Sidi Bou Saïd et Retour à Tunis

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Le café des Délices

Sidi Bou Saïd et Carthage se touchent. Nous passons insensiblement de l’une dans l’autre. A Sidi Bou Saïd, le parking est réglementé. On passe un péage(1 dt) pour le Café de la Mer qui nous inspire pour un déjeuner au soleil. En face de la marina, il n’y a qu’un seul restaurant, le Pirate qui a l’air chic et cher, et qui ne donne pas directement sur la mer. On peut manger des pizzas et des crêpes dans une cafétaria sur le port. Nous commandons une crêpe thon-fromage et une pizza thon-fromage avec un café bien serré pour 17.500 dt (5.5€). Je me félicite de ne pas avoir oublié de me m’enduire de crème solaire.

La Poste de Sidi Bou Saïd

Dominique croyait avoir un crédit de 100€ sur le compte mobile de son téléphone. Le premier coup de fil en France est coupé juste au début de la conversation. Peut être est-ce la 3G qui a tout vidé, même en l’absence de connexion Internet ? Avant de recréditer le compte avec la Carte Bleue il convient de faire disparaître les données mobiles. L’urgence est de trouver une boutique de téléphone. Alors que dans villes et villages ces téléboutiques abondent, dans la très chic Sidi Bou Saïd elles sont invisibles ou fermées. En décembre, il n’y a pas de tourisme mais des jeunes tunisiens qui se promènent en groupe ou par couple. Il semble qu’on croise une jeunesse dorée plutôt libre de mœurs, presque toutes les filles sont tête nue, garçons et filles se mêlent et de nombreux couples flirtent ouvertement. Je finis par trouver la boutique et le spécialiste effectue la manipulation. Les communications internationales sont très chères, 1.68€ le sms et 8€/mn pour la voix. Priorité aux mails et whatsapp ! Dans la très chic Sidi Bou Saïd je trouve un café avec Wifi. Pour le prix d’un verre de vrai jus d’oranges pressées, assise au soleil sur des chaises bleues, je pourrai consulter mes mails, envoyer des photos et télécharger le Monde.

Collection de portes

Sous le soleil, Sidi Bou Saïd, la blanche aux portes bleues, fenêtres à moucharabiehs ou grillagées en fer forgé bleu, soulignées de bougainvillées, de jasmin, est très photogénique.

Un homme très prévenant a aidé Dominique à se garer  (le stationnement est en principe réservé aux résidents mais la carte handicapé a fait une exception). C’est le patron du magasin de souvenirs situé juste en face. Il délègue son vendeur, Bilal pour une visite guidée du village. Chaque porte a une histoire : celle-ci est « familiale », elle a une fente horizontale. La femme seule, en l’absence de son mari n’ouvrira que la moitié droite. Pas la gauche surtout ! la gauche est impure. Celle-ci, œcuménique : les clous dessinent une main de Fatima, symbole utilisé aussi bien par les musulmans que par les juifs, une croix berbère d’Agadez. Cette autre vitrée est une « porte-fenêtre ». La couleur marron de celle-là indique que les occupants ne sont pas musulmans. La taille de la porte est un indicateur de rang social.

Nous passons devant le Café des Nattes célèbre pour ses concerts. La Maison du Baron Erlanger est également dédiée à la musique. Au bout du village le Café des Délices a un air de Cyclades avec les dômes blancs et les parasols bleus surplombant la mer.

La visite se termine très mal. Il est clair qu’il faudra acheter quelque chose à la boutique. Le patron me montre de beaux bijoux berbères, des colliers de corail, ambre ou cornaline. J’élimine d’emblée les bijoux très beaux mais sûrement très chers. Je jette mon dévolu sur un plat en faïence ou sur un miroir caché par une porte colorée. Le prix me surprend. Pour le plat qui est peut être industriel, le prix serait de 400 dinars (125€) dix fois peut être vingt fois le prix ! je veux bien remercier pour la visite et le parking mais je n’aime pas être prise pour une imbécile. Pas question. Grand seigneur, le vendeur ajoute une coupelle et descend à 350 dinars, puis le miroir en plus pour 300 dt. Je quitte le magasin « khalas ! ». Le vendeur me poursuit jusqu’à la voiture et descend à 23 €. La marchandise ne les vaut pas. Je claque la porte. Furieux, il déclare « voilà comment vous me remerciez ! ». 20 € pour une aide au parking et une promenade, il abuse !

