De Porto à Ajaccio : Cargèse et Sagone

CARNET CORSE

La plage au nord de Cargèse

Plaisir de repasser par les calanche de Piana, de revoir les rochers bizarres, les échappées sur le Golfe de Porto. La route d’Ajaccio D81 quitte le littoral, nous ne retrouverons la mer qu’à l’approche de Cargèse. La route traverse une très belle forêt de chênes ; Le long de la route on a planté des eucalyptus aux troncs géants qui s’épluchent en lambeaux verticaux retombant comme des serpentins après une fête.

Le maquis est formé de buissons plus bas, plus sec. On ne voit plus les arbousiers bien verts.

Eucalyptus sur la route

Cargèse est une petite ville dont l’histoire est singulière. En 1676, 600 Grecs, venus de Vitylo,  fuyant l’occupation turque, s’installèrent  à Paomia, un village de l’intérieur. A la suite de conflits avec les bergers corses, Marbeuf fit construite en 1773 120 maisons et deux églises. Dans Colomba de Mérimée que j’ai lu récemment, Miss Nevil, la jeune Anglaise snob, notait que les villages corses étaient bâties sans plan et qu’il fallait aller à Cargèse pour voir une rue que Marbeuf avait construite.

Cargèse : église catholique

Autour de la table d’orientation, en haut du village plusieurs panneaux racontent l’histoire de Cargèse depuis la Préhistoire (plusieurs dolmens et une statue-menhir figurant un visage se trouvent dans les environs). Je descends dans le village qui est bien tel que l’avait décrit Mérimée : des rues parallèles des raidillons qui les recoupent à angle droit. Les maisons ont généralement deux étages et des balcons de fer. Peut être sont celles que Marbeuf a fait construire ? La plupart sont plus récentes. Une petite maison jaune porte une plaque  bilingue corse/grec rappelant qu’ici vivait un prêtre grec. Sur la mairie, une autre plaque célèbre le jumelage Itylo/Cargèse.

rgèse église orthodoxe
Carghèse : églises

Deux églises se font face, chacune sur une petite place perchée séparée par un vallon fleuri de plumbagos, Yuccas, hypomées, lauriers-roses. Elles sont symétriques. L’église catholique est très décorée à l’intérieur avec de nombreuses statues. L’église Grecque fait l’exact pendant, seule l’iconostase et les fresques (modernes) diffèrent.

 

Le port est une petite marina avec de jolis restaurants et des départs pour les excursions à Scandola.

Le soleil a dispersé les nuages, il est bien chaud. Temps de trouver une plage. Juste avant Cargèse, il y avait une grande plage de sable. Nous n’avons pas envie de revenir en arrière. Nous ne trouvons pas l’accès (à pied) à la plage de Menasina, repérée de la marina, celle de Stagnoli ne nous attire pas trop : il y a des rochers, des vagues et des écriteaux signalant que la plage est dangereuse.

Près de Sagone

Nous ne trouvons qu’à Sagone une grande plage de sable blanc proche de la route, des restaurants. Nous nous installons sur le parking du Restaurant Torraccia : beau mobilier blanc, une voile triangulaire qui fait de l’ombre, un filet comme ceux qui camouflent les tanks mais blanc, . Dominique s’installe à une table. On se régalerait bien d’une pizza. Aujourd’hui, mercredi, c’est fermeture hebdomadaire. Après une très longue baignade nous pique-niquons sans vergogne sur les tables blanches.

Une vieille sorcière vient à ma rencontre pendant que je longe le bord en nageant, poussant une frite rose recourbée dans l’eau. Elle mâche du chewing-gum en grimaçant. Elle s’amuse à me faire peur « il y a une méduse » . Comme je ne semble pas effrayée par la prétendue méduse, elle m’avertit qu’il y a un étron flottant à côté de moi. Cela me dégoûte et je sors.

plage

Après Sagone, la route 81 est en travaux. Les nuages envahissent le ciel La route est moins agréable. En regardant vers la mer, nous voyons la merveilleuse plage blanche de Liamone, Ancone et le Golfe de Lava. Nous nous promettons de revenir.

la vue du balcon sur les îles Sanguinaires

Le GPS nous fait tourner dans les zones commerciales d’Ajaccio, l’arrivée paraît interminable. Nous aboutissons dans le parking de la Résidence « Les Crêtes »  au-dessus de la route des Sanguinaires. Mauvaise surprise, nous sommes au second étage sans ascenseur. La vue du balcon est merveilleuse.

 

La plage d’Arone – Porto et sa tour génoise

CARNET CORSE

La Baie de Porto au petit matin

Nous avons attendu une belle journée pour faire l’excursion à la belle plage d’Arone. Pour éviter ‘affluence sur la corniche, nous sommes parties tôt. Les calanches dans la belle lumière du matin sont un enchantement ! Sans chercher à faire des photos, nous profitons des formes fantastiques. Après Piana, c’est l’inconnu. La route D824 dessert les plages. D’un mirador nous avons une vue plongeante sur Ficajola accessible par un raidillon qui descend aux maisons mais pas à la plage, vue sur les crêtes et sur Scandola qui a une magnifique couleur rouge. Nous découvrons le Capo Rosso, éperon de porphyre rouge et la tour Turghiu qui le surmonte. La randonnée à la tour est trop longue (3h30). Un peu plus loin, un café-boutique touristique propose des balades à ânes.

