le Luth d’ébène – Panagiotis Agapitos

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Le Luth d’ébène – une enquête de Léon le Protospathaire

Polar byzantin!

Savez vous ce qu’est un Protospathaire? et un spathaire? un stratège? un silentiaire? un tourmarque? Titres, grades des dignitaires de l’Empire byzantin confèrent une poésie et un mystère pour le lecteur moderne. Et la Césarée byzantine est la Césarée d’Israël, ou Césarée d’Antioche, ou Konya en Cappadoce?

Dépaysement garanti.

Dans le temps, l’action se déroule en mai 832. Léon, le Protospathaire est envoyé en ambassadeur auprès du calife de Bagdad. Il fait étape à Césarée, arrive en plein drame et propose d’aider le gouverneur à faire la lumière sur la disparition d’une jeune fille.

Je ne vous raconterai pas l’intrigue, ni les subterfuges, masques et déguisements. Sachez seulement que vous allez pénétrer dans des casernes, un bordel, un monastère, un bazar aux tapis….que vous allez vous perdre dans les subtilités de la bureaucratie byzantine, dans les querelles théologiques, les identités mouvantes….et j’ai bien aimé cela.

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Toda-Raba – Nikos Kazantzaki -ed. Cambourakis

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TODA-RABA – MOSCOU A CRIE est le titre entier du livre.

Nikos Kazantzaki est un des « Grands Ecrivains » du XXème siècle, depuis la visite de sa maison en Crète je le lis régulièrement  à chacun de nos voyages en Grèce. Je m’étais désolée d’avoir tant de mal à trouver ses livres en français ;  ce billet avait eu de nombreux commentaires. Comme quoi, je n’étais pas seule à chercher ses ouvrages.

Heureusement, récemment Cambourakis répare cette lacune et le réédite. Un grand merci!

J’ai choisi Toda-Raba sur une ambiguïté (pour moi) que je tiens à lever. « Toda  Raba« , en hébreu, veut dire merci beaucoup. Je croyais que le choix de ce titre y ferait allusion. Erreur! Toda-Raba est un personnage du roman, un africain, aucun rapport avec l’hébreu ou avec les remerciements!

Rien à voir avec la Grèce, non plus!

Kazantzaki a écrit ce roman à la suite de ses voyages en Union soviétique. Eléni Kazantzaki, dans une longue et passionnante préface relate les circonstances de ces voyages en 1925, 1928-1929 en Russie. En 1925, il a publié un livre Ce que j’ai vu en Russie. Il se rend à Moscou en 1927 pour fêter le dixième anniversaire de la Révolution d’Octobre et y rencontre Panaït Istrati et prépare avec lui, et leurs compagnes, une traversée en train de l’Union soviétique, une descente de la Volga de Nijni-Novgorod jusqu’à Astrakhan. L’histoire se terminera tragiquement pour Panaït Istrati. Kazntzaki en tira ce roman.

 

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« Cette confession en forme de roman n’a qu’un seul héros. Azad, Géranos, Sou-ki, Rahel, Anada et L’Homme aux Grandes Mâchoires ne sont que les diverses facettes d’une seule conscience qui a vécu et reflété la réalité – complexe, fluide à maintes faces – de l’Union Soviétique. …Seul le Nègre st en dehors et au dessus du héros. »

C’est  un roman- kaléidoscope  Des personnalités du monde entier sont conviées à un congrès à Astrakhan pour célébrer la Révolution. Sou-ki Chinois,  a entendu  l’appel de Moscou en Californie, Amita, du Japon, Azad, révolutionnaire tchekiste a travaillé sous les ordres de Djerzinski, Rahel de Lodz, Géranos est crétois…il y a aussi des Arméniens, Géorgiens….

Comme dans un récit de voyage, on suit ces voyageurs en Sibérie, à Kiev, Tiflis, Bakou, Boukhara… Kazantzaki dans ce court roman, sait nous faire goûter les vins géorgiens, les fruits, piments ou chachlik. Par touches, nous découvrons des paysages, des costumes, des traditions…;

Le début du livre, avec « le cri de Moscou » l’appel entendu dans le monde entier, l’enthousiasme de Sou-ki, les portraits de Lénine, »Lénine n’est pas mort ; il vit éternel parmi nous! Les générations futures adoreront Lénine car son grand cœur a souffert pour la Chine »  fait penser à de l’agit-prop.

