Têtes de Maures – Didier Daeninckx

LIRE POUR LA CORSE

Un polar corse au retour d’Ajaccio!

Lecture parfaite pour rester au bord de la mer, à Porticcio où je me suis baignée, dans les villages de l’intérieur. Je me fais des films avec des images récentes.

Melvin Dahmani doit quitter Paris, se faire oublier. A la suite d’embrouilles et d’escroqueries, il reçoit une convocation au commissariat.En même temps, un curieux faire-part de décès d’un amour de vacances ancien, lui parvient, il décide de partir pour Ajaccio et d’assister aux funérailles.

Au cimetière, après l’enterrement,  il est victime d’une balle perdue. Lysia s’est-elle suicidée? Dans quelle affaire s’est-il embarqué? Un cahier caché par Lysia fait référence à des histoires anciennes remontant au décès de deux petites filles en 1931. Le livre est rythmé par des brèves de Corse-matin datées de juin 2012, faisant état de nombreuses fusillades, d’accidents suspects, exécutions, plasticages….climat de violence!

Melvin Dahmani cherche à élucider le mystère de la mort de Lysia . Il rencontre sa famille, des témoins, un peintre sympathique et bien bavard pour un Corse, une séduisante journaliste….. Il mène un curieux « tourisme funéraire » .

Mais je ne vais pas spoiler!  C’est un peu rocambolesque, un peu compliqué! A vous de le lire!

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.

Sentier des douaniers jusqu’au Petit Capo – Grand Capo – Golfe de Liscia

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D’après le Guide Evasion 2h30 jusqu’au Grand Capo AR 7km.

Comme une petite route rejoint le Petit Capo nous nous y donnons rendez-vous. La balade est facile, pas de marquage mais un seul sentier, le plus souvent une entaille dans les lentisques ou les buissons couverts de salsepareille. Un petit sommet fait de l’ombre sur le chemin le matin. Les joggers et des cyclistes sont nombreux le dimanche. Quelques cabanons sont construits sur le Petit Capo. La plage n’est pas très belle, ce n’est pas l’heure pour la baignade et la paillote a déjà tout vidé pour la fermeture annuelle.

sur le chemin vers Petit Capo

Nous reprenons la voiture pour Grand Capo par Pisinale sur le goudron et ensuite sur de grandes pistes qui vont aux paillotes. Chaque paillote a son grand parking ; à 11h ils sont déjà complets. C’est un spot de surf, il y a de belles vagues ce matin, impossible de se baigner.

beaucoup de vagues aujourd’hui

Nous décidons de chercher une autre plage et un joli restaurant. La petite route vers Saint Antoine traverse un vallon herbu avec des vaches et des balles de foin emballées dans du plastique ; elle gravit ensuite une montagne escarpée et nous nous retrouvons à l’arrière d’Ajaccio. D’après la carte, j’aurais aimé trouver la D61 pour Alata qui passe au pied du château et qui relie le Golfe de Lava. Une fois arrivées au pied des immeubles d’Ajaccio, impossible de naviguer à la carte. Le GPS prend le relai et nous ramène sur les grands axes dans les carrefours de la rocade entre les grandes surfaces commerciales et autres horreurs urbanistiques.   Nous quittons Ajaccio sur la route de Cargèse (D81) qui s’élève jusqu’au col de San Bastiano après une montée interminable et d’une descente aussi interminable.

La petite route marquée Ancone et Pevani longe la longue plage d’Orcino bloquée par les installations du Club Marmara puis ouverte un peu plus loin. Sur la plage deux restaurants : le Malibu mieux situé, aïoli au menu, mais accueil très moyen, Les Tamaris en retrait de l’autre côté de la route, pizzas moules et poissons.

Je joue un peu avec les vagues, pas très rassurée. Derrière les crêtes des vagues je peux nager confortablement. Nous commandons deux pizzas, gigantesques et délicieuses. Les serveurs sont charmants. Comme nous sommes bien incapable de terminer les pizzas, la serveuse apporte une boite en carton et emballe les restes. Dîner assuré !

Deuxième baignade, moins de vagues et surtout plus de baigneurs y compris de très jeunes enfants qui me rassurent. Je prends beaucoup de plaisir.

Porticcio, l’Isolella, Coti-Chiavari, Capo di Muro

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punta di sette nave

excursion  du sud du Golfe d’Ajaccio.

