Martin Eden – Jack London

CHALLENGE JACK LONDON

Difficile de rédiger ce billet après l’excellente analyse de Claudialucia

Il se sentit comme enivré, car là était l’aventure à tenter, le monde à conquérir et du fond de lui-même, une pensée fulgura : devenir digne d’Elle, le conquérir, ce lis pâle qui se trouvait à ses côtés[…..]

Pour la première fois il se montra tel qu’il était – avec effort d’abord – mais bientôt il s’oublia lui-même en remarquant combien sa façon de raconter plaisait à son auditoire. Il avait fait partie de l’équipage du contrebandier Alcyon, lors de sa capture par un cotre des douanes. Et il sut leur faire voir ce que ses yeux avaient vu. Il évoqua la grande mer violente, les bateaux, les marins avec une telle puissance, qu’il leur sembla être avec lui. D’une touche d’artiste, il choisissait els détails à mettre en valeur, l’image claire saisissante, et leur donnait ensuite une couleur et une lumière si vivantes que ses auditeurs étaient emportés par son éloquence….

J’ai beaucoup aimé le début du roman qui présente le jeune marin  maladroit quand il est introduit dans la maison bourgeoise de la famille Morse. Martin a vécu de nombreuses aventures en mer, il a connu les bagarres et a fréquenté voyous et sauvages, mais il est tout intimidé par les livres, tableaux, musique et toute la culture. Roman d’amour, ou Martin, ivre d’amour pour Ruth, manque de se faire arrêter par un policier. Tellement amoureux qu’il veut mériter cet amour et va policer son langage, soigner son habillement, même arrêter de boire et de fumer! Véritable frénésie amoureuse de ce grand timide qui vénère sa dame et la porte au pinacle.  Ruth n’est pas indifférente, elle est attirée par Martin et pygmalion à l’envers, va lui corriger sa grammaire déficiente, lui faire apprécier la musique et la poésie.

Mais à quoi sert le cerveau? …Ce qu’ils avaient fait, il pouvait le faire. Ils avaient appris la vie dans les livres, et lui l’avait vécue…

Par amour, et par curiosité naturelle, Martin se lance en autodidacte dans la culture livresque qu’il dévore à la bibliothèque. Cet appétit de culture est impressionnant. Martin est vraiment très doué.

Par amour, il devient écrivain. Il veut raconter le monde, son monde, la mer, ses aventures, à Ruth. Il est vraiment très doué, et il est conscient de la valeur littéraire de ses poèmes et de ses nouvelles. Il les offrira à Ruth quand il sera publié!

L’adorable splendeur du monde le transportait et il souhaitait ardemment la partager avec Ruth, il décida de lui décrire tout ce qu’il pourrait des beautés des mers du Sud […]Alors dans une auréole de splendeur et de gloire, naquit la grande idée : il écrirait. Il serait de ces être privilégiés à travers lesquels le monde entier voit, entent et sent. Il écrirait.

Cette fougue, cet enthousiasme, cet appétit de savoir est séduisant, Ruth tombe amoureuse, il est même question de fiançailles…Même si, pour la famille ce serait une mésalliance. Ils ne sont pas du même milieu social. Pour s’élever au-dessus de sa condition de prolétaire, une seule issue : publier. Avec la même énergie forcenée que ses lectures en bibliothèque Martin noircit du papier, expédie ses nouvelles et ses poème à des revues. Il se prive de dormir, de manger, met au clou son costume, sa bicyclette et écrit, encore et encore…

Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seules bonnes et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du monde pour substituer son propre Dieu aux autres dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image de banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient

La famille de Ruth ne reconnaît ni son talent ni ses qualités intellectuelles. Ruth, elle-même n’apprécie pas ses écrits et ne comprend pas les théories que Martin énonce. Malgré son amour, Martin prend conscience de l’étroitesse d’esprit des Morse et leur conservatisme. Il provoque les invités des Morse, choque tout le monde et finit par être indésirable à leur table. La rupture est inévitable.

