Monastère de Tatev

CARNET ARMÉNIEN

le monastère dans la splendeur des pommiers en fleurs

Wings of Tatev Tramway :

Une route excellente mène à la gare du téléphérique très moderne, restaurant panoramique en verre. Le Téléphérique « le plus long du monde, inscrit au livre des records » passe au dessus du canyon du Vorotan (5.7km, 320m) évitant ainsi une piste en lacets impressionnante et pas recommandée pour le châssis de notre berline. 4000dram aller-retour (3000dram aller seul). Nos compagnons sont deux arméniens amoureux et équipés lui d’un i-pad, elle d’un i-phone, francophones et endimanchés : lui costume en velours, elle robe rose collante. On immortalise leur voyage avec l’i-pad mais le canyon sera flou.

le canyon de Vorotan et la piste en lacets vue du téléphérique

Nous cherchons sans le trouver le Pont de Satan au dessus du Vorotan. Le voyage dure un quart d’heure. Vu du télécabine, le monastère de Tatev est accroché sur la falaise, nid d’aigle. A pied, il surgit derrière un verger de pommiers en fleur. Splendeur du printemps ! Deux poivrières se détachent sur les alpages, une grande et une petite, couvertes d’un toit en accordéon. Un sentier de pas japonais dans l’herbe mène au monastère enclos d’un haut mur.

Monastère de Tatev

Le monastère vu du téléphérique

Construit au 9ème siècle (895). Kaplanian p125 narre la jolie histoire de Ter Hovannes, second évêque de Tatev qui, enfant ayant perdu les poules de sa marâtre, se réfugia au monastère… La cathédrale Pierre et Paul est imposante, malheureusement précédée  d’un porche 19ème siècle qui jure avec l’ensemble. Le tambour de la coupole est finement décoré. L’intérieur est très dépouillé.

tombe de Grégoire de Tatev

 De nombreux panneaux multilingues commentent la visite et racontent l’histoire mouvementée du monastère qui connut son époque de gloire entre le 11ème siècle et le 14ème quand l’université réunit jusqu’à 500 personnes, philosophes, musiciens, peintres, calligraphes et miniaturistes. En plus des nombreux séismes qui l’ont frappé, des invasions et des pillages seldjoukides, plusieurs révoltes de paysans eurent lieue au 10ème siècle protestant contre les décrets des religieux. En 915 les paysans renversèrent le myrrhe et tuèrent le clergé. En 1003, le roi de Siounie démolit Tsourabend en représailles à l’assassinat de l’évêque du monastère. Au 11ème siècle apparut également une secte hérétique des Tondrakian réclamant l’abolition de l’Eglise, l’égalité des classes et des sexes. Les plus radicaux niaient l’existence après la mort, professaient l’athéisme et la guerre des classes (selon les panneaux).

En plus de la grande église Pierre et Paul, il y a deux petites églises, la chapelle Notre-Dame, Sorb Astvadzadzine, la petite église Saint Grégoire (1295), et la tombe de Grégoire de Tatev(1340-1411).

L’église Astvadzadzine est très mignonne. En entrant je suis étonnée de la hauteur de sa coupole, au moins trois fois la longueur de la nef. Très grande simplicité de l’intérieur tandis que les murs extérieurs sont couverts d’inscriptions gravées.

Nous visitons en détail les installations monastiques, la résidence de l’évêque (attention marches très hautes), avec de nombreuses niches dans les murs – placards ou bibliothèque ? – et une très belle vue sur le canyon. Le réfectoire des moines, la boulangerie avec le four (tonir) (grand jarre pour cuire le pain arménien ou lavach . il y avait également un scriptorium, un matenadaran  une auberge pour les pèlerins, des bains médiévaux et une fontaine. L’édifice le plus étrange est le Gavazan : colonne oscillante cerclée de bandes métallique. Deux hypothèses sont évoquées la première serait la détection des séismes on raconte aussi qu’elle fit fuir les guerriers seldjoukides qui l’auraient prise pour une colonne diabolique…

la colonne oscillante – sismographe ou diabolique?

A l’écart du monastère, le moulin à huile a été restauré. Le pressoir de pierre est très bien conservé ainsi que les grosses vis et autres accessoires. Une exposition de très belles illustrations présente les plantes arméniennes oléagineuses : sésame, chanvre, moutarde, tournesol pavot mais également colza,ricin, camelina sativa ( ?), lallemantia, ces deux dernières que j’ignorais totalement.

Vers le sud – émotions au Vorotan Pass – Karahunj

CARNET ARMÉNIEN

La route M2 qui va vers le sud et l’Iran traverse des montagnes très vertes découpées par le ravinement où des roches rougeâtres dépassent – chicots rocheux – vers les sommet? il y a encore des névés. Un troupeau de vaches est gardé par le berger  à cheval. Dans un creux,  coule la rivière Arpa, tumultueuse, bordée de saules. Quand le terrain est plat on cultive la vigne et des arbres fruitiers. D’énormes rochers arrondis proviennent d’une ancienne coulée que la route a découpée.