Il faut traverser la ville sur le bord de la mer puis se diriger vers l’aéroport et longer les pistes, on arrive ensuite à Porticcio. La plage d’Agosta nous a tenté pour une longue baignade face à l’hôtel Radisson. Eau tiède pour ce premier jour d’automne, j’ai le plaisir de nager avec deux ou trois gros poissons que j’observe sans masque ni tuba.

Nous faisons le tour de la presqu’île de l’Isolella à la recherche du sentier qui mène à la Tour génoise. Cette presqu’île est pittoresque mais beaucoup construite. Il faut guetter les échappées entre murs et haies qui cachent la mer. Par hasard, nous arrivons à la Punta di Sette Nave où des rochers granitiques sont – d’après une légende – sept navires envahisseurs pétrifiés. Des canoës et kayaks se faufilent entre les rochers d’un véritable chaos qui ferait penser à la Bretagne ou à la Sardaigne. Un gros zodiac libère des plongeurs en combinaison. Je découvre des criques minuscules puis monte à la tour en très (trop) bon état.

Tour génoise de l’Isolella

En quête de pique-nique, nous allons au « marché corse » de Pietrosella où le charcutier nous découpe un assortiment de charcuteries, jambon, coppa, saucisson avec du fromage de brebis vraiment très, très fait, même très fort.

Où pique-niquer ?

La plage d’Argent est vraiment très belle avec son sable blanc. Des panneaux préviennent que des « vaches sauvages » peuvent y divaguer et qu’il ne faut pas les approcher.

Eucalyptus

Nous préférons nous enfoncer dans la forêt de Coti-Chiaravani sur les flancs de la montagne. Sur les bords de la route, les eucalyptus ont des troncs d’un diamètre impressionnant, qui s’épluchent en rubans qui pendouillent comme des serpentins d’une saint sylvestre passée…Leurs branches ont une envergure extraordinaire. Ils parfument l’air.

Pénitencier de Coti-Chiavari

Nous nous installons en face du pénitencier de Coti Chiavari , pénitencier agricole construit sous Napoléon III à la place de l’établissement construit du temps de Gènes. Les bâtiments rénovés (hangars à foin) sont impressionnants, les constructions annexes sont plus énigmatiques comme ce haut campanile ou une construction ovale (une citerne ? un magasin ?) Le Guide Evasion fait état d’une mortalité inouïe parmi les prisonniers (110 en un an sur une population carcérale de 500), en raison du paludisme et du travail très dur.

Penitencier bâtiment énigmatique

La route qui monte en lacets serres passe dans une forêt dense de chênes lièges (exploités pour le liège). Les 5 km indiqués sur la care paraissent interminables.

Le petit village de Coti-Chiavari (581m altitude) a construit une belle terrasse face au Golfe d’Ajaccio. Un peu plus loin, perchée sur la colline, la petite église a un clocher de granite.

église de Coti-Chiavari

Nous poursuivons la route jusqu’au Capo di Moru qui ferme le Golfe d’Ajaccio et qui porte encore une tour génoise. Le vent s’est levé, les vagues battent les rochers. J’aurais aimé me baigner à la Plage des sables d’Argent . Impossible de nager, seuls les surfeurs sont à la fête. Je m’amuse un moment debout contre les vagues puis renonce.

Pascal Paoli – Antoine-Marie Graziani

LIRE POUR LA CORSE

buste de Paoli à l’Île-Rousse

Dès qu’on débarque en Corse, deux personnages sont « incontournables » (je déteste ce mot mais il convient ici) : Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte. J’ai cherché un livre d’histoire sur Paoli et celui d’Antoine-Marie Graziani existe en format numérique ce qui est bien pratique pour la voyageuse.

C’est un ouvrage sérieux, très (trop?) détaillé. J’ai parfois peiné dans la lecture de tous les détails de querelles entre des personnages dont je n’avais jamais entendu parler et que je ne rencontrerai sans doute plus.

J’ai beaucoup apprécié le rappel d’Histoire des Idées Politiques de Tite-Live à Machiavel, de Montesquieu à Rousseau. Paoli est un politique, un général, mais surtout un personnage des Lumières. Son action s’inscrit, avant la Révolution Française et même avant l’Indépendance américaine, dans la mouvance des Encyclopédistes. Ce n’est pas un hasard s’il a commandé une Constitution à Jean-Jacques Rousseau. En revanche, Voltaire endosse un mauvais rôle en caressant Choiseul dans sa lutte contre les paolistes!

