans des congélateurs et Mevlut doit renoncer à fabriquer et vendre ses glaces artisanales..Les autorités font aussi la chasse aux vendeurs de rue. La charrette où il vendait du pilaf aux pois chiches est saisie et détruite….
Certains villageois ont quitté le commerce des rues pour celui, beaucoup plus lucratif, de la construction immobilière, de la spéculation des titres de propriété, devenant des personnages considérables qui s’entouraient d’associés, cherchant des appuis politiques ou religieux.
C’est aussi le récit de la construction des quartiers périphériques d’Istanbul, les villageois s’installaient sur des terrains inoccupés, sans titre de propriété, construisaient une cabane, puis une maison de parpaing qui, au fil du temps s’élevait sur plusieurs étages….en 2012, sur ces collines on construit des tours de 20 étages.
Mevlut et son père, arpentaient tous les quartiers de la ville. Le lecteur les suit dans leur course quotidienne. Au fil des années le centre de la ville se modifie. Les immeubles où vivaient les Grecs chassés en 1964 puis avec la guerre à Chypre, se dégradent, une nouvelle population remplace Grecs, Arméniens et Syriaques. En 1999, le séisme met dehors les habitants. Ce sont 40 ans d’histoire turque qui défilent.
« Mevlut se rappela que cette vue sur la ville était exactement celle qu’il avait observée du sommet de la colline lorsqu’il était arrivéà Kültepe. D’ici, il y a quarante cinq ans on apercevait les usines, les autres collines qui se couvraient rapidement de bidonvilles du bas vers le haut. A présent Mevlut ne voyait plus qu’un mer d’immeubles de hauteurs diverses?-…. »
La richesse de ce livre tient dans les détails : on assiste à la fabrication de la boza, du pilaf. On imagine les odeurs, les saveurs, les cris des marchands de rue. On entre dans les intérieurs des héros du livre mais aussi des clients. Pamuk fait vivre tout un monde au quotidien.
C’est une histoire vraie, celle de Muhammad Assaf qui a gagné le télé crochet Arab Idol après s’être enfui clandestinement de Gaza en 2012 et qui est devenu ambassadeur des Arts et de la culture de l’Unesco. Lire lCI C’est un de ces rêves que nourrit la télévision, on pense à Slumdog Millionnaire. Le metteur en scène Hany Abu-Assad aime filmer – et filme très bien – les courses des enfants, déjà dans Omar, le héros courait vite.
Dans la première partie, 4 enfants courent à travers Gaza, dans les ruelles, de toits en toit, rattrapant même un homme à vélo. 4 amis qui veulent former un groupe musical et qui n’ont que des bidons …mais Nour est exigeante, sous sa casquette à l’envers, Nour est une fille, cela ne se voit au début. C’est elle qui rêve de matériel professionnel et qui motivera les garçons, le chanteur c’est son frère Muhammad. Cette première partie du film, en 1905, est une réussite totale, rythme, action, musique et drame. La seconde, 2012 dans Gaza en ruine raconte le concours. Elle inclut les véritables images du concours, le triomphe de Muhammad Assaf après ses épreuves pour rejoindre le Caire. Elle montre les ruines, l’évolution de Gaza. un des amis du groupe, devenu barbu veut interdire la musique. Laissera-t-il son ami passer la frontière?
« El Kouds », dit l’Arabe portant la main au front;
Le Grec cherchant le Christ, « Hyerosolyma » ;
« Yerouchalaïm » te nommons nous, fils prodigues de Sem ;
mais les jeunes peuples te saluent, ceinte d tes remparts,
D’un rayonnant « Jerusalem »
Arnold Zweig (1887-1968) en butte à l’antisémitisme du Reich émigra en Palestine dans les années 1930. Après la Seconde guerre mondiale il préféra construire le socialisme en RDA où il fut un écrivain reconnu.
Le sort s’est acharné sur son ouvrage Un Meurtre à Jérusalem écrit à Jérusalem, : publié en Allemagne en décembre 1932, il fut saisi dès avril 1933 pour être brûlé et passa donc inaperçu à sa parution. Ce n’est qu’en 1956, en RDA qu’il fut réédité mais défiguré par la censure communiste. Il ne put être publié dans son intégralité qu’en 1994. C’est pourtant un livre remarquable qui mérite de sortir de l’inconnu.