« Liberté!Liberté! Le Moscovite descend!  » – « Et voilà maintenant, dans son âge mûr, Géranois sent en lui, tout à coup un vieux Crétois, son grand père, le fez rouge de travers qui chante à pleins poumons ce même refrain »

Enthousiasme révolutionnaire, Kazantzaki le partage-t-il sans nuance? la réunion à Kiev autour de Rahel , de jeunes juifs, d’intellectuels, d’artistes est plus nuancée. Occasion de discuter de l’art prolétarien, d’évoquer l’antisémitisme. Une réflexion critique :« les bons combattants sont ceux qui ont des œillères. Vous portez, mes amis, des œillères. Je ne voudrais pas vous les enlever » soulève un doute. 

Plus on avance dans le récit, et plus les doutes s’accumulent. Azad, le tchékiste  retrouve la Présidente du Tribunal révolutionnaire: « tu ne vois pas? Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre Russie? »[…]Notre rôle est fini. Nous sommes des revenants… »

Kazantzaki soulève aussi la question paysanne, koulak ou moujik : « le problème du paysan est complexe[…]plus nous donnons de liberté au paysan, plus la production augmente; Plus le paysan devient riche, plus il devient réactionnaire, par conséquence, du point de vue politique, il faut absolument réprimer la liberté du paysan » . L’enthousiasme béat du début du livre est loin. 

« Nous vivons trop intensément notre époque pour la voir et la juger. la réponse que tu demandes, camarade, n’existe pas. Elle mûrit à chaque instant »

Géranos transmet le flambeau révolutionnaire à son fils Panteli »Accomplis ce que je n’ai pu accomplir. laisse-moi et va plus loin »

On est loin de la propagande, la réflexion est poussée, sans conclusion définitive.

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Un bémol : je n’ai vraiment pas compris le rôle de Toda-Raba l’africain que j’ai trouvé caricatural et inutile. Il doit pourtant être capital puisqu’il a donné le titre au livre.

 

 

Les enfants d’Ulysse – Aris Fakinos

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« Or, entre-temps, notre pays qui avait été conquis.

Si seulement nous avions pu raconter à Ulysse nos souffrancs, lui détailler les malheurs qui frappaient notre terre….Mais comment aurions nous eu le coeur de lui dire que des milliers d’Allemands s’étaient abattus sur nous comme des nuées de sauterelles, que des drapeaux à croix gammée flottaient sur nos acropoles, que les barbares nous avaient asservis…..Où aurions-nous puisé le courage de lui avouer que les troupes d’Hitler règnaient partout, de l(Olympe jusqu’au Taygète, qu’elles avaient souillé Delphes de leur présence impie, qu’elles s’étaient installées à Mycènes, à sparte, à Argos? …Lequel aurait osé révéler au roi  d’Ithaque que son île bien-aimée gémissaient sous le joug des conquérants, que ses habitants subissaient le même sort que nous tous, que chaque jour ils mouraient de faim par centaine?…Qui sait, nous disions-nous quelles cruelles épreuves endurait la malheureuse Pénélope pour sauver ce qui resati de son foyer, pour vivre, pour élever toute seule son fils unique. Pour s’en sortir, elle vendait sans doute peu à peu, comme nos mères, les objets de sa dot, ses cuivres, sa vaisselle, les trafiquants du marché noir devaient la harceler afin de lui prendre contre quelques denrées, sa maiosn entière…. »

J’ai relu avec beaucoup de plaisir Le Récit des temps perdus lu une première fois en rentrant de Crète et je n’ai pas voulu quitter cet auteur. Dans Les enfants d’Ulysse, j’ai retrouvé le village d’Attique, encore rural, couvert d’oliveraies. Cette année notre voyage dans les Cyclades se trouve vraiment dans le sillage de l’Iliade et l’Odyssée. La couverture est ornée de la mosaïque d’Ulysse sur son bateau que nous avons vue au Musée du Bardo à Tunis