Histoire de la corse et équilibres géopolitiques : 

Depuis le Moyen-Âge, la Corse est une île trop petite pour être vraiment indépendante. Elle s’est trouvée sous la protection de Pise, puis depuis le 13 ème siècle de Gênes. La gestion de la République de Gênes fut pendant des siècles calamiteuse. Depuis 1729,  des révolutions contre Gênes se sont succédé à la suite du prélèvement inique des impôts. Gênes a fait appel à l’empereur Charles VI, et envoie des mercenaires allemands en 1731.

En 1736 « un roi de carnaval« , Théodore de Neuhoff débarque d’un tout petit bâtiment, et se fait sacrer Roi de Corse. Son règne éphémère mis en scène par Voltaire dans Candide au Carnaval de Venise.

 

Gênes se retourne ensuite vers le roi de France et signe un accord secret en 1737. En 1738, un corps expéditionnaire français débarque à Bastia.  De leur côté, les Corses et Paoli cherchent la protection d’abord du Saint Siège et même de Malte, se tournent un moment vers l’Espagne. Il faut se rappeler que l’Italie est encore une mosaïque avec des équilibres subtils entre la Papauté, l’Espagne, l’Autriche et les Bourbons de Sardaigne.

L’Angleterre entre aussi dans les alliances. En 1743 sa flotte attaque Bastia.

Les luttes des Corses contre l’occupation génoise dure des décennies

« Cette représentation des Corses comme les héritiers des vertus classiques, et les défenseurs d’une cause juste, sera reprise par Jean-Jacques Rousseau, et les esprits libéraux et éclairés d’Europe jusqu’en 1768″

 Paoli :

Exilé à Naples avec son père,   il a servi  dans le régiment Corsica du Roi de Naples. Il étudie à Naples, lit Montesquieu, s’intéresse à la franc- maçonnerie. En 1755, il rentre sur son île.

Je me suis un peu perdue dans les événements décrits avec minutie par Graziani qui n’épargne aucune intrigue entre les protagonistes corses et les rivalités des familles et qui mêle au récit du retour de Paoli une analyse de ses idées politiques. Paoli arrive en Corse porteur d’un projet solide pour la constitution d’un Etat. en Aout 1755 il écrit :

« Ce peuple au cours d’une assemblée générale unie juridiquement, a décidé de m’obliger à abandonner mon service pour que je gouverne, il m’a concédé plus d’autorité que n’en aurait voulu avoir aucun roi de Corse parce que le décret n’a aucune limitation »

Le préambule de la constitution corse de 1755 évoque celui de la future Déclaration d’indépendance américaine : « la Diète générale représentant le peuple de Corse – seul habilité à décider légitimement de ses destinées – convoquée selon les formes dans la cité de Corte par le général.... »

« En 1764, il parlera à Salvini d’un grand projet constitutionnel et s’il présentera à Symonds quatre réformes qu’il veut voir instituer dans son île : abolition de la torture, la nomination à vie des juges de la Rota civile, l’introduction des procédures anglaises du cautionnement et du système du jury »

Le pays est divisé, Pascal Paoli doit lutter contre des factions. On assiste à une véritable « guerre civile » ou une « vendetta » à grande échelle. Paoli fut confronté à la pauvreté de la communauté insulaire et n’était pas toujours à même de payer ses soldats. Les réalisations de Paoli sont impressionnantes, entre autres la création d’une université, d’une marine, y compris pour la course, développement du port de l’Île Rousse et même l’introduction de la pomme de terre…

Là, je décroche un peu dans la lecture…les dissidences corses, les différentes consulte m’embrouillent. Les relations avec le Saint Siège sont également compliquées. Il faut être plus au fait de l’histoire corse pour suivre sans difficultés.

Un anglais, Boswell, introduit justement auprès de Paoli, en 1765, après une visite chez Rousseau se fera le chantre de cette lutte et de son champion Paoli.

Par le Traité de Versailles, le 15 mai 1768, Gênes cède la Corse à la France à la condition très révélatrice : « que jamais la Corse ne puisse devenir souveraine et indépendante ni posséder aucune place ou établissement maritime, ni être en état de causer préjudice à la navigation ».

J’ai eu du mal à comprendre la véritable nature des relations de Paoli avec Marbeuf et Choiseul et de suivre les batailles de Borgo et à Ponte Novu; encore plus les division des Corses entre « parti français » et paolistes.

