Voyage d’hiver dans les bosquets de Versailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le voyage d’hiver me parle de Schubert!

La belle photo des perles d’Othoniel dans le blog d’Aifelle m’a donné envie d’aller me promener dans les jardins du Château de Versailles.

Météo tristounette, ciel couvert, automnal, presque hivernal. C’est l’or des feuilles qui éclaire le paysage – et j’espère – les photos.

Parcours d’artistes contemporains. Pour l’art contemporain, je fais de gros efforts. parfois, je suis récompensée. Parcours ludique, jeu de piste pour adultes. Les installations sont numérotées. Munie d’un plan, je cherche les bosquets. Au début j’ai du mal à m’orienter. Parcours labyrinthique.

bosquet de l’arc de triomphe

Le Bosquet de l’Arc de triomphe n’a pas d’arc mais un groupe de métal doré soutenant un dieu, ou le Roi sur un trône. La plasticienne Marguerite Humeau a installé un sphinx en hauteur derrière des plantations de graminées et d’arbustes aux troncs colorés. C’est joli mais je préfère les statues anciennes

Sphinx Otto protecting from Humanskind

L’installation suivante se trouve dans le Bosquet des Trois Fontaines. J’aime beaucoup ce bosquet installé sur une pente où deux grandes vasques en haut et en bas et deux petites au milieu sont entourées de rocailles, vrais coquillages, ormeaux nacrés et conques, des reliefs contournés me font penser aux châteaux de sables , rocailles arrondies….Les sculptures de David Altmejd, ne m’ont pas convaincue, surtout l’homme à tête de chien aux ventre-géode et aux boutons dans le dos.

Bosquet des trois fontaines Le souffle

J’ai adoré le Bosquet des bains d’Apollon WE GAVE A PARTY FOR THE GODS AND THE GODS ALL CAME de John Giorno.

les Bains d’Apollon WE GAVE A PARTY FOR THE GODS AND THE GODS ALL CAME LET IT COME LET IT GO

Le plasticien s’est il contenté de rajouter un rocher avec ce texte en lettres capitales? L’intention d’Hubert Robert (1778-1781) est séduisante. Dans la grotte de Théthys, un groupe de dieux ou nymphe festoie. Les chevaux du soleil  ne sont pas visibles. La première grotte de Thétys détruite en 1684 inspira Jean de La Fontaine :

Quand le Soleil est las et a fait sa tâche

Il descend chez Thétys et prend quelque relâche

C’est ainsi que Louis va se délasser.

D’un soin de chaque jour il faut recommencer

Dans le Bosquet du Dauphin, L’installation de Dominique Petitgand TOUT EST BOULEVERSE est sonore, comme le souffleur de feuille sévit dans le coin, ce n’est pas du tout convainquant!

 

Bosquet de l’Obélisque Jean Marie Appriou a installé 4 statues représentant les 4 saisons. De loin, j’avais pris le gros animal balourd pour un dinosaure, en m’approchant, pour le Dodo, finalement c’est un signe balourd. En face, une taupe surgit du sol, idée amusante:

taupe

Le Bosquet de l’Encelade est un de mes préférés, Titan qui s’est mesuré à Jupiter est à moitié enseveli sous des rochers, ou la lave de l’Etna. L’ajout moderne de totem de céramique colorée ne se remarque même pas. En revanche tout autour, les topiaires, la galerie en treillage est très élégante.

Titan enseveli dans les laves de l’Etna

Le Soleil, d‘Ugo Rondinone , cercle doré qui termine la perspective et s’ouvre sur le grand canal, est très réussi.

J’aurais aimé aller à la place des deux touristes pour prendre en photo le Char d’Apollon  et, au fond, le château, il est déjà midi, je n’ai vu qu’un côté de l’exposition. Je ne fais pas le détour

Char d’Apollon

Au retour j’ai un coup de cœur pour le Bosquet de la colonnade,

bosquet de la colonnade : PROSERPINE ‘S CHRYSALIDE

Je me perds dans le chemin du Labyrinthe, je n’ai pas  vu les perles d’Othonniel que j’attendais (elles ne sont pas sur mon plan. Autre exposition?

Je me promets de revenir ‘été quand les jets d’eaux, les cascades et les grandes eaux magnifient les bosquets. Cette promenade hivernale a bien du charme, ma foi!

La course à l’abyme – Dominique Fernandez

CARNET MALTAIS/LIRE POUR L’ITALIE

C’est avec un plaisir immense que j ‘ai relu cet ouvrage.  Je relis les livres de Dominique Fernandez à l’occasion de mes voyages,  en Sicile, à Rome. C’ est un passeur d’histoire merveilleux et un fin analyste.

