Avant le départ pour une contrée inconnue, j’aime bien me choisir un guide, un passeur.
Pour la Grèce ce fut d’abord Lacarrière, pour l’Italie,Dominique Fernandez.
Mérimée et ses notes de voyage s’est imposé. Ces notes sont un inventaire des monuments mais aussi un petit résumé de l’histoire de la Corse et enfin de traditions populaires et des superstitions et des poésies « populaires corses ». Malheureusement, la plupart des monument, si ce n’est tout ce que Mérimée décrit ne se trouve pas dans les régions que nous visiterons, les dolmens de Sartène, les églises du Cap Corse, ou de Bonifacio, nous ne les verrons pas. J’ai donc parcouru rapidement ces descriptions.
En revanche, je me suis bien intéressée aux traditions et poèmes qu’il a compilés et traduits comme la Lamentation Funèbre du Niolo ou la Sérénade d’un Berger de Zicavo.
En 1840, quand Mérimée a écrit Colomba, la Corse était encore une destination exotique. Les liaisons maritimes entre Corse et continent régulières n’étaient pas encore établies par bateaux à vapeur. Le colonel Nevil et sa fille – parfaitement snob – déçue par un voyage banal en Italie – s’embarquaient pour l’inconnu. Le contraste entre les préjugés britanniques et les traditions corses est piquant, le sentiment de supériorité du colonel et la fierté du « caporal » dont la noblesse remonte au 12ème siècle est une introduction parfaite à l’histoire.
Mérimée a rencontré Colomba, mais ce n’était pas la pure jeune fille, c’était une vieille dame, intrigante, un peu sorcière qui distillait vengeances et crimes d’honneur. La belle Colomba de la nouvelle est une séduisante jeune fille qui voyage avec un stylet dans son corset et qui manipule son frère ainsi que le préfet, les bergers et bandits du maquis pour que la vendetta ait bien lieu.
Colomba est voceratrice : elle improvise des ballata, ces lamentations improvisées de deuil à la veillée mortuaire
« quand l’épervier se lamente – devant son nid vide, – les étourneaux voltigent alentour, – insultant sa douleur »
[….]
« l’épervier se réveillera, – il déploiera ses ailes, – Il lavera son bec dans le sang! – Et toi, Charles-Baptiste, que tes amis t’adressent leur dernier adieu, – Leurs larmes ont assez coulé – La pauvre orpheline seule ne te pleurera pas – Pourquoi pleurerait-elle? -Tu t’es endormi plein de jours – au milieu de ta famille – préparé à comparaître – devant le Tout-Puissant. – L’orpheline pleure son père, – surpris par de lâches assassins, – frappé par derrière ; – Mais elle a recueilli son sang, – ce sans noble et innocent ; – elle l’a répandu sur Pietranera, – pour qu’il devint un poison mortel. Et Pietranera restera marquée, – jusqu’à ce qu’un sang coupable – ait effacé la trace du sang innocent.’
Romantique en diable, brillante, cette nouvelle a du panache!
« N’est-ce pas ce que je voulais dès le départ ; tisser de la toile, fabriquer de mes doigts un filet à envelopper le monde, avec de larges mailles pour gagner en étendue, mais aussi avec des mailles fines et serrées pour que le poisson ne passe pas à travers, pour que jamais plus rien ne se perde, ne s’oublie, ne disparaisse au fil de l’eau sans laisser de trace? »
483 pages (avec les notes), d’une saga de la famille (élargie) des Mendelssohn sur près de 400 ans. Une saga est un récit historique, parfois un cycle romanesque épique. Cependant au terme de Saga, l’auteur, Diane Meur préfère la Cartographie qui fait allusion à un arbre généalogique qu’elle tente de construire, en précisant dates de naissance et de décès (classique) mais aussi religion et profession.
Moritz Oppenheim : rencontre de Lavater et de Moses Mendelssohn
Dans la famille Mendelssohn: le fondateur, Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe des Lumières, ami de Lessing, Juif pratiquant mais éclairé, affirmait que le rationalisme n’a rien d’incompatible avec le judaïsme, et fut surnommé le Luther des Juifs, Apprécié de Kant.
Le musicien : Felix Mendelsohn Bartholdy (1809-1847), petit fils de Moses est sans doute le plus connu des Mendelssohn. On a peut être oublié sa sœur Fanny dont les dons musicaux ont été contrariés par la tradition patriarcale du 19ème siècle qui empêchait une femme d’être aussi géniale qu’un homme.