Après la défaite de Ponte Novu (1769), c’est l’exil de Paoli et de ses partisans, par l’Italie et jusqu’en Angleterre où Paoli reste 22 ans, accueilli comme le « Thémistocle de notre siècle ». 

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Paoli ne sera rappelé  en Corse qu’après la Révolution de 1789. Les rapports entre Paoli et les révolutionnaires sont aussi compliqués. Cette histoire est passionnante. Au début, les rapports sont bons « Le mentor de Paoli à Paris est La Fayette[…]belle image sans doute que de voir le héros de la liberté corse aux côté du héros français de l’indépendance américaine! »

Paoli sait qu’on l’a fait venir en Corse pour rétablir l’ordre. Au début il est accueilli par un immense succès.Il est ensuite fragilisé par les divisions des Corses puis la situation politique se brouille, les « intriguants » envoient des doléances à la Convention fin 1792. Une expédition en Sardaigne est une catastrophe qui contribue à pourrir la situation. L’arrivée de volontaires « Marseillais » à Ajaccio  en 1793« anarchistes semant la terreur » provoque une presque guerre civile. La calomnie atteint Paoli qu’on soupçonne de prendre le parti de l’Angleterre, même de vouloir se faire roi. On cherche à le piéger en l’attirant en métropole. Lucien Bonaparte, lui-même dénonce Paoli à Toulon, « Paoli est la victime des affrontements entre Montagnards et Girondins’.

Tandis que les royalistes corses prennent contact avec l’Angleterre, Paoli reste d’abord fidèle aux républicains mais quand Paoli se trouve « hors la loi », « traître à la République française » il fait sécession, récupère ses couleurs et se considère sous la protection de la Grande Bretagne.

la Corse en 1793 est redevenue indépendante.  en 1794, les anglais débarquent . Devant Calvi l’amiral Nelson perd son oeil gauche.

A nouveau l’exil…Paoli termine sa vie en Angleterre…

Malgré des longueurs et des passages embrouillés pour la non-spécialiste que je suis, j’ai été passionnée par l’étude de l’Histoire des idées politiques, et les rapports entre Paoli et la Révolution de 1789.

 

 

 

 

 

 

La chasse de nuit – Marie Ferranti

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incipit :

« Le premier soir de pleine lune, au printemps, nous chassons la nuit en meute. Une fois l’an, nous nous retrouvons, hommes femmes et chiens sous le grand chêne blanc, près de la rivière. L’eau est la demeure des esprits. Celle des morts qui n’ont pas encore expié leurs fautes et se cachent dans les eaux vives. »

La chasse de nuit est celle du mazzeru.

Le mazzeru est le « chasseur d’âmes« , celui qui chasse de nuit les animaux avec son gourdin et qui lit dans les yeux de ses proies le destin de ceux qui vont mourir. Chasse-t-il éveillé ou somnambule? Une sorte de sorcier qui a reçu le don de divination.

« Avant de commencer la battue, je ramasse un peu de terre, m’en frotte les paumes, en respire l’odeur. Je n’ai ni fusil ni poignard. Mes seules armes sont un bâton, la mazza, taillée dans un sarment de vigne, et mes dents; Je deviens l’animal. Je suis le mazzeru, celui qui frappe et annonce la mort »

Roman fantastique donc. Roman d’un village corse avec des familles ennemies. Roman de paysans, de chasses. Le narrateur est fils de notable, qui vit sobrement de ses rentes. Quand il doit annoncer la mort de Petru, le médecin, d’une famille concurrente, Lisa, la femme de Petru se rebelle contre le sort et vient trouver le mazzeru

« vous êtes le diable » dit Lisa

A ces mots , je ne sais ce qu’il advint, le sol se déroba sous moi et je tombai sans connaissance… »

Cela commençait donc très bien, fantastique, tragédie, traditions rurales. Mais les séductions bien terrestres, les rapports amoureux ou tout simplement sexuels s’en mêlent et brouillent le récit. Le sorcier est envoûté par la femme interdite, il couche avec la servante, vit avec une troisième. C’est un peu trop pour moi. Tout se mêle, jalousies, désir, sorcellerie….J’ai du mal à suivre. Quel indécis! cet homme qui se laisse aller à ses rêves et ne sait pas choisir. Il m’agace. En revanche, j’ai beaucoup aimé  le personnage d’Agnès, ancienne sorcière qui connaît les remèdes, qui chasse le mauvais oeil.