Roman policiercomme le suggère le titre? Certes, il y a une victime, le poète De Vriendt, qui a abandonné le sionisme pour l’orthodoxie. Il y a un policier, Irmin, des services secrets de sa Majesté, qui cherchera le coupable par devoir et aussi par amitié.
Roman historique : le meurtre a lieu à la veille des émeutes en Palestine 1929 qui ont fait 133 victimes juives et 110 arabes.
Jaffa street during the 1929 disturbances
Roman politique : toutes les composantes de la politique sont ici analysées avec beaucoup de précision.
Les britanniques ont Mandat sur la Palestine, et maintiennent l’ordre avec un minimum de troupes, jouant des rivalités entre juifs et arabes., n’intervenant que fort peu dans les émeutes pour protéger les Juifs.
On assiste à la réunion des cheikhs et des dignitaires arabes, véritable tableau. Les fellahs dépossédés bien par les propriétaires terriens qui vendent leurs terres, ne sont pas oubliés.
La communauté juive est encore plus hétéroclite, religieux agoudistes et sionistes s’opposent .Les juifs orthodoxes sont prêts à composer avec les dignitaires arabes pour limiter le pouvoir des sionistes. Même parmi les sionistes on distingue, les socialistes, ouvriers et kibboutznikim, et les nationalistes d’une part. Russes et Allemands ont des réactions différentes…sans parler des communistes qui prônent l’unité des travailleurs arabes ou juifs. Des discussions sans fin analysent toutes ces nuances et font ressortir les différences.
Roman philosophique le poète, De Vriendt est un personnage complexe. Pour certains, orthodoxes, c’est un dévot. Sa relation homosexuelle avec le jeune Seoud à qui il prodigue des cours le comble et le fait douter. Ses poème peuvent apparaître comme des blasphèmes
En vérité, c’est Toi le Prince des Ténèbres
Toi qui quand je suis né, m’as condamné à mort,
et lorsque grimaçant, je girai dans ma tombe,
De quel secours sera que Tu sois éternel
Qui a tué De Vriendt? Est-ce un crime d’honneur de la famille de Seoud, Irmin, le policier britannique l’avait averti de la menace. Est-ce un crime de rôdeur, de voleur, des arabes bien sûr, les voleurs ne pourraient être juifs, « sauf peut être au Kurdistan? ». Est-ce un crime politique, des jeunes nationalistes ne peuvent lui pardonner sa trahison, puisqu’il s’oppose aux sionistes, prêt à s’allier au Mufti… Un terrorisme juif s’attaquant à des Juifs paraît inconcevable, et pourtant….
C’est en tout cas un roman fort bien écrit. Chaque chapitre est un véritable tableau, décor personnages sont décrits avec soin et précision. le décor n’est jamais oublié, ni le climat, chaleur oppressante de la journée, recherche de la fraîcheur…. ni la nature. Ode magnifique aux paysages, montagnes de Jérusalem, Mer Morte, Carmel….
Le récit des émeutes est saisissant, vues par les juifs religieux comme un pogrom, par l’anglais, avec un certain flegmatisme, occasion de bravoure par les jeunes nationalistes, aussi fraternisations inattendues entre Juifs et arabes qui entretiennent des relations de bon voisinage. Humour et ironie ne sont pas absent même dans les moments tragique, comme ces protestations américaines qui réclament des navires de guerre britanniques dans « la rade de Jérusalem »…
Nous suivons Wassef jusqu’à la station service. Il fonce. Nous le perdons vite. Passons encore deux postes de police. On devine les montagnes jordaniennes à contre-jour. Après l’aéroport d’Aqaba, on distingue très bien la frontière : le grillage et du côté israélien les cultures irriguées très verte. Côté jordanien, cailloutis et acacias africains, à droite la montagne très aride.
Les tamaris en buissons poussent sur les premières dunes de sable clair, dans les creux les arbres sont très verts.
Rahma : une oasis avec des palmiers, des serres et des eucalyptus protégeant des vergers.
Les camions chargés de potasse vont à notre rencontre. On nous avait fait peur décrivant une route étroite, sans bas côté. Certes, c’est une deux-voies et pas une autoroute comme la Desert Highway, mais on se croise très bien.
Après Rahma, retour des dunes, très belles. En face, côté Israélien, les cultures irriguées sont bien vertes. La plaine de l’Araba s’élargit, les montagnes s’éloignent. Des chameaux paissent librement dans les dunes ; le sable empâte les reliefs.