Fanny Mendelssohn
Entre ces deux personnages célèbres, Abraham Mendelssohn-Bartholdy (1776-1835), le banquier, l’amateur éclairé a permis à ses deux enfants Félix et Fanny de devenir des musiciens de premier ordre. Soucieux aussi de la réussite sociale, il a élevé ses enfants dans la confession protestante. Il aurait bien aimé que Félix signe sa musique Bartholdy et non Mendelssohn, qui sonnait trop sémite.
Diane Meur aurait pu se contenter de retracer la biographie de ces trois personnages considérables. Ce n’est pas son propos. Les biographies de Moses ou de Félix ne manquent pas. Son intention est de saisir dans son filet toute la famille : les célèbres et les inconnus, les hommes qui ont transmis leur patronyme, mais également les femmes et leurs descendants appelés Mendelssohn ou non. Raconter la grande histoire et la petite. Donner presque autant d’importance aux relations de Moses Mendelssohn et de Frédéric II qu’à une religieuse belge dans l’anonymat d’un couvent au début du 20ème siècle.
Diane Meur, germaniste et historienne, aurait pu raconter l‘histoire de la Prusse, puis de l’Allemagne et enfin de la purge terrible du IIIème Reichqui a éliminé la musique et les œuvres des Mendelssohn convertis au protestantisme ou au catholicisme depuis plus d’un siècle, rappelant à ces allemands assimilés depuis des générations qu’ils avaient du sang juif. « nager dans le grand bain de l’histoire » écrit-elle,
« ....Elle n’est pas un récit et ne saurait le devenir : les enchaînements, les causalités ne peuvent être montrés sans retours en arrière ni anticipations et le choix de ranger dans l’ordre tout ce qui arrive, au nom de la clarté apporte finalement une autre forme d’obscurité. Pourquoi mentionner l’arrivée de Voltaire à Berlin, on le voit à peu près puisqu’il s’agit d’un philosophe des Lumières. mais pourquoi parler de Bach? Il faudrait pour le comprendre, en être déjà arrivé à Félix Mendelssohn, qui sera initié à la composition par un admirateur de Bach et, à vingt ans, fera sensation en dirigeant la Passion selon saint Matthieu, oeuvre tombée entre-temps dans une certaine disgrâce »
Une saga, des biographies, un récit historique… ce n’est pas tout! C’est aussi le récit de l’écriture d’un roman.Diane Meur se met en scène dans ses recherches en bibliothèque, sur place en Allemagne, dans ses rencontre. Elle nous fait partager ses « berlinades » (mésaventures cocasses plombières ou serrurières) ses rencontres parfois très émouvantes, ses promenades dans la campagne prussienne et les surprises que lui offre le hasard. Elle nous fait aussi partager ses découragements, les impasses dans lesquelles ses recherches s’enlisent parfois.
L’auteure ne nous fait grâce d’aucune digression. Parfois je suis complètement égarée dans les descendants, les cousinages de personnages qui ont souvent les mêmes prénoms et les mêmes noms. Combien de Félix? d’Arnold? et même d’Enole, prénom inusité. Le livre m’est tombé quelques fois des mains, la canicule n’aide pas à la concentration.
Mais je l’ai repris, et chaque fois, y ai trouvé un intérêt renouvelé. Rencontres inattendues avec Lassalle, Marx ou Kassuth, je ne m’y attendais guère. Développements en Lituanie, en Turquie ou en Palestine…
Deux histoires se chevauchent, la grande : Histoire des Lumières et rencontre avec Lessing, Kant ou Chamisso (quelle merveille l’histoire de Schlemihl!), les Révolutions de 1848, la Guerre de Crimée et les ravages du nazisme. Et la petite : l’histoire de l’historienne qui veut écrire un roman. Les deux histoires sont passionnnantes!
34°C à Créteil selon la météo! Allons nous rafraîchir à la Plage!
Sur la suggestion de Télérama, nous attendions le jour propice pour réaliser le programme : matinée à La Plage et visite l’après midi d’une exposition au Musée D’Art et d’Histoire. Entre les deux, une promenade sur les bords de l’Oise.
La Plage
la plage et l’Oise
La plus grande plage fluviale, le plaisir de nager dans de l’eau de rivière, ne sentant pas le chlore, bien fraîche. Une esthétique Deauville 1920, avec de balles cabines blanches, des kiosques, des coins ombragés d’autres fleuris. Très chic!