Cette chasse de nuit fascine et  agace mais je laisse pas indifférent. Je me suis laissé prendre et ne l’ai pas lâché.

 

Iles Sanguinaires

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Les îles Sanguinaires

17€ –  L’excursion dure une heure sur un confortable bateau hybride vert-blanc et bleu qui utilise son moteur thermique au départ (discret, aucune odeur).  En face de la grande île Mezzu Mare, il semble s’immobiliser et vogue dans le silence total d’un véhicule électrique. Maintenant il n’y a plus aucune activité en dehors du phare qui est un des plus puissants de Méditerranée mais automatisé et fonctionnant à l’énergie solaire. Autrefois, il y avait également un sémaphore d’où la Marine Nationale contrôlait le trafic des bateaux dans le golfe d’Ajaccio. Ce contrôle a été transféré à terre. La Marine compte aménager le bâtiment de l’île pour accueillir des classes vertes et des animations pédagogiques sur la flore et la faune de l’île. Les pêcheurs de corail revenant d’Afrique étaient mis en quarantaine dans un lazaret dont il reste des morceaux de murs.

Mezu mare

Certains malades du lazaret étaient saignés. Le sang rejeté en mer coagulait formant des plaques noirs les« sangui neri » qui ont donné le nom aux îles. Contrairement à ce qu’on pense à priori, elles n’ont causé aucun naufrage terrible, elles ne prennent pas la couleur du sang (rouge) au coucher du soleil comme le prétendent certains guides touristiques, elles sont noires. Autre étymologie possible : elles sont notées sur une carte ancienne comme Sagonaires (de Sagone qui était le siège de l’évêché, donc ville importante).

murs du lazaret

Une petite tour carrée : castelluccio était une tour défensive pour protéger l’ile des attaque d’artillerie tandis que les tours à signaux génoises rondes étaient vulnérables aux boulets de canon.

Trois autres îles beaucoup plus petites dans l’archipel servent de refuge aux cormorans. L’isoletta di Porri (îlot des poireaux) rappelle que des pêcheurs contrains d’y attendre les secours pendant une tempête y subsistèrent une semaine en suçant les tiges des poireaux sauvages (qui ressemblent à de l’ail).

La Parata : Tour génoise

Deux itinéraires permettent de faire le tour de la Pointe de Parata : la première par un cheminement facile (piste cyclable et piétonne) va jusqu’à la brasserie/magasin de souvenirs  puis passe à la base de la Tour Génoise de Parata très bien restaurée qui possède encore son dispositif de télégraphe. La presqu’ile ressemble à s’y méprendre à l’île de Mezzu Mare, elle est reliée à la corse par une fine bande de terre.

plantes du maquis

Le sentier est balisé avec des panneaux botaniques présentant les plantes du maquis. Je mets un nom sur cet épineux sec en été énigmatique : le Calicotome velu, Lentisque pistachier, salsepareille ont aussi leur présentation. Un petit sentier escarpé lait le tour de péninsule du côté de la mer. C’est une promenade tranquille. Derrière la brasserie ce chemin continue taillé dans les lentisques pistachiers qui poussent serrés. Une heure plus tard je suis de retour à la Maison du Site.

Déjeuner sur la plage

A midi nous trouvons une charmante plage au pied de la paillote « le Goéland », restaurant nous prenons place à l’écart à l’ombre d’un mûrier. J’en profite pour aller me baigner avant le déjeuner.

Sable blanc, eau turquoise très tranquille ; Je nage de bouées en bouées m’étonnant de la douceur à la fin septembre. Service très attentif et prix raisonnable 13.90€ pour le plat du jour : dos de cabillaud servi avec une purée de carottes, une sauce fine citron et du riz. Dominique prend des moules farcies délicieuses.

Après le repas je retourne me baigner. Des jeunes jouent au foot tennis pieds nus.

Je termine par un café gourmand après de longues baignades.

