L’Orientalisme – Edward Saïd

VOYAGE EN ORIENT

Le_Bain_Turc,_by_Jean_Auguste_Dominique_Ingres,Avant d’avoir lu L’Orientalisme de Saïd, l’Orientalisme  évoquait des images, peintures de Delacroix, d‘Ingres, Chasseriau que j’ai vues dans de belles expositions il y a quelques temps. L‘Orientalisme rassemblait de nombreux textes, récits de voyages ou de pèlerinage, de Chateaubriand à Loti, en passant par Byron, Lamartine et Nerval (mon préféré).

Exotisme, évasion, couleurs….

Delacroix_053L’Orientalisme, pour Saïd est loin de cette version esthétisante et lénifiante

« L’orientalisme est une école d’interprétation dont le matériau se trouve être l’Orient, sa civilisation, ses peuples et ses milieux. »

« L’orientalisme n’est pas seulement une doctrine positive sur l’Orient, existant à toute époque en Occident, c’est aussi une puissante tradition universitaire  »

Cette doctrine façonnée par des Européens était au service de la colonisation britannique et française.

A la veille de la Première guerre mondiale 85% des terres étaient dominées par les Puissance européennes et les administrateurs se sont appuyés sur les travaux des Orientalistes. L ‘occupation par les Européens  de la totalité du  Proche Orient en 1918.

orientalisme said

Triple acception du concept : culturel, universitaire et politique. Concept politiquement très incorrect pour l’auteur, universitaire, Palestinien et Américain, « oriental » à la croisée des cultures.

Pour démontrer cette thèse Said va faire un panorama très complet de la culture orientaliste. Said est un véritable érudit. Il fait référence à Dante ou à Foucault, en passant par Flaubert et Gramsci, Marx ou Walter Benjamin.

D’entrée de jeu, il donne la parole à   Balfour aux Communes en 1910, démontrant la capacité britannique à administrer  l' »oriental« , qui mieux que les britanniques connaissent l’oriental? Livre politique, donc, mais pas que….La grande érudition de Said nous promène dans le Pré-romantisme, de la Flûte enchantée au divan Occidental-oriental de Goethe, puis un inventaire à la Bouvard et Pécuchet va examiner en détail l’Orientalisme du 19ème siècle, période Romantique, positiviste où tout va se mettre en place pour la colonisation et l’Impérialisme britannique et dans une moindre mesure français.

Chaque fois, l’auteur replace la création artistique et la recherche universitaire dans une perspective historique, les évènements incontournables étant l’expédition de Bonaparte et la Description de l’Egypte puis le creusement du Canal de Suez.

Un grand chapitre est dédié aux savants Silvestre de Sacy, Renan et Marx, trop ardu pour la lectrice profane qui a lu en diagonale.

La partie qui m’a parlé le plus est : Pélerins et pélerinage, anglais et français ou j’ai retrouvé mes chers écrivains ainsi que d’autres, Lane, Disraeli, Mark Twain que je n’ai pas lus, Burton à découvrir et – coïncidence – Walter Scott et le Talisman que je viens de terminer. Je suis surprise de lire que Saïd prend pour de la condescendance la relation de l’Écossais à Saladin, reconnaissant ses mérites en particulier mais méprisant son peuple en général. J’avais pensé – au contraire – que le beau rôle revenait à Saladin, plus courtois, plus généreux et plus intelligent que les Chevaliers brutaux et grossiers. Chateaubriand ne sort pas grandi de l’analyse de Saïd : égocentriste « je parle éternellement de moi » à tel point que Stendhal a écrit « je n’ai rien trouvé de si puant d’égotisme, d’égoïsme » sans parler des préjugés qu’il trimballe dans son Itinéraire. Lamartine, non plus ne passe pas l’examen « il devient l’incorrigible créateur d’un Orient imaginaire » plus préoccupé de l’administration du Liban par la France que d’une observation impartiale. Quant à Nerval, dont j’ai adoré le Voyage en Orient, il aurait copié les pages pittoresques dans l’ouvrage de Lane.

L’Orientalisme du 20ème siècle est d’abord celui de l’Empire britannique, Sykes, Lawrence… pour être relayé récemment par un Orientalisme qui ne dit plus son nom, moins poétique des area studies non moins empreints de stéréotypes et de condescendance que l’Orientalisme ancien.

C’est donc un voyage culturel passionnant que la lecture de ce pavé.

Un reproche toutefois, Saïd veut faire exhaustif et ignore le raccourci. Les explications sont souvent redondantes et indigestes. Parti pris historique qui ignore l’empire Ottoman, au 18ème et au 19ème siècle, jamais pris en compte, qui ignore Mehemet Ali aussi et passe sous silence les travaux des archéologues comme Mariette. Préjugés bien anglo-saxons quand il parle de l’influence française au Proche-Orient, légèreté et séduction….

 

 

 

 

Les Croisades vues par les Arabes – Amin Maalouf

VOYAGE EN ORIENT

croisades

Téléchargé sur ma liseuse à la suite du Talisman de Walter Scott, lu immédiatement après l’Orientalisme d’ Edward Said…

Les Croisades n’ont pas été seulement « vues » par les Arabes, elles ont été racontées par des chroniqueurs témoins des évènements. Maalouf puise dans ces écrits pour faire un récit pittoresque de deux siècles d’histoire (1096 – 1291) du Proche Orient. Ce n’est pas un roman historique c’est un livre d’histoire qui se lit comme un roman, avec des intrigues, ds rebondissements, des personnages hauts en couleur, des traîtres et des sultans chevaleresques, des chevaliers barbares, d’autres éclairés, des esclaves et même une sultane d’Égypte….

En Occident, on a l’habitude de numéroter les Croisades, la 1ère celle de Pierre  l’Ermite et Godefroy de Bouillon, la 4ème du Doge Dandolo, les 7ème et 8ème avec Saint Louis. Maalouf adopte une autre chronologie : le livre est découpé en six parties  l’Invasion (1096 -11oo), l’Occupation (1100-1128), la Riposte (1128-1146), la Victoire (1146-1187), le Sursis (1187-1244), l’Expulsion (1224-1291). Les croisades ne sont pas envisagées en une confrontation religieuse mais plutôt comme un processus de colonisation. Si la religion est invoquée, c’est le djihad qui devra délivrer les musulmans des occupants, et cela ne marche pas très bien.

L’invasion

« En juillet 1096 des milliers de Franj approchent, quelques centaines de chevaliers un nombre important de fantassins armés et des milliers de femmes, d’enfants, de vieillards en guenilles : on dirait une peuplade chassée par un envahisseur »

Comment cette troupe saura-t-elle s’imposer face à l’Empire Byzantin et face aux turcs seldjoukides qui s’imposent face à lui. C’est que l’Orient musulman est divisé!

« depuis 1055, le calife de Bagdad, successeur du Prophète et héritier du prestigieux empire abbasside n’est qu’une marionnette docile entre leur (des Seldjoukides) mains »

Les Seldjoukides ne forment pas un empire centralisé, les différents chefs se jalousent de guerroient. « entre cousins seldjoukides, on ne connait nulle solidarité : il faut tuer pour survire. « 

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Les Croisés vont profiter de ces rivalités et s’imposer en se taillant des fiefs à Edesse,  Antioche , ville où les chrétiens d’Orient sont nombreux, prenant Jérusalem en 1099, assiégeant toutes les villes importantes de la côte : Tyr, Saïda, Tripoli….

La cruauté de la conquête est atroce . Le cannibalisme de Maara (relaté par Walter Scott) atteste de la barbarie des occupants. Jérusalem est saccagé sauvagement sans même épargner les coreligionnaires – Grecs, Géorgiens, Arméniens, Coptes ou Syriens.

