Départ pour Kythnos

CARNET DES CYCLADES- SIFNOS/KYTHNOS

Kamarès

Le vent est tombé. La matinée s’est écoulée rapidement entre valises et baignades tranquilles. Du balcon de Grand View, nous observonsdans le port les  allers et retours de deux très gros yachts, le plus gros sous pavillon maltais, noir, brillant à la proue aigüe, agressive.

Sur le quai de Kamares

A midi, il faut quitter le studio et rendre la voiture. Le petit café « Anemologios » avec ses parasols ouverts à tous les vents nous hébergera à quelques pas du débarcadère. Ce n’est pas un restaurant, pour déjeuner il ne sert que des « toasts » et des « tortillas » qui ne sont pas des omelettes mais des pitas garnies. Nous commandons des « toasts spécial » et avons l’agréable surprise de voir arriver un club sandwich toasté agrémenté de tomates-cerises, de câpres, de chips et de deux sauces. Joliment présenté, cela fait un repas complet.

Allers et venues des ferries : le gros Highspeed habillé aux couleurs de Cosmote, le petit Seajet et ses dauphins sérigraphiés, les plus gros oranges de la compagnie de Zante font escale à plusieurs reprises, le nôtre Dionysos Solomos, et Adam Korais qui est encore plus gros. Le pétrolier Elko reste à quai pour des ravitaillements éventuels, toute la journée, mais on ne voit personne à cette « station-service » flottante.

 

J’aime bien regarder ces bateaux, imaginer la vie des îliens, leur ravitaillement par camion qui partent sans chargement avec juste la cabine et qui reviennent avec un container ou une citerne. Autrefois, l’île exportait des minerais de fer, les installations sont encore visibles, maintenant elle importe presque tout.  Les restaurateurs sont fiers de leurs « produits locaux ». Le sont-ils vraiment ? Dans les épiceries, tomates et fruits viennent de Crète. Je n’ai pas vu dans les jardins ni aubergines ni poivrons, tout juste des pommes de terre, des tomates et des oignons ou des courgettes.

Des enfants jouent à plonger d’une barque de pêche. Comme ils sont trop nombreux, la barque prend l’eau. Un gamin écope et balance l’eau sur la tête de ceux qui essaie de grimper.

L’au est tellement calme que je ne résiste pas au plaisir d’un nouveau bain. Je nage le long des bouées qui séparent la plage du port. Après trois jours de grand vent et de vagues, le plaisir est décuplé.

A bord du Dionysos Solomos

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Côtes de Sifnos s’éloignent doucement. De la mer, les silhouettes de montagnes diffèrent. Des deux monastères coiffant les montagnes, lequel est Profitis Elias, lequel Aghios Simeon ?Je ne les imaginais pas si proches de la côte. Je reconnais Aghios Nikolaos en revanche le port de Heronissos est bien caché au fond de sa baie sinueuse.

Sérifos s’approche rapidement. Au-dessus du port, une colline très pointue est couronnée de la petite ville de Chora avec ses maisons entassées et les coupoles qui se détachent.

 

Le ferry longe Kythnos du sud vers le nord. Côtes arides et constructions rares et dispersées. Comme il faut descendre chercher les valises avant l’arrivée, je ne verrai pas l’entrée dans le port de Merichas.

Merichas

Les locations de voitures se résument à deux agences qui n’ont plus rien pour le week-end. Ils veulent bien louer pour la journée (il est 19h30) mais il faudra rendre la voiture le lendemain à 9h30. Quel intérêt ?

« Où est la station de taxi ? » Cela n’existe pas à Merichas. En revanche deux taxis sont garés devant le café. J’interpelle les hommes « qui est taxi ? ». L’un deux se lève, emporte son café frappé dans le verre en plastique « Aghios Dimitrios ? »- « 20€ ». je suis ravie, au téléphone on m’avait dit 25€

En route vers Aghios Dimitrios

Arivée sur Aghios Dimitrios

Quand on croit avoir fait une bonne affaire en taxi on doit s’attendre à être secoué ! 18km d’une route en lacets. Le chauffeur coupe les virages et conduit aussi bien à droite qu’à gauche. Il n’y a personne sur la route on ne rencontrera personne en sens inverse. Il termine son café frappé, téléphone, hèle les passants sur le bord de la route et se tourne vers moi quand je complimente le paysage par politesse. Un gros SUV noir nous précède ; Il est tellement gros qu’il est hors de question de le doubler. Mer à gauche, mer à droite. La route suit l’arête, crête qui fait la colonne vertébrale de l’île. Au lion, Serifos. Pas un arbre. Quelques terrasses pelées, des murs de pierre d’un modèle inédit : des grosses dalles triangulaires sont debout reliées par des moellons plus petits. Ces gros triangles font penser à des menhirs. Souvent les murs sont doubles ; Il y avait probablement un chemin creux entre les deux.

Nous traversons sans nous arrêter Dryopides, le village aux toits de tuiles rouges. Le chauffeur nous montre le monastère de la Panaghia (des religieuses) toujours coiffé de tuiles rouges. Quelques lacets encore, nous arrivons à la plage bordée de tamaris devant une grande taverne à l’ombre de deux platanes : arcades de pierre, géraniums, lauriers roses. Cette luxuriance étonne. Nous sommes arrivées « chez Ioannis » selon le chauffeur de taxi, à la Taverne Akrogiali.

Une jeune fille aux boucles blondes nous accueille en anglais ; Nous montons 19 marcheds sur un escalier extérieur. Nous avons une grande chambre blanche triple avec 2 lits aux couvre-lits bleus et un petit balcon sur le jardin et la mer si on se penche un peu. La jeune fille se présente « Dimitra ». Dès qu’elle a le dos tourné,  on déchante : pas de douche séparée,elle arrose toute la pièce et le WC. Le bloc-cuisine consiste en un frigo, deux plaques électriques et un évier. Mais il n’y a ni casseroles, ni poêle,  ni assiettes. Et, de toutes les façons, il n’y a rien à cuisiner. La télévision ne fonctionne pas. L’autobus n’arrive pas ici. Si on veut aller quelque part il faut appeler le taxi.

Sans me laisser aller au découragement, je revêts ma tenue de bain et m’offre une somptueuse baignade au coucher du soleil en traversant la baie de part en part.