Le retour à la tombée de la nuit est une épreuve pour la conductrice. De Sidi Bou Saïd la route, plein ouest au coucher du soleil, est éblouissante. Plus tard à l’arrivée sur Tunis, cela se complique. Comment retrouver la Casbah ? Dans l’embouteillage sur ce qui ressemble à un périphérique, nous descendons les vitres pour demander aux conducteurs des voitures voisines à l’arrêt. « Sortez à la grande horloge et prenez l’avenue Bourguiba ! ». L’horloge illuminée sur une tour Eiffel miniature se voit de loin, mais nous ratons la sortie de l’autoroute et nous retrouvons loin au sud en direction de Sousse. Demi-tour et toujours l’embouteillage. Nous trouvons la tour l’avenue Bourguiba qui est une belle artère. Je me félicite de ce détour par Tunis moderne et chic. Pas pour longtemps ! l’avenue Bourguiba est barrée par des militaires en armes. Manifestation de protestation, conséquence de l’énorme bourde de Donald Trump. On ne passe pas. Tout le centre de Tunis est bloqué. Navigation à l’aveugle dans des rues désertes des faubourg. A une station-service (on dit ici kiosque à essence) on nous remet dans le bon chemin. On arrive à la Gare routière. Les piétons ont envahi les rues. Le tramway passe en force. Les voitures se faufilent. On risque l’accrochage à chaque instant. Pourquoi ? puisque nous ne savons où aller. Je descends interroger un chauffeur de taxi qui me rabroue, il a des clients. » Je ne veux pas monter, seulement me renseigner. » Le client, d’autorité annonce, « suivez-nous ! ».  Il nous conduit directement chez nous, un miracle ! Le gardien du parking nous aide à nous garer. Il est 18h30. Même Internet est revenu à Dar Kenza.

Excellent dîner : brick à l’œuf, poulet, poivrons et pommes de terre, une orange épluchée pour dessert.

Carthage

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

 

Pour sortir de Tunis et trouver Carthage, il va falloir se débrouiller sans GPS ! Les Tunisiens sont d’une grande gentillesse, à chaque coin de rue nous demandons notre route et on nousrenseigne. Le meilleur conseil est de « suivre La Marsa » qui est bien fléchée. Nous traversons des quartiers-jardins avec des villas chics avant d’arriver à Carthage.

Les parcs archéologiques s’étendent un peu partout, nous n’épuiserons pas le site. Un billet de 10 dt + 1 dt pour les photos donne l’entrée à tous les monuments sauf la Cathédrale Saint Louis.

la cathédrale Saint Louis

La colline de Byrsa est coiffée par la Cathédrale à coupole byzantine ; 19ème blanche, aux tours crénelées. Les églises 19ème ne m’inspirent pas vraiment. Non loin de là, le bâtiment des Pères Blancs héberge le Musée de Carthage . Nous commençons par les extérieurs. La vue est splendide sur la mer, les lacs et collines par cette matinée ensoleillée. Une montagne – le Cap Bon – est nimbée de brume à contre-jour vers l’Est. Un gardien me montre le disque parfait des ports puniques qui brillent au soleil.

Les Romains ont arrasé l’acropole punique portant le temple d’Échmoun pour installer la ville en remblayant les habitations carthaginoises. Le temps a eu raison des constructions romaines. On a restauré, cimenté, laissé quelques chapiteaux ou bases de colonnes…la ville romaine est difficilement lisible. Heureusement des panneaux orientent le visiteur et détaillent les vestiges, le départ du Cardo maximus qui descend vers la mer.

Le quartier Hannibal

Un peu plus loin, le quartier Hannibal est composé de maisons puniques adossées à la pente/ Des maisons mitoyennes ont été dégagées par les archéologues. Bâties serrées, aux petites pièces rectangulaires. Il y avait également des ateliers de forgerons travaillant le cuivre et le fer. Difficile de se faire une idée des maisons entières. En revanche, il est aisé d’imaginer les combats.  Les Romains avaient mis des poutres pour conquérir maison après maison. Puis l’incendie s’est propagé quand ils ont mis le feu aux poutres. Le Guide Bleu donne beaucoup de descriptions mais la promenade est interdite.

la statue de Saint Louis

Derrière un buisson, la statue de Saint Louis rappelle qu’il est mort à Tunis en 1270. Statue 19ème siècle sans intérêt autre qu’anecdotique. Daniel Rondeau dans son livre Carthage en parle bien. Les végétaux accompagnent les colonnes brisées, les chapiteaux dispersés. Les grenadiers ont des feuilles jaunes automnales, les figuiers sont chauves, en revanche l’herbe et les oxalis sont vert vif. La promenade tient plus du pèlerinage littéraire que de la visite archéologique. Je profite du soleil hivernal, de la vue.

l’aurige et sa femme

Après la visite du Bardo, le Musée de Carthage parait un peu vide. Deux Romains de marbre blancs s’adossent à l’escalier : l‘aurige et sa femme. Une grande mosaïque occupe le sol mais elle est poussiéreuse et pâtit de la comparaison avec celles du Bardo que nous avons vues hier. Une grande tête féminine laisse imaginer des statues géantes comme le Constantin du Capitole de Rome.

