En 1886, à Pont Aven, Gauguin, déjà célèbre donna à Sérusier une véritable leçon de peinture
« Un conseil : ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction. Tirez-la de la nature en rêvant et pensez plus à la création qu’au résultat »
Le Talisman, ou Paysage du Bois d’Amour est un tableau de très petit format peint sur un panneau qu’on a parfois attribué à une boîte de cigares. Très coloré, il se trouve à l’éclosion du Synthétisme quand Gauguin et Emile Bernard se sont retrouvés à Pont Aven, caractérisé par simplification des formes, l’utilisation de couleurs pures posées en à-plats et les cernes foncés délimitant les masses.
Emile Bernard : l’arbre jauneEmile Bernard : Repos sur la falaise
Gauguin au dessus du gouffre, marine avec une vache
De retour à Paris, de 1888 à 1900, le groupe des nabis réunit Bonnard,Vuillard, Maurice Denis, Sérusier, George Lacombe, Verkade . En plus de leur style pictural, les nabis(prophètes en hébreu) faisaient des simulacres de cérémonies religieuses et manifestaient de l’intérêt pour l’ésotérisme et les sciences occultes.
Paul Sérusier : Portrait de Paul Ranson en tenue nabique
J’ai beaucoup aimé tous les tableaux de forêts ou d’arbres colorés dont on voit seulement les troncs
Sérusier : arbres rouges
Japonisantes ces vagues qui me font penser à un plumage de paon
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.
George Lacombe : marine bleue et effet de vague.Et bien sûr il ne faut pas oublier Bonnard et Vuillard qu’on a vus en passantavant de pénétrer dans l’exposition Le Talisman
Giampetro Campana– directeur du Mont de Piété à Rome – a rassemblé une vaste collection archéologique et de peinture italienne avec la volonté d’offrir un tableau complet des richesses de l’Italie, s’inscrivant dans le courant du Risorgimento et de l’unité italienne. Arrêté en 1857 pour des malversations financières, il a dû disperser sa collection. En 1861, le Louvre en a acquis une bonne partie.
L’exposition suit le Catalogue établi par Campana dans son projet de musée. Campana ne s’est pas contenté d’acheter, il a aussi entrepris des fouilles en particulier dans la région de Rome et dans les sites étrusques de Cerveteri et de Veies : sa collection est riche en vases et terres cuites étrusques.
Sarcophage des époux
Ce sarcophage des époux ressemble à celui de la Villa Giulia à Rome (musée étrusque ). Une tombe étrusque est reconstituée avec des plaques peintes.
A Pérouse une urne funéraire (400-375 av JC )en bronze :
urne funéraire Pérouse Jeune homme banquetant
Une autre urne
duel fratricide d’Etéocle et de Polynice.
L’urne ci-dessus est peut être moins fin mais c’est le combat d’Etéocle et de Polynice qui a retenu mon attention (je suis fan absolue d’Antigone).
La collection de vases trouvés en Etrurie est remarquable. Souvent les artistes étaient grecs et produisaient pour le public étrusque qui les importait. Une série provient d’un atelier répertorié : l’atelier de Nikosthénès. Les sujets représentés étaient souvent mythologiques : travaux d’Hercules ou sportifs .
Vase romain
A côté de ces oeuvres d’art très recherchées sont exposés aussi des objets plus frustes comme des antéfixes, des briques estampillées ou des moules ainsi que des lampes à huile.
En face des vases des bronzes racontent les armes, les monnaies, j’ai remarqué les balles de frondes qui ne sont pas rondes comme je l’imaginais mais fuselées, décorées revêures d’inscriptions désignant le corps d’armes, logique, mais plus amusant des insultes invectivant l’ennemi.
Plaques campana avec des scènes variées.
Campana avait aussi le goût des plaques de terra-cotta décoratives, des peintures antiques de couleurs fraîches et vives ou délicates comme cette procession trouvée Porta Latina représentant une famille grecque (identifiée avec les noms)
L’objet le plus spectaculaire est la main de Constantin (Musée du Capitole) dont un doigt appartenait à la collection Campana acquise par Napoléon III. Les restaurations furent très poussées, parfois trop aux dires des archéologues, conférant une réputation douteuse à certaines œuvres.
Brutus,Antinoüs et César
Venus d’Anzio
Les marbres étaient exposés dans les jardins.