L’auberge Rouge – Balzac

LECTURE COMMUNE

 

t »En ce moment les convives se trouvaient dans cette heureuse disposition de paresse et de silence où nous met un repas exquis, quand nous avons trop présumé de notre puissance digestive. Le dos appuyé sur sa chaise, le poignet légèrement soutenu par le bord de laable, chaque convive jouait indolemment avec la lame dorée de son couteau. Quand un dîner arrive à ce moment de déclin, certaines gens tourmentent le pépin d’une poire ; d’autres roulent une mie de pain entre le pouce et l’index ; les amoureux tracent des lettres informe avec les débris des fruits : les avares comptent leurs noyaux et les rangent sur leur assiette comme un dramaturge dispose ses comparses au fond d’un théâtre… »

Balzac nous régale quand il s’agit de repas partagés, jusqu’à plus faim ou plus soif, quand les langues se délient et que les convives racontent, se livrent, ne se protègent plus derrière le masque de la civilité, et se trouvent vulnérables.

Trois chapitres dans cette courte nouvelle (33 pages). Le premier commence autour d’une table dans un déjeuner qu’on imagine mondain, l’un des dîneurs, un Allemand,  raconte une anecdote étrange : une histoire qui s’est déroulée quand les troupes napoléoniennes occupaient une province allemande.

Le second chapitre, se passe dans l’Auberge rouge. Deux carabins vont rejoindre leur régiment. Sympathiques, les  amis d’enfance s’arrêtent à l’auberge.  Ils y font connaissance avec un industriel qui leur fait des confidences….(je ne veux pas spoiler). L’anecdote vire au fantastique. Je n’imaginais pas Balzac dans ce registre.

Nous retrouvons les dîneurs dans le troisième chapitre et l’Allemand, mais la nouvelle prend une nouvelle direction : un dilemme moral, concernant les biens mal acquis. Est-il juste d’épouser la fille d’un homme dont la richesse provient d’une origine douteuse? La fin très moralisatrice m’a un peu agacée. Si la jeune fille est admirable, doit-elle être responsable des agissements de son père?

33 pages seulement, avec une telle densité qu’on termine la nouvelle avec l’impression d’avoir lu un long roman! Bravo Balzac!

Je me réjouis des lectures communes et j’ai hâte de lire les billets de Claudialucia et Maggie

Ajaccio

CARNET CORSE

Ajaccio
Ajaccio

Premières découvertes autour de la Résidence des Crêtes. Nous allons jusqu’au bout de la route à La Parata pour nous renseigner sur l’excursion aux îles Sanguinaires. Nous pensions y passer la journée. On nous dissuade : sur la grande île Mezzu Mare, il n’y a rien, pas une buvette, même pas un banc, ni de l’ombre ; si je veux faire la promenade au Sémaphore Dominique attendra en plein soleil une bonne heure jusqu’à l’arrivée du bateau suivant.

Dans la belle Maison du Grand Site on trouve des dépliants des promenades à la Pointe de la Parata. Une navette électrique conduit gratuitement les personnes mal-marchantes au restaurant.

Ajaccio : CasinoDominique me dépose à Ajaccio sur la Place Miot, non loin de la Grande Roue. Je marche le long de la mer sur le Boulevard Rossini, belle corniche bordée de hauts palmiers et de maisons décorées de stucs et frises.

Oscar Rabine – Tatiana Polischuk

A côté du casino jaunes relevé de guirlandes blanches, se trouve L’Espace Diamant, de construction moderne sans charme mais hébergeant une exposition temporaire de Oscar Rabine et Tatiana Lysak-Polischuk « Sur les chemins de la Liberté ». Oscar Rabine a eu deux carrières.

Oscar Rabine (période soviétique)

La première en URSS avec une seule et unique exposition des peintres non conformistes écrasée par des bulldozers, la seconde après 1978, après son voyage à Paris, il se trouva privé de passeport et de sa nationalité soviétique. Les tableaux peints en URSS ont une dominant très sombre, les thèmes récurrents : vodka et harengs. Pendant s période parisienne sa peinture devient plus lyrique avec du champagne. Je ne suis pas sûre d’apprécier ces tableaux très empâtés (un peu comme Soutine) très sombres.

Oscar Rabine (période parisienne)

En sortant de l’exposition dans la pénombre, sur le front de mer je suis éblouie, étonnée de la transparence de l’eau, de la blancheur de la plage, en pleine ville. Un gros bateau de croisière est arrivé, il est monstrueux.

Ajaccio

La citadelle ne se visite pas – terrain militaire.