L’entrée est chère pour les visiteurs (12.2€). Pour que le voyage en vaille la peine, il faut y passer un bon moment et y venir l’après-midi quand le bassin de natation (profondeur 3m) soit ouvert. Ce bassin renommé attira des compétitions et le tournage de films. Malheureusement notre hebdomadaire préféré n’avait pas annoncé cette ouverture tardive. La municipalité de l’Isle-Adam fait des conditions avantageuses pour les habitants de sa commune(et c’est très bien ainsi). Les jeunes s’y sont précipités (à raison, comme je les comprends!). Mais la foule nous a chassées, nous avons préféré pique-niquer tranquillement devant l’écluse sur les bords de l’Oise.
l’écluse
Sur le Motif
CChiara Gaggiotti : la Distillerie
Exposition temporaire jusqu’au 16 septembre
« peindre sur le motif c’est peindre en extérieur sans dessin préalable ». » cette thématique du paysage est partie intégrante du projet du musée qui possède une collection de « l’Ecole du bord de l’Oise »
ai-je recopié de la présentation de cette exposition qui réunit 4 femmes artistes contemporaines :
Agaves de Corinne Pauvert
Delphine D. Garcia ( née en 1973 à Compiègne)
Delphine GarciaDelphine Garcia
Chiara Gaggiotti(née en 1977 à Gubbio)
Chiara Gaggiotti : TerminiChiara Gaggiotti : Termini
Virginie Isbell (née en 1959 à Washington, ayant fait des allers-retours entre les USA et la France actuellement en Uruguay
Virginie Isbell : reflets
Corinne Pauvert née en 1956 à Paris.
Vie vagabonde de Virginie Isbell
Cette exposition rassemble surtout de petits tableaux regroupés par thème, d’une seule artiste ou non, petits formats huiles sur bois ou carton, souvent très colorés que j’ai bien aimés.
Si nous n’avions pas eu peur des bouchons, nous aurions pu retourner à la Plage pour essayer le grand bassin. Le chemin du retour (60 km) est bien long à l’heure d’affluence.
L’an dernier a commémoré Rodin et le Musée Camille Claudel a ouvert à Nogent-sur- Seine. J’attendais les beaux jours pour aller le visiter.
La Seine à Nogent : le bateau-lavoir et au fond, la Centrale
Nogent-sur-Seine est dans l’Aube, en Champagne-Ardennes, à 130 km de Créteil. C’est un peu loin, mais il faisait si beau. Plusieurs itinéraires sont possibles, par l’A4 et Provins, par l’A5 et Bray-sur-Seine, ou par la Nationale 19, Brie-Comte-Robert- Nangis-Provins. A l’aller nous avons emprunté l’A5 bien roulante, sortie 18 et route) travers la Brie, colza en fin de floraison, blé déjà haut, pas un coquelicot, pas un bleuet, pas de moutarde sur les bords, pas étonnant que les insectes et les oiseaux désertent la campagne! Pas de haie, même pas un bosquet. La monotonie est rompue par des tapis roulants qui convoient le sable ou les graviers de carrières. On traverse peu de villages, la route évite Bray-sur Seine que nous voulions voir. Un arrêt devant le château de La Motte-Tilly précédé d’une majestueuse allée de marronniers et de pelouses.
Le château de la Motte-Tilly
Nogent-sur-Seine se devine de loin avec les grosses cheminées de la centrale nucléaire d’où sort un panache. Samedi c’est le marché autour d’une belle halle, joyeuse animation dans la rue principale, queue chez les boulangers. L‘église Saint Laurent est spectaculaire avec ses grandes statues surmontant le clocher carré. A l’intérieur, les tableaux sont bien mis en valeur, explication et lumière. Il va y avoir un mariage, les bouquets fleurissent le chœur, un homme (le prêtre ou le fleuriste?) met la main au plus grand bouquet de lys blanc en chantant en portugais.
Le moulin Sassot qui enjambe la Seine
Dans les rues je remarque de belles maisons à pans de bois. D’autres sont en brique ou brique et meulières. Les bords de Seine sont agréables; je remarque un bateau-lavoirvert, qui est une véritable blanchisserie. Un grand moulin enjambe la Seine : c’est le moulin Sassot construit au 19ème siècle détruit puis reconstruit en 1908, maintenant le Siège de l’entreprise Soufflet qui est justement une très grosse entreprise en minoterie et de malterie. Cette construction de brique ressemble un peu à la chocolaterie Menier de Noisiel. Nous aurions dû arriver plus tôt pour prendre notre temps de nous promener dans cette ville charmante, chercher peut être la Maison de Camille Claudelet celle où Flaubert est venu en villégiature.
Le Musée Camille Claudel
Inauguré en 2017, c’est un musée tout neuf, très bien conçu, clair. L’audioguide est compris dans le billet. Il faut le prendre, il est passionnant ; quoique je n’ai pas tout écouté parce que j’aurais pu rester toute la journée, tant les explications sont riches.