L’auteur a tressé deux récits qui se mêlent tellement qu’il m’a fallu parfois quelques minutes pour réaliser si je lisais bien le récit contemporain ou le récit antique. Le récit contemporain se déroule entre les années 1940 où le narrateur enfant étudiait en classe les textes antiques et 1967 quand – adulte et journaliste – il est contraint de prendre le chemin de l’exil. Les enfants grecs baignaient dans les textes homériques, ils s’identifiaient aux Achéens dans leur souffrances mais l’enfant les imaginaient:

« Plus je pensais à Ulysse et à ses compagnons, plus je les enviais : ils ne devaient pas avoir faim les veinards, dans leur cheval bourré de victuailles, avec des provisions assez abondantes pour tenir des années... »

L’enfant, puis le lycéen, le jeune adulte écrit le roman des compagnons d’Ulysse enfermés dans le cheval de Troie, attendant que les Troyens ne tombent dans le piège d’Ulysse. On a beau connaître le dénouement, l’incendie de Troie, la fuite d’Enée…on tremble pour eux, pour le cheval de bois qui s’abime dans l’humidité, pour le moral des guerriers réduits à l’impuissance. Le récit du « jeune Homère » est poignant.

Les Allemands fusillent des otages, et parmi eux le menuisier qui réparait les jouets des enfants mais qui refusait de collaborer. La fin de l’occupation allemande ne rend pas la paix au village, la guerre civile éloigne les résistants dans les montagnes. Athéna, l’une d’eux mène un combat inégal avant de capituler. Arrestations et déportations dans les îles. Le jeune homme entre en clandestinité et part en exil…

J’ai beaucoup aimé ce livre. Fakinos est un grand écrivain qui ait nous toucher encore un demi-siècle après.

 

Terres de sang – Dido Sotiriou

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« Juste en face, sur la côte d’Asie Mineure, des petites lumières clignotent. Juste en face, nous avons laissé des maisons bien rangées, des pécules sous clé, des couronnes de noces dans l’iconostase, des aïeux dans les cimetières. Nous avons laissé des enfants, des parents, des frères et des sœurs. Morts, mais sans tombe. Vivants mais sans toit Rêves hantés? Et dire que là, juste en face, hier encore, c’était notre patrie!

Dans la nuit , qui semble ne jamais vouloir finir, les silhouettes familières glissent une à une Les Kirlis, Chfket, Kérim effendi, Chrukru bey, Dali dayi, Edavié….Ils ne peuvent plus rien pour nous. Tout est perdu!

Gling, glang, le tintement sonore des grelots. Les pas nonchalants du chameau qui porte sur ses bosses les couffins et les besaces, les sacs de raisins secs, de figues, d’olives, les balles de coton et la soie, les jarres et les tonneaux, l’huile de rose, le raki, les trésors de l’Anatolie. Tout est fini!

Chamelier! Petit bêta, avec tes culottes bouffantes et ton œillet à l’oreille, arrête : ce n’est pas la peine que tu mettes ta main en porte-voix ; ta chanson triste n’arrive plus jusqu’à notre cœur. […]

On est devenu des brutes. On a sorti les couteaux et on s’est tailladé le cœur. Pour rien. »

Ainsi se termine, par l’exil l’histoire de ces paysans grecs qui cultivaient près d’Éphèse, d’Izmir, le tabac, les raisins et les figues depuis des générations, sur les bonnes terres qu’ils avaient défrichées avec l’aide de leurs voisins turcs. Grecs, Turcs mais aussi Arméniens, Francs, Italiens, nomades Yorüks formaient une mosaïque de populations qui se côtoyaient depuis toujours.

Le héros du livre Manolis Axiotis est fils de ces paysans. Plus éveillé que ses frères, il est parti à Izmir apprendre la vie de commerçant. Le roman commence comme un roman d’apprentissage. Manolis raconte la vie des champs et la vie de la grande ville.

