De Paramé à Saint Jacut par la côte, retour par Plancoët

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO et aujourd’hui un peu plus à l’ouest

Paramé

Saint Malo à marée haute vu de Paramé

 

On nous avait dit :

– « par grandes marées, il faut aller à Paramé ! »

Pleine mer : 9h30,

à 9h33, nous sommes sur la digue.

Pas un souffle de vent, la mer émeraude lèche le ciment. Deux chinois font une sorte de gym douce avec France Musique devant des affiches dénonçant la répression contre la secte Fuong  en Chine.

Nous ne résistons pas à ‘envie de voir les murs de Saint Malo baignés par la mer.

Barrage de la Rance

A 70km/h on ne se rend pas compte que la route en traversant la Rance sur le barrage, passe sur une merveille de technologie en matière d’énergies renouvelables : l’usine marée-motrice. La file de voitures est immobilisée : le pont s’est levé pour laisser passer des voiliers.

J’en profite pour descendre et marcher. Des tourbillons se forment devant les turbines. Une mouette semble prise dans le vortex. Je m’inquiète : va-t-elle être avalée dans le barrage : Non !elle a l’air de s’amuser quand elle atteint le centre elle retourne au bord.

EDF a installé une salle de démonstration dans le barrage à l’extrémité de celui-ci côté Dinard. C’est une très belle salle d’exposition : on peut voir la flore et la faune, les oiseaux de la Rance, les poissons de la baie,  des maquettes de barrages et des audiovisuels…et même des visites guidées. Mais nous sommes pressées, le programme de la journée est copieux.

Villas de la Vicomté

Nous voulons voir les belles villas de la Vicomté à Dinard. Les maisons sont toutes de granite, de style 1900 dans des parcs verdoyants. Vers le centre ville la circulation bouchonne à cause du marché.

Saint Lunaire

La vieille église romane de saint Lunaire

Deux sites remarquables à saint Lunaire : une très jolie église romane au toit d’ardoises, qui contient cinq gisants de pierre et le sarcophage de Saint Lunaire curieusement porté par quatre personnages.

De là nous allons voir la Pointe du Décollé, nom évoquant la fente qu’ aurait porté Saint Lunaire avec son épée, voulant fendre le brouillard. C’est une pointe rocheuse occupée par un restaurant et une boite de nuit à l’extrémité d’un quartier de très belles villas 1900. Nous cherchons le « manoir écossais » et la « villa coloniale » que signale notre guide.

Sentier côtier de Saint Lunaire à Saint Briac

Après avoir traversé le quartier des belles villas, je descends sur la plage de Longchamp, belle plage de sable assez animée aujourd’hui samedi. A l’extrémité, un escalier conduit au sentier des douaniers caché dans un bosquet d’éléanus qu’on est en train de tailler avec une très grande scie mécanique. Je piétine des rameaux odorants. Le sentier contourne la Pointe de  la Garde-Guérin, truffée de blockhaus, lande très sauvage de fougères déjà brunies ; coincé entre un golfe très vert et magnifique et les piquets de bois qui protègent la dune qui borde la plage de la Hue, il part ensuite vers la pointe de la Haye où se poursuit le parcours de golf.

Pique-nique à Saint Briac

piquenique à saint Briac et pont sur le Fremur

Les crevettes que le propriétaire du gîte nous a offertes, pêchées d’hier après midi, cuites juste après la pêche, petits bouquets roses minuscules sont délicieux. Le soleil fait son apparition, la plage est très calme, de nombreux bateaux reposent sur le flanc à marée basse. Un peu plus loin se profile le pont sur le Frémur. Avant de monter en voiture nous découvrons que, juste derrière le petit port où nous avons déjeuné, il y avait une plage charmante bordée de cabines de bois de style désuet. De nombreux rochers forment des îlets et îlots. A marée basse pendant les marées de fort coefficient toute une armée de pêcheurs à pied s’est déployée avec râteau, pelles binette, filets à crevettes. Près des cabines des familles se sont installées. Animation de vacances !

Comme le GR quitte le rivage et s’engage dans les rues de Saint Briac et de Lancieux je remonte en voiture. Curiosité signalée à Lancieux, un clocher d’une église disparue et un moulin à vent.