Alfred Boucher : Jeune fille lisant
Si on honore Camille Claudelen donnant son nom au Musée, il faut savoir que les sculpteurs fameux ont été nombreux à Nogent-sur-Seine. Le musée fait tout un panorama de la sculpture de la fin 19ème siècle, début 20ème, notamment aux artistes locaux :Alfred Boucher(1850-1934) qui fut le maître de Camille Claudel, Ramus (1805-1888) Paul Dubois (1829-1905). Ces trois sculpteurs jouissaient d’une certaine notoriété qui leur permis d’obtenir de nombreuses commandes officielles.
Alfred Boucher : Faune et Bacchante
La Salle 2 : être sculpteur au 19ème siècle donne une bonne introduction à la technique de la sculpture, on voit les étapes de la fabrication d’une statue, du modèle en plâtre ou en terre à la réalisation du bronze avec le moulage à la cire perdue, ou en pierre grâce à la « mise au point », pointage tout à fait visible avec des sortes de clous ou aiguilles régulièrement réparties sur le corps du plâtre.
Paul Dubois : l’Alsace et la Lorraine
Salle 3 : Lla sculpture et l’espace public : A la fin du 19ème siècle, on construisit beaucoup et entre la défaite de Sedan et la Première Guerre mondiale les représentations patriotiques matérialisaient le souvenir de l’Alsace-Lorraine perdues, et la « héroïsation » de Jeanne d’Arc (nous ne somme pas loin de Domrémi) .
Paul Dubois : statue équestre de Jeanne d’Arc
Autre sujet : les représentations de scientifiques et médecins,(Pasteur, bien sûr) destinées à figurer sur les places publiques.
La mythologie était aussi sujet d’inspiration, comme les vertus chrétiennes (mais ce n’est pas uniquement à cette période).
Salle 4 : Paul Dubois chef de file des Néo-Florentins présente des bronzes délicats
idéal féminin
Salle 5 : Les métamorphoses de l’idéal féminin est un « cours de sculpture » un petit groupe Tres in Una de Richer illustre la beauté antique, la beauté de la Renaissance et la beauté moderne; De nombreux marbres accompagnent ces cours et les deux bas-reliefs de Bourdelle ont un style bien différent des recommandations académiques.
Salle 6 : Allégorie et Mythologie
Gustave Doré : Nymphe dénichant des faunes
Gustave Doré : Nymphe dénichant des faunes est tout à fait remarquable.
Salle 7 : Représentation du Travail. L’oeuvre la plus spectaculaire est un ouvrier pelleteur représenté à l’ouvrage mais nu, sorte d’Hercule par Alfred Boucher
ouvriers à l’ouvrage
Après avoir traversé la salle 8 : La sculpture de la Sphère privée montre des collections variées.
Bourdelle inspiré par Loi Fuller
Enfin on arrive à l’étage pour Le corps en mouvement où je découvre des danseuses, danseuses classiques ou antiques mais aussi inspirées de Loie Fuller et sa danse du voile ainsi qu’Isadora Duncan : un groupe de Bourdelle. Les sportifs sont aussi montrés en mouvement.
A Boucher : tous au but
On entre enfin, dans l’atelier de Rodin avant d’aborder les salles dédiées à Camille Claudel. Camille Claudel a passé, adolescente, les années 1876 à 1879 à Nogent. A 14 ans elle sculptait déjà et se fit remarquer par Alfred Boucher. En 1881, elle étudie à Paris, Alfred Boucher venait corriger les travaux puis fut remplacé en 1882-1883 par Rodin pour qui elle deviendra praticienne et modèle dès 1884.
Camille Claudel : buste de RodinCamille Claudel : buste de Rodin
On peut voir côte à côte des oeuvres de Rodin et de Camille Claudel sur des sujets identiques, le portriat de Rodin par Camille Claudel.
Autour de la Valse
Apothéose du musée : la salle Autour de la Valse : une série de 4 couples de valseurs , bronze, grès, plâtre. le médiateur du Musée raconte que Debussy, très ami de Camille Claudel possédait un tel groupe.
Une autre salle est dédiée à une oeuvre spectaculaire : Autour de l’âge mur et al dernière à Persée et Gorgoneen marbre réalisé par Pompon, la maladie de Camille lse faisant déjà sentir.
Dernières visites : villages au pied des Albères, vus de loin de la route d’Argelès.