Capo Rosso

Au petit col (404 m), changement de paysage, plus doux, plus vallonné. Le maquis touffu est remplacé par des buissons plus bas, plus épineux et des oliviers. Les hauts pics déchiquetés sont loin.

Deux routes desservent la plage, la première conduit au restaurant Casablanca, passant par un portail imposant, son parking est vaste et ombragé. Un escalier descend à une ravissante plage équipée de lits luxueux avec même des serviette-éponge. Le restaurant est composé de deux parties distinctes : un restaurant très chic aux belles tables, nappes et argenterie, des tables et des bancs de bois pour un « glacier, panini, pizzas ». Le côté panini a l’air fermé. Nous avons revêtu nos plus beaux atours, ce n’est pas pour nous contenter d’un sandwich !

Plage d’Arone – « côté plage »

Deuxième essai : « Le Café de la Plage », même disposition : un restaurant s’ouvre sur la rue, menu dégustation 65€ aucun plat à moins de 25€ ( des entrées froides) inaccessible pour notre porte-monnaie ! Comme chez Casablanca, « côté plage » est une annexe, snack de luxe qui sert des pizzas, seulement le soir. Dans le décor enchanteur, à l’ombre de filets, dans d’agréables fauteuils Dominique commande un verre de vin blanc (belle corolle à moitié vide, 6€40, quand même !

La plage d’Arone est merveilleuse avec son sable blanc très fin, son eau limpide, turquoise comme un lagon, presque sauvage, 3 établissements avec des lits et des parasols, peu nombreux et discrets, un chalet-poste de secours. Un seul voilier amarré, un seul zodiac en action. C’est donc une baignade de rêve. Quelques dames du 3ème âge s’essaient au paddle. A voir les efforts désespérés d’une grande blonde à silhouette sportive, hissée par son mari sur la planche et sa chute quelques minutes plus tard, cela me dissuade définitivement d’essayer. Je préfère nager mes longes traversées entrecoupées par la marche sur le sable fin.

plage d’Arone

Il existe quelques méthodes d’éviter le tourisme de masse sur les plages : autour de Calvi on empêche les voitures d’approcher des plages en installant les parkings tellement loin que les visiteurs, portant glacières et parasols, qui  doivent venir à pied (ou en train) hésitent. A Arone : sélection par l’argent. Aucune buvette, aucune cafétéria ; seulement des établissements de luxe. Les fauchés poseront leur serviette pour une heure et rentreront déjeuner chez eux !

soupe de poisson au Robinson

12h15, nous quittons cet endroit paradisiaque pour un restaurant aux prix plus abordables : le Robinson à Porto sur le port où nous commandons une soupe de poissons. Samedi, quand Dominique attendait le retour de mon bateau le fumet de la soupe de poisson l’avait alléchée. Cette soupe est servie dans une belle soupière blanche, accompagnée de croûtons faits maison et de gousses d’ail à frotter nous-même, de la rouille excellente et du gruyère râpé. Nous pensions terminer par un moelleux aux châtaignes. Après 3 assiettes de soupe nous n’avons vraiment plus faim. Sans attendre le café, je monte à la tour génoise qui domine le port.

La tour Génoise et quelques personnages  

La Tour génoise de Porto

Une exposition historique raconte qu’entre 1510 et 1620 une centaine de tous furent construites, formant une ceinture de surveillance avec tours à signaux. La Sérénissime Gènes avait cédé la gestion de la Corse à l’Office de Saint Gorges.

Le gardien de la tour, le Torregiano était faiblement armé, rarement une pièce d’artillerie, le plus souvent des arquebuses ou mousquets. En plus du rôle de surveillance, il exerçait le contrôle sanitaire du port, était un agent du fisc, prélevait le droit d’ancrage et les taxes de chargement sur l’huile et le vin.

Au 16ème siècle les Barbaresques dominaient la Méditerranée, le Cap Corse était ruiné. L’expédition de 1540 par Gianettino Doria aboutit à la capture de Dragut. Dragut est un personnage récurrent dans mes carnets : j’ai mentionné sa razzia sur Gozo, son échange contre l’île Tabarque en Tunisie (Tabarka), je l’ai retrouvé à Mahdia, à  Djerba (horrible anecdote de pyramide de crânes) dans le siège de Malte où il finit sa vie.

Les pirates barbaresques attaquaient les bateaux razziaient les villages pour emporter les habitants esclaves vendus sur le marché d’Alger. Parallèlement il s’était constitué un commerce florissant du rachat des esclaves.

Sampiero Corso (1498 – 1567) était surnommé « le plus brave des Corses » ; condottière au service de Jean de Médicis, puis de François 1er en 1536, en 1553 il embarque sur els galères d’Henri II à côté de la bannière de Soliman. 1559, par le Traité de Cateau-Cambrésis, la corse est restituée à Gènes. Catherine de Médicis, épouse de Henri II fut la protectrice de Sampiero. Elle plaida en sa faveur alors qu’il avait tué sa femme Vanina 1563, demandant l’abandon de toute sanction pour les hommes ayant combattu sous la bannière du roi de France.

Gènes imposa sa volonté de repeupler la zone littorale et pratiqua une politique de colonisation agraire imposant aux propriétaires de greffer et planter de la vigne et 4 arbres fruitiers et au moins un châtaigner.

Dans le prix du billet est incluse la visite du « musée de la Bruyère » que je ne trouve pas. C’est un petit appentis dans lequel des panneaux racontent l’histoire de la bruyère qui a trahi Jésus alors que les Romains le poursuivaient ou plutôt qui l’a mal caché alors qu’il tentait de se cacher dans son feuillage. La bruyère n’est donc pas la bienvenue dans les maisons corses sauf sous forme de balai ou de pipe ! Musée insignifiant !