 

 

A l’étage des vitrines racontent la vie quotidienne aux temps des Carthaginois : céramiques d’usage, bijoux, reconstitution du régime alimentaire, on consommait les bovins âgés quand ils n’étaient plus en état de travailler, les carthaginois mangeaient du porc (pas évident pour une population d’origine sémite). On voit aussi des articles d’importation : vaisselle grecque, amulettes égyptiennes. La religion punique est racontée aussi les emprunts étrangers : Déméter et Bes s’ajoutent au panthéon carthaginois. Deux gisants, prêtres et prêtresses. Ils me rappellent les sarcophages en terre cuite du Musée Archéologique de la Valette.

Décidément les Romains ont détruit bien des souvenirs.

Thermes d’Antonin

Les Thermes d’Antonin sont faciles à trouver. Un tunisien interrogé les a appelés Hammamet Andalouz, » Hammam » parfait pour les thermes, mais pourquoi andalouz ? Ils se trouvent dans un parc de 4 ha planté de mimosas, d’eucalyptus, de poivriers, grenadiers, fleuri d’aloès et de géraniums. Ils devaient être encore plus impressionnants quand la coupole de 15 m couvrait le caldarium. Moins bien conservés que ceux de Caracalla à Rome, de dimensions moindres, ils sont quand même gigantesques. La mer est juste derrière. La colline est plantée du jardin du Palais Présidentiel construit juste à l’aplomb des thermes.

Au hasard de mes flâneries je découvre une grande basilique chrétienne à trois nefs ayant gardé de nombreuses colonnes, et un bâtiment qui semble avoir été une école. Le panneau descriptif malheureusement s’est effacé. Un peu plus loin, une chapelle souterraine est ornée d’une mosaïque, au bout du jardin, un four à de potier punique. Non loin des thermes les latrines publiques en demi-cercle de 35 m de diamètre.

La rue Septime Sévère, parallèle à la côte, nous conduit aux ports puniques entre de jolies villas blanches dans des jardins fleuris dans le quartier de Salambô. Le port militaire de forme circulaire avait en son centre une île ronde portant les hangars à bateaux. Le port de commerce au bassin rectangulaire était accessible par un chenal. Je fais le tour du petit lac rond à l’eau tranquille où se reflètent la coupole blanche d’un petit mausolée que Flaubert appelle joliment santon et les arbres très verts. Des barques de pêche ont remplacé les galères carthaginoises. Un vieux pêcheur, pieds nus, remmaille son filet.

port punique

Un peu plus loin, le Tophet, le sanctuaire.  De nombreuses stèles sont dressées sous un palmier et des grenadiers formant un ensemble plutôt riant. C’est seulement lorsqu’on pénètre dans la caverne qu’on imagine les sacrifices d’enfants à Baal Hamon que décrit Flaubert.

Le Tophet

Nous n’avons pas vu le théâtre ni l’édifice à colonnes pressées par le temps. Nous avons prévu de déjeuner à Sidi Bou Saïd.

Tophet : la caverne

Voyage à Carthage – notes de voyages – Gustave Flaubert

LECTURES TUNISIENNES

Carthage au petit matin

J’étais très curieuse de lire ces notes (pas d’effets de style, des notes). Préparation de Salambô? du 12 avril 1858 au 12 juin, Flaubert note ses observations, ses rencontres, ses impressions, des anecdotes de l’Algérie où il débarque et à travers la Tunisie.

Il ne s’attarde pas plus que cela à Carthage qu’il nomme Saint Louis mais y rédige ses notes au clair de lune:

« Jeudi 7 mai – Notes prises au clair de lune – lever du soleil, vu de Saint-Louis : d’abord deux taches, celles du jour levant, à droite ; la lune sur la mer à droite ; le ciel un peu après devient vert très pâle et la mer blanchit sous le reflet de cette grande bande vague, tandis que la tache que fait la lune sur la mer se salit; La bande vert d’eau fagne dans le nord, la mer s’étend orange pâle ; il n’y a plus que très peu d’étoiles, fort espacées ; toute la partie Sud et Ouest de Carthage est dans une blancheur brumeuse,la praire de Ta Goulette se distingue ; les deux ports, les montagnes violet noir très pâle, estompée de gris, le Cobus est plus distinct ; quelques petits nuages dans la partie blanche du ciel, au dessus de la bande orange... »

Les notes concernant Ariana qu’il a trouvée charmante m’ont amusée : c’est maintenant une ville champignon satellite de Tunis.

