LIRE POUR LA CORSE

Avant le départ pour une contrée inconnue, j’aime bien me choisir un guide, un passeur.
Pour la Grèce ce fut d’abord Lacarrière, pour l’Italie, Dominique Fernandez.
Mérimée et ses notes de voyage s’est imposé. Ces notes sont un inventaire des monuments mais aussi un petit résumé de l’histoire de la Corse et enfin de traditions populaires et des superstitions et des poésies « populaires corses ». Malheureusement, la plupart des monument, si ce n’est tout ce que Mérimée décrit ne se trouve pas dans les régions que nous visiterons, les dolmens de Sartène, les églises du Cap Corse, ou de Bonifacio, nous ne les verrons pas. J’ai donc parcouru rapidement ces descriptions.
En revanche, je me suis bien intéressée aux traditions et poèmes qu’il a compilés et traduits comme la Lamentation Funèbre du Niolo ou la Sérénade d’un Berger de Zicavo.

En 1840, quand Mérimée a écrit Colomba, la Corse était encore une destination exotique. Les liaisons maritimes entre Corse et continent régulières n’étaient pas encore établies par bateaux à vapeur. Le colonel Nevil et sa fille – parfaitement snob – déçue par un voyage banal en Italie – s’embarquaient pour l’inconnu. Le contraste entre les préjugés britanniques et les traditions corses est piquant, le sentiment de supériorité du colonel et la fierté du « caporal » dont la noblesse remonte au 12ème siècle est une introduction parfaite à l’histoire.

Mérimée a rencontré Colomba, mais ce n’était pas la pure jeune fille, c’était une vieille dame, intrigante, un peu sorcière qui distillait vengeances et crimes d’honneur. La belle Colomba de la nouvelle est une séduisante jeune fille qui voyage avec un stylet dans son corset et qui manipule son frère ainsi que le préfet, les bergers et bandits du maquis pour que la vendetta ait bien lieu.
Colomba est voceratrice : elle improvise des ballata, ces lamentations improvisées de deuil à la veillée mortuaire
« quand l’épervier se lamente – devant son nid vide, – les étourneaux voltigent alentour, – insultant sa douleur »
[….]
« l’épervier se réveillera, – il déploiera ses ailes, – Il lavera son bec dans le sang! – Et toi, Charles-Baptiste, que tes amis t’adressent leur dernier adieu, – Leurs larmes ont assez coulé – La pauvre orpheline seule ne te pleurera pas – Pourquoi pleurerait-elle? -Tu t’es endormi plein de jours – au milieu de ta famille – préparé à comparaître – devant le Tout-Puissant. – L’orpheline pleure son père, – surpris par de lâches assassins, – frappé par derrière ; – Mais elle a recueilli son sang, – ce sans noble et innocent ; – elle l’a répandu sur Pietranera, – pour qu’il devint un poison mortel. Et Pietranera restera marquée, – jusqu’à ce qu’un sang coupable – ait effacé la trace du sang innocent.’
Romantique en diable, brillante, cette nouvelle a du panache!
Play est un roman autobiographique. Un jeune journaliste demande une interview d’un écrivain célèbre pour une revue littéraire. Le jeune homme transcrit les cassettes enregistrées sur un magnétophone – d’où le titre Play . Quatre soirées et en épilogue, une conversation (non enregistrée à la terrasse d’un café), où l’écrivain monologue et se raconte. 

Découverte d’un écrivain israélien pour un premier roman se déroulant dans une implantation religieuse. Né dans une colonie, Yonatan Berg livre un point de vue tout à fait nouveau pour moi . Il appartient à une nouvelle génération d’écrivains, nés après que j’ai quitté pour la dernière fois Israël.






























« N’est-ce pas ce que je voulais dès le départ ; tisser de la toile, fabriquer de mes doigts un filet à envelopper le monde, avec de larges mailles pour gagner en étendue, mais aussi avec des mailles fines et serrées pour que le poisson ne passe pas à travers, pour que jamais plus rien ne se perde, ne s’oublie, ne disparaisse au fil de l’eau sans laisser de trace?






