Un joli roman graphique est arrivé dans ma Boîte à Lettres. Merci à Babélio et aux éditions Chêne. Format agréable, beau papier, couleurs franches,
« les couleurs présentes dans les oeuvres de jeunesse »
dit l’auteur. Graphisme intéressant, et roman graphique bien documenté.
…Un hommage, une tentative de faire de la bande dessinée ce que la bande dessinée n’est pas »
continue-t-il dans les pages liminaires.
A être franche, j’ai d’abord été un peu déçue. Je suis revenue enthousiasmée de l’exposition Basquiat l’an passé à la Fondation Vuitton. J’avais découvert l’univers de Basquiat si riche en symboles et en signifiants. Un animateur avait donné quelques clés pour comprendre ces œuvres foisonnantes et j’espérais que ce nouveau livre utiliserait certains de ces codes . Pas du tout!
Ce n’est pas un livre d’Art : aucune reproduction de Basquiat ne figure ici. Pas d’interprétation. Des allusions au marché de l’art. Des rencontres avec les contemporains de l’artiste : Warhol, bien sûr, Keith Haring également.
Ce n’est pas un plagiat! L’auteur n’a pas plagié l’artiste. Il n’a pas chercher à dessiner à la manière de…
C’est un travail original, une sorte de biographie. Paolo Parisi s’est inspiré de la vie de Jean-Michel Basquiat, il a cherché à traduise sa fulgurance avec ses mots, ses idées, ses dessins. Il raconte une histoire. Son héros, SAMO d’abord, Basquiat quand il devient célèbre, la vie entre fête et drogues, limousines et caves….la musique, les femmes qu’il a rencontrées, les marchands….jusqu’à la fin.
EXPOSITION TEMPORAIRE du 26 mars au 21 juillet au Musée d’Orsay
C’est une grande exposition, prévoyez du temps!
Si vous prenez l’audio-guide vous serez guidé par Lilian Thuramet Abdelmalik.
François-Auguste Briard : L’Abolition de l’Esclavage dans les Colonies Françaises
Elle couvre la période historique allant de la Première Abolition de l’Esclavage (1794) au XXème siècle. Exposition chronologique, sous un aspect historique où l’histoire de l’Esclavage et son Abolition occupe une place centrale. Tableaux et gravures voisinent avec les décrets d’Abolition, des éditions originales, le manuscrit de Bug-Jargal de Victor Hugo.
On peut aussi adopter plutôt un regard plus pointu sur le Modèle Noir dans la peinture comme nous l’invite le titre de l’exposition.
L’ambition est de redonner un nom à ces grands oubliés du récit des avant-gardes en plaçant l’histoire de l’art en miroir de l’histoire des idées; des sensibilités et des représentation »
Joseph : étude d’homme par Géricault
Les conservateurs qui ont organisé l’exposition on fait des recherches pour nous présenter ces modèles, leur donner un nom, une identité au lieu des titres anciens « portraits de Nègre » ou de « mulâtresse »….Nous découvrons des personnages comme Madeleine, la jeune femme de l’affiche, domestique affranchie du beau-frère de Guillemine Benoist. Joseph, modèle de Géricault qui en a fait le marin central du Radeau de la Méduse, était aussi le modèle de Chasseriau
Etude d’homme noir par Chasseriau pour une composition d’Ingres
Joseph, acrobate et mélomane était très apprécié dans le milieu artistique, une vrai vedette à l’époque.
Je m’intéresse à la personnalité des modèles presque autant qu’à celle des peintres connus comme Géricault, Delacroixou Chasseriau, qui soutenaient dès le début du XIXème siècle la cause abolitionniste.
Delacroix : Jeune Homme en buste coiffé d’un turban rouge
Le Jeune noir à l’Epée de Puvis de Chavanne a déchaîné l’admiration d’Abdelmalik dans le commentaire, pas le mien, je n’aime pas beaucoup ce peintre.
Le Châtiment des quatre piquets démontrant la cruauté de l’esclavage fut refusé au Salon de 1843 et la date de 1849 (après l’Abolition) est inscrit .
Châtiment des 4 piquets
Au milieu du XIX ème siècle l’anthropologie tenta de caractériser les types et les races (souvent pour établir une hiérarchie justifiant le colonialisme). Sans tomber dans ce travers négatif Charles Cordier produisit alors des bustes saisissants
Cordier : buste d’une femme des ColoniesCordier : Vénus africaine
La salle suivante s’intitule Métissage littéraire un mur entier est dévolu à Alexandre Dumas d’abord caricaturé en exagérant ses traits africains puis portraituré comme un blanc quand il devient célèbre et respecté.
caricature de Dumas
Je découvre Jeanne Duval, la muse de Baudelaire
Jeanne Duval peinte par Manet
et dessinée par Matisse dans les illustrations pour les Fleurs du Mal
matisse : illustration des Fleurs du Mal
D’autres personnages de couleur ou métisses sortent de l’ombre : Ira Aldridge acteur noir américain shakespearien qui émigra à Londres et triompha dans Othello. la musicienne havanaise : Maria Martinez, Miss Lala, acrobate peinte par Degas
Degas : Miss Lala
Autour d’Olympia est le thème d’une salle . On a retrouvé le modèle de la servante noire d’Olympia qui brandit un bouquet : elle s’appelle Laure.
