La route 560 part de Dingle. Avant de la trouver, nous faisons un nouveau tour en ville. Je suis frappée par les couleurs et les décors des façades. Nous reviendrons faire des photos.
Au col, la vue est étonnante sur les deux côtés de la péninsule, surtout vers le nord que nous ne connaissons pas.
Leçon de géologie : histoire du West Kerry
Ordovicien: l’Irlande est dans l’océan sous l’Equateur : sédimentation de boue et sable
Silurien : volcanisme, îles, laves et cendre, dépôts sédimentaires fossilifères à Dunquin
Dévonien : fermeture de l’océan sur le continent désertique l’érosion donnera des sables et des grés Old red sandstones
Carbonifère : transgression marine laissant des coraux et des coquillages.
De 2 Ma à 10.000ans les glaciations.
Les couches volcaniques, je les avais remarquées près de la plage hier, les anciens grès rouges se rencontrent partout. Quant à l’érosion glaciaire, les petits lacs suspendus, les cirques glaciaires, les vallées en U, le verrou de la moraine retenant un petit lac sont des exemples tout à fait pédagogiques. Tout est encore frais de la déglaciation, il y a 10.000ans, rien ne vient masquer les structures, ni les forêts ni les constructions humaines. De joli ruisselets serpentent dans la vallée. Au col la vue aérienne montre le dessin des murettes, des enclos ronds : reste de forts ou de monastères ou plus simplement enclos des bergers pour les moutons ?
Au parking, un musicien gratte sa guitare. Il vend des CD de musique celtique « perfect music for driving » . je regrette que nous les ayons méprisés, nous aurions pu sonoriser notre voyage en glissant une galette dans la fente de l’autoradio et cela aurait donné le son de ma petite vidéo.
La descente vers le nord est spectaculaire. La route est taillée dans le roc. On ne peut pas du tout se croiser, la marche arrière vers le refuge est impressionnante, surtout pour le véhicule du côté du ravin. Une dame allemande à bord d’un énorme camping-car nous intime l’ordre de replier le rétro. Echange plutôt aigre.
Après nous être arrêtées à la cascade, nous arrivons au charmant village de Clochan qui a un pub pimpant Pub O’Connors : trois maisons de couleurs vives jeune/vert/violet. Une étrange statue est formée par le moteur d’un avion crashé dont on a cimenté les ouvertures puis rainuré le filetage dans le ciment. De loin, on croit voir des crânes. C’est fantastique, un peu macabre.
Tout à côté, la plage de Carragh Beach est bien cachée dans un creux, selon le Guide Vert, c’est un spot de pêche au saumon.
Brandon point est au bout de la route ; Pour rejoindre Brandon Creek, il faudrait emprunter à pied le Dingle Trail randonnée pentue et herbeuse au flanc du Mount Brandon qui semblait être une grosse colline bombée et arrondie du côté de Brandon creek tandis que du côté de Connor’s Pass il est déchiqueté et creusé d’un cirque glaciaire. Des moutons à pattes et tête noire paissent tranquillement. Sous le soleil, le très beau paysage m’incite à dessiner.
La plage de Fermoyle se poursuit jusqu’à une pointe fermant la Brandon Bay sur une douzaine de kilomètres : belle promenade pieds nus et pique-nique.
La suite du circuit se termine de l’autre côté de la pointe à Castel Gregory, est moins pittoresque. La pointe est occupée sur son flanc ouest par un golfe, donc fermé pour nous, à l’extrémité et à l’ouest la pointe est construite de lotissements modestes peu soignés et des mobil homes gâchent le paysage sans aller jusqu’à Camp nous rentrons par une après midi ensoleillée à Connor’s pass où nous recommençons les toutes les photos du matin.
Dingle est une ville très colorées, boutiques et pubs rivalisent d’imagination dans les couleurs, les motifs et les vitrines. C’est un plaisir que de photographier. De retour chez Rita, je m’installe dehors. La soirée est assez douce pour écrire au soleil sur le petit banc sous la fenêtre de notre chambre
Le soleil est revenu quand nous arrivons à la plage de Feohanach protégée par des falaises rouges. Le sable est rosé, les algues recouvrent la grève : laminaires et ulves mais aussi algues rouges dégagent une senteur agréable, vivifiante. Une femme promène deux labradors ; je sens une truffe humide se poser dans le creux de ma main. Un salut tranquille. Les gens, ici, sont amicaux et très simples. Les chiens aussi.
Nous rejoignons la Slea Head qui est le nm local de la Wild Atlantic Way : circuit autour de la pointe de la péninsule de Dingle. Sur la carte, la distance n’est pas comparable au Ring of Kerry parcouru hier. Et pourtant, il nous occupera toute la journée, et nous n’aurons même pas le temps de tout voir.
Pause dans un petit port bien caché, occasion de faire le dessin de trois pointes élégantes sur ce que je prends pour une île : c’est un cap « the Three Sisters » de l’autre côté de la baie (cap occupé par un golf 18 trous). C’est peindre plutôt que dessiner qu’il faudrait. Après la pluie, les couleurs sont resplendissantes, herbe verte, rochers multicolores, parfois pourpres, violets ou noirs, l’eau turquoise ou bleu vif selon les profondeurs et le passage des nuages très photogéniques.
ratoire de Gallarus
La Slea Head traverse Ballydavid sans qu’on s’en aperçoive. Une petite route vers l’intérieur conduit à l’Oratoire Gallarus. Cette petite église tient de la construction préhistorique en pierres sèches comme les maisonsbeehives et de la carène d’un bateau renversé, dans un enclos rond comme les forts. Elle serait très émouvante si un groupe d’adolescents n’étaient pas là à rigoler à grand bruit. Ils sont venus pour une sorte de pèlerinage, sur leur porte-vues est écrit « journal de prières ». Leur animateur à allure de hippie les entraine dans l’église mais son sermon les fait glousser.