Je termine la journée à la plage de Bussaghia.

 

Une famille corse 1200 ans de solitude – Robert Colonna d’Istria

LIRE POUR LA CORSE

La collection Terre Humaine ne m’a jamais déçue. 1200 ans d’histoire corse m’intéressent. J’ai commencé  à le lire à Ajaccio.

Il m’a fallu de la persévérance pour venir à bout de la longue introduction, beaucoup de considérations « île, insularité, solitude » qui s’adressent autant aux membres de la famille Colonna d’Istria dont l’auteur va conter la généalogie et l’histoire qu’au lecteur inconnu qui s’embarque pour une lecture au long cours.

« L’île est facteur d’identité. Pour l’insulaire, l’île est à la fois omphalos et axis mundi, centre et pilier, point de commencement, résumé, concentré du monde, explication de tout »

« deuxième réalité attachée aux îles : il faut en partir »

Pour l’islomane que je suis, cela ne peut que m’intéresser! 

« La vérité sur la Corse? Son âme? Son charme supérieur? Ses secrets les mieux gardés? Tout cela, dit-on, est caché dans les villages »

Seulement voilà, c’est long, très long, et Colonna d’Istria s’appesantit sur l’insularité et sur la notion de famille, la généalogie, longuement, longuement. Une quarantaine de pages avant que l’histoire ne commence.

« Le premier à porter le nom de Colonna a été Ugo en l’an de grâce 818″

« Compagnon de Charlemagne, qui aurait bouté les mahométans hors de l’île« 

Ugo est le fondateur présumé de cette grande et vieille noblesse. Rien ne prouve qu’Ugo ait vraiment existé. Aucune preuve formelle, des arguties discutant la véracité du personnage et peu de faits historiques. Ce moyen âge est décidément bien obscur. Je m’impatiente, et commence un roman qui lui a une histoire, un héros.

« Un paladin, à cheval, se promène sur les crêtes entre la vallée de Taravo – son domaine – et les vallées voisines – territoires de ses rivaux….« six cents ans ont passé, Vicentello est un héros du XIV ème siècle, temps des malheurs : peste, famine, brigandage, piraterie, guerre…Vincentello choisit Aragon plutôt que Gênes ou Pise.

« En 1358 dans le nord de l’île, il y a un grand soulèvement populaire. Les communauté renversent la table et se placent sous l’autorité directe de la commune de Gênes. Une idée qu’elles ont eue….Gênes va y rester 400 ans »

On entre enfin dans la Grande Histoire, pour mon plus grand bonheur. Mais les prétentions aristocratiques de cette famille qui revendique sa noblesse depuis Charlemagne, ont tendance à m’agacer. 

M’ont beaucoup plus intéressée les contestations et les révoltes du XVII ème et XVIII ème siècle causées  par l’impôt payé à Gênes et surtout sa collecte. La justice mal rendue par Gênes. Le récit de la Révolte de la saint Laurent en 1615 contre le pouvoir le rôle de l’Eglise sont racontés en détail et de manière vivante. Les faits ont pour moi plus de charme que les mythes des paladins médiévaux.

 » XVIII ème siècle, finalement, aura été pour la Corse celui des révolutions. Dans l’île, ou après cinq cents ans de présence, Gênes va s’effacer. En France, à laquelle la Corse est incorporée en 1768, où l’Ancien Régime va être balayé par la Révolution de 1789″

Point de départ des révoltes, révoltes anti-fiscales1730. 1755, élection de Pascal Paoli,

Le chapitre archaïsmes  évoque le règne éphémère du roi Théodore, que j’ai lu citer par Colomba de Mérimée. Il raconte la « manière corse d’habiter la Terre et de vivre en société »les codes d’honneur, la vendetta. Il analyse aussi les causes économiques, le système de propriété foncière. Dans ces sociétés agricoles, « l’autoconsommation est la règle, l’autosuffisance, un signe d’aisance ». La modestie de la démographie, expliquerait selon l’auteur l’importance des tombes, « on se sert de tous, les vivants et les morts pour marqer le territoire, et ne pas rester seuls, écrasés par le vide... ». Dans ce chapitre il raconte aussi les légendes, les revenants, les sorciers les mazzeri. Toute cette partie du livre s’intègre parfaitement à la démarche anthropologique de la Collection Terre Humaine.

La deuxième partie du livre traite de la période qui commence avec la fin de la Révolution jusqu’à nos jours. Comme la première, les chapitres sont d’intérêt assez inégaux.

« chez nous, on aime le pouvoir« 

Les relations des membres de sa famille au pouvoir, royaliste avec la recherche de titres de noblesse ronflants, de l’église avec des prélats influents, judiciaires … ces relations donc sont examinés minutieusement, trop minutieusement à mon goût avec des longueurs. Et entre ces recherches généalogiques et parfois fastidieuses des anecdotes sont savoureuses. Des faits historiques, la participation de sa famille (et des corses en général) à la saignée de la Première Guerre mondiale, à l’aventure coloniale et à la Résistance, sont parfois fort intéressants.

Ce gros livre (416 p) est donc une mine de renseignements et mérite qu’on se donne la peine d’y consacrer un temps de lecture, même si je ne me suis pas interdit de lire certaines pages en diagonale.

