Seyðisfjörður

CARNET ISLANDAIS

le fjord de Seydisfjördur

Au Vinland, on ne sert pas le petit déjeuner ; nous avons un voucher pour le grand Hôtel du Lac à Egilsstadir, hôtel traditionnel de plusieurs étages avec lobby orné avec de vieux skis de bois et d’une décoration soignée, des branches de bouleaux surmontent les rideaux, classieux. Buffet somptueux : épaisses tranches de saumon, pains variés, céréales, skyr présenté dans de jolies verrines, bacon ? pancakes et sirop d’érable…Byzance, nous en profitons bien ; le petit déjeuner est la meilleure expérience gastronomique de la journée.

le lac d’Egilsstadir

La route 93 passe par un bois de mélèzes en tenue déjà automnale puis grimpe dans la montagne. En chemin, nous négligeons une promenade vers une cascade, nous avons hâte d’arriver. Très vite, nous parvenons au col. Le vent est tellement puissant qu’il me fait trébucher avec mon anorak gonflé comme une voile. La vue est extraordinaire : le lac d’Egilsstadir, argenté se faufile entre les chaines de montagne dans d’un gros SUV un écrin boisé, au fond la masse enneigée du Snaefell sort derrière un nuage – dommage pour la photo, il n’y a pas de contraste. Les plaques à neige sur les montagnes voisines, orientées N/S nous rappelle la latitude nordique (65.3°) proche du cercle polaire (66.3°) ; le sommet culmine à 1271 m ; impressions de haute montagne. Un cairn marque l’itinéraire quand la route n’existait pas, il mesure au moins 3 m de haut, épaisseur nécessaire l’hiver quand la neige recouvre tout. Nous découvrons de petits lacs, l’un d’eux est barré d’une digue empierrée. Je ne vois aucune trace d’une centrale électrique, en revanche un panneau parle de dispositifs paravalanches. Des avalanches meutrières ont atteint le village invisible du col mais pourtant très proche. J’ai du mal à comprendre ce dispositif si différent de ce que je connais dans les Alpes. La descente dans cet univers minéral est vertigineuse, heureusement il n’y a pas de circulation, on peut rouler très doucement et utiliser le frein moteur.

Seydisfjördur : Gulufoss

Au bas de la pente la cascade Gulufoss se voit de la route. Les photographes japonais sont à l’œuvre : une jeune fille excentrique descend d’un gros SUV portant un volumineux bonnet à pompon avec des lunettes de motocycliste anciennes, une jupe épaisse noire à volants horizontaux sur des leggings : modèle de mode ou compagne du photographe.

les maisons colorées de Seydisfjördur

Seydisfjördur (668 ha) est le terminal des ferries de Smyril Lines reliant les Îles Féroé et le Danemark. Aujourd’hui il n’y a pas d’activité sur le port. Cette liaison a apporté une certaine richesse au village avec de très belles maisons colorées de bonne taille et de belle facture. Le fjord se termine par un petit lac, miroir qui capte les reflets. Nous jouons avec les reflets, des maisons dans le lac, des montagnes dans le fjord. Toutes les belles maisons sont transformées en chambres d’hôtes ou en auberges : l’ancienne Pharmacie bleue très vif, l’ancien Hôpital rouge et vert, jaune l’Auberge de Jeunesse ; même le commissariat est logé dans une élégante maison de bois grise. Tour du lac pour me dégourdir les jambes. Le parcours de statues est plutôt décevant : la statue commémorant l’avalanche est une poutrelle tordue (comme au pied de Skalafell pour les rues).  Une installation sonore m’intéresse : elle se trouve à l’écart du village dans la pente, une grimpette d’un quart d’heure pour découvrir quatre coupoles de ciment qui communiquent. Des chinoises posent pour une photo de groupe. A l’intérieur, pas de son particulier, arrive un groupe de randonneurs qui font des vocalises. Rien d’exceptionnel !

reflets dans le fjord de Seydisfjördur

Après quelques emplettes à Netto, nous reprenons la route d’Egilsstadir. Le temps se gâte, le vent se déchaîne. Dominique se cramponne au volant dans les lacets ; la route étroite surplombe le vide sans la sécurité d’un glissière ou d’un bas-côté, seuls des piquets jaunes balisent le bord de la chaussée ; au col, pas question de sortir, le vent arracherait la portière.

la petite église bleue et les maisons qui se reflètent

les fjords de l’est de Berufjördur à Egilsstadir

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fjord de l’est

La route contourne parfaitement le fjord suivant, très long, très étroit qui contient une dizaine de sites d’aquaculture ; des bateaux équipés de bras articulés sont à proximité des filets ronds. La route monte, descend, fait des virages surprenants et semble butter contre une muraille le Groenafell qu’elle suit au niveau de la mer. Ici, les maisons sont revêtues de tôles imitant les lattes de bois, peintes de blanc, de rouge ou parfois de jaune ; que recouvrent ces tôles ? du bois ? Du ciment ? Dès qu’il y a une aire assez vaste et plate on cultive ces champs d’herbe rectangulaires. A la pointe, un petit phare fait une tache orange.

cygnes

Nous passons Breidavik sans nous arrêter. A la sortie il y a une jolie plage noire. Que faire à la plage alors qu’il fait 11°. Sur un parking, on raconte l’histoire de l’Attaque des pirates le 8 juillet 1627 à Breidalur : la population, prévenue, s’était cachée et les pirates algériens n’ont pu razzier que trois personnes. Le panneau raconte aussi la construction de la route circulaire entreprise en 1962 puis refaite en 2002 . Je me souviens du périple de Karitas tout autour de l’île en bateau alors que la route du nord était barrée par la banquise.

kambanes : une montagne en forme de pyramide

Nous pique-niquons au pied de la curieuse montagne à Kambanes dont la silhouette ressemble à une pyramide à degrés avec un sommet pointu (couches de basalte du volcan Alfafjodur. L’après-midi, le brouillard a disparu le soleil éclaire le rivage tandis que les nuages restent accrochés à la montagne.

