Trois micro-romans, annonce l’éditeur. quelle différence entre un micro-roman et une nouvelle?
Ce recueil est du point de vue chronologique hétéroclite, Un climat de folie, le premier a été rédigé en 2004 tandis que Jours de beuverie est une oeuvre de jeunesse publié en 1962.
J’ai lu, il y a maintenant bien longtemps Avril Brisé que j’ai tellement aimé que je l’ai offert, Le Palais des rêves, Le Pont aux trois arches, Le Général de l’armée morte sont toujours en bonne place sur mes étagères. A la veille d’un voyage en Albanie, j’ai voulu découvrir d’autres oeuvres de Kadaré.
Un climat de folie ne m’a peut être pas éblouie comme les précédents mais j’ai beaucoup aimé les deux premiers micro-romans, peut être moins Jours de beuverie.
Un climat de folie est un livre très personnel puisque l’auteur – enfant au regard naïf – raconte un épisode de la vie de sa famille. C’est un roman burlesque. Chaque personnage est affligé de sa folie douce spécifique dans une Albanie communiste où règne une folie politique : le Parti Communiste est à la fois au pouvoir et interdit donc clandestin. Le roman se déroule au moment précis où le parti émerge au grand jour. J’ai retrouvé le même comique burlesque dans les romans roumains, et peut être n’est-ce pas un hasard. Dans l’interview télévisé d‘Un livre Un jour, (voir ci-dessous) Kardaré dit :
« dans l’empire communiste le tragique et le grotesque vont ensemble »
La Morgue est aussi un roman exploitant cette veine. Un sous-lieutenant au physique rébarbatif, épouse la fille noble de la beyleresse, ci-devant reléguée dans une province reculée. Ce mariage va entraver la carrière du marié, comme une tache sur son dossier. Renvoyé de l’armée, employé comme simple comptable dans un entrepôt de bois de chauffage, le héros va tenter de regagner les faveurs de la hiérarchie au prix de compromissions, faveurs en nature, flatteries… une critique encore grotesque de cette société albanaise sous le communisme.
J’ai moins accrochéau Jour de beuverie, les beuveries des deux étudiants à la recherche d’un manuscrit bien innocente mais qui éveille les soupçons.
J’ai des sentiments ambivalents quand, dans nos métropoles, non pas dans des contrées exotiques, des hommes ou des femmes choisissent de se distinguer par leur costume. D’une part, j’apprécie que la monotonie soit ainsi brisée, que l’uniforme citadin ne soit pas endossé : un sari coloré, un turban sénégalais, une djellaba élégante….D’autre part, je me demande ce qui pousse certains à se coiffer en pleine canicule d’un large bonnet de fourrure. Les gamines de l’école Otzar HaTora près de chez moi qui sortent telles une volée de corbeaux ou de pies, affublées quelle que soit la saison de bas opaques et de manches longues, me font pitié. Sans parler de nikab. Barbes broussailleuses semblent partagées par nombreux ultras de toutes confessions.
« Grâce à trois principes méritoires, les enfants d’Israël furent délivrés d’Egypte : ils ne modifièrent ni leurs noms, ni leur langue, ni leurs vêtements[….]Le but en est la ghettoïsation volontaire. Se distinguer par sa langue et sa tenue permet de réduire au minimum les échanges avec le monde extérieur, et contribue à vous maintenir à l’écart. Limiter l’éducation profane et le savoir venu de l’extérieur tient à distance les idées étrangères. Interdire les médias et les divertissements populaires préserve de la tentation. »
Dans le cas de Shulem Deen, il s’agit de juifs ultra- orthodoxes, américains. A ce sujet j’ai lu avec beaucoup d’intérêt Hadassade Myriam Baudouin racontant l’année d’enseignement d’une québecoise dans une école de filles de la communauté hassidique de Montréal. J’avais aimé le rapport chaleureux de l’institutrice à ses élèves, déploré le sort des filles enfermées dans leur rôle de mère, d’épouse. C’est un livre plutôt tendre et relativement léger par rapport à celui de Shulem Deen témoignage d’un homme qui perd la foi, s’éloigne puis est rejeté de la communauté.
Si le rôle traditionnel des filles n’est guère enviable, je n’avais pas mesuré l’enfermement des garçons. Dans la communauté skver les garçons sont voués uniquement à l’étude des livres saints. Le narrateur avait choisi de s’y intégrer, il avait été subjugué par la chaleur de l’accueil
. »..fit resurgir dans ma mémoire les souvenirs de mon premier tisch au sein de la communauté skver – les chants m’avaient captivé, l’accueil chaleureux que m’avaient réservé les fidèles, des adolescents de mon âge qui m’avaient serré la main et invité à prendre place sur les gradins, les hommes bourrus qui m’avaient tendu les assiettes bien garnies de poulet … »
Les adolescents étaient endoctrinés par un mentor.