GR de la plage de Sieu à la Baie de Beaussais

Sur la plage de Sieu découverte jusqu’aux rochers et presque jusqu’à la Pointe de Saint Jacut qu’on atteindrait aujourd’hui à pieds secs, je n’ai pas envie de monter sur le sentier côtier. Je surveille qu’il se trouve bien en vue sur la falaise. Et je marche à ses pieds sur le sable mouillé entre les rochers couverts de grosses moules. Encouragée par tous les  pêcheurs à pieds je longe le rivage, un peu inquiète : comment vais-je monter ? La falaise s’abaisse : une femme et ses deux filles s’installent. J’ai envie de lui demander si le sentier côtier est accessible mais quand j’arrive près d’elle, je la trouve plongée en méditation ses mains retournées paumes vers le ciel gracieusement, les petites filles jouent sur les rochers mais elles sont trop petites pour me renseigner.

Sur le sentier au dessus de la Plage de Briantais, il y a foule, un groupe de randonneurs mais aussi des joggers, le site du Tertre de Colieu a de belles dunes protégées par des palissades et des fils de fer. Il faut attacher les chiens et ne pas quitter les parcours aménagés. Ensuite la dune s’abaisse, la plage se termine en un pré salé où sont creusées des mares avec des cabanes d’affût pour les chasseurs de gibier d’eau. Le GR a disparu, comme je m’inquiète un peu je vois des marques rouge et blanches : pas de chemin et pourtant je suis bien sur l’itinéraire. Le topoguide prévient que « le sentier suit le fond de la baie de Lancieux à la limite du schorre sur la digue qui protège le polder. » La digue est bien là, mais il est impossible de marcher dessus, l’herbe est très haute, des buissons d’épineux et des tamaris barrent la route. C’est plus facile de marcher sur les salicornes dans la boue. La pluie, les grandes marées et les chevaux  ont rendu impraticable le chemin très glissant et boueux.

Je vois les voitures filer un peu plus loin mais chaque fois que j’avance, j’ai l’impression qu’elles s’éloignent ; Un petit pont de bois a été construit pour passer un ruisseau : deux flèches de bois confirment que je suis bien sur l’itinéraire mais c’est interminable. Enfin, le sentier franchit la digue et je me retrouve dans un  pré avec des vaches normandes. La marche devient plus facile et enfin j’atteins la route !

Plancoët

Plancoët dans les Mémoires d’Outre-Tombe :

« En sortant du sein de ma mère, je subis mon premier exil ; on me relégua à Plancoët, joli village entre Dinan, saint Malo et Lamballe…. »

« Ma nourrice se trouva stérile…une autre chrétienne me prit en son sein. elle me voua à la patronne du hameau, Notre-Dame-de Nazareth et lui promit que je porterai en son honneur  le bleu et le blanc jusqu’à l’âge de sept ans … »

Nous avons cherché,  la maison de la nourrice de Chateaubriand–  pas très efficacement, je le confesse, nous étions fatiguées – dans la petite ville fleurie et avec encore moins de succès le chateau de Monchoix. Dommage!

Randonnée sur la digue de la duchesse Anne

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT MALO AVEC CHATEAUBRIAND POUR GUIDE

la digue rectiligne entre pré salé et polder

Sous un ciel bleu sans un nuage, la randonnée commence à la chapelle Sainte Anne sur la digue protégeant le polder. Le GR34-variante, va droit sur le Mont Saint Michel, 19 km.

Le Mont comme cap, encadré par les buissons taillés. Je rêve à cet autre Mont Saint Michel, celui des Pouilles au Gargano.

A ma gauche, les vagues et les salicornes très humides, à marée haute peut être après la pluie de cette nuit. Des mares avec des affûts ont sans doute été creusées par les chasseurs de gibier d’eau. A ma droite dans le polder, des vaches, des moutons, des salades…des petites routes aboutissent à la digue, de  Broladre,  de Palluel. Par ce jour ensoleillé, des familles arrivent pour un pique-nique, des cavaliers galopent dans les salicornes et s’éclaboussent  dans les flaques, belle vision.

Avec Chateaubriand pour guide

       » Entre la mer et la terre s’étendent des campagnes pélagiennes, frontières indécises des deux éléments : l’alouette de champ y vole avec l’alouette marine ; la charrue et la barque à un jet de pierre l’une de l’autre, sillonnent la terre et l’eau. Le navigateur et le berger s’empruntent mutuellement leur langue : le matelot dit « les vagues moutonnent », le pâtre dit « des flottes de moutons. »…..

