Comme l’an passé, je me joins à la lecture commune initiée par Passage à l’Est & Si on bouquinait.
Maus s’est imposé à moi à l’occasion de plusieurs coïncidences récentes. Au MAHJ l’exposition Si Lewen : La Parade a été l’occasion de voir et écouter Art Spiegelman qui a édité La Parade et qui introduit et commente l’exposition. j’ai le plaisir de l’écouter sur plusieurs podcasts de RadioFrance : France culture ; PAR LES TEMPS QUI COURENT (8/12/2021) : la BD est mon obsession : ma loupe pour regarder le mondeet d’autres L’Heure bleue10/11/2021 et encore d’autres plus anciens. Plus récemment, la polémique de l’interdiction de Maus dans les écoles du Tennessee et certaines réfexions étranges comme celle de Whoopie Goldberg a relancé l’intérêt pour cette œuvre.
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Je lis assez peu de Romans graphiques ou de BD. Je ne me sens pas qualifiée pour commenter le graphisme (N&B, impressionnant) ou le parti pris de donner des têtes d’animaux impersonnelles aux personnages, seules des petites lunettes permettent de reconnaître Vladek (le père d’Artie).
Deux sujets m’ont particulièrement intéressées :
-le déroulement de l’histoire qui conduit les parents d’Artie dans les camps et la vie quotidienne avec les débrouilles que Vladek « organise » pour survivre. Si une santé de fer et une force physique étaient nécessaires pour survivre, la débrouillardise et l’ingéniosité de Vladek ont été l’atout indispensable, sans parler de des bijoux et argent qui ont été bien utiles au marché noir.
-les rapports psychologiques père/fils, survivant/ martyrs avec toutes les culpabilisations et les traumatismes qui en découlent, y compris le suicide d’Anya, la mère, le frère disparu…
je n’ai trouvé aucun motif (nudité ou gros mots) capable de choquer les écoliers du Tenessee, la cruauté des faits sont autrement plus choquants que leur représentation. Il semble bien que la censure vienne d’ailleurs!
» Oui, je crie oui à la révolution, je le crie, mais elle se cache de Ghédali, et n’envoie devant elle que de la fusillade…
— À qui ferme les yeux, le soleil ne se voit point — dis-je au vieillard. — Mais nous saurons dessiller les yeux clos… — Le Polonais me les a fermés — chuchote le vieux, d’une voix presque indistincte. — Le Polonais est un chien méchant. Il prend le Juif et lui arrache la barbe… Ah ! le vilain mâtin ! Et voilà qu’on le fouette, le mauvais chien… C’est admirable, c’est la révolution !… Et après, celui qui a battu le Polonais vient me dire :Donne ton gramophone, réquisition, Ghédali… J’aime la musique, madame, que je réponds à la révolution… — Tu ne sais pas ce que tu aimes, Ghédali ! Veux-tu que je tire ? Tu sauras alors ce que tu aimes ! Et je ne peux pas m’empêcher de tirer, parce que je suis la révolution…
Mais le Polonais tirait, mon aimable pane, parce qu’il est la contre-révolution ; et vous tirez parce que vous êtes la révolution. Pourtant, la révolution, c’est un contentement. Et un contentement n’aime pas qu’il y ait des orphelins au logis. L’homme bon accomplit de bonnes œuvres. La révolution est la bonne œuvre de bonnes gens. »
Est-ce un roman? un recueil de 34 courtes nouvelles? ou une série de reportages, témoignages de la campagne en Vohynie(Pologne) de l’Armée Rouge?
Babel note scrupuleusement le lieu et la date, de Juillet à septembre 1920. Dans un texte, il fait allusion à une Gazette Le Cavalier rouge qui contiendrait aussi des informations sur la situation internationale.
Il est question de batailles, de sabres de mitrailleuses, de victoires ou de retraites, de blessés, d’héroïsme ou de mesquineries, de trahisons aussi. Mais ce n’est pas un épopée glorieuse. C’est plutôt un récit répétitif de la vie quotidienne de ce régiment de Cosaques qui se placent à cheval, en charrette, dans le train de l’agitprop, qui occupent des villes polonaises, découvrent des ruines, bivouaquent dans des fermes.