Le vent soulève le sable. Nous roulons dans un brouillard jaune. Deux petits cars surgissent en face ; on ne les avait pas vus arriver. Heureusement, ce n’est qu’une alerte, pas une vraie tempête de sable.
voila les dromadaires sur la route!
Après le barrage Basaga, une palmeraie, des serres. Puis on retrouve le désert de cailloutis.
Appels de phare : dromadaires sur la route !
La brume de chaleur a complètement avalé les sommets. De l’autre côté de la frontière toute proche on voit les voitures circuler. Après la route vers la Réserve de Dana, des villages et des cultures maraîchères : oignons, pastèques, courgettes, aubergines…mûrissent à la chaleur . Le thermomètre de la voiture marque 31°C.
Le musée du point le plus bas du globe
Le musée du point le plus bas du globe
Un peu à l’écart de la route, le bâtiment de pierre s’enroule un pue à la manière des loges d’une ammonite, le Musée à thème géologique est plutôt un musée historique. Les premiers peuples établis dans la région entre 13.000 et 10.000 ans étaient des agriculteurs ayant domestiqué les animaux< ; Dans les vitrines, des meules et mortiers de basaltes ainsi que de petites flèches, des aiguilles pour coudre le cuir en silex avec des perles de pierres colorées.
Au Néolithique (_5000ans) âge de Bronze, se déroulaient déjà des cérémonies funéraires. De nombreuses poteries datent de cette époque.
– 3500ans âge de fer, les habitants sont les Moabites
Ensuite les Nabatéens , par la route romaine passant dans l’Araba. On y cultivait les palmiers pour les dattes et ils exportaient du sel et du bitume.
le puzzle des archéologues
En 1988, on découvrit la « cave de Lot », un monastère (573-605-691 après JC). Dans la basilique à 3 nefs on a mis à jour des mosaïques. Divers objets trouvés au monastère se trouvent au musée dont un balai en feuille de palmier, bien humble qui m’a touchée. Une corde m’a fait penser aux monastères grecs perchés en haut d’une falaise. Des tissus luxueux montrent que le monastère jouissait d’une certaine richesse. Les lampes à huile étaient délicieusement décorées. Au bout du hall d’exposition dans les laboratoires, les archéologues travaillent ; Certains reconstituent le puzzle géant de la mosaïque du monastère. Ils ont coulé du plâtre à l’envers des tesselles et tentent d’emboîter les pièces. Comme pour n’importe quel puzzle ils ont commencé par les frises des bordures. Au centre dans u n médaillon il y a un texte en grec, des oiseaux, des plantes. Le travail des archéologues me fascine.
Dans les environs se trouvent d’autres chantiers de fouille dont celle d’une sucrerie à Mazara-as-Safi et Fifa de la période Ayyoubide et mamelouke (12-13ème siècle), on cultivait aux alentours de la canne à sucre ; occasion de rappeler une courte histoire du sucre connu en Asie depuis plus de 2500ans. Le secret de fabrication fut bien gardé par les Arabes et rapporté en Europe par les Croisés
les citernes du monastère de saint Lot
Nous montons au monastère, la route est carrossable jusqu’à l’escalier qui monte à l’église . A la sortie du Musée il fait très chaud (34°C). Les œufs durs pris au petit déjeuner ne nous tentent pas. Dominique fait cadeau de toutes nos provisions et de deux bouteilles d’eau au gardien de la « cave of Lot » pendant que je monte l’escalier. C’est un escalier bine cimenté au muret de galets n a collé une plaque : « point le plus bas du globe vous êtes sur le rift Africain, les roches sont très anciennes Précambrien ». Une structure métallique protège le monastère particulièrement bien conservé ; L’église est construite sur trois niveaux, la nef en bas encadrée de colonnes, plus haut une estrade au fond le chœur. La mosaïque a été déposée au Musée. Le plus intéressant est à côté du monastère : la citerne 17x7m avec une profondeur de 10m couverte de troncs de palmiers pour réduire l’évaporation et revêtu de ciment hydraulique ; tout un système de canalisation approvisionnait cette citerne de 880.000 l suffisant pour une petite communauté pendant plusieurs mois.