« Au fil du temps, j’en viendrais à considérer Avremel comme une sorte de Savonarole du monde hassidique un fanatique si caricatural qu’il en devenait caricatural. »
Enfermés dans leur monde, sans parler Anglais pour certains, mariés sans avoir rencontré leur promise. Ils sont complètement déconnectés du monde extérieur. Shulem, chargé de famille, doit trouver les moyens financiers de nourrir ses enfants. Il n’est aucunement préparé au monde du travail. Pourquoi le serait-il? tout un système d’assistance existe pour éviter que les hommes ne sortent de la communauté.
Dans ce livre, Shulem raconte pas à pas ses premières ouvertures qui sont autant de péchés contre les règles établies. La radio est le premier interdit qu’il franchit, timidement, puis Internet – paradoxalement Internet ne subit pas la censure totale qui prohibe la télévision – Internet et l’ordinateur lui permettra de trouver un travail comme programmeur, mais aussi de s’affranchir complètement de ses doutes : il perdra la foi et ouvrira un blog.
On assiste à l’ouverture d’esprit du héros mais en même temps à son rejet de la communauté. Déménagement, puis divorce. Schulem croyait se libérer en rejoignant le monde moderne, il trouve la solitude et perd l’affection de ses enfants. Il perd meme son travail.
« Nous avons le moyen de le détruire, financièrement et affectivement »
La violence de la réaction des hassidim est effrayante. Ce témoignage est poignant.
Finalement je me félicite de la laïcité à la française, le communautarisme anglo-saxon permet à ces communautés ultras de prospérer sans limite.
Egreville est un bourg situé entre Nemours et Montereau, accessible par A6 sortie Nemours ou A5 sortie Montereau, une bonne heure de Paris. Le musée est situé à ‘entrée du village Aux Trois soeurs. N’oubliez pas de visiter le bourg où l’église est intéressante ainsi que la halle, restaurants et commerces.
et surtout! prenez l’audioguide!
Michel Dufet et son épouse Rhodia fille du Sculpteur Antoine Bourdelle en 1966 dessinèrent ce jardin comme un écrin pour l’oeuvre de Bourdelle, en déterminant l’emplacement de chaque sculpture. Les bronzes du jardin sont des bronzes posthumes mais considérés comme originaux, pour qu’une sculpture soit considérée comme originale les tirage ne doivent pas dépasser 8 exemplaires aux quels on ajoute 4 exemplaires d’artiste. On peut voir le jardin et les sculptures comme un tout.
Dans le jardin du devant aux buis taillés (attention à la pyrale!) et aux rosiers rouges, on remarque tout d’abord Heraklès Archer
Heraklès Archer
Mais c’est la baigneuse accroupie qui m’a touchée, j’ai bien aimé aussi le faune et chèvres -projet de monument à Debussy – j’aime bien que les visites s’enchaînent, la semaine dernière le Prélude à l’après midi d’un Faune était aussi à l’honneur chez Mallarmé à Vulaines –
J’ai bien aimé les sujets mythologiques Pénélope et le Centaure mourant, bras droit soutenu par une lyre m’ont aussi bien plu.
Pénélope
Le centaure mourant
En revanche toutes les statues commémoratives des combattants et défenseurs du Tarn-et-Garonne 1870-1871 , le Monument de Hartmannswillerkopf et la statues monumentales entourant la statue équestre du Général Alvéar m’ont plutôtrebutée. Il faut bien qu’un sculpteur vive de ses commandes, je ne peux reprocher à Bourdelle d’avoir commémoré les héros des deux guerres….mais ces grandes statues figées martiales s’appuyant sur le glaive ou le gourdin… laissons les aux monuments aux morts…
Passionnants en revanche, les portraits d’artistes. Carpeaux tient une boule de glaise dans une main, une figurine dans l’autre, en blouse de travail, préoccupé par la création. Daumier
DaumierCarpeaux en pleine création
Isadora Duncan est figurée tournoyant avec ses voiles, le mouvement est réussi
Isadora Duncan
Et bien sûr son maître Rodin
Rodin
En passant, des poètes comme Cladel, Mecislav Goldberg mélancolique ou le géographe Onesime Reclus
Bourdelle, a aussi sculpté des bas reliefs, dans le Style Art Déco comme cette Aurore et le Crépuscule qui lui faisait pendant, pour la Maison de Mme Michelet
Aurore
Il a aussi contribué au décor du théâtre des Champs Elysées avec des allégories de la Danse, la Musique et dans des panneaux carrés comme les métopes de l’Antiquité.