Stödvarfjördur

Le petit fjord suivant est moins échancré. Stödvarfjördur –  est le port bien abrité où les pêcheurs français de la Grande Pêche avaient l’habitude de faire relâche.

le jardin de pierres de Petra

A l’entrée du village le jardin de pierres de Petra est une belle visite : collection minéralogique imposante comme jardin fleuri où il fait bon s’arrêter faire une pause. Depuis sa plus tendre enfance Petra a collectionné les roches et les a disposés dans son jardin. Des jaspes colorés voisinent avec des géodes et des cristaux de calcite ou de quartz. Aucune prétention scientifique dans le classement quoique les roches sont déterminées et étiquetées pour les visiteurs curieux disposant de tout leur temps. Cette accumulation est comme un trésor offert pour le plaisir des yeux ; dans des recoins on a installé des sièges, une fontaine murmure, il y a un petit pont, des personnages, une petite cabine…C’est un endroit merveilleux, j’ai autant de plaisir à contempler les fleurs que les roches. Ce jardin est aussi entretenu à la gloire d’une femme passionnée de nature et de montagne. Petite fille, elle entraînait ses amis, mère, ses enfants dans ses récoltes. Elle sut résister quand on lui fit comprendre qu’elle ferait mieux de cuire le pain ou de tricoter.

les bateaux de la Grande Pêche

Le village français, sur le bord du fjord a été restauré. C’est l’ l’Hôtel Foss qui tient le musée. En sortant de voiture, je suis saisie par l’odeur de la morue séchée. Sur les murs de la grande bâtisse grise des explications multilingues et pour une fois en Français raconte la Grande Pêche menée par les pêcheurs de Dunkerque, de Paimpol ou de Saint Malo qui venaient de longs mois pendant près de 400 ans pêcher la morue à l’Est de l’Islande. Cette pêche était une activité périlleuse pendant les longs mois de la campagne certains marins se blessaient d’autres tombaient malades : la France envoyait des bateaux-hôpitaux militaires pour les soigner. En 1896 on construisit un abri hospitalier avec un hôpital, une chapelle et un cimetière ; tous les bâtiments furent laissés à l’abandon et déménagés. Récemment tout a été remonté autour de l’hôtel.

village français

Au rez de chaussée, on voit une chambre d’hôpital, des instruments de chirurgie et la salle d’attente. Des mannequins peuplent la scène. On descend un escalier et on est à bord d’une goélette aménagée avec les couchettes des marins, la petite Vierge et sa lumière comme le contait Pierre Loti dans Pêcheur d’Islande. Une sonorisation fait croire que le bateau est en  mer, on le sent tanguer, on reçoit des paquets de mer. On passe sur le pont où se trouvent les paniers avec les morues qu’on sale, les cordages et les lignes. Les vagues font illusion. En regardant mieux, on voit que dans l’écume blanche sont inscrits les noms des pêcheurs morts en mer ou disparus. Belle représentation ! Un document audiovisuel réalisé avec des photos et des films d’époque anime cette Grande Pêche et raconte la restauration récente du village français.

a bord!

De Fäskrudsfjördur à Egilsstadir , on peut soit emprunter le tunnel (45 minutes), soit faire le tour de la presqu’île et la moitié du fjord de Reydarfjördur sur une piste (1h30). Sommes-nous venues jusqu’ici pour passer par un tunnel ? La dame du musée assure que la piste est bonne mais conseille néanmoins le tunnel.

retour du soleil

Le soleil est radieux, la mer bleue, la petite île qui ressemble à un volcan brille toute illuminée. La piste de terre est tout à fait roulante, montées et descentes sont impressionnantes, on arrive vite à la pointe marquée par un petit phare orange. Un tronçon est goudronné, la piste reprend plate au niveau du fjord. En face on découvre l’usine d’aluminium, un monstre de tôle blanche qui enlaidit la vue.

Nous retrouvons la route circulaire 1, il reste 30 km entre les montagnes d’où descendent d’innombrables cascades, ruisseaux et ruisselets. Une surprise : la neige, d’abord quelques petits névés vers les sommets puis les crêtes se couvrent de grandes plaques blanches. Enfin, nous descendons sur la ville d’Egilsstadir qui paraît plus urbanisée que les ports traversés aujourd’hui malgré seulement 2500 habitants. Un panier fleuri avec des pensées et des choux accueille les visiteurs, le centre commercial et l’office de tourisme sont modernes et brillants. Depuis Reykjavik nous n’avions mas vu d’immeubles, il y a ici 6 tours grises.

Nous franchissons le lac très allongé pour arriver à Vinland – la Guest house où on nous a réservé un studio dans un petit bâtiment vert. L’accueil est sympathique mais la clé dans une boîte à code (j’ai horreur de cela). Tout est parfait : il y a une cuisinette équipée, de la vaisselle, un four à micro-onde, un frigo une bouilloire ; nous allons dîner là : saumon fumé, salade de pommes de terre et skyr, un festin.

 

 

 

 

 

 

Vers L’est, de Höfn à Djupivogur

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Départ sous le crachin. Les nuages encore plus bas qu’hier cachent les montagnes mais aussi les glaciers. Juste après Vestrahorn un tunnel traverse l’impressionnante montagne de gabbro – la plus ancienne d’Islande dit-on. Nous ressortons dans la plaine formée par le delta du Lon.  La montagne se reflète dans la lagune, un parfait miroir. Les écharpes de brouillards passent à mi-pente tandis que les sommets sont dégagés. Il semble que nous traversons un désert, seule la Lon Guest-house en contrebas d’un monticule. Lon est une étendue plate et humide. Un peu plus loin, trois fermes sont blotties, les prés sont bien verts, le foin, emballé.