« 

Le chemin de Guy le facteur, Serriera, plage de Bussaghia

CARNET CORSE

Nous nous sommes levées assez tôt pour que la randonnée du Chemin de Guy le facteur s’effectue dans la fraîcheur et le calme du matin. Un message sur le tableau de bord de la Smart nous inquiète « Vérifiez la pression des pneus ». Après le passage derrière le bungalow dans les ornières et les pierres nous craignons le pire. La station-service est installée sur la D81, non loin de Marina Livia. La dame est gentille, elle vérifie elle-même les pneus, rien d’anormal, tout est OK. Sauf que le message s’est incrusté sur le tableau de bord qu’il faudrait réinitialiser comme un véritable ordinateur.

Nous arrivons à 10h15 au Col de la Croix(Bocca Croce). Du parking il y a une vue panoramique et un panneau que je résume ici :

E TRE SIGNORE

Sur les pitons dominant Foce d’Ortu se trouvait un château qualifié par les génois de « terribilissima et spaventata ». Ghjuvan-paulu di Leca s’y était retranché avec les siens ; Le 29 mars 1489, les Génois prirent le château n’épargnant ni les femmes ni les enfants. Après avoir rasé le château, ils détruisirent les hameaux de la Pieve, interdirent aux populations d’y revenir. Durant deux siècles, seuls les bergers transhumants revinrent sur le littoral devenu inoccupé. Les pillages des Barbaresques vinrent s’ajouter aux causes de désertification.

Plus au loin E TRE SIGNORE est un lieu de légende. On raconte que les femmes préféraient se jeter dans l’abîme plutôt que de s’y rendre. Une autre version nomme la montagne « U capu ai i signori » raconte que tous, hommes, femmes et enfants s’y donnèrent la mort plutôt que de se soumettre. « 

Le chemin du Facteur Guy

 

Pendant 30 ans, Guy apportait le courrier à pied à Girolata petit village de pêcheurs et bergers isolé. Le sentier de randonnée utilise donc un sentier traditionnel facile, bien dégagé, parfois entre des murettes. Une petite fontaine décorée de galets comme nombreuses fontaines corses,  coule ; j’aurais aimé y boire mais un écriteau prévient « eau non potable » . Je marche dans le maquis entre des bruyères arborescentes, des arbousiers et des chênes verts. Encore une fois je suis étonnée de la luxuriance de la végétation. Les arbres procurent une ombre très agréable sur une grande partie du trajet. Seul inconvénient : la vue, les échappées sur le Golfe de Girolata sont rares. Je croise des « vrais randonneurs » lourdement chargés avec hauts sacs à dos et bâtons de marche.

Je n’atteindrai pas Girolata, il est déjà 11h quand j’arrive sur la plage de Tuara occupée uniquement par deux couples et une vache. Un voilier mouille en face. Un garçon et une fille nagent nus. A les voir s’entortiller dans la serviette, j’en conclus que ce ne sont pas des naturistes mais plutôt des randonneurs qui n’ont pas de maillot de bain dans leur chargement. Je m’autorise une baignade d’une demi-heure. Je nage dans un décor splendide, un léger clapot agite l’eau mais rien de gênant pour se baigner.

11h30, il faut remonter, la descente a pris 45 minutes, il faudra 1h pour la montée. Montée facile. Les promeneurs sont nombreux.

12h30 nous faisons un détour par Serriera, commune dont dépend Marina Livia. C’est un village étagé au flanc de la montagne. Les maisons neuves sont dispersées, les anciennes regroupées en face de la minuscule église. Le café fait aussi alimentation. Malgré l’heure de midi bien passée, la porte est ouverte. La patronne quitte le bistro pour me servir. Il y a de tout dans sa boutique, eau et vin mais aussi pain frais et jambon. La dame peut faire des sandwiches pour les randonneurs. Il y a toute l’épicerie de base. J’emporte un cake pour le petit déjeuner afin de ne pas avoir l’estomac vide dans el bateau.

Nous déjeunons d’une salade pommes de terre, thon, anchois, olives. Un classique pour nous. Raffinement : Dominique a trouvé de la coriandre séchée.

baignade

La plage de Bussaghia vue de la route de Porto

Le petit clapot dans l’anse protégée s’est transformé en houle et en vagues. Au milieu de la plage de Bussaghia, impossible se baigner au milieu de la plage en face des restaurants et des parasols. Tout le monde a migré vers le Nord, là où la plage est plus plate et le gravier plus fin. Les vagues sont moins puissantes. J’entends « entrer dans l’eau n’est pas difficile, le plus dur c’est d’en sortir » prononcé par une dame du Jura. A l’arrière des vagues, je nage tranquillement, me laissant ballotter dans les creux et les bosses de la houle. J’envie un homme chaussé de grandes palmes qui coupe droit à travers la surface mouvante alors que je me laisse porter comme un bouchon. Quand je retrouve mes affaires sur la rive, mon paréo est trempé, bouchonné, comme une vieille serpillière

 

Murtoriu – Ballade des Innocents – Marc Biancarelli

LIRE POUR LA CORSE

 

« en langue corse, le mot « murtoriu »revêt le double sens de « glas » et « avis de décès »

Ainsi commence ce livre. Je suis prévenue. Cela ne sera donc pas gai. Après Colomba, Mateo Falcone, de Mérimée et A son Image de Ferrari, mes lectures forment une suite funèbre. Existe-t-il un côté souriant dans la littérature corse?