lampe à huile du monastère
Il nous faut donc chercher un restaurant. Dans la ville minière rien. Sur le bord de la route au village suivant nous nous arrêtons devant le premier boui -boui « Turkish restaurant » : dans une rôtissoire tournent des poulets, sur un grand barbecue grille une brochette de tomates cerises. Nous commandons un « kebab » une saucisse d’agneau haché est grillée, enveloppée dans un pain très fin d’au moins 35cm de diamètre tartiné d’une sauce rouge (tomate, pas harissa, j’ai eu des frayeurs) puis garnie avec de la salade hachée et des oignons. Le tout enroulé passe à nouveau au barbecue pour rendre la pâte plus croustillante, servi avec des variantes, carottes au vinaigre, gros cornichon malossol dans une barquette en polystyrène. Pas de couverts. J’ai quelques doutes sur la propreté de la salade. Comme nous rentrons demain en France, on verra bien ! (on n’a rien vu et bien digéré).
la Mer Morte s’évapore
Nous passons devant une usine de Potasse et une autre de Brome. Autour du Potash Township. La paysage est lunaire exploité, puis raviné. Je ne sais pas faire la part de l’exploitation industrielle des sels de la Mer Morte et de l’évaporation physique (disparition de la mer).Les grandes tranchées visibles de la route correspondent –elles à l’extraction ? après les deux grandes usines , la mer se manifeste sous la forme d’un rectangle vert puis bleu hérissé de vaguelettes blanches.
La route longe ensuite en corniche la Mer Morte, bleue profond, qui pourrait aussi bien être un océan puisque la rive d’en face est invisible.
Sur un parking, un petit bazar vend des bouées et des ballons. Une plage accessible imprévue nous tente. La descente est introuvable. Sous une grande tente, on a installé des fauteuils Voltaire et des canapés recouvert de velours et de brocards comme dans un salon d’une maison bourgeoise. Deux touristes français nous laissent la meilleure place, surplombant la mer, encadrée par des lauriers roses fleuris. Le café turc est excellent (3JD quand même) . Nous ne sommes pas pressées d’arriver à Amman. Nous faisons durer la pause ; en dessous de nous des américains flottent. Je vis maintenant le raidillon mais il fait tellement chaud (34°)que je n’ai pas le courage de descendre et surtout de remonter toute salée.
Nous reconnaissons la route à partir du « complexe panoramique » prise pour rejoindre Madaba par un matin plus clair. La brume s’épaissit ; le ciel devient franchement gris quand on amorce la remontée dans les collines derrière les camions.
Sur les bords de la route, les maraîchers vendent les primeurs des bords de la Mer Morte. Tomates, courgettes, melons et même pastèques. Les camions de légume sont peints à la main de motifs géométriques.
Le GPS nous conduit à Zahran Street sans encombre. Nous rentrons « chez nous » accueillies chaleureusement par Omar de Wadi Rum qui prend en main le check-in comme il avait fait au campement.
Mensaf et boites de pâtisserie chez Jabri.
Le grand rangement occupera une partie de la soirée. Vestes, chaussures et sacs qui traînaient dans le coffre de notre grande Hyundai Elantra doivent impérativement entrer dans les valises. Il faut retirer de ma valise cabine tous les objets indésirables. !Retour dans le monde des actualités avec la BBC. Finalement mes 15 jours « sans écran » se sont bien passés.
Avant de quitter le camp, Dominique a demandé la provenance des tentes : est-ce de la laine bédouine ? Non, tout vient prédécoupé de Syrie, les coussins, les tapis, seul le montage se fait en Jordanie !
De grosses gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise. J’aurais aimé voir les rocher ruisseler en cascades, aucune chance aujourd’hui.
Sur la Desert Highway, il y a un immense parking à camions avec même une mosquée verte. Nous entrons dans la zone franche d’Aqaba, on passe un poste de douane, il faut montrer les passeports.
La géologie a changé, le granite du socle est à nu. Il est découpé par des filons colorés rouge, noirs ou vert foncé qui s’entrecroisent et se recoupent. Il se débite en boules rondes – classique – L’autoroute court près d’un oued ; Le train en parallèle sur un remblai. Justement deux locomotives oranges tirent une trentaine de wagons de minerai. Omar, le guide, nous a donné les indication pour trouver l’hôtel Raed : demander le Restaurant Captain bien connu, c’est en face.
Réception charmante. Notre chambre a une vue sur la mer, tout le confort, très vaste. U n décor, blanc violet, un grand frigo, une petite table carrée et deux fauteuils confortables.
10h30, nous sommes prêtes pour la plage. Pas de visites culturelles prévues : la Mer Rouge et ses coraux ! L’hôtel Raedvend les tickets d’une plage privée La Plage Bérénice qui 14km après la sortie de la ville, du côté de l’Arabie.