Éclate la Grande Guerre, les Grecs ne sont pas envoyés au front mais dans des bataillons de Travail disciplinaires. Manolis raconte le typhus, la faim, les conditions terribles mais il s’évade. Rien ne semble entamer le moral ni la bonne entente, chaque fois, Manolis est tiré d’affaire par des turcs au bon cœur.

Quand « Les Grecs sont arrivés » la tragédie de la guerre Gréco-turque annonce la Grande Catastrophe. Au début, c’est la fête, on se réjouit de la fin de la Grande Guerre, de l’arrivée des Alliés de l’Entente et dans leur sillage de l’armée grecque. Mais c’est le début d’une guerre sans merci, une guerre où Manolis perdra tout. Patriote grec?

La rencontre avec Drossakis,  Crétois instruit et progressiste,  lui ouvre les yeux. Il lui fait comprendre que c’est la responsabilité des Grand Puissances, dépeçant l’empire ottoman, si la  Grande Catastrophe a déchiré l’Asie Mineure. Celle des Allemands d’abord attisant les conflits entre Turcs et Grecs. Puis celle des vainqueurs qui ont encouragé  l’armée grecque pour « reconquérir Constantinople » puis abandonnant les réfugiés à Smyrne qui brûlait. Les bateaux alliés auraient pu les  évacuer, ils ont assisté à la tragédie sans intervenir. Drossakis lui fait aussi relativiser la notion de « patrie » ;  ne pas confondre le peuple et la patrie. 

J’ai beaucoup aimé ce livre. Je l’ai trouvé sur le blog Présent défini qui en livre une analyse très intéressante et très complète ICI.

la maison d’édition Cambourakis offre tout un panorama de la littérature grecque, au format poche et à petit prix notamment les œuvres de Kazantzakis qui étaient devenues introuvables

 

un été avec Homère – Sylvain Tesson

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Cette année sera pour moi, une année avec Homère, commencée avec l’Odyssée de Daniel Mendelsohn : Une Odyssée – un père, un fils, une épopée   que j’ai fait lire autour de moi, puis La Pensée Chatoyante de Pietro Citati d’une érudition passionnante. A la suite de ces lectures, nous avons programmé un voyage dans les Cyclades, et j’ai téléchargé Le sourire d’Homère de Jean Soler, commencé sur le ferry du Pirée à Amorgos et lu au bord de la mer Egée aux heures fraîches, sur les terrasses de nos gîtes. Je ne saurais dire lequel de ces ouvrages j’ai préféré.

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Et voici que, en avril 2018, paraît Un été avec Homère de Sylvain Tesson à grand renfort de buzz. J’ai cru entendre qu’il était allé à Tinos, île des Cyclades que j’aime beaucoup pour écrire cet ouvrage. Comment ne pas le télécharger sur la liseuse? Dans ma bibliothèque virtuelle, Tesson est classé dans le « rayon » des écrivains-voyageurs, littérature qui me passionne. C’est donc avec grande impatience que j’ai attendu le moment de commencer cet Eté avec Homère.

Tesson n’est pas un helléniste comme Soler ou Citati, Vernant ou Paul Veyne qu’il cite dans sa bibliographie, il apporte un regard différent. Celui du voyageur ou celui du journaliste.

Dans l’avant -propos, je note:

« Tout événement contemporain trouve écho dans le poème, ou, plus précisément, chaque soubresaut historique est le reflet de sa prémonition homérique.

Ouvrir l’Iliade ou l’Odyssée revient à lire un quotidien. »

Pourquoi pas? Ce sera une réflexion contemporaine et journalistique, angle d’attaque original.

« Rien n’a changé sous le soleil de Zeus »  affirme-t-il

«  »Je crois à l’invariabilité de l’homme. Les sociologues modernes se persuadent que l’homme est perfectible, que le progrès le bonifie, que la science l’améliore. Fadaises! Le poème homérique est immarcescible, car l’homme, s’il a changé d’habit est toujours le même personnage, mêmement misérable ou grandiose, mêmement médiocre ou sublime… »

« Ce serait un malheur de priver les générations de ces chants divins, ces poèmes d’or, ce verbe de feu »

Certes, lisons le dans le texte!