Ce fut ainsi que Martin se trouva face à face avec la morale économique, ou morale de classe ; et bientôt elle lui apparut comme un épouvantail. Personnellement c’était un moraliste intellectuel et la morale de son entourage lui était encore plus désastreuse que la platitude pompeuse des raisonneurs

Misérable, proscrit, il connait brusquement un succès fulgurant. Une revue accepte un texte, puis les autres. Martin est recherché dans les dîners, justement là où on le méprisait, Ruth vient le supplier de renouer….Avec le succès, Martin perd le goût de vivre.

Sans boussole, sans rames, sans port à l’horizon, il se laissait aller à la dérive, sans lutter davantage puisque lutter c’est vivre et que vivre c’est souffrir

Le début du roman m’a emportée, les récits des mers du sud, les bagarres et aventures. L’épisode de la blanchisserie, la description de la vie des prolétaires, le personnage de Maria, Lizzie, les soeurs de Martin sont très bien rendus. On sent sa profonde empathie avec les ouvriers, les artisans et même les clochards. Jamais, même quand il distribue ses richesses il ne renie son milieu d’origine.

En revanche je me suis un peu ennuyée dans les analyses philosophiques et politiques, la découverte de Spencer, de Nietzsche, du socialisme. Toutes les recherches de l’autodidacte, les discours provocateurs m’ont semblé bien longs et embrouillés. Pourquoi Martin cherche-t-il tant à se démarquer des socialistes? Pourquoi part-il dans une cabine de première classe alors qu’il rêve d’aventure avec les matelots?

Je regrette d’avoir raté l’adaptation napolitaine du roman, adaptation très libre selon les critiques. j’espère avoir l’occasion de le voir quand le confinement sera terminé

Berck : les phoques – moules frites – concert à Merlimont

ESCAPADE NORDISTE

Les phoques de Berck

Les phoques de Berck

Midi, marée basse, les phoques sont bien là, de l’autre côté du chenal dans la Baie de l’Authie. Ils se prélassent au soleil sur le banc de sable. Phoques ou veaux marins ? Un panneau explique les différences, l’un d’eux a une cassure au niveau du museau mais lequel ? C’est amusant de les voir se déplacer avec la graisse qui ondule. La couleur de la fourrure varie de jaune paille à gris foncé, le plus gros est tacheté. Planant au-dessus d’eux, les goélands sont bien bruyants. Les curieux sont venus en foule, parfois tirant un berger allemand en laisse. Est-ce malin d’emmener le chien ? Pas si bêtes, les phoques n’y prêtent aucune attention. Ils savent qu’avec le courant il est impossible de traverser le chenal. Les chiens sont intéressés, retenus par leurs maîtres. Un pêcheur commente « les phoques ne font pas attention aux chiens, ils les tolèrent ». Ils sont aussi beaucoup plus lourds et puissants. De temps à autres, un groupe va à l’eau. La colonie est divisée en petits groupes.

l’épi dans la baie de l’Authie

De l’autre côté de l’épi empierré et verdi par les algues, un autre groupe est à l’eau. Deux phoques qui nageaient tranquillement démarrent une course effrénée. Ils nagent vraiment très vite. Quel est le motif de la course ? une proie invisible ou le plaisir du jeu ?

les phoques et les badauds

Déjeuner au restaurant

Sur la digue, en face de la plage de Berck, les restaurants se touchent. Les terrasses sont protégées par des vitres (on est plus habitué au vent froid qu’à la canicule. Restaurants chics avec nappe et belle vaisselle au fast-food où les frites sont servies sur un papier, toutes les nuances et prix existent. Sans parler du camion de frites où les files sont bien longues. Si les présentations différent, la frite est une constante.

moules&frites

Nous mangerons des frites ! Le problème est de garer la voiture. Sur la corniche les parkings sont complets, il faut tourner attendre qu’une place se libère.  Nous choisissons l’Horizon, une brasserie qui a une terrasse vitrée et quelques tables sur le trottoir ; spécialité moules-frites. Au choix : marinières, à la crème, au pastis, au fenouil, à l’antillaise, à la moutarde….Servies dans des marmites émaillées d’un litre, une cuiller prise dans les anses, verticale pour fixer le couvercle dans lequel on dépose les coquilles vides.

Je choisis marinière, tout simplement, délicieuses moules de bouchots de Berck. Fraîches bien sûr, bien remplies, cuites juste à point. On a remplacé le persil et le bouquet garni par du céleri en branche qui se marie très bien avec les moules. Frites évidemment ! Service très agréable.

