d’Hanoi à la baie d’Halong

CARNET VIETNAMIEN

Hanoï lampions


Arrivée à Hanoï en train de nuit.

Bercée par le roulis, je me suis endormie à 20H comme les Vietnamiennes qui partagent notre compartiment. Un peu avant 4h, le téléphone portable d’une des jeunes filles me réveille. Le jour commence à se lever. Nous regardons défiler les rizières du Tonkin. Les boutiques ouvrent dès 6heures le long de la RN1 Mandarine que suit la voie ferrée.
Quelques changements par rapport au sud : la circulation paraît moins dense, les motos moins rutilantes les hommes portent un casque kaki qui a l’air de sortir des tranchées. Peut être protège-t-il du soleil ? A moto, sa protection paraît limitée. Hanoi s’annonce des kilomètres à l’avance. Le train est sonorisé par un pot pourri de tubes éculés « il était une fois dans l’Ouest ».. Puis annonces en vietnamien, traduction en anglais : on nous raconte l’histoire de Hanoi, capitale historique du Vietnam. On se croit arrivé, le train roule à très petite vitesse au milieu des habitations. Enfin ! La gare !

Traversée d’Hanoi.

Soulagement : notre guide est bien là avec un panneau de bienvenue. Il s’appelle Dong. Il est jeune, avenant et disert. Tant mieux ! Il nous montre quelques bâtiments coloniaux de Hanoi puis la voiture enjambe le fleuve rouge, vraiment rouge en cette saison « de l’inondation ». Dong nous montre les ponts : le vieux pont bombardé par les Américain. Notre premier guide n’avait jamais fait allusion aux différents conflits alors que celui-ci nous parle de l’histoire du Vietnam. Histoire récente avec les bombardements américains, histoire ancienne avec les batailles pour repousser les Chinois. On quitte plus facilement Hanoï qu’HCMV moins de banlieue et surtout meilleures routes.

irrigation !

Rizières du Tonkin
Le ciel est gris mais le vert des rizières est tellement vif qu’il égaie le paysage. Dans les parcelles, les paysans travaillent. Nous descendons de voiture pour photographier un curieux manège. Sur un trépied est suspendu une sorte de pelle qu’une femme balance périodiquement. Dong me propose de nous rapprocher. Je marche sur une digue minuscule qui sépare deux parcelles. Au début, je prends d’infinies précautions, j’ai peur de tomber à l’eau dans la rizière inondée. Mais la levée de terre est stable, elle ne s’écroule pas sous mon poids. De près, je comprends mieux : c’est de l’eau que la femme balance inlassablement dans son champ. Jamais je n’avais imaginé un tel travail accompli par un être humain : pelleter de l’eau. Du train, j’avais observé cette manœuvre mais avec deux personnes. Heureusement, la mécanisation est en route nous voyons quelques pompes motorisées à l’œuvre.

rizière inondée

La plupart des rizières sont labourées, hersées à l’aide de la traction des bœufs ou des buffles, les motoculteurs commencent aussi à être utilisés. Les tâches que nous observons sont variées. Ici, on repique. Là on irrigue. Plus loin, on pulvérise des insecticides ou on épand des granulés d’engrais. Les paysans sont pieds nus toute la journée dans l’eau. Ici, on fait deux récoltes de riz par an plus une autre culture (soja, maïs, légumes). Beaucoup de femmes travaillent aux champs. On ne voit pas d’enfants et cela me réjouit bien. Les femmes sont complètement masquées. Une large bande de tissu maintient le chapeau traditionnel. Parfois elles rajoutent un autre masque. Le repiquage me paraît être le travail le plus pénible, le dos cassé.
Entre les rizières, de nombreux étangs avec des élevages de canards. Dans les rizières on voit souvent des tombes. Dong nous demande:

– « Savez vous pourquoi il y a des tombes en terre et d’autres en béton  ?

