Un roman policier avec Cap Canaille pour titre m’a tout de suite attirée.
« Drôle d’endroit pour mourir. La beauté des lieux l’avait saisi. Il ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller. Malgré les quatre hommes qui l’entouraient, le flingue qui le menaçait et la peur qui lui trouait le bide. La lune était de sortie pour éclairer les dernières heures de sa courte vie. Elle lui permettait de voir comme en plein jour les falaises qui le dominaient et la mer qui l’aspirait. Qui l’espérait. 390 mètres plus bas. Magnifique endroit pour mourir. »
Policier classique qui commence avec un « barbecue marseillais » : cadavre calciné retrouvé dans une voiture brûlée. C’est le corps de la Carlton une truande de haut vol, braquages Place Vendôme, habituée des Palaces comme l’Intercontinental de Marseille (anciennement Hôtel-Dieu), se déplaçant sur une moto de rêve….
Enquête classique, sans grande originalité à part peut être l’excès d’acronymes spécifiques à la police, peu gracieux et indigestes pour le lecteur. Des traits d’humour assez lourds, utilisation systématiques de citations archiconnues, un peu agaçantes
L’humour potache de la PJ prend souvent le dessus dans ce genre de débats. Larrivée tape du poing sur la table pour rétablir le silence. Les flics ont l’humour léger, mais le sens de la hiérarchie.
Des enquêteurs sympathiques, avec ce qu’il faut de faiblesses pour les rendre humains. Une histoire d’amour qui tombe bien. Des courses poursuites dans Marseille. Un match de l’OM. Des trafiquants plutôt minables. Des légionnaires virils. Classique.
Mauvaise chance pour ce livre, je viens de terminer trois polars remarquables de Jean Claude Izzo, la classe! Cap Canaille se trouve relégué au niveau des séries policières régionales de Fr3 qui se regardent et s’oublient.
La trilogie est composée de trois romans à lire de préférence dans l’ordre : Total Kheops,(1995), Chourmo(1996) Solea(1998) que j’avais lus séparément il y a bien longtemps. Une relecture donc, avec beaucoup de bonheur à l’occasion de notre semaine de vacances à Marseille.Pas pris une ride et (malheureusement) toujours actuel…
C’est le meilleur guide touristique que j’ai trouvé pour me promener dans Le Panier, où Fabio Montale,le narrateur a passé son enfanceauxGoudes où il se réfugie dans le cabanon légué par ses parents, et dans les cités des Quartiers Nord où il exerce comme policier. J’ai donc mis mes pas dans ceux du héros et cela décuple le plaisir de la touriste!
« La répression du grand banditisme est à Marseille une priorité. La seconde, c’est le maintien de l’ordre dans les quartiers nord. Les banlieues de l’immigration. Les cités interdites. Ça, c’était mon job. Mais, moi, je n’avais pas droit aux bavures. »
TOTAL KHEOPS
Fabio Montale est policier. Il a été relégué au maintien de l’ordre dans les quartiers nord. C’est un enfant de Marseille. Fils de l’immigration italienne. Avec ses copains, à l’adolescence, il aurait pu devenir voyou braquer des pharmacies. Une fois, une de leurs expéditions a mal tourné. Il a fui, s’est engagé, Djibouti, en rentrant, policier. Ses copains ont eu un autre destin. Quand s’ouvre Total Khéops, Manu, l’espingouin, est mort, exécuté. Ugo sous les balles de ses collègues, une bavure? Trois mousquetaires et Lole, dont ils sont tous les trois amoureux. Fabio va chercher à comprendre ce qui est arrivé à ses amis, ses frères. Et cela tournera à la tragédie…C’est un roman d’amitié, de fidélités, de trahisons accompagné de jazz et de rap marseillais, de poésie aussi.
CHOURMO
« Le chourmo, en provençal, la chiourme, les rameurs de la galère. À Marseille, les galères, on connaissait bien.
Nul besoin d’avoir tué père et mère pour s’y retrouver, comme il y a deux siècles. Non, aujourd’hui, il suffisait
seulement d’être jeune, immigré ou pas. Le fan-club de Massilia Sound System, le groupe de raggamuffin le
plus déjanté qui soit, avait repris l’expression. Depuis, le chourmo était devenu un groupe de rencontres autant
que de supporters ».