Porto Farina – Ghar Meleh
Ghar el Melh vieux port

J’y reviendrai quand je rédigerai mes carnet à propos de Ghar Meleh qui’l appelle Porto Farina, d’Ichkeul  et de ses buffles, et la montagne de Zaghouan très présente dans ses descriptions.

Sa description de Bizerte qu’il compare à Venise me fait regretter de n’y être pas allée alors que cette visite figurait dans notre programme !

A lire et à relire! Même si Salambô n’est pas encore née!

 

 

Tunis : une visite au musée du Bardo

CARNET TUNISIEN – DU NORD AU SUD

 

A midi, nous partons au Musée du Bardo.

Les taxis sont très nombreux et bon marché, jaunes ils sont facilement repérables ; le problème est d’en trouver un libre.  Le chauffeur ne parle pas français mais il me montre le compteur : 0.450 dinars de prise en charge.

Le trafic est embouteillé. De nombreuse forces de police sont sur pied. La rue est parcourue par des manifestations pro-Palestine après la déclaration de Trump sur Jérusalem. La première manifestation rassemble des étudiants ou des lycéens avec de nombreuses filles voilées, une seconde est composée d’adultes, beaucoup d’hommes d’âge mûr, en costume de ville, promenant un drapeau palestinien en  silence. La radio du taxi ne parle que de la dernière initiative américaine : déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Alors que la télévision française est saturée de nécrologies : Jean d’Ormesson et Johny Halliday, le monde s’agite. Cette bourde américaine a pour conséquence d’unir tout le Moyen Orient auparavant si divisé avec la Guerre en Syrie, au Yémen, la vrai-fausse démission du Premier Ministre libanais. Aujourd’hui, tout le monde défile à l’unisson « filestin ! ». La radio tunisienne fait entendre aussi bien Macron (en français) le pape François (en italien), le prince saoudien et le roi de Jordanie (je reconnais leur arabe différent du tunisien). Je suis tellement occupé à écouter la radio dont je devine la teneur sans comprendre le contenu, que je ne suis pas l’itinéraire.  Le taxi passe devant la faculté des Lettres, de Médecine, des hôpitaux, puis s’éloigne du centre dans des quartiers mal définis. Le Bardo est à 4 km du Centre de Tunis. Arrivées sur place, encore de nombreuses forces de police et du fil de fer barbelé en gros rouleaux. Le souvenir de l’attentat est encore dans les têtes.

Le Musée existe depuis la fin du 19ème siècle, installé dans l’ancien palais beylical. L’entrée des visiteurs se fait   par une façade moderne dans un hall haut de plafond très clair. Un plan est fourni à la billetterie.  Nous nous laissons guider par le hasard, en dépit de toute chronologie, passons d’une collection d’objets d’époque islamique, céramiques de toute beauté à des cippes puniques puis à des mosaïques romaines, sans aucune transition. Après quelques temps, je comprends que les objets sont regroupés par site. Comme nous ne connaissons pas la géographie de la Tunisie, ce classement ne facilite pas le compte rendu !

Nous avons été éblouies par les mosaïques qui nous parlent, nous racontent la vie, les légendes et mythes. L’an passé à Madaba, en Jordanie, nous avions pris connaissance de l’histoire et e la géographie des premiers chrétiens en Palestine et en Egypte…J’avais beaucoup aimé le musée d’El Jem  (Tunisie) et je n’ai pas oublié les premières mosaïques que j’ai découvertes en Sicile à Piazza Armerina avec les jeunes filles jouant au ballon ni celles de Constantinople…

Celles du Bardo sont probablement les plus impressionnantes par leur dimension et leur variété de thèmes. Elles racontent les mythes des Dieux de l’Antiquité mais aussi la vie des paysans et des pêcheurs, parfois les deux thèmes sont intimement mêlés. La grande mosaïque marine est la plus spectaculaire elle est présentée verticalement sur deux étages. Sur un fond vert parcouru de vaguelette on y voit une divinité, une néréide peut-être, et de nombreuses créatures marines. L’Education d’Achille par le Centaure Chiron est aussi d’inspiration maritime, Achille, enfant chevauche un dauphin, elle me rappelle qu’Achille était fils de Thétis, une néréide. Les thèmes chrétiens ne sont pas oubliés, dans une scène de pêche on voit Jonas avalé par un gros poisson, tandis que quatre pêcheurs dans une barque ramènent leurs filets.