–  Au Vietnam, on enterre une personne provisoirement dans un cercueil et une tombe en terre. Plus tard, on exhumera les ossements qu’on placera dans une poterie et l’enterrement définitif aura lieu après que le géomancien aura calculé l’orientation de la tombe et l’emplacement favorable. L’âme du défunt pourra exercer une influence bénéfique, assurer une bonne récolte.
Le long de la route N°5 les nouvelles usines poussent comme des champignons, du textile surtout mais aussi CANON ou DAEWOO.
Petit déjeuner
Nous nous arrêtons déjeuner dans un centre pour handicapés qui fait aussi restaurant et boutique de souvenirs (soie, poteries, laque…) Notre dernier repas a été servi dans le train à 17H45, il est 9H, je meurs de faim et refuse un  petit déjeuner européen avec café et tartines. J’ai envie d’une soupe aux nouilles. On m’apporte un bol avec une cuiller asiatique en porcelaine et des baguettes. Finalement, je ne me débrouille pas si mal que cela avec les baguettes. D a pris un hamburger.
Dans la deuxième partie du voyage, nous passons devant d’importantes mines de charbon. La poussière du charbon est partout. Il alimente une centrale thermique très importante (également cible stratégique du temps de la guerre américaine).
Nous approchons d’Ha Long. Sur le bord de la route, on vend des ananas mais nous réagissons trop tard. Tout a long du chemin, Dong nous montre le transport des porcs vivants sur motocyclette. La première fois, nous en avons vu six, enfermés dans des cages d’osier sur une seule moto. Une autre fois quatre ligotés à l’arrière du chauffeur.
Notre hôtel Buu Dien
Après 4 heures de route pour 160km nous arrivons à Ha Long devant une tour de 11 étages, habillée de granite rouge poli. C’est notre hôtel Buu Dien, comme la Poste qui est en dessous, en Anglais cela donne P§T Hôtel. Le guide parlemente à la réception. Nous aurons une chambre avec « seaview », au 8ème étage. Toute blanche, rideaux brochés ainsi que les deux fauteuils et les chaises. Mobilier en bois foncé verni, un tableautin, une glace fantaisie. La climatisation est assurée avec deux climatiseurs (mode d’emploi en chinois) et un ventilo. Il fait si frais que j’ai sorti les manches longues.
Plage
Après la douche et une petite sieste, nous allons à la plage. L’horizon est limité par les fameux rochers, pains de sucre, îles et îlots de la baie dans un camaïeu de gris, ciel gris- perle, rochers gris-bleutés, mer gris-vert. Le bord de mer est encombré de tout un attirail de boutiques vendant tous les articles de plage imaginables : maillots de bain très pudiques jupettes et hauts assortis avec des imprimés rétros, gros pois blancs sur fond rouge ou pois noirs sur fond blanc…souvenirs en coquillages, bois sculpté, colliers de vraies ou fausses perles…
Sur le sable blanc assez grossier, des chaises longues en bambou et des parasols sont alignés en rangs serrés. Les plagistes se disputent l’honneur de nous placer. Il est 12H15 tous les vietnamiens font la sieste et ont déserté la plage. On nous apporte le menu en vietnamien et sans les prix. Pour 80 000VND, nous aurons un beau plat de riz frit aux produits de la mer : vrai poisson en morceaux, vrai crabe, minuscules rondelles de chorizo, crevettes, œufs, carottes, petits pois. Un délice !
L’eau est presque chaude, température baignoire ! Pas une vague. Je nage comme à la piscine.
Vers 15H30, les premières familles vietnamiennes arrivent. (Peut être des chinois ?) ; Ils sont nombreux et parlent fort. Nous quittons nos sièges bien à l’ombre du cocotier pour fuir le vacarme. Ils arrivent par groupe d’au moins douze personnes, trois ou quatre couples, la trentaine ou la quarantaine, accompagnés de la grand-mère et de quatre ou cinq enfants. Les dames quittent leur chapeau rose ou beige et revêtent des bonnets de caoutchouc, charlottes ou casquettes à visière. Elles se dépouillent de leurs robes de plage et se retrouvent en maillot de bain très enveloppant. On équipe les enfants de gilets de sauvetages fluo, de lunettes de plongée, de bouées. La famille est prête pour la baignade. Intervient un personnage omniprésent, pantalon noir relevé aux genoux, chemise à carreaux jaune, casquette de base-ball sur la tête : le ou la photographe. Le photographe aligne alors les futurs baigneurs, les conduit là où on voit le mieux les îles de la baie, et fait une mise en scène théâtrale. Tout le monde s’exécute. Seulement après cette formalité, les estivants vont à l’eau. Il existe aussi la version numérique de la scène. Le rôle du photographe –ou vidéaste, plutôt- est généralement confié à celui ou à celle qui ne se baigne pas. Monsieur et Madame encadrent un rejeton assis sur une bouée en tenue fluorescente rose ou orange pour les filles. Dans l’eau, ils restent bien groupés et ne s’aventurent pas bien loin.
Sous les parasols, chacun se commande une noix de coco avec une paille – moi aussi !
Nous ne sommes pas venues jusqu’ici pour observer des familles à la plage – même très rétro, nous rappelant les années 50. Nous sommes dans la Baie D’Ha Long. Les fameux rochers se sont éclairés, le soleil a dispersé les nuages. Mais ils sont bien loin ! J’observe avec attention les bateaux des touristes. Faut-il les appeler des jonques ? Les grosses embarcations de bois ont des mats mais aucune n’a déployé sa voilure. Normal, il n’y a pas de vent. Aurons nous demain un gros bateau rien que pour nous ?
Toute l’après midi à guetter les îles lointaines de la 8ème merveille du monde, aiguise le désir. Descendre du taxi, monter sans transition dans le bateau eût été dommage. Cela aurait été comme allumer la Télé sur la Chaîne Voyages. Pour bien apprécier un moment privilégié, pour qu’il reste fixé dans la mémoire, l’attente est primordiale Nous sommes donc en face du site, essayant d’imaginer. Fera- t il beau demain ?
Dîner délicieux, la cuisine est fine. La soupe au crabe contient bien du vrai crabe frais, la soupe au poisson des morceaux de poisson. On avait commandé des travers de porc aigre-doux mais on nous apporte du bœuf pané à la thaïlandaise.

Hué dernier jour et départ en train

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Promenade tranquille

Hué : canal et pêcheurs

A 150m de l’hôtel, un canal bordé d’une rue tranquille débouche dans la Rivière des Parfums. Dès que nous avons tourné le coin de la rue, les pétarades des motos, les klaxons, les invitations pressantes des cyclos, tout s’arrête. Les vendeuses de fruits ont posé leurs plateaux et les petits tabourets en plastiques sont disposés autour des cantines. L’ambiance est villageoise. Les enfants font du vélo au milieu de la rue, des poulets traversent, les chiens profitent de la fraîcheur du matin avant de s’affaler écrasés de chaleur.

Filets dans le canal

Les maisons basses sont cachées dans les jardins. Quelques unes surélevées ont un ou deux étages, pas plus. On oblique dans une ruelle à l’ombre de grands arbres. Les maisons sont très soignées. Un monsieur aux cheveux blancs arrose son jardin exclusivement composé de bonsaïs dans de belles poteries. On se laisse inviter à visiter le jardin. Le monsieur fait couler la cascade nous le photographions en compagnie de sa femme, souriante et timide avec ses cheveux blancs attachés en catogan. Ils semblent bien assortis, si doux et si distingués. Nous leur demandons leur adresse pour envoyer les photos. (copiée dans le carnet que je me suis fait voler à Hanoï je ne pourrai le faire).

Hué : un joli jardin

Nous continuons la promenade le long du canal, rencontrons des enfants souriants qui se poussent pour se faire photographier. Ils adorent les bébés et veulent qu’on les prenne en photo.

Dans une ruelle, un homme sculpte une souche avec ses racines d’où sortent des dragons compliqués. Le tronc sera le support d’une table. Le sculpteur nous ouvre sa remise pour nous montrer une table terminée, polie et vernie avec ses tabourets assortis. Ce mobilier lourd nous rappelle un peu celui du Bénin.

L’école est fermée pour cause de vacances mais trois enfants sont là . Garderie ? Ou cours particulier ? Plus son avançons, plus les jardins sont nombreux. Nous arrivons même dans un champ de manioc. Des vaches sont attachées sur le bord du canal. Des filets, immenses carrelets sont suspendus au dessus de l’eau colonisée par les jacinthes.

Hué : la vendeuse de fruits et sa palanche

Au retour, nous trouvons le salon de  thé de jardin, établissement le plus ravissant qui existe, tenu  par des gens adorables qui nous offrent deux thés glacés. J’écris donc attablée à une très belle table de verre posée sur des bambous liés, fauteuils metteur en scène en toile sur du bois de palmier. Le sol est carrelé, des empreintes de mains et de pied décorent le ciment. Chaque table est installée dans une logette de bois de palmier couverte de tuiles. Des parasols abritent des tables-troncs. Entre les tables court un ruisseau avec des nénuphars et des poissons décoratifs. Des potiches perchées sur des briques au milieu de l’eau portent des plantes. Un petit pont arqué de brique et de verre relie les deux rives. Il y a, bien sûr, une « montagne » avec des pagodes de faïence, et un système de brumisation. Autour de l’eau, l’herbe fait de gros coussins avec les touffes de fougères. On  a suspendu des poteries et des noix de coco contenant des graminées décoratives et des pots d’orchidées. Sur les stores en rabane sont collées des calligraphies très réussies. Négligemment jeté, un plateau de vannerie et une palanche.