Dans un bâtiment de pierre à quelque distance de l’oratoire on projette une vidéo qui montre les constructions préhistoriques : forts circulaires, vus d’avion. Vu du ciel n comprend mieux le plan circulaire caractéristique. Il raconte les débuts du christianisme en Irlande. Très tôt au 5ème siècle les moines irlandais construisirent des monastères sur ce plan circulaire. L’oratoire est postérieur. Le billet porte des explications que je résume ici :
« On construisit cet oratoire il y a 1300ans. C’est un exemple de maçonnerie à sec. Le toit est formé par les murs qui s’inclinent progressivement. Dimensions 8mx5mx5m.
A la suite d’une série d’invasions Vikings et Normands qui ont dévalisé et réduit en cendre les habitations autour de l’oratoire de Gallarus.
Nous partons à la recherche de la chapelle romane de Kilmakedar et des pierres tombales qui l’entourent. Parmi elles des pierres oghamiques, des tombes avec des croix celtiques et même un cadra solaire. Nous avons beau sillonner les petites routes en suivant le plan, nous trouvons des petites et grandes églises gothiques en parfait état mais point de ruines romanes !
A Ballydavid nous pique-niquerions volontiers sur des tables et bancs en face d’un restaurant (trop cher) et d’une petite plage où des familles se baignent en combinaison de plongée. Cette petite plage est coincée entre des rochers et semble bien abritée. Nous en trouvons ensuite un beaucoup plus grande à l’arrière du terrain de sport (parking impossible).
plage de Ballyferriter : je ne suis pas gênée par la foule
Une toute petite route non loin de Ballyferriter et près des Trois Sœurs est bien encombrée de piétons, cyclistes, voitures qui se dirigent vers la plage. E chemin est si étroit qu’on ne peut même pas se croiser voiture/piéton. Mais tout le monde met du sien et celui qui est le mieux placé recule vers un endroit plus large. Sur la plage des jeunes jouent à des jeux de ballon, au foot qu’on appelle ici soccer comme aux Etats Unis, et à un jeu utilisant d’étranges battes à mi-chemin entre la crosse de hockey et la batte de base-ball ils lancent une balle de tennis. Rita m’expliquera qu’ils s’entrainent au Hurling (jeu irlandais dont j’ignore tout). Après une belle balade pieds dans l’eau sous un franc soleil, nous reprenons le circuit.
fauteuil-guitare/fauteuil-harpe
Près de Ballyferriter, un menuisier expose sur la route des meubles originaux : fauteuil au dossier-guitare, fauteuil- harpe celtique…Il est très sympathique mais je n’ai pas osé lui demander de poser pour une photo je le regrette, il a vraiment beaucoup d’allure.
Les nuages à nouveau s’accumulent sur les sommets. Le Mont Brandon est vraiment noir quand je fais une petite montée en suivant d’autres touristes sur un chicot rocheux dominant la mer.
A Dunquin un musée tout neuf met à l’honneur la langue gaélique et la vie sur les îles Blasket juste en face. Architecture années 2010, deux ailes en ciment et verre. L’exposition photographique est vraiment belle. Les panneaux présentant la langue gaélique son plutôt rébarbatifs pour qui ne s’intéresse pas trop à la langue irlandaise. Chaque panneau est consacré à un écrivain (ou une conteuse) ayant écrit dans cette langue ; En dehors de Synge(que je connais de nom) les autres sont de parfaits inconnus.
Une autre section ethnographique raconte la vie dans les îles et l’émigration aux Etats Unis. Un film de 1953 montre la dernière messe du vieux curé venu en barque et soutenu par ses paroissiens. Des homards, des araignées de mer, des crabes gigantesques dans des vitrines illustrent la pêche des îliens.
Au petit déjeuner, Rita nous raconte qu’elle a gagné le second prix au concours de pommes de terre (spuds) dimanche dernier. Elle cultive de nombreuses variétés de pommes de terre. Pour le concours, il faut les faire cuire et les apporter chaude pour la dégustation. Jim a gagné le premier prix pour ses choux. Il y a des prix pour pratiquement toutes les cultures, sauf les carottes ! Elles sont cultivées dans le sable du tombolo de Inch mais elles ne sont pas biologiques : le sable est trop pauvre en nutriments, elles sont donc disqualifiées. Rita cultive son jardin avec des méthodes bio : compost et « thé » d’orties sont les seuls engrais. Pour le thé d’orties, il suffit de jeter les orties dans un bidon, c’est prêt au bout de 10 jours.
Nous allons visiter le jardin. Une jardinière contient de sable pour les carottes, elle est allée le chercher à la plage et l’a mélangé à la terre puis a planté des oignons qui sont des plantes complémentaires. L’oignon écarte les parasites. Plus loin dans d’autres jardinières les pois sont en fleur et déjà en fruit. Elle a aussi du céleri dont elle récolte les graines, de la roquette, de la rhubarbe et des navets. Les choux sont protégés sous des filets, plus loin, des choux-fleurs, des brocolis et des betteraves.