J’ai pris des notes, scrupuleusement dans chaque salle. Les recopier dans le désordre n’a guère de sens…le Guide Bleu le fait beaucoup mieux que moi d’autant plus que j’ai raté les plus célèbres celle de Virgile et celle d’Ulysse. Je me suis restée plus longtemps à contempler une belle à sa toilette avec ses servantes qui lui portent ses atours et son miroir…. Je fuis des classes d’enfants suivant les explications de leurs maîtres, avec les hauts plafonds cela résonne désagréablement. Pourtant ils sont sages. Le Musée du Bardo est très vaste. Impossible de tout voir. Une visite en conclusion du voyage aurait été plus enrichissante sans doute si notre circuit nous avait reconduites à Tunis.

Il faut aussi raconter le décor du Palais beylical qui abrite le musée : les belles portes, les stucs des plafonds à stalactites du salon octogonal, les colonnes antiques formant un péristyle dans la grande salle ornée de statues de marbre qui malheureusement ont presque toutes perdu la tête, sauf Faustine et Isis qui se font face.

 

Les salles puniques : Demeter, Koré et Pluton nous accueillent dans une salle sombre de forme ovale. Des stèles puniques et cippes sont alignées, certaines au signe de Tanit. Au fond la déesse-lionne (Sekhmet ou Tanit ) fait face à Demeter. Je passe, ignorante, devant les terres cuites et les stèles de pierre. J’aurai plaisir à retrouver la civilisation carthaginoise demain au Musée de Carthage.

« Circulation des œuvres d’art » est le titre d’une exposition permanente des objets provenant d’une épave retrouvée en 1907 au large de Mahdia. Les cales étaient surchargées d’œuvres d’art grec datées entre le 4ème av. JC et le 1er ; le navire faisait route vers Rome. J’ai surtout aimé de merveilleux bronzes : deux Hermès.

Retour en taxi jusqu’à la Place du Gouvernement. Il reste encore le temps d’une promenade dans la médina, d’un thé à la menthe et aux pignons à la Terrasse au coucher du soleil.

Tunis : promenades dans la Médina

CARNET TUNISIEN DU NORD AU SUD

Dans la médina : cotte de maille et antiquité

Au petit matin, j’entends  le muezzin, peut-être sont-ils plusieurs à se répondre, et me rendors.

A 7h30, il fait jour.

A 10 heures seulement, notre hôte vient nous voir. Je pensais qu’il serait notre guide dans la médina. Les commerçants ont ouvert boutique, les artisans sont au travail. En face de la porte de Dar Kenza, assis sur le sol, un tailleur coud à la main des djellabas en tissus satiné. Je le vois tirer son aiguillée. La porte d’à côté est celle d’une petite épicerie. Sous le comptoir il y a surtout des cannettes de limonade et des gâteaux emballés, sur des étagères derrière lui, un petit peu de tout. Plus loin, trois gargotes.

Nous entrons dans le souk des femmes où les boutiques sont variées : parfumeurs, bijoutiers, marchands de tissus, vêtements masculins. Dans une ruelle, une sorte de cotte de maille et un bouclier rond devant un antiquaire, me font penser aux Croisades. A cause de Saint Louis ? je pourrais aussi bien imaginer les Romains, les Vandales, les Arabes….

u,e arche un mausolée une impasse rue Tourbet el Bey

Les parfumeurs nous assaillent. L’un deux frotte un bouchon d’une fiole au « jasmin » sur mon poignet. Odeur forte mais peu fleurie. Son voisin veut l’imiter avec du musc. Je refuse, les deux parfums ne sont peut-être pas compatibles ? Plusieurs vendeurs nous signalent « la Terrasse ». On ira mais plus tard !

Tunis Mosquée des Oliviers

Pour l’instant nous cherchons la Mosquée des Oliviers, la plus grande mosquée de la médina. Une verrière moderne permet aux non-musulmans de jeter un coup d’œil à sa cour. Nous faisons le tour du bloc pour découvrir la façade avec une belle colonnade surmontant une volée de marches. Un écriteau prévient les touristes qu’ils doivent respecter les horaires des prières. Pour la visite ce sera après 13h30. Sur la place devant l’entrée les marchandises pour touristes sont variées. Il y a de beaux paniers. J’adore les paniers, j’en rapporte de chaque voyage et me laisserais bien tenter ici !