Les personnages sont, bien sûr, les Cosaques et les officiers, « combrig, chefdiv ou la politsection » tout un jargon révolutionnaire. Personnages secondaires : les Polonais et les Juifs, habitants de la Volhynie sont aussi décrit avec vivacité : le vieux Ghédali, commerçant juif, le fils du rabbin communiste, un curé obséquieux qui s’efforce de préserver son église, des artistes, un peintre qui prend les villageois pour modèle pour peindre les saints, un accordéoniste….Moins attendues, les femmes, les mères, les infirmières, fermières. Tout un monde!
« -un cheval qu’il avait amené du pays — disait Bitsenko. — Où trouver le pareil ? — Un cheval, c’est un ami —
répondait Orlov. — Un cheval, c’est un père — soupirait Bitsenko. — Il vous sauve la vie tout le temps. Bida,
sans cheval, est comme perdu… »
Autres acteurs importants : les chevaux que Babel décrit avec une précision toute hippologique. Un officier est capable de quitter la brigade pour se procurer une monture. un autre concevra une véritable haine parce que son cheval préféré a été réquisitionné.
Une mention spéciale devrait être attribuée au traducteur : Maurice Pariajanine (1928) qui, dans une longue introduction, présente Isaac Babel . Il fait découvrir, au plus proche du mot-à-mot, la saveur du style de l’auteur dans de très nombreuses notes en fin de chapitre. Il fut également le traducteur de Trotski.
Angel Wagenstein (né en 1922 àPlovdiv, Bulgarie) juif séfarade est l’auteur d’Abraham le Poivrot qui m’avait fait beaucoup rire et qui se déroulait au bord de la Maritza.
Le Pentateuque ou les cinq livres d’Isaac – Sur la vie d’Isaac Jacob Blumenfeld à travers deux guerres mondiales, trois camps de concentration et cinq parties –
traduit du bulgare
Si Lewen : LaParade
Isaac est un tailleur de Kolodetz, de l’ancienne province de Galicie, aujourd’hui en Ukrainenon loin de Lvov. Isaac Brumenfeld fut successivement sujet et soldat de l’Empire Autrichien(jusqu’en 1918), citoyen polonais(jusqu’en 1939 , soviétique jusqu’à l’invasion allemande 1942, allemand (et interné dans deux camps nazis), réfugié en Autriche, interné en Sibérie….
« tout cas, voici le fond de ma pensée : si la demeure de Dieu possédait des fenêtres, il y aurait beau temps que ses carreaux seraient brisés ! »
Cette vie tragique est racontée de manière cocasse, véritable collection de blagues juives, qui me font sourire quand ce n’est pas rire aux éclats. Avec son compère et beau-frère le rabbin Shmuel Bendavid (qui devint Président du club des athées pendant leur période soviétique) ils traversent les épreuves avec débrouillardise et philosophie et surtout un grand humanisme.
« — Qui sortira vainqueur d’après toi, demandai-je, les nôtres ou les autres ? — Qui sont les nôtres ? fit pensivement Shmuel. Et qui sont les autres ? Et qu’importe le vainqueur quand la victoire ressemble à un édredon trop court ? Si tu t’en couvres la poitrine, tes pieds resteront à l’air. Si tu veux avoir les pieds au chaud, ta poitrine restera découverte. Et plus longtemps durera la guerre, plus court sera l’édredon. Si bien qu’en définitive, la victoire ne sera plus capable de réchauffer quiconque. »
La vie quotidienne des juifs du shtetl est décrite de manière vivante. Isaac est tailleur mais l’essentiel de ses commandes est plutôt de retourner un caftan pour lui donner sur l’envers un aspect présentable (sinon neuf) . Ses connaissances des différentes langues parlées à Kolodetz, son Allemand littéraire, le Russe (qui sert surtout pour les jurons), le Polonais, en plus du yiddisch de la vie familiale, lui permet de survivre dans ses tribulations.