Et comme prévu, ce n’est pas drôle du tout. Le narrateur, un libraire ayant des velléités d’écriture, ferme sa librairie en saison, quand peut être des vacanciers lui achèteraient des livres. Mais le Libraire se spécialise en poésie et non en guides touristiques. D’ailleurs il méprise les vacanciers, touristes et continentaux en général sans faire de cadeaux aux Corses qui se compromettent dans le tourisme, ou qui pratiquent des extorsions ou ceux qui sont rustres…pratiquement tout le monde. Quand le narrateur parle de sa personne, il est d’une prétention agaçante et sentencieuse. Ce qui n’épargne pas la vulgarité  au lecteur.

Il mêle à ses états d’âmes le récit de braquages et d’extorsion d’un couple de voyous:

« sur ces Terres, il y a une guerre éternelle. Il y a des gens qui assassinent d’autres hommes. C’est de cela que je vais parler. d’une guerre. Totale. Dans chaque recoin du pays. Je ne sais pas où ils ont appris à tuer.  Mais il y a ces visages dans les journaux, presque toutes les semaines »

Ce n’est pas de Vendetta romantique comme dans Mérimée, ni de « libération d’un colonialisme » qu’il s’agit, mais d’assassinat.

Il raconte aussi l’histoire de Marc-Antoine Cianfarani, mobilisé au mois d’août 1914, et de tous ces paysans corses dont les noms figurent sur les monuments aux morts de la Grande Guerre. Cela m’a touchée. Disproportion monstrueuse entre le nombre de morts rapporté à la population actuelle de ces villages complètement dépeuplés. Chaque fois qu’on traverse un village je peux faire cette constatation.

La description de la nature, des parties de chasse et de pêche, de la vie du berger m’ont énormément plu. Surtout le récit minutieux du travail du berger, la fabrication du fromage. C’est ce que j’ai préféré dans le livre.

PS je viens de me relire et je m’aperçois que la fin du billet a disparu! je corrige d’autant plus qu’il s’agit de ce que j’ai préféré dans ce livre.

 

 

Piana calanche et village

CARNET CORSE

calanche de Piana vues de la route

 Histoire de Piana

D’après  le panneau du parking de la Croix :

« Le village de Piana se développe à la fin du 17ème siècle sur un site déserté à la fin du Moyen Âge. C’était autrefois le cœur du territoire de la Pieve di Salognu. L’église pievane dédiée à san Marcellu se trouvait à 2 km de Piana, romane, 12ème siècle complètement ruinée actuellement. La Pieve di Salognu a connu une histoire tourmentée, soumise aux razzias barbaresques sa population s’est repliée dans les hauteurs ; elle a pâti des guerres entre Gènes et les seigneurs de Leca, en 1489 : en 1540 elle fut ravagée par Dragut. Pendant deux siècles les Génois interdirent toute installation pérenne . en 1690, Piana est reconstruite autour d’une maison forte. Son église fut achevée en 1792. Dès le 19ème siècle, ses calanche deviennent une destination touristique prisée »

En raison d’une météo incertaine nous choisissons une promenade terrestre : les calanche de Piana

Samedi, j’ai vu les grottes et les falaises du zodiac. Eblouie par le spectacle de Scandola je n’avais pas été aussi admirative que j’aurais dû. C’est toujours ainsi quand on accumule les visites ; On se blase facilement.

Alors que nous arrivons à Porto, un avion jaune fonce sur nous suivi par deux autres qui rasent la surface de la mer. C’est la sécurité civile. Y-a-t-il un incendie dans la montagne ? Nous ne les reverrons pas.

Chaos granitique

Entre Porto et Piana la route est spectaculaire, une douzaine de virages, et de points de vue à couper le souffle. Les calanche terrestres sont formés par un affleurement granitique de granite rose ou gris sculpté par l’érosion ; ce n’est pas le chaos classique de grosses boules empilées. Les diaclases sont verticales et resserrées. Le granite s’érode en grande plaques débitées en doigt qui pointent vers le ciel. Les écailles superficielles, en pourrissant sont devenues de l’arène granitique meuble qui a laissé des vides et des creux creusant des fenêtres et des formes bizarres. Chacun veut prendre sa photo. Les voitures stationnent chaque fois que c’est possible et souvent gênent le trafic. Embouteillage permanent mais quel spectacle !

Le château fort

La balade du « château fort » commence au pied du rocher de la « Tête du Chien » notée 30 mn. Courte promenade, mais beaucoup plus sportive que je ne l’attendais. Ce n’est pas un beau chemin comme ceux que j’étais habituée à parcourir mais un parcours un peu acrobatique dans le chaos granitique. On monte et on descend, il faut parfois s’aider des mains (merci au petit genévrier qui m’a permis de me hisser). Il y a un monde fou : des jeunes tchèques venus par deux autocars de Prague forment une longue file « bonjour ! Merci » disent-ils quand on les laisse passer. Ils sont bien polis mais ils pourraient songer à s’effacer. En sandales dorées ou en équipement d’alpinistes, ils occupent le site et finissent pas m’agacer. Le « château » n’est pas une construction médiévale mais un gros rocher cubique, aux parois verticales et au sommet plat.

Rocher bizarre

Quand je remonte, l’embouteillage bat son plein. La municipalité de Piana a prévu une circulation alternée que de jeunes fonctionnaires à vélo, habillés de gilets fluos, et équipés de walkie-talkie, font respecter en faisant garer les voitures au passage des cars et camions. « Trois cars vont passer » préviennent-ils.

