Au Château de Champs-sur-Marne – Exposition d’Or d’Orient atelier ULGADOR

BALADES EN ILE DE FRANCE

Dominant la Marne qui coule en bas d’un beau parc à  la française, ce petit château élevé entre 1703 et 1707 est entièrement meublé. Au XVIIIème siècle il fut occupé par le financier Paul Poisson de Bourvallais, puis par le duc de la Vallière qui le fit décorer par Christophe Huet et le loua de 1757 à 1759 à la marquise de Pompadour. Le banquier Louis Cahen d’Anvers l’acquiert en 1895, le fait restaurer et complète le décor du XVIIIème en adaptant la demeure au mode de vie de l’époque. Charles Cahen d’Anvers donna le château à l’Etat qui l’utilisa pour la réception de chefs d’état étrangers.

Le cabinet en camaïeu : peinte autour de 1748 d’un décor de chinoiseries

De nos jours, le château et le parc sont ouverts au public et c’est une très belle visite!

Salon rouge transformé en 1928

Plusieurs thématiques de cette visite libre avec un plan très détaillé :

focus sur la décoration XVIIIè, les chinoiseries des boiseries, les porcelaines, les stucs

le salon chinois représentant un Extrême-Orient imaginaire

attention apportée aux objets et meubles comme les bibelots ou les fauteuils tapissés sur le motif des Fables de La Fontaine

On peut aussi imaginer le mode de vie des nobles au XVIIIè ou des banquiers à la Belle Epoque et au début du XXè .

la table
Fables de La Fontaine

On découvre, bureaux, salle de musique, salle à manger des enfants, fumoir…mais aussi commodités pour la toilette.

J’ai adoré les chinoiseries dans le salon chinois mais aussi sur la grande tapisserie du bureau

Fumoir communiquant avec la salle de billard. Tapisserie représentant l’empereur chinois Kangxi

Mais on peut aussi s’intéresser tout spécialement à l’exposition d‘Or et d’Orient de l’atelier ULGADOR.

ULGADOR se consacre à la création de panneaux décoratifs ornés de feuilles de métal (or, cuivre, laiton, argent aluminium…) déposé sur différentes surfaces. Ces panneaux sont utilisés par des firmes de luxe, des hôtels, des institutions.

paravent ulgador

Les panneaux, principalement des paravents sont distribués dans toutes les pièces du château y trouvant une place harmonieuse.

Le nom Ulgador évoque un certain exotisme et la richesse de l’or ce avec les lettres du nom de Gabor Ulvecki fondateur de l’atelier et inventeur de la technique après avoir appris la dorure sur bois chez un restaurateur. 

Bassin de la nymphe Scylla métamorphosée en monstre avec des têtes de chien à ses pieds

J’ai terminé la matinée par une promenade dans le parc.

Et comme il faisait beau en bord de Marne nous avons déjeuné dans une sorte de guinguette : Il Capuccino . Excellent emplacement, des tables en bord de Marne, plusieurs salles et des terrasses abritées et chauffées l’hiver. 

Il Cappuccino : Gournay/Marne

Spécialités italiennes, pizze et pâtes. j’ai commandé une parmiggiana (gratin d’aubergines) et Dominque une escalope à la florentine. C’était très abondant et délicieux.

 

Julie Manet à Marmottan

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 20 mars 2022

Berthe Morisot : Julie et sa levrette Laërte

Julie Manet(1878 -1892) était la fille de Berthe Morisot (1841 – 1895) et d’Eugène Manet (1833 -1892) « enfant de l’impressionnisme » elle a servi de modèle à Berthe Morisot,

Berthe Morisot : Au Bord du Lac

 bien sûr, mais aussi à Renoir

Renoir : portrait de Julie Manet

A la mort de son père, Stéphane Mallarmé devient son tuteur

Gauguin : Mallarmé et le corbeau de Poe

Avec sa mère comme professeur, Julie peint,

Julie Manet : portrait de Paule Gobillard

« Mariage au Louvre » Julie s’exerce au Louvre à copier les Maîtres, elle y rencontre Ernest Rouart qui deviendra son mari