Promenade sur le sable jusqu’à Merlimont

La mer monte l La plage est encore bien dégagée. Cinq kilomètres séparent Berck de Merlimont-plage. Hier, en me baignant, j’avais clairement distingué les immeubles et la grande roue de Berck. Je m’étais promis de parcourir la grève les pieds dans l’eau. 24°, journée idéale. Comme la marée monte il faut faire attention aux bâches qui se remplissent très vite et les traverser avant qu’elles ne soient trop profondes.

En quittant Berck la plage était moins peuplée, plus personne dans l’eau (ou presque) un pick-up traverse le sable mouillé à grande vitesse : ce sont les secours. Un maître-nageur sur un quad siffle les imprudents qui sont sur un banc de sable bientôt isolé par la bâche qui se remplit. Ils seront bientôt au milieu de l’eau.

Tout à coup la densité des baigneurs augmente : des hommes debout, très peu de femmes et pas de famille sur cette plage naturiste. La posture debout, immobile de statue antique est un peu étrange ; sur les plages « habillées » les gens sont plutôt allongés sur leurs serviettes ou assis sur des sièges bas. J’observe les vestiges des blockhaus de plus en plus écroulés et noyés, support des graphs.

Concert accordéon/violoncelle

A l’église de Merlimont : concert accordéon violoncelle. Au programme : Dvorak, Vivaldi, Bach. Je suis étonnée de ce duo inhabituel. Que cache-t-il ? Natalia Ermakova est la violoncelliste Eric Blin, l’accordéoniste. Ce dernier présente avec l’énergie d’un animateur de radio-crochet sa musique « classique » en martelant le mot cla-ssi-que et en faisant la leçon au public. Il insiste sur les usages : ne pas applaudir à la fin d’un mouvement, attendre la fin de l’œuvre, ne pas se déplacer. Leçons bien hors de saison : le public est poli, bien habillé comme s’il assistait à un festival de renom. Je ne connais pas assez la Symphonie du Nouveau Monde pour apprécier ses arrangements mais cela me plait bien, j’aime surtout la violoncelliste. Massacre du Printemps de Vivaldi, morceau tellement connu que les interprètes n’ont pas droit à l’erreur. Quant à Strauss, il entraîne le public à taper des mains, on se croirait dans un club de vacances qu’à un concert dans une église et réussit tout juste à gâcher l’impression favorable du début.

Le Touquet – Montreuil/mer

ESCAPADE NORDISTE

Montreuil/mer : promenade des remparts

Mercredi 24 juillet 2019 : Montreuil/mer – Les phoques

La petite ville de Montreuil/mer ne se trouve pas directement à la mer mais à 15 km vers l’est au-delà de l’autoroute A 16. La campagne est couverte de chaumes dorés et de quelques bosquets rachitiques dans la vallée de la Canche. Elle est ceinte de remparts de briques et pierres avec une citadelle aux grosses tours rondes.

Montreuil/mer : remparts et citadelle

La promenade des remparts (3 km) est très agréable. Du sentier, le panorama sur la campagne est vaste et on a aussi une vue sur la petite ville. La « ville-haute » est en dessous de l’enceinte. Une double rangée de très grands et vieux arbres, le plus souvent des tilleuls, ombrage une allée. J’i donc le choix entre le chemin au soleil pour la vue et l’ombre à mi-pente. Je renonce à la visite de la citadelle (6€) qui dure une heure. Nous devons être à l’heure pour les phoques à midi. L’Office de Tourisme m’a donné un plan mais je n’arrive pas à deviner ce qui se cache derrière les hauts bâtiments de brique : caserne ? lycée ? couvent ?

C’est une toute petite ville mais je me perds tant les rues et les ruelles sont tortueuses. Je découvre plusieurs places mais je me repère facilement d’après la grande place Charles de Gaulle avec son grand parking (l’emplacement du marché) plusieurs banques et les terrasses des cafés. Le très beau théâtre (un cinéma Arts et Essais) et précédé par la statue su Général Haig pavoisée d’un drapeau français et de l’Union Jack : commandant de l’armée britannique, il avait établi son QG à Montreuil/mer : son nom est attaché à la bataille de la Somme (1916).  Autour de la place, les maisons anciennes se tassent, certaines peintes, d’autres de brique rouge. A l’ardoise des terrasses des « plats du nord » me font envie, je n’ai jamais goûté cette cuisine.

