Pour déjeuner, les jeunes de l’hôtel ont recommandé d’aller vers la Cala. Le mot « cala » évoque un petit port sympathique. Nous traversons le quartier de la Kalsa que je connais mal. Les plaques de rues Via Divisi et Via Calderai portent des inscriptions en hébreu. Nous sommes dans l’ancien quartier juif. L,a synagogue à proximité, a pour nom moschita (la mosquée). L’Inquisition a fait disparaître la communauté juive depuis longtemps. J’apprécie cette initiative, comme à Mazara del Vallo , valorisant le multiculturalisme. Juifs ou Arabes, Normands, maintenant, Indiens et Pakistanais qui tiennent boutique via Maqueda. Autour de notre hôtel, j’ai compté au moins 5 gargotes indiennes. J’espère que pour eux aussi, le multiculturalisme affiché rend la vie plus douce.
balcons arrondis pour les belles robes
Traversée la via Roma, on tournicote dans des rues étroites et calmes où les beau balcons en ferronnerie témoignent d’un passé plus glorieux que les façades lépreuses. Par hasard nous arrivons à la fontaine du Génie de Palerme tout petit sur sa rocaille moussue. Par la via Alloro nous débouchons sur la belle Piazza Marina et au Jardin Garibaldi planté d’énormes ficus aux racines aériennes spectaculaires comme celles des fromagers, et l’entrelacs des autres racines aériennes qui entourent le tronc comme une dentelle de lianes. Un peu plus lin, on entend le tintement des mâts métallique des voiliers. Nous avons atteint la Cala. Une rue passante en fait le tour. Pas de restaurants, quelques bars avec salle en intérieur, des gelaterie, rien de bien alléchant !
Piazza marina nous choisissons une terrasse chic : Gulu. Les involtini sont de minuscules ballotins de veau aussi épais que du papier à cigarette contenant une délicieuse purée parfumée au fenouil si chacun pèse 20g cela ne nourrit pas ! Heureusement Dominique a choisi des spaghettis à la boutargue bien servis qu’elle partagera.
salon chinois
Juste derrière le Palazzo Mirto est ouvert à la visite. Pas de souvenirs historiques marquants, ni de chefs d’œuvres extraordinaires. Juste un palais princier de Palerme ! Pour imaginer ce qui se cache derrière les murs, cette atmosphère de richesse. Le Guépard (en moins fastueux). Luxe désuet, accumulation de plusieurs siècles de collections de porcelaine, de tapisseries de soie de meubles précieux, de livres. Des portraits de famille, des photos aussi. Un ravissant salon chinois tendu de soie des meubles laqués de noir. Un grand salon est décoré de soieries brodées. Le grand panneau sous le baldaquin représentant La Prise de Jérusalem selon Le Tasse est spectaculaire. Il y a aussi un très grand tableau représentant une bataille avec des turcs et plein de détails insolites. Boudoir pour les dames, fumoir pour les messieurs. Nous avons déjà vu cela en Sardaigne il y a quelques temps ….
fontaine rocaille
J’aurais dû lire Le Professeur et la Sirène de Lampedusa et les Souvenirs d’enfance de Fulcoqui se déroulent aussi dans des palais palermitains, avant le départ et non pas au retour. J’aurais mieux apprécié cette visite !
Camilleri est le père de Montalbano, commissaire favori des nombreuses lectrices (et lecteurs) du Viaggio d’Eimelle .
Auteur prolixe (une centaine d’ oeuvres, quand même!), il est aussi conteur de l’histoire de la Sicile . LaCouleur du soleil, met en scène le Caravage en Sicile. . La Révolution de la Lune raconte un inter-règne après le décès inopiné du Vice-roi espagnol(1670), un peu plus tard Le Roi Zozimo, le règne d’un sicilien…. Mon » premier lu, il reste mon préféré. L’Opéra de Vigata (1870), la Concession du Téléphone , la secte des Anges (1901), se déroulent dans une Sicile où fait irruption la modernité.
Privé de Titre se réfère à la période de l’arrivée au pouvoir de Mussolini. Camilleri s’est inspiré de deux épisodes réels : la mort d’un jeune fasciste dans une rixe qui opposait des fascistes et un maçon communiste et la visite du Duce à Caltagirone quelques années plus tard qui fut à la « fondation » d’une ville fantôme Mussolinia.
Comme dans la Concession du téléphone , Camilleri fait alterner de nombreux dialogues, souvent en dialecte traduits de manière pittoresque par Quadruppani, les pièces officielles des procès verbaux de l’enquête, il ajoute ici des articles de différents journaux siciliens fascistes ou non et fait même une reconstitution cinématographique précise de la scène du crime.
« R – Comme je suis borgnicieux, j’étais à la traîne et les deux particuliers allaient m’agrapper quand je me suis souvenu des marionnettes.