Bougainvillées
La Plage Bérénice est un complexe balnéaire de luxe avec une entrée sécurisée. Après la fouille des sacs on nous donne un grand et lourd drap de bain en éponge. Nous empruntons des allées fleuries de bougainvillées, verbena, plumbago et passons devant trois piscines, une mini-piscine pour les enfants, une belle piscine ovale à débordement en face du restaurant et une troisième pour s’exercer à la plongée. Il y a également une belle boutique, un centre de plongée.
Eilat en face d’Aqaba
Sur la plage, sous de grands parasols, il y a des lits en plastique garnis de matelas confortables. Le sable est plutôt du gravier rose, rose et blanc, granite et débris de coraux. Je me trempe d’abord en face de nos lits de plage, pieds nus. A peine suis-je entrée dans l’eau que je tombe sur les coraux. Ils sont au ras de l’eau à 4 ou 5 m du bord colorés, jaune, verts, bleus….Attention à ne pas les heurter ! Je sors avec des égratignures sur la cuisse et décide donc d’utiliser les escaliers du ponton qui descendent en eau plus profonde et de prendre mon masque. Avec le masque, je découvre les oursins qui ont de très longs piquants. Autre raison pour ne pas venir en marchant de la plage. Les baignades sont courtes ; l’eau est très fraîche. Le vent fait des vaguelettes qui ont assez de force pour me déshabiller. Le haut de mon maillot s’est enroulé et je me retrouve les seins à l’air. Désormais je nage le long de la corde à flotteurs qui sécurise les baignades en interdisant les bateaux, l’eau est assez profonde pour que je risque pas de me grafigner à nouveau.
C’est la première fois que je vois tant de coraux multicolores. En Thaïlande, je m’étais blessée en marchant sur des coraux blancs, morts, et j’en avais gardé un souvenir cuisant plusieurs semaines après notre retour. A Cuba, le mauvais temps et le vent nous avait privées de barrière de corail. De même à Dahab, il y avait trop de vagues. Je suis donc ravie, je ne les imaginais pas bleus ou violets. Une espèce vert fluo est de bonne taille, elle ressemble à un paquet de lanières qui seraient emmêlées, un vert ressemble à un cerveau. Et les poissons….
Vers 15h30 Dominique découvre les fauteuils confortables près de la piscine à débordement.Le parasol ne faisait plus d’ombre, nous nous préparions à rentrer. Nouvelles baignades en piscine, si vaste. C’est plus confortable pour nager. Je suis presque seule en dehors de deux jeunes hommes et d’une fille en burkini. J’ai suivi la polémique mais je n’en avais pas vu : tenue noire, pas très pratique ; Le mari tire sur les bas pour que pas un centimètre de peau ne soit à découvert.
vue de notre chambre hôtel Raed
Le buffet de Raed est encore pire que celui d’Edom. Ce dernier n’était guère appétissant, celui-ci est vide ! Et pourtant nous sommes en demi-pension ! Au diable l’avarice ! Nous choisissons une table en terrasse au Fishmarket (qui n’est pas une poissonnerie mais un restaurant de poissons). Cadre très agréable, un peu cher mais tellement mieux que notre cantine. Riz aux crevettes. Les grains sont très long, le riz très parfumé. Les deux américains rencontrés à Wadi Rum dînent à la table voisine ; Ils ont commandé des mezzés et trois énormes poissons arrivent. Nous nous verrons demain matin, leur guide a proposé qu’on se suive sur la route de l’Araba
7h30, prêtes pour l’expédition avec Mohamed et son fils qui dernier conduit le pick up, tandis que Mohamed marche avec moi.En l’absence paternelle, le fils met de la musique et danse. Dominique le filme. Il regrette que l’appareil photo ne soit pas bluetooth pour récupérer le film. La marche est facile sur le sol caillouteux et dur, sous les nuages dans la fraîcheur du matin dans le canyon. De temps en temps on suit les traces des pneus dans le sable meuble et c’est beaucoup plus pénible.