Vaik : grosse bourgade composée de quelques barres HLM roses carrelées de tuf mais aux balcons rouillés.

Dans une étroite vallée, sous des pitons rocheux le torrent Darb,  gonflé par la fonte des neiges, est sorti de son lit, les arbres  au milieu du courant. Les rives sont aménagées pour le pique-nique : tables et bancs sous de petits auvents. Le paysage est  volcanique  Le col est à 2344m, à  cette altitude, les arbres sont encore hivernaux. La route fait des épingles à cheveux Un lourd camion iranien gravit la côte au ralenti. Je le croyais arrêté. Il négocie les virages avec lenteur.

asperges et bulbes près du Vorotan pass

A Saralanj, des paysans vendent des asperges sauvages vertes et violettes ainsi que de curieux petits bulbes blancs. La montagne ruisselle de partout. Juste après le village, nous nous arrêtons  derrière un buisson d’aubépine aux bourgeons prêts à éclater. Petit film panoramique. Je me retourne et découvre le Mont Ararat, dans le creux de la vallée ! Un peu plus loin,, le village d’Ughedzor est adossé à la pente. Les névés sont proches.

le buisson de la photo

Nouvel arrêt-photo sous le col.  Mon cahier a disparu. Il était presque terminé : 6 jours de voyage, 90 pages de notes, des heures à écrire. J’en aurais pleuré. Le matin-même comme il était presque fini, j’avais pensé le remiser dans la valise. Je n’arrive pas à me résoudre à cette perte. De plus, il souffle un vent puissant qui pourrait l’entraîner au loin dans le vallon. En courant je descends la route pour rejoindre les emplacements où j’ai pris des photos. Rien ! je cherche à reconnaître le buisson d’aubépine. J’enjambe la glissière métallique  pour fouiller les buissons. On retourne jusqu’aux vendeurs d’asperges. Rien !

Il avait  glissé sous mon siège.

la route de la soie me fait rêver

Vorotan Pass (2344m) est souligné par un étrange monument : sorte d’arche inachevée avec un aigle sculpté. Un panneau avec un dromadaire annonce « Route de la Soie ». On peut rêver aux caravanes remplacées par les énormes camions iraniens. Sur le côté, un peu plus bas, une bizarre installation ressemble à un chevalet de mine abandonné, des bâtiments en ruine. Qu’a-t-on extrait ici ? Un grand lac occupe la vallée. Les affleurements sont hétérogènes : blocs de différente taille, moraine ou débris pyroclastiques ? Les silhouettes des vaches se détachent sur ces alpages très verts.

Gorhayk est un village aux maisons basses et aux meules de paille très hautes en pyramides pointues. Grande station-service – moderne caravansérail. Auprès du lac  une zone humide, ressemblant à un delta où serpentent les bras d’eau d’une rivière inconnue. D’innombrables pylônes de tout calibre se dressent dans la plus grande anarchie. Sur une éminence on a construit une tour carrée surmontée d’un fatras d’antennes et de paraboles. La route rénovée file droit en mont gagnes russes sans un virage et entaille des mamelons révélant des couches de cendres de différentes couleurs finement stratifiées.

Le plateau est une pelouse de pâturages verts en cette saison, en été on doit imaginer une steppe. L’image des caravanes occupe mon imagination. Près du village, les champs sont labourés. Six tracteurs sont garés dans les champs. Sur le bord de la route : un étrange pont en ciment permet de faire de la mécanique en plein air.

Zorats Kar

Karahunj

Peu après Sissian une route de gravier conduit aux alignements mégalithiques de Karahunj : menhirs et cromlech, en ligne ou en cercle. Certaines mégalithes sont percés de tous arrondis ce qui conduit à interpréter le site comme un observatoire astronomique. Je m’amuse à cadrer les photos dans ces ouvertures. Les Arméniens sont très fiers d’affirmer que ces alignements sont plus anciens que Stonehenge (7500ans selon le Petit Futé, 5000-4000 selon Kaplanian) . Les supports des panneaux explicatifs sont encore sur place mais les explications se sont envolées.

Retour sur M2. Dans un  petit bar, je demande les toilettes. La dame, d’un geste, m’indique la petite cabine métallique à une cinquantaine de mètres de là, toute rouillée. Il faut d’abord trouver l’entrée. Deux planches écartées sur une fosse profonde de 2 ou 3m. C’est aéré ! Heureusement que mes poches étaient bourrées de kleenex !

Le route est maintenant très mauvaise, creusée de nids de poules. Chaque conducteur a sa stratégie personnelle pour les éviter, descendre sur le bas côté, se déporter à gauche. Des réparations sont en cours. Une équipe de cantonnier creuse au marteau-piqueur des carrés, une autre équipe remplit les trous à la pelle avec un mélange de gravier et de goudron. Pas de rouleau compresseur en vue.