« Face au morcellement irrémédiable du monde arabe, les Etats francs vont apparaître d’emblée par leur détermination, leurs qualités guerrières et leur relative solidarité comme une véritable puissance régionale »  .

le château fort de Yehiam
le château fort de Yehiam

Intervient aussi l’influence d’une curieuse secte celle des Assassins qui brouille les pistes.

La Riposte

La première victoire significative (1148) du camp musulman est la débâcle devant Damas de l’empereur allemand Conrad. Le héros de cette période de Victoire  est Noureddin,  prince intègre et très pieux qui lance une véritable propagande, commandant des poèmes, des lettres, aux mots d’ordres simples

« Une seule religion, l’islam sunnite [….un seul état pour encercler les Franj de toutes parts; un seul objectif, le jihad, pour reconquérir les territoires et surtout libérer Jérusalem »

Suppression des impôts, interdiction de l’alcool (et du tambourin), simplicité des tenues cet islam est rigoriste

« Quel est le chien Mahmoud pour mériter la victoire?  » – dit -il de lui-même « De telle démonstration d’humilité lui attireront la sympathie des faibles et des gens pieux, mais les puissants n’hésiteront pas à le taxer d’hypocrisie »

En face se dressent des croisés pas très recommandables comme le Prince Renaud chevalier-brigand d’Antioche « assoiffé d’or, de sang et de conquêtes ».

Le théâtre des opérations militaires va se déplacer vers l’Égypte autour des années 1160. Saladin va succéder à Noureddin au moment où Amaury , roi de Jérusalem lègue son royaume à son fils Baudouin IV, le roi lépreux. Saladin va reconquérir Jérusalem sans effusion de sang, sans destruction, sans haine. 

« certes on ne peut reprocher au sultan la magnanimité avec laquelle il a traité les vaincus. Sa répugnance à verser le sang inutilement, le strict respect de ses engagements, la noblesse émouvante de chacun de ses gestes… »

Une nouvelle croisade, la 3ème en 1191 voit débarquer Frédéric Barberousse Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Conrad de Montferrat  qui feront le siège d’Acre que raconte le Talisman de Walter Scott. Je découvre avec étonnement que le roman de Scott est très proche de la réalité historique;

« entre deux escarmouches, chevaliers et émirs s’invitent à banqueter et devisent tranquillement ensemble, s’adonnant parfois à des jeux… »

Maalouf note que « Richard lui-même est fasciné par Saladin. dès son arrivée, il cherche à le rencontrer »mais la rencontre imaginée dans le roman ne se fera jamais.

« les rois ne se rencontrent qu’après conclusion d’un accord. De toute manière, ajoute-t-il, je ne comprends pas ta langue et tu ignores la mienne, et nous avons besoin d’un traducteur en qui nous ayons tous les deux confiance. que cet homme soit donc un messager entre nous. » aurait répondu Saladin.

L’histoire du mariage envisagé entre la sœur du roi d’Angleterre avec le frère de Saladin est aussi véridique. De même la colère de Richard contre le marquis de Montferrat qu’il fera assassiner. Richard doit retourner en Angleterre :

« un mois après la conclusion de la paix; il quitte la terre d’Orient sans avoir vu ni le Saint-Sépulcre ni Saladin ».

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Fréderic 2

L’essentiel des affrontements, pendant après 1220 se feront en Égypte. Arrive en  1128, Frédéric II qui a épousé en 1225 Yolande reine de Jérusalem.

« dès son arrivée de Palerme, celui-ci (l’émir Fakhreddin) est émerveillé : oui tout ce qu’on dit de Frédéric est exact! Il parle et écrit parfaitement l’arabe, ne cache pas son admiration pour la civilisation musulmane, et se montre méprisant à l’égard de l’Occident barbare et surtout du pape de Rome la Grande »

A la suite de la crise de Damiette et d’une campagne égyptienne où les armées arabes et franques s’enlisent,

« Frédéric obtient Jérusalem, un corridor la reliant à la côte ainsi que Bethleem, Nazareth, les environs de Saïda. « .

Seventh_crusade

Le dernier épisode, L’Expulsion se fait sous la menace Mongole. En 1248 Louis IX arrive en orient avec l’idée de conclure une alliance avec les Mongols pour prendre le monde arabe en tenaille. Il se lance dans une campagne égyptienne, remportant un succès décisif à Damiette , on lui propose d’échanger Damiette contre Jérusalem mai le roi de France refuse. A la suite de ces guerres, Maalouf note un évènement déterminant pour la région  : l’avènement des Mamelouks au pouvoir en Égypte. Un étrange épisode amène au pouvoir une sultane puis Baibars .

J’ai dévoré cette histoire comme un roman. Dans l’épilogue, Maalouf montre que:

« alors que pour l’Europe occidentale, l’époque des croisades était l’amorce d’une véritable révolution, à la fois économique et culturelle, en Orient, ces guerres saintes allaient déboucher sur de longs siècles de décadence et  d’obscurantisme »

Le souvenir de ces croisades est encore prégnant dans la région.

« A la veille du 3ème millénaire  les responsables politiques et religieux du monde arabe se réfèrent constamment à Saladin, à la chute de Jérusalem et à sa reprise. Israël est assimilé, dans l’acception populaire comme dans certains discours officiels, à un nouvel État croisé. »

 

 

 

Le Talisman – Walter Scott

CHALLENGE ROMANTISME

scott talisman

Lecture commune avec  Nathalie, claudialucia, eegab

J’aime beaucoup Scott, Ivanhoé mais surtout Rob Roy .

J’ai donc téléchargé avec enthousiasme le Talisman(en anglais) sur ma liseuse avec le confort du dictionnaire intégré.

Le début du livre m’a transportée : une curieuse histoire d’anthropophagie, en apéritif, avant que ne s’ouvre le livre, puis une promenade dans les montagnes désertiques de Judée jusqu’à la Mer Morte en compagnie du chevalier du Léopard et d’un Sarrasin très chevaleresque. Chevalerie et conte oriental.
Rencontre avec un ermite à l’allure de saint Jean Baptiste dans les cavernes….reliques et procession de femmes.Un bouton de rose tombe, pas franchement par hasard. et voilà le chevalier (à la rose) qui se dévoue à sa dame.  Amour courtois.
et grand plaisir de lecture.
Malheureusement l’action s’enlise dan le camp des Croisés. Richard Cœur de Lion. le roi anglais est malade,. Pendant la trêve conclue avec Saladin, les Croisés s’ennuient et les intrigues vont bon train. Discours interminables. Rivalités, beuveries…En bon écossais Scott ne peut s’empêcher d’analyser les relations entre Anglais et Écossais. Et moi, je m’ennuie.

Saint Trophime Arles, croisades
Saint Trophime Arles, croisades

Bien sûr il y a quand même de l’action.
La bannière anglaise est volée…l’écossais est condamné. La dame à la rose, Edith Plantagenet, a joué un rôle équivoque…
Heureusement, l’Écossais reprend la route avec une caravane. A nouveau de l’action et les charmes de l’Orient. Chaque fois qu’on en revient à Richard Cœur de Lion, les discours verbeux ralentissent l’intrigue. Certes, il est répété  que Richard est le plus brave, le plus valeureux…mais on ne voit pas en quoi. Il est plutôt colérique et grossier.  Le rôle le plus chevaleresque revient à Saladin qui envoie généreusement son médecin le Hakim, puis un esclave nubien et enfin qui va présider au tournoi qui départagera les intrigues des chrétiens.

