Apollinaire – Le regard du poète – à l Orangerie

EXPOSITION TEMPORAIRE A L’ORANGERIE 

6 avril au 18 juillet 2016

 

De Chirico : Portrait prémonitoire; Affiche de l'exposition
De Chirico : Portrait prémonitoire; Affiche de l’exposition

A propos d’Apollinaire, critique d’art (1902-1918) , cette exposition présente le poète dans le cercle de ses amis, poètes et peintres ainsi que ses objets familiers et ses collections. Cette exposition est une formidable leçon d’histoire de l’art. Ils sont tous là : Picasso, l’ami, Marie Laurencin, de Chirico, Matisse, Chagall, max Jacob, Picabia, les Delaunay et j’en oublie….

apollinaire marie laurencin
marie Laurencin, Apollinaire au centre et ses amis,

Du cubisme au surréalisme, en passant par le futurisme, l’orphisme…tous les grands sont représentés.

Oiseau du Bénin
Oiseau du Bénin

On n’a pas oublié non plus les sculptures africaines que collectionnaient Apollinaire et Picasso  : dans la première salle un fétiche à clous est impressionnant mais c’est surtout l’Oiseau du Bénin que j’ai aimé, symbole de l’amitié du poète et de Picasso qu’Apollinaire avait nommé « oiseau du Bénin » allusion au fait que Picasso se nourrissait à toutes les sources de l »art.

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d’Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d’une autre forme et d’une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Zone

J’ai aussi découvert Metzinger que je ne connaissais pas avec cet Oiseau bleu  où trois femmes sont représentées en facettes cubistes tandis qu’on découvre dans de petites facettes le Sacré Coeur, une barque ou un compotier.

Metzinger Oiseau bleu
Metzinger Oiseau bleu

Certains thèmes sont récurrents comme les saltimbanques et le cirque, le thème d’Orphée qu’on retrouve dans le tableau prémonitoire de Chirico avec le coquillage et le poisson ou dans le bestiaire illustré par Dufy.

A côté du cubisme d’autre recherches esthétiques se développent : les futuristes italiens, ou les constructions à la limite de l’abstrait des Delaunay. Je découvre un Chagall inconnu, influencé par Delaunay dans un très coloré Paris vu par la fenêtre (1913) et surtout je n’avais pas reconnu Chagall dans son Hommage à Apollinaire dans la salle autour de l’Horloge de demain

Chagall : Hommage à apollinaire
Chagall : Hommage àApollinaire

S’est il inspiré de l’Homme de Vitruve comme le suggère l’audioguide au centre du cadran de l’horloge les jambes des personnages jouant le rôle des aiguilles, ou est-ce une représentation biblique d’Adam et Eve?

apollinaire calligramme
calligrammes . relisez la poésie!

En tout cas une très belle exposition à ne pas rater; N’oubliez pas l’audio-guide très intéressant.

Corleone – Sambuca di Sicilia

CARNET SICILIEN 2016

Corleone vue d'en haut
Corleone vue d’en haut

Corleone est célèbre pour avoir été le décor du Parrain. Archétype d’une certaine Sicile mafieuse. Je n’ai pas vu le film,  mais j’ai envie de découvrir cette ambiance.

Corleone est situé à mi-chemin entre Sciacca et Palermo, 24km à l’écart de la route 624 reliant ces deux villes. Le GPS annonce 1h30 de route et 75km. Nous avons déjà parcouru le tronçon de la grande route en arrivant dans la région. Ce n’est pas la partie la plus amusante du trajet.

 

Dès que nous la quittons le paysage devient grandiose, de montagne avec des pics déchiquetés et des pentes vertes très raides. Encore une fois, nous nous félicitons d’avoir choisi de venir fin avril. Les luzernes forment des nappes rouges incarnat, elles s’étalent même sous les oliviers. Le petit lac de barrage Garcia brille dans un creux. La route tortille. La chaussée est en mauvais état, de temps en temps l’asphalte a disparu et la Fiat roule sur des pierres blanches. Ce ne snt plus des nids de poules mais des tranches de route qui manquent.

le lac de Garcia
le lac de Garcia

Corleone s’annonce avec des quartiers de hauts immeubles. Ce n’est pas le petit village pittoresque et photogénique que nous attendions mais une ville austère accrochée à la pente sous des rochers verticaux surmontés de tours rondes féodales. Nous garons la voiture sur la place principale (zone bleue) devant la Mairie ornée de grandes plaques commémoratives à Garibaldi et à l’Unité Italienne. La grande église (fermée) a de belles portes de bronze (récentes). La place est animée avec ses boutiques vieillottes et son  Bar Central  décoré sur le thème du Parrain. Un jeune homme traverse la place pour nous proposer une animation.