Chez Gohav à Yeghernadzor – cuisiner du boeuf au champignons

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la terrasse de Gohav face aux sommets enneigés

Il ne reste qu’une courte distance pour parvenir à Yeghernadzor. A l’entrée du bourg nous coupons le GPS qui n’a pas reconnu la rue et essayons de suivre le plan Google-map . Ce n’est pas facile, les rues sont en pente et biscornues, les noms sont à moitié effacés et écrits en arménien et en cyrillique, en russe cela irait encore s’ils étaient complets ! Heureusement la guest-house se trouve près du stade. Je demande au marchand de chaussures où est le stade, il appelle un copain qui explique en russe « kharasho ? – kharasho ! » Et cela marche !

L’accueil est chaleureux :le nom de Jack est le sésame. Alice, étudiante en marketing, parle bien anglais. Elle nous offre un café et du jus de cerise sur la terrasse. Sa mère ne parle pas anglais mais Russe, en revanche, elle  semble tout comprendre. C’est la grand mère la patronne des chambres d’hôtes, et  c’est elle qui cuisine. Un cours de cuisine est inclus dans notre circuit. Nous assistons (et aidons un peu) à la préparation du dîner : de la soupe et du bœuf aux champignons ainsi que du poulet aux pommes de terre.

Bœuf aux champignons :

3 oignons hachés+3 pommes de terre+2carottes +1livre de champignons

Tomates en dés, poivrons en petits cubes

Une livre de bœuf en cubes

bouillon

1 grand pot de crème

Coriandre haché

1-       faire revenir les oignons, ajouter du paprika, faire revenir le tout et ajouter du bouillon

2-      Dans une poêle, mettre de la farine à chauffer, elle doit roussir

3-      Dans une sauteuse faire revenir le 3ème oignon et les champignons (couvrir)

4-      Cuire les pommes de terre dans le bouillon avec la coriandre et du poivre

5-      A la farine roussie on ajoute du bouillon hors du feu en tournant pour ne pas faire de grumeaux, verser le contenu dans la poêle des champignons, mettre le grand pot de crème à la fin et la coriandre.

Au dîner, elle a servi en plus de la salade verte, du fromage, une salade de pommes de terre avec des radis et des cornichons et pour finir un gâteau à la crème.

Je dîne en compagnie de trois canadiens randonneurs qui ont participé à un chantier de réhabilitation de maisons organisé par une ONG. Gens très sympathiques.

Notre chambre est tersé simple mais tout à fait confortable, la douche est luxueuse et le lustre en perle assez étonnante. Il y a même la télévision (en arménien et en russe) . A la disposition des clients dans l’entrée l’ordinateur familial. La guest-house est citée dans le Petit Futé. C’est une très bonne adresse.

Jeudi 2 mai : Yeghenadzor – Goris

petit déjeuner royal

Petit déjeuner royal! Sur la table de la terrasse ensoleillée, Gohav a mis une nappe blanche et a disposé des tasses en porcelaine blanche et dorée, des coupelles contenant des confitures variées. Bien sûr fromage et fromage blanc, en plus une sorte de tchoukchouka tomates et œufs brouillés, des petites saucisses. Les « cerises » ont la couleur et le goût des cerises mais un noyau d’olive. Gohav me montre l’arbre qui ressemble à un cornouiller.

Bien que  je n’aime pas la publicité je donne l’adresse de ce B&B par reconnaissance pour la gentillesse de nos hôtes et aussi parce que c’est une excellente adresse :

B&B Gohar Gevorgyan

Email : sargisyan@hotmail.com

Tel 00374 2812 33 24

cell: + 374 94 33 29 93

Sur la route de Novarank

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coquelicot et Ararat

 

La route M2 est maintenant à 2 voies, la chaussée a quelques trous, rien de très gênant. Sur la droite, dans  des bassins rectangulaire,  pisciculture : on vend le poisson vivant sur le bord de la route. Les cigognes sont nombreuses.  Nous approchons de Nakhijevan. Iran n‘est pas loin, la zone turque  large que de quelques kilomètres seulement.

Les coquelicots et diplotaxis colorent le sol en faisant un grand parterre rouge à traits jaunes. Je découvre aussi un mini coquelicot violet. Nous prenons nos derniers clichés de l’Ararat à Yeraskhavan.

E117, se dirige plein Est à travers une chaîne de montagnes rougeâtres très découpées. Plusieurs villages sont bâtis de maisons basses aux toits couleur de paille fort agréable à l’œil (tôle peinte ou asbest ?). Au col le GPS annonce 1799m. Arrêt apéro près d’une fontaine : apéro au yaourt liquide salé qui ressemble à l’ayran turc. On passe un autre col Tukh Manuk (1795m) puis la route suit une rivière où l’eau est très abondante et le courant très fort. Au printemps les montagnes sont d’un beau vert vif sur les crêtes rouges. De loin nous découvrons d’autres sommets enneigés. – peut être les montagnes au nord de Jermuk qui dépassent 3000m ?Nous dépassons le village d’Areni où les vignerons proposent sur le bord de la route la production locale : du vin rouge conditionné dans des bouteilles en plastique taille maxi. Le plastique nous rebute.

le canyon de Novarank

La route de Novarank s’engage dans un étroit canyon entre de très hautes parois criblées de grottes où l’on signale toutes sortes d’oiseaux, condors, « oiseau charogneux », rapaces et chauves-souris. Évidemment les oiseaux en liberté ne sont pas là pour attendre les touristes et nous n’en voyons aucun.