Il faut prendre son temps pour profiter du jardin fleuri
Après un pique-nique sous une tonnelle de glycine blanche entre des hydrangéas en train d’éclore, nous avons été au village
Après la Grèce, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie, il m’est venu l’envie de compléter l’exploration des Balkans vers l’Albanie.
L’agence locale albanaise qui nous a construit le circuit, nous a proposé des incursions dans les pays voisins, Monténégro, Kosovoet Macédoine… Si bien que le carnet qui s’ouvre ne sera pas Albanais, ni Yougoslave (cela n’existe plus) et se retrouve balkanique pour englober tous les pays que nous nous proposons de visiter.
Qu’allons nous découvrir? Je ne sais pas encore. En un mois nous aurons le temps de voyager à petite vitesse.
Comment préparer? pas facile de trouver les bons guides, bons ou mauvais, il n’y en a guère en dehors du Petit Futé qui a le mérite d’exister. L’agence nous promet un road-book de 80 pages. Je leur fais confiance.
Préparer avec de la littérature?
Kadaré bien sûr, 1est un écrivain prolifique, je pourrais lire ses oeuvres pendant tout le mois. Mais il me faudrait une valise-bibliothèque, les éditeurs ne sont pas pressés de numériser les livres qui existent en collection de poche.
J’ai élargi le périmètre à toute l’ancienne Yougoslavie et trouvé un autre écrivain majeur Ivo Andric (prix Nobel 1961) et c’est une belle découverte.
Je vais relire le livre de Maspéro :Balkans– Transit, relecture donc mais tout à fait appropriée.
Milienko Jergovic est Croate, Ruta Tannenbaum se déroule à Zagreb, c’est un peu éloigné….
Et j’en ai d’autres dans la valise, mais pas trop!
Donc, pour un bon mois, le blog sera en pilotage automatique, de nombreux billets sont dans les tuyaux. Rythme un peu ralenti. Je lirai sans doute vos commentaires sur le smartphone quand il y aura de la Wifi, mais il n’y en aura pas partout, et hors de l’Union Européenne, le roaming est un gouffre financier, je ne promets pas d’y répondre.
C’est une histoire vraie, celle de Muhammad Assaf qui a gagné le télé crochet Arab Idol après s’être enfui clandestinement de Gaza en 2012 et qui est devenu ambassadeur des Arts et de la culture de l’Unesco. Lire lCI C’est un de ces rêves que nourrit la télévision, on pense à Slumdog Millionnaire. Le metteur en scène Hany Abu-Assad aime filmer – et filme très bien – les courses des enfants, déjà dans Omar, le héros courait vite.
Dans la première partie, 4 enfants courent à travers Gaza, dans les ruelles, de toits en toit, rattrapant même un homme à vélo. 4 amis qui veulent former un groupe musical et qui n’ont que des bidons …mais Nour est exigeante, sous sa casquette à l’envers, Nour est une fille, cela ne se voit au début. C’est elle qui rêve de matériel professionnel et qui motivera les garçons, le chanteur c’est son frère Muhammad. Cette première partie du film, en 1905, est une réussite totale, rythme, action, musique et drame. La seconde, 2012 dans Gaza en ruine raconte le concours. Elle inclut les véritables images du concours, le triomphe de Muhammad Assaf après ses épreuves pour rejoindre le Caire. Elle montre les ruines, l’évolution de Gaza. un des amis du groupe, devenu barbu veut interdire la musique. Laissera-t-il son ami passer la frontière?
« El Kouds », dit l’Arabe portant la main au front;
Le Grec cherchant le Christ, « Hyerosolyma » ;
« Yerouchalaïm » te nommons nous, fils prodigues de Sem ;
mais les jeunes peuples te saluent, ceinte d tes remparts,
D’un rayonnant « Jerusalem »
Arnold Zweig (1887-1968) en butte à l’antisémitisme du Reich émigra en Palestine dans les années 1930. Après la Seconde guerre mondiale il préféra construire le socialisme en RDA où il fut un écrivain reconnu.
