Du Vert Galant à Aulnay-sous-bois avec le Voyage Métropolitain (1)les cabanes de Tremblay

PARIS/BANLIEUE

le Canal de l’Ourcq

Le Canal de l’Ourcq  fête son bicentenaire occasion de retourner s’y promener et de s’intéresser aux communes qu’il irrigue : Tremblay-en-France, Sevran et Aulnay-sous-bois. 

Tremblay-en-France

Une dame de la Mairie de Tremblay nous fait la visite guidée, tout de suite, elle nous parle « des bois » – vestiges des légendaires bois de Bondy infestés par les bandits? Ou bien le nom de Tremblay sonne-t-il comme tremble, espèce voisine du peuplier qui borde le Canal? ou même la silhouette de la commune sur la carte étalée sur le trottoir qui figure un arbre. On s’attendait à une banlieue de triste béton et on découvre une ville qui s’est construite à l’ombre  de magnifiques hêtres et chênes dont l’Office National des Forêts prend encore soin. Autrefois, dans les années 70 ou 80, on empruntait encore des sentiers sous les arbres pour aller à l’école, à la gare, à la piscine….le XXIème siècle, sécuritaire, a dressé des grilles, équipé les portails de digicode, abattu les passerelles piétonnières….Il faut maintenant contourner les copropriétés et faire de longs détours.

cabanes perchées de Kawamata

On fait donc le détour pour découvrir le Parc de Tremblay, hautes futaies, mare avec des roseaux (plutôt à sec en cette année de canicules), de belles allées sont bordées de ganivelles pour éviter les piétinements intempestifs.

Nous cherchons les cabanes perchées du plasticien Tadashi Kawamata 21 cabanes, des « nids » et des nichoirs à mésanges, œuvre des enfants des écoles, composent cette installation appelée « Bain de Forêt ». les Japonais pratiquent le bain de forêt à but thérapeutique et cette pratique essaime en Europe aussi. Tadashi Kawamata est un artiste reconnu mondialement, il a construit ses cabanes au Centre Pompidou-Beaubourg, au Canada, à New York, en Belgique….Ces installations ne sont jamais gratuites ni coupées de la population. Elles ont été construite en matériel local (planches) en concertation avec les habitants. Aucun accès pour parvenir à la cabane perchée, ni échelle, ni corde. Les seuls occupants seront les oiseaux. Peut être vont-elles se dégrader? C’est fort probable, et prévu, aucune pérennité n’est exigible d’une cabane. Jeu philosophique entre la précarité de ceux qui occupent généralement les cabanes et la fonction d’abri provisoire…Enfants qui construisent des cabanes mais qui les abandonneront quand ils seront adultes, réfugiés, cabanes de misère des bidonvilles. Ces cabanes ne sont pas vouées à l’éternité.

Cabanes perchées de Tadashi Kawamata

Trois cabanes au dessus de nos têtes, Jens sort un petit livre jaune : Nos Cabanes de Marielle Macé  (Verdier, éditeur) et nous en lit quelques passages:

Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol
rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou
voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés
plutôt qu’aménagés.

Faire des cabanes en tous genres – inventer, jardiner les possibles ; sans craindre d’appeler « cabanes » des
huttes de phrases, de papier, de pensée, d’amitié, des nouvelles façons de se représenter l’espace, le temps,
l’action, les liens, les pratiques. Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain ; c’est-à-dire toujours,
aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs…..

anneau de jeu

Le sentier débouche sur une perspective,. D’un côté, un très agréable café-bibliothèque, Café Cosy avec des chaises-longues et surtout des livres passionnant dont un beau livre d’art montrant les réalisation de Kawamata à travers le monde, parmi des guides de permaculture, de bricolage du bois….

A l’intérieur du tunnel

En face : l‘anneau de jeu destiné aux enfants que nous ne dédaignons pas. De l’extérieur on ne peut pas deviner les épreuves qui nous attendent.

nouvelle épreuve dans l’anneau

l’inclinaison du parquet nous déstabilise, à quelle hauteur nous trouvons nous? comment ressortir?

j’aurais dû laisser mon sac en bas, il faut ramper! choisir les toboggans? ou des escaliers traîtres qui me forcent à m’asseoir?

Jens a préparé toute une étude sur les aires de jeu : historique remontant à 1830- 1850 Kindergarten en Allemagne, terrains de sport en Angleterre. L’aspect du jeu dans la pédagogie est fort intéressante. Le jeu en plein air est très exploité dans les pays scandinaves. En France, les aspects sécuritaires et juridiques brident l’imagination des pédagogues, et des constructeurs.

Cet anneau conçu par Willemin Architecture Landscape et Egis est particulièrement réussi.

La dame de la Mairie nous entraîne vers des endroits remarquables de la ville : un théâtre, un cinéma datant des années 30 fonctionnant encore comme salle Arts et Essais dédié à Jacques Tati  (fresque Street Art C215)

Monte Arci – le musée et le sentier de l’obsidienne

CARNET SARDE

Monte Arci

Le Monte d’Arci (812 m) déploie sa large silhouette en bouclier près de la voie rapide S.S. 131 ; nous l’avions remarqué en arrivant dans la région lundi. Selon l’Île des Ames, le polar de Piergiorgio Pulixi, que je viens de terminer, au Monte d’Arci les forces telluriques attiraient les adeptes de la secte néo-nuragique. Ce volcan, un peu magique, ne pouvait que me plaire. Depuis longtemps, je collectionne les volcans.

Le Musée de l’Obsidienne est à Pau, sur les flancs du volcan. Non loin de là, le Parc Géominier aorganisé des points d’observation et des sentiers de randonnée.

Comme la route est longue, nous sommes parties tôt pour arriver à l’ouverture du musée. A Riola Sardo la petite route SP 12 nous fait éviter Oristano. Des petits champs rectangulaires vert vif attirent notre attention : des rizières ! Certaines sont même inondées.