Q – Expliquez vous.
R – C’est pas l’embarras. Vous avez vu au théâtre de marionnettes, dans la légende de Roland, une scène où un preux fait semblant de s’ensauver poursuivi par un Maure, puis tout à trac il s’arrête, se retourne et escoffie d’un coup d’épée le Maure qui n’en peut mais. Eh bien j’ai fait pareil. Ils me sont tombés dessus; je me suis arrêté, et hop, je me suis retourné…. »
Cette variété des styles est un plaisir renouvelé. Surtout quand il décrit des scènes de foules complètement cocasses. On rit beaucoup à la lecture de ce roman.
« Citoyens!
Par ce tract nécessairement
anonyme nous voulons vous poser une question.
Un fasciste tué par un autre peut-il être appelé « martyr » Ou bien est-ce
une simple victime privée de titre et donc inexistante
comme martyr? Pensez-y »
Roman policier ou politique? Les deux, bien sûr. Même si la scène du crime a été analysée en détail, même si le meurtrier a avoué l’homicide, il restera jusqu’au bout des zones d’ombres et des doutes savamment distillés. Vrai ou faux témoins? On ne saura jamais vraiment qui ment. Des pièces à convictions disparaissent du greffe. De nouveaux éléments arrivent théâtralement au tribunal, à point avant la plaidoirie de la défense…
Ce qui m’a le plus amusée, c’est la comédie de la visite de Mussolini à Caltagirone, posant la première pierre d’une ville fantôme. C’est grandiose!
« quelques jours avant Noël 1930, les habitants de Caltagirone, ébaffés, apprirent par un livre publié aux éditions Sonzogno que la forêt de Santo-Pietro abritait une ville dont ils ignoraient tout. Les chasseurs comme les ramasseurs de champignons qui connaissaient la forêt comme leur poche jurèrent que cette ville n’existait pas.
[…]Non seulement Caltagirone a sa ville satellite, sa ville-jardin, mais maintenant elle a même les pieds dans la mer…. »
L’arrivée à Palerme en voiture est une véritable catastrophe. Le GPS nous balade sur Tukory embouteillée, puis dans le marché aux puces, et même au milieu du marché de l’Albergharia. Il nous dicte de tourner dans les sens interdits. La via Maqueda est piétonnière…nous n’avons pas de plan détaillé de Palerme, il faut donc faire confiance au GPS. Les Siciliens forcent le passage, aucune idée de la notion de priorité. On frôle l’accident à chaque instant. « faites demi-tour dès que possible » répète en boucle Mme GPS. On tourne à droite, à gauche, on revoit la même église, les mêmes atlantes, les abords du palais royal, à trois reprises. Personne ne connait la rue Divisi encore moins l’Hôtel Alessandra. Nous tournons depuis une heure et demie. Dominique épuisée sur le bord de la crise de nerfs, envisage sérieusement de quitter Palerme sur le champ (nuit d’hôtel déjà payée).
via divisi
L’Hôtel Alessandra occupe le coin de la via Divisi et la Via Maqueda, au 2ème étage. Deux étages d’un palazzo font au moins 4 d’un immeuble ordinaire. A la réception deux garçons, une fille très gentils nous cèdent la place de parking devant la porte. Un souci de moins ! Le couloir conduisant aux chambres est princier, une véritable galerie des glaces murs peints à fresque. La chambre est moins fastueuse, mobilier disparate, mais tout le confort : télévision, climatisation salle de bain fonctionnelle.
Somptueux escalier et glaces de notre palais
Premier objectif : les métopes de Selinunte au musée Salinas. Je remonte à pas pressés la via Maqueda jusqu’au teatro Massimo, tourneVia CavourpuisVia Roma. Derrière la Poste mussolinienne je cherche dans les petites rues la piazza dell Olivella tout à fait charmante. Le musée archéologique occupe un ancien couvent avec deux cloîtres, le petit très clair, très élégant possède une belle fontaine ave un triton (souvenir de la fontaine Barbieri de Rome) accompagné d’une tortue vivante. A l’arrière un jardin verdoyant occupe le grand cloître. Aujourd’hui, le musée est gratuit. Je me réjouis trop vite. le Musée est en restauration. Les métopes de Selinunte sont invisibles. En guise de consolation, une exposition sur la nourriture : de grands panneaux illustrés, la nourriture préhistorique, les Phéniciens à table, les Grecs…Beaucoup à lire, peu à voir : des reproductions d’amphores et autre vaisselle cassée. Mon temps est compté à Palerme. Je rentre à grands pas.
Arrivée tardive, 10h, l’heure des cars de scolaires et de touristes, ciel voilé. Une visite de trop ?
J’étais revenue pour dessiner.
Surprise ! Sur les supports vides mardi, on a installé de magnifiques panneaux en couleur – avec QR-codes – mais aussi des explications. Cela change tout !