Hué, un joli café tranquille

Départ en train

Sous la menace de l’orage nous avons pris le taxi avant les premières gouttes. Le train  de 15H35 a une heure de retard. Nous devons donc patienter deux heures dans la salle d’attente sur des sièges de plastiques orange  alignés comme pour un spectacle. Le contrôleur a poinçonné nos billets – petit trou rond comme autrefois. Des dizaines de familles vietnamiennes sont installées, seulement 6 touristes européens. Les enfants chahutent, courent, se poursuivent. Les adultes sont bien patients. Sur la télévision, Cléopâtre avec Liz Taylor et Richard Burton. Je me rends compte que j’ai complètement oublié ce film vu dans mon enfance. J’ai été vaccinée contre l’impatience en Afrique. Attendre, c’est aussi regarder les autres vivre. Imaginer des histoires à leur sujet…

hué sculpteur au travail sur une souche.

16H30, nous nous répartissons sur le quai d’après le numéro des voitures. Le quai est bordé de chariots proposant des marchandises variées, même des bocaux de crevettes, des galettes de riz, des T-shirts…Le train arrive très lentement. Nous montons dans la voiture 9. Notre compartiment a quatre couchettes déjà installées. Dans un sac plastique nous trouvons un oreiller, un drap une couette grisâtre mais propre. Deux jeunes filles sont déjà couchées

Une jeune fille, parle bien anglais, ravie de faire la conversation. Elle est comptable à Hanoï. A 18H, on nous apporte un plateau-repas avec une barquette de riz, une soupe au basilic, des haricots verts et du bœuf bouilli. Le plateau-repas est compris dans le prix du billet. Mais on vend des suppléments : j’achète quatre brochettes de poulet épicées délicieuse pour 20 000VND, on nous propose aussi des gâteaux de sésame et des yaourts.

Le soir tombe sur les rizières. L’orage n’a pas éclaté. Les nuages se colorent en mauve, orange et rose. L’eau omniprésente a des reflets dorés. Magnifique coucher de soleil.

Le compartiment d’à côté est occupé par un couple d’allemands de Berlin qui ont acheté 4 places pour être tranquilles. Brin de conversation pour exercer un peu mon Allemand.

 

Hué : promenade sur la Rivière des Parfums

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« croisière » sur la Rivière des Parfums


Promenade sur la Rivière des parfums

J’avais beaucoup fantasmé sur la promenade sur la Rivière des Parfums. J’avais imaginé qu’un petit sampan à rames, ou mu par une perche, viendrait nous chercher au  débarcadère du Riverside et nous emmènerait en glissant silencieusement au fil de l’eau – à la limite un petit moteur. Nous avions pris les chapeaux, je m’étais tartinée d’écran total. Le Sinh Café avait organisé l’excursion à moitié prix des tarifs pratiqués par l’hôtel.

Malheureusement, on nous conduit au débarcadère à un monstre de fer blanc – dragon de fantaisie, au corps couvert d’écailles jaunes – bateau à fond plat avec une grande cabine vitrée. Des chaises de jardin sont empilées. On nous en donne deux avec ordre de rester dans la cabine. Le bateau sert aussi de maison à notre « capitaine » et à sa femme qui nous accueille, masquée de blanc et largue les amarres.

Au lieu de regarder le paysage, D louche sur la vaisselle et grimace :

tu ne mangeras rien de sa ragougnasse ici, elle lave les assiettes dans l’eau du fleuve… ».

Mauvais départ !

Les quais de Hué se déroulent dans la verdure. Le dimanche, les Vietnamiens viendront prendre le frais sur les chaises sorties sur le bord de l’eau. A la sortie de la ville : trois églises derrière un mur surmonté d’une croix ; Hué est aussi une ville catholique.

D’autres bateaux à tête de dragon nous dépassent. Certains sont doubles, deux barques soutiennent un plancher carré surmonté d’un pavillon précédé par deux plantes en pot.

Pagode Thien Mu

pagode de la Dame Céleste

La  pagode Thien Mu se profile à quatre kilomètres de Hué,  à l’image des petites pagodes de faïence qui ornent les fausses montagnes au milieu des bassins : une tour octogonale de sept étages se rétrécissant à chaque niveau.

Cette pagode de la dame Céleste fut édifiée en 1601 par Nguyên Hong. Une vieille dame lui aurait prédit qu’une pagode dans cet endroit serait un  gage de prospérité. La dame s’envola ensuite au ciel. A l’arrière de la tour un très beau jardin avec le Temple du Grand héroïsme, pavillon bas abritant des Bouddhas dorés, des bonsaïs, une école bouddhique,et même la vieille Austin bleue du bonze Thich Quang qui s’immola par le feu en 1963.

Des scouts sont installés dans un bosquet portant le fameux chapeau de scout de Baden Powell. Certaines filles sont habillées de l’ao dai. Le jeu consiste à faire circuler le chapeau entre leurs dents. Le chef qui organise le jeu  parle dans un micro. Décidément les vietnamiens sont bien bruyants.

La mini croisière se termine côté sud. Attraction suivante: un village de pêcheurs qui n’est rien d’autre que l’accumulation de sampans en face de Riverside. Si au moins nous avions accosté à notre hôtel ! Nous avons  l’impression désagréable d’être tombées dans un traquenard que nous avons préparé nous même en déclinant l’offre de retourner aux tombeaux comme ce qui était écrit sur le programme de l’agence.

Retour à la Citadelle

Nous allons à pied à la Citadelle en passant le long d’un jardin public où sont installés oiseleurs et vendeurs d’orchidée ainsi qu’une brocante proposant sur le bord du trottoir de la vaisselle dépareillée, des  théières et des pipes à eau.

Nous retournons directement au temple Hung Tê Mieu dans la petite cour tranquille avec ses portiques colorés où des clochettes tintent au vent. Je m’installe pour dessiner tandis que Dominique poursuit les explorations. Un nuage très noir donne un relief nouveau au belvédère des Cinq Phoenix, le temps devient très menaçant.