Montefiore, dans Jérusalem biographie, donne une toute autre version de la 3ème Croisade (1189-1193) « Richard, toujours vêtu d’écarlate, la couleur de la guerre, brandissait une épée qu’il affirmait être Excalibur. En Sicile, il sauva sa sœur, la reine Jeanne[….]le 8 juin 1191 il toucha terre et rejoignit le roi de France qui participait au siège d’Acre. Au cors des opérations, les combats alternaient avec des périodes de fraternisation. Saladin et ses courtisans assistèrent à l’arrivée du roi d’Angleterre et furent impressionnés par la « grande pompe » de  « ce puissant guerrier » et sa « passion pour la guerre ». {….]le 20 Aout , il (Richard) fit aligner sur la plaine 3000 musulmans entravés, sous les yeux de l’armée de Saladin, et massacra les hommes, les femmes et les enfants. Saladin, horrifié lança sa cavalerie …par la suite il fit décapiter tous les prisonniers francs qui lui tombaient en tre les mains ».

L’épisode du mariage envisagé entre Edith Plantagenet et Saladin n’est pas une fantaisie   imaginée par le  romancier. D’après Montefiore, Jeanne, la sœur de Richard, aurait été promise, non pas à Saladin lui-même mais à son frère Safadin dans « un compromis  où les chrétiens garderaient le contrôle du littoral et auraient accès à Jérusalem ; les musulmans garderaient l’arrière-pays, Jérusalem devenant la capitale du roi Safadin et de la reine Jeanne, sous la suzeraineté de Saladin »

Je m’attendais à des chevauchées et des batailles épiques, à des massacres aux sièges d’Acre et d’Ascalon. J’en serai pour mes frais. La Croisade s’enlise. J’ai été très étonnée du parti pris de Scott de donner le beau rôle à Saladin. Chateaubriand, avait donné une version beaucoup plus brillante et plus partiale des Croisades. Le côté « conte oriental » fait plus penser aux écrits de Nerval.

Edward Said dans l’Orientalisme fait allusion au combat singulier entre le chevalier du Léopard Rampant et Saladin mais il ne tire pas la même conclusion : il accuse Scott de condescendance désinvolte , l’Écossais reconnaissant la valeur individuelle de son adversaire « en particulier » tandis que le peuple « en général » serait méprisable. Cette scène, selon Said, malgré l’exception évidente, témoignerait de l’attitude des orientalistes vis à vis des orientaux.

Le hasard a bien fait les choses en intercalant  la lecture commune, Le Talisman, dans la série de lectures sur Jérusalem de Vincent Lemire et de Montefiore, et celle de lOrientalisme de Edward Said. j’y trouve mon compte. Cependant Le Talisman n’est pas le meilleur Walter Scott

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Jérusalem – La biographie de Montefiore et l’opéra de Jordi Savall

JÉRUSALEM

Vu sur Mezzo, par hasard, Jérusalem de Jordi Savall,  sous-titré Opéra!

Premières vues, je ne reconnais pas Jérusalem mais Fès, que les images de la médina sont belles!

Opéra bâti sur le canevas chronologique : le chofar annonce la ville juive antique. Puis je reconnais du Grec, hellénistique ou byzantine? Les très anciennes mélodies arméniennes succèdent. Arrivent les Croisades. Espagnol, Catalan ou occitan? Les airs andalous sont aussi bien arabes que juifs ou espagnols. Une mélodie bosniaque, paroles en Ladino. parenté de ces musiques du pourtour méditerranéen, culture voisine. Le joueur d’oud est-il juif ou arabe? peut être est-il catalan. Jordi Savall a des airs de poète, de juif errant, de pâtre grec… on ne sent pas l’autorité du chef, seulement le plaisir partagé de la belle ouvrage.Pas seulement pour le plaisir : le chant des morts d’Auschwitz, Treblinka, Maïdanek, me donne des frissons. Quelle musique pourra lui succéder? Les plaintes arméniennes sur la ville d’Ani détruite…

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3000ans d’histoire, vu de Jérusalem qui fut juive, grecque, romaine, chrétienne, byzantine, arabe, croisée, mamelouke, ottomane, britannique, jordanienne et israélienne….
Ville du roi David, de Salomon, mais aussi d’Hérode,  Godefroi de Bouillon, de Saladin, même de Frédéric II et de Baibars, de Soliman le « second Salomon », puis des Familles palestiniennes Husseini ou Nusseibeh…des mystiques, Messies et faux Messies
Ville du temple détruit par Nabuchodonosor, par Titus, ville de Jésus, d’où Mahomet s’est élevé.

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De Jérusalem on peut raconter l’histoire des Perses, d’Alexandre, de Rome ou de Constantinople, celle de l’Egypte des Abassides, aux Fatimides, des Croisades, l’épopée de Bonaparte, celle de Lawrence d’Arabie, les intrigues britanniques de la Première ou de la Seconde Guerre Mondiale; la naissance d’Israël…
Montefiore est très bien placé pour raconter Jérusalem : un quartier de la ville porte le nom de son ancêtre.
J’ai eu du mal à accrocher au début, mythe et histoire tellement mêlés que je ne m’y retrouvais pas. mieux vaut relire la Bible, ai-je pensé, ou Flavius Josèphe.
Dès la deuxième partie, je me suis laissé emporter. j’ai beaucoup aimé la galerie de personnages. j’ai découvert des Reines alors que je n’attendais que des héros : Hélène, la première archéologue, mais aussi Eudoxie que j’ignorais, Théodora

Theodora à Ravenne
Theodora à Ravenne

que j’avais vue à Ravenne, et des Reines Croisées que je ne soupçonnais même pas. J’ai adoré les chevaleresques Richard Coeur de Lion et Saladin, le Roi lépreux…

Richar visite saladinJ’ai aimé rencontrer des érudits comme Maimonides ou le Rambam, Ibn Khaldoun, moins connu Evliya le derviche conteur, des aventuriers. Des missionnaires.
Une époque particulièrement vivante et bien racontée est celle de la Jérusalem cosmopolite, arabe, chrétienne, russe, britannique et juive, mondaine drôle opposée à celle mystique des pèlerins des trois religions.
Bien analysée, la politique britannique, parfois religieuse, parfois très cynique.

Un livre passionnant que j’ai dévoré.

Marrakech, les souks, l’éclipse

Atlantique, Anti-Atlas, Atlas et riads des 1001 nuit

 

 

Vue de la terrasse sur Marrakech et l'Atlas
Vue de la terrasse sur Marrakech et l’Atlas

 

De la terrasse haute où nous prenons le petit déjeuner, nous dominons une infinité de terrasses, de volumes compliqués, de patios, de puits de lumière. Les paraboles qui constellent les toits retirent un  peu de poésie, peut être ; mais correspondent tout à fait à la réalité d’aujourd’hui. Le moindre village du Haut Atlas capte le monde entier par le satellite. Le problème est de savoir ce qui fait rêver le Marrakchi  ou le Berbère de l’Anti-Atlas. Les feuilletons égyptiens ? Les séries françaises ou les prières d’Arabie ?

medersa Ben Youssef

Medersa Ben Youssef
Medersa Ben Youssef

La Medersa Ben Youssef, le musée de Marrakech, sont tout proches du riad. Il suffit de suivre notre parcours initiatique de couloirs et de souterrains, de déboucher sur la petite place triangulaire décorée par les tapis, de passer le Bain d’Or avec son auvent de tuiles vernissées, de dépasser la Maison de la Cigogne Dar Beladj . Au coin de la rue se trouve la medersa.

entrée du Hammam au Bain d'Or
entrée du Hammam au Bain d’Or

J’avais gardé un souvenir très vif de cette medersa toute en stuc et en cèdre. Je me fais une fête d’y retourner. Elle est là, comme dans mon souvenir. Sauf que le bassin est rempli d’eau et qu’il reflète la façade. Je m’amuse à photographier les reflets. Une jeune femme peint à l’aquarelle les zelliges bleues noires rouge et vertes aux couleurs des villes royales. Elle a apporté les entrelacs géométriques dessinés au compas. Elle pourrait sans doute les teinter chez elle. Probablement, elle est inspirée par la beauté et la sérénité de la medersa. Je m’attache à détailler les motifs de stuc. Impossible à décrire, ils sont si compliqués !Les portes de cèdre, les plafonds… chaque dessin est parfait.