Pour dîner, salade grecque très bien servie avec une belle tranche de fêta et des croutons et un yaourt pour Dominique.

Je me suis tartinée d’Insect-écran, on a mis en route la climatisation et fermé toutes les issues. IL fait un froid polaire dans la chambre mais on ne sera pas piquées par les moustiques.

Sentier N°2 de Kastro au Chrysopigi, déjeuner sur la plage de Faros

CARNET DES CYCLADES – SIFNOS

ruelles du Kastro

Affranchir les 2 cartes achetées à Vathy ! Il n’y a qu’un bureau de poste sur Sifnos à Apollonia.Je butte en entrant sur 6 colis mal ficelés. Derrière la corde deux personnes font la queue. Une corde, mais pas de distributeurs de timbres ni de machine à affranchir. La pesée du 1er colis avec son bordereau en double exemplaire, placé sous plastique, l’affranchissement et j’en passe dure 20 minutes, Si cela continue à cette allure, je suis encore là pour 1h30. Entre le pope, curieusement vêtu de bleu. Du fond de la Poste, la cheffe l’appelle « pater », après avoir salué toute l’assistance d’un kalimera ecclésiastique, il passe devant tout le monde avec son paquet à expédier. Je suis écœurée et je sors après avoir brandi mes deux cartes postales.

Sentier n°2 de Kastro à Chrysopigi (5.8km, difficulté moyenne)

la citadelle de Kastro vue du sentier

Le départ est au bout de la route à la fin du village. Début charmant, très fleuri avec des buissons à fleurs bleues (Gattilier ou Vitex agnus-castus) et des lauriers roses dans le lit du ruisseau. Longue montée sur des marches de schistes verts, Je suis face au Kastro coiffant son rocher, sur l’arête de la colline en face il y a trois moulins et dans creux les coupoles bleues. Le sentier passe alors entre deux murs de schiste avec de blocs de marbre blanc. Au sol, les dalles de marbre sont piquetées pour qu’on ne glisse pas. Les crottins sur le chemin montrent que le sentier muletier est encore utilisé.

un beau chemin dans les oliveraies

Un homme me précède, grand, sec, grisonnant. Il porte un sac de toile blanche sur l’épaule. Il enjambe une murette, entre dans un champ et appelle ses bêtes : un berger.

Le sentier devient sableux, poussiéreux, jaune pâle, il passe par des terrasses plantées d’oliviers. On a aussi semé du blé, pas encore récolté. La traversée de cette campagne cultivée, habitée, me ravit. Je mesure ma progression sur la carte en repérant les chapelles, Aghios Nikitas, toute blanche, Aghios Ioannis est à l’écart, un poteau note 5’. Le sentier passe sous une voûte d’oliviers. L’ombre m’y invite. Je descends des marches dont on a peint le rebord à la chaux. Une grosse branche vermoulue barre le chemin. Peut-être est-elle tombée ou elle marque la clôture du monastère, ou dissuade les animaux ? Je rampe en dessous. L’église est ouverte. En remontant, je remarque deux vaches qui ruminent couchées. Des tuyaux conduisent l’eau. Il y a sans doute des sources.

chapelle en contre-bas

Après avoir traversé la route, le trajet est moins plaisant, le sol rocailleux, il n’y a plus de culture ni d’ombre. Le chemin, plus large est dallé de schiste. La descente sur Faros se fait sur de belles marches soigneusement disposées. Au fond, la mer est bleue. Le petit port avec ses barques est charmant. Sur un promontoire l’église de Chrysopigi est reliée à la terre par un petit pont.

Le Topo-guide du sentier n°2 est disponible sur le site de Sifnos-trails  : ICI

Je retrouve Dominique à Faros, installée à la plus belle des terrasses sur la plage, sous les arbres : Lychnos, les pieds dans le sable à deux pas de l’eau, un peu à l’écart du port.

Le sentier entre Faros et Chrysopigi

A la nage je pars explorer, il y a une autre plage bordée de tamaris plus sauvage et vers Chrysopigi, il y en a encore une autre avec un accès pour els voitures. Après une très belle baignade nous étudions le « catalogo » le menu, il contient des plats alléchants plus chers que d’habitude.Au diable l’avarice ! J’aimerais goûter à la spécialité locale, le mastelo (agneau cuit au vin) mais il n’y en a pas, pas d’aubergines farcies, pas de tomate, il n’y a rien de ce qui nous plait sur la carte. La seule viande : du poulet ; donc souvlaki de poulet et saucisse-frites, la saucisse est infecte, le souvlaki est cru. Quelle déception.

Sur la plage de Kamares on a hissé le Pavillon bleu, dressé un chemin de planches, planté des écriteaux. Cela sent la haute saison et les vacances. Les estivants peuvent arriver et remplir la plage.

La soirée s’écoule au rythme de l’arrivée des ferries. Les lumières s’allument. Une flottille de voiliers occupe le port, deux yachts arrivent…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toda-Raba – Nikos Kazantzaki -ed. Cambourakis

LIRE POUR LA GRECE

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TODA-RABA – MOSCOU A CRIE est le titre entier du livre.

Nikos Kazantzaki est un des « Grands Ecrivains » du XXème siècle, depuis la visite de sa maison en Crète je le lis régulièrement  à chacun de nos voyages en Grèce. Je m’étais désolée d’avoir tant de mal à trouver ses livres en français ;  ce billet avait eu de nombreux commentaires. Comme quoi, je n’étais pas seule à chercher ses ouvrages.

Heureusement, récemment Cambourakis répare cette lacune et le réédite. Un grand merci!

J’ai choisi Toda-Raba sur une ambiguïté (pour moi) que je tiens à lever. « Toda  Raba« , en hébreu, veut dire merci beaucoup. Je croyais que le choix de ce titre y ferait allusion. Erreur! Toda-Raba est un personnage du roman, un africain, aucun rapport avec l’hébreu ou avec les remerciements!

Rien à voir avec la Grèce, non plus!