31 km sur la S.S. 131 – route à 2×2 voies Cagliari-Sassari – qui ressemble à une autoroute. A la sortie Uras, la S.S. 442 s’élève dans la montagne par de larges virages et tourne dans les gros buissons des lentisques. Dans les vallées, des champs moissonnés où paissent des brebis. Des amandiers et de la vigne. Paysage de collines, presque de montagne, très paisible, ressemblant un peu au Massif Central et parfois à cause des cyprès à la Toscane. Les eucalyptus sont vraiment encombrants, on les voit partout en Sardaigne.

Nous traversons Ales – village natal de Gramsci .

Echantillons d’obsidienne et matériel pour la tailler au temps des nuraghes

9h30, en attendant l’ouverture du Musée de l’Obsidienne à 10 h, je fais un  tour dans les rues désertes pavées de basalte et de galets. Dans les murs je remarque des blocs noirs brillants : l’obsidienne. Je suis adepte de la « géologie des murs ». Un chemin de croix contemporain traverse le village : le visage du Christ modelé en terre est assez réussi.

Le Musée  qui a pour sujet unique l’Obsidienne,  utilise tous les moyens modernes : audioguide multilingues, écrans tactiles, belles photographies en couleur grand format. Mise en scène soignée et jolies vitrines où les lames, éclats et nucléus d’obsidienne sont présentés comme des bijoux.

L’Obsidienne résulte de la solidification rapide d’une lave fluide, une vitrification. La teneur en silicium varie selon les variétés.

Dans la première salle, des échantillons de silex, glauconie, marnes amorphes, sont présentés à côté de l’obsidienne noire ou teintée de brun et de gris. Certains échantillons d’obsidienne sont rubanés et très beaux.

La salle suivante montre comme les hommes, pendant la Préhistoire ont appris à débiter les blocs en nucléus, lames, pointes, et comment ils ont commercé à travers la Sardaigne et au-delà de la mer pour exporter l’obsidienne au nord de l’Italie et même jusqu’en Gaule et en Catalogne. Une pirogue monoxyle occupe le fond de la salle.

L’obsidienne est le plus souvent noire mais pas toujours elle peut être colorée et rubanée

Un joli musée pour un sujet très pointu !

Pau a très bien indiqué les sites du parc Géominier. Nous trouvons facilement le Sentier de l’Obsidienne recouvert d’éclats noirs et brillants. Des panneaux bilingues nous interdisent de prélever des échantillons avec des amendes prohibitives de 500€ pour un petit éclat et 5000€ pour un gros. L’obsidienne sarde ne s’exporte pas : la boutique propose de jolies pointes mais en obsidienne d’Arménie. Jolie promenade un peu escarpée dans un  sous-bois de chênes. Une autre promenade est proposée un peu plus bas sur le thème de la faune de la forêt.

Nous retournons à Ales pour visiter le Musée du Jouet. Sur la brochure il y avait de jolis objets en liège. Impossible de le trouver à Ales puisqu’il se trouve à Zappara. Introuvable à Zappara, il est fermé depuis deux ans. Un monsieur très bavard nous conseille d’aller plutôt à Burrumini qui est à 20 km.

 

Machu Picchu et les Trésors du Pérou – Cité de l’Architecture au Trocadéro

Exposition temporaire jusqu’au 4 septembre 2022

le Trésor du Pérou

Les deux billets de Claudialucia m’ont convaincue d’aller voir cette exposition. Difficile d’écrire mieux! Je vais quand même essayer de résumer cette visite éblouissante.

parure d’or

Les deux images ci-dessus correspondent avec l’idée que je me faisais du Trésor du Pérou. C’est cette abondance d’or qui a attiré les Conquistadors et qui justifie le terme d’Eldorado.

les grenouilles finement travaillées du collier

J’avais eu un avant-goût de ce travail d’orfèvrerie à San José (Costa Rica) , bien  éloigné du Pérou mais également Précolombien.

Cependant j’ai surtout aimé entrer dans un monde inconnu tellement bien illustré par les céramiques peintes.

 

j’ai eu l’impression de découverte comme si j’entrais pour la première fois dans une tombe égyptienne peinte ou comme si j’observais pour la première fois les vases grecs racontant la mythologie. Les conservateurs de cette exposition ont su présenter les symboles, les cérémonies du sacrifice et raconter l’épopée du héros Ai Apaec 

Cruche contenant de l’eau pour activer le camaquen : la force vitale qui anime le monde : Spirales, symboles de l’eau du mouvement, du cycle des saisons, cycles

Avant de nous raconter des histoires, nous  nous familiarisons avec les symboles et les acteurs du monde précolombien, monde chamanique où les valeurs sont bien différentes de celles de notre monde où l’homme a une place privilégiée. Dans ce monde animaux, plantes, éléments naturels se mêlent sans hiérarchie anthropocentrée.

félin admirés par les dirigeants politiques et religieux pour leurs aptitudes à la prédation
Récipient entouré par un serpent ou dragon. Les dragons andins sont liés au monde intérieur

Des céramiques sont ornées d’oiseaux  connecté au Monde Supérieur : chouettes, cormorans, hiboux. Les colibris symbolisent la résurrection.

chimère

Serpents, grenouilles et crapauds sont en relation avec le Monde Inférieur, reliés aussi au mouvement de l’eau qui coule.

Chimère, être humain aux yeux de hibou entouré de serpents

Dans le monde andin, les humains et les animaux ne sont pas séparés, les chamans peuvent canaliser des pouvoirs animaliers : représentation d’êtres hybrides félin-oiseau-serpent- humain. J’ai remarqué que ces objets étaient presque tous creux comme des flacons et des bouteilles.

Scène sexuelle

Nombreux rituels avaient pour but la fertilité et il existe des représentations de scènes sexuelles très précises d’êtres humains copulant ou se masturbant.

Ai Apaec, le super-héros

La Légende d’Ai Apaec, le super-héros

Nous entrons de plain-pied dans l’épopée du héros mochica (100-800après JC) illustrée des céramiques représentant le héros. Ai Apaec voyant le soleil se coucher craint que la Terre ne reste plongée dans l’obscurité et se lance dans un voyage à travers les trois mondes.