Sampaniers

Le dragage de la Rivière des Parfums est tout à fait artisanal (sur le Mékong, nous avons vu de très gros engins). Des sampans de gros gabarit ont une proue découpée pour laisser passer une perche et une poulie. Un gros cylindre portant des tiges métalliques permet d’enrouler le filin. Les enfants, à l’ombre d’un abri sommaire en tôle, pédalent. Les hommes remontent le sable dans une pelle attachée à la longue perche de bambou l’arrière, femmes et hommes tamisent et entassent le sable.

 

 

Hué : : Tombeaux des empereurs

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Hué mausolée Minhmang

Faux départ

Le rendez vous de l’excursion en bateau est à 7H45. Nous attendons au débarcadère, cela nous paraît être du dernier chic. On vient nous chercher, mais…à moto. D est formelle : elle ne montera pas sur une moto. Jamais ! Je lui objecte qu’elle l’a bien fait en Afrique. Rien à faire. Les Vietnamiens ne comprennent pas. La moto c’est naturel pour eux. Tout le monde se déplace ainsi, jeunes, vieillards, bébés. Une famille entière en brochette…La jeune fille de la réception est furieuse contre nous. Nous ne sommes pas coopérative. Elle non plus !

Et voila notre journée sur la Rivière des Parfums fichue ! Je suis consternée. Est-ce qu’on ne pourrait pas aller au débarcadère en taxi ? Trop tard. Il reste une solution. Mais cela va vous coûter cher ! Pour 500 000VND, nous pouvons louer une voiture avec chauffeur. Le prix est encore raisonnable. De toutes les façons, il faut sauter sur l’occasion. Quand va-t-il venir ?

L’hôtesse nous intime l’ordre de nous asseoir sur les fauteuils du lobby. Elle est dépassée par les évènements. Un groupe part en excursion. Un autre arrive avec ses bagages. Le personnel du Riverside est tout sauf efficace – aimable le plus souvent – mais pas du tout dégourdi. L’hôtel trois étoiles a perdu l’étoile du milieu qui est tombée du mur. La lessive a mis deux jours à revenir! (La machine à laver est en panne, ils l’ont porté à la laverie). Le restaurant tout à ait quelconque pratique des prix exorbitants. Et la souris de l’ordinateur fait des caprices.

Voiture avec chauffeur

Hué mausolée Minhmang2

Au lieu d’attendre la voiture sans rien faire il serait plus avisé de préparer l’itinéraire. Par chance, le guide du groupe francophone attend ses clients dans le hall. Nous faisons appel à lui. Il nous conseille trois tombeaux joignables sans problème en taxi.

Notre voiture est noire avec des vitres fumées, Mazda.  La clim à fond donne une température polaire. Il y a même un vaporisateur de parfum là où on a l’habitude de trouver des bouddhas verts ou des animaux qui hochent la tête. Le chauffeur est très stylé. Il parle un peu anglais. Pas assez pour soutenir la conversation ou commenter le paysage. Il a très bien compris ce que nous voulons faire.

Mausolée de Minh Mang

Hué mausolée Minhmang : cour des salutations

Nous commençons par le tombeau de Minh Mang, le plus éloigné (3 étoiles au guide Evasion) Il est situé en pleine campagne. C’est un plaisir que de regarder le paysage, les crêtes des montagnes qui s’échelonnent dans le lointain, les villages enfouis sous une végétation abondante, bananiers, manioc, soja, jardins de légumes et arbres fruitiers. Le long de la route, on vend toutes sortes de fruits : énormes jacques, bananes, oranges à la peau verte,  ramboutans, longanes, mangues, papaye et même des grenades.

Hué mausolée MInh Mang lac de la Lune

L’empereur a choisi un site magnifique. Il s’est appuyé sur le relief existant en modelant à son gré le cadre naturel. Passant sous un portique, on entre dans la Cour des Salutations bordée de deux files de statues 1 éléphant, un cheval et des mandarins aux fines barbes et aux costumes ouvragés. Une longue allée monte au pavillon de la Stèle. De chaque côté, un lac dans son écrin de pins. Une grande sérénité se dégage de ces pièces d’eau. L’allée se poursuit dans le prolongement de la stèle jusqu’à un pavillon carré rouge : le Pavillon de la Grâce Immense, entouré du lac de la Clarté Pure. Toujours en enfilade, la Porte Hoan Trach mène au Lac de l Lune Nouvelle. » Ce petit lac est en forme de croissant il entoure le tumulus impérial (le soleil) marquant la séparation entre le monde des vivants et le monde des morts. » (guide Evasion). Bassins et jardins dessinent l’idéogramme « Longévité ».

Les arbres sont magnifiques. La présence de l’eau, des végétaux, l’harmonie entre les constructions et la nature font de ce mausolée un endroit absolument charmant. On oublie la dimension funéraire pour ne retenir que l’ensemble parfait. Encore que, parler de nature, doit être nuancé. Les lacs sont artificiels, les arbres élagués artistiquement. La nature est drôlement sophistiquée !

Tombeau de Khai Dinh

Hué mausolée Khai Dinh

Le mausolée de Khai Dinh (1916-1925) est complètement différent. Mélange de style oriental et occidental (Hachette Evasion). Tout ce qui était harmonie et bon goût, accord avec l’environnement, sérénité au tombeau de Minh Mang, tout est oublié. Il ne reste que la pompe et le faste. La matière – le béton- n’a aucune allure. L’ensemble tient du monstrueux calvaire –quel chemin de croix que les 139 marches raides et hautes !- gris, lourd et pompeux. Les dragons manquent d’humour, les mandarins de l’Esplanade  des Salutations sont raides et ennuyeux, ils ressemblent aux poilus des monuments aux mots de la guerre de 14 des places de village !

Mausolée Khai Dinh cour des salutations

Mais nous n’avons pas gravi tous ces escaliers pour rien. L’intérieur du Temple de Culte, bâti au sommet est décoré de mosaïques particulièrement réussies. Le baldaquin de béton est couvert de mosaïques colorées. C’est presque baroque, en tout cas peu banal. Les motifs floraux subissent une influence Art Déco. Je passe outre l’interdiction de les prendre en photo.

Hué mausolée Khai Dinh fleurs Artdéco

11heures, heure du déjeuner vietnamien. Avant que les étals de fruits ne soient repliés, il est temps d’acheter un  pique-nique. Le chauffeur m’accompagne, j’achète une livre de ramboutans, un fruit du dragon et six bananes. Très obligeant, le chauffeur insiste pour que la marchande pose ma marchandise sur la balance. Mauvaise pioche ! il y avait 600 grammes de ramboutans,  la fruitière en enlève une poignée !