Kazantzaki a écrit ce roman à la suite de ses voyages en Union soviétique. Eléni Kazantzaki, dans une longue et passionnante préface relate les circonstances de ces voyages en 1925, 1928-1929 en Russie. En 1925, il a publié un livre Ce que j’ai vu en Russie. Il se rend à Moscou en 1927 pour fêter le dixième anniversaire de la Révolution d’Octobre et y rencontre Panaït Istrati et prépare avec lui, et leurs compagnes, une traversée en train de l’Union soviétique, une descente de la Volga de Nijni-Novgorod jusqu’à Astrakhan. L’histoire se terminera tragiquement pour Panaït Istrati. Kazntzaki en tira ce roman.

 

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« Cette confession en forme de roman n’a qu’un seul héros. Azad, Géranos, Sou-ki, Rahel, Anada et L’Homme aux Grandes Mâchoires ne sont que les diverses facettes d’une seule conscience qui a vécu et reflété la réalité – complexe, fluide à maintes faces – de l’Union Soviétique. …Seul le Nègre st en dehors et au dessus du héros. »

C’est  un roman- kaléidoscope  Des personnalités du monde entier sont conviées à un congrès à Astrakhan pour célébrer la Révolution. Sou-ki Chinois,  a entendu  l’appel de Moscou en Californie, Amita, du Japon, Azad, révolutionnaire tchekiste a travaillé sous les ordres de Djerzinski, Rahel de Lodz, Géranos est crétois…il y a aussi des Arméniens, Géorgiens….

Comme dans un récit de voyage, on suit ces voyageurs en Sibérie, à Kiev, Tiflis, Bakou, Boukhara… Kazantzaki dans ce court roman, sait nous faire goûter les vins géorgiens, les fruits, piments ou chachlik. Par touches, nous découvrons des paysages, des costumes, des traditions…;

Le début du livre, avec « le cri de Moscou » l’appel entendu dans le monde entier, l’enthousiasme de Sou-ki, les portraits de Lénine, »Lénine n’est pas mort ; il vit éternel parmi nous! Les générations futures adoreront Lénine car son grand cœur a souffert pour la Chine »  fait penser à de l’agit-prop.

« Liberté!Liberté! Le Moscovite descend!  » – « Et voilà maintenant, dans son âge mûr, Géranois sent en lui, tout à coup un vieux Crétois, son grand père, le fez rouge de travers qui chante à pleins poumons ce même refrain »

Enthousiasme révolutionnaire, Kazantzaki le partage-t-il sans nuance? la réunion à Kiev autour de Rahel , de jeunes juifs, d’intellectuels, d’artistes est plus nuancée. Occasion de discuter de l’art prolétarien, d’évoquer l’antisémitisme. Une réflexion critique :« les bons combattants sont ceux qui ont des œillères. Vous portez, mes amis, des œillères. Je ne voudrais pas vous les enlever » soulève un doute. 

Plus on avance dans le récit, et plus les doutes s’accumulent. Azad, le tchékiste  retrouve la Présidente du Tribunal révolutionnaire: « tu ne vois pas? Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre Russie? »[…]Notre rôle est fini. Nous sommes des revenants… »

Kazantzaki soulève aussi la question paysanne, koulak ou moujik : « le problème du paysan est complexe[…]plus nous donnons de liberté au paysan, plus la production augmente; Plus le paysan devient riche, plus il devient réactionnaire, par conséquence, du point de vue politique, il faut absolument réprimer la liberté du paysan » . L’enthousiasme béat du début du livre est loin. 

« Nous vivons trop intensément notre époque pour la voir et la juger. la réponse que tu demandes, camarade, n’existe pas. Elle mûrit à chaque instant »

Géranos transmet le flambeau révolutionnaire à son fils Panteli »Accomplis ce que je n’ai pu accomplir. laisse-moi et va plus loin »

On est loin de la propagande, la réflexion est poussée, sans conclusion définitive.

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Un bémol : je n’ai vraiment pas compris le rôle de Toda-Raba l’africain que j’ai trouvé caricatural et inutile. Il doit pourtant être capital puisqu’il a donné le titre au livre.

 

 

Heronissos et Artémonas par le sentier n°7

CARNET DES CYCLADES – SIFNOS

La terrasse de Heronissos mouillée par les vagues

La « jolie brise » a forci en « vent frais » qui soulève la mer blanchie d’écume dans la baie de Kamares. Les vagues avancent jusqu’aux parasols, les terrasses des restaurants sont submergées.

Nous espérons trouver une baie plus calme à Heronissos. J’y avais nagé dans une sorte de fjord s’enfonçant loin dans la terre, protégé par 2 caps faisant écran aux vents du nord comme du sud. Nous avions bien aimé la taverne bleue et le petit port de pêche ainsi que la route sauvage partant juste en bas de chez nous à Aghia Marina s’élevant dans une contrée sauvage où  il y a seulement quelques monastères et églises coiffant les collines (environ 500 m d’altitude), le seul village Troullaki est formé de quelques maisons dispersées ;

Le sentier et Aghios Nikolaos

Occasion de refaire les promenades 9 et 9A (topoguide Sifnos-trail ICI). Le sentier d’Aghios Nikolaosest caillouteux et non pas décoré à grand renfort de peinture blanche comme ceux qui desservent les autres églises. C’est que l’église est tournée face à la mer. Un escalier aux marches soulignées de blanc descend au débarcadère. C’est en bateau qu’on y arrive. Selon certaines traditions Saint Nicolas est le patron des marins, selon Wikipédia les saints orthodoxes comptent au moins 11 saint Nikolaos. Une chatte tricolore vient se frotter à mes jambes. Vit-elle seule à Aghios Nikolaos ? Peut être pas, son écuelle est pleine d’eau.

La terrasse de Heronissos mouillée par les vagues

J’arrive à 11h30 à Heronissos, Dominique m’attend à la même taverne mais pas à la même table. Les vagues ont inondé la terrasse le long du quai. Seules quelques tables à l’entrée du restaurant sont utilisables. Encore faut-il ne rien poser sur le sol, les grosses vagues projettent de l’eau à l’intérieur du restaurant.. Il fait très frais (24°). Cette taverne ne propose pas de plats de viande ni de moussaka ou farcis, pas de sardine ni de petite friture bon marché, seulement des poissons au poids très chers. On pioche dans les entrées en en commandant plusieurs pour faire bonne mesure. Aubergines frites, haricots géants et feuilleté aux épinards. Encore une fois, nous sommes très déçues ; Alors que sur la table voisine arrivent des aubergines farcies appétissantes, les feuilletés ne datent pas de ce matin, ils sont ramollis et les haricots géants sortent d’une boîte. On paie le droit de s’asseoir dans un joli endroit, c’est tout ! Ce n’est pas la première fois que nous en faisons l’expérience.