Chaque fois que la vie paraît impossible, une nouvelle anecdote (blague juive) va alléger le récit et les digressions sont annoncées parfois de manière plaisante :
« voilà que je suis à nouveau passé par Odessa pour me rendre à Berditchev. »
J’ai recopié tout un florilège d’humour juif, je suis bien tentée de tout coller ici .
Si Lewen : La parade
Ce récit émouvant est un texte humaniste et pour finir , cette citation illustre le sinistre « A CHACUN SON DÛ » des camps de concentration :
« Qu’est-ce qu’un unique et misérable émetteur caché parmi des boulets de coke comparé à la puissance de leur armée ? » « Je vais te dire ce qu’il est : il est l’obstination de l’esclave, il est une provocation envers l’indifférence de l’acier qui donne la mort. Je vais te le dire : il n’est rien et il est tout, un bras d’honneur au Führer, mais aussi un exemple dont l’homme faible a besoin pour croire que le monde peut changer. L’inscription qui surmonte l’entrée de tous les camps de concentration – « À CHACUN SON DÛ » – prendra alors un sens nouveau et deviendra enfin réalité. Amen et shabbat shalom, Itzik ! »
La Parade est une série de 55 dessins réalisés en 1950 par Si Lewen
publiée sous forme de livre, épuisé réédité en 2016, par Art Spiegelmann .
On peut imaginer le film de cette Parade parade militaire, comme il en fut entre les deux guerres mondiales, avec ses spectateurs curieux, peut-être joyeux où sont présentées les armées de plus en plus menaçantes. De la parade les images montrent la bataille qui se déclenche presque insidieusement, l’arrivée de la mort, jusqu’à la fin, jusqu’à cette image où les deux adversaires s’enlacent et se transpercent de leur lance.
Art Spiegelman l’auteur du roman graphique Maus, présente dans une longue vidéo la vie de Si Lewen qui était son ami. Il raconte que Si s’était engagé dans l’armée américaine qui l’a utilisé comme traducteur et l’avait monté sur un camion équipé de haut-parleurs afin de persuader les militaires allemands de quitter le combat. Equipée très dangereuse, puisqu’il était pris pour une cible facile. Après la libération des camps, Si blesssé rentre en Amérique. La Parade est une réponse à sa vision des horreurs de la guerre.
Art Spiegelman
Albert Einsteina écrit à Si Lewen en 1951 :
« je trouve notre oeuvre très impressionnante d’un point de vue purement artistique. En outre, je trouve qu’elle a le réel mérite de combattre les tendances belliqueuse par le biais de l’art. ni les descriptions concrètes, ni les discours intellectuels ne peuvent égaler l’effet psychologique de l’art véritable. On a souvent dit que l’art ne devait se mettre au service d’aucune cause politique ou autre. Je ne suis pas de cet avis. «
Patrick Zachmann est un photographe français né à Choisy-le-Roi en 1955, fils d’un juif polonais et d’une mère séfarade d’origine algérienne.
« Je suis devenu photographe parce que je n’ai pas de mémoire » – ai-je copié au début de l’exposition.
« Est-on juif quand on ignore sa religion et sa culture? »
Pour tenter de répondre à cette question, le photographe va se lancer dans une enquête d’identité.
Il photographie d’abord les Juifs portant l’identité la plus visible, les Loubavitch, porteurs de barbes et de chapeaux, dans leurs réunions et leurs fêtes. En 1981, à Jérusalem au Rassemblement des Rescapés de la Shoah, il fait leur portrait avec leur matricule tatoué. Enfin, il prend pour sujet des Juifs français plus anonymes, plus discrets : les linotypistes du journal yiddisch Naye Press, les commerçants du Sentier dans leurs boutiques, les musiciens, un psychanalyste, des ashkénazes se retrouvant aux Buttes Chaumont, des bals communautaires….
Ce n’est qu’après la publication de son livre Enquête d’identité qu’il abordera avec son père l’histoire familiale, histoire triste puisque ses grands parents furent déportés et sont morts à Auschwitz ; il en fera un film : La mémoire de mon père dont la musique Klezmer accompagne nos pas dans l’exposition.
Les voyages de mémoire conduiront le photojournaliste en Afrique du Sud, à la libération de Mandela, au Chili, sur les traces disparues des victimes de Pinochet, au Rwanda où il fait le portrait des victimes tutsis.