Ai Apaec chevauche le vautour et part avec ses amis, le chien et le lézard.

Ai Apaec devient lui-même crabe avec des pinces

Puis il traverse le monde marin et combat avec le crabe, puis avec l’oursin et se transforme en poisson-globe

Ai Apec

enfin il est vainqueur de l’escargot géant: le strombe dont la conque en spirale renferme les cycles naturels

Ai Apaec sur le strombe

Ai Apaec s’unit avec la Terre-Mère donnant naissance à l’Arbre de vie. On voit aussi divers avatars du héros en épis de maïs ou en piment. Vieux, il sera victime de l’Egorgeur

Ai Apaec vieux est victime de l’Egorgeur

Toujours de manière très imagée l’exposition va nous raconter une histoire sanglante : celle des sacrifices rituels

Sacrifice des animaux : les daims

Il y avait aussi des sacrifices humains : offrir sa propre vie est un  acte collectif. Une représentation de théâtre d’ombres explique les étapes du sacrifice utilisant les dessins -presque une bande dessinée – sur des vases peints. Agrandissant les personnages de la coupe ci-dessous, on voit les combats, puis le vaincu apporté dans un filet, son cœur et son sang seront offerts à la Déesse-Lune qui le donnera à l’Aigle guerrier puis au Soleil triomphant

Je suis restée longtemps dans cette exposition ébahie devant une telle richesse et une telle complexité!

Bosa et les villages des environs de Cuglieri

CARNET SARDE

les maisons colorées de Bosa

En route

Sur la route de Bosa,  S’Archittu et Santa Catharina de Pittinuri sont de petites stations balnéaires avec des rochers blancs. La route quitte ensuite le littoral. Sur des kilomètres elle traverse une zone desséchée, calcinée, témoignant de l’énorme incendie de Juillet 2021 qui a ravagé la région de Cuglieri. Certains chêne-liège reprennent des feuilles vertes, quelques oliveraies ont été épargnées, les oliviers semblent très vieux.

Cuglieri domine le paysage avec sa grande église qui se voit de très loin. Après Cuglieri les traces d’incendies sont plus erratiques, ici tout est mort, à côté c ’est tout vert. Un arbre a été épargné et pas son voisin. La route de Cuglieri à Sennariolo fait de nombreux virages. Un panneau routier signale que les équipements spéciaux sont nécessaires en cas de neige, on descend de 479 m à 274 m en 5 km.

De Sennariolo à Tresnuraghes, partout des vignes du vin de Malvoisie, cru réputé. Il y a même un Musée du vin.

Bosa Marina

Bosa marina

Avant d’arriver à Bosa, la route longe la mer. Une île reliée par une digue porte une grosse tour ronde Torre del Porto – tour aragonaise XVIème siècle. La digue est nommée via Muraglione  Cadute di Cefalonia rappelant un épisode meurtrier en 1943. A l’abri de cette digue, une très belle plage : grande, à l’eau claire très tranquille aux rares installations balnéaires. Chacun s’installe à sa guise sous son parasol. Il y a aussi des restaurants de plage. L’un d’eux est installé dans un galion.

Bosa

Arrivée sur Bosa de l’autre côté du fleuve

La ville de Bosa est bien cachée, on ne la découvre qu’après avoir passé le fleuve Temo. Elle se dévoile enfin, colorée, coiffée d’un grand château en haut de sa colline. Le Castello Malaspina fut édifié en 1112 par une famille toscane. Je ne le visiterai pas, il est fermé pour restauration (quand ce n’est pas le Covid, ce sont les travaux) je regrette l’église peinte à fresques et les remparts que je peux voir… de l’extérieur.

Bosa fleuve et château

Le panorama est magnifique : la petite ville aux maisons colorées, étroites, peintes de vives couleurs est à mes pieds.

Bosa les petites maisons peintes

Des escaliers et une rampe passent par des ruelles. Sur les fenêtres et la rambarde on a disposé des jardinières fleuries. Le moindre carré de terre est occupé par de gros massifs de lauriers roses. Je ne me lasse pas de prendre des photos.

Une dame travaille dans la rue à sa dentelle : le filet de Bosa. Le cadre est carré d’environ 50 cmx50cm, le fil écru est tendu en formant une trame, la brodeuse remplit les petits carrés avec une aiguille. Au mur elle a épinglé sa production. Comme toutes les dentelles artisanales, elle est chère ! Et d’ailleurs que puis-je faire de la dentelle ? l’offrir ?

la dentelière de Bosa au travail

Plus je descends, plus les maisons sont bourgeoises, moins colorées, plus sophistiquées avec de belles parures de pierre, des plantes vertes en pots le long des murs.

La Chiesa Madonna del Carmine est assez sobre avec son encadrement de trachyte rouge. A l’intérieur, elle est baroque et les lustres de cristal m’étonnent toujours. L’autel de marbre est impressionnant.

Je retrouve Dominique garée Place Jean XXIII, facile à trouver avec son grand monument et ses tilleuls.

De la place part le Corso Vittorio Emanuele II, la rue principale de Bosa animée avec de nombreuses boutiques, des bars et restaurants qui ont installé leurs terrasse suir la Piazza della constituzione. Emplettes de touristes : cartes postales, souvenirs, spécialités sardes, pâtisseries, vin de Malvoisie. Etonnante, cette église coincée entre les maisons ; l’Oratorio Madona del Rosario, portail Renaissance et Horloge de la Ville. D’une façade dégouline de la vigne.