Décors de filets

Déçue du repas, déçue aussi de ne pas avoir pu me baigner, je cherche une promenade qui donnera un peu d’éclat à cette journée.

Le sentier N°7 qui monte à Aghios Simeon, perché sur la montagne, emprunte la route et la quitte au niveau de la décharge. Il descend sur Artemonas (406 km – 1h30) Topo-guide Sifnos-trail ICI.

Le sentier est cimenté, la proximité de la décharge est déplaisante à cause de l’odeur, et surtout aujourd’hui, le vent soulève des sacs de plastique. Je descends à allure soutenue pour fuir ce désagrément. Je descends ensuite un véritable escalier de marbre. Ceux qui l’ont construit n’on pas été bien loin pour chercher les dalles, mais il ne s’agit pas de blocs qui affleurent mais de véritables dalles tranchées et ajustées avec soin. En quel honneur ? Pour les dévotions à Saint Siméon ? Peut être était-ce le chemin des mineurs (les mines de fer sont à proximité). Je descends cet escalier d’honneur jusqu’au lit d’un ruisseau (à sec) et remonte par des marches des schiste jusqu’à un site énigmatique « 3 piges » (trois sources) . Un texte mentionne plusieurs dates de 1840 à 1976. Un puits profond. Le sentier monte encore par des marches, encadré par de jauts murs. Au sommet de la colline je découvre des églises dispersées dans les environs. A nouveau le chemin est dallé de marbre.

arrivée à Artemonas

Artemonas ressemble à un labyrinthe de ruelles comme Apollonia. Je passe devant de très belles demeures néo-classiques entourées de jardins ; Artémonas semble très chic, aristocratique(?). La promenade se termine sur la Platéia, esplanade bordée de jolis cafés. Un moulin en ruine (mais avec des ailes)se tient à l’entrée. Trois sentiers de randonnées partent de là.

Nous rentrons vers 16h à Grand View, achetons les billets de bateau pour Kythnos, demain. Nous avons téléphoné à l’hôtel, tout est OK, il ne reste plus qu’à trouver une voiture.

Je termine par ma promenade dans l’eau le long de la plage et en profite pour faire ma BA écolo : je ramasse 2 sacs plastique dans l’écume.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les enfants d’Ulysse – Aris Fakinos

LIRE POUR LA GRECE

« Or, entre-temps, notre pays qui avait été conquis.

Si seulement nous avions pu raconter à Ulysse nos souffrancs, lui détailler les malheurs qui frappaient notre terre….Mais comment aurions nous eu le coeur de lui dire que des milliers d’Allemands s’étaient abattus sur nous comme des nuées de sauterelles, que des drapeaux à croix gammée flottaient sur nos acropoles, que les barbares nous avaient asservis…..Où aurions-nous puisé le courage de lui avouer que les troupes d’Hitler règnaient partout, de l(Olympe jusqu’au Taygète, qu’elles avaient souillé Delphes de leur présence impie, qu’elles s’étaient installées à Mycènes, à sparte, à Argos? …Lequel aurait osé révéler au roi  d’Ithaque que son île bien-aimée gémissaient sous le joug des conquérants, que ses habitants subissaient le même sort que nous tous, que chaque jour ils mouraient de faim par centaine?…Qui sait, nous disions-nous quelles cruelles épreuves endurait la malheureuse Pénélope pour sauver ce qui resati de son foyer, pour vivre, pour élever toute seule son fils unique. Pour s’en sortir, elle vendait sans doute peu à peu, comme nos mères, les objets de sa dot, ses cuivres, sa vaisselle, les trafiquants du marché noir devaient la harceler afin de lui prendre contre quelques denrées, sa maiosn entière…. »

J’ai relu avec beaucoup de plaisir Le Récit des temps perdus lu une première fois en rentrant de Crète et je n’ai pas voulu quitter cet auteur. Dans Les enfants d’Ulysse, j’ai retrouvé le village d’Attique, encore rural, couvert d’oliveraies. Cette année notre voyage dans les Cyclades se trouve vraiment dans le sillage de l’Iliade et l’Odyssée. La couverture est ornée de la mosaïque d’Ulysse sur son bateau que nous avons vue au Musée du Bardo à Tunis

L’auteur a tressé deux récits qui se mêlent tellement qu’il m’a fallu parfois quelques minutes pour réaliser si je lisais bien le récit contemporain ou le récit antique. Le récit contemporain se déroule entre les années 1940 où le narrateur enfant étudiait en classe les textes antiques et 1967 quand – adulte et journaliste – il est contraint de prendre le chemin de l’exil. Les enfants grecs baignaient dans les textes homériques, ils s’identifiaient aux Achéens dans leur souffrances mais l’enfant les imaginaient:

« Plus je pensais à Ulysse et à ses compagnons, plus je les enviais : ils ne devaient pas avoir faim les veinards, dans leur cheval bourré de victuailles, avec des provisions assez abondantes pour tenir des années... »

L’enfant, puis le lycéen, le jeune adulte écrit le roman des compagnons d’Ulysse enfermés dans le cheval de Troie, attendant que les Troyens ne tombent dans le piège d’Ulysse. On a beau connaître le dénouement, l’incendie de Troie, la fuite d’Enée…on tremble pour eux, pour le cheval de bois qui s’abime dans l’humidité, pour le moral des guerriers réduits à l’impuissance. Le récit du « jeune Homère » est poignant.

Les Allemands fusillent des otages, et parmi eux le menuisier qui réparait les jouets des enfants mais qui refusait de collaborer. La fin de l’occupation allemande ne rend pas la paix au village, la guerre civile éloigne les résistants dans les montagnes. Athéna, l’une d’eux mène un combat inégal avant de capituler. Arrestations et déportations dans les îles. Le jeune homme entre en clandestinité et part en exil…

J’ai beaucoup aimé ce livre. Fakinos est un grand écrivain qui ait nous toucher encore un demi-siècle après.