Rouart d’après Mantegna

Rouart fait également le portrait de Julie

Rouart : Julie peignant

La peinture en héritage : Julie Manet, entourée des maîtres de l’impressionnisme réunit une belle collection. On peut donc admirer de nombreux tableaux Corot, Monet, Degas, maurice Denis, Delacroix, Daumier …

Degas : Saint Valery-sur-Somme
C Monet : Bordighera
Daumier

Il ne faut surtout pas oublier de monter à l’étage où l’exposition se poursuit. Il y a également de belles icones, des enluminures, vitraux et de belles salle empires

E manet : Berthe Morisot

 

Picasso, l’Etranger – Musée de l’Histoire de l’Immigration – Porte Dorée

Exposition temporaire jusqu’au 13 février 2022

affiche

« L’étranger apprend l’art de s’adapter de manière plus approfondie, mais aussi plus douloureuse que celui qui revendique un sentiment d’appartenance »

Georg Simmel, L’Etranger 1908

L’Homme assis à la canne – 1901

« Peu de gens savent que l’artiste n’est jamais devenu français. le 3 avril 1940, Picasso déposa une demande de naturalisation qui lui fut refusée et qu’il ne renouvela jamais.. »

Cette exposition met en scène l’enquête d’Annie Cohen Solal : Un étranger nommé Picasso , Fayard, prix Fémina Essai 2021. La couverture du livre utilise le dossier de Picasso en Préfecture, l’exposition montre des facsimilés  géants. 

Dossier de Picasso

Cette exposition chronologique s’attache à la problématique de l’Etranger et montre comment Pablo Picasso, âgé de 19 ans, ne parlant pas français a débarqué à Paris à l’Exposition Universelle de 1900 où une de ses œuvres est exposée. Il est hébergé par des catalans anarchistes. On voit les nombreuses lettres que le jeune home  échange avec sa mère, elles sont même lues en Espagnol 

1900 – lettres en catalan et dessins

pour nous mettre dans l’ambiance dans une petite salle arrondie sont projetées des images de l’Exposition Universelle.

En 1901 Picasso expose à la Galerie Vollard . Le 17 mai paraît une critique élogieuse dans la Presse, le lendemain est établi le premier rapport de police sur la foi de ragots des indics. Picasso est marqué comme anarchiste et ce rapport va le suivre….

Picasso est séduit par l’ambiance des cafés et des baraques foraines, il visite aussi une prison pour femmes

1901- Femme au bonnet

1902 -1903 : 3ème voyage à Paris « la période Galère » si pauvre qu’il ne parvient pas à payer son loyer sans l’aide de Max Jacob. Une sorte de BD « Une histoire simple de Max Jacob » illustre cette amitié. Le carnet d’adresse de Picasso témoigne aussi des relations que le peintre a nouées. 

« mais qui sont-ils, dis-moi, ces bohémiens, ces gens un peu plus errants que nous-mêmes » Rainer Maria Rilke (1922)

1905 – 4ème voyage : Le Bateau-Lavoir et la rencontre avec Apollinaire. Ses carnets montrent leur fascination pour le cirque qui aboutit au grand tableau des Saltimbanques (à Washington). bienafa malgré eux Apollinaire se trouvent mêlés à des affaires de vol pour la tête ibère de Cerra (qui appartenait au Louvre) et pour le vol de la Joconde. 

Saltimbanque (l’original est à Washington)

Les saltimbanques

Guillaume Apollinaire

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises.

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe.

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés
L’ours et le singe, animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage.

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

1906-1914 – A la tête de l’Avant-Garde

1909 Sacré Coeur cubiste

Picasso rencontre les Stein et Kahnweiler. Ce dernier assure la promotion de ses  œuvres jusqu’à Prague, Moscou et toute l’Europe Centrale. Dans une vidéo on peut écouter Kahnweiler raconter sa rencontre pittoresque avec Picasso  et ses rapports avec Braque. une très jolie collection de statuettes africaine rappelle le goût de Picasso pour l’art africain. 

1957 portrait de Kahnweiler

Première Guerre mondiale : Derain part à la guerre, Apollinaire s’engage. En 1914, le stock Kahnweiler est mis sous séquestre et 700 œuvres de Picasso seront dispersées à bas prix en 1921

« monsieur l’Inspecteur, je crois utile de vous mettre au courant des agissement du sieur Kahnweiler qui, comme ses si sympathiques compatriotes , s’indigne de savoir que l’Etat Français ose decider de la vente de son stock »

la xénophobie, n’est pas loin et suivra Picasso!