Aujourd’hui la circulation est intense sur cette petite route. Le 1er Mai est jour de pique-nique. Les familles arméniennes arrivent à bord de vieilles Lada, le toit chargé de sarments ou de brindilles, le coffre plein de couvertures et de victuailles. Alors que je photographie le monastère, une famille m’appelle. Ils sont une dizaine assis sur une couverture, deux adolescentes parlent anglais, ils mangent des kebabs toutes sortes de boulettes et des dolmas. J’aurais volontiers partagé leur repas ;

Novarank

Il y a un monde fou à l’entrée.

Je fais connaissance avec un nouveau personnage : l’architecte Momik(1260-1330) miniaturiste, sculpteur architecte qui construisit au 14ème siècle (1333) la très belle églises Sourb Astavatsadine : église-mausolée à deux étages avec un curieux escalier double menant au second niveau.

Les sculptures sont très fines. La pierre claire, de couleur crème se prête à toutes les fantaisie du sculpteur. Sur le tympan la Vierge à l’Enfant se trouve entre les archanges Gabriel et Michael. Les décors ressemblent plus à ceux des églises européennes qu’à ceux des églises arméniennes plus anciennes que nous avons vues. La délicatesse des sculptures, l’allure étrange de ces marches encadrant l’entrée sont très pittoresques mais la foule est très agaçante. Chacun veut se faire tirer le portrait debout devant l’entrée de l’église à l’étage. Un homme brandit une poignée de cierges qu’il compte allumer. Il pose pour la photo. Sans compter ceux qui ont gravi avec peine l’escalier et qui, pris de vertige, sont coincés à la descente !Nous ne nous attardons pas devant les khatchkars pourtant magnifiques ni dans le Gavit où nous ne trouvons ni la scène de chasse, ni la pierre tombale au lion du baron Sarkis que je comptais photographier pour montrer à notre voisine Madame Sarkis.

Au bord du ruisseau nous avions remarqué un restaurant où l’on déjeune au bord de l’eau sous des tentes en tunnel de toile bleue. Dès que le garçon apporte la carte nous comprenons que nous avons choisi un endroit luxueux, spécialisé dans le poisson (très cher). Nous commandons donc du poulet (pas cher) accompagné d’une garniture. Expérience gastronomique décevante : le poulet est dur, la garniture, des frites. Le spectacle est dans la salle : une tablée de colosses est installée devant une table chargée de victuailles, un nombre impressionnant de bouteilles de limonades et jus de fruit s’aligne sur la table. Nous n’avions pas  vu tout d’abord les petits verres discrets et la bouteille de vodka dans le seau à champagne qu’on a renouvelée plusieurs fois. Le Russes boivent et mangent en proportion. Repas pantagruélique !

Khor Virap

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Khor Virap et le Mont Ararat

Au petit déjeuner Hasmik a servi la curieuse verdure du marché « chouchan », des saucisses, de la confiture de figues et des pêches au sirop. Nous évoquons notre retour le 9 mai, ce sera la célébration de la fin de la seconde Guerre Mondiale, il y aura une parade militaire et des feux d’artifice embraseront toute la ville. Au jardin, je découvre les orties qui ne sont pas des mauvaises herbes mais tout à fait comestibles, excellentes pour la santé.

La route du sud est presue une autoroute avec les chaussées séparées. L’Ararat avec ses deux cônes Sis(le petit) et Massis(le grand) est séparé par la plaine de l’Araxe où les vergers alternent avec les champs. Le colza est en fleurs, la vigne verdit. Les cigognes arpentent les endroits humides.  La frontière turque est  signalée par des miradors et une petite base militaire où flottent les couleurs arméniennes mais aussi le drapeau russe. Artachat : une église moderne dépasse les barres soviétiques. Les zones industrielles sont délabrées. Aujourd’hui, 1er mai, tout est arrêté, on ne peut pas distinguer ce qui fonctionne encore et ce qui est à l’abandon.

Sis et Massis sous le porche de Khor Virap

Avant d’arriver à Khor Virap, on traverse un village tranquille aux maisons basses carrelées elles aussi de tuf rose. Ce parement est joli et donne l’illusion de maisons de pierre. Khor Virap est perché sur un éperon rocheux dominant la plaine de l’Araxe. Sur une petite colline, une statue de guerrier regarde la frontière turque matérialisée par des barbelés. Juste avant d’arriver, on traverse un cimetière impressionnant. Certaines tombes sont très récentes et le marbrier a gravé les portraits des défunts. L’un d’eux est représenté en pied, fusil mitrailleur à l’épaule. Ce cimetière est assez désagréable à voir parce que chaque concession est entourée d’une barrière métallique souvent rouillée. Pourquoi ces tombes ici ? A cause de la proximité de l’Ararat ? De la frontière ? Ou du monastère ?