Sur la route, un goéland écrasé, ce n’est pas le premier, nous en avons remarqué souvent ainsi que des goélands bien vivants installés sur le bitume. Ils n’ont pas encore appris que la route appartient aux voitures, danger mortel, ne craignent pas les véhicules et se laissent écraser.

Des ponts enjambent les minces rubans liquides qui se ramifient, se rejoignent, se mêlent pour se séparer à nouveau sur le gravier ou les galets presque noirs. On passe un petit bois de mélèzes et de bouleaux à l’abri de la paroi rocheuse.

La montagnede Vestrahorn se reflète dans la lagune

Sur un parking, un panneau raconte l’histoire des colons venus de Norvège mais aussi d’Irlande, les moines, « papas », ont donné leur nom au village de Papos. Ce panneau pointe aussi l’exode rural et la désertification. Au 19ème siècle il y avait 60 habitants à Baer, en 1921 : 51 en 1966 le village fu totalement abandonné et les maisons transformées en cottages de vacances.

après le phare de Hvalnes la côte est découpée

Le Phare de Hvalnes  est construit à la pointe fermant la Baie de Lon. C’est un petit phare carré orange ; une date 1954, la hauteur 11 m . Les vagues battent la côte rocheuse déchiquetée : l’écume blanche souligne les rochers et les criques. Les montagnes sont en basalte noir, les pierriers, impressionnants ; à droite, les plages, à gauche les pierriers, le long de la route une mince bande herbue, Parfois des tôles protègent la route de chutes de pierres.   La lagune set peuplée de cygnes et d’oies.

Puis la route s’élève à flanc du pierrier formant une corniche spectaculaire au-dessus de ; la côte très découpée.

Les pentes s’adoucissent, deviennent herbeuses, des barres rocheuses ruinées pointent des chicots qui ressortent ici et là dans des prairies sauvages brunes ; autour de Protta les prairies vertes sont cultivées dans des rectangles bien plats séparés par des canaux de drainage. Je n’avais jamais pensé qu’un herbage puisse être cultivé comme des céréales ou autre culture. Les fermes sont très dispersées. La route fait des montagnes russes, en haut de chaque côte on se demande ce qui va surgir. Nous évoquons des souvenirs d’Ecosse. Dans l’herbe s’agitent les touffes de linaigrette.

Djupivogur

djupivogur : l’atelier du scupteur

A la pointe de son long et mince fjord, c’est le premier village d’importance. Nous complétons nos provisions et visitons le petit port dominé par quelques maisons de bois.

Langabud, allongée, peinte en rouge contient un café et un petit musée dédié à des célébrités locales : on peut visiter le bureau avec certains effets personnels et les livres d’ Eysteinn Jonsson, un politicien, ou voir l’atelier de menuisier du sculpteur Ricardur Jonsson dont j’ai bien aimé les objets de bois ciselés : coffrets et pipes et moins les bustes de personnages inconnu de moi. Par une échelle de meunier, je grimpe au grenier où sont entreposés en vrac toutes sortes d’objets de siècle dernier (le 20ème ) des téléphones muraux, la meule d’un rémouleur, des machines à coudre et à tricoter, qui m’ont rappelé Karitas que je suis en train de lire.

Djupivogur : stone garden le Peuple caché

L’autre « musée » de Djupivogur JFS Handicraft & stone garden est à l’écart : une maison rouge est entourée d’une accumulation de galets, ossements de baleine, minéraux, bois flotté et sculptures naïves. Dans le « jardin de pierres » des galets représentent le « peuple caché » elfes et trolls, en référence à la mythologie nordique ; le plasticien a aussi construit des navires de pierre. Des échantillons colorés rouges ou verts, des fragments d’obsidienne brillent sont alignés dehors. Dans une véranda, des têtes d’orques aux dents redoutables sont suspendues. Avec des bois flottés ou des branchettes de bouleau il a créé des silhouettes fantastiques, des rennes, un traineau. L’artiste traverse le jardin, sur sa casquette il a mis des ailes d’oiseau. Dans ce village perdu, il faut être créatif et se contenter des ressources locales.

Djupivogur : stone garden la cabane de Thor

Eggin : Sur la jetée, 34 œufs de pierre de bonne taille figurent les 34 espèces d’oiseaux islandais. C’est l’œuvre de Sigurður Guðmundsson  plasticien reconnu à l’international. Jaime caresser la pierre lisse. Comme je ne suis pas ornithologiste, je suis incapable de faire la différence entre les différents œufs qui se ressemblent beaucoup ; C’est une belle installation qui s’intègre très bien dans le décor.

 

Le Coeur de l’Homme – jon kalman Stefansson

LIRE POUR L’ISLANDE

Un beau moment de lecture! 

Dépaysement et poésie, à la limite du rêve et de la réalité. Le roman commence avec une terrible tempête de neige d’où émergent les héros engourdis à la limite entre la vue et la mort, perdus, ils sont recueillis et soignés dans un village isolé. Furtive rencontre avec une femme aux cheveux roux intense dont on saisit mal le rôle, mais qui laissera un souvenir tenace et émerveillé.

Qui est donc ce gamin? Recueilli par des femmes singulières dans un port, il joue le messager, portant des lettres d’amour qu’il rédige pour les autres. Il me fait penser, dans un décor tout autre, au jeune homme de Théorème de Pasolini qui séduit et déstabilise toute la famille. Par une simple lettre, il bouleverse la vie d’Andrea qui quitte son mari, Pétur. D’autres lettres porteront des promesses d’amour… Dans cette petite ville isolée,le gamin fait circuler livres et poèmes. Dans cette campagne reculée, il rayonne de culture, butinant le savoir auprès des femmes ou du directeur d’école. Surprenante importance de la musique où l’on voit un orgue voyager par bateau….