1917 – 1939 – Un artiste dans tous ses états

1920 Polichinelle et Arlequin

Entre Ballets Russes et Aristocratie Française : Picasso  devient décorateur pour les Ballets Russes et rencontre Diaghilev,  Cocteau, Satie, Stravinsky. Une vidéo nous permet d’entendre Cocteau raconter les Ballets russes avec une étonnante captation de Parade (2008) Il quitte Montmartre et s’installe Rue La Boétie, dans les  beaux quartiers. 

1921 – la lecture de la Lettre , évocation de l’amitié

Dans l’orbite de l’Internationale Surréaliste il fréquente Breton, Aragon et Eluard tout d’abord et plus tard Dali, Miro et Giacometti. 

le peintre et son modèle 1928-1929

En 1934, il s’installe dans une gentilhommière à Boisgeloup ce qui lui permet de s’éloigner de Paris pendant les émeutes xénophobes de 1934. 

Minotaure mené par une petite fille

1936 A côté des Républicains espagnols

Picasso est nommé directeur honoraire du Prado puis reçoit la commande pour l’Exposition Internationale où il présente Guernica

1939 – 1944 – La France aux Français

En 1940, la demande de naturalisation est refusée et Picasso se replie à Royan

Royan

«  je veux que mes peintures puissent se défendre, résister à l’envahisseur comme si chaque surface était hérissée de lames de rasoir »

1944- 1973 Sur la vague des trente glorieuses

Picasso obtient le statut de « résident privilégié » (renouvelable tous les 10 ans. )

1944 le PCF comme une patrie

Picasso est le dessinateur de la Colombe de la Paix, on le voit au Congrès de la paix en 1949.

les fumées de Vallauris

Il fait ensuite le Choix du Sud et s’installe à Vallauris

la Baie de Cannes

j’ai beaucoup aimé cette exposition tout à fait à sa place dans le musée de l’Immigration.

Patrick Zachmann : Voyages de mémoire au mahJ

Exposition temporaire jusqu’au 6 mars 2022

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Patrick Zachmann est un photographe français né à Choisy-le-Roi en 1955, fils d’un juif polonais et d’une mère séfarade d’origine algérienne. 

« Je suis devenu photographe parce que je n’ai pas de mémoire » – ai-je copié au début de l’exposition.

« Est-on juif quand on ignore sa religion et sa culture? » 

Pour tenter de répondre à cette question, le photographe va se lancer dans une enquête d’identité.

Il  photographie d’abord les Juifs portant l’identité la plus visible, les Loubavitch, porteurs de barbes et de chapeaux, dans leurs réunions et leurs fêtes. En 1981, à Jérusalem au Rassemblement des Rescapés de la Shoah, il fait leur portrait avec leur matricule tatoué. Enfin, il prend pour sujet des Juifs français plus anonymes, plus discrets : les linotypistes du journal yiddisch Naye Press, les commerçants du Sentier dans leurs boutiques, les musiciens, un psychanalyste, des ashkénazes se retrouvant aux Buttes Chaumont, des bals communautaires….

Ce n’est qu’après la publication de son livre Enquête d’identité qu’il abordera avec son père l’histoire familiale, histoire triste puisque ses grands parents furent déportés et sont morts à Auschwitz ; il en fera un film : La mémoire de mon père dont la musique Klezmer accompagne nos pas dans l’exposition. 

Les voyages de mémoire conduiront le photojournaliste en Afrique du Sud, à la libération de Mandela, au Chili, sur les traces disparues des victimes de Pinochet, au Rwanda où il fait le portrait des victimes tutsis.

D’impressionnantes photos panoramiques enneigées d’ Auschwitz font face à celle de Drancy où rien ne rappelle le passé.