Le village de Piana

Eglise de Piana

Le village est construit en amphithéâtre à flanc de colline. A l’entrée deux très beaux hôtels, des villas 1900. Plus loin, le village est ramassé autour de l’église de l’Assomption. Ses portes peintes sont originales, gaies, peintes en bleu, décorées d’une rosace en relief. L’intérieur est entièrement peint à fresques en trompe-l’œil, dans une grisaille qui imite le marbre gris avec des médaillons. Le petit village (485 habitants) est très sympathique. Vivant du tourisme, il a su garder la simplicité d’un bourg rural. Coexistent de belles bâtisses de granite et de plus petites maisons au crépi fané. Certaines maisons croulent sous les fleurs : bougainvillées, géranium, dahlias. D’autres sont plus simples. De petites boutiques proposent des produits locaux. Je découvre enfin le brocciu que je cherchais (9€) ? il y a aussi des plats préparés dans des barquettes en aluminium : poivrons et courgettes farcies au brocciu, lasagnes.

 

Nous dégustons les farcis (tièdes) le pâté de sanglier et le brocciu : échantillon des spécialités corses. Pour le soir j’ai acheté chez le boulanger qui passe à Marina Livia (c’est le boulanger de Piana) une bastella : chausson fourré aux blettes et au brocciu,  et un à la courge. Il en existe aussi aux oignons.

 

 

 

 

Gorges de Spelunca – Evisa – forêt d’Aïtone

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Gorges de Spelunca : pont génois  sur le ruisseau

La promenade des gorges de Spelunca débute 2 km après Ota, passés les « deux ponts » et emprunte l’ancien chemin d’Ota à Evisa sur le chemin de randonnée Mare e Monti. L’itinéraire est jalonné de panneaux présentant les animaux et les végétaux. Je suis étonnée de cette flore de milieu humide avec des fougères, sélaginelles, petits cyclamens qui ont fleuri après la pluie, salamandres et lézards. Malheureusement les panneaux sont très dégradés, décolorés ou troués – on a fait des cartons. L’un d’eux décrit les propriétés du buis qui se trouve être en bon état mais je reconnais les dégâts des pyrales ; ces derniers jours nous subissons au gîte une véritable invasion de petits papillons de nuit gris qui ressemblent bien à la pyrale. La promenade dans les gorges est bien plaisante. Le sentier est dallé de granite ; il monte et descend si bien que le dénivelé n’est pas fatigant. A nos pieds coule le ruisseau.

 

La première partie de la balade se termine au pont de Zaglia qui franchit un autre torrent. Ce pont est très arqué en raison des crues violentes. Il a été construit au 18ème siècle. Pont muletier : deux mulets chargés devaient pouvoir s’y croiser. La suite du parcours est conseillée aux randonneurs avertis (650 m de dénivelé – 4 h). Le sentier monte en lacets le long de la paroi. Il a été dallé « à pas d’âne », les marches ont été espacées pour que l’âne monte confortablement.

Pour rejoindre Evisa en voiture nous continuons la D124 ; extrêmement étroite et sinueuse débouchons sur la D84 (route de Corte) toujours aussi tortueuse et occupée par un troupeau de chèvres aux longs poils et belles cornes, les chèvres marchent tranquillement au milieu de la chaussée sans faire d’efforts de s’en écarter malgré le trafic. La plupart des automobilistes sont des touristes ravis de les rencontrer. Personne, ni homme ni bête ne s’impatiente.

les cochons sur la route

Après les chèvres, les cochons sont vautrés sur le bas-côté, de toute taille et de toutes couleurs. Un verrat noir dort, allongé tandis qu’une truie dispute très violemment un de ses porcelets. Comme les chèvres, les cochons sont une attraction ; les touristes descendent de voiture, filment ou photographient. Les cochons ne sont pas farouches. Un petit vient se frotter à mes jambes. Une jeune femelle se couche sur le dos comme un chien qui demande qu’on lui gratte le ventre. Tous les cochons ne sont pas en liberté ; Certains sont enfermés dans un enclos. Tous finiront en charcuterie, en attendant, ils ont la belle vie. Ces élevages de porcs ne sentent pas mauvais comme les élevages industriels. On ne voit ni lisier ni purin.

Une virée dans la campagne

Quand on monte en altitude, les châtaigniers sont plus fréquents. Ils sont déjà chargés de bogues piquantes. Curieusement elles ne sont pas dispersées dans l’arbres mais regroupées sur certaines branches. Le châtaignier est l’arbre emblématique d’Evisa. Au 17ème siècle les Génois incitèrent les Corses à les planter et les greffer ; selon Paoli, le châtaignier est « l’arbre à pain » la production abondante de glands et de châtaignes confère aux porcs une qualité exceptionnelle. Le marron d’Evisa peut être transformé en marron glacé. Nous avons la ferme intention d’en acheter, mais la saison terminée, on ne nous propose que de la « confiture de marron». La farine de châtaigne est récompensée par une AOP « Farina di Corsica ».

Forêt d’Aitone

A la sortie d’Aitone, il y a un sentier d’interprétation de la châtaigne (2h30). J’emprunte le tronçon fléché « piscines naturelles, cascade » sur le GR Mare e Monti tracé sur un chemin de transhumance. En fait de piscines naturelles et de cascades et vasques, un petit filet d’eau s’écoule. Des touristes ont installé des serviettes mais on ne peut guère s’y baigner, tremper les pieds et se rafraîchir !