 

Des panneaux touristiques indiquent deux châteaux, deux sites panoramiques et d’innombrables églises, une cascade et trois musées. Le musée le plus important raconte la Mafia et surtout la lutte Anti-mafia , c’est un sujet intéressant mais je crains que mon niveau d’italien et ma grande ignorance en la matière ne me permettent pas de profiter de la visite. Le Musée ethnographique est fermé.

Nous parcourons des ruelles tranquilles très étroites et pittoresques bordées de palais décrépits. L’Office de Tourisme a prévu un parcours fléché architectural que nous suivons et un parcours sacerdotal que nous négligeons. Sur les panneaux émaillés,  il y a des QR codes ce qui me met en colère. On n’a pas pensé à ceux qui n’ont pas accès à la 3G, il faudrait que toute la ville soit Wifi (et que chacun possède un smartphone). C’est quand même plus facile de lire les explications sur le panneau !

Seules quelques rues sont utilisables pour la circulation automobile, il en résulte un trafic intense dans ces artères. Pour gravir la pente raide les voitures prennent leur élan. Et tant pis pour le piéton qui essaie de cadrer sa photo de l’église vermoulue aux moulures qui s’effritent mais qui ont de l’allure sous la végétation buissonnante.

le "château d'en haut"
le « château d’en haut »

A la recherche du « château du haut » nous lançons la Fiat500 sur une rampe vraiment très inclinée. Mal nous en a pris. Premier arrêt à mi-pente, un pépère dans une vieille Panda cabossée nous barre la route, il attend qu’une dame en 4×4 blanc sorte de son garage. La Fiat a perdu son élan et cale. Départ en côte ! Deuxième montée encore plus raide. A 1m de l’arrivée un jeune téléphone collé à l’oreille, l’autre main sur le volant déboule sans même nous calculer. On n’a pas d’autre choix que de reculer pour le laisser passer. Re-départ en côte. Le frein à main ne freine pas assez. La voiture descend. A gauche c’est le précipice. Et on ne repart pas. Je suis morte de trouille.  Je descends.  La Fiat 500 consent à démarrer (65kg cela compte pour une si petite voiture). Nous nous hissons sur un plateau dominé par un gros rocher sur lequel on a bâti une tour ronde : le château. En haut on trouve l’héliport et une petite route « itinéraire de Rosalia » (c’est une sorte de mini-pèlerinage d’un ermitage de Rosalia à un autre, randonnée pédestre) mais route en fort mauvais état pour une voiture. Ce serait un endroit merveilleux pour pique-niquer si c’était l’heure ! pause-apéro avec de grosses olives vertes très parfumées au persil frais et céleri.

Nous quittons Corleone – mal visitée – habituellement je suis plus consciencieuse dans mes visites.

Nous suivons les panneaux Sciacca- Ribeira pour varier l’itinéraire.

village perché
village perché

Déjeuner dans la montagne au dessus d’un troupeau de vaches dont nous entendons les clarines. Au loin Campofiorito est accroché à son rocher. Nous entrons dans Bisacquino dans la torpeur de la sieste. En dehors des trois employés municipaux assis sur un banc, il n’y a pas un chat dehors. Tous els rideaux de fer sont baissés, volets fermés. Calme plat. Pour le café, vous repasserez. Nous arrêtons la voiture devant une église dédiée à la Vierge. Edifice monumental, colonnes torses, moulures. L’église est ouverte : des doreurs rénovent une chaire. Intérieur blanc et doré mais parfaitement ennuyeux en dehors des lustres de Murano il n’y a rien d’intéressant. Curieux assemblage de tuiles rondes  sur une maison: un pigeonnier ?