Bouclant sa quête d’identité, Zachmann fait le voyage à l’envers à la recherche des origines de sa mère en Algérie et au Maroc où il retrouve les lieux et les synagogues, transformées en mosquées. Cette traversée de la Méditerranée est aussi le sujet d’un film Mare Mater où il interroge sa mère mais aussi les mères des migrants, restées au pays tandis que leurs fils ont pris tous les risques dans des traversées dangereuses. Témoignage de la mère, des migrants mais aussi de la séparation douloureuse de la mère et du fils. 

Les photos sont magnifiques, mais surtout l’installation raconte une histoire touchante. C’est une belle rencontre avec Zachmann . https://www.mahj.org/fr/media/patrick-zachmann

ou si vous préférez l’écouter en podcast

 

 

La Pitié Dangereuse – Stefan Zweig

FEUILLES ALLEMANDES

« Il y a deux sortes de pitié. L’une, molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du cœur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui, cette pitié qui n’est pas du tout la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère.
Et l’autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu’elle veut et est décidée à
persévérer avec patience et tolérance jusqu’à l’extrême limite de ses forces, et même au-delà. C’est seulement
quand on va jusqu’au bout, quand on a la patience d’y aller qu’on peut venir en aide aux autres. C’est seulement
quand on se sacrifie et seulement alors…

Je poursuis, et toujours avec autant de bonheur, la lecture de Zweig initiée par les Feuilles Allemandes de Et si on bouquinait et Passage à l’Est. Les mêmes proposant des lectures communes Autour du Handicap, La Pitié dangereuse peut figurer dans ces deux challenges. 

Golovien : paysage pavlosk

En 1938, lorsque les bruits de bottes se font entendre, l’auteur rencontre un « héros » de la Première Guerre mondiale qui lui confie son histoire : jeune lieutenant pauvre, dans une ville de garnison, il se fait inviter au château  . Ebloui par la richesse, dans l’ivresse de la fête,  sans se rendre compte que la fille de la maison est paralysée, il l’invite à danser. Voulant réparer cette bévue, il revient s’excuser auprès de la jeune fille et devient un familier de la maison et lui tient compagnie. Naïf et inexpérimenté, il ne se rend pas compte de la passion que la jeune fille va ressentir. Il n’ a jamais imaginé qu’une jeune paralysée puisse éprouver les mêmes sentiments que n’importe quelle femme. Point de désir ou de séduction, à la place de la pitié. Cette pitié occupe le jeune homme:

« chaud jaillissement de l’intérieur, cette vague de pitié douloureuse, épuisante et excitante à la fois, qui s’empare
de moi dès que je songe au malheur de la jeune fille. »

La vie militaire se résume à une routine d’exercices, de camaraderie et de cartes au café qui ne contente pas le jeune lieutenant, trop modeste pour se payer le voyage jusqu’à Vienne. Absurdité de ces manœuvres qui n’ont guère de sens pour lui. En revanche son rôle auprès de la jeune handicapée donne un sens à sa vie.

« Tout ce que je comprenais, c’était que j’étais sorti du cercle solide où j’avais mené jusqu’alors une vie calme et tranquille, et que je pénétrais dans une zone nouvelle, passionnante et inquiétante à la fois, comme tout ce qui est nouveau. Je voyais ouvert devant moi un abîme du sentiment qui m’attirait étrangement, »

La pitié s’adresse à la jeune fille mais aussi à son père, cardiaque, fragile, émouvant. Le jeune homme passez par des phases d’exaltation à des moments dépressifs quand il se sent piégé par des responsabilités qu’il n’a jamais souhaitées.

« Ce soir-là, j’étais Dieu. J’avais apaisé les eaux de l’inquiétude et chassé de ces cœurs l’obscurité. Mais en moi-
même aussi j’avais banni la crainte, mon âme était calme comme jamais elle ne l’avait été […]

Pourtant à la fin de la soirée, lorsque je me levai de table, une légère tristesse s’empara de moi, la tristesse
éternelle de Dieu le septième jour, lorsqu’il eut terminé son œuvre – et cette mélancolie se refléta sur tous les
visages. Le moment de la séparation était venu. Nous étions tous étrangement émus, comme si nous savions que
quelque chose d’unique prenait fin, »

Mais cette pitié est aussi humiliante pour Edith qui veut être aimée et non l’objet de pitié. Elle se rebelle, passe par des crises très éprouvantes.