Esther de François-Léon de BenouvilleBazille : jeune femme aux pivoines
On arrive au XXème siècle, une salle avec des vidéos est consacrée aux tirailleurs sénégalais (Valotton) et, après la Grande Guerre Joséphine Baker est célébrée ainsi que le jazz (Fernand Léger)
Paul Colin : La Revue nègre
Le jazz inspire Fernand Leger tandis que la dernière salle présente des collages colorés de Matisse.
Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 17 juin 2019
Franz Mar : Le Rêve
Dans la lignée des expositions autour d’Apollinaire, Dada-Africa, l’Orangerie présente l’aventure du Cavalier Bleu , exposition autour d’une rencontre en 1910 de Franz Marc( 1880 -1916) et d’August Macken(1887 – 1914), rencontre, confrontation de deux contemporain et aventure du Cavalier Bleu encollaboration avec Kandinsky.
Nous faisons connaissance avec ces deux peintres allemands et c’est l’occasion d’une formidable leçon d’Histoire de l’Art. Marc comme Macke connaissaient, expérimentaient, étaient ouverts aux influences de la peinture européenne à la veille de la Première Guerre mondiale. Alors que nous découvrons ces tableaux qui sont neufs pour nos yeux, nous pouvons lire les influences, les recherches, les styles et l’évolution rapide d’un moment de peinture qui n’a duré que quatre ans.
La première salle présente les deux amis : elle est sous-titrée: LA RENCONTRE (1910) UNE AMITIE DE PEINTRE
Franz Marc Etude Verte
sur deux murs on voit la Nature telle que la voit Franz Marc , un peu à la manière de Van Gogh, dans l’Etude Verte ou de Gauguin avec les à-plats bordés d’un liseré noir, japonisme peut être? Le Torrent dans la Forêt m’a beaucoup plu.
Torrent dans la forêt
Absence des humains mais présence des animaux, surtout des chevaux. Les animaux ont un sens de pureté dans un monde naturel.
Franz Marc : Chevaux au soleil
en face les tableaux d’August Macke, montrent des portraits et des natures mortes, un peu à la manière de Cézanne, ou de Matisse
La joueuse de LuthAugust Macke : Portrait de Franz Marc
Début d’une amitié : les deux peintres échangent des tableaux peignent de portraits l’un de l’autre. Seul le portrait de Franz Marc subsiste.
la 2ème section s’intitule LES ANNEES BLAU REITER (1910 -1912)
Les deux amis rencontrent les peintres qui exposent en Allemagne Matisse et Van Dongen, mais surtout ils se lancent dans la’aventure du Cavalier Bleu avec Kandinsky. Les couleurs deviennent très vives, contrastée
August Macke : autoportrait caricaturéFranz Marc : chat derrière un arbreFranz Marc : chat derrière un arbre
Ils rencontrent aussi les cubistes et les animaux de Marc subissent l’influence cubiste
Franz Marc : chien couché dans la neige/
Kandinsky est l’un des principaux instigateurs du Cavalier bleu.
Kandisnsty : Murnau attelage.
Je fais connaissance avec une artiste que je ne connaissais pas, compagne de Kandinsky : Gabriele Münter qui allie inspiration spirituelle et inspiration populaire dans le combat du Dragon
Gabriele Münter : Le combbat du Dragon
Inspiré de la Pastorale de Kandinsky Rococo de Macke
August Macke : Rococo
Offert à Kandinsky : le Rêve de Franz Marc
3ème section : UNE AVANT-GARDE EUROPEENNE
En 1912 Marc et Macke se rendent tous les deux à Paris, rencontrent Delaunay, Apollinaire (1913) . Une exposition des futuristes italiens les marque.
Franz Marc : EcuriesFranz Marc : Ecuries
les 3 jeunes filles d’August Macke sont présentées en regard avec le travail de Delaunay
A Macke : 3 juenes filles avec des chapeaux de paille
4ème section : VERS L’ABSTRACTION
Macke s’éloigne du Blau Reiter, part en Tunisie avec Klee. j’ai bien aimé son Kairouan/
1914, la guerre éclate. Franz Marc comme les Futuristes voyait dans la guerre un renouvellement, une purification possible….Les deux amis mourront au front.
Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.
Serpent (?)
On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature, walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.