Saint André est un bourg tranquille. Un collège moderne est à l’entrée du village. On suit une rue commerçante. La jolie mairie est sur une place avec une fontaine moderne originale de schistes de montagne imitant le cours d’un torrent. Il a une église réputée et un musée d’art Roman qui n’ouvre qu’à 15 heures. Dans le musée, des moulages en plâtre de chapiteaux romans et quelques sculptures avec des explication. Rien d’exceptionnel si ce n’est un audioguide très bien fait pour visiter l’église au prix très modique d’1€ .
Façade de l’église Saint André
Pour visiter l’église on passe d’abord sous le porche qui était l’entrée de l’ancien monastère
L’église est « pré-romane », église du monastère bénédictin de Saint-André fondé en 823 sur des terres que Louis le Pieux octroya à l’abbé Miro et ses moines qui fuyaient l’Espagne maure. Située sur la Via Domitia et sur la route du Pèlerinage de Compostelle.
L’église primitive fut bâtie tout d’abord en galets roulés en arête de poisson. Elle fut reconstruite au 12ème siècle un appareil de pierres plus petites, et surmontée de moellons soigneusement taillés (remploi de pierres de taille antiques) avec une rangée d’arcatures aveugles lombardes.
Fenêtre avec son encadrement de marbre et les 6 médaillons
Une fenêtre au dessus du porche est encadrée de fine sculptures de marbre blancs ciselés d’entrelacs comme une dentelle (remploi) et décorée de sculptures de marbre 11èmeet 12ème. 6 médaillons ronds portent les symboles des évangélistes : lion ailé de Saint Marc, taureau de St Luc, et des séraphins.
Linteau
Le linteau (1030-1050) représente le Christ en Majesté entouré d’apôtres et d’anges. Deux curieux personnages émergent des murs : les simiots, chimères mi-singes, mi-lions qui terrorisaient le Vallespir autour de l’an mil en sortant des forets. L’abbé Arnulphe rapporta de pèlerinage à Rome les reliques de St Abdon et Sennen qui accomplirent le miracle de faire fuir les simiots. Cette légende est également rapportée à l’abbaye d’Arles-sur-Tech.
Simiot
A l’intérieur, la nef est haute mais sombre, on distingue encore deux fresques. L’autel à lobe est emprunté au monde byzantin. Les ateliers du 9ème au 11ème siècle empruntaient les marbres à la ville romaine de Narbonne.
Santa Maria del Vilar
Au lieu de rentrer par la grande route à 4 voies, nous passons de villages en villages par Saint Genis en direction de Maureillas sur l’ancienne route départementale. Le prieuré Santa Maria del Vilar est indiqué par une flèche qui monte à l’assaut de la montagne. On passe devant de belles maisons pour arriver dans un endroit isolé mais soigné : le prieuré est occupé par des moniales roumaines orthodoxes qui accompagnent les visiteurs dans une visite guidée. des concerts se tiennent également dans la chapelle qui a une très bonne acoustique.
Tout d’abord, la bonne sœur me donne un livret dactylographié racontant l’historique du monastère, et me conduit sur un banc de pierre en face du porche de l’église.
porche roman
Des chanoines augustin arrivés des environs de Figueras fondèrent la première communauté de 1083 à 1535 quand la propriété fut confisqué et le monastère sécularisé. Les moines sont revenus en 1802 pour trouver l’église en ruine, vendue à un cultivateur qui avait installé vaches et chevaux dans l’églises, agneaux dans le cloître et cochon dans la salle carolingienne. En 1942, les agriculteurs abandonnent l’exploitation. Le prieuré fut redécouvert en 1993 par Madame Triadou qui entrepris de le restaurer et de le faire classer aux Monuments Historiques en 2004. En 2005, installation d’une communauté monacale orthodoxe roumaine.
Reste de la chapelle pré-romane
La sœur
nymphéum
vient alors me chercher pour me montrer les éléments architecturaux remarquables : le porche et sur la façade les trous carrés (boulins) trace de l’échafaudage. On voit aussi les fondations d’une très ancienne chapelle pré-romane 7ème siècle : Sainte Eulalie et les restes d’un nymphéumpaïen 1èr siècle avant J.C. Elle montre aussi un paratonnerre rudimentaire et les fresques dans l’église. La salle carolingienne a été entièrement reconstruite mais il ne reste rien de carolingien. dans le cloître est installé un petit musée.