Plus proche de la maison elle a planté ses fines herbes : persil et coriandre. La menthe est supposée faire fuir les souris « mint keeps mice away » est un dicton irlandais.
Rita aime expérimenter : dans sa cuisine elle a des patates douces dans un grand verre, piquées de cure-dents pour les maintenir hors de l’eau, à l’air les bourgeons donnent des feuilles, dans la partie immergée, les racines commencent à se développer. Elle les repiquera avec les pommes de terre. Elle a planté un noisetier à l’abri ainsi que du cassis et de la rhubarbe pour la confiture. A sa confiture de rhubarbe, Rita ajoute du gingembre frais râpé.
Je pourrais rester des heures à l’écouter parler de jardin et de confitures.
Juste derrière la maison se trouvent les étables, vides. En ce moment, elles vaches sont au pré. On sent l’odeur de l’ensilage. Ils n’ont pas de foin sec. Il n’y a pas assez de journées sèches pour le fin. Pour l’ensilage il suffit de deux jours.
Petit déjeuner sur la grande table en compagnie d’un étudiante américaine et d’un italien de Parme. Ce breakfast irlandais sera le repas principal de la journée : plusieurs sortes de pain, beurre, confitures, peanut- butter sur la table, céréales sur le buffet. Rita apporte une grande assiette avec deux saucisses, deux tranches de bacon, un œuf au plat, une rondelle de boudin très épicé et parfumé.
Le ciel est dégagé, avec des trouées de bleu. Nous commençons le circuit par le sommet Mount Brandon (935m)- montagne pelée au sommet caché par le brouillard Le départ du sentier qui le gravit est près de la statue de la vierge. Des randonneurs sont devant nous. Randonnée austère, 900 m de dénivelée. Une averse met fin à mes velléités d’ascension.
Brandon Creek est un port minuscule, une fente presque, une faille dans la falaise bien cachée à l’ombre de la montagne du même nom. Une barque se balance. C’est ici que Saint Brandon – né e 484, le saint patron du Kerry, est parti avec 17 autres moines évangéliser le Nouveau monde sur un curragh, canot recouvert de cuir. Avant Christophe Colomb, avant les Vikings, ces moines irlandais auraient atteint Terre-Neuve.
et peut être des îles Féroé aux Canaries, aux Açores…
Cette rencontre avec ce saint voyageur est une belle surprise.
Cette rencontre avec ce saint voyageur est une belle surprise. Je pense à tous ces moines irlandais « arrivés en Bretagne dans une auge de granite »Une statue de bronze rappelle cette expédition. Un torrent descend en cascade sus un petit pont. Un quai bien caché et tout proche, l’eau rugit dans une grotte.
De Charif Majdalani, j’ai beaucoup aimé Caravansérail : « C’est une histoire pleine de chevauchées sous de grande bannières jetées dans le vent, d’errances et de sanglantes anabases…. » ainsi que Le dernier seigneur de Marsad saga d’une famille de chrétiens-orthodoxes vivant dans la banlieue de Beyrouth de la fin du 19ème siècle à la guerre civile dans les années 1975 et après.
Villa des Femmes reprend la thématique de ce dernier livre.
incipit :
« je me suis tenu là, tout le temps nécessaire, gardien de la grandeur des Hayek, témoin involontaire de leurs déchirements et de leur ruine, assis en haut du perron de la villa… »
Le narrateur est Noula, chauffeur du patron Skandar Hayek, le patron des usines textiles, le chef de famille incontesté, autorité quasi-féodale qui fait les municipalités, négocie la paix entre Palestiniens et Chrétiens. La première partie du roman narre donc la geste de la famille Hayek, sa grandeur et ses secrets cachés, Mado la fiancée sacrifiée, Marie et son mariage de convenance…les familles apparentées.
Skandar, au faîte de sa gloire, s’écroule. Son fils, incapable de lui succéder, ruine la famille. Les tensions entre Palestiniens et Chrétiens tournent à l’affrontement. La guerre éclate, larvée puis violente. Mado , Marie, Karine, la fille et Jamilé résistent dans cette villa des femmes.
Roman très bien conduit qui tente de nous faire comprendre l’incompréhensible que cette guerre fratricide. Des personnalités sont diverses et intéressantes, des femmes fortes. j’ai aimé le charme de ce domaine dans les orangers. Cependant l’effet de surprise ne joue plus. Ce roman ressemble un peu trop au Dernier Seigneur de Marsad.
Après plusieurs lectures irlandaises viriles, souvent alcoolisées et violentes, j’ai donc l’occasion de découvrir une écrivaine.
Dillie est hospitalisée, elle souffrait d’abord d’un zona, mais à l’hôpital on découvre un cancer des ovaires. Sans comprendre bien pourquoi, les analyses se succèdent.
Dans sa chambre, des souvenirs anciens surgissent. Souvenirs américains. Souvenirs d’un ancien amour. Souvenirs de son départ pour l’Amérique, de la veillée que le village faisait pour les émigrants. Traversée des pauvres. Arrivée à Ellis Island. Dillie était une toute jeune fille, de nombreux pièges attendent les femmes. Des plaisirs citadins, et Coney Island où elle a fait la connaissance de Gabriel.