Houseago
En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire
l’homme pressé
les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.
Somatic paintings 2018 Death
Rien à dire des grands tableaux noirs.
En somme, une déception.
Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections
La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).
Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.
Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin
rhinocérosrhinocéros
Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.
Le soldat de l’armée de Bonapartele soldat et la panthèrex
Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain
Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique? Le polyptiqueHolger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.
Polyptique Holger Meins
Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine
série de l’agonie de Martine
D’autre peintures politiques m’ont interpellée.
Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski
ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!
Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!
En 1886, à Pont Aven, Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture
« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »
Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.
Emile Bernard : l’arbre jauneEmile Bernard : Repos sur la falaise
Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache
De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard,Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.
Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique
J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs
Sérusier : arbres rouges
Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passantavant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman
Giampetro Campana– directeur du Mont de Piété à Rome – a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.
L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.
Sarcophage des époux
Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.
A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :
urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant
Une autre urne
duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.
L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).
La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .
Vase romain
A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.
En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.
Plaques campana avec des scènes variées.
Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)
L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.
Brutus,Antinoüs et César
Venus d’Anzio
Les marbres étaient exposés dans les jardins.
A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du 14ème siècle –
Nativité de Saint Jean Baptiste (1340) école d’Arezzo
une très belle Annonciation
Annonciation
A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.
panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessousAriane et le Minotaure (1510 – 1515)Ariane et le MinotaureAriane à Naxos
Le studiolo d’Urbino de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.
Studiolo d’UrbinoStudiolo d’Urbino
la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant
Bataille de San Romano
j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli
Botticelli : Noli me tangere
Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés : la mort de Cléopâtrede Girolamo Marchesi da Cotignola est originale.
Mort de Cléopatre
Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses
Belle donne e istoriatiUn banquet donné au peuple romain
Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.
Della Robbia
La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.
J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!
exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019
Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières qui sont étonnantes et colorées!
Ce panorama du Cubismedétaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.
(1906- 1907) Aux sources du cubisme
La femme à la cafetière
Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses« de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.
(1907 – 1908) Primitivistme
Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.
Portrait de Gertrud Stein
Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).
Femme à la tête rouge
L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.
picasso autoportrait
(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne
Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…
Le Château de la Roche Guyon
Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusantde les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.
(1909 )l’éclatement de la forme homogène
Femme assise
L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler
De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon
Broc et violon
(1911) La lettre et le signe
Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.
nature morte sur un piano
Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe.
Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..
(1911 – 1912) Les salons cubistes
Gleizes les baigneuses
réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneusesde Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…
Delaunay : La Ville de Paris
Au centre : le Baiser de Brancusi
Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres
Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres
(1912 – 1917) le collage et l’assemblage
Braque : Guitare « figure d’épouvante »
M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?
Henri Laurens
Pour varier, apparition rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.
(1913 – 1914) Matières et couleurs
Fernand Léger : le Réveil-matin
Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.
le bal Bullier
Juan Gris
Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.
Lipschitz
Herbin : 3 arbresHerbin 3 arbres
poètes et critiques
Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis
L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.
Delaunay : l’équipe de Cardiff
La Guerre
« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux » Fernand Léger
André Mare : témoignages de guerre
J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.
Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi.
Pietro Longhi : l’audience du Dogel’audience du doge
L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale de Canalettome surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs :Luca Carlevaris(1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou GuardiLe Doge à bord duBucentaure (1775-1777).
Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721
Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint aussi des aspects moins brillants comme les mendiants CanalettoRio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.
Une salle est consacrée à la musiqueVivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.
Pietro Longhi : Il Concertino
La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..
Guardi : Le Ridotto du Palazzo
Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!
ReliquaireReliquaire
Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardia peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.
Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.
Piazzetta : Judith et Holopherne
A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.
Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval
L’arracheur de dents
Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.
On connait Mucha l’affichiste Art Nouveau qui fit la publicité de nombreuses marques françaises en particulier pour les Expositions Universelles
J’avis déjà vu d’autres affiches du papier JOB à Perpignan.
Les affiches qui le rendirent célèbre furent celles de Sarah Bernhard
Sarah Bernhard
la dame aux camélias
Aussi Médée, Gismonda….
Comme tous les artistes Art Nouveau Mucha se consacra aux arts décoratifs, motifs et bijoux avec les courbes et les formes végétales, aussi avec des emprunts à l’Orient, à Byzance et à ses origines slaves.
Tchèque, dans l’Empire Austro-Hongrois, il s’attacha à illustrer les thèmes slaves et au cours de l’Exposition Universelle, il décora le pavillon de la Bosnie-Herzegovine et voyagea dans les Balkans
La peinture de Mucha ne se limite pas à des travaux d’affichistes. Une salle le présente, mystique et Franc-Maçon avec des peintures ou pastels recherchant la spiritualité, à la limite de l’abstraction.