Fabio Montale a donné sa démission après le massacre qui clôt Total Khéops.Il vit dans son cabanon des Goudes,va à la pêche
les Goudes
« Les Goudes. L’avant-dernier petit port avant les calanques. On longe la Corniche, jusqu’à la plage du Roucas-Blanc, puis on continue en suivant la mer. La Vieille-Chapelle. La Pointe-Rouge. La Campagne-Pastrée. La Grotte-Roland. Autant de quartiers comme des villages encore. Puis la Madrague de Montredon. Marseille s’arrête là.[…]Ma maison, c’est un cabanon. Comme presque toutes les maisons ici. Des briques, des planches et quelques tuiles. Le mien était construit sur les rochers, au-dessus de la mer. »
Et nous sommes allées aux Goudes en suivant l’itinéraire indiqué par Izzo etcomme nous nous sommes plu nous y sommes retournées…
Sa belle cousine, Gélou débarque un jour, son fils Guitou a disparu. Fabio Montale part à sa recherche. Il a gardé des contacts chez ses anciens collègues. Une autre énigme se greffe, devant ses yeux dans une cité, Serge, un ancien animateur de quartier se fait tuer sous ses yeux. Avec l’aide des gamins du quartiers qui l’ont apprécié quand il exerçait son métier de policier de proximité, il mène une nouvelle enquête.
SOLEA
Dernier livre de la trilogie.
Soléa est la musique jouée par Miles Davis qui accompagnera le roman. Solea est associé à Lole, partie à Séville.
« La Solea, m’avait-elle expliqué un soir est la colonne vertébrale du chant flamenco »
Voila pour la tonalité.
Fabio Montale est devenu la cible de la Mafia.Son amie, la journaliste, Babette est partie en Italie pour un reportage sur la Mafia. Explosif! Se sachant menacée elle a choisi de disparaître. Des proches de Fabio Montale sont exécutés dont une jeune femme avec qui il avait ébauché une relation, un ancien copain boxeur…Fabio craint surtout pour Honorine et Fonfon, ses voisins des Goudes qui lui tiennent lieu de famille.
Paysages urbains, musique et beaucoup cuisine. J’ai souligné avec soin les recettes:
Je m’étais mis à la cuisine tôt le matin, en écoutant de vieux blues de Lightnin’ Hopkins. Après avoir nettoyé le loup, je l’avais rempli de fenouil, puis l’avais arrosé d’huile d’olive. Je préparai ensuite la sauce des lasagnes. Le reste du fenouil avait cuit à feu doux dans de l’eau salée, avec une pointe de beurre. Dans une poêle bien huilée, j’avais fait revenir de l’oignon émincé, de l’ail et du piment finement haché. Une cuillerée à soupe de vinaigre, puis j’avais ajouté des tomates que j’avais plongées dans l’eau bouillante et coupées en petits cubes. Lorsque l’eau s’était évaporée, j’avais ajouté le fenouil.
Honorine avait une manière incomparable de faire des poivrons farcis. À la roumaine, disait-elle. Elle remplissait les poivrons d’une farce de riz, de chair à saucisse et d’un peu de viande de bœuf, bien salée et poivrée, puis elle les déposait dans une cocotte en terre cuite et elle recouvrait d’eau. Elle rajoutait coulis de tomate, thym, laurier et sarriette. Elle laissait cuire à tout petit feu, sans couvrir. Le goût était merveilleux, surtout si, au dernier moment, on versait dessus une cuillerée de crème fraîche.
Thriller, guide touristique de Marseille, analyse socio-politique….cuisine méditerranéenne.. quelques aspects de cette trilogie. J’ai oublié la musique, les livres..et la célébration de l’amitié, de la chaleur humaine.
Merci à Babélio et à la Masse Critique pour cet envoi que j’ai dévoré. Mauvais genre? plutôt genre polar addictif qu’on ne lâche pas. Après, difficile de rédiger une chronique qui ne divulgâche pas….
Comme Sur le toit de l’enfer l’histoire se déroule dans le Frioul et j’ai le plaisir de retrouver la Commissaire Teresa Battaglia et son assistant Massimo Marini. Policière tout à fait atypique, profileuse, empathique, s’intéressant à la psychologie du tueur en série. Combattive, dans un monde d’hommes avec un supérieur macho, et un mari abusif, elle a gagné ses galons de commissaire de haute lutte. La commissaire livre un autre combat, perdu d’avance, contre la maladie d’Alzheimer qui progresse…
Trois histoires, à trois époques s’entrelacent dans le livre : une enquête « aujourd’hui » le début de l’intrigue « 27 ans plus tôt » et un récit « Au IVème siècle » du temps de l’Empire romain, quand coexistaient le culte d’Isis, les débuts du Christianisme, et un curieux christianisme égyptien, cultes barbares aussi avec des guerriers Sarmates et leur chamane. J’ai eu l’occasion de découvrir le site d’Aquilée avec des mosaïques mystérieuses.
Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557 en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicisle Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari,moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…
Enigme policière : Jacopo da Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!
A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis: Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.
Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.
Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.
Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….
La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.
Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.
Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective(?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!
« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.
Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..
Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!
les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,
Un très mince Pocket de 156 pages réunit les détectives de ces deux auteurs connus. Plaisir de les retrouver, surtout Salvo Montalbano qui n’aura plus de nouvelle enquête (mais la production de Camilleri est abondante et je suis loin d’avoir épuisé le sujet).
L’éditeur, Daniele di Gennaro, à l’occasion du tournage d’un documentaire réunissant les deux auteurs suggère :
« Comment se comporteraient vos personnages, Salvo Montalbano et Grazia Negro, avec un cadavre sur les bras? Comment agiraient-ils ensemble? «
et qualifie les échanges de Jam-session littéraire !
Cinq ans plus tard, un roman épistolaire concrétise cet essai!
Et c’est réussi! Cela ne restera pas dans les annales comme un chef d’œuvre, plutôt comme un clin d’oeil amusant pour les lecteurs fidèles.
“Nous y sommes allés sans préparation, mal commandés et indécis et, ce qui est pire, sans le sou. En nous fiant à la chance, à l’art de s’arranger et à notre bonne mine. Nous l’avons fait pour donner un désert aux plèbes déshéritées du Midi, un débouché au mal d’Afrique des rêveurs, pour la mégalomanie d’un roi et parce que le président du Conseil doit faire oublier les scandales bancaires et l’agitation de la rue. Mais pourquoi est-ce que nous faisons toujours ainsi, nous autres, Italiens ?”
Comme Le Temps des Hyènes, La Huitième Vibration, raconte la colonisation italienne de l’Erythrée et la guerre contre l’Ethiopie en 1896 qui a abouti à la défaite d’Adouale 1er mars 1896. L’action se déroule dans la ville portuaire de Massoua, sur la rive africaine de la Mer Rouge.
Les personnages sont pour la plupart des Italiens militaires. Les officiers ont choisi (pas toujours) le service en Afrique, et pas toujours pour de bonnes raisons. Les soldats ne comprennent pas tous ce qu’ils viennent faire. Ils proviennent de différentes régions d’une Italie qui n’a été unifiée que depuis une trentaine d’années et qui ne se comprennent pas tous. L’auteur s’applique à jouer avec les différents dialectes, accents si différents que le berger des Abruzzes ne comprend pas ses chefs, et ne s’en fait même pas comprendre, que le carabinier sarde né à Bergame, mélange les deux prononciations, Siciliens et Vénitiens sont aussi très différents… le traducteur s’amuse à différentier les différents parlers : c’est Quadruppani rompu à l’exercice quand il traduit Camilleri. Mon niveau en Italien ne me permettrait pas d’apprécier les nuances.
Différentes origines sociales se croisent, se toisent. Il y a même un anarchiste pacifiste, réussira t il à ne pas tirer? Le journaliste cherche un scoop. Un carabinier cherche un meurtrier d’enfant, anonyme, il poursuit le suspect. Roman policier. Roman d’amour.
Les Africains, tigréens, éthiopiens, arabes vivent à la marge de la colonie. Les femmes sont le plus souvent des prostituées. Askaris, zaptiés, supplétifs de l’armée italienne. Espions de Ménélik aussi….
« Vous le savez comment on l’appelle, Otumlo ? – Non. – Minableville, on l’appelle. – Bon, d’accord. Et qu’est- ce qu’il vend, le Grec ? – Les personnes. Il vend des sharmutte… des putains, des gamins, des ouvriers agricoles… autrefois aussi des esclaves, quand il y avait les Égyptiens. Maryam a dit à mon espionne que l’autre soir un soldat italien est venu pour acheter un enfant. »
Il fait très chaud à Massoua. L’action s’englue. L’histoire se traîne (c’est voulu) dans une atmosphère de corruption. Elles ne sont pas jolies, les colonies.
Quand les troupes partent en guerre des fiers-à-bras, des lâches, des idiots se révèlent
“Non, ce n’est pas du patriotisme, non, par Dieu, d’envoyer de nouveaux soldats au massacre… ni de garder là-bas ceux qui y ont été envoyés, parce que vos erreurs, ce sont vos fils qui les paient… mais vous ne comprenez pas, oh, bande de crétins, que les patriotes, ce sont les Abyssins ?” Et il aurait même ajouté : Ribellione, d’Ulysse Barbieri, un grand auteur, mais le sergent s’était immobilisé d’un coup. »
Et le désastre est inéluctable.