Après un chagrin d’amour Dillie, rentre auprès de sa mère Bridget et se marie avec Cornelius, éleveur de chevaux. Ensemble, ils relèvent le domaine de Rusheen, donne naissance à deux enfants. De son fils, elle n’a guère de satisfaction. Sa fille est une écrivaine reconnue et vit loin d’elle en Angleterre.
Allers et retours entre l’émigration et l’attachement aux racines irlandaise. Emigration en Amérique de Dillie à la recherche d’une richesse promise. Installation d’Eleonora en Angleterre pour être plus libre, créer, écrire.
Dans sa solitude et au crépuscule de sa vie, elle écrit à sa fille. Ce roman est celui du lien profond qui unit la mère à la fille. Aussi bien Bridget et Dillie au début du roman qu’entre Eleonora et Dillie.
Confidence des sœurs qui servent d’infirmières à l’hôpital, personnalités différentes que Edna O’Brien anime. Catholicisme très présent en Irlande.
Récits de la vie quotidienne de paysannes confrontées à la vie de la campagne, soignant les animaux, élevant des enfants, femmes fortes faisant toujours face aux difficultés du sort tandis que leurs hommes se laissent parfois aller à leurs penchants.
Je me suis attachée à Dillie et à sa mère Bridget. Je n’ai pas accroché avec la personnalité d’Eleonora qui sort de son milieu pour conquérir sa carrière d’écrivaine. Conquête de haute lutte avec son mari. Elle mène une vie libre qui scandalise les voisins bien pensants. Je ne sais pas pourquoi certains chapitres m’ont agacée. La vie libre et les amants d’Eleonora ne semblent pas très crédibles, ni très incarnés, le mari odieux surtout, pourquoi cette fille intelligente et pleine d’initiatives s’est-elle laissé piéger par un tel butor?
J’ai eu beaucoup de plaisir à lire en VO ce livre, très littéraire. j’ai encore appris beaucoup d’expressions anglaises – parfois irlandaises. Cependant certains chapitres m’ont paru obscurs, je ne savais pas tout de suite qui parlait. Eleonora ou Dillie?
Daphné du Maurier est une écrivaine britannique mais Hungry Hill se déroule en Irlande dans la presqu’île de Beara, même si les noms de lieux sont imaginaires et si l’Irlande n’est jamais nommée. L’auteure recours à la périphrase « de l’autre côté de l’eau » . Cependant la fin du livre ne laisse aucun doute sur la localisation de Hungry Hill.
La saga des Brodricks, commence en 1820 quand Copper John entreprend l’extraction du cuivre dans les mines de Hungry Hill et se termine un siècle plus tard, à la fermeture de la mine et en 1920 pendant la guerre d’indépendance de l’Irlande.
C’est aussi l’histoire du domaine familial, Clonmere, château comme nous en avons vus pendant notre voyage en Irlande, manoir agrandi au 19ème siècle.
C’est encore la rivalité entre les Donovan et les habitants de Doonhaven et les Brodricks, rivalité déjà ancienne, puisqu’un ancêtre de Copper John qui avait voulu supprimer la contrebande qui était alors coutumière fut poignardé par un Donovan au siècle passé.
C’est l’histoire aussi des héritiers, incapables de succéder dignement au fondateur de la mine soit morts trop jeunes comme Henry de la tuberculose, l’aîné, le successeur naturel tandis que son frère, John le rêveur, Greyhound John, préfère entraîner ses lévriers plutôt que d’aller à la mine. Pour Fanny-Rosa, son épouse qui lui donnera des enfants, John agrandira le château, avant de la laisser veuve . Elle abandonnera le domaine. Plusieurs générations de Henry et de John se suivent. Au début du 20ème siècle, la chute des cours des minerais entraînera la fin de l’exploitation minière. Le déclin de la famille s’accélérera quand Hal, l’artiste raté, témoin impuissant de la fermeture de la mine, sera victime de la vengeance des Donovan. Son fils, John-Henry ne survivra pas à la guerre d’Indépendance.
Lire pour l’Irlande? Cette Irlande jamais nommée n’est que rarement décrite. Splendeur de la nature vierge, de la beauté de Hungry Hill, de l’île de Doon où se déroulent des chasses. L’auteure (ou les Brodricks) ignore la Famine de 1846, aucune allusion. L’antagonisme persistant entre les Donovan et les Brodricks s’explique parce que les Irlandais se sentaient dépossédés. Il y a bien longtemps, les Donovan régnaient sur Doonhaven. Pour certains Brodricks, l’attachement au domaine, et à l’entourage fait d’eux des anglo-irlandais. John-Henry, le dernier Brodrick a du mal à choisir son camp dans la guerre d’indépendance.
Daphné Du Maurier, campe toute une galerie de personnages complexes. Le thème de la déchéance des hommes est récurrent, faiblesse, alcoolisme…Pour les femmes, les personnalités sont très diverses.
C’est donc, une lecture au long cours (encore plus pour moi qui lis en VO, lentement). Je ne me suis jamais ennuyée. J’ai un peu regretté que le contexte politique ait été un peu négligé.
Surprise! Le ciel est dégagé, le soleil brille. Du gîte on voit Mizen Head. Quelle merveille !
Le soleil donne une tout autre atmosphère à la route de Bantry. Elle tortille entre les hautes haies ou les bosquets qui forment un tunnel de verdure. Le haut des collines est boisé. Les bruyères violettes, les fuchsias sont rouges éclatants. C’est bien agréable de passer à Glengarriff sous le soleil. A la sortie du village, les chênes centenaires aux troncs moussus les sous bois de digitales fleuries et de fougères-aigles sont magnifiques.