A la première lecture, je ne connaissais pas le Caravage et c’était une découverte à la veille de notre voyage à Naples. De retour de Malte, j’ai repris ce livre. entre temps j’avais lu Le Piéton de Rome qui consacre de nombreuses pages à Michelangelo Merisi. 

Plutôt qu’à la personnalité du peintre,  je me suis intéressée aux analyses des tableaux que, maintenant, j’ai vus et aux thèmes récurrents, surtout le Saint Jean Baptiste qui m’a impressionnée à La Valette mais qu’il a peint à nombreuses reprises :

« Quand ils (les Français) représentent la tête de saint Jean-Baptiste sur le plateau de Salomé, on ne voit ni les veines qui pendent du cou ni les flots de sang qui dégoulinent. je veux moi, qu’on prenne cet épisode de la Bible pour ce qu’il est : un homicide répugnant. »

A plusieurs reprises dans le livre il revient sur ce thème :

A Malte : « pour le plus grand tableau qu’on m’eût jamais commandé j’étais invité à peindre un assassinat par décollation »

et cette scène inspire plusieurs interprétations:

« je m’identifiais à Jean, je rêvais au bonheur de mourir de la main d’un bourreau aussi beau et radieux que lui… »

ou la scène de l’assassinat de son père :

« meurtre, un meurtre qui s’était produit réellement, la mort de mon père poignardé par les tueurs dans une rue de Milan »

Toute une étude est réservée à la peinture de ce saint depuis Leonard de Vinci dont le portrait androgyne l’inspire.

Autre figure récurrente : le Bacchus , je me souviens du Bacchus malade de la galerie Borghese et le Jeune homme à la corbeille de fruits exposé juste à côté.

Autre lieu, autres scènes et tableaux qui m’ont impressionnée : les tableaux représentant Matthieu dans l’église de saint-Louis- des-Français. Le séjour du Caravage à Rome est raconté avec toutes les intrigues dont celle autour des peintures dans cette églises que j’ai visitée en suivant l’itinéraire de Dominique Fernandez dans le Piéton de Rome.

Lectures, visites, tableaux se répondent et je vais de l’un à l’autre sans me lasser.

David Hockney au Centre Pompidou

EXPOSITION TEMPORAIRE DU 21 juin au 23 octobre 2017

Hockney n’est pas uniquement le peintre des piscines californiennes! Je les aime beaucoup, mais ce n’est qu’une partie de son oeuvre qui est présentée dans cette rétrospective.

Comment Hockney est- il passé de la représentation de l’Angleterre laborieuse des Builders ou du Poulailler 1954 qu’il a peints en sortant de l’école d’Art de Bradford à ces piscines? C’est cette évolution que montre l’exposition de Beaubourg, bien qu’elle ne soit pas vraiment chronologique mais plutôt par thèmes.

La salle qui succède au réalisme socialiste présente les Love paintings – passage à l’abstraction qui’l est bien difficile de décrire avec une économie de couleurs et de motifs, une figure phallique récurrente, la présence de mots écrits… le cartel explicatif note l’influence de Pollock, Dubuffet et Beacon. j’ai été surtout impressionnée par Shame – moins abstrait que les autres, plus facile aussi à interpréter.Le mot-clé qui fait la liaison entre les deux  peinture, est sans doute propagande. La peinture de David Hockney est engagée et politique. Il s’engage très tôt dans la sous-culture homosexuelle dès 1960.

Du libertin de Londres au dandy New Yorkais est le titre de la salle suivante: The rake’s progress est une série de gravures en Noir& blanc soulignées ou tachées de rouge où un personnage à lunettes (lui-mêm je présume?) évolue dans un contexte bizarre.

La salle suivante est encore très différente et titrée Démonstration de Versatilité : suivant l’exemple de Picasso, Hockney affirme « qu’il pouvait maîtriser tous les styles. la leçon que j’en tire c’est qu’on peut les utiliser tous » . Les tableaux grand format et souvent très colorés surtout dans ses tableaux américains Rocky mountains tired indians (1965) et Arizona m’ont beaucoup plu.

 

On arrive à la Californie (1964), les cartels notent l’influence de Warhol . Un portofolio montre les photographies très belles, ayant inspiré les tableaux de piscine ou de scène de douches. A bigger splash a aussi fiat l’objet d’une vidéo. mon préféré est Pool & Steps, le nid du Duc (1971 ). merveilleuses étude de la transparence de l’eau. Occasion aussi d’introduire des nageurs peu vêtus.