Je guette les traces d’animaux : souris, lapin, renard. Les animaux se font rares avec la multitude des touristes motorisés. Aucune chance de rencontrer le farouche ibex présent dans la réserve. Les corbeaux sont les oiseaux les plus fréquents. L’un d’eux n’hésite pas à chasser un petit rapace (faucon sans doute). Il y a aussi des petits passereaux au dessous rouge. Ce ne sont pas des rouge-gorges, ils sont beaucoup plus fins et leur ventre tire sur le rose thyrien. Le plaisir vient surtout du calme, du silence de la paix. Le canyon Al-Barra est dans l’ombre, à la sortie après 2h30 de marche, on progresse lentement dans le sable. Le soleil chauffe et il n’y a plus d’ombre. Je remonte à l’arrière du pick up. La chaleur a eu raison de ma volonté de continuer le trek d’autant plus que Mohamed propose de faire un grand circuit pour nous montrer les curiosités du Wadi Rum.
Rocher « champignon »
Nous passons par le Rocher-champignon, (moins impressionnant que ses homologues du Désert Blanc d’Egypte). Les randonneurs expérimentés peuvent monter au Djebel Burdah (1h30) sur la petite arche naturelle qu’on distingue vers le sommet. Il y a une autre arche beaucoup plus accessible sur laquelle on peut se prendre en photo après une petite grimpette. J’ai la flemme après la marche dans le sable et les grimpettes à l’arrière du pick up (il y a une échelle mais je l’ai snobée). Près de l’arche il y a une buvette, je suis assoiffée.
Autre arrêt obligé : la maison de Lawrence, un pan de mur écroulé. En vérité, Lawrence vivait sous la tente, le mur correspond à des fortifications britanniques. Il existe d’autres murets analogues ou les trekkers intrépides peuvent bivouaquer.
De retour au camp pour le déjeuner-buffet, puis translation générale à l’ombre du rocher sur les tapis et banquettes. Magdi apporte le thé. Hier, thé à la sauge, aujourd’hui à la menthe sauvage. La petite communauté bavarde en français avec les guides. La famille avec ordinateur nous a quittés pour Aqaba, une autre famille l’a remplacée avec des enfants sages qui lisent l’histoire des Croisades. Deux franco-algériennes voilées de Bordeaux sont en colère contre Enjoy Jordan, leur chauffeur les abandonne et elles pestent contre les dîners de l’Hôtel Edom de Petra qui ressert trois jours de suite la même nourriture insipide ; Non seulement ce n’est pas bon mais ce n’est pas sain. Après les récits des mésaventures et des découvertes de chacun, la conversation s’oriente vers la politique. Via Lawrence, omniprésent au Wadi Rum où David Lean a tourné le film, argument touristique de poids, mais considéré comme un traître par les guides. Il étatit au courant des accord Sykes Picot et a utilisé les bédouins dans la guerre contre les turcs sachant que La Grande Bretagne et la France allaient dépecer l’Empire Ottoman à leur profit. On parle ensuite des Printemps arabes, les filles voilées sont très virulentes aussi bien contre la France qu’elles considèrent encore comme une puissance coloniale « quand il pleut à Paris on sort les parapluies à Alger » et que contre les « laïcs » . La révolution tunisienne ne trouve pas gré à leurs yeux et elles en viennent à regretter Kadhafi et Ben Ali….On glisse sur la campagne électorale française. » Pitié ! Nous sommes en vacances ! »
Ceux qui sont arrivés ce matin partent en 4×4 pour le coucher du soleil.
Pendant que les autres parlent j’ai sorti mon carnet moleskine et je dessine.
Autour du feu, le soir, tout le monde se rassemble. Deux théières restent au chaud, la grosse peu sucrée, la petite très sucrée. On prépare l’étape suivante. Vers 8h, cérémonie du repas cuit sous le sable. Magdi et sa pelle… il porte en triomphe les plateaux brillants de papier alu avec mes légumes et la viande.
Les nuages ont éclipsé le coucher du soleil, toujours pas d’étoiles.
15h30, nous embarquons dans le 4×4 de Mohamed – le patron du camp – conduit par son fils qui fait moins que les 20 ans annoncés. Dominique dans l’habitacle, moi à l’arrière en plein air. La conduite est souple, plutôt lente, sans à-coups, donc confortable.
les 7 piliers de la Sagesse
Les massifs émergent du sable, énormes chicots tantôt massifs tantôt déchiquetés. Le grès subit l’érosion qui façonne la roche. Elle ressemble à des bougies géantes de cire qui fond en dégoulinades, des vasques qui débordent d’un liquide qui se fige. Parfois, tout s’enroule
erosion
…Despans de montagne sont tombés, laissant une face plane, les blocs éboulés plus loin. Ailleurs ce sont des cavités, creux arrondis ou colonnes. Comment se sont-elles formées et surtout quand ? Certaines de ces dégoulinades ou draperies ressemblent à des stalactites. Dans une caverne je connais le mécanisme des concrétions mais ici, quel est le ciment ? siliceux ou calcaire ? Un taux d’humidité est nécessaire ? Les écroulements sont plus facilement explicables dans cette région sismique subissant de grands écarts de température.