Caha Pass est spectaculaire, paysage de haute montagne pelé avec des sommets déchiquetés . Nous admirons le panorama sur Glengarriff. Après un tunnel nous entrons dans le comté du Kerry.
Dans la descente nous passons à côté de la « vue du Druide » avec cottages, chaumières à proximité d’un dolmen sur le bord de la route. A l’entrée de Kenmare il y a un petit lac.
En panne à Kenmare
En cherchant les panneaux, on n’a pas vu la pierre. A l’entrée du village, devant la pâtisserie « Gourmet », la voiture s’immobilise : pneu avant-gauche, à plat. La postière est très gentille. Elle appelle deux garagistes, le premier viendra dans 1h30,, l’autre 20 minutes. Nous nous attablons à la petite table de la boulangère toulousaine. Je prends un café serré dosé français – et on attend. Tout le monde est charmant, la postière attentive sort plusieurs fois de son guichet pour venir aux renseignements. J’en profite pour me promener dans la rue principale de Kenmare est une jolie ville colorée avec de nombreux commerces. Le magasin de cycles juste en face, vend des cartes postales, la quincaillerie très pittoresque vend de tout. Les boutiques sont pimpantes et colorées. . Le garagiste avait promis 20 minutes, ce sera plutôt une heure
Vers midi nous sommes prêtes à repartir sur le le Ring of Kerry sur la Wild Atlantic Way qui fait le tour de la péninsule.
De Kenmare à Sneem , la route est droite, une trentaine de kilomètres le long de la côte. Souvent la mer est cachée par de grands camélias et des rhododendrons géants qui forment des haies parce qu’on les taille soigneusement. Sneem est chic, le Général de Gaulle y a séjourné. De l’autre côté de la baie on voit les sommets déchiquetés de la presqu’île de Beara où se trouve la Hungry Hill du roman de Daphné du Maurier. Les nuages s’accumulent sur ces sommets et la mer est gris foncé.
Bel endroit pour un pique-nique
Nous avons acheté à la boulangerie de Kenmare deux belles parts de quiche et cherchons un coin « avec vue ». Avisant un panneau « quai des ostréiculteurs » nous en déduisons que l’eau ne doit pas être loin. La petite route sinueuse est encadrée par deux hauts talus. Pour laisser passer un camping car, Dominique recule jusqu’à ce qu’elle se rende compte que la route arrière droite est tombée dans un trou. L’Anglais descend du camion. Il est jeune avec une allure de hippie, cheveux longs, catogan. Il inspecte le fossé. C’est mou avec de l’herbe et de la mousse. Il appelle sa compagne, se déchausse, se met au volant et demande à la fille de s’asseoir sur le capot à l’avant gauche. Effet de bascule, la Polo sort du trou en douceur. Deux pannes à la suite ! Et pourtant nous restons zen. Emerveillées par le paysage, rochers nus, herbe rase, bruyère et moutons en liberté. Nus atteignons le quai de pierre d’un minuscule port bien à l’abri dans un chenal protégé par deux grosses têtes rocheuses aux pentes vertes enherbées où se détachent les silhouettes de quelques moutons marqués de vert. Eau limpide, un rayon de soleil pour oublier les soucis !
fort de Staigue
Le fort Staigue à l’écart de la route. C’est un fort circulaire en pierres sèches construit plusieurs siècles avant notre ère « domaine d’un riche propriétaire ou d’u chef qui avait besoin de sécurité » ai-je recopié. Les murailles circulaires livrent peu d’enseignements. Je pense aux nuraghe sarde ou à Citânia de Briteiros au Portugal.
pierre Oghamique
La Wild Atlantic Way passe par Caherdaniel où l’on peut visite Derrynane la maison de Daniel O‘Connell « le Libérateur » après un détour minime. On descend dans un creux occupé par un marais, de là on découvre une belle plage qui s’étire au soleil. Devant le marais se dresse une pierre Oghamique. Ces pierres dressées ressemblent à des menhirs. Elles sont entaillées de rayures et d’encoches correspondant aux lettres de l’alphabet latin. Ce sont souvent des stèles ou des pierres tombales. Les entailles donneraient le nom du défunt (explication de l’audiovisuel de l’oratoire de Gallarus à Dingle).
Derrynane
La demeure de Daniel O’Connell est entourée d’un jardin que je traverse à grand pas regrettant de ne pouvoir m’y attarder.Grande bâtisse grise recouverte d’ardoises carrées avec une aile à pignons triangulaires blancs et une chapelle . Avant la visite, on assiste à la projection d’une vidéo de 20 minutes présentant Daniel O’Connell. Biographie illustrée par des gravures d’époques et de tableaux. C’est passionnant.
Derrynane est la maison de son oncle. Daniell fut envoyé à l’école en France pendant la Révolution française mais il l’a fuie au moment de la Terreur pour poursuivre à Londres et à Dublin des études de Droit. Inspirée par la Révolution américaine et la Révolution Française il y eut aussi une Révolution irlandaise en 1798. O’Connell était un avocat respecté. Dans un duel en 1815, il tua son adversaire et en ressentit de vifs remords. IL se fit le champion de l’émancipation des Catholiques. En 1823, fonda l’Association des Catholiques. En 1826 des candidats furent élus supportant l’émancipation des catholiques ; O’Connell t élu au Parlement de Westminster refusa de prêter serment. Le 13 avril 1829 fut votée la loi sur l’Emancipation des Catholiques.