J’ai beaucoup aimé cette balade. Pourquoi ne pas la refaire sous le soleil ? J’ai pris mon bâton, pas tant pour me faciliter la montée qui n’est pas énorme, plutôt pour m’assurer là où le ruisseau a envahi le chemin. Je prête plus attention aux végétaux dans la chênaie, petit hou, salsepareille, ronces au bas de la pente, plutôt bruyères et genêts, plus haut ; Je croise un monsieur d’un certain âge, aux pantalons fendus comme ceux des ados. Il a dû capter mon regard :« je vais aux asperges qui sont dans les ronces, je ne vais pas abîmer un bon pantalon ! » annonce-t-il je lui réponds que j’aimerais bien en trouver mais que je n’ai pas mon couteau. « Pas besoin de couteau pour les asperge, il suffit de les casser ! En revanche, pour les pissenlits il faut un couteau ! ». Je continue la balade en cherchant les asperges que je ne trouve pas.
Toute la journée je vais croiser des gens avec un bouquet d’asperges dans la main. Cela doit vraiment être la saison !
Cap Béar
Port Vendre
A la sortie de Port Vendre en direction de Cerbère, le Cap Béar. Le vent marin a apporté une brume et un éclairage un peu bizarre. Le vent souffle en tempête soulevant des vagues spectaculaires. Les romarins sont couverts de fleurs bleues. C’est le début de la floraison des asphodèles. Je les aime beaucoup mais depuis que j’ai lu qu’elles étaient les prairies blanches des morts de l’Enfer dans l’Odyssée, je les trouve funèbres.
Asphodèles
En dessous du phare, des marches conduisent à l’anse Sainte Catherine, invisible de la route. Je découvre des petites maisons blanches ; on se croirait dans les cyclades. Des agaves aux belle feuilles lancéolées dépassent des épineux et des romarins. Ici aussi c’est la chasse aux asperges. Un sentier mène à un petit promontoire. Pour y arriver, il faut descendre dans les schistes argentés ; je marche avec précautions et agrippe les romarins, au moins il ne pique pas ! A la montée ce sera moins impressionnant, d’ailleurs je trouve un autre passage avec des marches.
Anse Sainte Catherine
Collioure
La mer est tellement agitée que la promenade sous le fort n’est pas possible ; de très grosses vagues viennent s’y briser sur la banquette de ciment.
Les vagues sur Collioure
Au retour, le Canigou semble irréel dans la brume, blanc, spectral. On le devine plus qu’on ne le voit.
Le matin, le temps bien gris avec menace d’averses n’incite pas à la promenade, d’autant plus que le club de Randonnée Vall »Respir d’Amélie-les-bains propose une randonnée au-dessus d’Arles-sur-Tech. Je reste toute la matinée à saisir mes notes à l’ordinateur.
cerisier
Rendez-vous à Amélie-les-Bains sur la Place de la Sardane. Nous sommes 15 et nous répartissons dans trois voitures. Traversant Arles-sur-Tech on passe devant la fabrique des meilleures rousquilles de la région. Un petit faon traverse la route, certain ont cru reconnaître les cornes recourbées d’un isard. Nous dépassons les Gorges de la Fou et empruntons une petite route qui monte jusqu’à un petit parking. Le repère dans le paysage est un énorme rocher qui fait une falaise dans la montagne. Nous allons nous retrouver au-dessus, après avoir grimpé un raidillon qui court en balcon au-dessus de la route à couvert dans la forêt. Puis encore un raidillon, et toujours un sentier en balcon qui monte, monte. Mes compagnons randonnent plusieurs fois par semaine et sont bien entraînés. Tout le monde grimpe avec une apparente facilité alors que je peine mais ne veut rien en dire, je reste dans le groupe de tête de peur de me faire distancer si je reste à la queue. Le groupe est très bien organisé, il y a une organisatrice en queue pour ne perdre personne. Nous arrivons à une minuscule chapelle avec une très belle vue sur toute la vallée.
fleurs bleues
La descente est moins difficile physiquement, mais plus aventureuse. Le sentier du retour n’est pas balisé, les organisatrices cherchent des chemins de chèvres (ou de sanglier). Un arbre barre le sentier, il faut le contourner, on descend au jugé à travers la forêt et atteint une piste qui descend ; J’en ai un peu assez de ces descentes dans les genêts et les ronces et suis bien contente de sentir un bon chemin sous mes pieds ; Mais c’est de courte durée, on retrouve le sentier. A la montée c’est essoufflant mais à la descente il faut être très attentif pour ne pas glisser. Heureusement j’ai mon bâton ! On se retrouve au parking pile à l’heure !
Retour sous le soleil. Les cerisiers sont épanouis, tout blancs. Magnifiques !