Le sort s’est acharné sur son ouvrage Un Meurtre à Jérusalem écrit à Jérusalem, : publié en Allemagne en décembre 1932, il fut saisi dès avril 1933 pour être brûlé et passa donc inaperçu à sa parution. Ce n’est qu’en 1956, en RDA qu’il fut réédité mais défiguré par la censure communiste. Il ne put être publié dans son intégralité qu’en 1994. C’est pourtant un livre remarquable qui mérite de sortir de l’inconnu.
Roman policiercomme le suggère le titre? Certes, il y a une victime, le poète De Vriendt, qui a abandonné le sionisme pour l’orthodoxie. Il y a un policier, Irmin, des services secrets de sa Majesté, qui cherchera le coupable par devoir et aussi par amitié.
Roman historique : le meurtre a lieu à la veille des émeutes en Palestine 1929 qui ont fait 133 victimes juives et 110 arabes.
Jaffa street during the 1929 disturbances
Roman politique : toutes les composantes de la politique sont ici analysées avec beaucoup de précision.
Les britanniques ont Mandat sur la Palestine, et maintiennent l’ordre avec un minimum de troupes, jouant des rivalités entre juifs et arabes., n’intervenant que fort peu dans les émeutes pour protéger les Juifs.
On assiste à la réunion des cheikhs et des dignitaires arabes, véritable tableau. Les fellahs dépossédés bien par les propriétaires terriens qui vendent leurs terres, ne sont pas oubliés.
La communauté juive est encore plus hétéroclite, religieux agoudistes et sionistes s’opposent .Les juifs orthodoxes sont prêts à composer avec les dignitaires arabes pour limiter le pouvoir des sionistes. Même parmi les sionistes on distingue, les socialistes, ouvriers et kibboutznikim, et les nationalistes d’une part. Russes et Allemands ont des réactions différentes…sans parler des communistes qui prônent l’unité des travailleurs arabes ou juifs. Des discussions sans fin analysent toutes ces nuances et font ressortir les différences.
Roman philosophique le poète, De Vriendt est un personnage complexe. Pour certains, orthodoxes, c’est un dévot. Sa relation homosexuelle avec le jeune Seoud à qui il prodigue des cours le comble et le fait douter. Ses poème peuvent apparaître comme des blasphèmes
En vérité, c’est Toi le Prince des Ténèbres
Toi qui quand je suis né, m’as condamné à mort,
et lorsque grimaçant, je girai dans ma tombe,
De quel secours sera que Tu sois éternel
Qui a tué De Vriendt? Est-ce un crime d’honneur de la famille de Seoud, Irmin, le policier britannique l’avait averti de la menace. Est-ce un crime de rôdeur, de voleur, des arabes bien sûr, les voleurs ne pourraient être juifs, « sauf peut être au Kurdistan? ». Est-ce un crime politique, des jeunes nationalistes ne peuvent lui pardonner sa trahison, puisqu’il s’oppose aux sionistes, prêt à s’allier au Mufti… Un terrorisme juif s’attaquant à des Juifs paraît inconcevable, et pourtant….
C’est en tout cas un roman fort bien écrit. Chaque chapitre est un véritable tableau, décor personnages sont décrits avec soin et précision. le décor n’est jamais oublié, ni le climat, chaleur oppressante de la journée, recherche de la fraîcheur…. ni la nature. Ode magnifique aux paysages, montagnes de Jérusalem, Mer Morte, Carmel….
Le récit des émeutes est saisissant, vues par les juifs religieux comme un pogrom, par l’anglais, avec un certain flegmatisme, occasion de bravoure par les jeunes nationalistes, aussi fraternisations inattendues entre Juifs et arabes qui entretiennent des relations de bon voisinage. Humour et ironie ne sont pas absent même dans les moments tragique, comme ces protestations américaines qui réclament des navires de guerre britanniques dans « la rade de Jérusalem »…
Nous suivons Wassef jusqu’à la station service. Il fonce. Nous le perdons vite. Passons encore deux postes de police. On devine les montagnes jordaniennes à contre-jour. Après l’aéroport d’Aqaba, on distingue très bien la frontière : le grillage et du côté israélien les cultures irriguées très verte. Côté jordanien, cailloutis et acacias africains, à droite la montagne très aride.
Les tamaris en buissons poussent sur les premières dunes de sable clair, dans les creux les arbres sont très verts.
Rahma : une oasis avec des palmiers, des serres et des eucalyptus protégeant des vergers.
Les camions chargés de potasse vont à notre rencontre. On nous avait fait peur décrivant une route étroite, sans bas côté. Certes, c’est une deux-voies et pas une autoroute comme la Desert Highway, mais on se croise très bien.