Mémoires d’Outre-Tombe, livre I 102-105

 

Le Mont saint Michel est trop loin, je retourne sur mes pas. Nous déjeunons de crevettes et kouing aman.

la chapelle de Sainte Anne

Pour l’après midi, de la chapelle Sainte Anne vers le Vivier. La mer s’est retirée très très loin, la digues est bien tondue, j’arrive devant les moulins de Cherrueix , puis quitte la digue vraiment trop peuplée pour les chemins sur l’estran. Les coquilles des coques et des huitres craquent sous mes pas. Il faut rester sur ces bancs en relief. A la couleur, je choisis mon itinéraire : rose orange des salicornes, à éviter à cause des flaques et des ruisseaux, gris de la tangue à proscrire glissades et peut être pire, il faut se tenir au banc blanc de sable clair recouvert de coquillages.

Chateaubriand :

.... »Des sables de diverses couleurs, des bancs variés de coquillages, des varechs, des franges d’une écume argentée, dessinent la lisère blonde ou verte des blés »….

 

 

 

Poulet aux prunes – Marjane Satrapi

LE CHARME DE L’IMPARFAIT

Persépolis était une réussite : aussi bien esthétique que pour le contenu du témoignage. Poulet aux prunes n’a pas de prétention, il oscille entre animation, conte oriental et bluette et avec les gags, caricature. Acteurs sympathiques, chevronnés et pourtant qui jouent un peu faux, Jamel jamelise, Amalric riboule des yeux comme dans un mauvais film indien ou égyptien. en revanche, Golshifteh Farahani est sublime.

C’est l’instant précis où le dessin coïncide avec l’image réelle qui m’a séduite, moment de rêve et de poésie où le spectateur hésite entre le faux et le vrai. Le rôle de la fumée m’a aussi fait jubiler : attaque subtile contre le conformisme actuel qui interdit de fumer partout.

Le rythme est un  peu lent. !Certains personnages ne m’ont pas convaincue : le bossu et le professeur de musique. Qui a dit qu’il ne fallait voir que des films parfaits?

Imparfait aussi comme passé révolu, l’Iran des années 50 reconstitué, rêvé…a-til existé? Sans voile mais avec des musiciens, et des communistes, comme le frère qui a été emprisonné  .

Est-ce le hasard si la muse de Nasser Ali le violoniste s’appelle Iran?

Imparfait peut être mais tellement poétique!

 

la source des femmes – Radu Mihaileanu

TOILES NOMADES

 

N’en déplaise à Télérama et aux Inrockuptibles qui ont fait la fine bouche devant ce trop joli film avec des danses trop folkloriques (facile? commercial??)…. J’ai bien aimé cette adaptation de Lysistrata d’Aristophane au XXI-me siècle, ou ce conte oriental où la 1001 nuits entrent en concurrence avec les séries télé mexicaines….Que cette histoire se soit vraiment déroulée en Turquie au début de notre siècle me renforce dans mon opinion.Il n’y aura jamais assez de films féministes, même réalisé par des hommes, même grand public!

Évidemment, la question est : est-il distribué au Maroc où il a été tourné? Et en Tunisie après les élections? En Libye? En Égypte? Sur place est-il perçu comme allant dans le sens du Printemps arabe ou au contraire comme un relent du colonisateur? Affaire à suivre…

la source des femmes

Trop beau, trop folklorique le village marocain? J’ai été éblouie par ces villages lors de mes voyages au Maroc, beauté inoubliable. Ironique, le passage du groupe de touristes qui prennent pour argent comptant ce que le guide traduit du spectacle folklorique Ils se prennent pour de grands donateurs avec leurs cadeaux dérisoires aux autorités, tout juste si on ne a pas vu distribuer des bonbons aux enfants…

Passons à l’essentiel : les femmes et bien sûr les actrices.

Leila

 

 

 

 

Je ne connaissais pas Biyouna qui est extraordinaire, en revanche Hafsia Herzi nous est familière, en beurette de chez nous et Hiam Abbass presque à contre-emploi, elle qui pour moi est la figure de la dignité et de l’indépendance des femmes arabes joue la méchante belle-mère réac. les scènes de danses, de lessive et de hammam sont elles authentiques ou sont-elles idéalisées? je ne saurais le dire mais un des plus beaux souvenir de partage et d’échange dans la campagne marocaine je l’ai justement vécu au hammam avec ces dames berbères qui ne parlaient pas français et avec qui on a joué à se lancer de l’eau où j’ai mimé la voiture, l’avion, pour me faire comprendre..(hammam moins vieux, carrelé qui ressemblait plutôt aux douches de la piscine.)

biyouna vieux fusil

Et les hommes, moins caricaturaux qu’on ne l’imagine au début, l’instituteur, son père, le journaliste et même le vieil imam gagnent notre sympathie.