En face de l’Office du Tourisme débouche une venelle large tout juste d’un mètre vingt entre des murs de briques aveugles. Je ne l’aurais jamais devinée si le jeune homme de l’Office ne me l’avait montrée. Je parcours rapidement des rues pavées aux boutiques un peu désuètes (certaines sont fermées) . L’église Abbatiale St Saulve a de l’allure mais la place est en chantier, plus loin la chapelle Saint Nicolas est très ouvragée.

Une autre place est plus petite, charmante avec une fontaine et des arbres et un restaurant très fleuri au nom pittoresque de Coquempot.

Merlimont-plage

ESCAPADE NORDISTE

Merlimont

Nous arrivons vers midi, dix minutes avant la fermeture de l’Office de Tourisme. J’emporte une pile de documentation. La région est très riche en promenades.

Notre gîte est situé à l’arrière de la maison de la propriétaire, maison sans prétention et sans grâce. C’est une toute petite maison sur cour. Merlimont est une station balnéaire populaire s’insérant dans les dunes. Peu d’arbres, peu de jardins, des maisons de vacances modestes sans fioritures. Une rue commerçante avec une grande Maison de la Presse (très bien), une ou deux boutiques d’articles de plage. Tranquille, peu tapageuse, peu de circulation, parkings situés le long de la digue. Nous cherchons les restaurants de plage et ne trouvons qu’un bar installé dans une baraque à côté du club nautique. Sur le front de mer les constructions sont hétéroclites et à une extrémité au-dessus du club nautique il y a un immeuble plus neuf que les autres construits sur plusieurs étages avec des balcons. Les autres restaurants donnent sur la rue.

Pour les courses, il faut aller dans l’intérieur le long de la D940 reliant Berck au Touquet en passant par Rang du Fliers , des hangars de Leroy Merlin et autres enseignes s’alignent. Nous préférons faire nos courses à Stella-Plage dans un petit Franprix.

Après-midi de plage à Merlimont-Plage. La marée est haute. L’eau est délicieusement calme et tiède. Bien sûr il faut marcher beaucoup pour avoir assez d’eau pour nager. Comme en Italie, les gens nagent peu ; ils s’amusent avec des accessoires. Cette année c’est la mode du Standing Paddle. Sur cette eau tranquille, les gens tiennent bien sur leur planche et vont loin. Vision étrange que ces silhouettes à 0contre-jour qui semblent marcher sur l’eau. On paddle aussi en famille, un adulte à genoux tandis qu’un enfant bien harnaché est juché sur une bouée comme sur un trône. Du Club Nautique partent des armadas de kayaks de mer ou de canoës. Un plus gros bateau est tiré par un tracteur. A la limite de l’eau et du sable on joue avec des raquettes en bois et des balles dures et colorées qui flottent.

Vers 17h, nous partons explorer Berck en voiture, exploration plutôt décevante mais on a trouvé la plage des phoques.

Canicule à Paris? Fuyons vers le nord! Amiens

ESCAPADE NORDISTE

Mardi 23 juillet 2019 : Voyage jusqu’à Merlimont

cathédrale d’Amiens

Pour fuir la canicule annoncée, cap vers les Hauts de France !

Départ 7h45, contournement de Paris sur l’A 86 par Saint Denis (ralentissement devant le Grand Stade), Gennevilliers (vue plongeante sur des montagnes de gravas et de ferrailles). A 15 par Franconville, L’Ile-Adam et  les forêts verdoyantes de l’Oise. A 16 à travers les blés moissonnés. Les éoliennes tournent doucement, jamais nous n’en avons vues autant. Nous avons de la sympathie pour ces machines majestueuses. En enfilade les éoliennes alignées font comme de rayons de soleil.