Temple F
temple F
J’étais passée devant le Temple F sans le voir – en l’absence de colonnade remontée. Il a suffi d’un panneau bien placé pour que je devine l’édifice, les gradins et la base des colonnes. Temple archaïque 6×14 colonnes. Etait-il consacré à Athéna, Hercule ou Dionysos ? On ne le sait pas ; Gravissant les marches, je reconnais encore Pronaos, Naos et Cella avec ici un élément original : un mur entre les colonnes sans doute pour préserver le secret du culte.
Temple G
Les grosses colonnes du Temple G
La dimension du diamètre des colonnes est impressionnante. La gravure de JP Houel (1782) présente six colonnes encore debout. En cherchant bien dans le chaos des blocs je découvre d’autres colonnes à moitié effondrées mais bien en place sur le côté nord. Mon imagination stimulée, j’imagine le temple.
Acropole
Sur l’Acropole le temple C
Le miracle des panneaux est encore plus flagrant. Mardi, j’avais fait une promenade distraite ne prêtant attention qu’à la colonnade du temple C remontée en 1925. Je n’avais même pas soupçonné l’existence du Temple A – temple d’Apollon, milieu du 6ème siècle. De dimension modeste, il était, parait-il décoré de marbres précieux et recelait le premier escalier à spirale, raconte le panneau. Le temple B (300 av. JC) ne possédait que 4 colonnes sous le fronton, il était associé au culte de Déméter que vénéraient aussi bien les Grecs que les Carthaginois. Une autre hypothèse en ferait le heroon d’Empédocle. Je n’aurais pas vu le temple D dans lequel un petit figuier pousse, les figues sont déjà bien développées.
mes rues de la ville antique
Dans le quadrillage de rues, de maisons de la cité antique située derrière les temples, l’isolaFII a été restaurée en 2014-2015 : une passerelle métallique offre une « vue-de-dessus »des pièces d’une maison où le sol est revêtu de mosaïques (très simples). Suivant la rue principale, j’arrive à la Porte Nord où l’on observe les fortifications de la ville. Selon les nouveaux panneaux quatre phases ont été distinguées dans la défense de Sélinunte où les murs de 4.5m flanqués de tours sont encore bien visibles:
après 409 av JC support des terrasses
4ème siècle : renforcement du mur nord
Fin 4ème: un nouveau système de défence est mis en place avec une grande galerie abritant des machines de guerre
3ème siècle : époque punique
On voit bien la galerie ronde haute de plusieurs étages servant aussi de casernement pour des sorties en masse.
Je rentre en longeant le mur Ouest, entre mur et une haie de lentisques touffus. C’est une belle promenade.
Au restaurant, La Pineta, on nous reconnait « Ah oui, les sardines ! ». Les brochettes de sardines nous attendent ? Ce sera Risotto du pêcheuravec moules, vongole, crevettes petites et grosses pour Dominique et spaghetti ale sarde pour moi. Pour nous faire patienter on nous apporte une corbeille de pain, délicieux et je commets l’erreur d’en manger trois tranches. Quand les spaghetti arrivent je n’ai déjà plus faim. Dommage ! Ils sont vraiment extra : sardines fraîches, tomates-cerises cuites, pignons de pin, basilic, ail. Je suis incapable de terminer mon assiette.
la Pineta et la plage
Avant le café, je fais une promenade digestive, que je continuerai après le café jusqu’au fleuve Belice (pas si petit que cela, nous l’avons vu sur la route de Corléone). A notre premier passage, une promenade naturaliste dans le marais et la dune, m’avait laissé un bon souvenir, je m’étais promise de la refaire. Hélas les barrières de bois sont en ruine et les chemins vers les plages privatisées par Look Voyage et Marmara, sont les seuls itinéraires possibles. Promenade décevante. Il fait beaucoup moins chaud que mardi, je tente une baignade plus courte aussi parce qu’il n’y a pas de vagues. Pour finir nous nous installons sur les lettini pour lire les guides : demain Palerme !
De Chirico : Portrait prémonitoire; Affiche de l’exposition
A propos d’Apollinaire, critique d’art (1902-1918) , cette exposition présente le poète dans le cercle de ses amis, poètes et peintres ainsi que ses objets familiers et ses collections. Cette exposition est une formidable leçon d’histoire de l’art. Ils sont tous là : Picasso, l’ami, Marie Laurencin, de Chirico, Matisse, Chagall, max Jacob, Picabia, les Delaunay et j’en oublie….
marie Laurencin, Apollinaire au centre et ses amis,
Du cubisme au surréalisme, en passant par le futurisme, l’orphisme…tous les grands sont représentés.