Un film optimiste? Il faudra suivre sa carrière….

La Princesse de Milan – Karine Saporta à la Maison des Arts de Créteil

CHALLENGE SHAKESPEARE

 

 

 

 

Variations infinies sur la Tempête de Shakespeare : Greenaway dans Prospero’s book avait centré l’attention sur Prospero, le magicien l’érudit, ses grimoires dont les pages s’écrivaient et se tournaient  dans un tourbillon visuel étourdissant. Césaire avait donné la parole à Caliban dans un discours anticolonialiste. Saporta s’est plutôt attachée à Miranda.

La Princesse de Milan est un opéra chorégraphique, le musicien est  Michael Nyman,compositeur de la musique du film de Greenaway.

Comme le cinéaste, la chorégraphe a pris des libertés avec l’ordre des scènes. Le spectacle commence avec la scène2, ActeI , Prospero rappelle ses origines à sa fille.  Miranda ne se souvient que des 4 ou5 dames à son service. Trois dames se tiennent en costume médiéval tenant en laisse d’élégants lévriers. Très belle image! Ces dames sont-elles les suivantes dont la princesse a gardé le souvenir?

Suit la Tempête, ActeI scène 1, dans la pièce, très réussie. L’utilisation des 3 dimensions par les danseuses est possible grâce à des élastiques suspendus aux cintres et à des colonnes évidées (les mâts du navire, peut-on imaginer) . Les personnages swinguent au grès des vagues déchaînées, montent descendent, se noient?

Ariel, chargé de provoquer la tempête, est habillé de gaze blanche, mais je commence à m’y perdre parce qu’il est dédoublé, si ce n’est triplé. Qui sont ces deux jeunes hommes sur scène?

Sycorax arrive de façon très théâtrale dans une loge sur un mur de scène faisant penser à un théâtre antique ou au théâtre Farnèse de Parme, tout en bois, creusé de loges où se trouvent à la place des statues attendues, des danseuses. Et dans le giron de la sorcière : Caliban!

Me serais-je endormie? J’en doute fort avec l’intensité de la musique. Je n’ai pas retrouvé la scène avec Alonso, Sebastian, Antonio… Tout est compliqué par les dédoublements d’Ariel et de Prospéro. les bouffonneries de Shakespeare sont passées à la trappe. Je reconnais le complot contre Prospero mais je m’y perds.

La rencontre de Miranda et de Ferdinand, elle aussi est méconnaissable. Il y a beaucoup trop de jeunes filles, les suivantes et Miranda ont échangé leurs rôles. Qui d’entre elles est la vraie Miranda? Deux Prospero, deux ou trois Ariel, quatre Miranda! j’en ai le tournis.

Dans les loges de la scène de bois, les danseuse s’agitent frénétiquement avec des mouvements d’automates brandissant des gerbes de blé, j’imagine Cerès et Junon, Iris – le mur de scène s’écarte et fait place à un champ de blé. Je croyais que l’île de Prospéro était Corfou, pas la Beauce!

Je ne dois pas être la seule spectatrice déconcertée parce qu’un mouvement de foule se fait vers la sortie. L’intermède mythologique se prolonge, et je commence à m’ennuyer.

La fin et l’épilogue, je les devine plus par la lecture récente du texte que par une chorégraphie tout à fait étrange sur une sorte de patinoire où Caliban lui aussi s’est dédoublé et fait du patin à glace. Autant j’avais aimé le début du spectacle autant la fin traîne en longueur. Applaudissements polis.

 

Le dernier testament de Ben Zion Avrohom – James Frey

LITTÉRATURE AMÉRICAINE

J’aurais dû me méfier d’un livre qui arbore sur sa tranche des taches d’encre rouge faisant penser à du sang. Convaincue par le billet positif d’une amie, j’ai passé outre ce signe.

Le style « parlé » m’a désagréablement surprise, pauvreté du vocabulaire, abondance de vulgarités – un « gros mot » ne me choque pas, mais les « putain » et « enculé » répétés deviennent lassants.