Sa dernière croisade fut autour d’un Parlement irlandais, en 1843 40 meetings se tinrent sur ce thème et O’Connell fut arrêté pour sédition puis libère le 4/09/1844 et porté en triomphe à Dublin. Il meurt à Gênes au cours d’un pèlerinage à Rome.
La maison est une belle demeure bourgeoise mais c’est la rencontre avec ce personnage que je ne connaissais pas qui est émouvants.
Retour sur la Wild Atlantic Way , route panoramique dont le tronçon “Ring of Kerry” est spectaculaire, corniche montant jusqu’à la Coomakesta Pas. En dessous des petites maisons se détachent sur l’herbe verte, des rochers frangés d’écume. Le trafic est dense, nous croisons de nombreux cars de touristes. A Waterville, distraites par la statue de Charlie Chaplin en bronze qui attire les adeptes des selfies nous perdons l’Atlantic Way et errons dans les cottages de vacances de la station balnéaire.
Pormaghee
L’heure tourne, passé 17heures, il reste encore une longue route d’autant plus que nous avons prévu un détour (17kmx2) pour le petit port de Pormaghee, tout petit village d’une douzaine de maisons à étages couvertes de toits d’ardoises et peintes de couleurs vives, rouge vif, blanc, rose, vert, violet qu’on peut photographier du port avec des bateaux de pêche. Un pont relie l’île Valentia.
Madame GPS annonce encre 1h39 de route. La route longe la côte nord, plus austère et plus rectiligne. Phénomène étrange, deux cordons dunaires d’une bonne longueur semblent fermer la baie de Castelmaine (notée sur la carte Castelmaine Harbour) sédiments apportés par la petite rivière Maine. 19heures, nous dépassons Castelmaine, fatiguées et pressées d’arriver à Dingle.
Gamekeeper, Dingle
B&B Gamekeepers
19h45, je téléphone à Rita. Nous l’attendons à la station Texaco puis suivons sa voiture dans la campagne jusqu’à sa ferme.
Les chambres sont à l’étage, 4 chambres remplies de lits, quelques cintres sous une étagère. Murs blancs, couettes blanches à motifs de ressorts gris soulignés par un jeté de canapé rouge aux pieds. Seuls décors : une grande glace et un abat-jour très original qui habille la lampe du plafond. C’est très simple, basique. On ne déballera pas les valises. Salle de bain et WC à partager.
le salon de Jim : convivialité et confort pour hôtes et invités
En revanche, au rez de chaussée la pièce à vivre est très cosy, des fauteuils très profonds, une belle table en bois. C’est le salon des hôtes comme des invités de passage. La convivialité est de mise. Rita nous met à l’aise tout de suite. Elle offre la « cup-of-tea » obligatoire aussi britannique qu’irlandaise. Comme Dominique la décline, elle débouche une bouteille de vin blanc qu’elle partage avec nous. Pas de chichis, si nous désirons faire la cuisine nous pouvons le faire dans sa cuisine (la table est occupée par son ordinateur). Ici c’est B&B, elle ne fait pas restaurant ! Rita me fait goûter ses saucisses et le pain qui vient de sortir du four.
Jim a des vaches, des moutons et 3 cochons (plus que deux puisque le charcutier vient d’en tuer un. Les saucisses sont toutes fraîches du jour. Rita a aussi fait du boudin (black pudding – ce n’est pas du gâteau). Nous étalons les rillettes de maquereaux (cadeau de Liam) sur le pain tout chaud de Rita. Avec du fromage de Dublin, friable qui ressemble un peu au parmesan et du yaourt acheté à Castelmaine. Le pain à l’avoine et aux noix est un délice.
Garnish Island : L’île-jardin son campanile et son pavillon sur le jardin italien
8h30, départ sous les nuages, par Skibbereen, Ballydehob, itinéraire connu. Plaisir de traverser la campagne tranquille? au petit matin. Dès que la route grimpe au flanc des collines, nous retrouvons les nuages accrochés au Mont Gabriel (402m). La pluie s’invite. Elle ne nous quittera plus de la journée.
Bantry est une ville avec quelques immeubles, des quais, un centre coloré.
Ilnacullin
Sans nous y attarder nous poursuivons jusqu’à Glengarrif d’où nous embarquons sur le petit ferry de Garnish Island – île transformée en jardin par les Bryce ? Le bateau est confortable et fermé, le passage dure à peine 15 minutes mais coûte 12€. Juste avant l’arrivée, le capitaine nous appelle « phoques ! » : ils sont cinq, couchés sur un îlet, la queue en l’air, tendus comme des arcs, immobiles, dormant sans doute – rencontre inattendue qui fait plaisir.
troncs contournés luisants sous la pluie
Sous la pluie, nous découvrons des arbres exotiques aux troncs contournés, étonnants. Les camélias arborescents doivent être splendides à la floraison. Nous montons le long du mur enclosant le « jardin dans les murs » et arrivons à la maison des Bryce. On nous prie d’enlever nos manteaux mouillés pour une visite guidée, rien que pour nous.