Mausolée de Tu Duc

Hué mausolée Tu Duc

Le troisième tombeau est celui de Tu duc (1847-1883). Fin lettré, Tu Duc venait écrire des poèmes et admirer les fleurs rares et les oiseaux dans de petits chalets sur pilotis installée sur une pièce d’eau, maintenant fleurie de lotus. Une allée sinueuse en fait le tour. Des pins antiques et des frangipaniers vénérables donnent une fraîche ombre. Nous montons ensuite l’allée qui mène au monument funéraire. Toujours les étapes imposées : le Pavillon de la Stèle, la Cour des Salutations, enfin le Tertre Royal entouré du Mur Précieux, protection contre les mauvais esprits.

Hué mausolée Tu Duc

Un charme spécial émane des vieilles constructions qui n’ont pas encore été rénovées. Les tuiles on perdu leur lustre, installées en rang serré. La mélancolie sied particulièrement bien à cet empereur poète. Pendant que je dessine le pavillon de bois sur les lotus, je remarque des enfants nageant à demi nus dans le bassin. Peu après, un homme crie, lance des pierres. Que chasse-t-il ? Les enfants qui sortent des tiges en portant les fruits du lotus et qui fuient pieds nus. Que vont-ils faire des lotus ? Ils mangent les graines. Font mine d’escalader le mur et se cachent pour retourner à l’instant.

pagode

 

Notre dernier arrêt est une pagode situé non loin de là : Pagode Tu Hieu. Ici, pas de visiteurs. Près de l’entrée, une jolie pièce d’eau où fleurissent lotus blancs et nénuphars mauves. Une allée monte vers la pagode. Dans un beau parc, à l’ombre d’un vieux banian aux racines aériennes enlacées et de frangipaniers odorants, de jacquiers, nous trouvons une table de pierre et des tabourets. L’endroit est offert pour un pique-nique frugal de fruits.  La voix mélodieuse d’un bonze nous accompagne. Dans la pagode, de nombreuses femmes et quelques enfants sont allongés tan dis que le bonze assis chante. Dorment elles ? C’est l’heure de la sieste. Ou sont elles plongées en prières.  Les bâtiments du monastère sont ouverts. Comme deux autres touristes accompagnées d’un Vietnamien entrent, nous nous enhardissons à les suivre. Les habits jaunes sèchent sur des fils. Des petits bonzes et des bonzesses, crâne rasé et habits gris arrivent. D’autres, toujours en gris ont gardé leur chevelure. Ils se laissent volontiers photographier. Plus loin, un terrain de handball (ou de foot) une salle de classe. La pagode semble héberger une école. Plus bas, près de l’eau, un bonze en habit marron lit, installé dans un  hamac entouré d’enfants qui s’amusent autour de l’eau.

De retour à Hué

Nous sommes un peu saturées de visites. Notre chauffeur, très aimable nous accompagne pour nos courses en ville. Comme le photographe ne demande qu’une heure pour faire les tirages, nous visitons encore une pagode près du marché : Dieu Dé. Ici, aussi des prières, encore des femmes de tous âges qui s’agenouillent, se prosternent tandis que le bonze chante. Cette pagode est située près d’un canal aux eaux très vertes dans un quartier calme tout près de l’agitation du grand marché.

Vers 16H nous nous installons à la terrasse de l’hôtel en bordure de rivière pour écrire et ranger les photos. Nous en avons maintenant plusieurs centaines. Si nous attendons notre retour en France pour les classer nous ne reconnaîtrons plus rien !

 

Bruyante soirée

 

20H30,Dans la chambre contiguë  nos voisins font un karaoké privé. Ils ont dû apporter le lecteur de DVD de chez eux. Cela fait un  bruit infernal. On n’entend même plus TV5 .La dame de l’étage qui vient nous apporter les T-shirts propres constate le vacarme. Quelques minutes plus tard le téléphone sonne à côté. Les voisins font cesser le tapage. Nous sommes même gênées. Il n’est pas dix heures. La réception appelle ensuite chez nous pour savoir si nous sommes satisfaites.

 

 

Hué : sampaniers et Cité Interdite

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les sampaniers vus de l’Hôtel Riverside

Sampaniers.

Matin 6h30 : trois femmes, pantalons relevés, font la lessive dans le fleuve. Une petite fille accroupie lave la vaisselle. Une femme âgée, un chapeau sur la tête, rince six grand paniers ronds.
Après midi à la terrasse du Riverside, devant moi, un délicieux jus de fruit du dragon mixé exprès pour moi, débarcadère privé, marches blanches, palmiers, lampes aux grosses boules ponctuant deux balustres, symboles de luxe. Je regarde vivre les sampaniers. Ces nomades du fleuve, ont leurs maisons sur leurs petites embarcations et se déplacent sur des plus petites et plus fines encore et plus légères. Pauvres abris : sur une barque à fond plat à curieuse proue relevée terminée de face par une sorte de pyramide tronquée, on a posé des arceaux. Trois, quatre, ou cinq arceaux et dessus tout ce qui peut donner un peu d’ombre et garantir de la pluie. Les mieux logés ont construit une sorte de maison flottante avec des tasseaux et des tôles ondulées. Les plus pauvres ont posé des bâches plastiques bleues sur les arceaux. Ils utilisent toute une variété de matériaux, le papier goudronné, les canisses – les plus beaux – le plastique en rouleaux. De la proue à l’entrée un fil est tendu avec du linge qui sèche. A l’arrière, tout un débarras. Pas de pot de fleur pour le Génie du fleuve, il n’y a nulle part pour le poser. Pourtant un petit chien noir et blanc navigue avec eux.
Au milieu de la rivière des Parfums, un îlot minuscule porte un arbre. Sous son ombre au moins six bateaux se blottissent. J’essaie de compter les embarcations : un très gros bateau seul, une maison flottante, puis sept regroupés, une dizaine sur deux lignes, une trentaine plus loin. Tout un village ! Avec le soir, je vois s’allumer des tubes bleutés. Hier soir, de grandes flammes brillaient, dans un brasero peut être ? Quelque fois une fine pirogue part avec un chargement d’herbes ou de sable. Quand la barque a un moteur elle est pilotée par un homme assis au fond. Quand elle possède des rames c’est le plus souvent une femme, debout, arquée coiffée du chapeau conique.
Ce matin, j’ai vu les enfants partir en classe. Le soir, ils se baignaient dans l’eau. Une pirogue pousse de longs piquets flottant en formant un triangle (bois ou bambou ?). La barque est à la pointe du triangle. Comment sont- ils attachés ? Deux triangles flottent maintenant près de la berge.
J’ai  honte  face à ce dénuement.
Cité Interdite