Musée de Marrakech

Tableau au musée de Marrakech
Tableau au musée de Marrakech

L’impression de déjà-vu ne se produit pas au Musée. Les expositions temporaires changent tout le temps. Inégal intérêt pour la peinture. Magnifiques exemples de broderies, céramique de Fès, bijoux berbères et tapis de la région de Marrakech. Le Musée est situé dans un magnifique Palais. Des canapés invitent à la flânerie. La matinée s’écoule tranquillement.

Kouba almoravide

Intérieur de la kouba almoravide
Intérieur de la kouba almoravide

Nous ne connaissions pas la Kouba Almoravide . Petit mausolée blanc avec une coupole au décor compliqué. Pour admirer sa construction sophistiquée il faut descendre quelques marches et lever la tête. Tout un complexe hydraulique : fontaine, latrines, citerne… se trouve dans un  enclos.

maison de la Cigogne

Elle est fermée au public transformée en école d’art. Yannick, plus tard nous racontera qu’elle doit son nom à un hôpital pour oiseaux  comme il en existe en Afrique, cela fait rêver !

souks

Dans les souks lanternes et guéridons
Dans les souks lanternes et guéridons


Nous tournons dans les souks bien animés aujourd’hui. Un jeune s’adresse à nous. Il veut nous servir de guide. Comme nous déclinons son offre il  nous traite de « racistes, sales putes ! »C’est bien la première fois que nous avons un contact désagréable avec des Marocains. Nous poursuivons l’itinéraire du guide VISA jusqu’à la Fontaine Shrob et Shouf abritée sous un  magnifique auvent de bois. On jette un coup d’œil à un fondouk, ancien  caravansérail, occupé par des artisans ;

vol à l’arrachée

La promenade tourne mal. Dominique a l’habitude de porter son sac à dos sur une seule épaule. Un motocycliste tente de lui arracher. Comme elle retient le sac, elle est entraînée dans le pédalier de la mobylette et se retrouve par terre. Tout le monde accourt des échoppes environnantes. Un jeune s’excuse auprès de Dominique au nom du conducteur qui « ne l’a pas fait exprès » mai qui s’est sauvé dès qu’il a eu relever son engin. Dominique est sonnée. Son pantalon clair est tout maculé de boue. Nous préférons rentrer.

le petit salon dans le patio
le petit salon dans le patio

Dans le petit salon bordé de canapés roses attenant au patio, un homme bavarde avec Yannick.  Eric  nous conduit au riad du cousin après dix minutes de marche dans le souk. Quand on suit quelqu’un qui connaît, cela paraît tout simple !

le riad de ciment Marrakech et les promoteurs

Le riad du cousin ne ressemble pas au riad Jenaï : restaurations de ciment, patio couvert occupé par une petite piscine. 7 chambres qui s’ouvrent sur une galerie. Un joli petit hôtel ! Pas un palais historique. La conversation roule sur les tendances du marché immobilier. Conversation instructive ! Nous nous demandions qui étaient donc ces français qui achètent les riads. Des noms circulent, la jet set, des retraités fortunés, mais les autres ? Les agents immobiliers. Le prix des riads a monté en flèche. Les maisons d’hôtes sont innombrables. Le temps n’est plus où un amoureux de la médina consacrait ses économies à faire revivre un palais en ruine. Maintenant il s’agit d’investissements considérables. Et si ce n’étaient que des restaurations !  Les environs de Marrakech font l’objet de chantiers pharaoniques. Des dizaines de grosses villas cossues encore vides bordent la route de l’aéroport. A qui sont elles destinées ? Aux Marocains fortunés ? Aux touristes ? Aux Expatriés ? Si une bourgeoisie moyenne émerge au Maroc, ce n’est pas forcément une mauvaise chose.

Des publicités représentant ces villas ornées d’une coupole dans une palmeraie sont affichées dans le métro parisien. Pas d’hypocrisie ! Ce n’est pas le charme de la médina ni même le climat agréable ou l’exotisme qui est l’argument de vente. Seulement le profit ! Un taux de crédit intéressant, un investissement qui doit rapporter gros ! Pauvre Marrakech ! étouffée par les promoteurs.

Ces villas ne sont qu’une infime partie des projets immobiliers : golfes, même une lagune. En plein désert ? Quand Yannick nous décrit les bassins, l’eau gaspillée, les produits chimiques, cela paraît une absurdité. Pourtant ce n’est pas invraisemblable. C’est exactement ce qui se fait à Las Vegas. Marrakech imitant Las Vegas !!

Bouygues restaure les remparts à grands renforts de ciment et de grues. Ils ont l’air tristes avec leur ciment gris. Le badigeon blanc qui coiffe les créneaux n’est pas là pour les arranger. Je garde avec nostalgie le souvenir de notre découverte à la sortie de l’avion, la première fois. La taxi avait quitté l’aéroport, roulé dans un espace vide, caillouteux. La ville entourée de ses murailles avait surgi comme un mirage. Terminé le mirage.


notre riad secret

riad Jenai oranger du patio
riad Jenai oranger du patio


Notre riad, niché au creux de la médina, inaccessible au  on initié qui n’en trouvera jamais le chemin tortueux et secret, me paraît encore plus un endroit privilégié, protégé des fautes de goût, du ciment et des tapis qu’on vieillit à l’eau de la piscine.

Nous avons commandé pour midi un « en –cas » à la piscine ; Nous montons à 2 heures. Notre couvert nous attend. Des briouats tout petit format, fourrés au fromage, croquants, délicieux. Vient ensuite une belle omelette au thon  accompagnée d’une salade mélangée, tomate, concombres, olives, salades. Beaucoup mieux qu’un encas ! Pour nous, c’est un déjeuner  complet !

Yannick vient nous tenir compagnie sur la terrasse. Maître de maison idéal, discret, raffiné et disert. Il  nous conte la restauration du riad, la vie à Marrakech. Nous devisons agréablement. Allongée confortablement sur les coussins des chaises longues de la piscine, à l’ombre. Je ne suis pas pressée de retourner dans les souks. Le luxe rend paresseuse !

Je n’ai pas envie de jouer les touristes pressés. Nous sommes venues récemment à Marrakech. Inutile d’accumuler les visites qui s’effaceraient les unes les autres. Inutile de doubler les photos, nous en avons déjà de très belles. Un regret de ne pas avoir le temps de retourner au Jardin Majorelle..

courses dans les souks

marrakech souk femme voilée - Copie

En revanche, j’attends l’occasion de faire les courses dans les souks. Heureusement nous n’avons plus assez de dirhams pour acheter le jeté de lit qui me faisait envie et Dominique a peur de se prendre les pieds dans les tapis. Je n’achèterai donc que des bricoles !

Je me méfie de la fièvre d’achats au souk. L’accumulation d’objets ravissants pour des prix modiques augmente les tentations. On revient avec des babioles qui encombrent sans qu’on n’en ait l’usage.
« Pour le plaisir des yeux ! » regarder sans s’attarder… Ne pas marchander un objet qu’on n’a pas l’intention d’acquérir. Il est incorrect de négocier un  rabais pour le seul plaisir de voir le prix baisser.