Oiseau du Bénin
On n’a pas oublié non plus les sculptures africaines que collectionnaient Apollinaire et Picasso : dans la première salle un fétiche à clousest impressionnant mais c’est surtout l’Oiseau du Bénin que j’ai aimé, symbole de l’amitié du poète et de Picasso qu’Apollinaire avait nommé « oiseau du Bénin » allusion au fait que Picasso se nourrissait à toutes les sources de l »art.
Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances
Zone
J’ai aussi découvert Metzinger que je ne connaissais pas avec cet Oiseau bleu où trois femmes sont représentées en facettes cubistes tandis qu’on découvre dans de petites facettes le Sacré Coeur, une barque ou un compotier.
Metzinger Oiseau bleu
Certains thèmes sont récurrents comme les saltimbanques et le cirque, le thème d’Orphée qu’on retrouve dans le tableau prémonitoire de Chirico avec le coquillage et le poisson ou dans le bestiaire illustré par Dufy.
A côté du cubisme d’autre recherches esthétiques se développent : les futuristes italiens, ou les constructions à la limite de l’abstrait des Delaunay. Je découvre un Chagall inconnu, influencé par Delaunay dans un très coloré Paris vu par la fenêtre (1913) et surtout je n’avais pas reconnu Chagall dans son Hommage à Apollinaire dans la salle autour de l’Horloge de demain
Chagall : Hommage àApollinaire
S’est il inspiré de l’Homme de Vitruve comme le suggère l’audioguide au centre du cadran de l’horloge les jambes des personnages jouant le rôle des aiguilles, ou est-ce une représentation biblique d’Adam et Eve?
calligrammes . relisez la poésie!
En tout cas une très belle exposition à ne pas rater; N’oubliez pas l’audio-guide très intéressant.
Corleone est célèbre pour avoir été le décor du Parrain. Archétype d’une certaine Sicile mafieuse. Je n’ai pas vu le film, mais j’ai envie de découvrir cette ambiance.
Corleone est situé à mi-chemin entre Sciacca et Palermo, 24km à l’écart de la route 624 reliant ces deux villes. Le GPS annonce 1h30 de route et 75km. Nous avons déjà parcouru le tronçon de la grande route en arrivant dans la région. Ce n’est pas la partie la plus amusante du trajet.
Dès que nous la quittons le paysage devient grandiose, de montagne avec des pics déchiquetés et des pentes vertes très raides. Encore une fois, nous nous félicitons d’avoir choisi de venir fin avril. Les luzernes forment des nappes rouges incarnat, elles s’étalent même sous les oliviers. Le petit lac de barrage Garcia brille dans un creux. La route tortille. La chaussée est en mauvais état, de temps en temps l’asphalte a disparu et la Fiat roule sur des pierres blanches. Ce ne snt plus des nids de poules mais des tranches de route qui manquent.
le lac de Garcia
Corleone s’annonce avec des quartiers de hauts immeubles. Ce n’est pas le petit village pittoresque et photogénique que nous attendions mais une ville austère accrochée à la pente sous des rochers verticaux surmontés de tours rondes féodales. Nous garons la voiture sur la place principale (zone bleue) devant la Mairie ornée de grandes plaques commémoratives à Garibaldi et à l’Unité Italienne. La grande église (fermée) a de belles portes de bronze (récentes). La place est animée avec ses boutiques vieillottes et son Bar Central décoré sur le thème du Parrain. Un jeune homme traverse la place pour nous proposer une animation.
Des panneaux touristiques indiquent deux châteaux, deux sites panoramiques et d’innombrables églises, une cascade et trois musées. Le musée le plus important raconte la Mafia et surtout la lutte Anti-mafia , c’est un sujet intéressant mais je crains que mon niveau d’italien et ma grande ignorance en la matière ne me permettent pas de profiter de la visite. Le Musée ethnographique est fermé.
Nous parcourons des ruelles tranquilles très étroites et pittoresques bordées de palais décrépits. L’Office de Tourisme a prévu un parcours fléché architectural que nous suivons et un parcours sacerdotal que nous négligeons. Sur les panneaux émaillés, il y a des QR codes ce qui me met en colère. On n’a pas pensé à ceux qui n’ont pas accès à la 3G, il faudrait que toute la ville soit Wifi (et que chacun possède un smartphone). C’est quand même plus facile de lire les explications sur le panneau !