Belvédèredes 5 phénix et entrée de la cité

Le nom est tout un programme ! Faste et étiquette impériale. Prestige de ces murs clos. On ne peut y pénétrer que par une seule porte. Maintenant encore, une sélection s’opère. Les touristes ne sont pas autorisés à entrer par la même entrée que les Vietnamiens.
La cité Impériale des Nguyên (1802-1955) a été construite sur le plan de celle de Pékin. Détruite pendant les guerres, qui se sont succédées, seule une partie a été restaurée. L’entrée principale , la Porte sud supporte le Pavillon d’apparat : le Belvédère des cinq Phénix. C’est là que le dernier empereur BaoDai a remis son épée en 1945 au gouvernement de HôChiMinh. Les marches pour y accéder sont raides. De ce belvédère, l’empereur dominait une vaste esplanade et les cours de la Cité Impériale. Il faut enjamber les montants sur lesquels les portes pivotent ou coulissent ; je suis toujours surprise. Regardant en l’air, je m’y cogne souvent. On arrive dans de vastes salles supportées par des colonnades. Difficile d’imaginer l’ambiance alors. La salle était- elle meublée ? Ou seulement le trône et les ombrelles ? Un tableau, au mur, montre les courtisans, mandarins et militaires rangés ans les cours. Les boiseries sont peintes – rouge, or, noir – les tuiles vernissées jaunes et vertes. La tenue d’apparat de l’Empereur, visible dans une exposition plus loin, était brodée de nombreux motifs : dragons, nuages, montagnes, colonnes d’eau ( ?), les teintes dominantes, or et bleu.

Hué : cérémonie dans la cour intérieure

Pour arriver au Pavillon de la Suprême Harmonie, on passe sous un portique très coloré,  un petit pont enjambe les Eaux Dorées (je recopie ces noms avec gourmandise, ils décuplent la poésie des lieux). Une vaste esplanade nous sépare encore du Pavillon de l’Harmonie Céleste. Deux animaux fantastiques, sortes de griffons, des lions peut être, gardent cette grande place. Des stèles marquent les emplacements où devaient se ranger les mandarins à la parade, selon leur rang. Le Pavillon de la Suprême Harmonie est très impressionnant avec ses belles colonnes laquées de rouge aux motifs or de nuages et de dragons, sinueux et contournés. Des lampions dorés décorés de peintures précieuses sont suspendus. Sur une estrade, le trône. Le Palais de la Suprême Harmonie est aussi appelé Palais de la Concorde Absolue. Toutes ces appellations  me ravissent.

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Hué : Porte de la Cité Interdite

Spectacle de cour
1er spectacle à 9h au théâtre Royal.  Nous prenons place au premier rang sur de larges fauteuils rouge et or de bois sculpté. 9h, rien ne se passe. 9h05, je commence à m’inquiéter. Deux jeunes filles sont assises : ce sont les danseuses. Il n’y aura pas de spectacle faute de spectateurs. Revenez à 10 heures !

Danse des éventails dans le théâtre de la cité Interdite de Hué

En attendant, nous visitons la bibliothèque en cours de rénovation. Ces restaurations sont splendides mais il me plait qu’il reste des vieilles tuiles ayant perdu leur vernis et des décors écaillés. Les tesselles des mosaïques sont des débris de bouteilles pour les verts et les marrons et de la vaisselle de porcelaine pour les bleus. On retrouve les fleurettes qui ont décoré des tasses fines. Nous nous étions promises de ne plus photographier de dragons ni de personnage surmontant les faîtières mais nous faisons ici une exception…
Des musiciens habillés de jaune se présentent sur l’estrade et sont rejoints par un autre groupe. D’un côté, les cordes de l’autre les percussions. Un dragon de tissu, comme ceux du Carnaval, fait irruption sur la scène, puis un quatre. Je suis un  peu déçue. Je n’imaginais pas des personnages de foire dans un spectacle de cour. Ma déception est de courte durée. Les deux ou trois danseurs qui actionnent les dragons dansent à la perfection. Les chenilles qui me paraissaient lourdaudes sont mues par une chorégraphie sophistiquée. Brusquement un troisième personnage est expulsé ? C’est le Bébé Licorne qui s’éveille à la vie (je n’avais pas reconnu la Licorne mais c’est écrit dans le programme). Des danseuses sont cachées derrière des éventails de gaze verte aérienne. J’essaie de filmer. C’est pour moi une nouveauté. Le spectacle se termine par une autre danse : danseurs et danseuses portent un lotus rose translucide contenant une vraie bougie allumée. Des pyramides se défont et se reconstituent.
J’ai perdu le Petit Futé. Dommage, il était très bien !

Hué citadelle chaudrons

Temple des générations
Il ne reste plus grand-chose de la Cité Pourpre Interdite, une vaste pelouse où évoluent des éléphants pour le plaisir des visiteurs. Plus loin, à l’écart le Temple des Générations, solennel est impressionnant. Il contient les tablettes de dix membres de la dynastie Nguyên. Il faut se déchausser et se déplacer silencieusement devant les mânes des anciens empereurs. Malheureusement nous sommes bien ignorantes et n’arrivons pas à identifier tous ces souverains malgré leur photo. Un pavillon très calme, très coloré plus fantaisie avec des portiques garnis de clochettes et décorés de motifs charmants oiseaux et fleurs, nous a beaucoup plu. C’est l’endroit le plus frais, le moins intimidant, le moins solennel de la Cité Impériale. Nous le quittons avec regrets pressées par de préoccupations prosaïques.
Courses
Je rentre sans complexes dans le plus bel hôtel de Hué : le Saigon Morin. Nous avons pris l’habitude de visiter les hôtels : à Bangkok, l’Oriental à la Havane le Nacional…On peut y trouver des renseignements intéressants. Arrêt ensuite à l’ATM (en vietnamien dans le texte). Non loin de là, se trouve le quartier Routard avec ses agences de voyage appelées ici »Cafés », les cybercafés, les épiceries qui vendent tout ce qu’un Européen peut bien désirer en voyage. Nous pourrons nous renseigner pour les excursions en dehors de Hué.
14H, retour à Riverside,
Le ciel s’est chargé de nuages, il fait lourd. Nous faisons une sieste dans la clim. Je retourne vers 5 heures dessiner les maisons flottantes de la rivière des Parfums. Une grosse goutte et une averse me chasse mais je peux encore assiste à un coucher de soleil en technicolor sur la terrasse du 5ème étage.