Roman onirique, aussi roman réaliste qui raconte des rapports de pouvoir entre la famille de commerçants, la concurrence acharnée entre Fridrik, homme d’affaire prospère et Triggvi « qui transforme le labeur en or », Snorri le marchand failli et ruiné, et surtout la belle Geirthrudur, libre et riche qui tente de faire des affaires dans un monde d’homme qui ne lui pardonne ni son sexe, ni son habileté à manœuvrer. Au village, tout tourne autour du poisson: les  pêcheurs pêchent, on sèche ou sale la morue qu’on exporte. Capitalisme  primitif, où l’on achète, transmet ou vend, des parts dans les bateaux, des droits pour faire sécher la morue.

Passage à la modernité, dans le village traditionnel, le téléphone fait son apparition, puis une pompe et un bateau à vapeur….

Le récit conte aussi bien la vie quotidienne que la beauté de la lumière des nuits d’été, la nature qui se pare de fleurs et de mousses, toujours la poésie!

Un vrai coup de cœur!

Höfn et Vestrahorn

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le port de Höfn

La pluie était prévue de longue date. Un arc en ciel nous accueille au réveil. La lumière crue du matin illumine les montagnes qui deviennent pourpres. Au-dessus de la mer, il fait beau. Eclaircie de coute durée : dès que nous montons en voiture, il commence à pleuvoir. Bruine fine, pas très gênante ;

Ferme Skalafell

Un monument en ciment honore la mémoire de Jon Ericksson, natif de Skalafell (1728-1787) qui étudia au Danemark et en Norvège, devint professeur de Droit, un des Philosophes des Lumières et personnage du Réveil National islandais ; derrière la ferme Skalafell occupée par un hôtel, une promenade au pied du glacier Skalafelljökull m’aurais bien tentée (par beau temps)

Myrar glaciers et zone humide

Parking suivant sur la route circulaire : au sommet d’une butte, un mirador permet d’identifier glaciers et sommets des environs. Pour les sommets, c’est raté ils sont dans le nuage. Trois langues glaciaires descendent de la calotte du Vatnajökull : Skalafelljökull, Heinaberjökull, Flaajökull. Deux d’entre eux descendent en un élégant virage, le troisième semble sortir d’un goulet d’étranglement.

Chacun nourrit un torrent (ou rivière glaciaire) qui ont construit une vaste plaine le Myrar, zone humide, dans laquelle les cours d’eau se divisent en nombreux bras sinueux dont les méandres brillent par contraste avec le fond mat. Selon les explications des panneaux, au gré des inondations, les rivières divaguent et changent de lit ; autrefois les hommes ont cherché à les canaliser à la pelle. Au 20ème siècle les bulldozers ont permis, de construire des ponts de faire passer la route, et de drainer des prairies qu’on a semées pour les enherber. Ces beaux prés fauchés sont parsemés de meules cylindriques emballées dans du plastique blanc ou rose qu’un de nos guides compare à des marshmallows géants.

divagations d’une rivière glaciaire

D’autres délivrent tout un cours de géologie montrant le rôle conjoint des volcans et de la calotte glaciaire qui les recouvre, les mouvements de subsidence sous le poids des roches et des glaces et inversement la remontée de la croûte terrestre quand la calotte glaciaire s’est rétractée et que l’écorce s’est allégée. Malheureusement, sous la pluie fine, je n’ai pas sorti mon cahier pour noter.

Hoffell hot tubs

hot tubs

Quelle bonne idée de se baigner dans l’eau chaude sous la pluie dans des piscines naturelles au milieu de nulle part !

Sur la piste 984, à 3km de la route principale, un peu à l’écart, a l’abri d’un piton rocheux 4 hot pots, 4 petites piscines rondes en pleine nature sont déjà occupées par des baigneurs bien rouges – rouges de froid ou de chaud ? J’avais beaucoup aimé la convivialité du jacuzzi au Costa Rica sous la pluie, nous avions passé une après-midi très agréable et cosmopolite sous la pluie. Mais le jacuzzi était plus grand, nous conversions aimablement à 6 ou 8. Tandis qu’ici, ils sont deux par baignoire. Je peux occuper seule le 4ème pot et m’ennuyer ou dois-je tenir la chandelle en rejoignant un couple ? Les bains sont ouverts jusqu’à 21h, on tentera au retour.

Flatey

Nous dépassons la très grande ferme de Flatey juste au moment où les vaches s’échappent en courant de l’étable. Le magnifique bâtiment vitré est-il une étable ou plutôt un restaurant où l’on sert des glaces-maison.

Höfn

La petite ville (1640 ha en 2011) est précédée de nombreux hôtels, certains grands comme le Fosshotel d’autres plus modestes, d’un camping avec des bungalows et d’un golf désert aujourd’hui, bizarre, en général les golfeurs ne craignent pas la pluie. Deux stations-service, un supermarché. Il semble que tout Höfn se soit converti au tourisme la Poste et la Pharmacie s’affichent Guesthouse. La ville a pourtant d’autres occupations : un port tout à fait actif, port de commerce et port de pêche.  La spécialité c’est la langoustine, mais ce n’est pas la saison. La ville s’étale, peu dense c’est vraiment une ville, il y a même 3 ou 4 barres de petits immeubles bas et une galerie marchande où nous ferons des provisions à prix presque raisonnable. Autour du port, des restaurants de poisson, il sort une odeur appétissante ; mais ce n’est pas l’heure.  ISK

L’office de Tourisme, dans une belle maison de bois, présente des d’oiseaux empaillés, de belles photos, des écrans interactifs et une vidéo. Je cherche parmi les oiseaux celui qui ressemble à la nichée croisée hier, perdrix ou lagopède (ce dernier s’appelle aussi perdrix des neiges).