Châtaignes d’Evisa

La forêt est plantée de pins Laricio, pins maritimes  d’une taille remarquable. M’attendant à trouver une grande cascade je dépasse d’abord l’escalier qui descend au ruisseau et je continue Mare e Monti jusqu’à une passerelle suspendue. En revenant je découvre un ancien moulin à châtaignes sur le bord du chemin.

Pour pique-niquer, nous trouvons un coin parfait sur la route de la maison forestière. Difficile d’évaluer la hauteur des pins ! Même le houx est géant.

Expédition en zodiac la Réserve de Scandola et les calanche de Piana

CARNET CORSE

Scandola

Hier soir, l’hôtesse de « Corse Emotion » a appelé. Je suis la seule inscrite sur le bateau pour Scandola, elle propose, pour le même prix, le tour complet : Scandola et Calanche de Piana. Elle prévient : « ce sera sportif ». Le téléphone me prédit une « légère brise de 13 km/h ».

Bonne pioche ! je suis ravie.

le zodiac au départ : Sarkoscud

Si tous les tours se ressemblent, Corse-Emotion propose des sensations fortes. Je n’y avais pas prêté attention. Le zodiac a pour nom Sarkoscud c’est peut-être un signe !

Le capitaine prévient : « la mer et agitée, si vous avez mal dans le dos, il vaut mieux renoncer. Les places les plus confortables sont à l’arrière »

Les autres passagers sont  canadiens,  retraités sportifs, personne n’avouerait un dos fragile. Dans le zodiac, les sièges ressemblent à des selles de moto. Il faut se tenir à une sorte de guidon. Il est recommandé de ne pas s’asseoir mais de se tenir debout, le dos calé contre le dossier rembourré et d’amortir les chocs en fléchissant les genoux. Pour rejoindre Girolata, Stéphane met pleins gaz. Le zodiac est soulevé puis se ramasse dans les creux en tapant bien fort. Impossible de prendre des photos. Je dois me cramponner à deux mains et cela bouge beaucoup trop pour espérer cadrer une photo !

La tour génoise de Girolata

L’arrivée à Girolata est très jolie. Le fort génois en bon état est à l’avant sur une butte. A l’arrière les petites maisons sont entassées sur la pente. Quand on s’approche, c’est beaucoup moins joli. L’anse est remplie de yachts monstrueux, pas de gracieux voiliers, non ! de monstres au museau de requin agressif. Cette une marina pour « hyper-riches » ôte tout charme et toute authenticité au « village de pêcheurs » qui est un village touristique avec restaurants chics pour les plaisanciers. Parmi les bateaux, la barge grise ravitaille les restaurants. Aucun facteur n’a remplacé Guy. Un seul bateau de pêche vend des langoustines.

Scandola

Encore 5 minutes à grande vitesse, nous atteignons la Réserve de Scandola balisée par des panneaux. Dans la zone périphérique il est permis de mouiller pendant la journée mais pas la nuit. Dans la Réserve Intégrale, il est interdit, de s’arrêter, de pêcher (sauf pour les vieux pêcheurs qui avaient obtenu leur concession avant 1975). Le survol en avion est aussi interdit pour ne pas déranger les oiseaux. Stéphane ralentit enfin le bateau pour commenter les curiosités ; Scandola est une caldeira effondrée d’un volcan de 250 Millions d’années. Les roches rouges sont de la rhyolite, les verdâtres de la dolérite et les noires du basalte. Les faciès volcaniques sont étrangement frais et lisibles. Les poches de gaz ont laissé de grandes cavités. On reconnait les coulées, les orgues rhyolitiques curieusement horizontales, les lahars (coulées de boue où le matériel pyroclastique, les blocs roulés et les galets sont mêlés). D’étranges pitons surgissent de l’eau, la lave semble s’être solidifiée hier dans l’océan.

baiser

Les vagues battent les rochers et offrent un spectacle impressionnant. La Réserve terrestre est également protégée. La silhouette des arbres se détache, torturés comme des bonsaïs. Sur des pitons se trouvent les nids des balbuzards (alfana) gros comme des nids de cigognes. Plus le nid est ancien, plus il est imposant. C’est toujours le même couple qui l’occupe. Le Lithophyllum – algue rouge de la famille des corallinacées, forme un trottoir au contact air/eau. Protégés aussi, les coraux et les herbiers à posidonies.

Premier arrêt dans une grotte où l’eau est très calme et transparente. Des bords pneumatiques du zodiac, on peut observer les poissons. Un mérou nous attend, je le devine plus que je ne le vois. Un banc de poissons bleus passe : des oblades proches des dorades mais immangeables parce que pleins d’arêtes. On peut les passer à la moulinette pour faire de la soupe ou s’en servir comme appât vif pour la pêche.

Stéphane montre les coulées blanches faites par les cascades à la saison humide.

Plus qu’un cours de sciences naturelles, notre capitaine préfère faire appel à notre imagination pour trouver une trompe d’éléphant, un rocher en équilibre incertain qui semble danser, deux rochers séparés par un creux qui ressemblent à deux visages échangeant un baiser. Il agrémente la promenade d’éléments fantastiques.

Nous traversons toute la baie à grande vitesse pour parvenir aux Calanche de Piana en 20 minutes qui passent vite maintenant que nous sommes habitués.