« chaque vers a été analysé des milliers de fois, jusqu’à la névrose… » voilà qui ne présage rien de bon.

Dans la Géographie homérique, Tesson nous raconte qu’il s’est enfermé dans un pigeonnier vénitien de Tinos face à Mykonos. A voilà ce que j’attendais! Mais il n’ira pas plus avant; Dommage!  j’adore les pigeonniers de Tinos! Il évoque Miller (il me faudrait relire le Colosse de Maroussi).

Viennent des vers bienvenus de l’Iliade « Comme un homme nourrit un pan d’olivier… » je jubile;

Pas pour longtemps, malheureusement!

« Thétis, la mère d’Achille va demander au dieu-forgeron de lui fabriquer des armes (oh quelle est touchante cette maman qui équipe son enfant aux Galeries Lafayette de la mythologie pour qui’l puisse se ruer, tambour battant vers son destin, c’est à dire la mort!) »

Quelle comparaison! quelle élégance! Pourquoi pas Amazon-prime pendant qu’on y est!

Le bouclier d’Achille contient la représentation de tout le monde grec merveilleusement décrit et le voilà réduit à un achat dans un grand magasin. !et plus loin il revient à ce bouclier en expliquant « voilà qu’un dieu offre une vision, une photographie de la vie sur Terre. C’est le Google Earth du dieu Hephaïstos » et tant pis pour la poésie, tant pis pour le tableau de la vie antique!

La suite est à l’avenant!

A propos de Télémaque, Tesson convoque les mânes de Freud et d’Oedipe dans un véritable galimatias : « Puis-je avouer que je trouve plus princière la figure télémaquienne? En quoi ne correspondraient-elle pas à nos structures psychiques enfouies » . 

Dans les Royaumes du Mystère, « nous extrairons plus avant le retour d’Ithaque, Ulysse se glisse dans un interstice du merveilleux, comme le vaisseau de Star Trek dans un feuilletage spacio-temporel » quelle poésie! 

Il y a pire quand Ulysse affronte les Sirènes « le contrôle intégral grâce aux offices des GAFA » plus loin, à propos d’un « culte du présentisme » Tesson note que « Le Grec antique n’est pas ‘homme de Zuckerberg ». De grâce!

« Tout est aussi compliqué sur l’Olympe que sur le sol des hommes, à l’université d’été du parti socialiste. L’Olympe bazar affreux » Là où chez Soler Zeus « sourit » nous atterrissons au congrès du PS…

Comment désenchanter le plus enchanteur des textes?

 

 

 

 

La Verrerie – Mènis Koumandarèas

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Koumandarèas est l’auteur d’un charmant livre Le fils du concierge

que j’avais bien aimé. La Verrerie est de la même veine quoique, plus long et plus abouti. La Verrerie est un magasin de luminaires à Athènes situé dans le quartier de l’Usine à Gaz encore en activité, tenu par un couple Bèba et son mari Vlassis. Quand ils étaient jeunes Béba et Vlassis étaient militants. Au début du roman, c’est un couple tranquille qui s’ennuie un peu, vie une vie tranquille avec deux amis célibataires un peu décalés. Vacances à Nèa Makri, samedi soir au restaurant La  Petite Friture, une vie un peu monotone que des tournées chez les fournisseurs en province, Lamia, Patras, Volos ou Thessalonique tendent de ranimer. Parfois Bèba va seule dans une pâtisserie, elle est séduisante et le sait.

Il semble que rien ne peut se passer. Et pourtant Vlassis est hospitalisé, victime d’une grave dépression. Bèba se trouve un amant. Spyros et Vassos se retrouvent aux commandes de la Verrerie. Croyant faire des affaires, ils mènent le commerce à la faillite. Bèba, tentera de sauver son entreprise. Malgré tout, c’est une femme énergique!

C’est donc surtout le portrait de cette femme courageuse. Les personnages secondaires ne sont pas négligés. C’est aussi le portrait d’une époque, de la  Grèce sous la botte des colonels.

C’est un livre tout en finesse. D’où vient son charme? difficile à dire et ce charme opère. Une lecture bien agréable!