Vestrahorn : la montagne de gabbro dans la brume

Fortes de nos expériences écossaises et irlandaises, nous choisissons d’ignorer la pluie et partons nous promener comme prévu sur la presqu’île de Vestrahorn. Au Café Viking on s’acquitte d’un péage de 900 ISK par personne, pour le prix on nous offre un plan ! Nous garons la voiture sur un parking sableux face à la mer. Ce n’était pas du tout une bonne idée, la voiture est ensablée. Deux japonaises m’aident à pousser, heureusement un viking barbu, chevelu saute de sa jeep (elle aussi garée dans le sable) ; son aide est décisive. On choisira le parking du phare.

graminées et sablenoir

Selon le Guide Vert, Vestrahorn serait « le paradis des photographes avec sa lumière changeante et les reflets des nuages » ; le plafond nuageux est désespérément bas, la lumière définitivement morne et stable, la photographe doit faire preuve de créativité. Les graminées agitées par le vent m’inspirent ainsi que les petites plantes étoilées sur le sable noir. Le cailloutis de roches claires exogène, comme le radar de l’OTAN ainsi que tous les reliquats et déchets de la base militaire : câbles, piliers de béton, pièces mécaniques…J’aurais dû lire les panneaux à l’arrière du café viking ; j’aurais compris que Stokkenes fut une ancienne base britannique pendant la 2ème Guerre Mondiale  puis américaine ; le radar sphérique n’est pas un décor de cinéma. Le péage de la route ne se justifie pas puisque les investissements ont été financés par les militaires. Le Village viking, lui est un décor de cinéma. Les toits couverts d’herbe se fondent dans le paysage, pas l’horrible façade de polystyrène blanche qui défigure le village de planches.

graminées sous le vent et la pluie

Un peu plus loin on passe devant les vestiges d’un ancien village (aucunes explications). L’endroit est habité depuis le 9ème siècle : colonisation par les Vikings et aussi par des moines irlandais. Le site était encor habité au 20ème siècle. Un fac-similé en français m’apprend que les habitants ont sauvé des naufragés français et que le Ministère de la Colonisation leur a offert une médaille.

Déjeuner tardif au Café Viking d’un croque-monsieur. Je renonce aux bains et au restaurant puisque nous avons fait des emplettes. Il faut préparer l‘expédition de demain aux Fjords de l’Est (300 km), classer les photo…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Miss Islande – Audur Ava Olafsdottir

LIRE POUR L’ISLANDE

18

Reykjavík, 1963. Hekla débarque de la campagne avec sa machine à écrire et beaucoup d’ambition. Elle veut être écrivain!

Avec son nom de volcan, Hekla a beaucoup d’atouts. Elle est si belle qu’un inconnu la poursuit pour l’inscrire au concours de Miss Islande. Pour l’écriture, elle est douée et a déjà publié, sous un pseudonyme, dans une revue reconnue. Surtout, elle peut compter sur une amitié à toute épreuve avec Jon John, un garçon de son village, qui l’héberge. Courageuse, elle accepte un travail de serveuse à l’hôtel Borg. A Reykjavik, elle retrouve sa meilleure  amie d’enfance, Isey; mariée, mère de famille qui lui réserve un accueil chaleureux. Assez rapidement, elle rencontre un poète et se met en ménage avec lui.

Une réussite toute tracée ferait-elle un bon roman?

En 1963, même en Islande, être une femme indépendante, une écrivaine n’est pas facile.

Être serveuse, même dans un établissement chic, c’est s’exposer aux harcèlements des clients sans espoir d’une aide du patron, Hekla réagit avec à-propos, mais c’est pénible. Être  la petite amie d’un futur poète, et, écrire  ne va pas de soi. Le ménage est déstabilisé quand Starkadur découvre le talent d’Hekla.

La vie  est très difficile pour Jon John qui est homosexuel et qui gagne sa vie en mer. C’est le personnage qui m’a le plus touchée. Il fait une analyse très pertinente de l’oppression subie par les gays : fréquentant un peu la base américaine, il fait le parallèle avec la lutte des Afro-américains et célèbre Martin Luther King.

Tableau intéressant d’une Islande encore très provinciale, avec comme bonus : des éruptions volcaniques.

au pied des glaciers

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au pied des glaciers

Nous avons laissé Kirkjubaerjaklaustur sans nous en rendre compte, les maisons sont si dispersées que nous avons du mal à situer le village (120 habitants en 2011) ; notre premier arrêt fut devant une mignonne cascade, ou plutôt une rivière qui saute sur des rochers et se divise en autant de rapides. Les mots me manquent pour décrire les chutes d’eau, c’est la première fois que j’en vois tant. J’aimerais les différencier, les individualiser.

langues glaciaires et sommets vus de la route 1

Quand on suit la route circulaire 1 nul besoin de GPS ! Nous nous arrêtons sur chaque parking aménagé. De 8 H à 9  H, nous sommes bien tranquilles et la lumière est merveilleuse. Le spectacle est grandiose au pied de montagnes couvertes pat le Glacier Vatnajökull qui couvre 10% de l’Islande. La glace est très épaisse et masque les sommets des volcans noyés sur la carte Michelin. De la route on découvre les langues glaciaires entre les arêtes rocheuses.

Une pensée m’obsède : combien de temps encore pourra-t-on les contempler ? Je suis fascinée par ces glaciers qui sont tellement nouveaux pour moi. De loin, la neige est brillante, blanche le jour, rose hier soir au coucher du soleil. De près, la surface paraît sale, elle porte les cendres et des débris de roches ; elle est hérissée de pics et de crevasses impressionnantes. Quelquefois, les crevasses sont bleues presque turquoises. Je zoome pour les observer de plus près, la résolution est mauvaise, ils seront flous. Qu’importe, je filme sans relâche.

crevasses

La route court sur un désert de sable et de cailloutis, complètement plat. On construit cette route en relief, sur une sorte de digue peu élevée mais assez pour interdire les arrêts-photos improvisés. Heureusement le trafic est très dilué. Nous franchissons des ruisseaux parfois des torrents sur des ponts de bois et métal qui vibrent à notre passage ; souvent un seul véhicule peut passer à la fois, il y a des aires de garages, sorte de passing-places(comme disent les écossais). Les parkings sont signalés longtemps à l’avance pour décourager les touristes imprudents de s’arrêter sur la voie, la plupart du temps il y a des panneaux explicatifs et souvent des toilettes.