Mon  premier achat est l’acquisition d’un panier en raphia qui ressemble à la mallette de pique-nique de Taroudant et que nous avons cherché Latifa et moi au souk de Taroudant. Proposé 120 dirham, je donne mon dernier prix 30 dh et je décampe. Le vendeur me rejoint 50 mètres plus loin ; j’emporte mon panier pour 30 dh. J’aurais dû encore baisser l’enchère !

Je craque pour la poterie bleu vert de Fès. Copie d’ancien précise le vendeur. Je n’ai aucune illusion sur l’antiquité de l’objet. Le motif me plait et rappelle la grosse potiche sur le guéridon de Dar M’Haïta. Là aussi, j’obtiens un « bon prix ». Cela m’est égal. L’objet me plait. Dominique voulait offrir un plat vert à sa mère. Celui ci est magnifique. Achat groupé pour mes babouches et le porte-monnaie que j’ai promis à Yvette. Je ne saurais jamais la valeur de chaque objet. C’est difficile de négocier les babouches. Il faut une certaine taille, une certaine couleur, un modèle précis. Quand l’objet est sorti des rayons, difficile de partir comme pour le panier. Pareil pour le porte-monnaie, j’ai eu du mal à trouver le modèle qui convient je n’ai pas envie de le laisser passer.

Reste la commande de Valou : une ceinture. Elles sont toutes épaisses et masculines quand elles ne ressemblent pas à un article sado-maso. Je me rabats sur les pompons de soie, le dernier gadget 2007!Ils se vendent en passementerie.leur usage originel était sans doute d’être accroché aux embrasses de rideaux ? On les voit partout : en porte clé, aux portes des placards, à la tête de lit…

Je rentre par le chemin des écoliers. Je retrouve mes marques. Nous ne sommes pas adoptées comme à Essaouira. Les commerçants nous laissent tranquilles mais les gamins insistent « vous voulez la Place… ».

dernière soirée

Pour la dernière fois, nous bouclons les valises. Notre belle chambre rouge est pleine de désordre hétéroclite. J’aimerais bien profiter encore un soir de la beauté du riad !

Nous attendons Yannick pour prendre congé. Demain  nous partons tôt. Il est invité à une soirée mais prend encore le temps de nous offrir un verre. Nous passons une heure très agréable dans le petit salon bordé à l’orientale de canapés roses.


éclipse
A 9H18, commence l’éclipse de lune. Nous nous allongeons sur les chaises longues de la piscine sur la terrasse sous le ciel étoilé. La lune entre lentement dans le cone d’ombre. Elle est mangée imperceptiblement. Au début, ce n’est pas spectaculaire. Les lumières de la ville, la Koutoubia illuminée, les constellations m’attirent plus. La partie éclairée diminue sensiblement. Le spectacle devient fascinant. Bientôt il ne reste plus qu’un pôle éclairé. La boule sombre redevient visible comme sous un spot invisible. On dirait qu’elle se contracte. Elle rougit, devient orange. Je suis ravie. Youssef est venu nous servir un thé. Il reste avec nous contempler l’éclipse. La rumeur de la Place DJemaa el Fnaa parvient jusqu’à nous. Difficile de s’arracher au spectacle. Pourtant il faut se coucher. Demain le réveil sonnera à cinq heures pour être à l’aéroport à 6H.

 

 

Marrakech : Riad Jenaï, le plus secret le plus beau des riads

Atlantique, Anti-Atlas, Atlas et riads des 1001 nuits

passage secret dans la medina
passage secret dans la medina

 

 

Le taxi traverse le souk. Heureusement c’est vendredi midi. Les boutiques sont fermées. La circulation en voiture est imaginable. Il se gare sur une petite place : Zaouiat El Ahdar. Nous empruntons des ruelles, des passages secrets sous les maisons. Dédale de passages, portes cloutées. Jamais nous n’aurions osé nous aventurer dans cette partie invisible de la médina !

patio

Riad, bassin, pétale de rose et argenterie
Riad, bassin, pétale de rose et argenterie

La porte s’ouvre sur un patio exquis : une fontaine abritée par un auvent de tuiles vernissées, un rigole carrelée mène à un bassin central encadré par quatre orangers figurant le plan traditionnel des riads. Deux palmiers au feuillage léger, deux citronniers dans des jarres. Ce patio est exigu mais il est ravissant, décoré de stuc et d’entrelacs peints ; des salons le bordent sur trois côtés. Les fenêtres des chambres sont protégées par des ferronneries compliquées.


Marrakech, notre chambre

Marrakech, la chambre rouge
Marrakech, la chambre rouge

  A l’étage, un salon à arcades sous la galerie sépare les chambres Mogador et Marrakech. Notre chambre, Marrakech, est aux couleurs de la ville rouge. Toute une symphonie de rouge : un immense lit au couvre lit de satin  floqué posé sur un jeté brillant, sur un autre plus grand rouge et or. La tête de lit de fer forgé en volutes est tendue d’un crépon léger carmin. On a suspendu des pompons de soie grenat et noirs. La glace reflète ce camaïeu rouge et les murs roses comme les murailles de la ville. De part et d’autre de la glace les fenêtres peuvent être occultées par des volets intérieurs de bois. L’amusant est qu’on peut les fermer ou les ouvrir par moitié. Au dessus de l’embrasure de la fenêtre : une coquille de stuc, fleur à sept pétale. Chaque pétale est décoré d’un motif géométrique extrêmement sophistiqué.

Chambre et salle d'eau
Chambre et salle d’eau

Couchée sur le lit, je peux admirer le plafond souligné par une frise en stuc rehaussée de brun rouge. Les quatre coins sont occupés par un triangle, le reste forme un octogone. Pièce allongée, comme dans les riads. Elle a été coupée en deux pour aménager une salle de bains mais le plafond a été gardé tel quel, la cloison en arcade qui isole la salle de bain est basse, légère et laisse intact l’espace où l’air circule librement laissant une impression d’espace.

porte sculptée
porte sculptée

Les portes anciennes peintes sont les plus belles pièces d’antiquité : côté pile l porte d’entrée est sculptée dans le bois de cèdre, côté face elle est peinte très finement.

La chaleur nous a surprises quand nous sommes descendues de la montagne sur Marrakech. Nous n’avons qu’une hâte : nous doucher. Le bac de la douche en carrelage rouge souligné de jaune mérite la photo. Le lavabo, jaune est creusé dans la masse, très simple, presque fruste. Il me rappelle celui que j‘avais méprisé à Essaouira.
Impossible de faire l’inventaire des bibelots, un ensemble chinois, le rouge sans doute !