 

 

Offshore – Petros Markaris

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Je lis avec toujours grand bonheur les polars  de Petros Markaris pour le plaisir d’un bon polar, bien sûr., il n’est pas obligatoire de connaître Athènes et  la Grèce pour suivre l’intrigue bien conduite.

Je me suis attachée au Commissaire Charitos, humain, perspicace, mais surtout tenace, qui ne lâche pas l’affaire même si, plus haut,  on lui intime l’ordre d’abandonner. J’ai vu Katarina, sa fille, se marier, faire carrière comme avocate et juriste, Adriani, sa femme, parfaite maîtresse de maison, mitonner ses petits plats pour réjouir sa famille, même dans les moments les plus difficiles. J’ai suivi Zissis, l’ancien communiste, toujours au service de la bonne cause… Tous ces personnages racontent une Grèce actuelle, plutôt traditionnelle pour Adriani, plus moderne pour Katarina et son mari, aux prises avec la Crise. Comme souvent, l’auteur de polar fait mieux sentir le quotidien que le sociologue ou le journaliste.

Justement! quand Offshore débute, la Crise est terminée!

Par quel miracle économique, le salaire des fonctionnaires est-il augmenté? L’optimisme gagne les consommateurs. Les voitures ressortent et les embouteillages de fin de week-end paralysent les routes comme au bon vieux temps d’avant la Crise.

Ainsi commence le roman, dans l’enthousiasme béat de la Croissance retrouvée. Sauf que les homicides suspects se succèdent : Lalopoulos, impliqué dans des affaires de pots de vin, de marinas et de blanchiment d’argent est une victime bien ordinaire et l’affaire ne semble pas très compliquée. la seconde victime est un armateur, gros poisson, cet assassinat est une affaire plus délicate.

« C’était qui ce Hardakos? – L’un des grands armateurs que nous ayons; Enfin, façon de parler. Ce n’est pas nous qui ‘avons, mais les Anglais.[…] -On se tue à réclamer les marbres d’Elgin aux Anglais. C’est nos armateurs qu’on devrait récupérer. Si nous avion deux sous de cervelle, c’est ça qu’on leur proposerait : gardez les marbres, rendez les armateurs »

Mais quand on trouve mort un journaliste qui, justement enquêtait sur ces disparitions, ces meurtres qui s’enchaînent embarrassent la hiérarchie et Charitos est démis de l’enquête…..Je n’en dirai pas plus.

Roman prémonitoire! En Grec, Offshore est paru en 2016. Les Panamas papers sont parus presque en même temps!

Et pour une coïncidence, ce n’est pas la seule. « La Grèce est sortie de la Crise! » a-t-on pu lire récemment dans la Presse. Sortie, peut être mais exsangue! La TVA à 24% sur les denrées alimentaires, cela plait peut être aux créanciers, moins au consommateur!

Et si on veut continuer le jeu des ressemblances : que dire de ces politiciens quadragénaire du mouvement ETSI qui ont quitté tous les partis, ni-droite/ni-gauche…jeunes affranchis de toute idéologie….qui subventionnent les entreprises , mais pas les retraités…

« tu as des nouvelles pour les retraites? demande Zissis-« elles attendront. On dit qu’on va d’abord stimuler les investissements, pour doter la croissance et l’emploi, quant aux retraites on verra plus  tard. »[….]-« Lambros, toi qui as tout vu et tout vécu, lui dis-je plaisantant à moitié, as-tu découvert quelque part d’où vient l’argent? » – « Toi qui es chrétien, tu ne devrais pas me poser cette question, » répond-il sérieusement – Pourquoi? – « parce que les Écritures saintes ne cessent de répéter qu’on n’a pas besoin de savoir. « crois et ne cherche pas » qu’est-ce que cela veut dire? crois que tu vas recevoir et ne te demande pas d’où. Et « Donne-nous notre pain quotidien »? Seigneur, donne-moi à manger, peu m’importe où tu trouveras mon pain demain …. »

Non seulement Markaris décrit avec vivacité le quotidien des Athéniens, mais il le fait avec humour, et j’ai beaucoup souri et même ri.