D’impressionnantes photos panoramiques enneigées d’ Auschwitz font face à celle de Drancy où rien ne rappelle le passé.
Bouclant sa quête d’identité, Zachmann fait le voyage à l’envers à la recherche des origines de sa mère en Algérie et au Maroc où il retrouve les lieux et les synagogues, transformées en mosquées. Cette traversée de la Méditerranée est aussi le sujet d’un film Mare Mater où il interroge sa mère mais aussi les mères des migrants, restées au pays tandis que leurs fils ont pris tous les risques dans des traversées dangereuses. Témoignage de la mère, des migrants mais aussi de la séparation douloureuse de la mère et du fils.
Tout à fait pédagogique avec des repères chronologiques très clairs, des cartes si nécessaires, et surtout un récit intégrant les données nombreuses d’une histoire complexe.
Nous feuilletons l’album-photos d’une famille sans rester dans l’anecdote d’un récit familial. Le complexe politique est parfaitement expliqué. Cette histoire est riche, j’en ignorais de nombreux évènements. j’ai retrouvé avec plaisir de nombreux personnages comme Jean Daniel, jacques Derrida, ou Camus.
L’histoire des Juifs d’Algérie s’inscrit aussi dans la lutte pour l’Indépendance de l’Algérie qui est aussi évoquée.
La fin est bien sûr l’exil. L’installation à Sarcelles est graphique (dans le sens de photogénique) .
« Il s’appelle Yossef Hayim Brenner. Il est né en 1881 à Novy Mlini, à la frontière entre la Russie et la Biélorussie.
Il est avec H. N. Bialik et S. Y. Agnon l’un des trois grands écrivains fondateurs de l’hébreu contemporain, et sans doute le plus audacieux. Sa vie est brève, il meurt assassiné lors d’émeutes arabes à Jaffa en 1921. »
Rosie Pinhas Delpuech raconte la vie de Brenner mais cette biographie, trame du livre, est entrelacée par une réflexion sur la langue hébraïque. L’auteure, traductrice de l’hébreu, s’implique personnellement dans la narration ; elle nous fait entendre l’hébreu actuel, le Brouhaha d’un autobus déchiffrant les accents, les langues qui se mêlent.
« Dans mon métier – je suis transporteuse de langues –, les vacances sont rares, nous mettons longtemps à transporter notre cargaison de mots d’une rive à une autre,
[…] Pourquoi cette langue, l’hébreu, pourquoi ça ne me lâche pas, pourquoi ce livre sur un écrivain que je ne parviens même pas à lire, ni à traduire, mais autour duquel je tourne depuis des années ? »
Avant d’être la langue de la vie de tous les jours en Israël, l’hébreu était la langue de la religion et le retour à la Bible est une évidence. Les références anciennes, au personnage de Moïse, le bègue traversent le récit.
L’auteure situe le personnage de Brenner dans son contexte, écrivain juif russe, exilé à Londres arrivant à Whitechapel. Brenner écrit en hébreu, ce n’est pas une évidence à l’époque, le yiddish est beaucoup plus pratiqué alors, en hébreu manquent encore des vocables de la vie quotidienne, cependant. D’autres alternatives existent comme l’Espéranto ou lz langue du pays de résidence, allemand, russe, anglais….
« Comme si, à l’orée du XXe siècle, le peuple juif laborieux, ouvrier, se découvrait non seulement sans terre et sans abri, mais dans une détresse linguistique semblable à une détresse respiratoire. »
Whitechapel est le quartier des pauvres. Brenners’installe en même temps que Jack London. De quelques semaines d’expérience, London rapporte Le Peuple de l’Abîme. Brenners’installera le 2 avril 1904 parmi les juifs démunis travaillant dans les sweatshops pour des salaires dérisoires provoquant le rejet et l’antisémitisme des ouvriers locaux qui voient en eux des immigrés gâchant les conditions de travail.