Seules quelques rues sont utilisables pour la circulation automobile, il en résulte un trafic intense dans ces artères. Pour gravir la pente raide les voitures prennent leur élan. Et tant pis pour le piéton qui essaie de cadrer sa photo de l’église vermoulue aux moulures qui s’effritent mais qui ont de l’allure sous la végétation buissonnante.
le « château d’en haut »
A la recherche du « château du haut » nous lançons la Fiat500 sur une rampe vraiment très inclinée. Mal nous en a pris. Premier arrêt à mi-pente, un pépère dans une vieille Panda cabossée nous barre la route, il attend qu’une dame en 4×4 blanc sorte de son garage. La Fiat a perdu son élan et cale. Départ en côte ! Deuxième montée encore plus raide. A 1m de l’arrivée un jeune téléphone collé à l’oreille, l’autre main sur le volant déboule sans même nous calculer. On n’a pas d’autre choix que de reculer pour le laisser passer. Re-départ en côte. Le frein à main ne freine pas assez. La voiture descend. A gauche c’est le précipice. Et on ne repart pas. Je suis morte de trouille. Je descends. La Fiat 500 consent à démarrer (65kg cela compte pour une si petite voiture). Nous nous hissons sur un plateau dominé par un gros rocher sur lequel on a bâti une tour ronde : le château. En haut on trouve l’héliport et une petite route « itinéraire de Rosalia » (c’est une sorte de mini-pèlerinage d’un ermitage de Rosalia à un autre, randonnée pédestre) mais route en fort mauvais état pour une voiture. Ce serait un endroit merveilleux pour pique-niquer si c’était l’heure ! pause-apéro avec de grosses olives vertes très parfumées au persil frais et céleri.
Nous quittons Corleone – mal visitée – habituellement je suis plus consciencieuse dans mes visites.
Nous suivons les panneaux Sciacca- Ribeira pour varier l’itinéraire.
village perché
Déjeuner dans la montagne au dessus d’un troupeau de vaches dont nous entendons les clarines. Au loin Campofiorito est accroché à son rocher. Nous entrons dans Bisacquino dans la torpeur de la sieste. En dehors des trois employés municipaux assis sur un banc, il n’y a pas un chat dehors. Tous els rideaux de fer sont baissés, volets fermés. Calme plat. Pour le café, vous repasserez. Nous arrêtons la voiture devant une église dédiée à la Vierge. Edifice monumental, colonnes torses, moulures. L’église est ouverte : des doreurs rénovent une chaire. Intérieur blanc et doré mais parfaitement ennuyeux en dehors des lustres de Murano il n’y a rien d’intéressant. Curieux assemblage de tuiles rondes sur une maison: un pigeonnier ?
Madame GPS joue les aventurières ? Pour nous faire éviter la traversée d’un village perché elle nous conseille un chemin blanc carrossable suivi d’une allée dallée, genre via romaine qui s’enfonce dans une forêt de chênes et maintenant recouverte de galets « c’est le paléolithique ! » s’exclame la conductrice, pour se terminer dans les nids de poule. Je descends encore pour soulager la Fiat500. Heureusement un panneau de signalisation routière indique Stop à 150m dans ce parcours risqué.
Sambuca di Sicilia
Encore un « village perché ». Sambuca est une petite ville construite toute en longueur sur une arête rocheuse. Nous remontons le magnifique Corso Umberto I jusqu’à un grand carrefour où se trouve l’ancien hôpital, un collège et une très grande église ouverte pour cause d’enterrement imminent. Encre cette sorte de très grande église classique 17ème ou 18ème blanche avec des dorures et des peintures noircies, parfaitement ennuyeuse encore ;
Sur le Corso quelques cafés sont ouverts. Clientèle exclusivement masculine : dans le premier des adolescents dans l’autre des vieux messieurs. J’ai toujours très envie d’un café mais ici je serais vraiment déplacée. Je préfère y renoncer plutôt que d’être la cible des regards. Ce n’est pas ici que je vais trouver de la WIFI pour consulter mes mails.
Après avoir passé une belle arche je trouve une rue plus moderne, sous une autre arche, une impasse (lige qui sèche). Les maisons sont peintes en blanc portes et fenêtres soulignées de jaune. On se croirait en Andalousie. Les petites venelles s’appellent Viccolo Saraceni I, viccolo saraceniII ou III. Est-ce une kasbah, ancienne ou moderne ? Pour souligner l’illusion le panneau indicateur de la rue est aussi écrit en arabe. Le restaurant s’appelle Le Saracenu, l’enseigne est une tête de maure enturbannée. Une très belle église de pierre qui s’effrite a son porche vitré : à l’intérieur des merveilles tombent en ruine.
Plus haut se trouve le belvédère à l’extrémité de l’arête rocheuse qui se termine de manière théâtrale avec une petite colonnade et un banc qui fait le tour de la petite esplanade.