« Je ne veux pas que vous vous croyiez obligé de me servir ma portion quotidienne de pitié, je me fiche pas mal de
votre pitié – une fois pour toutes, je m’en passe »

Zweig analyse tous ces sentiments avec une grande finesse. Merveilleux conteur, il va faire surgir des personnages complexes : le père, le médecin, le colonel. Il décrit aussi l’Empire à la veille de son écroulement avec les nuances des classes sociales et les rapports entre aristocrates et bourgeois : en filigrane, mépris et antisémitisme.

Encore un grand livre!

Galleria d’Eva Jospin – Musée de la Chasse et de la Nature

Exposition Temporaire jusqu’au 22 mars 2022

Eva Jospin : capriccio 2019

Chassez vos préjugés anti-chasse et venez visiter l’exposition  Galleria d’Eva Jospin au Musée de la Chasse et de la Nature! 

Eva Jospin : balcon 2015

Le Musée de la Chasse et de la Nature est logé Rue des Archives, Hôtel Guénégaud, occasion d’une balade dans le Marais. Il accueille de très belles expositions contemporaines comme celle de Sophie Calle (2018) et Garouste (2028).  Il met à disposition de l’artiste et de ses invités les salles du rez-de-chaussée et des espaces au 2ème étage, mais surtout permet aux artistes d’installer des œuvres dans l’écrin des collections permanentes. Le jeu est de les découvrir au milieu des animaux empaillés (je n’aime pas trop), des armes (je déteste) ou des tableaux d’époque.

ici la contribution d’Eva Jospin est minuscule, de minces filets que le gardien nous montre . la colonne de bois de cerf est l’œuvre d’une autre plasticienne

Certaines installations sont très discrètes et il faut l’aide des gardiens très coopératifs pour les trouver. 

Galleria 2021: plafond à caissons

Eva Jospin sculpte, coupe, colle, cisaille, travaille le carton ondulé. Elle joue avec cette matière, construit une galerie roccoco,  baroque, sorte de cabinet de curiosité avec des niches

Galleria 2021 : niche

Colonnes ou broussaille? taillis ou masse rocheuse? comme dans Matera qui double un mur, roche ou liège?

Un de ses motifs de prédilection est la forêt, taillis, branchages : une œuvre – Forêt 2010 -fut acquise autrefois par le musée et se trouve à l’étage supérieur en compagnie du tableau de Philippe Cognée,  Paysage vu du train

Philippe cognée : Paysage vu du train

le Nymphée occupant toute une pièce (toujours accompagné d’un tableau de Cognée)

Nymphée

C’est une œuvre d’une topographie compliquée qui m’évoque la vue d’une cité antique avec colonnade, arène ou théâtre antique, escaliers monumentaux ne menant nulle part un peu à la manière de ceux de Escher. Cette structure complexe comporte une grande variété de détails, une passerelle, une tonnelle métalliques, des imitations de rochers, des arches…. on pourrait rester des heures à s’y promener virtuellement<;

Nymphée, escalier et tonnelle

Ces constructions de carton d’une finesse et d’une richesse d’imagination m’émerveillent, comme cette technique sophistiquée à partir d’un matériau si commun, si simple métamorphosée par la technicité de la plasticienne; à suivre. D’ailleurs, j’ai bien envie d’aller la suivre à Giverny où elle expose aussi!

Baudelaire, la modernité mélancolique,à la BNF

Exposition temporaire jusqu’au 13 février 2022

Baudelaire jeune ‘(23 ans)par Emile Deroy

La BNF célèbre le bicentenaire de la naissance de Baudelaire.

A côté des manuscrits, lettres, épreuves corrigée de la main de Baudelaire comment mettre en scène la poésie? 

« Baudelaire vivait avec Hamlet » affirme Theodore de Banville

Sur les murs de son appartement il avait la collection de 13 Hamlet par Delacroix

Delacroix : Hamlet et le crâne de Yorik

Odilon Redon a illustré « interprété » Les Fleurs du mal. 

Odilon Redon

Courbet est aussi présent : il a dessiné un homme sur les barricades de 1848 qui a servi de frontispice au journal Le Salut public, éphémère journal révolutionnaire fondé à Paris le  par Charles Baudelaire, Jules Champfleury et Charles Toubin.