Même si les conditions de vie sont misérables, des journaux circulent parmi les juifs. Dès 1976, Aaron Libermanfonde avec dix ouvriers dont quatre imprimeurs l’Union des Socialistes hébraïques, en 1884 un journal rédigé en yiddish est destiné au public ouvrier; en 1885, paraît l’Arbeter Fraynt de tendance anarchiste et yiddishisant . On croise un personnage singulier Rudolf Rocker, catholique allemand qui épouse le destin des anarchistes juifs et devient directeur de l‘Arbeter Fraynt. Brenner s’installe au dessus du local de l’imprimeur Narodiski et apprend le métier de typographe. Brenner raconte ce monde des petits journaux dans son roman Dans la détresse . Il crée une revue littéraire en hébreu qui a des abonnés en Europe et en Amérique. Malgré l’aspect artisanal de sa fabrication Brenner est célèbre. Lorsque Freud est de passage à Londres, ils se donnent rendez-vous devant les dessins de Rembrandt. Et encore, en filigrane, apparaît le personnage de Moïse,
Rembrandt : le festin de Balthazar
« Dieu écrit directement avec son doigt, comme un artisan, et rien ne m’intrigue autant depuis mon enfance que ce doigt de Dieu qui montre une direction, qui écrit. Rembrandt le peint dans Le Festin de Balthazar, »
J’ai adoré cet entrelac d’histoire et d’exégèse de la Bible alors que justement la renaissance de l’Hébreu se veut laïque
Faire renaître un hébreu simple, encore gauche, détaché de son contexte religieux, ancré dans la réalité prosaïque
de l’humain. La langue, toute langue, ne peut qu’être humaine, ramassée dans la poussière et la sueur de la rue.
Brenner quitte Londres en 1908, passe à Lembergune année, hésite entre Ellis Island et la Palestine. Il accoste en février 1909 à Haïfa.
Commence alors une nouvelle histoire, celle de la Seconde Aliya, celle des coopératives agricoles, des communautés ouvrières. L’hébreu est alors la langue quotidienne, de Hedera au Lac de Tibériade, il n’existe pas toujours de mots pour désigner les choses. l’hébreu est façonné par des eshkenazes, L’écrivaine note
Il faudra aussi l’éclatement de l’utopie cinq ans plus tard, en 1967, pour que l’espace se fissure et que par
l’interstice s’engouffre l’arabe palestinien
Cette irruption de l’arabe remet en circulation l’ « l’arabe honteux des juifs orientaux » . La traductrice ne se lasse pas d’interroger l’évolution de la langue, et j’apprécie ses digressions
Brenner aboutit dans une cité-jardin Ein Ganim et vit dans une communauté laïque
Il se lie d’amitié avec deux grandes figures fondatrices du sionisme socialiste : A. D. Gordon et Berl Katznelson.
Elle note que sur le sionisme ils sont lucides
Herzl s’est trompé, ce n’est pas une terre sans peuple pour un peuple sans terre. Il y a des habitants, ici, les Arabes, ils tiennent à cet endroit.
Le 1er mai 1921, les ouvriers juifs défilent avec des drapeaux rouges, la population arabe réagit, c’est une journée sanglante
Brenner succombera, victime des journées d’émeutes.
Merci à Aifelle de m’avoir signalé ce livre qui traite de trois sujets que je poursuis : l’histoire du peuple juif, l’hébreu et le rapport de la traductrice à la langue.
Personnellement, j’aurais mis 5* sur Babélio mais peut être suis-je trop subjective!
Récemment, j’ai lu La mort du Khazar Rouge de Shlomo Sands un polar où il est question de l’identité juive et des Khazars, j’ai voulu en savoir plus sur les Khazars. Emmanuel Ruben, Sur la route du Danube raconte qu’il a visité un cimetière khazar à Celarovo (Serbie), il cite Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic. J’ai téléchargé la Treizième Tribu de Koestler en anglais et j’ai beaucoup appris sur les Khazars.
La Treizième tribu, l’Empire Khazar et son Héritage est un livre de 181 pages, annexes comprises. Sa première publication date de 1976. Il est composé de deux parties : L’essor et la chute des Khazars et l’Héritage.