A côté des collections antiques Campana a réuni une collection « moderne » – entre guillemets parce que la modernité commence par une icône byzantine et des primitifs du 14ème siècle –
Nativité de Saint Jean Baptiste (1340) école d’Arezzo
une très belle Annonciation
Annonciation
A côt »é des sujets religieux, il a aussi réuni de très beaux coffres de mariage et des décors de chambre à coucher, sur des sujets exaltant la fidélité des épouses Histoire de Tarquin et de Lucrèce ainsi que le départ d’Ulysse où l’on voit Pénélope tisser.
panneaux de coffres de marrage Lucrèce et Tarquin en haut départ d’Ulysse en dessousAriane et le Minotaure (1510 – 1515)Ariane et le MinotaureAriane à Naxos
Le studiolo d’Urbino de Fédérico de Montefeltro(1422-1482) contient une série de 14 grands portraits très colorés et vivants de penseurs antiques et modernes : Platon, Aristote et Ptolémée voisinent avec Dante et Sixte IV ainsi que Saint Augustin et Sénèque. L’ensemble témoignait de l’ambition humaniste du condottiere pendant la Renaissance.
Studiolo d’UrbinoStudiolo d’Urbino
la Bataille de San Romano (1438) actuellement aux Office de Florence est grès impressionnant
Bataille de San Romano
j’ai aussi beaucoup aimé le Noli me tangere de Botticelli
Botticelli : Noli me tangere
Le 16ème et le 17ème siècles ne sont pas oubliés : la mort de Cléopâtrede Girolamo Marchesi da Cotignola est originale.
Mort de Cléopatre
Les majoliques représentant des sujets variés, surtout Belle donne e istoriati sont merveilleuses
Belle donne e istoriatiUn banquet donné au peuple romain
Toute une salle est consacrée aux nombre Della Robbia très reconnaissables et toujours charmants.
Della Robbia
La fin de l’exposition concerne la dispersion de la collection, ce qui intéresse les spécialistes plutôt que moi.
J’ai pris beaucoup de plaisir à voir tous ces chefs d’oeuvres!
exposition temporaire 17 octobre 2018 – 25 février 2019
Attention très grosse exposition! Si vous consacrez toute votre attention dans les premières salles, vous n’aurez peut être plus le temps ou la concentration nécessaires pour apprécier les dernières qui sont étonnantes et colorées!
Ce panorama du Cubismedétaille l’évolution chronologique du Cubisme, année après année, des sources à la Grande Guerre qui fera éclater littéralement le mouvement.
(1906- 1907) Aux sources du cubisme
La femme à la cafetière
Gauguin et Cézanne accueillent le visiteur avec « Soyez mystérieuses« de Gauguin, magnifique panneau de bois peint et la Femme à la cafetière de Cézanne dont la géométrie annonce le cubisme avec les plis de la robe et la simplification de la cafetière.
(1907 – 1908) Primitivistme
Un mur de masques africain, sculptures océaniennes rappelle l’autre source d’inspiration des cubistes : le primitivisme. J’ai d’ailleurs rencontré ultérieurement le Nu debout que j’avais découvert au Quai Branly dans l’exposition récente Picasso primitif. Une série de photographies présente ceux peintres, poètes et marchands qui fréquentaient les ateliers de Picasso : Apollinaire, Max Jacob, Kahnweiler, Marie Laurencin et Braque.
Portrait de Gertrud Stein
Le Portrait de Gertrud Stein (1905 – 1906) qualifié de « portrait-masque » voisine avec La Femme à la Tête rouge (1907) et deux autres études de têtes préparatoires aux Demoiselles d’Avignon (1907) (seulement en petite reproduction).
Femme à la tête rouge
L’autoportrait (1907) est sculptural en écho aux masques africains.
picasso autoportrait
(1908 – 1909)Le rapport à Cézanne
Sous-titre de cette section, une citation de Cézanne, de la géométrie cézannesque « Traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône »…
Le Château de la Roche Guyon
Dans cette salle on voit de nombreux paysages où les tons ocre, gris vert dominent . l’oeuvre que j’ai préférée est le Viaduc à l’Estaque de Braque. Deux tableaux sont jumeaux : Arbres à l’Estaque de Braque et de Dufy, c’est amusantde les comparer comme le jeu des 7 erreurs! Dans cette série j’ai aussi remarqué le Château de la Roche Guyon toujours dans la même tonalité de couleur mais avec une architecture plus compliquée.