Retour facile. Menfi est bien indiqué. De là, nous allons à la mer à Porto Palo, petit port avec une tour carrée d’où part une promenade de planches sur la végétation. Plus loin la côte est occupée par des villas et lotissements interdisant l’accès à la plage par les portails métalliques et les cadenas dont les siciliens ont le secret. Nous nous aventurons néanmoins sur une route privée (entrée interdite mais ni chaîne ni barrière) pour aboutir sur une belle plage sauvage coupée en deux par un ruisseau facilement franchissable. Je me promène avec de l’eau à mi-mollets. Le thermomètre de la voiture indique 23° à l’ombre mais au soleil il fait nettement plus chaud.
la plage de Marinella di Selnunte au pied de l’Acropole
Les restaurants sur le front de mer de Marinella sont installés côte à côte. Le premier que nous visitons a une belle terrasse sur la plage mais pas d’ombre. Une cafétéria est bien ombragée mais son menu est sommaire. Nous choisissons donc Pierrot qui a un balcon avec quatre tables avec vue sur la mer, tables carrées, nappes jaunes chaises de bois et paille. Il y a aussi une grande salle à l’étage, très chic. La serveuse est charmante et j’arrive à capter la wifi. Comme toujours on s’arrête aux primi piatti : tagliatelle à la boutargue, à l’ail et aux amandes, parfaites on a râpé la boutargue de thon et les éclats d’amandes sont nombreux, et spaghetti aux vongole. Les petites palourdes sont fraîches dans leurs coquilles mais de nombreuses coques sont vides. Vraiment trop petites pour être savoureuses. Le café arrive accompagné d’un délicieux petit fur aux amandes. D a pris un gâteau au citron meringué. Promenade sur la plage au pied de l’acropole.
La pineta plage de la Reserve naturelle de Fce del fiume Belice
Réserve Naturelle foce del fiume Belice
Le restaurant La Pineta a déjà installé lettini et ombrelone comme en été. Deux autres plages privées sont un peu plus loin Look Voyage et Marmara, on y parle français exclusivemet. Marmara a même hissé le pavillon vert de la baignade. Au loin le grand Hôtel Paradise Resort borne la plage (mais c’est de l’autre côté du fleuve). Je marche jusqu’à l’embouchure de la rivière qui dessine une très jolie courbe sur la plage avant de se mêler à l’eau salée. Il fait très bon. Je relève les jambes de moon pantacourt et réussis encore à le tremper. Dominqiue a trouvé une table sur la terrasse de la Pineta, elle m’indique la douche où je peux me mettre en maillot de bain pour une première baignade sicilienne. L’eau est presque tiède. Je laisse les vagues mouiller mon maillot sans me jeter à l’eau. Plus loin des gens jouent à la balle dans l’eau et un monsieur fait la planche. Je me contente de jouer avec les vagues et reprends la marche sur le sable pour me sécher.
Nous rentrons par Menfi sur les routes sinueuses dans les vignes, les oliveraies et les champs de blé. Le viaduc de la SS se profile au nord. Ces viaducs me font penser aux aqueducs des anciens romains. Une tradition qui perdure ou un relief particulièrement accidenté ? Il me semble qu’il ne sit pas aussi courant chez nous de faire courir les routes sur de tels édifices. Menfi nous inspire. Peut être à cause de la chanson de la « route de Memphis » ? La ville a souffert d’un séisme récent. Les rues sont construites sur un plan à angle droit. Les maisons à un étage sont toutes identiques. Passant devant Conad nous y faisons les courses ; je m’étais pourtant promis d’acheter dans les petits magasins plutôt que tourner dans les rayons avec un caddy. J’aurais mieux été inspirée d’aller chez un vrai boucher ; Les « hamburgers » du supermarché que je croyais du veau sentent la saucisse et le mousseux « conad » dans une bouteille opaque s’avère être du vin rouge. Les fraises n’ont aucun goût.
Le vent qui a fait tomber une grosse potiche et le filet vert qui protégeait les canisses. Nous aurons un beau coucher de soleil.
J’avais gardé un excellent souvenir de Selinunte où nous avions passé une semaine, du site antique fleuri où nous étions revenues à plusieurs reprises. Nous avions flâné des heures sur l’Acropole à chercher les maisons puniques et nous avions rencontré un berger et son troupeau sur le site romantique de Malophoros.
Depuis 2015, le site a été rénové. On a construit une clinquante billetterie. On est invité à télécharger l’audio-guide sur le smartphone (mais on n’a pas installé de wifi). On a organisé des navettes électriques (genre voiturettes de golf) et pour cela, tracé de grandes allées blanches en place des chemins dallés. Pour faire propre, on a tondu les grandes pelouses qui entourent le Temple E qui est entouré de barrières plastiques orange. Le site de ruines romantiques a perdu ses fleurs et une partie de son charme. Je suis très déçue !
La plus grande déception est à venir : tous les panneaux explicatifs ont été retirés. Je dois retourner au guichet acheter un plan cher et mal fichu.
Temple E
En l’absence de commentaire j’essaie de glaner quelques renseignements en écoutant les conférenciers des groupes. L’un d’eux explique que le Temple E a été remonté dans les années 50 à grand renfort de ciment et de ferraille ce qui ôte beaucoup de magie au grand temple dont la colonnade est à peu près complète. Les métopes se trouvent à Palerme au Musée Archéologique Salinas.