Nous restons, un bon moment intimidées par un si bel endroit.
Mon premier mouvement est de faire disparaître sous le lavabo, dans le placard,sous les draps de bain, toutes les affaires que nous avons apportées et qui déparent ici. J’ai bien du mal  à ne pas penser que, moi aussi, je détone dans tout ce luxe rouge. Après la douche, je m’enroule dans une serviette rouge, je fais un turban d’une autre et je me sens un peu plus à l’unisson.

jeux d'ombres dans la médina
jeux d’ombres dans la médina

promenade dans la médina

Comme c’est vendredi, c’est très calme dans la médina. Seules quelques boutiques pour touristes sont ouvertes. Deux catégories : celles qui vendent des bricoles sans intérêt et les antiquaires. Il faudra attendre demain pour sentir vibrer l’âme des souks : les artisans qui fabriquent les lampes les teinturier, les menuisiers…Nous marchons au hasard et nous perdons. A Essaouira et à Taroudant nous avions pris rapidement des repères la médina nous était devenue familière. Je pensais qu’il en serait de même ici. Après être repassées trois fois devant le même groupe de jeunes narquois,  nous acceptions que l’un d’entre eux nous raccompagne. Sans son aide nous n’aurions pas retrouvé le riad.

cuivres
cuivres

Nous avons quand même trouvé des petites brochettes de dinde grillées au charbon de bois puis nous rentrons à la nuit par les passages secrets.
Yannick, est un hôte fort sympathique. La décoration intérieure est son oeuvre. Il a trouvé ce riad du 18èpe siècle en mauvais état mais il recelait des trésors : les portes de bois sculptées, les stucs du patio ainsi que les coquilles au dessus des fenêtres…Nous visitons les autres pièces, autres styles autres couleurs, tout de très bon goût. Je termine la soirée sur la terrasse toujours aussi éblouie et intimidée.

 

Asni promenade et détour par le barrage de Lalla Takerskoust

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Asni, vue sur l'Atlas
Asni, vue sur l’Atlas


Lever de soleil sur l’Atlas

« Dépêche toi ! Tu vas rater le lever de soleil sur l’Atlas ! »
Le soleil sort, légèrement décalé, d’un épaulement planté de conifères. Les neiges sont  bleutées dans l’ombre. Des colonnes de fumée s’élèvent du village le plus proche. Les contrastes entre le vert vif de l’orge et le rouge de la terre sont exacerbés par cette lumière rasante.

On a servi le petit déjeuner sur la terrasse du rez de chaussée au dessus du verger encore hivernal. Puisque nous n’avons rendez vous qu’à 14heures à Marrakech, j’ai le temps de faire une promenade.

Promenade du matin sur les hauteurs d'Asni
Promenade du matin sur les hauteurs d’Asni

Rando solitaire

Le sentier part en face de la Villa de l’Atlas entre l’auto-école et une maison. Il grimpe tout droit dans la colline. Un âne et son ânier sont montés quelques minutes plus tôt. Je suis leur passage entre les maisons. Ce n’est pas facile de savoir où passe le sentier et ou finit la courette ou le jardin. J’ai peur d’empiéter sur le domaine privé de toutes ces constructions mal définies. Hommes et femmes vont et viennent, souriant à mon passage. Très peu de chiens (un seul que je fais semblant d’ignorer). Plus je monte, plus les maisons sont simples. Plus de crépi. Des roseaux et de la terre coiffent les terrasses et les murs. La dernière maison du hameau possède un four à l’extérieur très grossier, ses fenêtres sont maquillées de blanc à l’ancienne. Une grande parabole occupe la terrasse.

Vieille maison et opunce
Vieille maison et opunce

Sortie du village sur  le chemin muletier (ânier ?). Les quadrupèdes ont le sabot plus sûr que mon pied chaussé de TBS  usées glissantes. J’hésite avant de poursuivre. De profondes ravines entaillent la pente marneuse. Comment les franchir ? D’un petit épaulement engazonné j’ai un point de vue à 360° pour décider de mon itinéraire. Trois thuyas desséchés dressent leurs squelettes et se détachent sur la montagne verte.
Le sentier mène à une source captée. On a planté de petits eucalyptus. De grosses pierres maintiennent le sol autour des jeunes plants. Sauvages, les lauriers roses prospèrent. Après la source, il me faut improviser jusqu’au maisons suivantes. Des roches volcaniques jonchent le sol.. Un autre sentier descend dans la ravine suivante sans la franchir. Pour la passer, je m’accroche aux lauriers roses qui, eux, par chance, ne piquent pas. Des grosses pierres bornent un champ cultivé que je ne veux pas piétiner. Le sentier se faufile entre une rangée d’opuntia avec les raquettes piquantes et un grand mur de terre coiffé de roseaux sur lesquels on a remis de la terre où poussent des fleurs. La troisième ravine me complique le passage. Dans un creux, une femme fait sa lessive dans un baquet. Sa planche de bois trempe dans l’eau. Elle se lève et me tend une main ferme et me hisse sur l’autre rive boueuse. J’arrive au troisième village suivant  une femme qui porte sur sa tête un tajine sur un plateau de bois. Je grimpe au sommet parmi de belles maisons anciennes. Il est presque 10 heures. Il faut vite que je retourne à la Villa. Des garçons d’une dizaine d’années traînent. L’un d’eux me siffle effrontément. Quel culot ! Je répugne à demander mon chemin à ces machos morveux. D’ailleurs, la route se trouve en bas !

 

Retour à Marrakech par le barrage de Lalla Takerkoust

asni maison et blé vert - Copie

Asni est distant d’une cinquantaine de kilomètres de Marrakech. L’aubergiste nous conseille une boucle touristique « pour garder un beau coup d’œil sur le Maroc avant de le quitter… »A la sortie du village, après les cigognes, emprunter la route à gauche vers le barrage de Lalla Takerkoust. Par une belle pinède nous arrivons au village de Moulay Brahim. La route traverse un  plateau très vert en cette saison, encadré par des roches blanches. Au-delà du vert, les cimes du Toubkal. Un village se détache. Un troupeau, le berger gesticule en contre jour.
Après un dernier village, bien touristique, avec d’énormes 4X4, un site de parapente, des caravanes de touristes « visitant la maison berbère », le goudron s’arrête. Une méchante piste toute défoncée descend au barrage. Le lac turquoise brille un peu plus bas. Pour tout arranger, on installe de gros tuyaux de ciment. La piste est défoncée. Ce n’est plus du tourisme, c’est du rallye automobile ! Arriverons nous à temps ? Aurons nous le temps de passer à Marjane ? Une caravane de 4X4 monte et occupe toute la piste. Le chauffeur ne cède pas un pouce à notre petite voiture.

Enfin à midi, nous retrouvons le goudron.

A 12H45 nous sommes à Marjane sur la route de Casablanca.

13H30 nous mangeons des sandwichs dans la voiture.

13H50 je glisse les clés et les papiers de la Hyundai dans la boite à lettres de Sixt.

 

La route du Tizi N’Test

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Arganier
Arganier

La Gazelle d’Or.

On veut pas quitter Taroudant sans jeter un regard à la Gazelle d’Or. L’hôtel présidentiel est fort peu signalé mais connu de tous. La route qui y conduit est bordée de palmiers. On s’engage ensuite dans une longue allée sous une voûte de bambous pour aboutir à une grille gardée par un vigile, souriant, poli, mais ferme. On n’entre pas. Nous ne verrons que des hauts murs enfermant une végétation luxuriante.

  La route d’Agadir à Ouarzazate traverse la plaine du Sousse, courant entre les orangeraies – certaines biologiques – traversant des bourgs aux arcades de ciment gris ou beige sans caractère ni intérêt. Ecoliers, collégiens ou lycéens rejoignent leurs établissements respectifs à vélo. Les petits ânes tirent des charrettes d’herbe ou des carrioles métalliques. Peu de circulation. La route est vide. L’Atlas se rapproche tandis que l’Anti-Atlas est estompé dans les brumes.