Granite des calanche de Piana

Les calanche sont en granite – rose et gris – 350 Millions d’Années. Failles et diaclase ont donné cette érosion caractéristique : crètes triangulaires, doigts pointés vers le ciel. Le bateau s’immobilise dans la « piscine », un petit cirque entouré de hautes falaises où l’eau est transparente et tranquille. « Voulez-vous vous baigner ? «Nager autour d’un bateau est une expérience plaisante. Il faut auter ou plonger, ce que je ne fais jamais. Je m’assieds sur le boudin et me laisse glisser pour couler, boire une belle tasse avant de remonter. Pour remonter il y a une petite échelle.

Le bateau se faufile dans des passages de failles, des tunnels, des grottes. Par une fenêtre dans la roche on voit les crêtes dans le lointain. La petite plage de Ficajola est surmontée par des cabanes, maisons de pêcheurs ou restaurants ?

Grottes et fenêtres à Piana

Nous avons abandonné notre cabane dans les arbres ; j’aimais beaucoup le voisinage des oiseaux mais Dominique avait vraiment beaucoup de mal à monter le chemin pentu. Houssine nous a réservé un autre bungalow en face du jardin où il reste encore quelques zinnias fleuris et des lauriers roses. En face il y a un beau magnolia.

A la plage de Boussaghia il y a moins de vagues qu’hier. Je recommence les longues traversées qui délassent mon dos des trépidations du bateau. Le ciel s’est couvert mais il fait très doux sur la terrasse.

 

 

 

 

Cross à Giverny

EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSÉE DES IMPRESSIONNISMES DE GIVERNY  jusqu’au 4 novembre 2018

Cross à Giverny

Au  Musée de Giverny , j’ai fait bien des découvertes. Peintres majeurs ou de notoriété moindre mais toujours intéressants et de très bonne facture.

Henri-Edmond Cross (1856-1910)

Cross

Néo-Impressionnisme? Pointillisme? Divisionnisme? Inspiré par Signac ou Seurat, Cross découvre la lumière du midi au Lavandou et peint avec des couleurs vives, gaies par petites touches contrastées. Ses tableaux sont très construits. Après de nombreuses études, il peint des oeuvres très construites en atelier (on devine parfois les carreaux)

Cross

Ses aquarelles sont aussi très intéressantes, surtout quand il utilise un procédé original en couvrant le fond de tortillons en zigzag d’une teint soutenue laissant des vides pour que le blanc du fond éclaire l’eau ou le ciel. Pas de couleurs diluées, des points et des spirales qui donnent de l’intensité à l’aquarelle.

Cross : chèvres

J’ai aussi beaucoup aimé ces chèvres.

Bien que Cross soit peu connu du grand public, mais reconnu par ses pairs, il se trouve à la charnière de l’art moderne, des fauves, de Matisse…

Promenade à Ota, la marina de Porto et la plage de Bussaghia

CARNET CORSE

Ota sous les nuages

Météo du téléphone  : 80% de probabilité de pluie.

Le ciel est gris, bas, il reste quelques gouttes sur les feuilles des arbousiers. Le sol est sec. Pluie minimale mais chute de la température. Nous ne nous pressons pas de nous lever.

marina livia notre balcon dans les arbousiers

La promenade de la Passerelle de Pinello est un itinéraire facile (1h30 AR – 200 m de dénivelé). Départ du sentier à Ota, sur la D124 à l’entrée du village au Bar des Chasseurs. Un escalier descend à la base du village. Une croix, un appentis en bois, je trouve facilement le sentier dallé, ses grosses marches de granite entre deux murettes recouvertes de lichens et de mousses. Etrangement, avec l’abondance de fougères et de mousse on ne se croirait pas dans un pays méditerranéen sec, plutôt dans une jungle humide. Les figuiers de barbarie portant de nombreux fruits orangés me rappellent à la géographie ; deux gros plants sont écroulés que je contourne en évitant de frôler les raquettes piquantes. C’est le seul obstacle sur le sentier qui descend en lacets serrés dans les oliveraies. Un passage en balcon me permet d’admirer les montagnes dont les sommets sont pris dans les nuages. L’avantage de la couverture nuageuse, c’est qu’il ne fait pas chaud !

maquis : exubérant!

Je découvre des ruines (les moulins annoncés ?), puis un vieux pont de pierre dont l’arche est brisée. Je franchis une passerelle. Sur ce versant les arbres sont plus hauts, plus touffus. Les troncs des châtaigniers sont impressionnants mais nombreuses branches sont desséchées. Sont-ils malades ou simplement très vieux ? Une piste en faux plat conduit à la route de Corte (D84). Des aboiements m’inquiètent : toute une meute de chiens de chasse salue mon passage. Ils sont attachés et ne sont pas agressifs. Ils gueulent pour le plaisir. Avant la route il y a encore un petit pont de pierre.

Le retour se fait par le même chemin. Le soleil a dispersé les nuages. En montée je transpire tant qu’il me semble que j’attire les mouches.

Sur la route en corniche à la sortie de Porto; Au premier plan hellébore arborescente

Nous retournons à la marina de Porto : des hôtels, des restaurants, rien d’autre (si ! un bureau de Poste). Je réserve une excursion pour Scandola samedi matin, vendredi la météo annonce du vent ?

Nous rentrons juste à temps pour échapper à une belle averse et déjeunons à l’abri de l’auvent sur le balcon.

Comme le soleil est revenu je vais à pied à la plage de Bussaghia me baigner. C’est une grande plage de petits galets multicolores. L’eau est bleu profond, presque bleu nuit. La surface fait miroir reflétant les rochers rouges des falaises.