(1909 )l’éclatement de la forme homogène
Femme assise
L’expression « éclatement de la forme homogène » est de Kahnweiler
De Picasso on voit de nombreux portraits de Fernande puis des silhouettes assises pour arriver à une plus grande fragmentation dans le Guitariste. Braque suit la même démarche dans le très beau Broc et violon
Broc et violon
(1911) La lettre et le signe
Braque et Picasso se retrouvent à Céret . Ils travaillent en étroite complicité à des expérimentations : une fragmentation en facettes cristallines avec des ajouts de lettres. Les musiciens sont sans visages amis on perçoit la présence d’instruments de musique, l’ajout de clé de sol et du mot VALSE tout à fait lisible.
nature morte sur un piano
Les tableaux deviennent de plus en plus énigmatiques, je m’amuse à chercher les éléments qui ont donné le titre au tableau, la pipe de l‘Homme à la pipe.
Dans l’Afficionado, Picasso, a dispersé les indices de son portrait d’homme méridional : une moustache, un nœud papillon, un chapeau melon. Avec l’aide du cartel, et en cherchant bien, je les trouve..
(1911 – 1912) Les salons cubistes
Gleizes les baigneuses
réunissent de grands tableaux . D’autres peintres se joignent à Braque et Picasso : Gleizes, Le Fauconnier (que je découvre) Metzinger et Fernand Léger. Les tableaux sont aussi plus colorés. J’ai bien aimé les Baigneusesde Gleizes et La Ville de Paris de Robert Delaunay dans lequel j’identifie tout de suite les 3 grâces mais trouve ensuite les piliers de la Tour Eiffel démontée et son sommet plus loin, la Seine plus loin…
Delaunay : La Ville de Paris
Au centre : le Baiser de Brancusi
Un curieux Chagall cubiste s’intitule A la Russie, aux ânes et aux autres
Chagall : A la Russie, aux ânes et aux autres
(1912 – 1917) le collage et l’assemblage
Braque : Guitare « figure d’épouvante »
M’ont plus La Nature morte à la chaise cannée (célébrissime) de Picasso et de Braque La guitare « statue d’épouvante ». Je me suis lassée des répétitions à l’infini de ces collages, combien de violons, de verres et de guitares?
Henri Laurens
Pour varier, apparition rafraîchissante d’Henri Laurens avec un portrait de Joséphine Baker , le retour de la couleur et plus de figuration.
(1913 – 1914) Matières et couleurs
Fernand Léger : le Réveil-matin
Tout un mur est occupé par Fernand Léger, un autre par le Bal Bullier de Sonia Delaunay . Couleurs aussi avec Juan Gris ! Verre et damier, les 3 arbres d‘Herbin.
le bal Bullier
Juan Gris
Une salle est réservée aux sculptures cubistes, citons Lipschitz, Modigliani, Brancusi et Archipenko.
Lipschitz
Herbin : 3 arbresHerbin 3 arbres
poètes et critiques
Marie Laurencin a représenté Apollinaire et ses amis
L’oiseau bleu de Metzinger et l’équipe de Cardiff de Robert Delaunay éclairent cette belle exposition.
Delaunay : l’équipe de Cardiff
La Guerre
« Il n’y a pas plus cubiste qu’une guerre comme celle-là qui te divise plus ou moins proprement un bonhomme en plusieurs morceaux et qui l’envoie au quatre points cardinaux » Fernand Léger
André Mare : témoignages de guerre
J’ai beaucoup apprécié ce parcours si détaillé qui montre la démarche pas à pas de Braque et Picasso pendant 10 ans tandis que d’autres peintres les rejoignent et apportent leur personnalité au cubisme.
Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi.
Pietro Longhi : l’audience du Dogel’audience du doge
L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale de Canalettome surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs :Luca Carlevaris(1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou GuardiLe Doge à bord duBucentaure (1775-1777).
Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721
Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint aussi des aspects moins brillants comme les mendiants CanalettoRio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.
Une salle est consacrée à la musiqueVivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.
Pietro Longhi : Il Concertino
La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..
Guardi : Le Ridotto du Palazzo
Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!
ReliquaireReliquaire
Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardia peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.
Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.
Piazzetta : Judith et Holopherne
A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.
Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval
L’arracheur de dents
Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.
On connait Mucha l’affichiste Art Nouveau qui fit la publicité de nombreuses marques françaises en particulier pour les Expositions Universelles
J’avis déjà vu d’autres affiches du papier JOB à Perpignan.
Les affiches qui le rendirent célèbre furent celles de Sarah Bernhard
Sarah Bernhard
la dame aux camélias
Aussi Médée, Gismonda….