hortillonnages : barques à cornets

Amiens : une envie. Et si on allait visiter les hortillonnages? Suivant les instructions du GPS, nous traversons des quartiers neufs, passons devant la cathédrale. Un bâtiment pique ma curiosité : une haute tour grise, gratte-ciel solitaire surmonté d’un bizarre cube. C’est la Tour Perret construite en béton dans les années 50 contenant des logements et des bureaux. La Maison des Hortillonnages vend les tickets. Malheureusement la prochaine promenade en barque à cornets est à 11 h 50 et il faudra attendre plus d’une heure. Nous sommes impatientes de voir la mer, peut être sur la route du retour ? Je me contente d’une promenade à pieds  le long d’un petit canal et à travers un parc très vert.

hortillonnage

La Cathédrale est impressionnante par sa hauteur et par la clarté à l’intérieur. Sur les piliers une série de photographies anciennes raconte les bombardements de la Première Guerre mondiale et les efforts pour sauver les vitraux. Après l’incendie de Notre Dame de Paris, je suis réceptive à ce genre d’histoire, peut être plus qu’à celle plus ancienne des « bâtisseurs ». On peut visiter la Cathédrale avec un audioguide, pas aujourd’hui, mardi (fermeture des musée).

Amiens

Ici aussi il faudra revenir ! J’ai surtout aimé les scènes sculptées autour du chœur très vivantes avec des dizaines de personnages.

Tu seras un homme, mon fils – Pierre Assouline

BIOGRAPHIE DE RUDYARD KIPLING

Tu seras un homme, mon fils est la chute du célèbre poème If. 

Pierre Assouline a construit son livre autour de ce poème et sur le thème de la relation père/fils.

 Le narrateur, Lambert,  professeur de Français,  voue une véritable vénération à Kipling. Il ambitionne d’écrire la traduction parfaite du poème. A la station thermale Vernet-les-Bains, en 1912, il fait la connaissance de Kipling qui lui propose de donner des cours particuliers de français à son fils John. Lambert entre donc dans l’intimité des Kipling dans la campagne anglaise.

Malgré les injonctions viriles de son père, le jeune John Kipling est un frêle jeune homme, réformé par l’armée pour une très forte myopie. Quand la guerre éclate, Kipling fera jouer toutes ses relations pour lui permettre de s’engager.

Tombé à la bataille de Loos-en- Gohelle en septembre 1915, John Kipling est porté disparu. Son père, incrédule, consacrera toute son énergie à retrouver les restes de son fils, puis à l’entretien des  cimetières militaires.

J’ai apprécié la première partie du livre où l’on fait connaissance avec le célèbre écrivain et avec le narrateur, sa femme et ses collègues du Lycée Janson-de-Sailly. En revanche, la deuxième partie qui traite de la Grande Guerre est très sombre et pénible à lire. Assouline s’appesantit sur les cimetières, le patriotisme de l’arrière, celui des anciens combattants. En filigrane, on devine (on suppose) la culpabilité du père qui a envoyé son fils à la boucherie.

Dans la fin du livre qui traite de l’après-guerre, Kipling apparaît comme un personnage assez antipathique, d’un patriotisme agressif, revanchard, antisémite et j’ai été impatiente de quitter sa compagnie. Le narrateur s’efface devant ces considérations amères. En miroir,  s’explique la relation père/fils difficile entre le narrateur et son père, sur fond d’Affaire Dreyfus.

En épilogue, le livre se termine à Westminster pendant la seconde guerre mondiale. Le narrateur se confie à son fils qu’il a appelé John comme John Kipling . Ce fils va être parachuté sur la France occupée. On espère que l’histoire du père qui envoie son fils à la guerre ne se répétera pas de la même façon.

J’avais beaucoup aimé l’exotisme et l’humour de la biographie de Zorgbibe   

Déjà, j’avais des réserves sur Kipling,  à la lecture de La Lumière qui s’éteint 

La misogynie, l’apologie de l’impérialisme britannique m’avaient paru assez insupportable  ce n’est pas l’aspect sombre du personnage qui me le rend plus sympathique. Et  pourtant, quel écrivain quel conteur dans Le Livre de la Jungle, Le jeu de Kim et L’homme qui voulait être roi (mon préféré)!

Six Fourmis blanches – Sandrine Collette

LIRE POUR L’ALBANIE?

Une histoire qui se déroule dans les montagnes autour de Valbona où j’ai d’excellents souvenirs d’un accueil chaleureux et d’une nature vierge?

Une histoire racontant un trek hivernal pour une randonneuse?