La construction, en revanche, est intéressante: ce testament comporte les récits de 12 témoins, comme les 12 apôtres,  dont 4 se nomment Mathieu, Luc, John et Marc comme les 4 évangélistes – clin d’œil pour l’histoire d’un Messie. L’analogie aurait pu être plus approfondie…Faire intervenir des personnages aussi différents qu’une adolescente-mère dominicaine, un rabbin orthodoxe, un médecin, un avocat, un curé catholique, un évangéliste,  aurait pu être l’occasion de changements de ton et de registre. L’auteur n’a pas exploité cette possibilité.

Le message est aussi excellent : tolérance contre intégrisme. Provocation contre conservatisme puritain.

Malheureusement, il est bien peu crédible ce Messie! Ses miracles s’opèrent d’un sourire, d’un attouchement. Son discours est simplissime, les hippies étaient autrement plus inventifs. Le Messie est plutôt le gourou d’une secte éphémère. La provocation, un pétard mouillé.


 

Loin de mon père – Véronique Tadjo

LIRE POUR L’AFRIQUE

Nina rentre à Abidjan pour les funérailles de son père, le Docteur Kouadio Yao, avec le regret de n’avoir pas pu assister à ses derniers instants. Son père ne l’encourageait pas à rentrer en côte d’Ivoire déchirée par la guerre civile.

La famille n’est pas un vain mot en Afrique, proche ou étendue, tous participent aux cérémonies en formant un véritable comité de campagne, accueil, transport, restauration….Nina n’est donc pas isolée dans son deuil. Elle doit toutefois se plier à la coutume, aux exigences des anciens du village qui repoussent la date de l’enterrement. Déchargée des corvées matérielles, son rôle consiste à mettre de l’ordre dans les papiers de son père.

Elle en profite pour retrouver les albums-photos de famille, les carnets intimes du père, d’évoquer sa sœur Gabrielle dont l’absence est pesante. Elle va faire des découvertes déstabilisantes: une femme  prétendra que son fils est le fils du docteur, Nina accueillera volontiers ce demi- frère, mais d’autres se présenteront. Le médecin, étudiant à Paris, époux d’une femme française menait une vie de polygame au su de tous, sauf de sa femme et de ses filles qui ne se doutaient de rien.

Un cousin lui annonce que son père avait contracté des dettes importantes. En fouillant, Nina découvre que le père avait recours aux service de marabouts et de sorciers.

Plus on avance dans la lecture, plus on sent la jeune femme tiraillée entre Afrique et Occident entre son  père, éduqué à Paris mais tellement impliqué dans la tradition africaine,  et sa mère, blanche qui aimait l’Afrique, mais restait enfermée dans sa tour d’ivoire d’artiste. métissage insoupçonné au début du livre. On la sent se rapprocher de sa mère alors qu’elle cherchait le souvenir de son père.

Nina pense un moment rester à Abidjan, prendre soin de la maison, jouer son rôle d’héritière. La fin est ouverte.

J’avais été éblouie par La Reine Pokou, que j’offre à l’occasion quand je veux faire un cadeau, Loin de mon père ne m’a pas déçue.

 

Les Vaches de Staline – Sofi Oksannen

De retour des Pays Baltes, ayant dévoré Purge du même auteur, je me suis précipitée pour emprunter Les Vaches de Staline.

L’ histoire de Katariina, la mère, ingénieure estonienne, en 1971 se marie à un Finlandais, et part en Finlande, alterne avec l’histoire d’Anna sa fille, née en Finlande vingt ans plus tard. Le récit des parents de Katariina, des années des déportations en Sibérie, et des Frères de la Forêt à la fin de la Seconde Guerre Mondiale explique pourquoi Katariina était si désireuse de quitter l’Estonie.

Ce roman raconte la vie en Estonie de 1945 à 1995, les privations, les combines et la corruption, les femmes prêtes à tout pour un collant. Le « monde d’Anna » est celui d’une petite fille partagée entre la Finlande et l’Estonie soviétique, qui ne doit avouer à personne en Finlande que sa mère est Estonienne.

L’obsession d’Anna « son seigneur » c’est la boulimie. Boulimie et anorexie, véritable addiction, de la jeunes fille au corps parfait, étudiante modèle on assiste à une véritable déchéance physique, ostéoporose précoce, renoncements. Autant qu’un récit sur l’Estonie soviétique c’est celui de cette addiction.

j’ai préféré Purge, véritable thriller très bien conduit.