 

Apollonia – Katavati, Chrysopigi, Apokofto

CARNET DES CYCLADESSIFNOS

Au dessus d’Apollonia

Apollonia

Sentier n°3 Apollonia – Plati Giallos (7.6 km 2h30, facile)

topo-guide sifnos-trails ICI

Les villages sont des pièges pour les randonneurs ; Le départ du sentier n°3 sur la place centrale d’Apollonia est bien signalé (comme les autres sentiers) mais après, plus rien, ni balises, ni piquets. Je traverse Apollonia par la rue piétonnière bordée de boutiques pour touristes et de restaurants et d’églises, à la sortie : rien ! Je demande mon chemin dans un café : « pourquoi ne prenez-vous pas l’autobus ? » « pas de sentier ! marchez sur la route ! » « Demandez à la station-service ! » sont les conseils que j’ai obtenus.

Retour sur la place, j’essaie une autre rue, toujours pas de balises ; j’entre dans un nouveau café ; personne ne connait.

aire de battage

Sur la place pour la 3ème fois, j’essaie une 3ème rue qui monte par des escaliers interminables. Ici c’est balisé. Mais est-ce le sentier n°3 ? j’espère trouver un panneau ou une carte à la sortie du village, une bifurcation peut être.

La campagne est très jolie. Les maisons blanches dans les jardins fleuris sont accompagnées de figuier ou de vigne, ou de citronniers. Des pigeons sont perchés sur un pigeonnier. Je trouve une aire de battage ronde près d’une maison. Au détour d’un mur, je vois le ferry qui s’éloigne du port de Kamarès. La baie de Kamares est à ‘opposé du sentier n°3 ; peut être suis-je sur le N°7, ou sur le 6 ? ou sur le 10 qui descend à Kamares ?

pigeons et pigeonnier

Il est plus prudent de retourner sur la place d’Apollonia où Dominique viendra me chercher.

Puisque je n’ai pas trouvé le sentier, nous pouvons aller en voiture à Plati Gialos.

Katavati

Katavati : moulin

Ce petit bourg situé à un carrefour au centre de l’île, curieuse possède 4 supermarchés. Ce n’est pas un village touristique. Ici les maisons sont habitées, fleuries selon la fantaisie des habitants qui font des courses, pas comme les touristes qui se nourrissent au restaurant. La place de l’église est paisible et jolie, décorée avec une meule transformée en table et des mortiers de pierre.

Plati Gialos semble être une station balnéaire bâtie le long d’une grande plage. Trop urbanisée pour nous.

Chrysopigi

Chrysopigi

Nous lui préférons la petite plage de Chrysopigi aperçue hier. La descente st spectaculaire, je descend à pied , appareil photo prêt à chaque tournant.

Le gardien qui vend les cierges raconte l’histoire de l’église. Elle fut fondée en 1650. A l’époque, cette partie de l’île n’était pas habitée. Il n’y avait rien. Les pêcheurs venaient parfois mettre à l’abri leurs barques près de l’îlet et y avaient construit un abri. Deux d’entre eux, le jour de l’Ascension, découvrirent une icone en lévitation et décidèrent d’élever une église à la Vierge. L’un des deux pêcheurs se fit prêtre. La Vierge offrait sa protection aux pêcheurs ainsi qu’une protection à l’île contre les pirates qui convoitaient l’or des mines de Sifnos.

Apokofto

14Plage d’ApokoftoCette petite plage est ombragée par de beaux tamaris. Deux tavernes y sont installées. Nous choisissons la plus grande sous les tamaris. Il souffle une « jolie brise » qui agite l’eau. Les vagues me découragent et il fait très frais à l’ombre.

Le garçon, très aimable nous installe sur la meilleure table mi-ombre, mi-soleil. Vers 13h30, nous demandons le menu. On apporte à la table voisine (des allemands qui parlent grec) des plats étonnants que je ne trouve pas sur le menu. La dame me conseille d’aller faire un tour en cuisine et de choisir ce qui me plait dans les casseroles. Poivrons et tomates farcies rebondies semblent fameux, les aubergines farcies recouvertes de fromage me tentent. Je commande les dolmades de chou, nappées d’une légère sauce blanche au citron, délicieuses et originales. Je termine avec un café frappé.  C’est la cuisine la plus raffinée que nous avons mangée à Sifnos.

Un gros nuage d’orage s’est formé. Il est temps de partir avant que la pluie ne nous chasse. Il pleut dru pendant moins d’une heure ; Quand nous rentrons à Kamares, l’averse est déjà terminée.

Les sculptures de la Défense

TOURISTE DANS MA VILLE

la grande arche

pratique

Le  parcours artistique est  présenté par Defacto qui a édité un plan « L’ESSENTIEL DE LA COLLECTION en 60 minutes chrono! ».

Je l’ai téléchargé,  imprimé, chargé l’application La Défense City Map, pris mon Pass Navigo, direction La Défense!

Si la promenade vous tente, deux écueils à éviter : le plan imprimé sur A4 est illisible, l’Office de Tourisme de la Défense en propose un beaucoup plus grand, plus confortable. De même, l’appli City Map peut être intéressante pour celui qui aurait un rendez vous dans une des tours, n’a aucun intérêt pour les sculptures qui n’y figurent pas.

Les Hommes de la Cité « alors pense à un oiseau » de France et Hugues Siptrott

Il m’avait semblé plus logique de descendre à la Station  de la Ligne 1  Esplanade de la Défense et de parcourir l’axe de la Défense en regardant l’Arche. Erreur! l’Office du Tourisme est plus proche du terminus Arche de la Défense. Sans le grand plan j’ai perdu beaucoup de temps sans voir les sculptures. Il aurait été plus judicieux d’emprunter le RER A .

Depuis que j’ai lu La Grande Arche de Laurence Cossé, j’avais le projet de parcourir l’axe de la Défense, de l’Arc de Triomphe à la Grande Arche. J’attendais le moment favorable.

 

Vive les Groues : camper à l’arrière de la Défense!

J’ai découvert aussi avec le Voyage Métropolitain à Nanterre une perspective originale de la Grande Arche, vue de la friche alternative Vive Les Groues juste derrière la Défense, où nous avions fait escale. Dans cette friche, les voyageurs métropolitains ont bivouaqué (pas moi) profité de la Banya mobile (bain russe sur roulette, et fait toutes sortes de rencontres. J’aime beaucoup ce genre d’endroits alternatifs et créatifs qui s’apparentent aux Grands Voisins. 