Un thriller addictif et haletant qu’on ne lâche pas une fois commencé.

Certes, les Six Fourmis blanches offre un bon moment de lecture, c’est du travail bien fait. 

Mais je décroche quand on invoque les esprits ou le diable. Je suis diablement cartésienne, le surnaturel m’agace. Je suis mauvais public pour les films d’épouvante. Parfois ces incursions dans l’irrationnel sont justifiées, dans l’évocation de coutumes locales. La Transylvanie et les vampires de Dracula, par exemple. L‘Albanie, aux confins de l’Europe, dans les Balkans, le pays des Aigles comme on l’appelle parfois héberge des coutumes d’un autre temps, comme la vendetta, les tours…vierges jurées. Des sacrifices d’un bouc (chèvre) émissaires y ont-ils encore lieu? Un des narrateurs est le Sacrificateur qui précipite les chèvres du haut des montagnes, il a du charme ! Comme mon esprit critique me titillait je me suis promenée sur la Toile à la recherche de sacrifices, ou de bouc émissaire dans les Balkans, et j’ai été surprise de découvrir une fête de l’été (ou de Saint Georges) au Kosovo où des chèvres et moutons étaient sacrifiés, sans parler de la fête musulmane du sacrifice du mouton….

Pour la randonnée qui tourne mal dans le mauvais temps et la tourmente, c’est très bien fait, on ressent le froid et la peur, on tremble quand une crevasse s’ouvre sous les pieds des marcheurs encordés. Un petit clignotant d’incrédulité s’allume.  Pour les glaciers, j’ai médit! Il y a vraiment 8 glaciers de petite envergure en Albanie,  proche du Monténégro (selon un site anglais,trouvé sur Internet). Le pic le plus haut  au-dessus de Valbona approche 2500m . Parce que je suis exigeante! Si on me balade, j’aime bien qu’on détaille le contexte.

Le Musée de la Renaissance au château d’Ecouen

BALLADES EN ÎLE-DE-FRANCE

Château d’Ecouen

Le village dEcouen se situe à proximité de Roissy on quitte l’autoroute à proximité de Gonesse avec barres et tours, on évite un site de Véolia avec camions et dépôts de gravats et on aborde la campagne. Un petit village dominé par son château, très imposant. 

château d’Ecouen : au coin, la chapelle

Le château fut édifié  de 1538 à 1544 par Anne de Montmorency, connétable et principal ministre des rois François 1er et Henri II. il forme un quadrilatère autour d’une cour pavée sur trois niveaux. 

La visite commence dans la chapelle, voûte aux arcs gothiques peinte à fresque armoriée. Aux quatre coins les statues de bois de Saints Ambroise, Jérôme, Augustin et Grégoire. L’autel de bois ouvragé et doré est de toute beauté, à l’arrière des plaques émaillées. La copie de la Cène de Leonard de Vinci par Marco d’Oggione est absente.  Dans une chapelle latérale on peut admirer un grand harmonium (ou un petit orgue) délicieusement peint. La musique de Josquin des Prés accompagne agréablement la visite. 

la salle des Armes présente une collection d’épées, casques, boucliers, pistolets….très finement ouvragés que je snobbe outrageusement n’ayant de goût que pour le manteau de la cheminée monumental et peint : la rencontre de la Reine de Saba et Salomon 

Dans les cuisines on raconte l’histoire du château avec une maquette et dans la pièce suivante on a exposé les bois finement sculptés provenant de la chapelle du château de Gaillon 1510 . J’ai bien aimé un panneau représentant Saint Georges distribuant l’argent du roi. Malheureusement de nombreuses salles sont fermées et je n’ai pas vu la chambre de  Catherine de Médicis ni les autres pièces des appartements de la Reine.

Tenture de David et Bethsabée : les troupes devant la ville de Raba

A l’étage, la galerie de Psyché occupe un côté, elle est chauffée par deux cheminées dont les manteaux sont sculptés, Diane et Actéon d’une part Jésus et la Samaritaine de l’autre côté. mais elle est surtout tapissée de la spectaculaire tenture de David et Bethsabée  de 75 m de long, réalisée à Bruxelles 

Tenture de David et Bethsabée : David envoie chercher Bethsabée

Je pourrais rester des heures à détailler la composition, les personnages (ils sont nommés par une broderie argentée), les paysages.