Madame GPS joue les aventurières ? Pour nous faire éviter la traversée d’un village perché elle nous conseille un chemin blanc carrossable suivi d’une allée dallée, genre via romaine qui s’enfonce dans une forêt de chênes et maintenant recouverte de galets « c’est le paléolithique ! » s’exclame la conductrice, pour se terminer dans les nids de poule. Je descends encore pour soulager la Fiat500. Heureusement un panneau de signalisation routière indique Stop à 150m dans ce parcours risqué.

Sambuca di Sicilia

Encore un  « village perché ». Sambuca est une petite ville construite toute en longueur sur une arête rocheuse. Nous remontons le magnifique Corso Umberto I jusqu’à un grand carrefour où se trouve l’ancien hôpital, un collège et une très grande église ouverte pour cause d’enterrement imminent. Encre cette sorte de très grande église classique 17ème ou 18ème blanche avec des dorures et des peintures noircies, parfaitement ennuyeuse encore ;

Sur le Corso quelques cafés sont ouverts. Clientèle exclusivement masculine : dans le premier des adolescents dans l’autre des vieux messieurs. J’ai toujours très envie d’un café mais ici je serais vraiment déplacée. Je préfère y renoncer plutôt que d’être la cible des regards. Ce n’est pas ici que je vais trouver de la WIFI pour consulter mes mails.

Après avoir passé une belle arche je trouve une rue plus moderne, sous une autre arche, une impasse (lige qui sèche). Les maisons sont peintes en blanc portes et fenêtres soulignées de jaune. On se croirait en Andalousie. Les petites venelles s’appellent Viccolo Saraceni  I, viccolo saraceniII ou III. Est-ce une kasbah, ancienne ou moderne ? Pour souligner l’illusion le panneau indicateur de la rue est aussi écrit en arabe. Le restaurant s’appelle Le Saracenu,  l’enseigne est  une tête de maure enturbannée. Une très belle église de pierre qui s’effrite a son porche vitré : à l’intérieur des merveilles tombent en ruine.

Plus haut se trouve le belvédère à l’extrémité de l’arête rocheuse qui se termine de manière théâtrale avec  une petite colonnade et un banc qui fait le tour de la petite esplanade.

Retour facile. Menfi est bien indiqué. De là, nous allons à la mer à Porto Palo, petit port avec une tour carrée d’où part une promenade de planches sur la végétation. Plus loin la côte est occupée par des villas et lotissements interdisant l’accès à la plage par les portails métalliques et les cadenas dont les siciliens ont le secret. Nous nous aventurons néanmoins sur une route privée (entrée interdite mais ni chaîne ni barrière) pour aboutir sur une belle plage sauvage coupée en deux par un ruisseau facilement franchissable. Je me promène avec de l’eau à mi-mollets. Le thermomètre de la voiture indique 23° à l’ombre mais au soleil il fait nettement plus chaud.

Marinella di Selinunte – plage de la Réserve naturelle de Foce del fiume Belice

CARNET SICILIEN

la plage de Marinella di Selnunte  au pied de l'Acropole
la plage de Marinella di Selnunte au pied de l’Acropole

Les restaurants sur le front de mer de Marinella sont installés côte à côte. Le premier que nous visitons a une belle terrasse sur la plage mais pas d’ombre. Une cafétéria est bien ombragée mais son menu est sommaire. Nous choisissons donc Pierrot qui a un balcon avec quatre tables avec vue sur la mer, tables carrées, nappes jaunes chaises de bois et paille. Il y a aussi une grande salle à l’étage, très chic.  La serveuse est charmante et j’arrive à capter la wifi. Comme toujours on s’arrête aux primi piatti : tagliatelle à la boutargue, à l’ail et aux amandes,  parfaites on a râpé la boutargue de thon et les éclats d’amandes sont nombreux, et spaghetti aux vongole. Les petites palourdes sont fraîches dans leurs coquilles mais de nombreuses coques sont vides. Vraiment trop petites pour être savoureuses. Le café arrive accompagné d’un délicieux petit fur aux amandes. D a pris un gâteau au citron meringué. Promenade sur la plage au pied de l’acropole.