Ce n’est pas la première médina que nous visitons. L’effet de surprise ne joue plus mais je suis toujours enchantée. Ici, les vendeurs ne sont ni insistants ni agressifs ; Parfumeurs et marchands d’épices tentent leur chance avec gentillesse. L’absence totale de touriste au début décembre explique cela.

medersa slimaniya

Au hasard, j’entre dans la  medersa es Slimaniya qui a un joli patio entouré d’arcades rayées noires et blanches. Une gargoulette est attachée au-dessus de la margelle du puits – décorative ou utilitaire ? – Sous les arcades, des chaises et des tables d’école. L’école est-elle active ? L’affichage tout en arabe ne me renseigne pas. Je passe par la Rue des Orfèvres puis par le souk aux étoffes. Guidée par les marchands qui montent la garde devant leur boutique, je monte à la Terrasse. C’est un très grand café dont la terrasse domine la Grande Mosquée, un endroit très agréable d’où on découvre la médina et la Tunis moderne.

vue de la terrasse

Nous avons emporté de Créteil le Guide Gallimard et le Guide Bleu, mais je les ai laissé à Dar Kenza, je suis sûrement passée à côté de merveilles sans m’en douter. Mais je n’ai pas envie de marcher les yeux dans les livres. Je préfère me laisser distraire par le spectacle de la rue.

 

 

 

Itinéraire de Paris à Tunis – Hélé Béji

LIRE POUR LA TUNISIE

Dans la médina de Tunis, la chaux contre la poussière

Cette lecture m’a été suggérée par Daniel Rondeau dans Carthage. 

Cet Itinéraire de Paris à Tunis référence à Châteaubriand (????) n’a rien d’un récit de voyage, il est d’ailleurs sous-titré Satire. Point de voyage ! de la satire, du persiflage plutôt. Paru une première fois en 1992, indisponible en livre papier, il a été numérisé en 2012 « participant à une démarche de transmission de savoirs rendus difficile d’accès par le temps…. ».

J’aime l’aventure et la découverte.  Il m’a fallu beaucoup de persévérance pour terminer cet opus. La dame, conviée à une réunion mondaine et parisienne, un dîner-débat crache sans se gêner dans la soupe

« et je ne viderais pas mon cœur! Et je supporterais ces intellectuels rengorgés, compassés! »

déclare-t-elle  pour se ressaisir :

« Est-ce que je leur ressemble? »

Et bien oui, j’en ai bien peur avec ce texte vide, enflé, ampoulé prétentieux qui me tombe des mains.

En sautant des paragraphes ennuyeux, j’ai trouvé des portraits drôles des qui m’ont récompensée de ma persévérance.  Celui du chaouch, « il y en a toujours un pourtant, de chaouch, dans un coin du vestibule, plus uni à sa chaise qu’un philosophe à son coin de parchemin, à sa chandelle dans le clair-obscur d’une gravure…. » 

Sympathique vendeur de cacahuètes sur la plage, souvenir d’enfance qui capte l’appel des enfants « avec la soumission muette d’un sorcier aux djinns de l’au-delà…. »

Son évocation de la poussière à Tunis, l’été, m’a aussi distraite :

« ….des millions d’étincelles du soleil sont ensevelies sous des millions e mailles du drap éteint de la poussière.

Et pourtant, grâce à dieu, elle peut finir par être vaincue, la poussière, par la chose la plus simple, la plus naturelle, la plus accessible à chacun : un seau de chaux. Avec de larges pinceaux de chaux contre les murs, les façades et les toits, la poussière est capturée, purifiée, dissoute dans l’éclat bleuté d’une résurrection picturale. La chaux est une fée de percale blanche qui terrasse la sorcière en haillons de poussière d’un simple coup de badigeon….. »

Mais cela ne suffit pas pour en faire un bon livre. Fallait- il l’exhumer d’un oubli mérité?

 

Arrivée à Tunis – notre gîte : Dar Kenza dans la médina

CARNET TUNISIEN, DU NORD AU SUD

arrivée dans la nuit à tunis

L’arrivée à l’aéroport

Les nuages ne se déchirent qu’au-dessus de la Sicile, les îles éoliennes sont éclairées dans la nuit, l’Etna est invisible. L’avion perd de l’altitude dans le noir complet. La côte tunisienne scintille. L’arrivée sur Tunis  est un feu d’artifice.

L’assistance de Dominique nous fait généralement gagner du temps en court-circuitant les queues et les formalités. Ce n’est pas le cas ce soir. Le camion élévateur tarde tellement qu’on fait embarquer les passagers pour Paris tandis que nous sommes encore à l’avant de l’avion. Nos valises ne sont plus sur le tapis roulant,  jetées dans un coin. Samiha s’est lassée de nous attendre à la sortie. Nous la retrouvons au bureau de Camelcar. Elle a pour nous un sac de cadeaux : un petit téléphone tout neuf, un GPS et deux road books reliés, magnifiques.