Le petit temple F est bien écroulé « un séisme » explique un guide. J’arrive à peine à imaginer un temple.
Le Temple F : un chas
Le géant, le temple G aux colonnes énormes a encore une colonne debout qui fait penser à une cheminée d’usine pour la taille. Une autre a ses tambours mis bout à bout donne une idée de l’échelle.
La dénomination des temples avec des lettres est plus rigoureuse scientifiquement mais elle est aride pour la touriste que je suis. Point de mythologie, de citation ou d’histoire. Difficile de faire « parler les pierres ». Les seuls panneaux encore en place donnent des données chiffrées, tant de colonnes, telles dimensions…J’apprends donc que les temples archaïques étaient plus longs que les temples classiques et qu’il y a aussi des différences dans la cella.
Un peu plus loin le très beau bâtiment Baglio Floro doit abriter un antiquarium, pas encore terminé, semble-t-il.
L’Acropole et la colonnade
Au lin, une belle colonnade se détache sur l’Acropole. La promenade pour la rejoindre est agréable en descendant dans une vallée occupée par un petit bois de mimosas et lentisques, franchissant un ruisseau sur un pont de bois branlant, remontant la route qui domine la plage de Marinella de Selinunte. Encore une fois, l’absence d’explication appauvrit la visite qui devient une promenade dans une ville où les rues sont encore visibles. Les Carthaginois s’y étaient installés ;je me souviens des maisons puniques. En l’absence de données archéologiques je regarde les fleurs : les acanthes sont merveilleuses, les arbres de Judée apportent leur note rose. Pas de parcours précis donc, j’enjambe des blocs au hasard dans les hautes herbes. Les anthémis sont grosses et d’un jaune éclatant.
l’éphèbe de Selinunte
L’éphèbe de Selinunte, la fierté du musée vieillot de Castelvetrano, j’avais beaucoup aimé cette visite. Dans une cage de plexiglas, dans une pièce ouverte à tous les vents, il n’est pas à son avantage. . Je ne me souvenais pas qu’il était si petit. Ce petit bronze délicat est saisissant. Que fait-il ? Ses mains le suggèrent en raison ou en discussion. Il est curieusement cambré un peu comme une fille. Sa coiffure aussi est étrange, peut être est-ce une couronne ?
Une grande allée blanche – trop large, trop neuve, trop lisse – va au Mélophoros. Je regrette la nature sauvage d’autrefois. Après avoir franchi un autre ruisseau, plus large que le précédent, je reconnais le site avec ses trois petits temples. Dans lequel se pratiquait-il le culte à Demeter Malophoros, la porteuse de grenade. Quelques coquelicots bien rouges donnent une touche de gaieté. Comme l’endroit est très en pente on n’a pas passé la tondeuse et le site est préservé. Au sol de petites véroniques bleues et un tapis de minuscules fleurettes orange. Des lézards détalent à mon approche. En haut, les grandes feuilles charnues et bleuissantes des agaves portent des hampes florales fanées.
Au Musée Civique, j’ai fait une bien belle découverte : le sculpteur Salvatore Rizzuti, enfant du pays né en 1949. Il alla peu à l’école et devint berger encore enfant. En gardant ses bêtes, il sculptait le bois jusqu’à ce qu’on reconnut son talent et qu’on l’envoya étudier à Palerme en 1967. Rizzuti est un sculpteur reconnu. L’article que Sciascia lui consacra est exposé en bonne place dans le Musée. Le sculpteur a offert à sa ville natale 33 sculptures, bois d’olivier, terracotta et compositions originales. Les figures sont singulières, souvent chargées de symboles comme cet homme avec un verrou dans la poitrine, un crâne ouvert comme un coffre-fort ou cette femme à tête de poste de télévision. Ces sculptures sont intéressantes et expriment souvent une très grande souffrance.
Vêpres siciliennes
La salle suivante est occupée par un groupe intitulé Vêpres siciliennes : 3 personnages, un roi un évêque et une femme couchée sur un bloc – un billot – Scène extrêmement violente où l’évêque tient le poignet de la femme menottée tandis que le roi menace la femme allongée, jambes écartées. Va-t-il la violer ? La tuer ? Le bras levé est inachevé.
Le chant des sirènes
Un autre groupe ,Le Chant des Sirènes, est composé de tris personnages debout, au milieu un homme, en retrait la mort, le troisième est-il la Sirène, menaçante ou séduisante ? Autre scène complexe : Crucifixion le christ est assez classique mais il a adjoint une femme debout contre un rectangle plein. Une petite composition dans un cadre carré comme une crucifixion en diagonale : Sarajevo 1992. Une autre salle est occupée au milieu par un couple allongé sur un disque: le Refus du Péché Originel, ils ne respirent pas la jouissance pour autant , expriment autant de tourment qu’Adam et Eve de Masaccio à la chapelle Brancacci de Florence.