La pineta plage de la Reserve naturelle de Fce del fiume Belice
La pineta plage de la Reserve naturelle de Fce del fiume Belice

Réserve Naturelle foce del fiume Belice

Le restaurant La Pineta a déjà installé lettini et ombrelone comme en été. Deux autres plages privées sont un peu plus loin Look Voyage et Marmara, on y parle français exclusivemet. Marmara a même hissé le pavillon vert de la baignade. Au loin le grand Hôtel Paradise Resort borne la plage (mais c’est de l’autre côté du fleuve). Je marche jusqu’à l’embouchure de la rivière qui dessine une très jolie courbe sur la plage avant de se mêler à l’eau salée. Il fait très bon. Je relève les jambes de moon pantacourt et réussis encore à le tremper. Dominqiue a trouvé une table sur la terrasse de la Pineta, elle m’indique la douche où je peux me mettre en maillot de bain pour une première baignade sicilienne. L’eau est presque tiède. Je laisse les vagues mouiller mon maillot sans me jeter à l’eau. Plus loin des gens jouent à la balle dans l’eau et un monsieur fait la planche. Je me contente de jouer avec les vagues et reprends la marche sur le sable pour me sécher.

Nous rentrons par Menfi sur les routes sinueuses dans les vignes, les oliveraies et les champs de blé. Le viaduc de la SS se profile au nord. Ces viaducs me font penser aux aqueducs des anciens romains. Une tradition qui perdure ou un relief particulièrement accidenté ? Il me semble qu’il ne sit pas aussi courant chez nous de faire courir les routes sur de tels édifices. Menfi nous inspire. Peut être à cause de la chanson de la « route de Memphis » ? La ville a souffert d’un séisme récent. Les rues sont construites sur un plan à angle droit. Les maisons à un étage sont toutes identiques. Passant devant Conad nous y faisons les courses ; je m’étais pourtant promis  d’acheter dans les petits magasins plutôt que tourner dans les rayons avec un caddy. J’aurais mieux été inspirée d’aller chez un vrai boucher ; Les « hamburgers » du supermarché que je croyais du veau sentent la saucisse et le mousseux « conad » dans une bouteille opaque s’avère être du vin rouge. Les fraises n’ont aucun goût.

Le vent qui a fait tomber une grosse potiche et le filet vert qui protégeait les canisses. Nous aurons un beau coucher de soleil.

Selinunte – restauré?

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Sélinunte temple E derrière les anthémis
Sélinunte temple E derrière les anthémis

J’avais gardé un excellent souvenir de Selinunte où nous avions passé une semaine, du site antique fleuri où nous étions revenues à plusieurs reprises. Nous avions flâné des heures sur l’Acropole à chercher les maisons puniques et nous avions rencontré un berger et son troupeau sur le site romantique de Malophoros.

Depuis 2015, le site a été rénové. On a construit une clinquante billetterie. On est invité à télécharger l’audio-guide sur le smartphone (mais on n’a pas installé de wifi). On a organisé des navettes électriques (genre voiturettes de golf) et pour cela, tracé de grandes allées blanches en place des chemins dallés. Pour faire propre, on a tondu les grandes pelouses qui entourent le Temple E qui est entouré de barrières plastiques orange. Le site de ruines romantiques a perdu ses fleurs et une partie de son charme. Je suis très déçue !

La plus grande déception est à venir : tous les panneaux explicatifs ont été retirés. Je dois retourner au guichet acheter un plan cher et mal fichu.

Temple E
Temple E

En l’absence de commentaire j’essaie de glaner quelques renseignements en écoutant les conférenciers des groupes. L’un d’eux explique que le Temple E a été remonté dans les années 50 à grand renfort de ciment et de ferraille ce qui ôte beaucoup de magie au grand temple dont la colonnade est à peu près complète. Les métopes se trouvent à Palerme au Musée Archéologique Salinas.

Le petit temple F est bien  écroulé « un séisme » explique un guide. J’arrive à peine à imaginer un temple.

Le Temple F : un chas
Le Temple F : un chas

Le géant, le temple G aux colonnes énormes a encore une colonne debout qui fait penser à une cheminée d’usine pour la taille. Une autre a ses tambours mis bout à bout donne une idée de l’échelle.

La dénomination des temples avec des lettres est plus rigoureuse scientifiquement mais elle est aride pour la touriste que je suis. Point de mythologie, de citation ou d’histoire. Difficile de faire « parler les pierres ». Les seuls panneaux  encore en place donnent des données chiffrées, tant de colonnes, telles dimensions…J’apprends donc que les temples archaïques étaient plus longs que les temples classiques et qu’il y a aussi des différences dans la cella.