La voiture est une Renault Symbol (modèle monté en Turquie, hybride de Clio et de Dacia), vaste coffre mais sans essuie-glace arrière. Le GPS est très récalcitrant. Impossible de programmer, l’adresse de Dar Kenza ce qui n’est pas étonnant puisque la rue Tourbet el Bey se trouve dans la médina, mais plus étrange quand il s’agit de la Place du Gouvernement où se trouve un grand parking et de nombreux ministères. Personne n’y arrive, même pas le loueur de voitures. Tout le monde nous assure que nous ne retrouverons jamais dans Tunis. La solution est de faire venir notre hôte en taxi, il nous guidera ensuite.

21 heures passées nous sommes toujours sur le parking de l’aéroport, le ticket du parking buggue en sortie : temps dépassé !

la médina

les arches pour entrer dans la médina
les azrches de la médina la nuit

Sous la direction du propriétaire, le chemin semble simple, tout droit. La place du Gouvernement est monumentale, éclairée. Nous suivons les murs de la médina pour entrer sous un porche avec de belles arcades de pierres. Nous garons la voiture « Place du Château ». Le « château » Dar Hussein est le siège de l’Institut du Patrimoine, un palais 18ème siècle qui fut investit par le commandement militaire français du temps du Protectorat. Au détour du palais nous passons encore sous d’autres arcades, puis dans des rues blanches aux portes bleues, grilles bleues aux fenêtres à entrelacs et petits auvents bleus « Cette partie a été restaurée par des Espagnols » –  dit le propriétaire, un peu plus loin, c’est moins restauré mais des vignes font des tonnelles gracieuses et leurs ombres des arabesques dans la nuit. La rue Tourbet el Bey est une grande rue avec de nombreuses épiceries et gargotes, plus loin elle conduit au souk des femmes. A 21h30, tout est fermé, seuls les chats occupent la rue.

Dar Kenza

Dar Kenza

Notre appartement à Dar Kenza s’ouvre sur un patio blanc et bleu. La grande pièce à vivre  est entre  les deux chambres. Les murs crème sont ornés de tableaux orientalistes avec chevaux, burnous, turbans. Un tapis rouge, des banquettes rouges, un coffre peint. Des arcades se détachent peintes avec une végétation luxuriante de fleurs et fruits. Une bordure de majolique borde une étagère.   Les lits sont dans des alcôves.  L’une d’elle est voûtée séparée de la salle par des majestueux rideaux bordés de glands dorés.  Ses murs, jaune d’or intense. Le lit est posé sur une estrade aux marches carrelées, il est recouvert de rouge vif. En face, l’autre chambre est séparée par une cloison à fenêtres à ferronneries éclairées par des lampes aux abat-jours délicats et une lanterne. Le plafond vert est bas sous une mezzanine communiquant avec la pièce principale par une boiserie ajourée faisant penser à un castelet peint avec les mêmes feuillages que sur le coffre. Ceci confère un bel éclairage au salon.

Dar Kenza alcôve

Une cuisine et une salle d’eau complètent l’appartement dans lequel on pourrait vivre à 6 ou 7.

Notre dîner tardif se compose d’un bol de soupe de lentilles passées, d’escalopes de poulet panées, d’une salade chou et fromage et d’une coupe de grains de grenade.

Nous avons beau être fatiguées du voyage, je ressors faire des photos de nuit dans les rues de la médina.

 

La villa Jasmin – Serge Moati

LIRE POUR LA TUNISIE

Commencé à Tunis.

Serge Moati est une figure familière de la télévision française depuis des décennies.

J’étais curieuse de lire la Villa  Jasmin ,  nom de la villa de ses parents à Tunis.

« Papa, tu n’as pas démérité de cette France-là. Tu as refusé les médaille. moi je t’en fabrique une. C’est ce livre.  Tes ancêtres, Samuel et ses frères, ces juifs de Tunis, fous de France t’entourent ce jour-là, Place de l’Hôtel de Ville. Tes aïeux et tes descendants sont près de toi . je les prends en photo »

C’est une évocation émouvante de ses parents qu’il a perdu très jeune, à peine onze ans.

Serge Moati, le père, était une figure du Tunis de l’avant-guerre, auteur de théâtre, journaliste, socialiste, franc-maçon, puis déporté à Sachshausen, résistant à Paris, héros de la Libération de Paris, le camarade Jasmin, il rencontre De Gaulle (ci-dessus).

Évocation tendre de sa mère. De la vie à Tunis avant-guerre, puis pétainiste et occupée, allemande.

En contraste, un personnage détestable ce collabo Guilbaud, qui a persécuté Moati l’a envoyé en déportation en Allemagne et l’a traqué quand il se cachait, résistant à Paris.

Plus que la douceur de vie à Tunis, c’est une leçon d’histoire, de la Tunisie sous le Protectorat et de la Libération de Paris.