Après Rahma, retour des dunes, très belles. En face, côté Israélien, les cultures irriguées sont bien vertes. La plaine de l’Araba s’élargit, les montagnes s’éloignent. Des chameaux paissent librement dans les dunes ; le sable empâte les reliefs.
Le vent soulève le sable. Nous roulons dans un brouillard jaune. Deux petits cars surgissent en face ; on ne les avait pas vus arriver. Heureusement, ce n’est qu’une alerte, pas une vraie tempête de sable.
voila les dromadaires sur la route!
Après le barrage Basaga, une palmeraie, des serres. Puis on retrouve le désert de cailloutis.
Appels de phare : dromadaires sur la route !
La brume de chaleur a complètement avalé les sommets. De l’autre côté de la frontière toute proche on voit les voitures circuler. Après la route vers la Réserve de Dana, des villages et des cultures maraîchères : oignons, pastèques, courgettes, aubergines…mûrissent à la chaleur . Le thermomètre de la voiture marque 31°C.
Le musée du point le plus bas du globe
Le musée du point le plus bas du globe
Un peu à l’écart de la route, le bâtiment de pierre s’enroule un pue à la manière des loges d’une ammonite, le Musée à thème géologique est plutôt un musée historique. Les premiers peuples établis dans la région entre 13.000 et 10.000 ans étaient des agriculteurs ayant domestiqué les animaux< ; Dans les vitrines, des meules et mortiers de basaltes ainsi que de petites flèches, des aiguilles pour coudre le cuir en silex avec des perles de pierres colorées.
Au Néolithique (_5000ans) âge de Bronze, se déroulaient déjà des cérémonies funéraires. De nombreuses poteries datent de cette époque.
– 3500ans âge de fer, les habitants sont les Moabites
Ensuite les Nabatéens , par la route romaine passant dans l’Araba. On y cultivait les palmiers pour les dattes et ils exportaient du sel et du bitume.
le puzzle des archéologues
En 1988, on découvrit la « cave de Lot », un monastère (573-605-691 après JC). Dans la basilique à 3 nefs on a mis à jour des mosaïques. Divers objets trouvés au monastère se trouvent au musée dont un balai en feuille de palmier, bien humble qui m’a touchée. Une corde m’a fait penser aux monastères grecs perchés en haut d’une falaise. Des tissus luxueux montrent que le monastère jouissait d’une certaine richesse. Les lampes à huile étaient délicieusement décorées. Au bout du hall d’exposition dans les laboratoires, les archéologues travaillent ; Certains reconstituent le puzzle géant de la mosaïque du monastère. Ils ont coulé du plâtre à l’envers des tesselles et tentent d’emboîter les pièces. Comme pour n’importe quel puzzle ils ont commencé par les frises des bordures. Au centre dans u n médaillon il y a un texte en grec, des oiseaux, des plantes. Le travail des archéologues me fascine.
Dans les environs se trouvent d’autres chantiers de fouille dont celle d’une sucrerie à Mazara-as-Safi et Fifa de la période Ayyoubide et mamelouke (12-13ème siècle), on cultivait aux alentours de la canne à sucre ; occasion de rappeler une courte histoire du sucre connu en Asie depuis plus de 2500ans. Le secret de fabrication fut bien gardé par les Arabes et rapporté en Europe par les Croisés
les citernes du monastère de saint Lot
Nous montons au monastère, la route est carrossable jusqu’à l’escalier qui monte à l’église . A la sortie du Musée il fait très chaud (34°C). Les œufs durs pris au petit déjeuner ne nous tentent pas. Dominique fait cadeau de toutes nos provisions et de deux bouteilles d’eau au gardien de la « cave of Lot » pendant que je monte l’escalier. C’est un escalier bine cimenté au muret de galets n a collé une plaque : « point le plus bas du globe vous êtes sur le rift Africain, les roches sont très anciennes Précambrien ». Une structure métallique protège le monastère particulièrement bien conservé ; L’église est construite sur trois niveaux, la nef en bas encadrée de colonnes, plus haut une estrade au fond le chœur. La mosaïque a été déposée au Musée. Le plus intéressant est à côté du monastère : la citerne 17x7m avec une profondeur de 10m couverte de troncs de palmiers pour réduire l’évaporation et revêtu de ciment hydraulique ; tout un système de canalisation approvisionnait cette citerne de 880.000 l suffisant pour une petite communauté pendant plusieurs mois.