Un pont de ciment au milieu du paysage, pas de route dessus ???l’explication est donnée au parking suivant : l’éruption de 1996 du volcan Grímsvötn a provoqué des inondations cataclysmiques. L’énorme crue glaciaire a emporté le pont et la route. Une poutrelle tordue témoigne du désastre. Le cratère du Grímsvötn aurait contenu un lac sous-glaciaire. Ces crues gigantesques expliquent les dépôts et la formation de deltas sur des kilomètres.

Skaltafell

Le parc de Skaltafell possède un très grand parking payant (750 ISK) surveillé par des caméras, la  et nouis arrêtons sur le plus petit des parkings du stefaut bien payer et en carte de crédit ? le cash n’est pas non plus admis « dans le système ». Pour les randonnées, des entreprises privées proposent leurs services : randonnée sur le glacier (matériel prêté) randonnées guidées etc…mais il aurait fallu s’organiser à l’avance et prévoir une plage horaire confortable.

Librement, on peut suivre des sentiers balisés jusqu’au glacier Skaltafelljökull. Le sentier est large et bien entretenu traversant un petit bois de bouleaux nains de moins d’un mètre de haut. Sont-ils aussi nains que je l’imagine ? Au flanc de la colline les bouleaux ont une taille arbustive, pas des grands arbres mais hauts de plusieurs mètres. J’arrive dans une zone caillouteuse ; un petit lac occupe un creux et plus loin un torrent d’eaux grises tumultueuse sort de la langue glaciaire. Ce n’est pas ici que je marcherai sur la glace mais c’st une belle petite promenade.

Nous dépassons le village de Hof qui ressemble à un village ; partout des fermes dispersées qu’on peut difficilement appeler village.

lagopèdes??

Un panneau promet un « boat-trip » sur le Fjallsarlon. Lest billets coûtent 6900 ISK = 50 €, est-ce que cela en vaut la peine ? Le lac est caché par une petite colline. Sur l’eau des zodiacs naviguent sans s’approcher des icebergs qu’on voit très bien du bord ; l’attraction est plutôt attrape-touriste. AVEC le ciel nuageux, l’eau est grise, la glace est sale. En remontant, j’ai la chance de rencontrer un gros oiseau et ses quatre poussins qui se roulent dans la poussière. La mère ressemble à une grosse perdrix ; Je m’étonne de cette nichée si tard dans l’été, si petits.

Jökullsarlon

jökullsarlon

Nous continuons à fréquenter tous les parkings et nous arrêtons sur le premier et le plus petit des parkings du site ; une seule voiture, un sentier grimpe et c’est l’émerveillement ; Le lac glaciaire est bleu, les icebergs propres avec des formes fantastiques. Au Loin, je distingue des bâtiments et un énorme parking au bord de l’eau.  Dominique qui n’a pas encore vu la glace flottant sur les lacs pourra la voir de la voiture. Pique-nique dans la voiture. Une promenade suit la rivière jusqu’à la plage. Un iceberg se fracasse à grand bruit. Je suis saisie d’une frénésie de photos. Un phoque joue avec mes nerfs : dès que je suis prête, il plonge et dès que je range l’appareil il réapparaît exactement au même endroit, à quatre reprises je zoome, je cadre pour éteindre ! je me rattrape avec les eiders qui barbotent.

icebergs sous le soleil

Après une promenade sur la plage nous retournons sur le petit parking tranquille pour une belle promenade en solitaire sur le sentier en corniche au-dessus de l’eau. Le ciel est bleu profond, les icebergs étincellent. Toutes les photos à doubler ! Qund vient l’heure de la sélection, c‘est un crève-cœur, je les garderais toutes, pour la forme, la couleur, les oiseaux perchés….

Jökullsarlon

Encore 70 km à parcourir. Comme j’ai du mal à repérer l’hôtel sur la carte, j’allume le téléphone pour GOOGLEmaps; incroyable mais il y a de la 4G dans cette zone dépourvue de villages ! Nous laissons le téléphone nous guider en passant devant des fermes, des minuscules villages avec des toits rouges et des constructions blanches. Détour jusqu’à une mignonne église au milieu du cimetière herbu derrière un bouquet d’arbres.

Notre hôtel Vagnasstadir est composé de l’ancienne auberge de jeunesse : maison de bois avec un étage et une véranda, de trois chalets de bois peints en vert et d’un long bâtiment tout neuf où nous sommes logées. Notre grande chambre avec salle de bain est confortable mais ses murs sont nus en dehors d’une inscription calligraphiée en Islandais ; deux lits avec des couettes, deux tabourets gris en guise de tables de nuit, une chaise et un fauteuil ; les prises électriques ne manquent pas. Une affiche prie les clients de défaire leur lit et de mettre housses de couettes et taies d’oreiller dans les paniers. A l’hôtel, je n’avais pas encore vu cela ! pas de restaurant, le plus proche est à 6 km, on n’a vraiment envie de reprendre la voiture. L’épicerie la plus proche est à 25 km. Seul dépannage : des nouilles instantanées à 800 ISK (6€) ; nous aurions mieux fait de garder les sandwiches et de manger chaud à Jökullsarlon ! Accueil inexistant, chères et insipides nouilles, le moral en prend un coup, une AJ au prix d’un 4* !