Tanneries

Un vieux pont en pierre volcanique enjambe le fleuve Temo ainsi qu’une élégante passerelle pour piétons et cyclistes. Sur la rive opposée, Sas Conzas les ateliers des tanneurs, aux façades étroites, oranges, jaunes, vertes à un étage et un toit à double pente forment un alignement pittoresque. Un musée de la Tannerie occupe l’un d’eux : en rez de chaussée les grosses cuves rondes creusées dans la roche sont recouverte d’un plancher de verre. Tout le processus de tannerie est expliqué avec des machines pour affiner les peaux et des photographies anciennes montrant que l’activité a perduré jusque dans les années 50. A l’étage, on voit d’autres machines, le système pour épiler les peaux, les outils à main pour les finitions.

Musée de la Tannerie

Baignade très agréable à Bosa Marina l’eau est tiède, calme, limpide et même profonde. Je prends pour cap une bouée orange. Avoir un but me motive.

Nous trouvons l’emplacement du piquenique sur la place de l’église de Santa Maria del Mar. L’église est minuscule, une petite coupole peinte en rouge surmontée d’une croix la distingue des maisons environnantes. Porter close (pas de porche). Cette église est le centre d’un important pèlerinage. Les abords sont aménages avec une sorte d’amphithéâtre avec une scène et des gradins, belles dalles en pierre volcanique ? une banquette de pierre court tout autour et surplombe la mer.

Porto Alabe a une très belle plage accessible en voiture.

Nous repassons par Tresnuraghes, bourgade tranquille avec sa grande église Saint Georges, sombre au plafond jaune décoré d’une frise.

Punta di foghe tour

10 km d’une route très étroite, sur la fin d’une mauvaise piste nous conduisent à Punta di Foghe : cette pointe très fine s’avance dans la mer dans un environnement très sauvage de falaises sombres et très hautes. Une grosse tour en basalte se dresse dans le maquis. Au retour on remarque la vallée très profonde taillée dans la roche.

Punta di Foghe falaises

S’Archittu : sa petite « croisette » lungomare domine les plages. Quelques restaurants y sont installés. Plus loin, une très belle promenade piétonne permet d’admirer l’arche creusée par la mer dans une roche blanche éblouissante. Malheureusement le ciel est gris et la lumière ne met pas en valeur le site. Il faudra revenir !

Cabras et San Salvatore

CARNET SARDE

les Géants de Cabras

San Salvatore

Cumbessias de San Salvatore

San Salvatore est un village-fantôme, ou plutôt un village qui ne vit que quelques jours par an, en septembre à l’occasion d’un pèlerinage. Les petites maisons sont bâties autour d’une aire sacrée depuis els temps nuragiques. L’église est elle-même construite sur un ancien temple romain dédié à Vénus, Mars et Hercule. Dans la crypte on pourrait accéder à l’hypogée où sourd une source sacrée dédiée à l’époque punique à Sid, dieu guérisseur. On pourrait aussi voir une mosaïque romaine. Malheureusement, c’est fermé pour cause de Covid-19, depuis deux ans, m’explique le propriétaire du restaurant. Autour de l’église les Cumbessias (chambre des pelerins depuis le XVII ème siècle. Le premier samedi de septembre a lieu la Corsa degli Scalzi , 800 hommes vêtus de blancs, déchaussés courent de Cabras à San Salvatore.

Ce village vide, mais pittoresque, a été le décor de westerns-spaghetti.

Cabras

les barques et l’étang de Cabras

Nous garons la voiture à côté de la Coopérative des Pêcheurs sous des eucalyptus qui donnent de l’ombre. L’étang de Cabras est maintenant gris et ses eaux agitées. Les barques des pêcheurs attendent posées sur le rivage, alignées toutes pareilles, blanches avec un moteur noir.

Au Musée  de Cabras sont exposées les grandes sculptures de pierre, les Géants  de Mont’e Prama.

Comme il n’y a personne, j’ai une visite guidée privée.

Civilisation nuragique

Géant de Cabras

Pendant l’âge de Fer, la civilisation nuragique a créé de grandes statues anthropomorphiques, retrouvant et développant la tradition des bétyles.

Les bronzetti sont des petites statues d’environ 15 cm réalisées à la cire perdue. On pense que la technique vient de Chypre. Les statuettes sont des ex-votos représentant des chefs de tribu, des archers, guerriers, lutteurs ainsi que des figures féminines et quelques animaux. Le code stylistique s’apparente à celui de la Méditerranée Orientale, les artistes sont peut être venus du Proche Orient

maquette de nuraghe

Des maquettes de nuraghe qui permettent d’imaginer les structures manquantes au sommet de la tour, pour les tours simples ou multi-tours.

Pour le site de Cuccuru-Is Arrius sur la rive sud-est de l’étang de Cabras on a établi la chronologie de la fréquentation humaine du site allant du Néolithique moyen (4800-4300 av. JC jusqu’au néolithique récent (Ozieri 4000-3500) au Bronze (2200-900) puis à l’âge de fer : (730-600)

Céramique Ozieri

Des céramiques sont exposées avec des outils de pierre lames de silex et bifaces d’obsidienne. Les figures féminines correspondent à la culture d’Ozieri.

Idoles féminines

Salle des Géants

Ils furent découverts en 1974 par un fermier. En 1975 on effectua les premiers sondages des fouilles, la campagne d’excavation eu lieu en 1979, en 2005 restauration au laboratoire et 2014 Exposition au musée en 2014

Tharros punique

Cabras tophet urnes et stèles

Tophet : stigmatisé par les prophètes de l’Ancien Testament comme étant un «abominable passage par le fer de leurs propres enfants , on n’a trouvé aucune confirmation archéologique dans le Proche Orient. On a retrouvé les cendres de bébés morts ou de fœtus.

On voit donc des urnes funéraires, des stèles : cippes et bétyles. Certaines stèles sont décorées de figures féminines.

Il relitto di Mal de Ventre

Lingots de plomb retrouvé dans l’épave de Mal de Ventre

En 1988 on a découvert une épave du temps des Romains (80 à 50 av. JC) en provenance d’Espagne contenant un chargement de lingots de plombs transportés à travers la Méditerranée au large de l’Île de Mal de Ventre. Chaque lingot contient des inscriptions de provenance du propriétaire…ce qui en fait un trésor pour les archéologues étudiant le commerce maritime.