Je n’ai pas eu le temps pendant le court séjour à Tunis de chercher la Villa  Jasmin, existe-t-elle encore?

 

 

La légende de Carthage – Azedine Beschaouch – DECOUVERTES GALLIMARD

LIRE POUR LA TUNISIE

Quelle merveilleuse collection que celle de DÉCOUVERTES GALLIMARD !

Je n’ai jamais été déçue, ni par le texte ni par l’iconographie qui est extraordinaire.

Azedine Beschaouch – directeur de l’Institut national d’art et d’archéologie (1973-1982) et maire- adjoint de Carthage (1975-1990) est le spécialiste de Carthage. De plus, il a construit une ‘légende » passionnante :

le premier chapitre retrace la chronologie de la fondation mythique,  à la civilisation phéniciennes, en passant par les guerres puniques, puis la Carthage romaine, chrétienne avec Saint Augustin, enfin l’épisode des Vandales. les Arabes lui préférèrent Tunis…

Dans le second : « Une mémoire perpétuée….des vestiges disséminés »  on assiste à la redécouverte de Carthage, d’abord par les géographes arabes, au 11ème siècle El Bekri et Idrisi, plus récemment par Chateaubriand et enfin par les archéologues modernes à la fin su 19ème. Cette redécouverte ne fut pas une évidence, un archéologue très sérieux avait même situé Carthage en Algérie!

A la découverte de la métropole punique, énigmes à Carthage est une véritable enquête à énigmes. Les textes racontant Carthage sont ceux des vainqueurs : les Romains. Certes, Polybe était grec mais il était lié à  Scipion et son récit est partial. Sacrifiait-on des enfants au Tophet? Flaubert a raconté le moloch. légende ou vérité historique? Les archéologues proposent d’autres hypothèses. Une autre énigme fut celle de la localisation des ports de Carthage. La puissance des Phéniciens était maritime. Retrouver les ports et reconstituer la marine phénicienne était donc essentiel!

 

Carthage, ville romaine, disputait à Byzance la deuxième place dans l’Empire romain. Un chapitre s’attache à décrire la ville romaine.

La fin de Carthage, fut-elle Vandale (leur nom a mauvaise réputation) ou byzantine, ou arabe?

Comme toujours, dans cette collection, une large place est donnée aux documents littéraires. Michelet, Chateaubriand, Flaubert mais aussi Senghor!

La lecture est passionnante, mais je l’ai souvent interrompue pour aller à l’index des illustrations me renseigner sur tel tableau, telle photographie. On  peut aussi le feuilleter comme un livre d’images!

 

Carthage – Daniel Rondeau

LIRE POUR LA TUNISIE

Dans trois jours nous atterrirons à Tunis, aéroport Tunis-Carthage

J’ai voulu prendre une petite avance sur le voyage avec le livre de Daniel Rondeau dont j’ai adoré Malta Hanina lu au retour d’une quinzaine à Malte. Même démarche : un portrait impressionniste d’une ville, réminiscence de son histoire grâce à de nombreuses lectures érudites que l’auteur fait partager au lecteur.

La  bibliographie savante sera  à exploiter au retour, il n’est plus temps de courir bibliothèques et libraires. J’emporterai néanmoins l‘Âne d’or d’Apulée, l’Enéide de Virgile, Salambô et le Voyage à Carthage de Flaubert, tous libérés de copyright, donc gratuits sur la liseuse. Téléchargé aussi La Villa Jasmin de Serge Moati. 

Je note un Klee en Tunisie de Duvignaud qui se trouve à la bibliothèque, La lumière de la nuit  de Pietro Citati qui est un auteur que je ne connais pas mais qui a aussi écrit à propos de L’Odyssée et d’Ulysse, La Pensée chatoyante qui me tente. Je ne sais pas si je lirai Saint Augustin ou Ibn’Arabi. Je suis intriguée par l’écrivaine   Beji Hêlé. 

J’aime quand un livre donne des envies de lectures, rien que pour cela, je suis reconnaissante à Daniel Rondeau!

J’aime aussi croiser les ombres des personnages du passé, Rondeau évoque tout d’abord la fondatrice, Alyssa ou Didon? puis Hannibal bien sûr avec l‘incendie de Carthage qui renvoie à l’incendie de Troie, toujours l’Enéide! Il a éveillé ma curiosité avec  Augustin, l’ami invisible qui m’est plus étranger et  Saint Louis « San Luwis ibn Luwis » au tombeau de Sidi Bou Saïd. 

Je crois que je relirai ce court opus(164p) à notre retour. Je ne sais jamais quand lire un livre en relation avec un voyage. Avant ou après?