La guide nous présente les personnages dont nous allons découvrir l’intimité. Margaret O’Sullivan, arrivée comme jeune bonne, adolescente, est restée jusqu’à sa mort passé 90 ans dans la maison. Murdo Mac Kenzie, le jardinier écossais, et la famille Bryce : John Annan Bryce, riche diplomate sa jeune femme Violet et leurs quatre enfants. C’est l’histoire de la création d’un jardin sur une île rocheuse quasiment déserte. C’est aussi l’histoire d’une famille et de leurs parents et amis. La conférencière raconte avec une g vivacité, un grand enthousiasme. Elle fait vivre les objets ayant appartenu aux Bryce. Aux murs de belles aquarelles offertes par une amie de la famille, des portraits et des silhouette de la Reine Victoria, de Kipling, Bernard Shaw et d’autres britanniques célèbres que les Bryce recevaient , intellectuels et artistes.
Violet, veuve jeune, consacra sa vie à la maison et son jardin, relayée par son fils Roland.
L’île est entièrement couverte de végétation. En 1910, lorsque ils l’ont acquise c’était un rocher. Il a fallu terrasser, fabriquer un sol avec du compost pour que la verdure s’installe. L’architecte Peto et le jardinier expert ont imaginé plusieurs jardins.
Le jardin enclos de murs était autrefois un potager et un verger. Les habitants de l’île vivaient en autosuffisance. Il y avait même une laiterie mais le lait venait de la terre ferme .
Une grande pelouse sur laquelle on pouvait jouer au croquet ou au tennis précédait la Casita , pavillon tout en longueur très bas et ouvert, qui me fait penser plus au Vietnam qu’à l’Italie. Les colonnes sont de marbre précieux, irlandais, de Carrare ou des îles grecques. On peut s’y abriter par un jour pluvieux . De l’autre côté, un bassin allongé avec un pavillon rappelle l’Alhambra de Grenade. Autour, des bégonias donnent de la couleur.
De hautes bruyères presque arborescentes perdent leurs fleurettes roses. Un peu plus loin c’est une « jungle » de fougères arborescentes et d’arbres exotiques de provenance parfois lointaine, Nouvelle Zélande, Australie ou Amérique du sud.
Traversant la « jungle », j’arrive à la « vallée enchantée » qui relie les escaliers montant d’un côté au « temple grec » de l’autre à la Tour Martello, unique construction antérieure à l’installation des Bryce, elle fut construite au temps des guerres napoléoniennes en 1801 alors que l’Angleterre craignait une intervention française. A deux reprises les Français ont tenté de débarquer dans la région, alliés aux Irlandais rebelles au 17ème siècle et en 1796 et en 1798.
La pluie a redoublé. Elle ne nous pas gêné pendant la visite des jardins mais contraint à pique-niquer dans la voiture à la sortie du village.
jardin de bambous
Le Jardin des Bambous à l’entrée de Glengarriff est ouvert mais il n’y a personne, ni à la billetterie ni au salon de thé, seulement un papier invitant à entrer « Entrez, vous paierez après ». Sous une pluie de mousson je m’engage dans une allée entre bambous et fougères arborescentes, je me sens transportée en Birmanie ou en Thaïlande. Un petit étang avec des nymphéas. Je retrouve les latitudes européennes à quelques pas des bambous sur le bord de l’Atlantique bien gris et peu accueillant aujourd’hui.
Bantry house vue du haut de l’escalier
Bantry House est un grand château bien caché derrière de grands murs à l’entrée de la ville de Bantry. La promenade dans les jardins est superbe. Le château de briques et de pierre couronné de balustres. Il est encadré par les « écuries » (West et East stables) très élégantes dont l’entrée est surmontée par une sorte de coupole dépassant de la verdure et soutenue par des colonnes. Le jardin à la française avec des buis et des ifs taillés en topiaires a en son centre un bassin rond sous une couronne de verdure ; Dans l’axe de la maison, un escalier moussu de 100 marches, s’élève dans la colline. Du haut de l’escalier la vue est mer veilleurs sur le parterre, le château et plus loin, la baie.
l’escalier moussu
A certaines heures, la visite du château est guidée. Sinon, on a laissé aux visiteurs des notices plastifiées qui permettent de se retrouver dans les tapisseries d’Aubusson (fort belles) les tapis de la Savonnerie (je ne les aime pas), les portraits de la famille White (Richard White (1800-1865)17 second Earl of Bantry fut l’initiateur des jardins et le collectionneur des œuvres d’art.
Après la visite si sympathique du cottage des Bryce, cet étalage de luxe fané et poussiéreux me semble prétentieux et ennuyeux. Les touristes nombreux livrés à eux –mêmes, errent leur notice plastifiée à la main. Les trop nombreux panneaux « ne pas s’asseoir », « ne pas prendre de photo », « ne pas marcher sur le tapis » gâchent la visite.
Devant Bantry House, la terrasse gazonnée est gardée par plusieurs canons déployés en batterie. Des massifs de fleurs entourent les statues (copies de Canova). Celui de Diane m’a bien plu.
Nous rentrons au gite boucler les bagages ; Liam vient nous dire au revoir. C’est un hôte parfait : discret et efficace. C’est lui qui nous a conseillé les promenades à Glengarriff et d’autres si le temps avait été meilleur. Il est heureux de recevoir des étrangers, il a grandi dans un B&B, enfant il aidait à la préparation des petits déjeuners, des lits…
Merci à Babelioet aux éditions Gallimard de m’avoir permis de lire en avant première Judas d’Amos Oz avec le plaisir de la la découverte!