Hoi An /Hué par l’Open Tour

CARNET VIETNAMIEN

 

Hué bâtons d’encens

Voyage en car

7H15, nous attendons le car de l’Open Tour.

7H25, un magnifique car rouge prend les deux Hollandais, pas nous, c’est la compagnie du Café Sinh. L’hôtesse de l’hôtel nous confie que nous aurions dû prendre cette dernière et non le Café Hahn. Voyant notre impatience, elle décroche le téléphone pour prévenir Hahn de notre présence.

7H45, 8H, toujours rien !

8H15, un car miteux à l’allure minable s’arrête. A son bord, une majorité d’étudiants avec leurs livres et leurs cahiers, très décontractés et bavards. Nous sommes loin du « car-pour-touristes-qui-fera-des-arrêts-photos » L’ambiance est bon enfant, le trajet court, une centaine de km.

Aux abords de Da Nang nous passons devant la Montagne de Marbre, surtout remarquable par ses marbriers qui sculptent des lions, des bouddhas, des stèles funéraires le long de la route. A l’arrière des ateliers, on devine la montagne entamée par les carrières avec des pains de sucre comme sur des estampes chinoises et des pagodes perchées au loin.

Nous traversons Da Nang sans nous arrêter. Impression fugace d’une ville propre, avec une belle promenade soignée en bord de mer, des constructions modernes, une voirie aux normes.

Le car grimpe dans les montagnes. Nous guettons le « col des Nuages » promis sur le « roman » de Madame Linh.  A sa place, un tunnel de 6km fait l’admiration de tous les passagers.

Descente sur Lang lo. 10H45 : déjeuner des chauffeurs et pause d’une bonne demi-heure. Un petit lac tranquille est enchâssé dans les montagnes. Un petit garçon nous aborde, 11 ans, peut être 12, il parle déjà bien anglais.

« d’où venez vous ?

– de France

– Ah, Zidane ! » L’enfant mime le coup de tête. Décidément notre footballeur termine mal sa carrière

– Thierry Henry, Vieira » continue le gamin, « avez-vous des pièces pour ma collection ? »

Nous avons déjà entendu cette phrase. Façon élégante de mendier ? La dernière collection que nous avons vue ne comprenait que des pièces de 1€ ou 2€, les centimes étant rejetés. Le gamin est intelligent. Il sort une boîte en fer où sont rangées les pièces de toutes les provenances. Il commente ses trésors et nous convainc de chercher dans le porte-monnaie. Un grand le rejoint. Fait il aussi collection ? Il nous vend une carte du Vietnam. Avant de se séparer, on leur offre un  paquet de chewing-gum que les grands partagent très gentiment avec les petits, ce qui nous fait plaisir.

Il reste encore 70km jusqu’à Hué où nous arrivons à midi.

Hué

Hué : Hôtel Riverside vue de la terrasse sur la Rivière des Parfums

Nous restons quatre jours à Hué. Nous ne nous précipitons donc pas à la Cité Impériale dès l’arrivée. Le ciel est menaçant. Nous préférons une prise de contact à pied de la ville et des environs de l’hôtel. L’hôtesse de la réception nous assure qu’en un quart d’heure nous serons à la Citadelle. Il nous en faudra trois fois plus. Le harcèlement des cyclos est insupportable. On leur sourit, on décline poliment leur offre. Rien n’y fait ils nous suivent pas à pas.. On  finit par les repousser grossièrement. Je n’aime pas refuser abruptement ce que proposent les gens du cru. Au Maroc, en Égypte, au lieu de dire « non! », je renvoyais à plus tard « demain, Inch Allah ! ». Personne n’est dupe. Mais personne n’aura été désagréable. D’ici demain, tant de choses peuvent arriver ! Au Vietnam « later » est une mauvaise réponse. « Later » est déjà le début d’un engagement. Le cyclo revient à la charge sous prétexte que maintenant est déjà devenu « later » depuis quelques minutes. La seule façon de s’en débarrasser est de monter dans un taxi. Le taxi est la ruine de leur profession, plus rapide et moins cher. Nous sommes trop grosses pour les cyclos. Les Vietnamiens montent à deux parfois plus sur un engin.

 

Nous marchons le long de la Rivière des Parfums enjambée par un pont métallique à trois arceaux aux éléments rivetés, genre Tour Eiffel.

En face de la Citadelle, sur la rive Droite, tout un alignement de beaux hôtels luxueux avec courts de tennis et bateaux privé. Plus loin, des bâtiments coloniaux dans la verdure. Les quais de la Rivière des Parfums sont aménagés en promenade. Décidément, les vietnamiens sont de grands jardiniers. Jardin orné de sculptures contemporaines. Nous avons vu de tels expositions en Hongrie, peut être favorisées par le communisme ?

La Citadelle est cernée de remparts et de bastions dominant de grands espaces herbus.

Nous ne voulons pas d’une visite à la sauvette de la Cité Interdite. Nous nous contentons d’en faire le tour d’admirer les portes colorées, de deviner ce qui peut être derrière les murailles, les toits et les tours et d’admirer les lotus qui s’épanouissent dans les douves. Faire grandir le désir !

Nous poussons la promenade jusqu’au marché où l’on vend aussi bien des magnétoscopes que des choux débités en lamelles, des sandales et de l’or fin. Difficile de se frayer un chemin.

Riverside

Au coucher du soleil, attablée à la terrasse de notre hôtel VyDa Riverside, le très bien nommé. Cinq tables sous des arbres aux petites feuilles rondes, un embarcadère sur la rivière des Parfums. Le long de l’eau, des palmiers et des plumets, de très grosses feuilles sur des troncs grêles (tecks ?). la terrasse est pavée. Un massif nous cache la façade de l’hôtel blanche à larges balcons. C’est un  bel hôtel, très bien situé.

Notre chambre est très grande avec deux larges lits un mobilier sombre, aucune décoration, rien de superflu mais tout le nécessaire.L’ambiance est bizarre: on ne croise jamais personne. Le personnel est empressé mais  pas dégourdi. Le grand restaurant avec une grande table rouge, de lourds fauteuils chinois et son coin karaoké arbore encore la décoration de Noël (on est en juillet). N’y a-t-on fêté aucun mariage aucun anniversaire depuis le 25 décembre ?au dîner, nous étions seules ainsi qu’au petit déjeuner. Impression d’hôtel fantôme.