Courbet : homme sur une barricade

Courbet a aussi peint un portrait de Baudelaire

Courbet : portrait de Baudelaire

On peut aussi voir Médée, tableau de Delacroix, des dessins de Daumier, des photographies et caricatures de Nadar

Caricature de Baudelaire par Nadar

Au gré de la déambulation dans l’exposition on peut entendre des lectures de l’Albatros, l’invitation a voyage de Duparc ou s’asseoir pour écouter des morceaux choisis de Baudelaire. Les visiteurs curieux pourront déchiffrer des lettres manuscrites…

Encore une exposition intéressante à la Grande Bibliothèque!

Fouché – Stefan Zweig

FEUILLES ALLEMANDES 

J’ai rejoins avec curiosité l’aventure de Les feuilles allemandes alors que je suis bien ignorante de la littérature allemande contemporaine. Comme je ne suis jamais déçue par Stefan Zweig et que son œuvre est inépuisable j’ai choisi la biographie de Fouché après la lecture de celle de Balzac, Magellan, Marie Stuart….Et bien sûr, ce fut un bonheur de lecture! 

Traître né, misérable intrigant, nature de reptile, transfuge professionnel, âme basse de policier, pitoyable
immoraliste, aucune injure ne lui a été épargnée

Fouché a traversé la Révolution, le Directoire, l’Empire, la Restauration toujours au premier plan de l’action politique. Mitrailleur de Lyon, régicide, ministre de la Police de Napoléon, artisan du retour de Louis XVIII. Arriviste, sans scrupule, mais gros travailleur, traître, joueur presque plaisantin selon Zweig. L’analyse psychologique de ce personnage complexe est très bien conduite. Zweig est un maître de la biographie!

Charles Thevenin (1764-1838). « La Fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars » (1795). Paris, musée Carnavalet.

Leçon d’histoire Zweig nous fait partager tous les épisodes de la Révolution. La visite récente au Musée Carnavalet fournit les illustrations! Une galerie de personnages, de Couthon à Robespierre en passant par Marat et Chalier que je ne connaissais pas, pendant la Terreur.

Une révolution, il le sait, dans son expérience précoce, n’appartient jamais au premier qui la déclenche, mais
toujours au dernier qui la termine, et qui la tire à lui, – comme un butin.

Ami de Barras qu’il trahit au 18 Brumaire. Bonaparte puis Napoléon se méfie de Fouché mais reconnaît la compétence de son ministre de la Police.

Cette puissance de Fouché sur Napoléon, qui était une énigme pour tous les contemporains, ne doit rien à la magie ou à l’hypnotisme. C’est une puissance acquise avec science et assurée par le travail, l’habileté et l’observation systématique.

Le duo Fouché-Talleyrand est décrit avec finesse. Quand Fouché prend trop d’initiatives Napoléon cherche à l’éloigner, le couvre de richesses et d’honneur : Fouché devient Duc d’Otrante.

La Malmaison : Chambre de Joséphine

Fin analyste politique, Fouché se rangera toujours du côté du pouvoir, aussi bien pendant les Cent Jours qu’à la Restauration, négocie un ministère avec Louis XVIII. Quand l’Ancien Régime se trouve restauré, le sang du régicide qui a voté la mort de Louis XVI lui vaudra sa disgrâce et l’exil.

 

Au temps des faluns – Musée des Beaux Arts d’Angers

PALEONTOLOGIE

Exposition temporaire jusqu’au 20-02-2022

« Les faluns sont caractéristiques et identitaires de l’Anjou. Le terme « falun » désigne une roche sédimentaire constituée de restes d’animaux qui s’est formée il y a 15 millions d’années. « 

Paléogéographie : Miocène

L’Anjou, il y a 15 Millions d’années était un gigantesque golfe carrefour biologique , lieu d’accueil et passage des migrations des animaux de l’ère Tertiaire.