Vagnasstadir

Pour me consoler, je fais une balade dans la campagne très verte. L’auberge est entourée d’animaux, chevaux islandais et moutons. La mer est proche (1.5 km) mais je ne trouve pas le pont qui franchit le ruisseau.

 

 

 

 

 

 

 

 

Illska – Erikur Örn Norddahl

LIRE POUR L’ISLANDE

Salmigondis! Mélange de viandes sanglantes!

J’ai lu jusqu’au bout ce pavé pour comprendre ce qui avait valu un prix littéraire et de bonnes critiques, pensum et colère pour ce qu’on nomme maintenant histoire décomplexée (est-ce un complexe que de vivre avec la mémoire de la Shoah?). Quels compromis, quelles relations, peut-on entretenir avec l’extrême droite, les néo-nazis, les suprémacistes?

Si Métailié, l’éditeur n’avait pas donné le titre Illska en islandais, sous-titré le Mal, je n’aurais sans doute pas téléchargé ce livre. Je suis mauvaise lectrice pour les ouvrages sur le Mal (ou le Bien, d’ailleurs).

Passons sur l’histoire d’amour, le trio formé par Agnès, d’origine lituanienne, à moitié juive qui fait une thèse sur l’extrême droite, son amant Omar, et Arnor, le néo-nazi qui sexuellement la fascine. Trio qui devient quatuor quand le bébé (de qui?) se met à intervenir dans le récit. Je ne suis pas cliente de provocations, genre T-shirt avec le portrait d’Hitler, tatouages nazis sur la bite ou ailleurs.

L’aspect historique : le récit des massacres des Juifs  en Lituanie par les nazis bien aidés par la population locale m’a bien sûr interpellée. Comment vivre avec l’idée que la moitié des ancêtres  en a assassiné l’autre moitié? Pour raconter cet épisode tragique il faut une vision très claire, se tenir aux faits et ne pas se perdre dans les ragots, les anecdotes croustillantes. C’est tout le contraire qui est livré ici. Eclairage, genre boule à facettes, mosaïque de vérités (et contre-vérités) où les faits historiques voisinent avec des textes nauséabonds. Chacun se construirait sa propre opinion? On glisserait vers le révisionnisme.

L’enquête de l’héroïne dans les milieux néo-nazis, populistes, en Islande ou ailleurs aurait pu être passionnante. Elle est parasitée par des fantasmes sexuels et tourne court. Le premier quart du livre lu, on n’entendra plus parler de travail universitaire d’Agnès.

Même ambiguïté gênante vis à vis du viol.

Le récit est bien écrit, on se laisse prendre à tous ces récits qui s’entrecroisent habilement. Pour cela rien à reprocher. D’ici crier au génie?

La Côte sud (3) de Skogar à Vik et Kirkjubaejaklaustur

CARNET ISLANDAIS

Skogar

Pique-nique à Skogar dans un pré vert un peu à l’écart. Il y a un musée ethnographique intéressant mais nous n’avons pas le temps de le visiter dans notre marathon de la côte sud. Dommage !

Premiers glaciers

premier glacier

Détour par la route 221 pour découvrir le premier lac glaciaire au pied du glacier. Comme de petits esquifs noirâtres flottent, ce sont des icebergs détachés du glaciers. Pas de la glace bleutée, des morceaux de glace bien noirs sans doute à cause des cendres volcaniques. Le glacier aussi est gris bien sale. Si j’imaginais une coulée blanche comme une piste de ski, je serais déçue. On est frappé par les crevasses qui hachent le front du glacier. Même grisâtre, le glacier me remue. Fragilité de cette glace en période de réchauffement climatique ! Combien de temps ce spectacle sera encore visible ? Quelle incidence sur le climat leur fonte provoquera-t-elle ?

Dyrolaey

Dyrolaey

Dyrolaey est un îlot rattaché à l’Islande par une digue. Des sentiers en étoile font accéder à différents points de vue sur la côte. A l’Ouest, la falaise percée d’une arche que j’avais repérée à Skogarfoss et les îlots ont une forme massive de cubes émergés. A l‘Est ? s’étend une très belle plage noire battue par les vagues et bornée par deux aiguilles volcaniques, fines colonnes ressemblant à celles du Vulcano. Plus près sur l’îlot il y a aussi une jolie arche basaltique.  L’îlot de Dyrolaey est une réserve biologique pour la faune et la flore

La plage de Reynisfjara

la plage de Reynisfjara vue de Dyrolaey

C’est la belle plage à l’Est de Dyrolaey. Des panneaux mettent en garde : elle est dangereuse, les vagues ont emporté des imprudents. S’agissait-il de baigneurs ou de promeneurs ? Pour la baignade, aucun risque, je n’ai même pas envie de me déchausser pour sentir le sable sous mes pieds. Les regards (et les objectifs) se dirigent plutôt vers les orgues basaltiques, prismes réguliers mus en valeur par les jeux d’ombres et de lumière. Malheureusement les touristes grimpent pour figurer sur la photo. Plus la tenue est voyant (rose orange jaune fluo) plus ils prennent des poses ridicules et s’attardent. Après tout, nos collègues touristes font partie du paysage ! Drôle de tribu qui court le même marathon, s’arrête aux mêmes parkings (ailleurs c’est impossible) et prennent les mêmes photos. Depuis ce matin, je croise les mêmes visages ; on se saluerait presque.