J’avais déjà visité ce musée et je me souvenais surtout des Géants. Cette nouvelle visite m’a fait découvrir d’autres aspects de l’archéologie de la région.

J’ai relu avec un grand plaisir La Guerre des Saints de Michela Murgia qui se déroule à Cabras (appelé Crabas, allusion transparente).

Passage de témoin – Roland Szpirko

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

Passage du témoin entre générations : celle du père, Michel, Juif Polonais révolutionnaire, qui, déjà, a reçu le témoin du grand-oncle qui avait milité auprès de Rosa Luxemburg. J’ai rencontré autrefois ces ouvriers tailleurs, militants communistes, résistants. J’ai lu le chapitre racontant les luttes du père avec beaucoup de sympathie.

Le parcours de l’auteur Roland (à cause de Romain Rolland) renvoie à une histoire récente : fin de la guerre d’Algérie,   luttes anticolonialistes, des lycéens de Jacques Decour, où les leaders de Mai 68 ont souvent fait leurs classes. Etabli en usine, avant même ses 20 ans, il a choisi très jeune le Trotskisme contre la CGT. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt son récit de Mai 68, récit d’un ouvrier syndicaliste très politisé et non pas d’un étudiant.

La suite du livre est le récit de ses luttes syndicales au sein de nombreuses entreprises : Idéal Standard, Girosteel, Chausson, D’aucy, Vallourec, Continental….et j’en passe.  On y apprend le travail d’un délégué syndical, organisation des travailleurs, organisation d’une grève au plus proche du quotidien des luttes. En cela, ce livre est un témoignage précieux d’une histoire contemporaine qu’on connait racontée par les médias.

Cependant, l’accent est souvent mis sur la « perversité » de la CGT. Beaucoup d’énergie dans cette opposition entre révolutionnaires trotskistes et communistes. C’est répétitif et cela m’a un peu lassée.

En revanche, j’attendais plus d’analyse théorique. Pourquoi le choix du trotskisme, de Lutte Ouvrière plutôt que la LCR? Comment s’articule le militantisme entre syndicalisme et parti? Comment fonctionne Lutte Ouvrière? Je suis restée sur ma faim.

Presqu’île de Sinis : Tharros, San Giovanni di Sinis

CARNET SARDE

Tharros temple

Traversée de la Presqu’île de Sinis par la campagne très tranquille.  Ce matin, pas de circulation automobile, quelques tracteurs avec du matériel de fauchage assez archaïques. A côté des grandes roues de paille et de foin il y a encore des petites bottes parallélépipédiques. Un troupeau vient à notre rencontre occupant toute la route, poussé par trois bergers à vélo, un Sarde aux cheveux blancs et deux jeunes Africains. Des maraichers s’apprêtent à repiquer des plants dans des cagettes disposées sur des films plastiques : poivrons ou aubergines. Il y a aussi des champs de cardons.

L’étang de Cabras est très grand, très bleu .

Tharros tour espagnole et plage

A San Giovanni de Sinis d’interminables parkings contiennent les flots de touristes loin des sites de Tharros et de l’église byzantine.

Tharros

Castellum aquae

 

Le Castellum aquae – citerne romaine – est très bien conservé mais je suis passée à côté de l’aqueduc sans le voir. Les rues de la ville s’adaptent au relief et à la ville carthaginoise préexistante, je ne retrouve pas le plan en damier caractéristique des villes antiques romaines.

Palimpseste : le site a été occupé depuis la Préhistoire par un village nuragique, puis par les Phéniciens (8ème siècle), les Carthaginois (510) commerçant avec toute la Méditerranée, les romains (238), les Byzantins. Finalement, les Espagnols ont construit la tour.

Les constructions romaines comme les thermes (il y en a trois) sont les plus reconnaissables. Les quartiers d’habitation sont différents des villas romaines que je connais. Simples maisons avec un étage, construites en longueur avec une courette me font penser aux maisons des artisans des Tombes des Rois de Gurnah. Certaines ont plusieurs pièces en enfilades mais pas d’atrium.

Tharros maisons puniques

Les temples sont bien ruinés. Le petit temple K à flanc de colline est à peine visible. Le temple à 2 colonnes se résume aux colonnes. Le temple de Démeter pareil. Au contraire, le Temple sémitique est vaste et mieux conservé. Mais qu’est-ce qu’un temple sémitique ?

Après les Thermes n°1 j’ai cherché le baptistère paléochrétien. Puis j’ai remonté le Cado maximus et je suis arrivée sur une sorte d’esplanade gardé par des fortifications spectaculaires : murs et fossé, tandis que de l’autre côté, se trouvent le Tophet et le village nuragique avec les habitations circulaires.

Je monte à la tour espagnole (fin XVème/début XVIème siècle) édifiée pour protéger la baie d’Oristano des pirates barbaresques. Déjà, cinq siècles plus tôt les incursions sarrasines avaient vidé la région et l’abandon de la ville de Tharros est définitif en 1070. La tour de 11 m de hauteur est surmontée d’une terrasse construite au XIX -ème siècle pour traquer les contrebandiers.

San Giovanni di Sinis

San Giovanni di Sinis

La basilique “byzantine ”visible de la route, à l’entrée de la bourgade, sur la route romaine Tharros  est une église basse toute en rondeur avec une coupole et la façade plate formant trois arrondis. Elle me fait penser à certaines constructions de Djerba. Elle fut bâtie au VIème siècle et conserve des structures byzantines en croix grecque. Entre le IX ème et le Xième siècle elle a un plan rectangulaire. L’intérieur est très sobre en dehors du très beau bénitier roman sculpté. Sa nef comporte trois travées séparées par d’épais piliers et une petite coupole qui repose sur des archivoltes reliées à quatre robustes piliers. La restauration au XIème siècle coïncide avec l’arrivée des Navarrais entre 1050 et 1070.

San Giovanni di Sinis

Il fait très frais, je reste un bon moment.