J’essaie de cadrer dans mes photos les deux cônes et le monastère . Il semble bien petit à côte de la montagne !

De nombreux panneaux explicatifs multilingues guident le visiteur curieux.

Ce site est occupé de longue date. Dans l’Antiquité la ville d’Artachat fut fondée en 188 au confluent de l’Araxe et de la rivière Mitsamor.

Selon Strabon et Plutarque, Hannibal y passa ses années crépusculaires et fut le conseiller d’Artachès après la bataille de Magnésie quand Antiochos fut battu par les Romain.

Selon Moïse de Khoren une statue d’Apollon fut installée sur le bord de la route à la manière d’Hermès.

Selon Strabon et Tacite, Artachat était bordée e muraille de dix milles. Tigran II(140-55av JC) peupla la ville qui atteignit 150 000habitants et qui était équipée d’un système d’adduction d’eau et de bains publics.

L’histoire se poursuit sur le site :

Au 3ème siècle, les Perses sassanides renversent les Parthes. Tiridate, le roi arménien fut élevé à Rome où il étudia dans une ambiance hostile aux Chrétiens tandis que Grégoire l’Illuminateur à Césarée était élevé dans la religion chrétienne. Tiridate, à la tête d’une légion romaine nommée par Dioclétien (284-305) chassa les Parthes d’Arménie en 287. Sur la route Tiridate rencontra Grégoire et l’invita à sa cour. Il lui ordonna de remettre une couronne à Anahit. Grégoire refusa parce qu’il était chrétien. Tiridate le jeta dans une fosse à l’emplacement de Khor Virap pendant 13 années. Apres le massacre de Hrpsimé et de Gayané le souverain fut atteint d’une maladie dont il faut guéri à sa conversion.

la conversion de Tiridate

 Matenadaran : miniature représentant la conversion de Tiridate  figuré avec la tête d’un sanglier.

A la suite cette conversion, Khor Virap est devenu un lieu saint.

Il l’est aussi à cause de la proximité de l’Ararat où Noé échoua après le Déluge. Sur un belvédère face à la montagne un panneau cite la Genèse (8-1-17)

« Dieu se souvint de tous les animaux, de tout le bétail qui se trouvait dans l’Arche…. »

L’église est  17ème siècle. L’église primitive fut détruite par Timur Lang au 14ème.  Écroulée par de nombreux séismes, reconstruite en 1939,1949, 1957…Elle fut bâtie sur l’emplacement le Temple Ti-Apollon couvert de marbre, de feuilles de cuivre avec des statues dorées et argentées. C’est une église plutôt simple, très dépouillée (sauf des décorations actuelles kitsch).

Avant de quitter Khor Virap,  je grimpe à la petite colline pour faire des photos.

Avec Hasmik à l’école d’Art et au marché

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coquelicots

Hasmik  a promis de nous emmener au marché mais doit tout d’abord conduire Sona à son atelier de tapis. En route vers l’ l’Ecole d’Art dans la Mercedes noire au volant « japonais ». Zara a fait quelques séances dans l’atelier de poterie et modelé une jolie grenade. La qualité et la variété des travaux des élèves de cet atelier sont étonnantes. Les réalisations sont raffinées : coquelicots épanouis, un abricotier en fleur. L’atelier est agréable, chaque stagiaire dispose d’un établi bien individualisé. Nous partons avec un souvenir : une grenade.

L’école est bâtie autour d’un patio couvert par une verrière où poussent des plantes vertes et un grand néflier. Le hall d’exposition occupe une aile. Les travaux des élèves les plus réussis sont à vendre. L’autre aile contient les salles de classe. A la charnière se troue une salle de spectacle.

le marché couvert

A l’atelier de tapis, les élèves sont de tous les âges de 5 ans à 70 ou plus. Sur deux ou trois métiers elles réalisent des tapis de grande taille au point noué, tandis que des cadres en bois sont tendus de fils pour des kilims. Les stagiaires dessinent elles-mêmes les canevas sur du papier à petits carreaux. Les sujets vont du dessin d’enfant à a copie de tapis anciens à partir de photos d’un livre d’art. Des adolescentes chantent pour nous d’anciens chants religieux arméniens en nouant leur tapis.

herbes mystérieuses

Le marché est désert parce que nous arrivons à la fermeture. Les fruits secs et les pastrami et charcuteries se vendent dans la halle couverte tandis que les légumes et  herbes sont à l’extérieur. Les légumes n’ont rien d’extraordinaire : choux, tomates, concombres, pommes de terre….les herbes sont étonnantes ; certaines n’ont aucun équivalent connu chez nous. Hasmik achète pour le dîner une plante aux feuilles épaisses, frisées, vert clair appelée chouchan Il y en a bien d’autres. Une qui ressemble à de l’oseille sauvage est mise à sécher et tressée. Je reconnais les asperges violettes parmi toutes ces verdures et les orties.

les musiciens de la noce

Au dîner Hasmik sert les lamelles de bœuf salé, très rouge, fondant. Elle a acheté des pâtes fraîches artisanales de farine complète et a cuisiné dans un poêlon l’herbe frisée avec des œufs qui ont un goût spécial rappelant des verdures que nous avons goûté en Thaïlande. Pour fêter notre départ, malgré son régime draconien Hasmik s’autorise un verre de vin rouge et elle a cuisiné un sirop de groseilles acides (sans ajout de sucre) très rafraîchissant. On termine par un thé – plutôt une tisane d’herbes avec les noix dans le sirop.