Reynisfjara : orgues basaltiques et touristes voyants

Il reste 70 km à parcourir, pas d’arrêt à Vik

A la sortie du village, je guette le rocher tabulaire haut de 220m HJörieshöfbi (les noms islandais sont imprononçables, j’hésite toujours à les retranscrire) ; autrefois, une île maintenant entouré d’un parterre d’une herbe luxuriante luzerne ou lupin agitée par le vent, comme une masse liquide, comme les vagues qui l’ont battue autrefois. J’imagine la quantité de sédiments arrachée à la montagne par les puissants torrents, le matériel pyroclastique, cendres, scories, bombes, projetés par les volcans tout proches cachés sous les glaces. Ce matin, au Centre Lava, une animation mettait en évidence l’accroissement de la surface de l’Islande ; depuis ma naissance, elle s’est agrandie d’1.3 m du fait de la tectonique des plaques, il faut sans doute tenir compte de la sédimentation dans les deltas au pied des glaciers.

Reynisfjara : non ce n’est pas Etretat!

La route circulaire 1 s’est éloignée du rivage ? Après la prairie sauvage verte, elle traverse un désert noir : un champ de lave très plat. Seuls quelques blocs ressortent en relief. Pas une plante n’a encore colonisé la roche (peut être la coulée est-elle récente ?

Dernière curiosité : après un pont sur le torrent Kudalfjot, l’Eldraun.

Les mousses de l’Eldraun

Un immense champ de lave est recouvert d’une mousse qui l’encroûte avec des formes arrondies, sortes de coussins ou boudins accumulés recouverts d’un tapis moelleux. Parfois, de petits pitons rocheux piquants émergent avec des formes torturées. Parfois, des colonnes de basalte portent des touffes d’herbes. Des nuages menaçants font changer l’éclairage. Le soleil est violent. Nous avons envie de capter le bel arc en ciel. Difficile de s’arrêter. Du parking, c’est à contre-jour, je traverse la route et enjambe un fil métallique. Je ne devrais pas faire cela, le milieu est fragile. La mousse pousse si lentement qu’elle mettait 200 ans à repousser si je la piétinais. J’avance à peine choisissant un petit arbre « rabougri » (l’expression me vient du Québec) pour le premier plan avec les taches roses des fleurs de bruyère.

les coulées du Laki

Sur un parking, un panneau du GEOPARK KATLA raconte l’éruption du Laki (1783). En détraquant le climat et en ruinant les récoltes dans l’Europe du Nord et causant famines et épidémies  en Islande et en Ecosse, elle fut une des causes de la Révolution française. Ce champ de lave recouvert de mousses est celui du Laki.

Nous continuons notre route dans une verte campagne. Les parois rocheuses sont verdies par de l’herbe où paissent des moutons isolés. Enfin, nous arrivons à Kirkjubaejaklaustur où se trouve l’Hôtel Geirland. A l’entrée de la route se trouve une ravissante cascade, ni très haute, ni très puissante ni touristique.

L’Hôtel Geirland possède un beau restaurant. Les chambres sont alignées sur un couloir de plain-pied moquetté, chauffé. La chambre est très grande avec une belle salle de bain. Pour dîner je choisis une soupe d’agneau au bouillon clair mais aux morceaux très tendres pas gras du tout, servi avec du pin et un beurre travaillé aux herbes. Le dessert est raffiné : trois boules de compote de rhubarbe avec des flocons d’avoine sucrés, une boule de glace à la vanille, des framboises et des décors en coulis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la Côte sud (2) LAVA CENTER à HVOLSVOLLUR

CARNET ISLANDAIS

Lava Center

panache mantellique

35 km plus loin, Hvolsvollur est une toute petite ville (850 ha) avec divers commerces qui s’alignent en bord de route. LAVA CENTER logé dans un bâtiment de bois flambant neuf ; autour du comptoir des billets s’articulent les salles d’exposition d’un complexe interactif, la salle de cinéma et une très belle boutique : pas de camelote, rien que du beau et du très cher, vêtements techniques de montagne, articles de laine et enfin, un restaurant.

Le film ne dure que 12 minutes mais il est plus percutant que tous les documentaires que j’ai vus d’autant plus qu’aucun commentaire bavard et verbeux ne vient l’affaiblir. Des images d’éruption, des vues aériennes et une musique très forte. On est au cœur de l’évènement. On ressent les vibrations des séismes. Pleine immersion. Que les volcans cernent le centre confère une autre dimension, cela ne fait pas le même effet qu’un documentaire chez soi à la télévision. Des volcans, les dates des éruptions qui se répètent à proximité, on voit comment les hommes et les animaux sont confrontés à des éruptions : les hommes portent des masques mais ni les chevaux, ni les moutons n’étaient protégés. Quand on les rentre, les moutons ont des cendres dans les yeux.

Après le film j’entame le parcours en passant par un couloir rouge détaillant les produits émis : lave ou téphras. Les proportions peuvent varier pour un même volcan ; je me rends compte des simplifications en classant volcan rouge/volcan gris. Une autre salle éclairée uniquement par des images de coulées de lave montre des maquettes expliquant les divers mécanismes d’éruption. La composition chimique du magma entre peu en jeu selon leurs écrans qui font varier la température et la fluidité de la lave. Selon eux c’est la température le paramètre essentiel qui va jouer sur la nature de l’éruption. A très haute température, la lave sera fluide et s’étalera en longues coulées. A basse température, le magma sera épais et l’éruption explosive. On montre la formation de la palagonite et des coussins de lave sous l’eau. En Islande, la présence d’une calotte glaciaire surmontant les volcans, les lacs glaciaires ou les éruptions sous-marines compliquent encore les données.

Une maquette raconte la formation de l’Islande dans le cadre de la tectonique des plaques. Là aussi, l’accent est mis sur un axe inattendu : le panache provenant du manteau formant un point chaud ; il est représenté par un immense cylindre rouge au milieu de la pièce obscure et l’éclaire. Finalement, d’après ce que j’ai compris, le Rift n’apporte que peu de chaleur, comparé au panache mantellique.

Excellente pédagogie, décoration pertinente, mise en scène spectaculaire, le sel défaut c’est que tout se déroule dans une demi-obscurité qui interdit la prise de notes.