Restaurant da Marina Pau

A l’extrémité de l’allée où sont trattorie et restaurants, c’est le plus beau de tous. Sa terrasse est bien aérée et donne sur la dune. Plat du jour sur l’ardoise : ravioli asperges et scampi17€, mulet grillé 18 €. Je prends des spaghetti con vongole e bottarga. La boutargue (œufs de mulet séché) est qualifié d”Or de la Sardaigne ». Elle est célèbre depuis l’Antiquité ; on dit que les Phéniciens furent les premiers à la confectionner. Les mulets sont élevés dans des bassins. On prélève les ovaires qu’on fait sécher et qu’on presse. Les  spaghetti à la boutargue sont une spécialité de la cuisine sarde. Délicieux, servis dans une grande assiette très creuse au milieu, la boutargue décore le bord de l’assiette. Les raviolis sont vraiment aux asperges, on voit la pointe et les scampi sont de très grosses langoustines servies au-dessus de gros ravioli avec une sauce rouge, de la bisque avec de la tomate fraîche.

A travers la Sardaigne : de Muravera à Torre dela Pozzo par Oristano

CARNET SARDE

En route !

Selon Googlemaps :  entre Muravera et Torre del Pozzo via Strada statale del Gerrei 387 : 166 km, 2h33

Goni : le paysage du Gerrei vu du nuraghe

Nous avons quitté Muravera dans la senteur des tilleuls en fleurs pour reprendre la route de Gerrei SS387 le long du Flumendosa et revu les paysages que nous avons découverts. Je remarque une grosse roche en forme de tour de Babbel avec les arêtes soulignées par des buissons. Je note la floraison des genets. Les blés sont déjà moissonnés. Nous traversons Ballao adossé à la colline avec de nombreuses fresques (entre autres Mère Théresa) et nous perdons un peu la route et passons par la très tranquille SP23 dans des paysages sauvages, on ne voit pas une voiture, et pas une maison pendant des kilomètres.

A Goni je tente la visite du nuraghe que j’avais négligée. Encore une belle grimpette sur une route dallée, je passe près d’un élevage de porcs en semi-liberté et arrive au sommet de la colline. Panneaux de financement de la restauration du nuraghe par l’Europe mais interdiction de s’approcher : il se trouve dans un enclos. Cette tour avait peut-être une finalité stratégique de surveillance parce que le panorama est très étendu et magnifique. Je n’aurai pas grimpé pour rien !

Nous traversons les belles forêts de chêne-liège et passons à côté du site de Pranu Muttendu puis à côté d’un parc d’éoliennes sur les crêtes puis nous redescendons dans une vaste plaine agricole mais aussi industrielle avant de monter sur la voie rapide SS 131 Cagliari/Sassari, véritable autoroute très fréquentée et très roulante que nous quittons juste avant Oristano.

Oristano

Oristano cathédrale

Nous devons arriver à Oristano avant 12h30 à l’Office de tourisme Pro Loco qui ferme à 13 heures et que j’ai contacté par téléphone pour éviter les déconvenues de la semaine dernière. Nous avons bien l’intention de prépare nos visites dans la région avec des documents en papier et non pas avec Internet. L’hôtesse est très aimable : elle nous propose des activités pour chaque jour de la semaine que nous allons passer dans la région et nous recopie à la main les numéros de téléphone des contacts si nous voulons prendre rendez-vous.  Elle me donne même l’adresse de pizze a taglio pour le déjeuner et un plan de la ville.

Ortistano céramiques les paysannes

Nous trouvons un coin ombragé et tranquille au pied de la cathédrale d’Oristano Santa Maria Assunta dont l’extérieur austère ne laisse pas présager l’intérieur très décoré : tous les murs sont peints, pas de fresques, c’est plutôt dans le style « papier peint» marbres et stucs, autel en marbre et pierres dures. Dans chaque chapelle des retables baroques avec des colonnes torses et des marbres mais pas trop de dorures. La structure romane fut démolie en 1729, de la cathédrale gothique XIV on voit les murs extérieurs. Le campanile octogonal est coiffé d’une coupole tuiles vernissées.  A la sortie, je remarque les portes de bronze signées Antonio Desogus représentant des épisodes historiques de la ville.

Oristano musée diocésain

La piazza Duomo est un beau parvis, les briques rayonnent autour du campanile, des massifs fleuris l’égaient et elle se poursuit par une belle place devant le Musée Diocésain dans un beau bâtiment mêlant brique et pierre.

Elena d’Arborea

Promenade dans la ville et agréables de cette ville où nous sommes passées à notre précédent voyage CLIC. Je retrouve donc devant l’Hôtel de Ville la statue en marbre blanc d’ Elena d’Arborea, la reine(1340-1404) à l’origine de la Charte constitutionnelle  Carta de Logu, premier code civil en Europe . J’emprunte une rue animée où on a suspendu des jarres colorées (cela change des inévitables parapluies à la mode en ce moment et dont je me suis lassée.

Tour Mariano

J’arrive à la Tour Mariano. Une exposition de céramiques agrémente les places et les rues de la ville. Certaines me plaisent bien.

A l’Antiquarium Arborense est présentée une curieuse exposition sur les idoles sardes et leurs falsifications. Des bronzetti -statuettes d’idoles sardes furent réalisée à Cagliari pour satisfaire un évêque danois Münter auteur d’un livre sur la religion des Carthaginois et le roi de Sardaigne Charles Albert de Savoie, (1831-1849) Etrange exposition de faux qui dit aussi beaucoup sur les fantasmes modernes. J’aurais préféré voir de vrais spécimens mais il nous faudrait visiter les musées de Cagliari et de Sassari !

lesd faux bronzetti

  «Charles Albert, archéologue en Sardaigne. Les fausses idoles»: l’histoire est digne d’un polar avec fraude à la clef et voit comme protagonistes rien de moins qu’un souverain et un habile fonctionnaire de l’Etat.