Ce haut-lieu touristique des Pyrénées Orientales est signalé depuis la route principale(N116) qu’on quitte en direction de Bouleternère -joli village dominé par une haute église, une tour ronde et des remparts mais nous n’avons pas le temps de nous y arrêter.
A la sortie de Bouleternère, un panneau annonce « Serrabone, 25 minutes ». La route tortille mais elle n’est pas étroite comme les routes de montagne que nous connaissons. La D615 suit le cours du Boulès, petite rivière très encaissée. Brusquement, une tête cornue : une belle chèvre, très familière elle ne s’enfuit pas à mon approche renifle ma main et la lèche. Encore 4 km en lacets pour découvrir le prieuré. Une haute tour carrée en schiste, sobre et austère et isolé dans la montagne. On découvre ensuite les bâtiments conventuels en dessous.
Histoire
Chapiteaux de la galerie extérieure
Le prieuré de Serrabone est attesté à partir de 1069, en 1082 le Vicomte de Conflent permet l’installation d’une communauté monastique suivant la règle de Saint augustin. A partir du 12ème siècle les constructions s’enrichissent d’un cloître, une salle capitulaire et un dortoir. La crise démographique du 14ème siècle, une mauvaise gestion du monastère (un prieur est déposé en 1448 pour « crime énorme ») entrainent le déclin de Serrabone.
La tribuneSerrabonne : la Tribune de l’Eglise
Passée la billetterie, je passe par une galerie en balcon, avec de jolis chapiteaux historiés, avec une vue sur la forêt. L’église est dépouillée, son ornement le plus extraordinaire est une merveilleuse tribune de marbre rose de Conflent. La sculpture est très fine, on voit les symboles représentant les quatre évangélistes : aigle, taureau, lion et homme. Les chapiteaux sont amusants avec des hommes grimaçants, des singes des animaux fantastiques ailés….
personnage
On peut se promener dans les alentours dans les collections botaniques : collection d’oliviers, vigne sur des terrasses minuscules qui semblent suspendues, des plantes aromatiques.
Le retour par la D615 est très agréable dans les Aspres couverts de très hauts chênes. On passe par deux villages : Boule-d’Amont, Oms et Llauro. C’est une promenade tranquille dans la belle lumière du soir.
C’est avec beaucoup d’émotion que nous retournons à Marcevol.
Je me souvenais du lac de Vinça où nous nous sommes baignées. J’avais oublié la présence majestueuse du Canigou qu’on a l’impression de toucher tant il est près. Il me semblait que nous étions au bout du monde. En effet, la petite route s’engage dans des gorges granitiques avec des rochers qui pointent vers le ciel, puis elle passe par des forêts de chênes bas et touffus. Sur le bas-côté poussent le thym et la lavande. Le prieuré n’est pas isolé comme je le croyais, il se trouve à proximité d’un village avec une jolie chapelle qui pointe au-dessus des toits des maisons. Le prieuré n’est donc pas isolé. Des champs d’herbes aromatiques, rangées de thym, de lavande alternent avec la plantation récente d’arbres fruitiers, pêchers ou amandiers, en cette saison on ne distingue pas sur ces jeunes plants. Ces plantations n’existaient pas il y a 38 ans ! Ni les chevaux qui paissent tranquillement dans un pré. En revanche nous arrivons à identifier l’emplacement du camping où nous avions nos tentes, la montée dans la nuit. L’église est ouverte : elle est sombre. Les photos seront loupées. Nous retrouvons nos souvenirs, ici en rond, il y avait des séances de méditation qui nous donnaient des fous-rires.
vieille porte
Le bloc construit regroupe l’église romane. L’appareil de la façade consiste en pierres soigneusement maçonnées, taillées en blocs réguliers, avec quelques cavités. Le porche en marbre rose de Conflent se détache sur la façade. Il est particulièrement soigné. Au-dessus la fenêtre centrale est aussi bordée de marbre rose tandis que deux ouvertures sont à peine visibles. Comme beaucoup d’églises dans la région le clocher est un mur-clocher avec quatre arcades, deux grandes et deux petites ; Le mur-clocher est bizarrement décalé par rapport à l’axe défini par le porche. C’est une reconstruction à la suite du séisme de 1428 qui endommagea aussi les bâtiments conventuels.
Marcevol : porche roman
Nous tournons autour des bâtiments pour voir les autres constructions, malheureusement c’est fermé ( normal puisque c’est un gîte).