 

Hoi An – My Son – mousson

CARNET VIETNAMIEN

 

MySon perdue dans la jungle, dévastée par les bombardements américains


 

  My Son  –  Cité perdue dans la jungle, oubliée pendant cinq siècles –  My Son – la belle montagne – a été redécouverte à la fin du 19ème siècle par les Français qui la restaurèrent et ne dégagèrent pas moins de 70 temples.Ces  temples qui avaient bravé les siècles et les assauts de la végétation tropicale furent bombardés  par les B52 américains. Il ne reste plus grand-chose. Seuls 4 ensembles sont encore debout.

Les Chams

My Son sculpture cham

Lieu de culte très important pour le Royaume Champa pendant plusieurs siècles, il fut abandonné avec l’avance des Vietnamiens vers le sud. Les Chams, venus d’Indonésie occupaient tout le centre de l’actuel Vietnam, les Khmers le sud, le nord, Viet, était sous domination chinoise. A mesure que l’empire vietnamien s’étendait les Chams  reculaient vers le sud. Actuellement, les Chams, pour partie islamisés, sont l’une des 54 minorités ethniques, dans le delta du Mékong. A Po Nagar nous avons vu le sanctuaire Chams du 4ème  siècle. Les Chams étaient alors Hindouistes.

Le Petit Futé et le guide Évasion  présentent la visite de My Son comme une expédition nécessitant un départ aux aurores. Nous nous sommes inscrites pour une excursion. A 8H30, un beau car climatisé vient nous chercher à l’hôtel. Le guide distribue des badges à mettre en sautoir. Ainsi harnachées nous ressemblons aux groupes moutonniers qui descendent des bateaux de croisière. Une transhumance !

La campagne est riante sous le beau soleil, vert vif du riz, plus foncé du manioc, des champs de maïs, des lotus en fleurs roses. Dès que le car quitte la route nationale  les villages sont plus champêtres. Les récoltes sèchent sur le bord de la route à même le ciment du bas côté, ici, du maïs, ici, des piments, plus loin des graines que je n’identifie pas. A côté de chaque maison, un tas de brique est  jeté là au cas où on aurait le temps ou l’argent d’agrandir la maison. Les meules de paille de riz sont coincées contre les maisons. Nous passons de montagnes plutôt pelées au piemont de la jungle. Les rizières en terrasse forment une jolie mosaïque. De nombreuses parcelles sont nues, de boue séchée. Puis nous entrons dans les collines couvertes de jungle.

My Son : accueil musique et danses

A 10 heures, le car se gare sur un parking. Des jeeps, bien militaires et bien rustiques font des navettes jusqu’au site. Nous sommes accueillies par un groupe de musique traditionnel Cham puis trois jeunes filles exécutent une danse ? Observer surtout les mouvements des pieds et des mains ; délicate chorégraphie ou chaque doigt a sa place.

Les briques des temples ont été soudées selon un procédé secret que les restaurateurs aimeraient bien connaître. Selon le guide, la société des Chams était matriarcale, il suffit de regarder les statues des temples pour en être convaincu :aucune figure masculine si ce n’est le linga. Les stèles sont en sanscrit. Les sculptures sont d’une très grande finesse,  figures féminines,  éléphants, soit en argile soit en grès.

My Son : bas-reliefs

Le charme de My Son réside surtout dans sa situation perdue au milieu  de la jungle, opposition entre la brique orange dont on a perdu le secret et la végétation conquérante. Un cratère de bombe près d’un temple que des Italiens sont en train de restaurer montre que les lianes n’ont pas encore cicatrisé les plaies d’une guerre finie il y a trente ans.

En bateau

 

Promenade en bateau long à fond plat:  ces croisières sont extrêmement reposantes. On se laisse glisser sur l’eau, l’esprit vacant. Le déjeuner est servi à bord : une assiette de riz aux fruits de mer et une banane. Une barque passe, suivie d’une troupe de canards blancs formant un groupe compact. Il semble que le batelier soit le berger des anatidés. A plusieurs reprises, nous assistons à la promenade de ces compagnies de canards en semi-liberté gardés de loin par un homme ou un enfant.

Hoi An sampans

Mes photos

J’ai une certaine appréhension quand je vais chercher mes photos.   Je n’ai sûrement pas été assez sélective. Le photographe est en train de les ranger dans des albums. « High quality » répète-t-il. Il est content de son travail et regarde mes photos une à une. Il sélectionne celles qui lui plaisent et préfère invariablement celles figurant un personnage.

A la piscine. Je nage sur le dos des heures durant, fascinée par les lampions.

La pluie

J’attends mon riz frit with seafood depuis un bon moment en écrivant, tranquillement attablée sous l’auvent de tôle du restaurant, quand un crépitement insolite se fait entendre. Je cherche dans la rue le véhicule responsable de ce tintamarre métallique. De grosses gouttes constellent le ciment du trottoir. Brusquement, à la grande joie des enfants, des cataractes tombent devant moi. Les enfants s’approchent de ce rideau liquide. Des éclairs semblent provenir de leur doigt. Oser toucher le ruisseau qui dégouline de chaque creux de la tôle semble provoquer une décharge électrique (physiquement c’est idiot) le hasard fait bien les choses. Les lampions de l’hôtel Thanh Binh, de l’autre côté de la rue se sont éteints d’un seul coup.

Une petite fille a surgi, chapeau vietnamien sur la tête, sous une cape transparente – petite fée – elle brandit d’une main des parapluies, de l’autre une poignée de capes en plastique dans des pochettes. Comment est elle arrivée ici avec tant d’à propos ? Comme personne ne lui achète sa marchandise, elle monte sur le porte-bagages d’un vélo. La voici, la mousson ! La chaussée bombée se partage en deux rivières. Un monsieur sort de Thahn Binh, courageux, il enlève ses chaussures et traverse les cours d’eau pieds nus. Une autre petite fée encapuchonnée survient. Deux cyclopousses attendent devant l’hôtel. Ils ont déplié la belle capote verte, leurs clients seront à l’abri.

Mon riz n’arrive toujours pas. La pluie a distrait l’attention de tous. Les clients de Thanh Binh toujours plongés dans le noir sont aux balcons. Combien de temps l’averse va-t-elle durer ?