Cathédrale d’Ajaccio

La Cathédrale est un peu en retrait. Cathédrale baroque terminée en 1597, peinte en trompe-l’œil. Le décor est 19ème . Par chance un groupe visite avec un conférencier et je glane discrètement quelques explications. Il insiste sur l’autel et le tableau « offert » par Elisa Bonaparte, provenant de Lucques (c’est-à-dire razzié comme les Bonaparte en étaient coutumiers).

chœur cathédrale Ajaccio
chœur cathédrale Ajaccio

Ce tableau sombre ne m’intéresse pas spécialement. Devant la chapelle de l’Immaculée Conception, le guide insiste sur la relation de la Corse à la Vierge. Toute tentative nationale est sous l’égide de la Vierge, le blanc du drapeau corse fati référence à l’immaculée conception, l’hymne corse Salve Regina…Puis il montre le baptistère où Napoléon a été baptisé. Partout à Ajaccio, on troue prétexte pour évoquer Napoléon ?

Maison des Bonaparte

 

A une très courte distance de là je me retrouve devant la maison natale de Napoléon. Cette Maison Bonaparte occupe un bloc entre deux rues. Presque un siècle pour que la Casa Bozzi devienne Casa Bonaparte. Pour qu’un bien immobilier reste dans une famille il fallait faire des contreparties aux filles mariées et faire entrer dans les ordres les garçons. La maison a été redécorée par Napoléon III, les peintures murales ont été redécouvertes en 2003.

chambre de l’alcove

De nombreux documents historiques sont présentés comme cette lettre de Charles Bonaparte (père de Napoléon) à Paoli.

pendule

En revanche il y a très peu de souvenir de Napoléon qui a quitté la Corse à 9ans, comme se deux ainés, il a obtenu un bourse grâce à Marbeuf pour étudier au Collège d’Autun puis à l’école militaire de Brienne. Dans la « Chambre de l’Alcôve » Bonaparte aurait dormi lors de son dernier séjour en Corse au retour de la Campagne d’Egypte. Au 1er étage quelques pièces sont meublées avec les meubles de Madame Mère ; une jolie crèche rapportée d’orient, de belles commodes. Napoléon III aurait racheté les meubles en 1860 au cours d’un voyage. Dans une petite pièce on voit la trappe qui a permis à la famille Bonaparte de quitter discrètement la Corse.

A la sortie de la Maison Bonaparte, j’arrive au Port puis au Marché Central où on trouve tous les produits alimentaires corse : charcuterie, fromages, confitures, mais aussi légumes frais et olives. C’est là que je vais trouver mon piquenique : une Bastella aux blettes et bruccio, pâte feuilletée. A Piana c’était de la pâte à pain. Pour le dessert je m’installe à la terrasse d’un glacier rue Fesch.

Musée Fesch

Je termine ma visite d’Ajaccio par le Musée Fesch installé dans un palais de taille impressionnante qui comprend le musée et également un mausolée dans la chapelle pour plusieurs membres de la famille Bonaparte. Le Cardinal Fesch, d’une richesse immense, souhaitait constituer un véritable musée s’inspirant du Musée du Louvre. Il possédait à Rome une collection de 16.000 tableaux majoritairement de la peinture italienne mais pas que. Certains retables sont de taille énorme, on passe dans les salles « caravagesques » mais sans un seul Caravage, un « d’après Preti ». Dans la « salle florentine » , une découverte pour moi : Jacopo da Empoli (1551-1640), avec des allégories qui m’ont bien plu. Dans la salle Renaissance un Botticelli se remarque tout de suite .

Allégorie de l’enfance

Dans un couloir, je vois une plaque honorant Jean Henri Fabre  qui enseigna ici les Sciences Physiques(1849-1853). Je suis sortie au bout d’une heure et demie un peu déçue. Si la quantité est au rendez-vous, les chefs d’œuvres véritables ne sont pas si nombreux. Tendant l’oreille, j’entends une guide expliquer que Fesch achetait des lots de peinture, peintures inégales à l’intérieur des lots, sans doute.

Jacopo da Empoli : maturité

Trois autobus desservent notre Résidence des Crêtes. Impossible de se tromper d’arrêt : il faut descendre à un rond -point juste après les immenses cimetières (on dirait une véritable ville, les tombes ont souvent des pignons pointus mitoyens). Je rentre assez tôt pour songer à une baignade ; la plage est située juste en dessous à 200 m du studio. Malheureusement pour se baigner il faut des chaussons pour marcher sur les rochers et comme l’eau est peu profonde j’ai peur de me racler les cuisses et les genoux en nageant, une baignade pour me rafraîchir, donc mais pas pour le sport.