Sur des bandeaux, au mur des citations des auteurs les plus variés qui ont écrit sur la ville de Pline l’ancien à Goethe en passant par Diodore de Sicile, Cicéron, Al Muqqadasi et même le Parsifal de Wagner.
Après un pique-nique très venteux nous allons voir une petite chapelle tout en haut du village. Rosalia, tout en noir sauf son tablier orange, guide la manœuvre de la Fiat. Elle ne chasse pas les touristes importuns qui font demi-tour devant sa porte mais les accueille comme des hôtes.
Je suis stupéfaite d’apprendre que ce village perché possède une histoire millénaire remontant à l’âge de Bronze. La nécropoli sicane est formée de tombes de 3000ans Av JC. Au 10 et 11ème av. JC, on assista à d nouvelles vagues migratoires, Elimes, Phéniciens puis Epiei ( ?) venant de Troie. Triocala fut fondée par les Sicanes.
Triocala fut un haut-lieu des Guerres Serviles (134-110 av.JC). Selon Diodore de Sicile, Trifone fut élevé sur le trône et éleva des fortifications, un palais royal et un forum. Pour réprimer la révolte servile, Lucullus se rendit à Triocala à la tête de 40.000 hommes pour assiéger la ville et le siège fut infructueux si bien que le consul fut condamné à l’exil. Ce n’est qu’après la mort de Trifone que les Romains vinrent à bout de la révolte servile.
839 : les Sarrasins nommèrent la ville Qalat al-ballut (la roche du chêne).
Après la conquête normande les familles féodales dominèrent la ville.
1302 La Paix de Caltabellotta mit fin à la Guerre des Vêpres Siciliennes opposant Angevins et Aragon.
D’autres histoires ou légendes y sont attachées comme celle de la Reine Sibille veuve de Tancrède et d’Henri VI Hohenstaufen. Et plus loin, celle de Dédale qui se réfugia auprès du roi sicane Kokalos ce qui explique pourquoi on a vu la statue d’Icare à Agrigente…
Guerres serviles ou Vêpres siciliennes sont bien confuses dans mon esprit. Il faudra me documenter au retour. C’est fou comme la visite d’un village perché me donne tant de pistes à explorer.
La Cathédrale normande
La cathédrale normande
La Cathédrale normande (fin 11ème siècle) a été bâtie à l’écart de la ville, dominant une verte esplanade sous les rochers des crêtes. Elle est très massive, beaucoup plus large que haute et a gardé son aspect primitif malgré quelques aménagements 17ème dont il reste des stucs verts et blancs autour du chœur et 4 colonnes en (faux) marbre vert encadrant la Madone couronnée d’ampoules électriques. Seul décor : un chemin de croix céramique émaillée genre Della Robbia mais moderne. Nef large encadrée de deux déambulatoires étroits, les piliers en pierre calcaire sont trapus. L’un d’eux garde une fresque. Chapiteaux très simples et ogives. Très beau plafond de bois. Le campanile est une tour carrée. Au dessus, creusé dans une arête rocheuse, le plus beau coin à pique-nique panoramique : une table, quatre sièges et un banc .
campanile
Un panneau m’apprend que la zone NE de la Cathédrale était byzantine (9ème siècle) comme l’ont attesté des poteries, on a aussi trouvé des poteries émaillées arabo-normandes et même des outils en silex préhistorique dans des habitations rupestres que nous n’avons pas trouvées (mais j’ai vu la photo sur un flyer au Musée municipal).
cherchez le chateau de Luna!
En face, le château de Luna (de la lune ou de la famille Luna ?) dresse une tour unique à base carrée, très haute et très fine, mais ne se visite pas. L’escalier du belvédère au sommet d’un piton rocheux est également inaccessible.
La chiesa S. Francesco a un joli portail 15ème muré.
Complexe S. Pellegrino
Au détour de cette église nous découvrons la Voie panoramique Via S Pellegrino qui tourne autour du piton et conduit au très grand couvent S. Pellegrino qui coiffe un des sommets. Abusée par la consonance, je prends ce couvent pour un hébergement de pèlerins. Lisant un des panneaux (gravés dans du verre très peu lisibles avec les reflets) je découvre que S. Pellegrino fut le premier évêque de Triocala au 1er siècle de notre ère. Envoyé en Sicile par Saint Pierre, la légende raconte qu’il aurait délivré la ville d’un dragon qui dévorait chaque mois un enfant. Il serait inhumé près de la Grotte du Dragon devenue auourd’hui le complexe S. Pellegrino. A la base de l’escalier la place a été équipée de banc pour profiter de la vue. Nous décidons de pique-nique là.