Amos Oz est un auteur que je suis depuis longtemps. J’ai toujours plaisir à me plonger dans son univers. Judasse déroule à Jérusalem dans l’hiver 1959-1960. La ville est encore divisée. Le souvenir de La Guerre d’Indépendance et du siège de Jérusalem est encore présent.
Schmuel Asch est étudiant. Il rédige un mémoire sur Jésus dans la tradition juive. Son amie vient de le quitter, son père, de faire faillite. Il trouve un travail singulier : tenir compagnie à un septuagénaire infirme, Wald, quelques heures en soirée, lui faire la conversation, lui servir du thé… en l’échange du gîte et du couvert. Dans la maison règne Atalia, femme belle mais étrange, qui fascine Schmuel.
Schmuel est un garçon sensible mais véléitaire, maladroit, révolutionnaire, solitaire. J’ai mis du temps à m’attacher au personnage « révolutionnaire de pacotille, tout juste bon pour le café du commerce… » . Son histoire d’amour pour Atalia, plus âgée que lui, indépendante qui joue de son pouvoir de séduction, ne m’a pas intéressée. Ce genre d’histoire ne mène à rien, Wald l’avait prévenu dès le début.
Un des thèmes de ce roman est la perception de Jésus par les Juifs au cours des siècles et les rapports entre le christianisme et la judéité de Jésus. Controverses moyenâgeuses perverses auxquels les rabbins et érudits doivent se soumettre…
« Ce qui ne m’empêche pas de me demander ce que seraient devenus le monde et les Juifs s’ils n’avaient pas rejeté Jésus. Je n’arrête pas de penser à celui qui l’a livré à ses ennemis pour trente pièces d’argent. Cela vous paraît logique à vous?Judas était riche et possédait des terres à Kerioth, paraît-il. Trente pièces d’argent! Trois fois rien. Le prix moyen d’un esclave.
Le personnage de Judas : le traître, dans la tradition chrétienne, le Juif, lui paraît essentiel. Que Jésus soit juif ou pas, n’est pas le plus important dans le rejet des Juifs par les Chrétiens, c’est plutôt l’identification des Juifs à Judas, le traître. L’hypothèse de Schmuel est que Judas est au moins aussi important que Jésus dans la naissance de la nouvelle religion.
Ce serait lui qui aurait orchestré la crucifixion croyant que le miracle aurait lieu qui persuaderait toute l’assistance, et tout Jérusalem, de la mission de Jésus. Judas aurait eu trop confiance. Plus que Jésus lui-même, qui ne voulait pas aller à Jérusalem.
En revanche, Shealtiel Abravanel, le père d’Atalia, est un personnage original et passionnant dont on découvre l’identité et les idées au cours du roman. Schmuel va mener l’enquête aux archives pour comprendre comment ce dirigeant sioniste a disparu de l’actualité à la veille de la résolution de l’ONU donnant naissance à l’Etat d’Israël. L’unanimité s’est faite autour de Ben Gourion pour la partition de la Palestine et la création d’un Etat juif. Unanimité sauf Shaltiel Abravanel contraint de démissionner. Abravanel, le traître, qui s’est cloîtré dans la maison où travaille Schmuel.
« Ils l’appelaient traître parce que, en 1947 et même en 1948, en pleine guerre d’indépendance, il ne démordait pas de l’idée que la décision de créer un Etat juif constituait une erreur tragique. »
Le thème du traître met en parallèle Judas et Shaltiel Abravanel. Encore faut-il définir la traîtrise!
« Il écouta Schmuel s’étendre sur le mot « traître » qu’il fallait plutôt interpréter comme un titre d’honneur. »
Traîtres, le Général de Gaulle, qui a donné l’indépendance aux Algériens? Le prophète Jérémie? Abraham Lincoln?, les officiers allemands qui tentèrent d’assassiner Hitler? Théodor Herzl fut accusé de traîtrise parce qu’il avait envisagé la création d’un Etat Juif hors de Palestine. Même Ben Gourion quand il accepta la partition du pays en deux états…..
Ce livre s’inscrit aussi dans une réflexion sur la création de l’Etat Juif, remet en causse une unanimité aussi bien dans la Communauté juive que dans le concert des nations à l’ONU en 1947-48.
Abravanel : « Après de longues années de discussions avec ses amis en Palestine et dans les pays voisins, il était parvenu à la conclusion que la principale préoccupation des Arabes tournait autour de la supériorité des juifs en matière de compétence, de technologie, d’ingéniosité et de motivation[….]d’après lui, il redoutait moins le petit embryon sioniste que le géant destructeur qu’il contenait en germe… »
Abravanel, qui se disait sioniste et qui avait travaillé dans les institutions sionistes du temps du Mandat britannique en arrivait à une remise radicale de la notion d’Etat :
« Abravanel ne croyait pas à l’idée d’un état. Pas même binational. ni à une confédération judéo-arabe. Pour lui, un monde morcelé en une centaine de pays avec des postes-frontières, des barbelés, des passeports et des drapeaux, des armées et des monnaies différentes était une illusion archaïque, primitive, meurtrière, un anachronisme qui ferait long feu…. »
Les idées d’Abravanel, si décalées, si minoritaires, peuvent elles trouver un écho actuellement? Le roman qui se déroule il y a plus d’un demi-siècle, ne le dit pas.