Le climat était comparable à celui du Sénégal actuel. les faluns étaient des couches sableuses, sables marins ou fluviatiles contenant des fossiles marins et terrestres. Au temps des faluns, la formation des Alpes a entrainé  des basculements, l’ élévation du niveau des mers, résultat de la  dilatation de l’océan avec la hausse des températures, ces facteurs ont causé des transgressions marines avec dépôt de sédiments sableux. Des orages et des crues ont apporté des alluvions et des galets. Ces différentes strates superposées forment une collection de fossiles que l’exposition présente sous deux parties : le Monde marin et le Monde terrestre

Le Monde marin 

Le monde marin au Miocène

 

Deux catégories d’êtres vivants : les invertébrés, mollusques, bryozoaires, échinodermes, arthropodes, et les vertébrés : raies requins, baleines et siréniens. les fossiles sont très bien présentés.

Fossiles encroûtés de bryozoaires

Raies et requins sont impressionnants, on retrouve de nombreuses dents de requins de tailles diverses dans les faluns : les requins en  possèdent plusieurs rangées et en perdent des milliers au cours de leur existence.

les plus grandes sont de l’ordre du décimètre

 Les baleines étaient dérivent du Basilosaurus (-40 Ma), après le miocène un refroidissement des eaux a fait baisser la diversité et les migrations ont favorisé le gigantisme. 

Le Monde Terrestre

L’ère tertiaire voit le développement des mammifères, dans la première partie du Miocène une foret subtropicale couvrait l’Anjou avec des fougères et des conifères. les fossiles sont également remarquables : os et dents. On y voit des animaux disparus comme ces Gomphotères qui ressemblent à des éléphants, des ancêtres des rhinocéros et des chevaux.

gomphothère

une bien jolie exposition qu’on pourrait compléter par une visite à Doué.

Enfin le cinéma ! Arts, images et spectacles en France 1833-1907 – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 28 septembre jusqu’au 16 janvier 2022

1826 : premières photos de Niepce

1895 : première séance de cinéma des Frères Lumière.

Depuis le milieu du XIXème siècle, les représentations de la réalité évoluent, les images s’animent.

 

Pygmalion et Galatée Rodin

En introduction à l’Exposition, la sculpture de Rodin s’anime sur l’écran comme une blague : la statue quitte son piédestal et devient femme vivante – illustration de cette arrivée du mouvement. Mouvement, transformations et bouleversements dans Paris documentés par la photographie qui témoigne de la construction des Boulevards haussmanniens, de la construction de la Tour Eiffel, de l’enterrement de Victor Hugo ou tout simplement de la circulation Rue Royale.

Caillebotte : Pont de l’Europe

La peinture aussi préfigure le cinéma comme ce passant sur la gauche du tableau qui s’éloigne à grandes enjambées tandis que le train Gare Saint Lazare s’annonce avec son panache blanc.

Pissaro : La Place du Théâtre français

Cadrage cinématographique pour ce carrefour peint par Pissaro vu de dessus. L’idée de mouvement, d’images animées s’impose dans ces séries de photographies, dans les jeux d’animations de disques qui tournent, de photographies stéréoscopiques, même dans la peinture où les personnages virevoltent comme dans la Valse de Valotton

la Valse : Valotton

Valotton illustre cette vie moderne trépidante

Valotton : le Bon Marché

Evidemment, le sujet de l’exposition est illustré par de nombreuses projections qu’il est plus difficile de photographier et de commenter.

Corps en mouvement des gymnastes et athlètes, corps musclés, à saute-mouton, aux agrès à la course. Différentes des images sportives d’aujourd’hui qui font plus de place au record, à la performance qu’aux exercices . Sport masculin et danse. Loïe Fuller est une muse inspirant de nombreuses réalisations, photographies, films mais aussi sculptures ou lampes.

Loïe Fuller

Photographies, et films montrent aussi le corps féminin dans un but érotique et même un esprit voyeur. toute une salle montre films et photos coquines.

Vers la fin de l’exposition on arrive à représentation historique : panorama comme cette bataille de Champigny/Marne(2 décembre 1870) peinture géante de 120 m de long sur 9m de haut (seul un extrait est ici présenté), peinture et films historiques et bibliques.

Après la surprise de la vie quotidienne qui a ravi les premiers spectateurs, les réalisateurs doivent présentent des sujets plus élaborés : au début du XXème siècles les différents genres de cinéma sont développés : comique, érotique, historique, le cinéma est bien là!