 

the Artist – Michel Hazanavicius

Il paraît que je suis snob au cinéma, sur le nom de Resnais ou d’Almodovar je cours, au risque d’être déçue, je traverse Paris pour voir un film palestinien, ou le film africain dont personne n’a entendu parler, tandis que Brice de Nice, Un Garçon et une fille, ou Eric et Ramzy seraient plutôt un repoussoir. Dujardin n’a jamais fait partie de ma galaxie privée où brillent  acteurs et actrices favoris!

Mais le Noir et Blanc , c’est tout de suite plus chic, et le muet encore plus classe!

J’aurais eu tort de suivre mes préjugés parce The Artist est un très beau moment de cinéma. Ou plutôt une collection de belles images, clins d’œil à un ciné-club, trouvailles.

Merveilleux jeu avec l’habit de cérémonie dans la vitrine et les manches de cet habit, trouvaille visuelle! Célébration du cinéma muet avec orchestre dans une salle digne d’un opéra. Jeux devant et derrière l’écran blanc, ombres et coulisses.Et pour finir : claquettes. Sans oublier le drôle de petit chien qui a un rôle de premier plan (bravo au dresseur!). Et bien sûr la craquante actrice bien parlante!

Une heure quarante sans une parole, Dujardin cabotin quand il le faut, défait, émouvant, bravo l’Artiste!

 

 

Les Buddenbrooks – Thomas Mann

Lübeck, 1835 – 1875, le déclin d’une famille de négociants. Saga de 630 pages qui se lisent avec  grand plaisir.

Lübeck, ville hanséatique, ville libre dans une Allemagne pas encore unifiée, pas encore industrialisée. Glissement vers un monde moderne déjà prévisible en 1835 quand le souvenir du passage des armées de Napoléon est encore perceptible, vers une Prusse qui va prendre la tête, en attendant l’unité le Zollverein est dans l’air. Johann Buddenbrooks,  négociant en grains fournit les armées. Consul des Pays Bas,  commerçant avec toute la Baltique de Riga au Danemark, et à la Suède, même plus loin vers Amsterdam ou Londres. Lübeck,  ville provinciale, est ouverte sur le monde, Christian est envoyé apprendre le commerce à Londres, il ira même à Valparaiso. 1830-1875, c’est aussi l’essor des chemins de fer.Période bâtisseuse où les notables quittent les maisons à pignons pour  construire des hôtels de prestige, galeries et colonnes…. Période des révolutions de 1848, Lübeck n’est pas épargnée par le bouillonnement révolutionnaire, le livre raconte comment les sénateurs et notables vécurent ces journées.

En dehors du contexte géographique et historique, ce roman est une formidable histoire familiale avec tous les ressorts psychologiques habilement disséqués par l’auteur. Thomas Mann prend son temps pour présenter ses personnages : les  35 premières pages racontent un repas de famille, au cours desquels il  présente les protagonistes et donne un luxe de détails aussi bien sur le décor, la maison des Buddenbrooks,que sur les costumes et les divers travers de tous les membres de la famille et leurs proches.

Une autre fête de famille, un réveillon de Noël marquera la chute de la maison Buddenbrooks. Magnificence de la fête, des cadeaux que l’enfant Hanno recevra : un théâtre miniature et un harmonium, cadeaux de rêve pour celui qui choisira la voie artistique plutôt que celle du négoce pour suivre l’affaire familiale et succéder à son père….Description des décors de Noël, menu de fête, toilettes…..

On peut aussi s’attacher à chacun des personnages dont le destin est raconté en finesse. J’ai suivi avec émotion Tony, la jeune fille heureuse de vivre qui sacrifiera son premier amour par obéissance à son père, en se mariant à un négociant, comme si ce destin était immuable. Tony deux fois mal mariée….

Déchéance de Christian qui n’était pas fait pour être commerçant…Encore un mauvais mariage-de-raison pour Erika, la fille de Tony… Dans les dernières pages on suit Hanno, le musicien de santé débile, impossible successeur de son père Thomas.

Les évènements se succèdent en douceur, logique implacable de ce déclin, sans éclat, l’analyse psychologique est toujours suggérée dans une foule de détails pittoresques, villégiature sur le bord de la Baltique, ou promenade en campagne.

 

un peu d’Allemand….