La Défense vue de Vive les Groues

J’ai travaillé dans les années 1970 dans les tours de la Défense, chez IBM, Framatome, Technip….mais je n’ai rien reconnu. Ma première impression a été celle d’un immense chantier. Certains bâtiments vieux de plus de 40 ans sont accompagnés de grues immenses. Partout on construit, rénove, rehausse….La seconde d’un labyrinthe, sur plusieurs niveaux. A la sortie du métro je me suis engagée dans des placettes, damiers ou dominos sans savoir où cela allait me mener, au dessus de la circulation automobile au niveau de Courbevoie.

Place des reflets : oeuvre d’art ou bouche d’aération et ascenseurs?

Il faut emprunter des passerelles (souvent en chantier elles-mêmes) sans bien savoir où elles conduisent. Je suis arrivée sur la place bien nommée des Reflets où j’ai découvert la première « oeuvre » : un ensemble de 7 très gros cylindres en mosaïque blanche verte et bleue (pas de cartel comme promis, pas d’auteurs) j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait des ascenseurs. qu’importe, les couleurs se réfléchissait dans les vitres noires des immeubles (siège de Saint Gobain).

Bassin et signaux de Takis

J’ai donc regagné l’Axe de la Défense pour une promenade plus logique. Un bassin forme un miroir carré où se reflètent les 49 Signaux  du Bassin, oeuvre de Takis (1988)qui a installé 17 signaux électromagnétiques à l’autre extrémité de l’axe près de la Grande Arche. »frêles sentinelles cherchant à  capter les signaux d’un mystère cosmique » ai-je copié du cartel.  Je ne suis pas fan de ces poteaux noirs spiralés  portant des panneaux colorés.

l’Arc de Triomphe à la campagne?

Dans l’Axe, Sun  City de Fanny Bouyagui est un champ de tournesol planté dans des containers de bois posés sur des palettes. Cela permet des photos de l’Arc de Triomphe sur un premier plan rural étonnant. Une autre installation de bois « Forme publique, rue de l’Utopie » est une passerelle montant dans la canopée d’un bosquet de tilleuls. Occasion de remarquer que les végétaux sont beaucoup plus présents que je ne l’aurais pensé à a Défense. Les tournesols me semblaient une sorte de provocation, tandis que les tilleuls sont plantés depuis de nombreuses années. A la suite je remarque que plusieurs rangées de platanes sont alignés le long de l’esplanade et qu’on a rempli des bacs en ciments de massifs fleuris.

Hanif Kureshi

Une silhouette d’une grande femme indienne en robe rouge découpée dans du contre-plaqué dépasse des tournesols, c’est l’oeuvre d’Hanif Kureshi. Pas très convaincant! Non plus ces bancs géants 187cm x 500cm x 160cm dont la hauteur ne décourage ni les enfants ni les adolescents qui dominent ainsi la promenade.

Au mitant de l’axe se trouve la statue de la Défense de Louis Ernest Barrias (1883). C’est elle qui a donné son nom au quartier de Courbevoie. Elle commémore la résistance des Parisiens aux Prussiens en 1870. Rodin a aussi présenté une sculpture au concours mais c’est celle de Barrias qui a été choisie. Coïncidence : j’ai vu la Défense de Rodin il y a deux jours à l’île Seguin sur l’escalier monumental à la Seine Musicale.

Dans les traces de nos Pères Joseph Jankovic

Au hasard de mes déambulations, je rencontre deux curieux personnages dans des gros pieds, comme des bottes , au titre énigmatique Dans les traces de nos pères de Joseph Jankovic,(1990) artiste de Bratislava. Une élégante Terre de Louis Derbré m’évoque la danse. La fresque de Bottazzi est coincée dans un passage sombre, elle semble réfléchir les structure du gratte-ciel en face.

La Terre de Derbré

L’axe de la Défense aboutit sur une très grande place entre le Centre Commercial des Quatre Temps, le Cnit et la Grande Arche. Dans mes souvenirs le Cnit était un hall d’exposition où j’avais vu le salon Nautique, je me souviens des énormes bateaux qui croisaient sur des camions sur le Pont de Neuilly. Il contient maintenant les mêmes enseignes Décathlon et autres que dans les centres commerciaux, je ne sais pas pourquoi dela m’attriste.

L’araignée de Calder

Sur cette énorme place se trouvent les œuvres les plus connues : l’Araignée de Calder et les personnages colorés de Miro. A l’arrière de l’araignée une grue se profile; cela m’amuse. Un peu plus loin, le grand Pouce de César mesure 12 m et pourtant semble petit. Je m’intéresse davantage à la grande sculpture allongée de 23 m de long de Anthony Caro,  After Olympia,.

After Olympia et le Cnit

Enfin! je m’approche de l’Arche! avec le beau temps les marches sont pleines de monde, certains sont venus avec leurs vélos, et même des valises roulantes. Les marches sont vraiment très grandes, elles contiennent toute cette foule qui contraste avec le vide au dessus, les fenêtres intérieures sous leur verre lisse, les dalles blanches dont j’ai tant lu les histoires dans le live de Cossé.

cherchez le pouce de César!

Je n’ai pas vu le quart des sculptures annoncées, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser à l’architecture de tous ces gratte-ciel et déjà je rentre en RER! Pour les œuvres, il faudrait peut être revenir, mais j’ai une vision de La Défense très loin de mes préjugés. J’imaginais un endroit minéral, froid, temple des affaires, peuplé d’hommes d’affaires en costume-cravate. j’ai croisé des familles, des enfants, des femmes traînant des caddies de courses; On habite aussi à la Défense! J’ai vu un endroit beaucoup plus vivant que je ne l’imaginais, plus prosaïque et commercial avec les enseignes connues.

 

Terres de sang – Dido Sotiriou

LIRE POUR LA GRECE

« Juste en face, sur la côte d’Asie Mineure, des petites lumières clignotent. Juste en face, nous avons laissé des maisons bien rangées, des pécules sous clé, des couronnes de noces dans l’iconostase, des aïeux dans les cimetières. Nous avons laissé des enfants, des parents, des frères et des sœurs. Morts, mais sans tombe. Vivants mais sans toit Rêves hantés? Et dire que là, juste en face, hier encore, c’était notre patrie!