Dans la même salle on voit une des illustrations de 14 poèmes de Cavafy

En contrepoint aux grandes piscines colorées une série de portraits à la plume ou rehaussés de couleurs, montrent une grande dextérité et une maîtrise du dessin.

Double portraits est le titre de la salle suivante où la taille des cadres est encore plus grande. Deux personnages souvent figés dans un décor où l’on voit souvent des oeuvres de la peinture des grands maîtres. Ces grandes toiles photographiques sont parfois ironiques.

Retour en Angleterre pour des tableaux de paysages très colorés et des vidéos : la même route dans la forêt est prise exactement au même endroit pendant les 4 saisons, l’ensemble est composé de 18 pavés, la colonne du milieu semble immobile tandis que sur les côtés les pavés semblent zoomés, et s’éloigner; lr spectacle est en 3D et saisissant.

l’exposition se conclue sur des tableaux très colorés, série sur un jardin avec une terrasse bleue et triptyque autour de l’Annonciation.

le bal des mécaniques – Yannick Grannec

BAUHAUS (3)bal-mecaniquecouverture

Au sortir de l’exposition Bauhaus aux Arts Décoratifs j’ai emprunté les deux livres très sérieux : La bande du Bauhaus de Nicholas Fox Weber et Bauhaus de Magdalena Droste. Sur les conseil de keisha, j’ai lu Le bal mécanique de Yannick Grannec. Le 4ème de couverture était très attirant insistant sur le Bauhaus.

 

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Andy Warhol autoportrait
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la maison jaune Gabriele Münter

Ce gros livre (540 pages) est composé de deux parties très différente. La première(248p) se déroule aux Etats Unis au 21ème siècle. Josh – ex-architecte – animateur vedette d’une émission de télé-réalité – et sa femme Vikkie  -ex psychologue – préparent deux épisodes de leur émission. Leur émission peut être vécue comme une psychanalyse ou un déménagement : une famille est « purgée » de son décor quotidien, filmée dans son intimité puis ré-installée dans leur maison redécorée. Le récit est bourré de références psy et même biochimiques, testostérone, ocytocine, et autres hormones dégoulinent. Le jargon psychologique, néologisme, anglicisme et autres charabia télévisuel confère un style à la limite du lisible. J’ai souffert et failli abandonner. mais j’attendais le Bauhaus!

 

Le seul personnage un peu attirant était le père de Josh, un peintre octogénaire.Mais il meurt au début du roman.

Hopper piscine à 3 bleus
Hockney piscine à 3 bleus

 

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Paul Klee pastorale

La seconde partie se déroule en Europe, Allemagne et Suisse et même Union soviétique, de 1907 à 1933. Elle raconte l’histoire du Théodor et Luise Grenzberg. Théodor est marchand de tableaux et ami de Paul Klee qui sera le parrain de Magda. Ce roman historique met en scène la vie au Bauhaus à Dessau où enseigne Klee et où étudie Magda. On assistera aussi à la vie nocturne de Berlin juste après la Première guerre mondiale, ambiance dissolue, inflation, vie artistique très riche et montée de l’antisémitisme et du nazisme. Même si les personnages de Luise et Theodor m’ont semblé assez convenus, j’ai beaucoup aimé Klee (j’aime Klee sous toutes ses manifestations). On croise aussi Gropius, Hannes Meyer, Gunta Stözl,  Otto Dix…. J’ai donc lu avec grand intérêt cette deuxième partie.

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paul Klee

Chaque chapitre est « illustré » par une oeuvre d’art, de l’Autoportrait d’Andy Warhol, à plusieurs oeuvres de Klee, en passant par une vanité de Philippe de Champaigne, sans titre de Rothko, La maison jaune de Gabriele Münter, ou la piscine de Hopper….L’éditeur ne donne malheureusement pas les images mais les oeuvres sont assez connues pour que je les retrouve sur Google avec mon smartphone. L’expérience est amusante.

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lissitzky proun

Le bal mécanique est un tableau de Klee, ce titre fait aussi référence aux nombreuses fêtes qui eurent lieu à Dessau.

 

La Bande du Bauhaus – Nicholas Fox Weber

APRES L’EXPO BAUHAUS

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Après la visite de l‘exposition Bauhaus aux Arts Décoratifs, j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette école prestigieuse dont le nom évoque aussi bien l’architecture, le design que la peinture avec Klee et Kandinsky et surtout le passage à la modernité dans l’art et la vie quotidienne. Cette exposition a des résonances avec des visites récentes comme l’exposition Oscar Wilde avec le mouvement anglais de Ruskin et Morris, Arts and Crafts qu’avec l’Exposition Schoenberg au Mahj, où j’ai découvert que le musicien était aussi peintre et les correspondances des recherches esthétiques entre Schoenberg et Kandinsky. J’ai donc emprunté à la Médiathèque deux gros livres La bande du Bauhaus de Nicholas Fox Weber (Fayard ed.) et Bauhaus de Magdalena Droste (Taschen).