Monument du Génocide

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Il m’aurait paru inconvenant de ne pas aller le visiter. Dépouillement total : un plateau planté d’une pelouse, une aiguille fendue, des stèles autour de la flamme. Arbres du souvenir.

Le musée est caché en contrebas. Un anneau, des photos, des livres et articles de journaux dans les vitrines, même des caricatures. Le monde savait. Le 24 avril 1915 le monde était occupé par la Grande Guerre. Les généraux aux ont été jugés, puis se sont évadés. La France est un des seuls états à avoir reconnu les Génocide. Mais les autres ? C’est incompréhensible que les États Unis, la Grande Bretagne ou Israël n’en fasse pas autant.

Incompréhensible que les Ottomans, si accueillants pendant des siècles, aient si brusquement décidé d’éliminer ceux qui  avaient toujours été là. Pourquoi la République turque refuse-t-elle de reconnaître les atrocités de l’Empire Ottoman disparu ?

Qui se souvient des Arméniens ? Ont dit les Nazis planifiant la Solution Finale.

Erebouni

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Au petit matin j’ai une irrésistible envie de m’installer sur le balcon pour dessiner l’Ararat avec ses deux sommets Massis et Sis. Je triche un peu parce qu’un rideau de peuplier cache le petit sommet de là où je suis assise.

Hasmik a enroulé le pain arménien lavach fourré au fromage et l’a fait frire dans la poêle, puis parsemé d’herbes. Confiture d’abricots maison, et « thé » d’herbes aromatiques.

 Musée d’Erébouni

 Nous avons rendez vous à 10heures pour une visite guidée. Je reconnais Tigran qui guide un groupe de Belges. La conférencière mène sa visite rondement et avec humour.

Erebouni est la première ville fondée en 782 – une trentaine d’années avant Rome fait-elle remarquer -. Au mur, les divinités principales du royaume d’Ouartou Khaldi sur un lion, Techeba sur un taureau. Une maquette en liège représente la citadelle d’Erebouni avec ses remparts, ses tours, ses palais avec les cours des sacrifices,  la ziggourat où l’on  allumait des feux pour prévenir les gens.

la maquette d’Erebouni en liège

Des stèles gravées en écriture cunéiforme donnent le « passeport » de la ville : date de fondation, nom du souverain qui l’a fondée, mais aussi toutes sortes d’insultes et de malédiction pour qui oserait l’attaquer. Les stèles ouartiennes sont réparties dans les musées européens. Les Turcs ont empêché les archéologues qui fouillaient sur leur territoire de les emporter. Sur le sol arménien, les russes les ont  mises à l’Ermitage à Saint Petersbourg. L’écriture cunéiforme a été empruntée aux Assyriens mais les Ouartiens l’ont perfectionnée en ajoutant un système de voyelles et des indications de genre.

Une première vitrine présente les canalisations de terre cuite ouartiennes. Les Ouartiens ont fait de gros travaux reliant les lacs par des canaux. Le canal Sémiramis est encore fonctionnel. Un grand mortier de tuf servait à filtrer l’eau de pluie.

Dans la vitrine suivante, on voit des outils agricoles, fer ou bronze, ils sont peu différents de ceux d’aujourd’hui. Faucilles, pioches, houes. On a également retrouvé à moitié calcinés des grains de blé, d’orge, des lentilles, sésames et pépins de raisin. Dans les tissus d’époques on a pu reconstituer les colorants : rouge de cochenille – bleu – orange : les couleurs du drapeau arménien ? Le bleu symbolise la tranquillité du ciel, le rouge pour le sang et la victoire, l’orange, le blé, le soleil et l’abricot.

On a retrouvé enterrées d’énormes jarres de terre cuite dans le palais. Xénophon, dans l’Anabase, décrit la bière (eau d’orge) à l’époque très alcoolisée (19°). La conférencière raconte que selon Xénophon, les Arméniens auraient inventé le ski. Les jarres à vin étaient semi-enterrées pour conserver la fraîcheur. On tirait le vin avec une paille.

Dans d’autres vitrines sont exposées toutes sortes de poteries, lampes à huiles plates rudimentaires ayant deux compartiments, le grand pour l’huile, le petit pour la mèche avec un trou. Des lampes semblables ont servi il y a peu pendant la guerre qui a suivi l’Indépendance de l’Arménie. En 1991 il n’y avait plus rien, ni pétrole, ni gaz, ni électricité. Les urnes funéraires étaient percées de 3 trous pour laisser s’envoler l’âme du défunt.