lampe à huile du monastère
Il nous faut donc chercher un restaurant. Dans la ville minière rien. Sur le bord de la route au village suivant nous nous arrêtons devant le premier boui -boui « Turkish restaurant » : dans une rôtissoire tournent des poulets, sur un grand barbecue grille une brochette de tomates cerises. Nous commandons un « kebab » une saucisse d’agneau haché est grillée, enveloppée dans un pain très fin d’au moins 35cm de diamètre tartiné d’une sauce rouge (tomate, pas harissa, j’ai eu des frayeurs) puis garnie avec de la salade hachée et des oignons. Le tout enroulé passe à nouveau au barbecue pour rendre la pâte plus croustillante, servi avec des variantes, carottes au vinaigre, gros cornichon malossol dans une barquette en polystyrène. Pas de couverts. J’ai quelques doutes sur la propreté de la salade. Comme nous rentrons demain en France, on verra bien ! (on n’a rien vu et bien digéré).
la Mer Morte s’évapore
Nous passons devant une usine de Potasse et une autre de Brome. Autour du Potash Township. La paysage est lunaire exploité, puis raviné. Je ne sais pas faire la part de l’exploitation industrielle des sels de la Mer Morte et de l’évaporation physique (disparition de la mer).Les grandes tranchées visibles de la route correspondent –elles à l’extraction ? après les deux grandes usines , la mer se manifeste sous la forme d’un rectangle vert puis bleu hérissé de vaguelettes blanches.
La route longe ensuite en corniche la Mer Morte, bleue profond, qui pourrait aussi bien être un océan puisque la rive d’en face est invisible.
Sur un parking, un petit bazar vend des bouées et des ballons. Une plage accessible imprévue nous tente. La descente est introuvable. Sous une grande tente, on a installé des fauteuils Voltaire et des canapés recouvert de velours et de brocards comme dans un salon d’une maison bourgeoise. Deux touristes français nous laissent la meilleure place, surplombant la mer, encadrée par des lauriers roses fleuris. Le café turc est excellent (3JD quand même) . Nous ne sommes pas pressées d’arriver à Amman. Nous faisons durer la pause ; en dessous de nous des américains flottent. Je vis maintenant le raidillon mais il fait tellement chaud (34°)que je n’ai pas le courage de descendre et surtout de remonter toute salée.
Nous reconnaissons la route à partir du « complexe panoramique » prise pour rejoindre Madaba par un matin plus clair. La brume s’épaissit ; le ciel devient franchement gris quand on amorce la remontée dans les collines derrière les camions.
Sur les bords de la route, les maraîchers vendent les primeurs des bords de la Mer Morte. Tomates, courgettes, melons et même pastèques. Les camions de légume sont peints à la main de motifs géométriques.
Le GPS nous conduit à Zahran Street sans encombre. Nous rentrons « chez nous » accueillies chaleureusement par Omar de Wadi Rum qui prend en main le check-in comme il avait fait au campement.
Mensaf et boites de pâtisserie chez Jabri.
Le grand rangement occupera une partie de la soirée. Vestes, chaussures et sacs qui traînaient dans le coffre de notre grande Hyundai Elantra doivent impérativement entrer dans les valises. Il faut retirer de ma valise cabine tous les objets indésirables. !Retour dans le monde des actualités avec la BBC. Finalement mes 15 jours « sans écran » se sont bien passés.
C’est un roman noir italien, aucun rapport avec le Liban, si ce n’est le surnom que le héros du livre a pris, on ne sait pourquoi d’ailleurs.
Aux origines de Romanzo Criminale, dit le 4ème de couverture. Du même auteur, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt Suburra et Rome Brûle, gros romans avec des implications politiques passionnantes. Je suis le Libanais est d’un autre calibre, 126 pages seulement.
C’est un portrait d’un jeune romain, mauvais garçon, plus voyou que truand qui se rêve roi de Rome après avoir rendu service à un gros bonnet de la Camorra napolitaine. Il lui faut quelques centaines de millions de Lires pour investir dans le trafic de stupéfiant des camorristes. Pour se les procurer il va avoir recours à des combines…. il va tomber amoureux d’une jeune bourgeoise gauchiste (nous sommes dans les années 70).
Portrait d’un homme, roman d’apprentissage, air du temps des seventies…
Avant de quitter le camp, Dominique a demandé la provenance des tentes : est-ce de la laine bédouine ? Non, tout vient prédécoupé de Syrie, les coussins, les tapis, seul le montage se fait en Jordanie !
De grosses gouttes de pluie s’écrasent sur le pare-brise. J’aurais aimé voir les rocher ruisseler en cascades, aucune chance aujourd’hui.