Autre observation : les différences de couleur. Le long d’un massif, le sable est rose, ailleurs il est jaune, plus loin encore plus clair. Un arrêt sur un rocher pourpre. Des enfants l’émiettent pour obtenir un sable violet, ils se sont amusés à écrire sur le sable clair.
l’entrée du siq
A l’entrée d’un défilé, la végétation est plus dense et plus verte, indice de la présence de l’eau. Mohamed nous montre les escaliers nabatéens creusés dans le rocher menant à une source. Encore aujourd’hui, les bédouins viennent y chercher de l’eau. Un autre guide-chauffeur montre comment les bédouins utilisent une plante pour faire du savon. Ils pilent ses feuilles charnues. En versant de l’eau, cela mousse comme du savon et cela lave aussi.
savn bédouin
Autre arrêt devant un vénérable olivier vieux de plusieurs siècles, isolés parmi les genêts blancs en fleur. A y regarder attentivement, ce désert a beaucoup de buissons, certains secs d’autres verdoyants. Un arbre non identifié est même d’un vert si vif qu’il semble artificiel.
Je ne sais pas décrire la splendeur. Je regarde, éblouie, le paysage changeant, les formes des rochers que Mohamed nomme : ici les Sept Piliers (référence à TE Lawrence) , ici, la pyramide… j’aimerais que cette promenade dure encore…
Nous ne sommes pas seuls, les 4×4 se suivent sur le même itinéraire et convergent à la grande tente noire où on nous offre le thé et qui est une boutique de souvenirs. Rien de tapageur. Je suis tentée par des sachets de sauge et cardamome – thé bédouin – il y a aussi du khôl, des savons naturels et bien sûr des chèches pour ceux qui auraient oublié !
une caravane au coucher du soleil
Au coucher du soleil nous grimpons au « sunset point » sur un gros rocher ; Une caravane approche, occasion de tester le zoom x12 du nouveau Lumix. Le ciel est embrumé, le soleil est avalé. Pas de coucher du soleil ? tant pis !
Pour chauffer le thé
Avant le dîner, Magdi a allumé le foyer, un beau feu de 4 bûches. On boit le thé. Chacun fait part de ses découvertes. La nuit tombe, on attend les étoiles. La lune est pleine, et il y a des nuages. Le spectacle des étoiles sera aussi pour une autre fois. Issa appelle « venez pour le repas ! ». tut le monde se lève et le suit… non pas vers la tente-restaurant mais derrière le camp. Pas de table ni de casserole ni de feu, un tas de sable.
un four sous le sable!
Magdi, une pelle à la main déblaye le sable, découvre un couvercle métallique, l’essuie soigneusement. Dans un bidon métallique, les légumes et la viande ont mijoté trois heures sous le sable ; les braises sont sous le bidon. Enorme four. Le poulet est excellent, l’agneau fondant, les carottes un peu caramélisées et les courgettes confites.
Le sable est rose, les massifs pointent, déchiquetés. La route suit le chemin de fer du Hedjaz que Lawrence et ses guerriers bédouins harcelaient pour empêcher les forces turques de convoyer troupes et armement. La petite gare exhibe le train de 1916 (locomotive ancienne mais pas d’époque, japonaise de 1955, pour les puristes). La locomotive tire des wagons de bois, il y a même un drapeau turc. Tous les touristes s’arrêtent et se prennent en photo.