Je m’intéresse – tardivement- à l’histoire du prieuré bâti au 12ème siècle par des chanoines de l’Ordre du Saint Sépulchre . Cet ordre fut fondé après la prise de Jérusalem en 1099 par les Croisés et était en charge de veiller sur le tombeau du Christ. Il fut dissous en 1484 par le Pape. En 1129, l’Evêque d’Elne leur fit donation de la Chapelle Nostra Sinyora de les Grades située non loin. En 1484, le prieuré passa sous l’égide des prêtres de Vinça. Les chanoines suivaient la Règle de Saint Augustin. A la Révolution il devient bien national. On dit que la mère d’un Pape serait enterrée au prieuré, morte en route vers Saint Jacques de Compostelle. Le prieuré reste un lieu de pèlerinage le 3 mai.
Depuis les années 70 le prieuré est un lieu hébergeant des groupes, classes vertes. La fondation qui le gère a aussi des actions d’agroécologie et d’agroforesterie, particulièrement autour des plantes à parfum. En effet une balade est annoncée sous forme d’affiches pour le 15 avril pour herboriser les plantes aromatiques. C’est aussi un but de promenade, plusieurs sentiers de randonnées arrivent au pied du prieuré.
Nous pique-niquons sur de gros blocs de granite face à l’église. Il fait très bon. On croit voir fondre les neiges du Canigou.
Dimanche, pas de soins à la cure thermale, nous avons donc une grande journée pour visiter la région ! En plus il fait un temps splendide.
Au lieu de suivre les conseils du GPS et du smartphone qui veulent absolument nous faire passer par l’A9 et la N116 à 4 voies, nous improvisons, à l’ancienne, avec la carte. La D615 qui passe juste derrière le gîte coupe vers Thuir en passant devant l’Ermitage de Saint Ferréol, Llauro et Fourques. Nous connaissons le trajet jusqu’à Llaurodans les chênes dans les montagnes des Aspres.
Et toujours : le Canigou!
En descendant dans la vallée, nous apercevons les éoliennes, elles ont dû drôlement tourner hier ! mais les gens d’ici ne les aiment pas : No pasaran ! Cela m’agace un peu, on ne pas être contre le nucléaire, contre les barrages contre les éoliennes chez soi (chez les autres elles sont très bien).
Terrats
Terrats: le clocher mur dépasse des toits des maisons. On cherche l’église et dépasse le village. La petite ruelle de l’église ne se parcourt qu’à pied tant elle est étroite et j’ai bien du mal à regarder la façade, tant le parvis est petit. Il doit y avoir un céramiste : les plaques de rues sont très colorées et les gouttières émaillées verts.
Tour bouteillée
La coopérative vinicole a de très curieuses cuves, monstrueuses : c’est une Tour Bouteillé qui vinifie la cuvée Terres plates cuvée haut de gamme selon le site du producteur.
On arrive vite à Thuir, où se trouvent les caves Byrr qu’on peut visiter, mais ce n’est pas au programme.
Castelnou
Castelnou
Castelnou est réputé un des « plus beaux villages de France ».
Au parking panoramique, avant l’entrée du village, nous avons le souffle coupé. Au sommet de la colline, un château médiéval avec un donjon, des murs d’enceinte. Les maisons de Castelnou sont blotties sous le château serrées. L’église est à l’écart en bas. Un peu plus loin sur une colline, une tour à signaux ronde. Et au loin, toujours le Canigou !
Malheureusement le château est fermé à la visite. Une fissure l’a rendu dangereux et le propriétaire – le Crédit Agricole – ne veut pas payer la restauration. La marchande de pralines regrette, « il faudrait que le conseil Général rachète le château. C’est quand même du patrimoine ». Je me promène avec grand plaisir dans les rues en pente. Aujourd’hui, jour de Pâques, les commerçants inaugurent la saison et ouvrent leurs boutiques. Une marchande m’offre une figue sèche.
Poterne de Castelou
A côté de la poterne un panneau raconte l’histoire de Castelnou :
990 le comte de Besalu fait construire le château
1003 les propriétaires se disent Vicomtes de Vallespir, en 1067 Vicomtes de Castelno
1255 : prise de Quéribus par les Croisés en lutte contre les Cathares. Quéribus devient forteresse du Roi de France
1314 Castelnou est assiégé. Le Roi d’Aragon fait construire la Porte de Millas.
1473 Castelnou sert de base aux révoltés roussillonnais, partisans du Roi d’Aragon.
1559 Pierrot de Llupia seigneur et brigand est arrêté ce qui entraîne la démolition du château.
1789 A la Révolution le château devient Bien National et propriété de la Commune.
Au19ème siècle, en raison d’impôts trop élevés la commune vend le château ;
1875, le Vicomte de Satges du Conflent, résident en Angleterre fait reconstruire le château qui est à nouveau vendu.