Dans la Grande Salle, le pavement est le plus original : oeuvre de Masseot d’Arbaquesme, esmailleur du Roi, il fut réalisé à Rouen en 1542. De longues bandes vertes à motifs de fruits encadrent des carrés clairs aux motifs des armes du Connétable de Montmorency. Aux murs des tentures Fructus belli représente un festin.

cassoni

Au deuxième étage j’ai adoré la salle des cassoni qui sont des coffres de mariage de facture italienne, florentine ou d’Ombrie, merveilleusement historiés sur des sujets mythologiques ou tirés d’Homère. Ce sont des scènes très coloriées souvent rehaussées d’or ou d’argent avec une multitude de personnages et d’animaux, sur des paysages très soigneusement dessinés.

détail

Une salle est consacrée à Bernard Palissy (1510 -1590). Sa vie est contée par le détail et j’apprends qu’il ne fut pas toujours céramiste mais arpenteur géomètre  dans les marais salants de la région de Saintes et qu’il étudia le sel.En 1546, il adhéra à la Réforme. En 1548, Anne de Montmorency vient mater une révolte de la gabelle en Saintonge. En 1555, il réalisa ses premières recettes d’émaux, fut arrêté en 1558 et jugé en 1563 pour hérésie. Pour ce même motif il fut banni en 1587 et meurt en 1590 à la Bastille.

Bernard Palissy : plat avec des animaux

Bernard Palissy n’hésitait pas à mouler des animaux pour les reproduire, serpent crustacés ou coquillages

Bernard Palissy : coques

Il décore des grottes, à la mode à cette époque : ou grotte d’Anne de Montmorency à Ecouen, Grotte de Catherine de Médicis aux Tuileries.

Bassin Lièvre : La Fretta

Une collection de céramiques et faïences, françaises mais aussi italienne présente une série de plats de toute beauté.

Je pourrais vous parler des bijoux merveilleux, des grès, des émaux…

Spectaculaires émaux!

plat émaillé

magnifiques, fins,  colorés, mais tellement difficile à photographier à cause des reflets dans les vitrines

 

Email : enfance de Jésus

il faudra que je retourne à Ecouen : la salle des céramiques d’Iznik  était fermée!

Luca Giordano – (1634 – 1705) Le triomphe de la peinture napolitaine au Petit Palais

Exposition temporaire au Petit Palais jusqu’au 23 février 2020 au Petit Palais

Luca Giordano : autoportrait

A l’entrée,  une série d’autoportraits nous permet de faire connaissance avec le peintre de sa jeunesse à l’âge mur.

Les expérimentations d’un jeune artiste

Dans cette première salle, nous assistons à l’apprentissage de l’artiste, « Luca-fa-presto »  étudie les maîtres imitant Titien, Reni ou Rubens…. si bien qu’on l’a accusé de faussaire.

Le Christ devant Pilate

Dans le Christ devant Pilate, il a combiné deux estampes de Dürer pour composer un tableau personnel.

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste

La Vierge, l’Enfant avec Saint Jean Baptiste renvoie à la Vierge de Lorette de Raphaël montrant un artiste qui maîtrise l’art du pastiche.

La définition du Mythe Giordano dans les églises de Naples

Six très grands formats dans une salle tendue de violet avec des arcades tentent de rendre aux retables et grands tableaux d’église leur décor d’origine.

Je n’aime pas forcément tous ces chefs d’oeuvres de la Contre-Réforme comme La Madone du Rosaire où figurent Sainte Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne et Saint Dominique.

Saint Michel Archange chassant les Anges Rebelles

En revanche les deux grandes toiles héroïques : Saint Michel archange chassant les anges rebelles m’a frappée : peinture sculpturale sans aucune condescendance ou mièvrerie.

Saint Antoine donnant l’Aumône

L’héritage de Ribera

Le bon samaritain (1660)

est présenté dans une grande salle très sombre tendue de brun. On y fait dialoguer les tableaux et les peintres Ribera et Giordano, mais aussi Preti et Giordano, Caracciolo et Giordano, Caracciolo introduisant l’influence directe du Caravage dans des tableaux sombres, dramatiques au contre-jour à l’éclairage violent.