Dans la nuit , qui semble ne jamais vouloir finir, les silhouettes familières glissent une à une Les Kirlis, Chfket, Kérim effendi, Chrukru bey, Dali dayi, Edavié….Ils ne peuvent plus rien pour nous. Tout est perdu!

Gling, glang, le tintement sonore des grelots. Les pas nonchalants du chameau qui porte sur ses bosses les couffins et les besaces, les sacs de raisins secs, de figues, d’olives, les balles de coton et la soie, les jarres et les tonneaux, l’huile de rose, le raki, les trésors de l’Anatolie. Tout est fini!

Chamelier! Petit bêta, avec tes culottes bouffantes et ton œillet à l’oreille, arrête : ce n’est pas la peine que tu mettes ta main en porte-voix ; ta chanson triste n’arrive plus jusqu’à notre cœur. […]

On est devenu des brutes. On a sorti les couteaux et on s’est tailladé le cœur. Pour rien. »

Ainsi se termine, par l’exil l’histoire de ces paysans grecs qui cultivaient près d’Éphèse, d’Izmir, le tabac, les raisins et les figues depuis des générations, sur les bonnes terres qu’ils avaient défrichées avec l’aide de leurs voisins turcs. Grecs, Turcs mais aussi Arméniens, Francs, Italiens, nomades Yorüks formaient une mosaïque de populations qui se côtoyaient depuis toujours.

Le héros du livre Manolis Axiotis est fils de ces paysans. Plus éveillé que ses frères, il est parti à Izmir apprendre la vie de commerçant. Le roman commence comme un roman d’apprentissage. Manolis raconte la vie des champs et la vie de la grande ville.

Éclate la Grande Guerre, les Grecs ne sont pas envoyés au front mais dans des bataillons de Travail disciplinaires. Manolis raconte le typhus, la faim, les conditions terribles mais il s’évade. Rien ne semble entamer le moral ni la bonne entente, chaque fois, Manolis est tiré d’affaire par des turcs au bon cœur.

Quand « Les Grecs sont arrivés » la tragédie de la guerre Gréco-turque annonce la Grande Catastrophe. Au début, c’est la fête, on se réjouit de la fin de la Grande Guerre, de l’arrivée des Alliés de l’Entente et dans leur sillage de l’armée grecque. Mais c’est le début d’une guerre sans merci, une guerre où Manolis perdra tout. Patriote grec?

La rencontre avec Drossakis,  Crétois instruit et progressiste,  lui ouvre les yeux. Il lui fait comprendre que c’est la responsabilité des Grand Puissances, dépeçant l’empire ottoman, si la  Grande Catastrophe a déchiré l’Asie Mineure. Celle des Allemands d’abord attisant les conflits entre Turcs et Grecs. Puis celle des vainqueurs qui ont encouragé  l’armée grecque pour « reconquérir Constantinople » puis abandonnant les réfugiés à Smyrne qui brûlait. Les bateaux alliés auraient pu les  évacuer, ils ont assisté à la tragédie sans intervenir. Drossakis lui fait aussi relativiser la notion de « patrie » ;  ne pas confondre le peuple et la patrie. 

J’ai beaucoup aimé ce livre. Je l’ai trouvé sur le blog Présent défini qui en livre une analyse très intéressante et très complète ICI.

la maison d’édition Cambourakis offre tout un panorama de la littérature grecque, au format poche et à petit prix notamment les œuvres de Kazantzakis qui étaient devenues introuvables

 

d’Aghios andréa au Kastro par le sentier n°1 – déjeuner à Vathy

CARNET DES CYCLADES – SIFNOS

Les moulins près de Kastro

Le sentier n°1 Topo-guide Sifnostrail ICI descend du site mycénien descend par un bon chemin dallé à travers les genévriers et les pistachiers lentisques très verts. Je guette un éventuel reverdissement de la colline après la pluie d’hier. Peut être pour la menthe ou la sauge ? Rien de significatif. Je suis juste étonnée de ces précipitations fin juin. Au-dessus des cimes, les nuages gris très foncés s’accumulent à nouveau.

Juste après avoir passé la route je croise un homme avec un âne qui transporte des bidons de lait « kaliméra ! », je n’ose pas braquer mon appareil photo.

Le sentier traverse ensuite une zone urbanisée à la limite de Sympopoula . Un tronçon du N° est commun avec le N°3 que j’ai tant cherché hier et arrive au Monastère Vrissi. Selon le Petit Futé, cette grande bâtisse sévère aurait été construite par un riche marchand pour abriter sa maîtresse Kassiani qui voulait expier ses fautes en brodant un magnifique tissu. Il sy a un musée d’art ecclésiastique que je néglige.

En marchant il me vient une nouvelle théorie pour explique l’existence de ces chemins de randonnée : peut être sont ils entretenus pour relier les chapelles dispersées dans la campagne.  Les marches des sentiers conduisant aux églises et chapelles sont peintes de blanc.

Au sud d’Exambela le sentier passe par de belles terrasses plantées d’oliviers et cultivées de céréales, il est bordé de murettes et dallé de schiste. On descend dans un ravin où « coule » un ruisseau (il reste des flaques stagnantes) après avoir monté des marches, on marche à mi-pente le long d’un mur de schistes verts. Le ciel est noir, l’averse menace, puis crève. Je pourrais me mettre à l’abri sous une dalle de schiste mais je me contente d’un arbre pour rentrer la carte et l’appareil phot. Personnellement je ne crains pas la pluie, mais plutôt que les dalles ne deviennent glissantes. Cela ralentit mon allure, je dois faire attention, quatre fois j’ai senti la glissade. L’averse n’a pas été longue. Déjà à l’entrée de Kastro les pierres sèchent.

Travaux de peinture!

Kastro

Le rocher dominant la mer est habité depuis l’antiquité. Les Vénitiens en firent la capitale de l’île avec ses fortifications naturelles. Le plan placardé à côté du restaurant Leonidas recense 21 églises. Je n’en verrai pas autant ! Je me perds dans les ruelles qui conduisent à des cours, ou à des impasses ou même à des portes ouvertes sur le vide. Blanc labyrinthe, dalles grises décorées de motifs décoratifs blancs. Linteaux de marbre. Remploi de colonnes antiques. Un sarcophage de marbre sculpté est déposé à l’entrée d’une église. Le vent souffle (41 km/h)  Les courants d’air font voler la poussière qui me cingle.