Khazarie et voisins trouvé sur wikipedia
Qui étaient les Khazars? C’est un peuple d’origine turque, semi-nomade, venant de l’est, comme avant eux les Huns, Bulgares? Hongrois ou Pechnègues. Leur domaine s’est étendu entre la Mer Noire et la Caspienne, du Caucase à la Volga. Ils sont venus avec leurs yourtes, puis ont construit des palais. Leur capitale Itil se situait dans le delta de la Volga; pour contrer les incursions des Vikings (Rus) ils édifièrent la forteresse de Sarkel près de Tsimliansk (Rostov-sur-le-Don). Après avoir combattu les Arabes au 7ème siècle, le Royaume Khazar servait à l’équilibre géopolitique entre l’empire Byzantin chrétien et les califes musulmans. Situé au carrefour des routes commerciales (Est-Ouest sur la Route de la Soie) et nord Sud, par la Volga et le Don entre la Baltique et Constantinople, le royaume Khazar vivait du commerce en prélevant des taxes de passage sur les marchandises qui circulaient.
la conversion
Selon la légende, en 740, le Kagan Bulan, aurait vu un ange dans son sommeil lui enjoignant de se convertir ….mais quelle religion choisir? Il fait venir des représentants des trois grandes religions monothéistes pour une grande controverse. Le choix est peut être plus politique que philosophique, garantissant l’indépendance du royaume entre l’Islam et le christianisme byzantin. Le judaïsme était bien connu des Khazars : des Juifs de Bagdad fuyant des persécutions auraient rejoint la Khazarie.
Koestler se réfère aux textes connus, relation d’Ibn Fadlan, mais aussi correspondance entre un Juif de Cordoue, textes byzantins. C’est vraiment un essai historique loin du roman historique. un important corpus de notes et références dans les annexes montre le sérieux de cette étude. .
L’empire Khazar atteindra son apogée à la fin du VIIIème siècle, vers le milieu du IXème siècle le Kagan demanda l’aide des byzantin pour construire la forteresse de Sarkel destinée à contenir les incursions des Vikings ou Rus. Constantinople se servait du royaume Khazar comme bouclier protecteur contre les navires Vikings comme aux siècles précédents contre la bannière verte du Prophète. Une alliance entre les Khazar et les Magyars confortait la position du Kagan.
Toutefois, au tournant du millénaire , l’annexion en 862 de Kiev par les Rus, les guerres et les alliances entre Constantinople et les Vikings/Rus puis le baptême de la Princesse Olga de Kiev en 957 annoncent le rapprochement entre les deux puissances au détriment des Khazars. Vladimir occupa Cherson en 987 sans même une protestation byzantine. La destruction de Sarkel en 985 marqua la fin de la puissance Khazar. Les hordes mongoles de Gengis Khan au début du XIIIème siècle puis la peste Noire 1347-8 signent la chute de l’empire Khazar.
L’héritage
Avec la destruction de leur état, plusieurs tribus Khazar se joignirent aux magyiars en Hongrie, certains ont combattu en Dalmatie en 1154 dans l’armée hongroise. La diaspora khazar suivit la migration vers l’Ouest des Magyars, Bulgares de la Volga, Kumans, etc…La formation du Royaume de Pologne se fit au moment du déclin de l’empire Khazar 965. les immigrants khazar furent les bienvenus en Pologne et en Lituanie, de même que les Allemands qui apportèrent leur savoir-faire. parmi ces population s’installèrent aussi les Karaïtes, une secte juive fondamentaliste emmenés comme prisonniers de guerre en 1388. Koestler montre l’apport démographique considérable formant d’après lui le noyau de la communauté juive eshkenaze. Tandis que le féodalisme polonais a graduellement transformé les paysans polonais en serfs la communauté khazare surtout urbaine a formé un réseau d’artisans, marchands de bestiaux, cochers, tailleurs, bouchers… caractéristiques du Shtetl. Selon Koestler, la construction de charrettes, la profession de cocher spécifique des communautés juives aurait une origine khazar rappelant les peuplades semi-nomades qui utilisaient des chariots tiré par des bœufs ou des chevaux.