Un peu plus loin le très beau bâtiment Baglio Floro doit abriter un antiquarium, pas encore terminé, semble-t-il.

L'Acropole et la colonnade
L’Acropole et la colonnade

Au lin, une belle colonnade se détache sur l’Acropole. La promenade pour la rejoindre est agréable en descendant dans une vallée occupée par un petit bois de mimosas et lentisques, franchissant un ruisseau sur un pont de bois branlant, remontant la route qui domine la plage de Marinella de Selinunte. Encore une fois, l’absence d’explication appauvrit la visite qui devient une promenade dans une ville où les rues sont encore visibles. Les Carthaginois s’y étaient installés ;je me souviens des maisons puniques. En l’absence de données archéologiques je regarde les fleurs : les acanthes sont merveilleuses, les arbres de Judée apportent leur note rose. Pas de parcours précis donc, j’enjambe des blocs au hasard dans les hautes herbes. Les anthémis sont grosses et d’un jaune éclatant.

l'éphèbe de Selinunte
l’éphèbe de Selinunte

 

 

L’éphèbe de Selinunte, la fierté du musée vieillot de Castelvetrano,  j’avais beaucoup aimé cette visite. Dans une cage de plexiglas, dans une pièce ouverte à tous les vents, il n’est pas à son avantage.  . Je ne me souvenais pas qu’il était si petit. Ce petit bronze délicat est saisissant. Que fait-il ? Ses mains le suggèrent en raison ou en discussion. Il est curieusement cambré un peu comme une fille. Sa coiffure aussi est étrange, peut être est-ce une couronne ?

 

 

Une grande allée blanche – trop large, trop neuve, trop lisse – va au Mélophoros. Je regrette la nature sauvage d’autrefois. Après avoir franchi un autre ruisseau, plus large que le précédent, je reconnais le site avec ses trois petits temples. Dans lequel se pratiquait-il le culte à Demeter Malophoros, la porteuse de grenade. Quelques coquelicots bien rouges donnent une touche de gaieté. Comme l’endroit est très en pente on n’a pas passé la tondeuse et le site est préservé. Au sol de petites véroniques bleues et un tapis de minuscules fleurettes orange. Des lézards détalent à mon approche. En haut, les grandes feuilles charnues et bleuissantes des agaves portent des hampes florales fanées.

Malophoros
Malophoros

Les sculptures de Salvatore Rizzuti au Musée Civique

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Au Musée Civique, j’ai fait une bien belle découverte : le sculpteur Salvatore Rizzuti, enfant du pays né en 1949. Il alla peu à l’école et devint berger encore enfant. En gardant ses bêtes, il sculptait le bois jusqu’à ce qu’on reconnut son talent et qu’on l’envoya étudier à Palerme en 1967. Rizzuti est un sculpteur reconnu. L’article que Sciascia lui consacra est exposé en bonne place dans le Musée. Le sculpteur a offert à sa ville natale 33 sculptures, bois d’olivier, terracotta et compositions originales. Les figures sont singulières, souvent chargées de symboles comme cet homme avec un verrou dans la poitrine, un crâne ouvert comme un coffre-fort ou cette femme à tête de poste de télévision. Ces sculptures sont intéressantes et expriment souvent une très grande souffrance.

Vêpres siciliennes
Vêpres siciliennes

La salle suivante est occupée par un groupe intitulé Vêpres siciliennes : 3 personnages, un roi un évêque et une femme couchée sur un bloc – un billot – Scène extrêmement violente où l’évêque tient le poignet de la femme menottée tandis que le roi menace la femme allongée, jambes écartées. Va-t-il la violer ? La tuer ? Le bras levé est inachevé.

Le chant des sirènes
Le chant des sirènes

Un autre groupe ,Le Chant des Sirènes, est composé de tris personnages debout, au milieu un homme, en retrait la mort, le troisième est-il la Sirène, menaçante ou séduisante ? Autre scène complexe : Crucifixion le christ est assez classique mais il a adjoint une femme debout contre un rectangle plein. Une petite composition dans un cadre carré comme une crucifixion en diagonale : Sarajevo 1992. Une autre salle est occupée au milieu par un couple allongé sur un disque: le Refus du Péché Originel, ils ne respirent pas la jouissance pour autant , expriment autant de tourment qu’Adam et Eve de Masaccio à la chapelle Brancacci de Florence.