Après Le Temps des Hyènes , l’effet de surprise ne joue plus. J’avais été bluffée par ce dernier livre. Je retrouve la même histoire ; policier, historique, africain.
« Ce n’est pas un affrontement entre flics et grévistes qui dégénère, c’est quelque chose qui remonte des tréfonds de notre histoire. Les gens sur la place de la Victoire ont complètement oublié les demandes d’augmentation. Ils se battent maintenant contre l’injustice, contre ce qu’ont subi leurs parents, leurs grands-parents et toutes les générations avant. Les policiers en face, eux, tout ce qu’ils voient, ce sont des Noirs qu’il faut remettre à leur
place ! »
[…]
Le 27 mai, c’est la date anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1848,
Qui connaît le massacre du 26 au 28 mai 1967 sur la Place de la Victoire à Pointe-à-Pitre?
Au cours de notre visite en touktouk de Pointe-à-Pitre, Baptiste, notre guide a immobilisé le touktouk pour nous montrer la fresque et nous conter cet épisode tragique de l’histoire de la Guadeloupe.
Le livre de Cantaloube tente de nous éclairer sur cet épisode oublié de l’histoire récente. Oublié ou occulté? Le décompte des victimes n’a même pas été établi, 8 morts, officiellement, une centaine, avance ChristianeTaubira, peut-être davantage. Sans compter les arrestations, et l’emprisonnement en Métropole de syndicalistes et militants et même de personnes n’ayant pas pris part aux manifestations.
Ce n’est pas un livre d’histoire, mais une fiction. l’auteur est toutefois très bien documenté et livre ses sources.
Trois personnages principaux interviennent : un journaliste ancien flic, un barbouze émargeant aussi bien à la CIA que dans les officines parisiennes d’ultra droite, un ancien truand corse, marseillais, spécialiste des convois de drogue, reconverti skipper transatlantique pour les yachts de luxe. Tous trois connaissent les coups tordus, le maniement des armes, savent donner des coups (et les encaisser). Nous allons suivre les aventures de ces tristes sires en Guadeloupe d’abord, puis à Paris avec combats de rue et barricades de Mai 68. Une France qui s’ennuie comme on l’a dit à la télé? Peut être que la Guadeloupe n’est pas tout à fait la France? En tout cas l’Etat de Droit n’y règne pas vraiment.
Loi du genre, le roman sera bien arrosé de rhum et d’hémoglobine. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je me serais passée des vengeances personnelles. Mais l’aspect trouble de cette période, les personnages comme Foccart, les dessous pas très propres de la France sous De Gaulle sont très bien évoqués.
J’ai découvert l’auteur, Pedinielli et sa détective Ghjulia Boccaneraà l’occasion d’un de nos voyages en Corse avec La Patience de L’immortelle ICI polar corse que j’avais bien aimé. J’avais cherché les deux premiers opus de la série qui se passent à Nice, Boccanera et Après les chiens (il vaut mieux les lire dans l’ordre). J’étais donc impatiente de retrouver Diou, son coloc Dan, son ex Santucci et leur univers, le SDF allemand muet, leur cantine favorite et les promenades en scooter dans Nice.
J’ai donc retrouvé le petit univers, fait plus ample connaissance avec Ferdi, le muet, et suivi trois enquêtes : accidents du travail sur un chantier de construction, trafic de cocaïne, et la recherche d’une Italienne présumée victime de l’attentat de la Gare de Bologne en 1980.
« Sans collier » qui donne le titre au roman, viennent justement de Bologne
« On les appelait cani sciolti, et finalement, pour eux, c’était une gloire. Ils étaient une petite meute solide et
organique qui vivait avec frénésie »
Cette histoire bolognaise m’a plu mais le reste ronronne un peu et les bouffées de chaleur de la ménopause ne font pas avancer le récit. Les agressions dont Diou et ses proches sont régulièrement les victimes non plus : se mettre en travers des dealers ou des mafieux, a des conséquences violentes, pas un scoop.
Si un nouvel épisode paraît, je retrouverai avec plaisir mes amis niçois quand même!
Dans la même veine, allez faire un tour dans le Nice de Pinar Selekavec Azucena ICI
J’ai rencontré Eva Croce et Mara Raïs, les enquêtrices de Cagliari lors d’un précédent épisode, L’Île des Âmes, lu au début de nos vacances sardes en juin dernier qui m’avait servi de guide de voyage sur la côte sud aux environs de Cagliari. Entre meurtres rituels, archéologie nuragique, vie rurale, gastronomie, j’avais bien aimé ce roman, même un peu gore pour moi. Dns un polar il faut ce qu’il faut de sang!