Cette histoire raconte la vente de 330 fausses statuettes en bronze « les idoles sardo-phéniciennes » au roi de Sardaigne Charles Albert ainsi qu’au musée de Lyon et au musée de Cagliari de la part du directeur du musée des Antiquités de l’Université Royale de Cagliari, Gaetano Cara.

De ces idoles, 70 appartiennent aux Musées Royaux de Turin et sont visibles durant l’exposition « Charles Albert, archéologue en Sardaigne » au musée des Antiquités de Turin, tandis que 150 statuettes du musée de Cagliari sont exposées auprès de l’Antiquarium Arborense de Oristano.

 

Faux bronzetti

En plus de cette exposition, à l’étage les trouvailles des sites de la région : Tharros et Cabras, et une belle maquette de Tharros.

Deesse mère

Nous sommes pressées de découvrir notre nouveau gîte à Torre del Pozzo 250km plus au nord où nous devons arriver pour 16h. Torre del Pozzo est une localité plutôt diffuse avec des maisons construites sur la pente dominant la mer. Pas un village. Nous trouverons quelques commerces et une jolie croisette à S’Archittu quelques kilomètres plus loin.

Notre nouveau gîte n’a pas la classe du précédent. L’appartement est situé en rez de chaussée et s’ouvre sur une terrasse carrelée et bien aérée (que l’on partage avec un autre appartement mais vide cette semaine) Une belle table à l’ombre, quelques plantes vertes. Il faut chercher la trouée entre les maisons voisines et les arbres pour deviner la mer. Le coucher de soleil n’en sera que plus précieux. A l’intérieur, mobilier sans prétention, mais tout ce qu’il faut dans la cuisine. Notre propriétaire a fermé les volets et fait courant d’air, il règne une agréable fraîcheur.

Les courses seront à Riola Sardo (12 km). Les plages sont accessibles à pied en moins de 5 minutes : deux petites criques de part et d’autre du petit cap où est bâtie la Tour qui donne son nom à Torre del Pozzo. Très petites criques rocheuses, il faut apporter les chaussons et le masque de plongée. Elles conviennent plutôt aux enfants tellement les « piscines » sont petites et peu profondes.

 

Evry – Courcouronnes – avec le Voyage Métropolitain

VOYAGE METROPOLITAIN

La cathédrale d’Evry

Tout d’abord le plaisir de retrouver le Voyage Métropolitain que j’avais perdu de vue avec le Covid et les confinements! Toujours le même entrain, la même convivialité et des intervenants passionnants le plaisir du partage et de la découverte.

Comme d’habitude, Jens déplie ses cartes, celle de la région, celle du schéma directeur de Delouvrier (1965) correspondant à la création des villes nouvelles. Evry est sortie des champs à côté d’un petit village dans la vallée de la Seinn entre la Nationale 7, l’Autoroute du Soleil, une ville à imaginer : un plan original en X relié par un autobus en site propre reliant les quartiers, avec au centre la gare du RER D (qui était aussi à construire).

la voie de l’autobus passe sous une sorte de porche

Une ville avec une préfecture, une université, des entreprises, certaines innovantes, des emplois. Des quartiers d’habitations, une nouvelle population à loger. Un réseau de transport performant, voire révolutionnaire, ne faisant pas appel au tout-voiture. Des circulations sur 3 niveau, le niveau intermédiaires étant celui de l’autobus, les quartiers s’ouvrant sur une ville piétonnière.  La ville idéale?

Frank, enseignant en arts plastique, en est tombé amoureux. Il vante sa ville, où il enseigne, où il vit depuis des décennies. Lucide il relève l’ anomalie : les habitants ne travaillent pas sur place, on observe un chassé croisé de travailleurs qui ne correspondent pas aux emplois que la ville offre. Emplois très qualifiés pour une main d’œuvre qui l’est moins. Résultat, une ville peu animée, les habitants rentrant tard après leur travail et leur déplacement n’ont guère envie d’aller boire un pot au bistro! Inversement les travailleurs préfèrent rentrer chez eux. Des fastfoods, oui mais peu de convivialité.

Malgré toutes les bonnes intentions des urbanistes et architectes, la mayonnaise n’a pas pris, faute aux crises pétrolières, avant 1973 l’argent était facile, on a commencé par financer les animations sur l’Agora, puis les moyens financiers n’ont pas suivi. Il en résulte un centre un peu étrange : un théâtre ouvert sur la ville, et sur le Centre commercial qu’on est en train de rénover avec des projets de restaurants (comme à Créteil-Soleil) et un chantier peu lisible pour les visiteurs. Dommage! Pourtant le théâtre est une Scène Nationale avec des programmes ambitieux et une municipalité très désireuse de favoriser le secteur culturel.

Le Bâtiment creux

De l’Agora, nous passons le long d’une grande Patinoire (encore un projet ambitieux) sur un cheminement perché au dessus de parkings. Un petit jardin en contre-bas est condamné à brève échéance, délaissé peut-être pour des raisons sécuritaires. Plus haut, on découvre encore un autre jardin bien caché (jardin zen où se déroulent des activités de yoga ou de méditation).  Ce serait un très joli coin pour respirer mais il est fermé, cadenassé quand il n’y a pas d’activité. Une longue barre d’habitations borde le cheminement, le Bâtiment Creux, très original, mais il faut être plus loin pour l’apprécier. En face un bas relief en céramique rappelle l’histoire de la construction de la Ville Nouvelle : c’est le grutier. 

Le Grutier

Une passerelle enjambe la route de l’autobus : surgissent les Pyramides, 6000 logements prévus, 2000 construits.

Le Voyage Métropolitain à la découverte des Pyramides

Les architectes, Michel Andrault et Pierre Parat, ont imaginé des logements qui s’ouvriraient sur une grande terrasse avec des jardinières en béton permettant de végétaliser l’ensemble (il y a la même à petite échelle au  lac de Créteil). L’ensemble est très bien pensé, les pyramides sont construites en dégradé, les plus hautes près de la passerelle s’échelonnent avec des moyennes, puis des petites. Les couleurs sont étudiées une face verte, une face rose.