La montée au TiziN’Test

Route du Tizi NTest, oued et neiges de l'Atlas
Route du Tizi NTest, oued et neiges de l’Atlas

La montée au TiziN’Test est spectaculaire. Innombrables lacets. Chaussée très étroite. On ne peut ni se croiser ni encore se doubler. Il faut utiliser des refuges. Un panneau prévient que les accotements sont inutilisables. Le paysage est magnifique : les neiges se rapprochent. En creux, des vallées, des champs en terrasse vert vif contrastent avec  le rouge de la terre et des villages en pisé. Tout d’abord, les arganiers abondent. Puis apparaissent les petits palmiers doums qui émergent à peine du sol. On s’arrête pour découvrir des lavandes fleuries déjà, des genets blancs, de curieuses fleurs bleues en boule. Des petits écureuils gris à la queue aplatie, rayés sur le côté, prennent un bain de soleil. A notre approche ils se cachent dans leurs terriers rappelant le comportement des marmottes de chez nous.

C’est un plaisir de découvrir les petits villages perdus qui se nichent sur les flancs de la montagne. Construction qui se fondent dans le roc dont ils sont construits. De temps en temps, je marche le long de la route, D me reprenant plus loin. Bonheur de marcher dans la sauge, la lavande et les herbes odorantes !
A l’approche du col (2200m) la terre est rouge. Des marnes multicolores de grise à vertes en passant par turquoise, ocre et rouge foncé font une palette technicolor. Les chênes verts ont succédé aux arganiers. Après le TiziN’Test, nouveau changement d’essence : les pentes sont couvertes de thuyas.
Sur le versant sud regardant vers le Sousse les neiges saupoudraient la montagne. Elles sont beaucoup plus abondantes sur la face nord. Il reste même quelques névés en bordure de la route.
-« Veux-tu que je te photographie à côté de la neige ? » demande D.
La route descend par des virages moins serrés. Un torrent dévale la montagne. Tantôt, il coule dans un défilé, tantôt son lit s’étale dans les galets. Son eau est verte, abondante.

Tin Mal

mosquée Tin Mal
mosquée Tin Mal

Juste avant Tin Mal, nous achetons le pique-nique à un épicier installé dans une sorte de petite guérite sur le bord de la route : une boîte de thon, un yaourt à boire à l’avocat et au lait d’amande, une sorte de mille-feuille. Le pain vient de chez lui. Il propose très aimablement de cuire les œufs durs. Le coin pique-nique est idéalement placé sur le bord du torrent à l’ombre de peupliers qui ont déjà des petites feuilles vert tendre, face à la mosquée de Tin Mal. Un pont enjambe le torrent. La route est carrossable. Un homme surgit dès notre arrivée pour nous en faire la visite. La mosquée  (1153-1154) a été bien restaurée. C’est un très vaste monument de terre, très sobre, très nu. Les grandes portes de bois cloutées de disques datent de la construction. Il reste encore une partie du plafond d’origine du minaret des décorations de stuc : stalactites, niches et même une coquille Saint Jacques « rapportée d’Espagne » dit le guide. Les arcades restaurées en briques ressemblent à celles de Meknès. Je m’étonne de la taille de la Mosquée perdue dans la montagne. Ici, s’élevait une ville, la première capitale Almohade avant Marrakech. Les Almohades me sont familiers.je viens de terminer la Confrérie des Eveillés d’Attali qui se déroule à Cordoue, Tolède et Fès sous leur règne.
Nous avons réservé au Mouflon à Ouirgane. L’arrivée sur Ouirgane est gâchée par la construction d’un barrage. La vallée éventrée par le chantier a perdu son charme. L’hôtelier mettra fin à nos hésitations. C’est complet. Il n’a que deux chambres. Son frère n’a pas tenu compte de notre réservation. Il est désolé. Nous pas !


Villa de l’Atlas à Asni

Asni : vue sur l'Atlas de la terrasse
Asni : vue sur l’Atlas de la terrasse

La pancarte « La villa de l’Atlas » à Asni, sur la route d’Imlil, attire notre attention.  L’accueil est agréable. 300 dirhams, la chambre avec le petit déjeuner. Les chambres sont bien décorées avec des tentures et des dessus de lit orange en lainage, kilims aux motifs berbères et un beau tapis complètent la décoration avec une glace ornée de ferronnerie et des lanternes de cuir. Nous visitons les grands salons et les terrasses.
La terrasse, à elle-seule mérite le déplacement : vue sur l’Atlas enneigé, villages de pisé sur des champs vert vif. Au premier plan, un très joli cognassier qui reverdit et fleurit.
Nous mangeons tôt après une promenade au village. Un assortiment de quatre salades, un tajine de poulet au citron, des oranges pour dessert.

villa de l'Atlas Asni
villa de l’Atlas Asni

Je m’installe à l’ordinateur pour consulter ma boîte à lettres où j’espère trouver le voucher que Sixt va me réclamer: fausse manœuvre, tout disparaît. Quand j’arrive à nouveau à me connecter: zéro messages depuis votre dernière visite ! Une fenêtre apparaît inopinément : la météo et l’heure à Riyad (Arabie Saoudite) En voilà une nouvelle intéressante ! Il fait toujours beau et chaud à Riyad ! Quelques minutes plus tard, alors que je suis retournée sur la terrasse, j’entends le muezzin électronique : l’ordinateur dit la prière !

Asni : dîner
Asni : dîner

 

 

Taroudant – palmeraie de Tioute – dîner avec pastilla

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taroudant kasbah de tioute - Copie

 

Un épais brouillard recouvre la ville. Il fait si frais que nos paroles se condensent en sortant de notre bouche. Pour tenir dehors, j’ai enfilé la polaire achetée pour Saint Petersbourg et le gros pull irlandais. Aux pieds, j’ai les chaussons tricotés à la main en Turquie. Latifa a fait encore plus de crêpes.

Palmeraie de Tioute

Lahcen nous a prévenues: «  Tioute c’est très touristique ! « 

La Casbah est défigurée par un restaurant panoramique. Je m’amuse à retrouver les cours et les étable « vus du ciel » avec le même plan  que les fermes de Tiouaïnane. Un garçon d’une quinzaine d’année aux couleurs de l’équipe de France, une badine à la main, nous aborde. Patiemment, on lui dit que nous ne voulons ni guide, ni âne qu’on veut seulement se promener dans la palmeraie, dessiner, prendre des photos sans se presser.
-«  les gens pressés sont déjà morts », rétorque-t-il. C’est bien trouvé mais c’est un cliché qui circule beaucoup au Maroc.
Il nous menace alors des sangliers très nombreux et des serpents venimeux.
Nous éconduisons avec moins de précautions un second ânier qui a prestement escaladé les rochers. Il se plaint :
quels touristes ! je ne vous ai rien demandé ! », Marmonne-t-il.
Nous fuyons donc la terrasse panoramique et descendons au village.

taroudant anière t verdure - Copie

C’est jour de marché. A l’arrière sur le « parking » les ânes sont nombreux. Pauvre petit marché ! Chacun a apporté quelques kilos de tomates, un petit tas d’oignons ou des petits pois. Il est dix heures, le marcher vient de commencer et il n’y a pas grand-chose à acheter.

Le village attend les cars de touristes. Les ânes sont alignés. Une procession montera vers le restaurant sans peur du ridicule.
Sur le parking, un petit garçon se propose comme guide. Il insiste et me suit en silence. J’invente un nouveau stratagème : à la vue d’un très joli oiseau, je sors les jumelles et fait « chut ! » à mon petit poursuivant. Il ne désarme pas. Puisque je veux des oiseaux, il va m’en montrer ! Il sait marcher sans bruit et dénicher les oiseaux. Tous les touristes sont accompagnés. Finalement Ali est intelligent, silencieux et pas gênant. Je finis par l’adopter. Il est en 6ème.
–    « pourquoi n’es tu pas à l’école ce matin ? »
–    « le Maître est à Taroudant. »
Il répète tous les bons mots des guides :
La luzerne, gasoil berbère ! L’âne pas d’assurance, jamais d’accident ! » Ou
– « la palmeraie, 20000 palmiers… »
Son père travaille sur la palmeraie, sa mère travaille à la maison mais ses trois frères sont à Casablanca et ses sœurs sont mariées. Il porte un jeans à la mode et il est vraiment petit pour les 13 ans qu’il revendique.