Sur la Desert Highway, il y a un immense parking à camions avec même une mosquée verte. Nous entrons dans la zone franche d’Aqaba, on passe un poste de douane, il faut montrer les passeports.
La géologie a changé, le granite du socle est à nu. Il est découpé par des filons colorés rouge, noirs ou vert foncé qui s’entrecroisent et se recoupent. Il se débite en boules rondes – classique – L’autoroute court près d’un oued ; Le train en parallèle sur un remblai. Justement deux locomotives oranges tirent une trentaine de wagons de minerai. Omar, le guide, nous a donné les indication pour trouver l’hôtel Raed : demander le Restaurant Captain bien connu, c’est en face.
Réception charmante. Notre chambre a une vue sur la mer, tout le confort, très vaste. U n décor, blanc violet, un grand frigo, une petite table carrée et deux fauteuils confortables.
10h30, nous sommes prêtes pour la plage. Pas de visites culturelles prévues : la Mer Rouge et ses coraux ! L’hôtel Raedvend les tickets d’une plage privée La Plage Bérénice qui 14km après la sortie de la ville, du côté de l’Arabie.
Bougainvillées
La Plage Bérénice est un complexe balnéaire de luxe avec une entrée sécurisée. Après la fouille des sacs on nous donne un grand et lourd drap de bain en éponge. Nous empruntons des allées fleuries de bougainvillées, verbena, plumbago et passons devant trois piscines, une mini-piscine pour les enfants, une belle piscine ovale à débordement en face du restaurant et une troisième pour s’exercer à la plongée. Il y a également une belle boutique, un centre de plongée.
Eilat en face d’Aqaba
Sur la plage, sous de grands parasols, il y a des lits en plastique garnis de matelas confortables. Le sable est plutôt du gravier rose, rose et blanc, granite et débris de coraux. Je me trempe d’abord en face de nos lits de plage, pieds nus. A peine suis-je entrée dans l’eau que je tombe sur les coraux. Ils sont au ras de l’eau à 4 ou 5 m du bord colorés, jaune, verts, bleus….Attention à ne pas les heurter ! Je sors avec des égratignures sur la cuisse et décide donc d’utiliser les escaliers du ponton qui descendent en eau plus profonde et de prendre mon masque. Avec le masque, je découvre les oursins qui ont de très longs piquants. Autre raison pour ne pas venir en marchant de la plage. Les baignades sont courtes ; l’eau est très fraîche. Le vent fait des vaguelettes qui ont assez de force pour me déshabiller. Le haut de mon maillot s’est enroulé et je me retrouve les seins à l’air. Désormais je nage le long de la corde à flotteurs qui sécurise les baignades en interdisant les bateaux, l’eau est assez profonde pour que je risque pas de me grafigner à nouveau.
C’est la première fois que je vois tant de coraux multicolores. En Thaïlande, je m’étais blessée en marchant sur des coraux blancs, morts, et j’en avais gardé un souvenir cuisant plusieurs semaines après notre retour. A Cuba, le mauvais temps et le vent nous avait privées de barrière de corail. De même à Dahab, il y avait trop de vagues. Je suis donc ravie, je ne les imaginais pas bleus ou violets. Une espèce vert fluo est de bonne taille, elle ressemble à un paquet de lanières qui seraient emmêlées, un vert ressemble à un cerveau. Et les poissons….
Vers 15h30 Dominique découvre les fauteuils confortables près de la piscine à débordement.Le parasol ne faisait plus d’ombre, nous nous préparions à rentrer. Nouvelles baignades en piscine, si vaste. C’est plus confortable pour nager. Je suis presque seule en dehors de deux jeunes hommes et d’une fille en burkini. J’ai suivi la polémique mais je n’en avais pas vu : tenue noire, pas très pratique ; Le mari tire sur les bas pour que pas un centimètre de peau ne soit à découvert.
vue de notre chambre hôtel Raed
Le buffet de Raed est encore pire que celui d’Edom. Ce dernier n’était guère appétissant, celui-ci est vide ! Et pourtant nous sommes en demi-pension ! Au diable l’avarice ! Nous choisissons une table en terrasse au Fishmarket (qui n’est pas une poissonnerie mais un restaurant de poissons). Cadre très agréable, un peu cher mais tellement mieux que notre cantine. Riz aux crevettes. Les grains sont très long, le riz très parfumé. Les deux américains rencontrés à Wadi Rum dînent à la table voisine ; Ils ont commandé des mezzés et trois énormes poissons arrivent. Nous nous verrons demain matin, leur guide a proposé qu’on se suive sur la route de l’Araba
7h30, prêtes pour l’expédition avec Mohamed et son fils qui dernier conduit le pick up, tandis que Mohamed marche avec moi.En l’absence paternelle, le fils met de la musique et danse. Dominique le filme. Il regrette que l’appareil photo ne soit pas bluetooth pour récupérer le film. La marche est facile sur le sol caillouteux et dur, sous les nuages dans la fraîcheur du matin dans le canyon. De temps en temps on suit les traces des pneus dans le sable meuble et c’est beaucoup plus pénible.