L’usage du yiddisch proche de l’Allemand conduit à penser que les juifs polonais ou russes seraient venus de Rhénanie et d’Allemagne. Après une grande digression sur l’historique des communautés juives d’Europe de l’Ouest Koestler soutient que ces migrations à la suite des persécutions pendant les Croisades et après la Grande Peste ne marquent pas de déplacement en masse et que l’usage du yiddisch pourrait avoir une autre origine, linga franca dans tout ce domaine parce que les Allemands formaient une population éduquée qui influençait les juifs du shtetl.
S’en suit ensuite une longue étude pour prouver qu’il n’existe pas de fondement scientifique à l’existence d’une race juive. Etude fastidieuse des caractères comme la forme du nez, la taille, ou les groupes sanguins. Comme, depuis longtemps, le concept de race n’est plus scientifiquement fondé, je ne m’attarde pas sur cette partie du livre.
Cette idée que les Juifs Ashkénaze auraient des origines turques et asiatiques complètement distinctes des origines de la Diaspora venant de Palestine après la Destruction du Temple perturbe certaines traditions et certaines notions comme celle de « Peuple élu » et se trouve à la base du roman de SandLa mort du Khazar Rouge.
Je serais curieuse de lire ce queMarek Halter a écrit
Dans mes recherches sur Internet j’ai eu la très désagréable surprise de trouver que les Khazars avaient inspiré antisémites et conspirationnistes qui ont imaginé des conspirations khazares impliquant Rothschild ou même Soros. Evidemment j’ai prudemment refusé d’aller plus loin et de cliquer sur les vidéos ou les liens de peur d’importer de très nauséabonds cookies.
L‘IMA poursuit avec Les Juifs d’Orient la série : Hajj pèlerinage à la Mecqueet Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire avec la même ambition et la même approche chronologique dans un Orient qui s’étend de l’Atlantique à la Perse et à l’Arabie. Coexistence millénaire des Juifs et des Musulmans .
brique funéraire – Espagne IV -VI ème siècle
La chronologie remonte à la destruction du premier temple (586 av JC) et l’exil à Babylone, puis à la destruction du second temple (70)et l’interdiction aux Juifs de vivre à Jérusalem qui devient Aelia Capitolina (130)
Des papyrus trouvés dans l’Île Eléphantine sont datés 449 – 427 – 402 av JC
Des objets illustrent l’époque romaine : lampes portant la ménorah en décor,(Egypte, Tunisie, Maroc) des ossuaires de marbre, mosaïques de la synagogue de Hammam Lif (Tunisie) avec des inscriptions en latin. magnifique vase de Cana en albâtre.
Doura Europos traversée de la Mer rouge
La synagogue de Doura Europos (Syrie 244 -245) fut entièrement peinte à fresques sur des thèmes bibliques. On entre dans une petite salle où les photographies des fresques ont un aspect saisissant. On s’y croirait. C’est une surprise totale. Je n’imaginais pas de telles peintures figuratives.
Doura Europos scène du Livre d’Esther
Un dessin animé montre la rencontre du prophète Mohamet avec les tribus juives de Médine qui se soldera mal.
En parallèle une peinture de J Atlan rappelle la figure de la Kahena (reine berbère, peut être juive qui mourut en 703 dans les Aurès combattant les invasions arabes;
Dans une petite salle un documentaire nous montre la Gueniza du Caire et les autographes de Maïmonide. C’est très émouvant de voir ces documents : en plus des écrits religieux on découvre même la punition d’un écolier qui a fait des lignes, répétant 500 fois que « le silence est d’or » on imagine le garçonnet turbulent! Dans une vitrine sont exposés des manuscrits et même celui de la main de Maïmonide (la photo était floue à travers le verre) .
Une salle reproduit la synagogue de Tolède je remarque le sceau personnel de Todros Halevi fils de Don Samuel halevi Aboulafia de Tolède.