Kastro colonnes et ruelles

Vathy

Pour trouver une baie abritée, nous retournons à Vathy qui est au bout de l’île (mais seulement à 12 km). La baie est encombrée de toutes sortes de bateaux, yachts, voiliers, catamarans venus s’abriter. Peu de gens dans les vagues. Au lieu de nager, j’entreprends une promenade les pieds dans l’eau le long de la plage. Je découvre, au-delà de l’église des Taxiarches , église double, une arche qui conduit à une autre plage de sable fin avec encore deux tavernes sur le sable. Nous restons fidèles à Okeanida où nous avons été si bien reçues et à son agneau au citron délicieux. Puisqu’on nous a conseillé hier de ne pas se fier au menu écrit mais plutôt d’aller voir la cuisine, je suis ce conseil. Je vois donc mijoter l’agneau dans une grande casserole, le lapin à la tomate dans le four et dans un plat de terre spécial le chevreau à l’aneth. Difficile de choisir ! La serveuse propose de remplacer les pommes de terre par de la salade. Riche idée : ce n’est pas de la salade comme nous la connaissons ni des épinards, bien que cela y ressemble mais une herbe aux petites feuilles pointues : de l’amarante au goût original cuite avec du citron.

A peine le café grec terminé, le patron se dépêche de débarrasser la terrasse. Une nouvelle averse menace. Dès que nous retournons à la voiture, de grosses gouttes s’écrasent sur le pare-brise.

le topo du sentier n° est disponible sur Sifnos-trails : ICI

 

 

 

 

 

 

Heronissos au nord de Sifnos

CARNET DES CYCLADES – SIFNOS

Le sentier et Aghios Nikolaos
Le sentier et Aghios Nikolaos

Quelques nuages glissent sur les sommets. La cloche aigrelette d’Aghia Marina nous rappelle que c’est dimanche, puis celle de l’église du village qui appelle aux liturgies. Les Grecs qui ont veillé si tard se lèveront-ils pour la messe ?

Deux sentiers de randonnée 9A(45mn) et 9 (35mn) combinés ensemble font une belle promenade de 6km. Topo-guide Sifnostrail ICI

A côté du gite, à Aghia Marina une petite route goudronnée monte vers Aghios Simeon et Troullaki puis rejoint la route principale et gagne Heronissos. La petite route est sinueuse, elle parcourt un paysage désolé d’où on peut observer sur l’autre versant de la vallée les vestiges des mines de fer au-dessus de Kamares. Kamarès était le port du fer avant d’être le débarcadère des touristes. Pierriers rouges dégoulinant de la mine sont bien reconnaissables à leur couleur rouille caractéristique de l’oxyde de fer.

Dans une épingle à cheveux, une belle ferme avec de nombreuse chèvres enfermées dans un enclos. La route s’élève dans la montagne couverte de genévriers arbustifs bien verts. Encore une fois je me demande pourquoi ceux de Naxos et de Milos avaient des aiguilles bleutées.  Au détour de la route, de gros oiseaux planent au-dessus d’une décharge – les ordures sont toujours un problème sur une île, surtout touristique. Au débarcadère, enjoint les touristes d’éviter les sacs en plastique.

Des hommes chargent un âne de planches, ceci explique que les sentiers soient en aussi bon état : ils servent encore ! De nombreuses maisons, bergeries, chapelles ne sont pas desservies par des voies carrossables. Les ânes et mulets sont encore bien utiles !

Troullaki est un très petit village : quelques maisons, des champs et des jardins soignés mais rien d’autre. Nous espérions y faire des courses.
le sentier n°9 se trouve à 3.5 km de Troullaki.

le chemin et les buissons épineux

Au début de ma promenade, je croise un berger qui me souhaite bonne route « kalo dhromo ! » . Le sentier court entre des murettes, schiste, gneiss et une roche caverneuse, dolomite peut-être. Je suis passée sans la voir devant la tour de Kabanario , La Tour Ambourdektis est bien signalée sans ce panneau, je n’aurais pas fait la différence entre les vestiges et les restanques et les murettes bordant le sentier ;  cela m’amuse de penser à tout ce réseau de tours à signaux que les anciens avaient élevées pour protéger leurs richesses. Le sentier suit l’arête d’une colline rocailleuse. Je devine les bulbes d’asphodèles, tout est sec. Le vent souffle à 31km/h « Jolie Brise ». Je n’avais pas vu d’Aghios Nikolaos se trouvait au niveau de la mer. Je descends le sentier en pensant à la remontée. Elle est plus facile que je ne le craignais. A la Tour Ambourdektis, je trouve le second sentier qui descend sur Heronisos sur l’autre versant de la colline, plus loin de l’eau et moins beau que le précédent.

La descente vers Heronissos

Heronissos est un petit port niché au creux d’une baie protégée. Seuls les caïques des pêcheurs sont à l’ancre, une douzaine de petites barques, un bateau de pêche un peu plus gros, sur des toiles plastiques les filets jaunes sont soigneusement rangés. Une minuscule plage avec quelques tamaris, une cabine pour se changer, deux tavernes et une boutique qui vend des biscuits de l’épicerie de base et des cartes postales. En nageant, je compte les maisons, pas plus d’une trentaine, maisons de pêcheurs et maisons de vacances, rien ne les distingue. Pas de terrasse chichiteuse, du linge qui sèche, des serviettes et des maillots.

La plus jolie terrasse est un restaurant de poisson. Les poissons au poids sont bien cher, nous piochons dans les mezzés végétariens : aubergines frites, croquettes de pois chiche (falafels), beignets de courgette (courgettes râpées dans une pâte spongieuse et saganaki (une tranche de fromage cuite). Le saganaki est un fromage dense, presque dur. Nous aurions été mieux inspirées de prendre de la salade plutôt que des beignets. Tout cela est sec et manque de crudités.

la baie de Heronissos

Sur un promontoire qui s’enfonce dans la mer, un monastère Aghios Giorgios, cube blanc dans un enclos. La vue sur la baie est fantastique.