Moyennes pyramides avec décor de fougères

le quartier se termine par de très petites pyramides

les plus petites pyramides

On a pensé la ville ouverte, sans passage automobile on avait ouvert aussi l’école sur l’extérieur. Puis les mentalités ont changé, on referme et la cloche de l’école se retrouve au centre d’une sorte de rondpoint.

La cloche de l’école.

les enfants ont perché un ballon de foot piégé entre les grosses sonnettes. Aubaine pour Jens qui a prévu de nous faire tirer des ballons dans la Lucarne. Les garçons se font la courte échelle pour le récupérer. La Lucarne est une attraction-phare de la ville. Les amateurs de foot avaient l’habitude de tirer dans une petite fenêtre d’un immeuble. Après les protestations des voisins on a construit une réplique dans un endroit dégagé, avec porte en trompe-l’œil, digicode…

La Lucarne

C’est donc une attraction sportive, il faut se mettre à 12 m sur un repère et viser la lucarne. C’est difficile, personne dans notre groupe n’a réussi! Cette lucarne est si connue que Djibril et ses associés ont fabriqué une « lucarne pliante » et qu’ils se déplacent dans toute la France pour des animations.

Le « manpower » lieu mythique de l’Art du Déplacement

A Evry est né un sport : l’Art du Déplacement ou Parkour popularisé par un film Yamakasi (2001) avec Luc Besson. Yamakasi a une consonnance asiatique (le film est sous-titré les Samouraïs) mais c’est une expression en lingala. 

 

Plus que du cinéma, c’est du sport, le franchissement avec ou sans acrobatie des barrières, matériel urbain, y compris des sauts impressionnants comme du haut du Manpower en atterrissant sur l’immeuble d’en face. L’entraîneur de l’académie d’Evry est venu nous présenter son sport plus tard dans l’après-midi. Le Patrimoine vivant de la ville m’a bluffée!

Piquenique dans le très grand et frais parc du Coquibus où nous avons vraiment apprécié l’ombre de vieux arbres.

Puis découverte d’autres quartiers dont certains ont été labellisés pour l’architecture particulièrement remarquable.

Cité des épinettes

Brique et béton, mais si on regarde de près on apprécie le décor du porche

Bas relief avec des amours

Moins apprécié les barres de fer qui sécurisent les balcons jusque dans les étages élevés!

Un autre ensemble est dû à Sarfati : les glycines qui sont un peu « villas de bord de mer » , un peu kitsch, et beaucoup dépaysantes dans cet univers de béton.

Les glycines Sarfati

Nous traversons l’ensemble de briques des terrasses, très vert, très calme.

 

Les Terrasses

 

Pour revenir sur nos pas à travers le Parc vers la Cathédrale de Botta dont j’ai beaucoup aimé la couronne de tilleuls qui ont l’air de s’y plaire. Le travail de la brique est intéressant avec des motifs variés. l’intérieur est impressionnant.

Muravera : dimanche à la plage

CARNET SARDE

panorama vu de la tour de Porto Corallo, la baie de Muravera avec la plage de San giovanni et de salinas

Pour notre dernier jour à Dolce Luna nous avons prévu de profiter de notre merveilleux gîte.

Au programme baignade à San Giovanni, le matin  et l’après-midi à Spaggia Collostrai . 

Ce matin, nous sommes allées chez la dame de San Priamo acheter oranges pamplemousses, cerises et courgettes et faire nos adieux.  Depuis le début du séjour, j’avais envie de parcourir la grande plage qui part de Torre di Salinas jusqu’à San Giovanni : 4.5 km. L’idée était de me baigner plusieurs fois chaque fois que j’aurais chaud. Pour me protéger du soleil, un chapeau, un paréo, et mes tongs.

Et si la plage était coupée par un cours d’eau? si je ne pouvais pas arriver, comment prévenir Dominique ? J’ai donc emporté mon téléphone et renoncé aux baignades. Pas de longe-côte, seulement  marche les pieds dans l’eau.

Sur les grandes plages de l’Atlantique ou de la Manche où il y a des marées c’est un plaisir de marcher sur le sable mouillé et c’est facile. Ici soit le sable sec est brûlant, soit il faut marcher les pieds dans l’eau dans la zone de sable battue par les vagues et très en pente. Je marche en me déhanchant et marcher de travers est pénible. Pour retrouver l’équilibre je remonte sur la plage et alors je me brûle et cours me tremper à nouveau. J’avance beaucoup plus lentement que prévu. Dominique garée à côté de Marina Gio est assaillie par des hordes de moucherons.

Baignade devant le restaurant Marina Gio qui a belle allure vu de la plage avec une barque fleurie et un tapis de Griffes de sorcières (Carpobrotus edulis).

Pendant que je nage, je me distrais avec les installations sophistiquées des Sardes en famille le dimanche. Sur un diable, ils ont fixé des parasols (3 ou4) un ou deux lits de plage, des sièges pliants. Généralement quelqu’un d’autre se charge des glacières. Ils ont aussi étalé des draps de plage, fixé des voiles entre les parasols. Près de là où j’ai planté mes tongs bleus (achetés au Cambodge il y a maintenant 11 ans)je compte quinze personnes sous trois parasols bleus. Un peu à l’arrière, une autre famille a installé un barnum (type de ceux des pharmacies pour les test PCR). Vu aussi trois parasols et une voile avec des sacs remplis de sable au bout des cordages pour assurer la stabilité. Dans l’eau, les petits s’amusent. Certains nagent même très bien rn faisant des cabrioles de dauphins sous l’œil attendri des mères debout dans l’eau qui leur arrive à mi-cuisse. Pratiquement aucun adolescent ni adulte dans la mer. Il y a aussi les traditionnels pistolets à eau, bouées et jeux de raquettes. Mais l’essentiel est de se regrouper en famille.

tour Dieci Cavalli

Visible de la plage, légèrement en retrait une tour originale celle des Dieci Cavalli construite sur une arche.