En 1910 Mucha retrouve sa terre natale. Son oeuvre est celle d’un patriote tchèque et slave.
le siège de Sziget
Il choisit 20 épisodes de l’histoire slave pour son Epopée Slave en 20 très grands tableaux historiques où on voit des foules . Un diaporama de 10 minutes sur un écran incurvé nous montre les tableaux et zoome sur les détails.
L’affranchissement des paysans russes
Introduction de la Liturgie slave (9ème siècle)
Pour ma part, je ne suis pas très fan de grandes fresques historiques et encore moins de ses vitraux. Tout cela me renvoie à une une exaltation nationaliste qui ne m’enthousiasme pas vraiment.
D’Angleterre arrivent parfois de géniaux excentriques doués d’humour et de créativité. Grayson Perry en est l’un d’eux et la Monnaie de Paris, 11 quai Conti lui offre un bel écrin. Il trône en haut du majestueux escalier, travesti dans une somptueuse robe.
Long Pig – Tirelire ou tronc pour de collecte?Tirelire ou tronc pour les offrandes.
La première oeuvre qui accueille le visiteur est ce cochon-tirelire. On peut choisir sa fente pour faire son offrande Gauche/Droite, ou Pauvre/Riche, Rural/Urbain, Leave (Brexit)/Hope . Grayson le céramiste, donne le ton dès l’entrée.
Reclining artist : artiste et modèle avec tous ses objets familiersReclining artist : artiste et modèle
Un magnifique salon ovale décoré de fresques présente les créations vestimentaires de Perry le styliste : Claire ou Grayson? Deux tableaux le représentent entre les robes magnifiques
Selfie with political cause
Il y a toujours beaucoup à voir et à lire dans les tableaux ou sur les vases. Des animaux, et des paysages britanniques. J’aime bien le renard « tax evasion » qui est à terre? vision optimiste?
vase
Les vases sont très élaborés avec des influences diverses, même japonisantes Les Precious Boys sont travestis, Women of Idéas viennent d’un transfert d’image de Gainsborough
Quand Grayson Perry parle de ses céramiques dans les vidéos, il emploie l’expression « pottery » suggérant une sorte d’artisanat secondaire, féminin, qu’on ne prend guère au sérieux. La tapisserie qui l’inspire également serait rangé aussi comme art mineur, féminin. Et justement lui, aime les savoirs-faire « féminins ».
Autre domaine où il excelle : la photo. L’exposition montre trois autoportraits où il est « Claire ». Selon lui, aucune provocation à la mode, dans ce travestissement; Il revêtait déjà des habits féminins quand il était petit!
I am a man
Grayson Perry s’exprime aussi par la sculpture. I am a man s’inspire de Peter Pan. Il ressemble aux bronzes béninois.
Our mother
Our father
Deux autres sculptures ont des influences africaines : Our mother et Our Father qui rappellent aussi la famine : l’enfant au sein est mort, la mère transporte calebasses, paniers et seaux pour aller puiser l’eau, les téléphones portables à son cou sont-ils ceux de ses autres enfants. Quels fardeaux pour une seule femme! l’homme est beaucoup moins embarrassé, mais il transporte des armes, dans un carquois il a un fusil. Porte-t-il lui aussi des enfants ou des grigris?
moto rose customisée avec un petit autel pour son doudou, Alan Measle (son ours en peluche)
Les tapisseries sont impressionnantes : Comfort blanket se trouve en face de Battle of britain
La reine et les symboles britanniques sur la comfort blanketBattle of Britain
J’ai aussi beauocup apprécié la tapisserie Death of Working Hero
Death of working hero
Grayson Perry vient d’une banlieue ouvrière. Son père était électricien; Il n’oublie pas toute la culture ouvrière encore vivante en Grande Bretagne comme ce rituel du Gala des Mineurs avec la parade des bannières du syndicat.
d’autres grandes tapisseries s’inspirent de la vie quotidienne anglaise : on voit une femme textoter dans sa cuisine, des poubelles pour le recyclage,
The Upper Class at BayThe Upper Class at Bay
Chasse à courre dans la campagne anglaise, au fond : un manoir.
En lisant le livret à couverture rose, je découvre que ces dernières tapisseries racontent toute une histoire, comme une BD taille XXL dont le héros Tim gravit l’échelle sociale pour mourir dans un parking .
Surtout! ne faites pas comme moi, n’ensevelissez pas le petit livret dans les profondeurs de votre sac. Il explique tout ce qui n’est pas évident pour nous, éloignés de l’actualité britannique. Et gardez du temps pour voir les vidéos projetées qui sont passionnantes. Si vous n’avez pas le temps on les retrouve sur Youtube.
Une visite passionnante. Un artiste complet qui’l ne faudrait surtout pas réduire à des provocations de travestissements.