Comme tous les artistes Art Nouveau Mucha se consacra aux arts décoratifs, motifs et bijoux avec les courbes et les formes végétales, aussi avec des emprunts à l’Orient, à Byzance et à ses origines slaves.
Tchèque, dans l’Empire Austro-Hongrois, il s’attacha à illustrer les thèmes slaves et au cours de l’Exposition Universelle, il décora le pavillon de la Bosnie-Herzegovine et voyagea dans les Balkans
La peinture de Mucha ne se limite pas à des travaux d’affichistes. Une salle le présente, mystique et Franc-Maçon avec des peintures ou pastels recherchant la spiritualité, à la limite de l’abstraction.
En 1910 Mucha retrouve sa terre natale. Son oeuvre est celle d’un patriote tchèque et slave.
le siège de Sziget
Il choisit 20 épisodes de l’histoire slave pour son Epopée Slave en 20 très grands tableaux historiques où on voit des foules . Un diaporama de 10 minutes sur un écran incurvé nous montre les tableaux et zoome sur les détails.
L’affranchissement des paysans russes
Introduction de la Liturgie slave (9ème siècle)
Pour ma part, je ne suis pas très fan de grandes fresques historiques et encore moins de ses vitraux. Tout cela me renvoie à une une exaltation nationaliste qui ne m’enthousiasme pas vraiment.
D’Angleterre arrivent parfois de géniaux excentriques doués d’humour et de créativité. Grayson Perry en est l’un d’eux et la Monnaie de Paris, 11 quai Conti lui offre un bel écrin. Il trône en haut du majestueux escalier, travesti dans une somptueuse robe.
Long Pig – Tirelire ou tronc pour de collecte?Tirelire ou tronc pour les offrandes.
La première oeuvre qui accueille le visiteur est ce cochon-tirelire. On peut choisir sa fente pour faire son offrande Gauche/Droite, ou Pauvre/Riche, Rural/Urbain, Leave (Brexit)/Hope . Grayson le céramiste, donne le ton dès l’entrée.
Reclining artist : artiste et modèle avec tous ses objets familiersReclining artist : artiste et modèle
Un magnifique salon ovale décoré de fresques présente les créations vestimentaires de Perry le styliste : Claire ou Grayson? Deux tableaux le représentent entre les robes magnifiques
Selfie with political cause
Il y a toujours beaucoup à voir et à lire dans les tableaux ou sur les vases. Des animaux, et des paysages britanniques. J’aime bien le renard « tax evasion » qui est à terre? vision optimiste?
vase
Les vases sont très élaborés avec des influences diverses, même japonisantes Les Precious Boys sont travestis, Women of Idéas viennent d’un transfert d’image de Gainsborough
Quand Grayson Perry parle de ses céramiques dans les vidéos, il emploie l’expression « pottery » suggérant une sorte d’artisanat secondaire, féminin, qu’on ne prend guère au sérieux. La tapisserie qui l’inspire également serait rangé aussi comme art mineur, féminin. Et justement lui, aime les savoirs-faire « féminins ».
Autre domaine où il excelle : la photo. L’exposition montre trois autoportraits où il est « Claire ». Selon lui, aucune provocation à la mode, dans ce travestissement; Il revêtait déjà des habits féminins quand il était petit!
I am a man
Grayson Perry s’exprime aussi par la sculpture. I am a man s’inspire de Peter Pan. Il ressemble aux bronzes béninois.
Our mother
Our father
Deux autres sculptures ont des influences africaines : Our mother et Our Father qui rappellent aussi la famine : l’enfant au sein est mort, la mère transporte calebasses, paniers et seaux pour aller puiser l’eau, les téléphones portables à son cou sont-ils ceux de ses autres enfants. Quels fardeaux pour une seule femme! l’homme est beaucoup moins embarrassé, mais il transporte des armes, dans un carquois il a un fusil. Porte-t-il lui aussi des enfants ou des grigris?
moto rose customisée avec un petit autel pour son doudou, Alan Measle (son ours en peluche)
Les tapisseries sont impressionnantes : Comfort blanket se trouve en face de Battle of britain
La reine et les symboles britanniques sur la comfort blanketBattle of Britain
J’ai aussi beauocup apprécié la tapisserie Death of Working Hero
Death of working hero
Grayson Perry vient d’une banlieue ouvrière. Son père était électricien; Il n’oublie pas toute la culture ouvrière encore vivante en Grande Bretagne comme ce rituel du Gala des Mineurs avec la parade des bannières du syndicat.
d’autres grandes tapisseries s’inspirent de la vie quotidienne anglaise : on voit une femme textoter dans sa cuisine, des poubelles pour le recyclage,
The Upper Class at BayThe Upper Class at Bay
Chasse à courre dans la campagne anglaise, au fond : un manoir.