Dans la dernière vitrine,   beaux rhytons d’argent,  l’un d’eux représente un satrape de Perse.

stèle d’Erebouni

La visite se poursuit sur le site d’Erebouni. Une incompréhension entre le groupe de Belges et nous, se produit ; un petit car blanc les transportera au site mais il nous faut nous débrouiller seules. Il aurait été si facile de dire au chauffeur du car de nous attendre pour qu’on le suive. Au lieu de cela, nous devons nous dépêcher . D se presse tant qu’elle ne boucle pas sa ceinture. La police l’appelle au micro. Il ne manquait plus que cela. Je parle français au policier à l’énorme casquette plate à la russe qui n’insiste pas. La voiture monte à la citadelle par une rampe pavée à la suite du car. Le gardien ouvre la barrière pour permettre au car de faire demi-tour mais pas à nous, il referme la barrière juste devant le capot de la Kia sous les yeux de Tigran qui aurait quand même pu intervenir ! Dominique est forcée de redescendre la rampe en marche arrière. Furieuse, elle loupe la visite.

Autant la guide était prolixe dans le musée, autant elle se hâte sur le site. Un auvent de bois soutenu par des piliers de bois (comme alors) protège de belles fresques sur fond bleu, sorte de roues ou de soleils surmontées de frises géométriques sur fond clair. Ici étaient reçus les ambassadeurs. Une allée court entre des murailles de gros blocs de basalte surmontés de briques crues ; La guide se désole : les intempéries vont détruire en quelques années ces vestiges âges de plus de deux millénaires. Le gouvernement ne peut rien faire, il est si pauvre, mais les Arméniens de la Diaspora pourraient faire des donations au lieu d’investir dans des choses aussi stupides que des casinos et des restaurants, se plaint-elle. On entre dans la grande salle des colonnes dont on voit encore les bases. Les jarres enterrées ne sont plus là.

Il faut se souvenir de la maquette du Musée pour imaginer la cour des sacrifices et la ziggourat.

La guide reprend son discours : du temps de l’URSS, l’Arménie était une république-modèle, la plus agréable des quinze républiques ! C’était un paradis. Elle pouvait voyager chaque mois où elle voulait . Maintenant son salaire couvre à peine les dépenses courantes indispensables.

Les Belges remarquent « nous avons entendu ce discours en Ouzbekistan ».

Nous avions tout sauf le pouvoir. Maintenant le gouvernement a vendu l’eau à la France, l’industrie à la Russie. Nous n’avons plus rien et tout se décide encore à Moscou.

Nous pique-niquons de fruits secs et de yaourts dans le jardin d’Hasmik. J’admire les variétés d’arbres fruitiers : pêchers, cerisiers, abricotiers, amandier, mûrier….

Garni : symphonie de pierres

CARNET ARMÉNIEN

orgues basaltiques de Garni

Ayant fait provision de fruits secs et de brioche nous cherchons un coin-pique-nique. Les chemins sont vraiment terribles pour notre belle voiture neuve. Nous aimerions de l’ombre, des arbres en fleur et si possible la vue sur l’Ararat. Plus on monte, moins il y a de fleurs. La neige est toute proche. Le nombre de voitures qui circulent dans la montagne est étonnant : des Lada ou d’autres modèles russes antiques. Les camions ont aussi un profil exotique, désuets aux proportions réduites. Minuscules et charmants, les petits autobus jaunes qui desservent les villages. A l’écart de Erevan le capitalisme triomphant n’a pas effacé les décennies soviétiques. Les magasins ressemblent à ceux que nous avons vus en Lettonie, même décor, même présentation. Casquettes et costumes de cedtte époque, comme les grandes statues incongrues dans la campagne.

Trop tôt pour rentrer! Nous décidons de visiter les villages. Goght se trouve entre Gueghart et Garni. Charmant village : pommiers et poiriers en fleur, tas de fumier et cabinets au fond du jardin. Une petite troupe de chevreaux noirs aux petites cornes pointues descend sur la place,  menés par un enfant blond et joufflu au T-shirt de Lionel Messi. Des jeunes fument à bord de vieilles voitures noire.