Je profite donc du calme de la palmeraie, du chant des oiseaux, du ruissellement de l’eau dans les rigoles. Dans les champs, le blé vert est déjà en épis. En plus des palmiers, quelques caroubiers. Cette palmeraie est très différente de celle de Tinouaïnane pourtant distante d’une dizaine de kilomètres.
Dominique m’attendait dans un champ de luzerne. Elle a trouvé un joli petit chemin entre les palmiers. L’Atlas se détache sur toute cette verdure. Nous sommes gagnées par la paix et le calme. Pourtant il faut repartir.

Epices

épices
épices

Latifa nous accompagne au souk  pour marchander pour nous des épices. Elle demande un mélange ; 50g de cumin, de cannelle, de coriandre et nous emportons le tout pour 30dirhams.

Dîner de gala : pastilla

pastilla
pastilla

Notre dernière soirée est un peu ternie par la découverte de l’addition. La vie de château, nous l’avions oublié, se paie. Raisonnablement au Maroc. Mais plus que nous ne le pensions.  Quand je comprends le décompte  je préfère oublier le total. C’est dommage parce qu’Amina s’est surpassée. Elle a cuisiné une Pastilla dont elle est très fière. La Pastilla est pour moi un mythe raconté par les Juifs marocains. Depuis  quarante ans j’en ai entendu parler sans y avoir jamais goûté. Enfin, je vais pouvoir la connaître. Amina tient à ce que je photographie le feuilleté ovale décoré au sucre glace et à la cannelle qui dessine une résille brune. A l’intérieur, un fin hachis d’amandes et de pigeon (poulet ?). L’entrée était également sucré : un bol de riz au lait et à la cannelle. Les fraises apportent un peu de fraîcheur et d’acidité à ce dîner gastronomique un peu trop doux.
Nous quitterons le riad un peu comme Cendrillon qui voit son carrosse redevenir citrouille

les joyeuses commères de Taroudant

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taroudant dîner - Copie
Hammam

Le hammam est chaud à  notre retour. Nous revêtons les peignoirs. Le savon noir nous attend avec les gants rugueux. Latifa a rempli un seau d’eau brûlante qui fait de la vapeur. Le sol est tellement chaud qu’on peut à peine y poser les pieds pour aller chercher le seau d’eau tiède pour se rincer. Décrassage. C’est une opération qui détend et défatigue. Il manque l’ambiance du hammam collectif avec ses rires. D  se lasse très vite de la chaleur humide. Je reste seule à me frotter et à faire rouler les peaux mortes. Le Hammam toute seule, c’est un peu triste ! Une demi heure de détente sur les chaises longues en vannerie de la terrasse. Nous voici récurées et en forme.

Leçon de cuisine

Amina découpe un poulet qui va mariner dans du citron avec du persil et des épices en quantité. Ensuite elle va fourrer des feuilles de brick avec de la viande hachée. Dans la poêle mitonne la viande, du beurre et du persil avec toutes sortes d’épices, elle taillade à même, l’oignon entier. Nous prenons une leçon avec une très bonne cuisinière. Amina ne pèse rien, ne goûte pas non plus. Elle verse de tout en abondance, elle renifle les épices ajoute par cuillers entières le cumin, le gingembre, le poivre qu’elle trouve dans des bocaux, une bonne pincée de safran (pour le goût) une cuiller d’un colorant (pour la couleur) Rien n’est pesé. Tout est mélangé avec force. Cuisiner à la marocaine pour deux personnes est un non-sens. Elles préparent des quantités monstrueuses de nourriture qu’elles partageront entre elles et nous. Même après ce partage ce qui arrive sur la table suffirait pour six personnes. C’est délicieux mais nous en laissons toujours plein.

Briouats
Briouats

Je filme Latifa et Amina fourrer les briouats. Je dis à Amina qu’on se croirait dans une émission télévisée. Latifa traduit. Au Maroc ces émissions passent à midi. Amina est très fière d’être filmée. Latifa s’intéresse à l’appareil photo. Elle aimerait bien le même (il est hors de prix).Je dois mettre la main à la pâte. Avant d’étendre la feuille de filo, il faut mettre du beurre fondu sur le plan de travail. On  replie soigneusement la feuille en 3. On cachète l’extrémité avec de l’œuf. On découpe au ciseau la pâte qui dépasse. Beurre encore ! Puis on plie en triangles. pour finir, un coup d’œuf pour coller. Les feuilletés sont posés sur la plaque du four et dans un plat antiadhésif, les deux généreusement beurrés.

Quatre joyeuses commères
Latifa a mis la table pour Dominique et moi. Dominique insiste pour qu’elles viennent partager notre dîner. Elles se font un peu prier puis arrivent avec leurs assiettes. Nous mangeons avec entrain nos feuilletés. Le poulet est servi dans le plat à tagine accompagné de pruneaux, raisins et couvert d’amandes. Il est très parfumé. Je me goberge d’amandes. Nous rigolons. Elles racontent que le voisin, âgé de plus de 70 ans, a deux femmes et deux riads. Comme il est vieux cela nous fait rire toutes les quatre. Nous sommes une bande de joyeuses commères. Amina veut voir le film. Je le visionne sur l’écran. Elle regarde les photos de Tafraout et s’intéresse à tout. Latifa traduit. C’est rigolo. Quand on l’écoute, on comprend plein de choses, il y a beaucoup de français mélangé.

taroudant seffa - Copie
Pour dessert, elles ont préparé des poires noyées dans la sauce au chocolat avec des amandes. Elles n’ont pas de dessert pour elles. Dominique partage sa part. On termine le chocolat en léchant avec les doigts. Ce n’est pas du tout dans le style du riad et cela continue à  nous mettre en joie. On  débarrasse toutes les quatre et on raccompagne Amina chez elle en voiture. Aujourd’hui, elle porte une djellaba turquoise sur sa robe jaune fleurie, en dessous elle a encore une sorte de pyjama en jersey qu’elle appelle sarouel.

La médina la nuit

La rue est déserte, il y a seulement quelques vélos et un taxi de temps en temps. Nous entrons dans la médina. Il est 10 heures du soir, les magasins sont encore ouverts. Les jeunes marchent en groupe. Les petits jouent au ballon en pleine rue. De rares femmes islamiquement emballées, rejoignent à pas pressés leur domicile. C’est facile de traverser en l’absence de circulation. Après avoir déposé Amina dans un quartier périphérique Dominique demande à Latifa si elle veut passer chez elle voir sa fille. Yallah ! Elle nous guide dans un dédale de ruelles de plus en plus étroites, on replie les rétroviseurs. « Pourra- t- on passer ? « –« Oui « assure- t- elle. Devant sa maison, le cordonnier a sorti sa chaise. Une dizaine de vélos sont entassés avec des charrettes à bras. Le vélo est roi à Taroudant. Latifa pousse une porte métallique, s’annonce avec le heurtoir bruyamment – peut être nous annonce- t- elle ainsi ? Dans le couloir, toute une assemblée de filles et de femmes viennent à notre rencontre. Les petites nous reconnaissent et nous embrassent. Les femmes nous accueillent chaleureusement. Elles étaient devant la télé au salon et nous proposent de nous joindre à elles. Il est déjà tard ! je pense aux féministes qui boudent les vacances en pays musulman. 50% des Marocains sont des femmes ! Celles-ci sont bien sympathiques.