Souvenir de pèlerinage à Jérusalem (affiche)
Le Temps des Séfarades raconte la vie des Juifs à Istanbul avec des photos anciennes et d’amusants souvenirs de pèlerinages à Jérusalem
Istanbul, les trois religions
Le temps de l’Europe avec un grand tableau de Crémieux, des photos de classe de l’Alliance Israélite évoque l’Algérie et la colonisation française. En face des dessins et aquarelles de Delacroix, Chasseriau montre l’intérêt pour l’orientalisme.
tikim pour la Torah
La vie des communautés juives au tournant du XXème siècle
montre des objets venant du Maroc (vêtements, bijoux, objets)
bijouxMaroc
bijoux et photos du Yémen . Un film m’a étonnée : un pèlerinage à la Ghriba de Djerba, ces Juifs semblent sortis de la haute Antiquité alors qu’il a été filmé en 1952. La Ghriba était bien vide lors de nos passages il y a 3 ans.
Ctouba : contrat de mariage
Dans une salle, des photos de familles marocaines, algériennes et tunisiennes montrent l’exil vers la France ou le départ en Israël. Un monde disparu.
La fin de l’exposition montre la création de l’Etat hébreu et ses conséquences : départ des juifs marocains (Aliya spirituelle pour ces populations très religieuses, mais aussi émigration économique de villageois très pauvres), l’arrivée des Juifs Irakiens, accueillis au DDT alors qu’ils avaient revêtu leurs plus beaux habits. Déchirements de ces Irakiens établis depuis l’Exil à Babylone bien avant l’arrivée des Arabes.
Une vidéo très joyeuse de Yemennight 2020,Talia Collisjeunes yéménites rappeuses préparant la mariée avec le maquillage au henné, danses et musique aux paroles ironiques sur le pays où coule le miel, le lait, les dattes….j’aimerais retrouver sur Internet cette vidéo.
Cette exposition est très ambitieuse, peut être trop. Très riche en documents, peut être trop. Qui trop embrasse, mal étreint. Je me suis sentie un peu perdue dans tous ces témoignages très touchants mais pas toujours bien mis en évidence. Il y avait matière à plusieurs expositions.
Lemberg, capitale de la Galicie province autrichienne, Lwow polonaise après la Guerre de 1914-1918, Lviv ukranienne où se côtoyaient Polonais, Juifs, Ukrainiens. Philipp Sands mène l’enquête sur les traces de son grand- père Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg, discret tellement discret sur son passé.
Sands est avocat, juriste auprès de la Cour Internationale, spécialiste en Droit International. Retour à Lemberg revient sur le Procès de Nuremberg où les dignitaires nazis et bourreaux furent jugés : parmi eux, Hans Frank, avocat, conseiller du Führer et Gouverneur de Pologne occupée qui est passé par Lemberg en 1942. Sands fait la biographie de deux juristes qui ont étudié à Lemberg et siégé au Tribunal de Nuremberg et apporté leur contribution au Droit International. Hersch Lauterpacht, professeur de Droit International, et Raphael Lemkin, procureur et avocat. Ces trois personnages ont échappé aux massacres en ayant émigré à temps mais ont perdu dans l’Holocauste pratiquement toute leur famille. Lauterpacht introduit dans le Droit International la notion de Crime contre l’Humanité, tandis qu Lemkin définit le concept de Génocide. Pour le lecteur moyen, ces deux concepts recouvrent à peu près la même chose, mais pas pour le juriste : Le Crime contre l’Humanité considère les individus et les responsabilités individuelles, principalement dans le cadre des crimes de guerre. le Génocide, en revanche considère des groupes persécutés en tant que groupes comme les Juifs par les nazis, ou les Tsiganes. Une grande partie du livre s’attache à ces deux concepts, leur acceptation ou leur refus par les puissances alliées à Nuremberg. Pour moi qui n’ai jamais étudié le Droit, cet aspect de l’essai de Sands est tout à fait nouveau et intéressant.
Cette enquête, presque policière, méthodique, imaginative, s’appuyant sur de maigres preuves, parfois une signature, un graffiti, à l’envers d’une photo, est tout à fait passionnante. Sands cherche des témoins, il est temps, les survivants sont bien vieux
J’ai pensé à deux lectures récentes : Les Disparus de Mendelsohnet Faux Poivrede Sznajder, enquêtes sur des parents morts dans l’Holocauste. Les Disparus sont sans doute plus littéraires, mais l’aspect juridique du Retour à Lemberg m’a beaucoup intéressée.