Je guette les traces d’animaux : souris, lapin, renard. Les animaux se font rares avec la multitude des touristes motorisés. Aucune chance de rencontrer le farouche ibex présent dans la réserve. Les corbeaux sont les oiseaux les plus fréquents. L’un d’eux n’hésite pas à chasser un petit rapace (faucon sans doute). Il y a aussi des petits passereaux au dessous rouge. Ce ne sont pas des rouge-gorges, ils sont beaucoup plus fins et leur ventre tire sur le rose thyrien. Le plaisir vient surtout du calme, du silence de la paix. Le canyon Al-Barra est dans l’ombre, à la sortie après 2h30 de marche, on progresse lentement dans le sable. Le soleil chauffe et il n’y a plus d’ombre. Je remonte à l’arrière du pick up. La chaleur a eu raison de ma volonté de continuer le trek d’autant plus que Mohamed propose de faire un grand circuit pour nous montrer les curiosités du Wadi Rum.
Rocher « champignon »
Nous passons par le Rocher-champignon, (moins impressionnant que ses homologues du Désert Blanc d’Egypte). Les randonneurs expérimentés peuvent monter au Djebel Burdah (1h30) sur la petite arche naturelle qu’on distingue vers le sommet. Il y a une autre arche beaucoup plus accessible sur laquelle on peut se prendre en photo après une petite grimpette. J’ai la flemme après la marche dans le sable et les grimpettes à l’arrière du pick up (il y a une échelle mais je l’ai snobée). Près de l’arche il y a une buvette, je suis assoiffée.
Autre arrêt obligé : la maison de Lawrence, un pan de mur écroulé. En vérité, Lawrence vivait sous la tente, le mur correspond à des fortifications britanniques. Il existe d’autres murets analogues ou les trekkers intrépides peuvent bivouaquer.
De retour au camp pour le déjeuner-buffet, puis translation générale à l’ombre du rocher sur les tapis et banquettes. Magdi apporte le thé. Hier, thé à la sauge, aujourd’hui à la menthe sauvage. La petite communauté bavarde en français avec les guides. La famille avec ordinateur nous a quittés pour Aqaba, une autre famille l’a remplacée avec des enfants sages qui lisent l’histoire des Croisades. Deux franco-algériennes voilées de Bordeaux sont en colère contre Enjoy Jordan, leur chauffeur les abandonne et elles pestent contre les dîners de l’Hôtel Edom de Petra qui ressert trois jours de suite la même nourriture insipide ; Non seulement ce n’est pas bon mais ce n’est pas sain. Après les récits des mésaventures et des découvertes de chacun, la conversation s’oriente vers la politique. Via Lawrence, omniprésent au Wadi Rum où David Lean a tourné le film, argument touristique de poids, mais considéré comme un traître par les guides. Il étatit au courant des accord Sykes Picot et a utilisé les bédouins dans la guerre contre les turcs sachant que La Grande Bretagne et la France allaient dépecer l’Empire Ottoman à leur profit. On parle ensuite des Printemps arabes, les filles voilées sont très virulentes aussi bien contre la France qu’elles considèrent encore comme une puissance coloniale « quand il pleut à Paris on sort les parapluies à Alger » et que contre les « laïcs » . La révolution tunisienne ne trouve pas gré à leurs yeux et elles en viennent à regretter Kadhafi et Ben Ali….On glisse sur la campagne électorale française. » Pitié ! Nous sommes en vacances ! »
Ceux qui sont arrivés ce matin partent en 4×4 pour le coucher du soleil.
Pendant que les autres parlent j’ai sorti mon carnet moleskine et je dessine.
Autour du feu, le soir, tout le monde se rassemble. Deux théières restent au chaud, la grosse peu sucrée, la petite très sucrée. On prépare l’étape suivante. Vers 8h, cérémonie du repas cuit sous le sable. Magdi et sa pelle… il porte en triomphe les plateaux brillants de papier alu avec mes légumes et la viande.
Les nuages ont éclipsé le coucher du soleil, toujours pas d’étoiles.