L’office de tourisme de Garni gère la Réserve de la Forêt de Khosrov. Il faut un permis pour randonner dans cette forêt millénaire et les randonnées sont réservées aux marcheurs confirmés. Je ne sollicite donc aucun permis, seulement un plan pour une courte promenade qui me conduira aux orgues basaltiques « stone symphony ». je descends la rue poudreuse du village et profite de l’atmosphère tranquille. Au bout de la rue, une chaussée pavée et très en pente est borde de deux ruisseaux tumultueux. C’est tellement aide que je suis forcée de me cramponner. J’arrive au torrent enjambé par un pont à une seule arche. Les orgues sont vraiment spectaculaires. Jeux de volumes et de lumière. Quatre filles russes sortent d’un énorme 4×4. Elles jouent les mannequins et posent comme pour un magazine. Un peu plus loin des alpinistes s’amusent à grimper aux prismes allongés. Des encoches fournissent d’excellentes prises.

le canyon dans la coulée en bas de Garni

L’église  de Garni est vraiment mignonne sur sa place occupée par toute une basse-cour de poules coq, une oie et même un paon. Elle est ouverte. J’y trouve des images pieuses bien naïves avec seulement deux rangées de deux bancs, ne contenant qu’une dizaine de personnes.

la petite église de Garni

Au diner Hasmik nous fait goûter à deux spécialités arméniennes : du yaourt liquide salé et dilué analogue à l’ayran turc et à une boisson bulgare dont j’ai oublié le nom, et de la limonade colorée en vert au parfum d’estragon que j’ai adoptée. Pour dîner deux ailes de poulet, du confit d’oignon-chou épicé et une salade de haricots rouges, maïs, cornichons, du riz au coriandre. Et comme d’habitude l’assiette d’herbes variées (menthe, coriandre, estragon, ciboulette).

monastère rupestre de Gueghart

CARNET ARMÉNIEN

Gueghart

Huit km seulement séparent Gueghart de Garni. Après le village de Goght, on passe un petit col et on arrive dans une vallée très étroite, aux pitons ruiniformes exagérant la sauvagerie du lieu. Le monastère est enchâssé dans la montagne. Sa coupole pointue (bizarre les guides appellent ces poivrières pointues, coupoles) rappelle celles des églises d’Etchmiadzine. Marchands et marchandes proposent des produits locaux : grosses brioches plates décorées, pâte de fruits en plaques très fines de toutes couleurs, colliers de fruits secs enfilés (figues, abricots, raisins, pommes, pêches), mais aussi des boudins torsadés d’une pâte marron brillante de sirop qui enrobe des noix (soudjouk), délicieux! Une marchande nous fait goûter de la brioche qui remplacera le déjeuner.

Alors que nous gravissons la rampe, des musiciens très basanés très orientaux jouent des airs traditionnels : tambour,  instruments à vent.

Le monastère de Gheghart est aussi appelé monastère de la Lance – lance ayant transpercé le flanc de Jésus pour constater sa mort. Son propriétaire, un soldat romain, miraculeusement guéri d’une maladie des yeux en s’essuyant avec le sang de Jésus se serait converti ensuite…racontent les panneaux. La première église fut détruite au 7ème siècle. Construite en 1215, l’église principale à l’initiative de la famille Zakarian porte le taureau, symbole de la famille.

Nous restons longtemps à l’extérieur admirer les décorations sophistiquées, aux croix arméniennes extrêmement travaillées en filigranes et entrelacs mais aussi les motifs végétaux : grappes de raisin, grenades. De nombreux animaux sont aussi représentés : lion terrassant le bœuf (symbole du constructeur), colombes, aigles, petits oiseaux ornant le tambour de la coupole. Je pourrais rester des heures à  chercher tous ces éléments décoratifs.

Le porche a une allure très orientale ; on entre dans une salle ornée de stalactites comme ceux des édifices arabes (on pense à Marrakech). Une ouverture ronde en haut de la coupole laisse entrer le jour. Le rai de lumière tombe obliquement vers l’autel Puis on perd le sens de l’orientation : des salles troglodytiques se succèdent. Je ne sais plus si je suis dans l’église visible du dehors ou dans une grotte. Entre arcades et colonnes je me perds dans le dédale des salles. De l’eau très fraîche coule dans une rigole et refroidit sérieusement l’atmosphère. Plus tard, nous trouvons la fontaine miraculeuse : très basse à 20 ou 30 cm du sol qui coule d’abondance. Des femmes couvertes d’un foulard proposent de remplir la bouteille. Elles ont l’air très croyantes et très persuadées des vertus curatives de l’eau. Nous quittons rapidement la crypte pour ne pas troubler leur recueillement. Un escalier conduit au niveau supérieur creusé dans la roche. Sur les panneaux je lis :

Le Gavit (narthex ou vestibule d’une église arménienne) on a taillé pour le prince Papak Prochian 4 piliers dégagés dans la roche supportant 4 carrés. Il a servi de mausolée aux princes Prochian. L’acoustique est parfaite. Le monastère abritait une école de chant religieux. On raconte qu’une femme Sahandoukht composait de la musique et au 8ème siècle et enseignait cachée par un rideau pour rester invisible aux moines.

Deux jeunes Français lisent par-dessus mon épaule. Ils entrent dans la salle. Un chant grave se fait entendre, profond, irréel. Nous mettons un bon moment à réaliser que c’est le touriste qui chante. Cette salle communique par une ouverture avec l’église du bas.

Je monte voir les cellules des moines troglodytes, vraiment très petites.0

Un pont enjambe le torrent. Sur l’autre rive, des pèlerins ont accroché des rubans de couleur aux arbres. (Nous avons déjà vu cette coutume à Chypre et en Bulgarie).