Envie de soleil et d’Italie, au cœur de l’hiver, envie d’un polar distrayant après des lectures plus sérieuses. J’ai eu envie de continuer la série, de retrouver les enquêtrices et Cagliari.
L’Illusion du Mal pose son intrigue dans un sujet très actuel : le populisme et l’exploitation par une certaine télévision trash, des faits divers :
» Quand certains directeurs d’antenne flairent une affaire atypique qui pourrait provoquer une flambée des parts d’audience, la justice est contournée sans scrupule et les procès se tiennent dans un studio de télévision, sans garantie de sécurité ni d’anonymat des témoins et des accusés, et sans aucun critère objectif autre que l’indignation personnelle. La priorité est alors d’alimenter la curiosité morbide et compulsive du public, qui de simple spectateur se mue en juge.. »
Il joue aussi sur la frustration devant les injustices de la vie et reproche à la justice d’être inefficace. Spectacle des injustices, désirs de vengeance, défiance des institutions et de l’Etat de Droit. Ignorance du Droit aussi. Refrains que distillent aussi les médias populistes chez nous.
En effet, le Dentiste a choisi une cible hautement symbolique et représentative d’un dysfonctionnement de l’institution judiciaire, déclara-t-il. Ce n’est pas tant un assassin que nous cherchons, qu’un semeur de colère sociale. Il veut faire monter la haine parmi la population, et l’utiliser pour renverser le système. — Une sorte de justice poétique, quoi.
[..]. ….avec le côté émotionnel de son “spectacle”, il paralyse le sens critique des gens, et plus généralement leur sens de la réalité. Le public n’a plus l’impression de participer à quelque chose de réel. C’est comme si les gens scellaient avec lui un pacte de suspension de l’incrédulité et devenaient parties prenantes de ce théâtre virtuel. Pour que l’effet fonctionne à plein, il a recours au masque le plus populaire de la commedia dell’arte… — Arlequin. L’esclave rebelle. »
Qui est ce Dentiste qui arrache les dents à des personnages peu recommandables et pourtant impunis, et qui remet le sachet de dents aux victimes? Qui est ce personnage qui utilise à merveille les médias et les réseaux sociaux? Comment sera-t-il démasqué?
A vous de lire cette intrigue captivante. En prime, vous allez enrichir votre vocabulaire d’insultes en sarde, sicilien et même vénitien.
Pour accompagner notre prochain voyage à Madère, on m’a conseillé ce titre qui se déroule en partie à Madère. 1977, Martin, 30 ans historien au chômage est invité par un de ses condisciples à Madère. Un riche hôtelier, propriétaire d’une Quinta, l’embauche pour faire des recherches sur l’ancien propriétaire de la quinta.
Edwin Stafford, ancien consul britannique à Madère, élu député du Parti Libéral en 1906, membre du gouvernement britannique Asquith, il a démissionné pour une raison inexpliquée en 1910. Strafford a laissé dans le bureau de la Quinta, son journal assez mystérieux laissant imaginer une conjuration politique. Sa fiancée était une suffragette. Tout un mystère pour un historien!
suffragettes
Roman historique dans les temps d’Edward VII et George V, guerre des Boers, Première Guerre mondiale. Des figures connues : Churchill, Asquith, LLoyd George, Balfour… Révision de la vie politique britannique : remise en cause du veto de la Chambre des Lords, Home Rule et revendications d’indépendance des irlandais, actions des Suffragettes. Toute un volet de l’histoire à réviser!
Martin se passionne pour ce dossier, pour le personnage de Stafford. Il découvre des morts suspects. Le roman historique se transforme en polar. Il cherche à Cambridge des spécialistes de l’époque edwardienne et des suffragettes. La spécialiste est très séduisante. une idylle va peut être se nouer. Ne pas divulgâcher l’intrigue pleine de rebondissements!
A défaut d’un voyage à Madère, je découvre la campagne anglaise, ses manoirs ou ses cottages, le pub où l’on joue aux fléchettes. Porto millésimé ou cidre campagnard? Une partie d’aviron à Cambridge. So british!
C’est un gros pavé de 750 pages qu’on dévore facilement (à part les longues pages politiques autour de 1910 qui parlent plus aux Anglais qu’aux ignorants comme moi). La fin est tout à fait haletante.