Le Bon Samaritain fut même attribué jusqu’au XXème siècle à Ribera.

Le martyr de Pierre

Au centre le Martyr de Pierre de Preti est accompagné de deux toiles de Giordano avec la même ambiance caravagesque, j’ai préféré le Preti, plus riche. Leur faisant face, sur la cimaise opposée : Apollon et Marsyas peints par Ribera (1637) et Giordano (1660). La composition rappelle le Martyr de Pierre, le Ribera est moins sombre, son Apollon plus gracieux, tandis que le Giordano est plus sombre, plus violent encore.

Ribera : Apollon et Marsyas

j’ai apprécié le dialogue des Saint Sébastien : Ribera (1651), Preti (1657) Giordano (1660) dans une salle tendue de rouge (et c’est encore le Preti que j’ai préféré).

Luca Giordano entre cynisme et stoïcisme est le titre de la section suivante : une collection de portraits de philosophes ainsi que deux tableaux de la Mort de Caton et Mort de Sénèque.

Le triomphe de la mort : Giordano et le spectacle de la Peste. La peste de Naples 1656 décima la population. Giordano montre l’intervention de Saint Gennaro. C’est encore l’occasion de la confrontation de Preti et de Giordano. 

Vient ensuite une série de dessins sur des sujets mythologiques ou bibliques qui montre la virtuosité de Giordano comme dessinateur.

Le baroque local

 

Cette fois-ci, Giordano est présenté à Pierre de Cortone, tous les deux invoquant la figure de Saint Alexis avec des teintes plus claires (fond jaune) et apparition de putti bien baroques.

Giordano n’a pas peint que des sujets religieux toute une salle présente des sujets mythologiques avec des héroïnes alanguies comme Ariane abandonnée, Diane et Endymion, le Retour de Persephone, Polyphème et Galatée

En 1694, départ pour l’Espagne où il a de nombreuses commandes royales pour l’Escurial, la Bibliothèque du Prado, Saint Laurent des allemands où il réalise d’éblouissantes fresques qu’on peut admirer dans une salle où elels sont projetées à 360° accompagnées de la musique de Scarlatti : Lamentations pour l’office des Ténèbres.

La dernière salle Le grand Séducteur à la Cour d’Espagne montre un style lumineux, aérien et insouciant avec une belle Assomption de la Vierge et Tancrède baptisant Clorinde qui fait plus penser à un badinage amoureux qu’à un acte religieux.

 

CLOUET Le Miroir des dames – Mathieu Deldicque – éditions FATON

MASSE CRITIQUE DE BABELIO

D’abord un grand merci à Babélio et aux éditions Faton pour ce joli cadeau de Noël!

C’est un très beau livre, format carré (21cmx21) cartonné au papier crème et l’impression soignée. Le reproductions en couleur des portraits des Dames format 17×17  ou 11×16 sont également d’excellente résolution.

Le texte :  LE TRIOMPHE DES DAMES DESSINE PAR JEAN  ET FRANCOIS CLOUET

m’apprend d’abord que « Clouet« désigne deux artistes, père et fils, et que ces dessins proviennent de la collection de la Reine Catherine de Médicis. Collection féministe? que ce Royaume de Fémynie (Christine de Pisan).

 

En plus du plaisir d’admirer des dessins d’une grande finesse, ce qui m’aurait comblée, j’entre dans cette cour des femmes et découvre des dames et parfois des petites filles aux visages expressifs. Chaque dessin est accompagné d’une notice historique racontant parfois l’histoire ou s’attachant à un détail vestimentaire.

Certaines femmes comme Diane de Poitiers sont fameuses. Justement le portrait de la duchesse de Valentinois est confondu avec la duchesse d’Etampes. Cette confusion raconte peut-être une histoire de jalousie?

Un costume, un couvre-chef, sont signifiants. Il convient de s’y arrêter un instant d’autant plus que la notice signale parfois des retouches postérieures…

Cette dame (Jacqueline de la Queuille Madame d’Aubigny) dont le visage rose surgit de gaze blanche était-elle une nonne, Non ce sont des voiles blancs de deuil..

Je feuilletterai encore de nombreuses fois cet ouvrage où je découvre à chaque regard un détail, une histoire…

Un ouvrage précieux