En lisant le livret à couverture rose, je découvre que ces dernières tapisseries racontent toute une histoire, comme une BD taille XXL dont le héros Tim gravit l’échelle sociale pour mourir dans un parking .
Surtout! ne faites pas comme moi, n’ensevelissez pas le petit livret dans les profondeurs de votre sac. Il explique tout ce qui n’est pas évident pour nous, éloignés de l’actualité britannique. Et gardez du temps pour voir les vidéos projetées qui sont passionnantes. Si vous n’avez pas le temps on les retrouve sur Youtube.
Une visite passionnante. Un artiste complet qui’l ne faudrait surtout pas réduire à des provocations de travestissements.
Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.
Paula Rego : In the garden
L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.
Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!
Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!
Paula Rego : la petite meurtrière
On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!
De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.
Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.
Elle illustre les Nursery Rhymes par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm
Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.
Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.
Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.
La Fille du PolicierLa Fille du Policier
Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.
Gepetto
Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .
L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.
La Guerre
Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen.
Dogwoman
« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »
Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition.
Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes 5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.
Danse des autruchesDanse des autruches
Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.
L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh
L’épouvantail et le porc.L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?
pillowman
Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche
pillowman
Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso
j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.
Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?
Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saraceno, nous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites.
La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où 5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.
aérographie
Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)
Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.
Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.
Le Muséo aéro-solarest un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.
J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?
Exposition temporaire au Grand Palais jusqu’au 4 Février 2018
le carnaval
De Miro, j’avais des images d’étoiles, de figures un peu bizarres, surréalistes, de constellations sans savoir vraiment d’où venait cette imagination. La rétrospective du Grand Palais nous offre un parcours chronologique qui permet d’appréhender toute la richesse de l’oeuvre du peintre catalan.
en 1915-1917, il se désigne comme un « fauve catalan » puis il reprend des codes cubistes tout en déclarant qu’il « briserait leur guitare »
Le cheval, la pipe et la fleur rouge
Dans le Cheval, la pipe et la Fleur rouge, il semble avoir assimilé les thèmes cubiste tout en affirmant son originalité, ses couleurs espagnoles, son goût des détails dans le tableau en médaillon en haut du tableau.
Ses racines, il les a plantées dans un village catalan Mont-Roig où il peint des oeuvre tout à fait originales, avec peut être une influence de miniatures persanes. C’est pour moi une découverte et probablement ce que j’ai préféré dans l’exposition
la fermemiro : la freme
miro : la ferme 2miro : la freme 3 (je ne m’en lasse pas!)
A côté de ses peintures détaillistes, il fréquente à Paris poètes et écrivains et cultive un style surréaliste
Vous imaginez un pied? Et bien non c’est une main et un oiseau!
Quand on vient de voir les fermes détaillistes, les motifs très fins et minimalistes se comprennent comme une évidence. Sauf qu’il faut chercher l’oiseau, imaginer la femme. Tant de tableau s’intitulent Femmes et oiseaux! Rechercher les étoiles….
miro
Dans la même veine, j’ai beaucoup aimé ces animaux lièvre et chiens
Comme Picasso, Miro contribue au Pavillon Espagnol de l’Exposition de 1937. Ces œuvres reflètent l’inquiétude face aux crises et à la montée du fascisme.
lièvre
On retrouve les jaunes, ocres et rouges – couleurs espagnoles – malgré son exil à Paris.
chien
Des figures noires et grotesques font leur apparition
Miro ; je vois des constellations
De 1939 à 1941 Miro peint en Normandie ses constellations.
Après la guerre, Miro retourne en Espagne, à Barcelone et Mont-Roig et dans son atelier de Palma de Majorque
Il expérimente la céramique et la sculpture et peint une oeuvre monumentale que j’ai moins appréciée.
C’est une exposition très riche : les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!
Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.
irony of negro police
On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….
les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.
Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.
Per capitaper capita
Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA , on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!
Zydeco 1984
Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!
Not for sale
L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »
Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.
Dos Cabezas : Andy Warhol et BasquiatAndy Warhol et Basquiat
Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiatqui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.
Riding with death (1988)Riding with death (1988)
Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!
Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.