Nicholas Fox Weber est un écrivain et journaliste qui se consacre depuis 40 ans à la Fondation Joseph et Anni Albers .Plusieurs ouvrages ont été traduits en français: La bande du Bauhaus, C’était Le Corbusier, Balthus ainsi que L’Art de Babar. D’autres écrits en anglais sont consacrés à Joseph et Anni Albers, et d’autres artistes comme Miro, Kandinsky. 

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Wassily kan dinsky composition8

La bande du Bauhaus est un gros (et lourd) pavé de 600p. divisé en six biographies, Gropius, le fondateur, Klee, Kandinsky, artistes déjà consacrés en 1919 au début du Bauhaus, Joseph Albers, Anni Albers, Ludwig Mies van der Rohe. Une centaine de pages pour chacun de ces personnalités.

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J’ai moins aimé la première partie consacrée à Gropius, génial inventeur du concept du Bauhaus, architecte articulant l’idée de bauhütte, reliée au compagnonnage, aux bâtisseurs des cathédrales, à l’artisanat et en même temps au monde industriel, ancrant l’école dans la production moderne. Dans la fondation de l’école, Alma Malher, épouse de Gropius, est présente, séductrice et aimant attirant les meilleurs talents d’alors. L’évocation très détaillée d’Alma Malher m’a un peu agacée, j’y ai trouvé une somme de ragots mondains et l’auteur ne la montre pas sous un jour sympathique.

paul klee polyphonie
paul klee polyphonie

 

Les biographies de Klee et Kandinsky sont passionnantes, elles montrent les recherches esthétiques en cours. Ces deux artistes s’appréciaient, se fréquentaient et se promenaient dans les parcs de Weimar puis de Dessau. 

albers vitrail
albers vitrail
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anni albers tissage

 

 

 

 

 

 

 

Mais c’est dans l’évocation de Joseph et d’Anni Albers que l’auteur se révèle comme un biographe chaleureux et comme un ami. Ces relations très proches se sentent dans l’écriture. La correspondance de Albers et de son ami Perdikand est une approche précieuse tout comme les rencontres avec Anni Albers qui révèlent la personnalité de l’artiste, à la période du Bauhaus comme par la suite aux Etats Unis.

A travers ces histoires individuelles, c’est aussi tout un pan d’histoire qui est raconté : de la vie artistique viennoise avec Malher (Freud en un clin d’oeil), Klimt qu’a fréquenté Alma Mahler.Berlin, ville cosmopolite ou à Munich. La Première Guerre mondiale a été traversée diversement, selon les artistes. A l’issue de la Grande Guerre on devine tous les bouleversements, l’inflation et les luttes d’influences pendant la République de Weimar. Ces luttes politiques ont eu une grande influence sur le Bauhaus qui dut quitter Weimar pour Dessau, puis finalement Dessau.

On voit la montée du nazisme, l’antisémitisme (déjà présent) s’étend et le Bauhaus cosmopolite n’échappe pas au recensement des juifs, des étrangers.

Grande richesse des rencontres du Bauhaus où des mazdéens suivant Itten pratiquèrent leur culte, des socialistes rêvèrent d’un monde nouveau, des peintres éttaient aussi d’assez bons musiciens pour donner des concerts….où le théâtre était assez pris au sérieux comme un atelier de menuiserie ou de tissage..

Une leçon d’Histoire de l’Art mais aussi une leçon d’Histoire tout court.

Seul reproche (qui n’en est pas vraiment un), j’aurais aimé plus d’illustrations encore. Les photographies en Noir et blancs présentent des portraits à travers le texte mais les oeuvres en couleur sont regroupées en deux cahiers, j’aurais aimé en voir plus. Mais alors le livre -déjà très lourd-aurait été intransportable et aurait donné des crampes au lecteur.

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J’ai donc feuilleté le livre Bauhaus de magdalena droste au cours de ma lecture du livre de Nicholas Fox Weber à la recherche des images manquantes. Et j’y ai trouvé une iconographie magnifique. Les meubles, les objets de design occupent une place importante ainsi que l’architecture qu’on voit à peine dans la Bande du Bauhaus.