Arrivée au camp
Au check point, les militaires nous font signe de passer. Les points de contrôles sont assez nombreux dans la région. Au Centre des visiteurs de Wadi Rum, les visiteurs motorisés sont invités à laisser leur véhicule sur un vaste parking gardé. Les employés sont très efficaces. Enjoy Jordan ne nous a laissé qu’un numéro de téléphone pour joindre le chauffeur du 4×4 qui doit nous emmener au campement (pas d’adresse, pas de nom, ce serait trop facile). Le ranger dit qu’il connait le chauffeur et le camp. Nous ne sommes pas sur le bon parking le Dream Campest à Disey, une dizaine de km plus loin. Il téléphone lui-même. Le chauffeur nous attendra là-bas.
déjeuner sus la tente
En effet, au volant d’un beau pick-up blanc, un bédouin très souriant nous fait signe de le suivre jusqu’au camp. Le trajet dans le sable est très court. Caché par de hauts rochers, le petit camp est discret. Deux rangées de tentes noires assez hautes et rigides , une grande tente restaurant et le rocher délimitent un carré avec des banquettes garnies de coussins rouge orange à rayure. Sur un tapis, de curieuses selles de dromadaires garnies de tapis colorés ; elles servent à s’accouder. Au centre, un feu.
Dream camp : salon
Nous arrivons à l’heure du déjeuner, avant de découvrir notre tente (qui est plutôt un bungalow avec toutes les commodités, électricité, salle d’eau et toilettes) plus de confort, moins d’aventure ? nous déjeunons dans la grande tente. Enjoy Jordan a prévu la demi-pension seulement. Qu’en est-il du déjeuner ? Un guide francophone, Omar, d’Enjoy Jordan, nous entendant pester contre les ambiguïtés de notre feuille de route, m’emprunte mon téléphone. Il appelle Omar pour lui demander de les lever. Nous avons aujourd’hui, une balade en jeep au cocher du soleil (3h) mais demain que fera Dominique pendant mon trek de 6h avec pique-nique ? Les deux Omar plaisantent au téléphone, à mes frais, ce qui ne m’amuse qu’à moitié(le crédit fond comme neige dans le désert).
Thé bédouin
Le restaurant est meublé de banquettes aux tapis rouges, noirs et blancs, sable ; sur les tables d’épais tapis fleuris. Au centre le buffet : poulet au riz, salades et même des gâteaux orientaux. D’autres touristes déjeunent accompagnés par leurs guides. Tous d’Enjoy Jordan, et francophones sauf un couple d’Américains .
Pour la sieste, tous les occupants du camp, touristes, guides, bédouins, sont installés à l’ombre du grand rocher dans la brise pour profiter de la température délicieuse (dans les tentes c’et un four).
La route monte beaucoup pour quitter Petra, d’abord par le bourg de Wadi Moussa, où se trouve la Poste et les commerces, puis encore et encore jusqu’à un plateau cultivé alors que je croyais être dans un désert aride. Les champs sont de petites bandes vertes horizontales séparées par des talus caillouteux. Selon la topographie, les proportions entre blé et cailloux varie.
Une coupe le long de la route révèle un calcaire jaunâtre marneux.
Au village d’ Ayl-el-Jadida :quelques vergers et oliveraies. Ensuite les cultures disparaissent. Les collines sont pelées caillouteuses avec juste des buissons ras. Une buse perchée s’envole à notre passage. A Wahida, nombreux troupeaux.
Nous avons perdu la Route du Roi, des panneaux nous ont fait couper pour rejoindre plus vite la Desert Way qui est l’autoroute empruntée par les camions venant du port d’Aqaba. Les campements bédouins sont nombreux avec de gros 4×4. La Desert Highway descend, le panorama est embrumé. Des crêtes violettes se succèdent, des massifs isolés comme des chicots pourpres violacés surgissent du fond de la plaine. Sur le bord de la route
El-Humayma
Le site archéologique de El Humayma est indiqué par un panneau marron. Il se trouve à 12km vers l’ouest. La petite route moonte et descend comme des montagnes russes. Sur les côtés on extrait un minerai blanc pulvérulent et meuble. Sel ? Sable ou postasse ? Aucun indice pour le savoir, c’est écrit uniquement en arabe. Le site est précédé d’un magnifique Centre des Visiteurs en pierre équipé de panneaux photovoltaïques, mais désert. Même pas un panneau explicatif ou un plan. Un berger juché sur son bourricot, de curieuses converses roses aux pieds, pousse son troupeau devant lui à travers les ruines.
Se repérer dans un site antique?
Je pars à l’exploration de la petite cité nabatéenne. Les fondations ont été soigneusement cimentées, tout un quartier de maisons de pierre avec des pièces de petite taille. Dans un bâtiment plus grand, une arche tient encore. Je ne trouve ni église, ni bains publics n i aqueduc annoncés par le Guide Bleu. Notre expérience des cites grecs ou romains ne nous est d’aucune aide. Un peu déçues, nous retournons à l’autoroute et ses camions.