Sur des bandeaux, au mur des citations des auteurs les plus variés qui ont écrit sur la ville de Pline l’ancien à Goethe en passant par Diodore de Sicile, Cicéron, Al Muqqadasi et même le Parsifal de Wagner.

Après un pique-nique très venteux nous allons voir une petite chapelle tout en haut du village. Rosalia, tout en noir sauf son tablier orange, guide la manœuvre de la Fiat. Elle ne chasse pas les touristes importuns qui font demi-tour devant sa porte mais les accueille comme des hôtes.

 

Caltabellotta – une ville d’histoire millénaire…

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l’histoire de Caltabellota.

Je suis stupéfaite d’apprendre que ce village perché possède une histoire millénaire remontant à l’âge de Bronze. La nécropoli sicane est formée de tombes de 3000ans Av JC. Au  10 et 11ème av. JC, on assista à d nouvelles vagues migratoires, Elimes, Phéniciens puis Epiei ( ?) venant de Troie. Triocala fut fondée par les Sicanes.

Triocala fut un haut-lieu des Guerres Serviles (134-110 av.JC).  Selon Diodore de Sicile, Trifone fut élevé sur le trône et éleva des fortifications, un palais royal et un forum. Pour réprimer la révolte servile, Lucullus se rendit à Triocala à la tête de 40.000 hommes pour assiéger la ville et le siège fut infructueux si bien que le consul fut condamné à l’exil.  Ce n’est qu’après la mort de Trifone que les Romains vinrent à bout de la révolte servile.

839 : les Sarrasins nommèrent la ville Qalat al-ballut (la roche du chêne).

Après la conquête normande les familles féodales dominèrent la ville.

1302 La Paix de Caltabellotta mit fin à la Guerre des Vêpres Siciliennes opposant Angevins et Aragon.

D’autres histoires ou légendes y sont attachées comme celle de la Reine Sibille veuve de Tancrède et d’Henri VI Hohenstaufen. Et plus loin, celle de Dédale qui se réfugia auprès du roi sicane Kokalos ce qui explique pourquoi on a vu la statue d’Icare à Agrigente…

Guerres serviles ou Vêpres siciliennes sont bien confuses dans mon esprit. Il faudra me documenter au retour. C’est fou comme la visite d’un village perché me donne tant de pistes à explorer.

La Cathédrale normande

La cathédrale normande
La cathédrale normande

La Cathédrale normande (fin 11ème  siècle) a été bâtie à l’écart de la ville, dominant une verte esplanade sous les rochers des crêtes. Elle est très massive, beaucoup plus large que haute et a gardé son aspect primitif malgré quelques aménagements 17ème dont il reste des stucs verts et blancs autour du chœur et 4 colonnes en (faux) marbre vert encadrant la Madone couronnée d’ampoules électriques. Seul décor : un chemin de croix céramique émaillée genre Della Robbia mais moderne. Nef large encadrée de deux déambulatoires étroits, les piliers en pierre calcaire sont trapus. L’un d’eux garde une fresque.  Chapiteaux très simples et ogives. Très beau plafond de bois. Le campanile est une tour carrée. Au dessus, creusé dans une arête rocheuse, le plus beau coin à pique-nique panoramique : une table, quatre sièges et un banc .

campanile
campanile

Un panneau m’apprend que la zone NE de la Cathédrale était byzantine (9ème siècle) comme l’ont attesté des poteries, on a aussi trouvé des poteries émaillées arabo-normandes et même des outils en silex préhistorique dans des habitations rupestres que nous n’avons pas trouvées (mais j’ai vu la photo sur un flyer au Musée municipal).

cherchez le chateau de Luna!
cherchez le chateau de Luna!

En face, le château de Luna (de la lune ou de la famille Luna ?) dresse une tour unique à base carrée, très haute et très fine, mais ne se visite pas. L’escalier du belvédère au sommet d’un piton rocheux est également inaccessible.

La chiesa S. Francesco a un joli portail 15ème muré.

Cpù^mexe S Pellegrino
Complexe S. Pellegrino

Au détour de cette église nous découvrons la Voie panoramique Via S Pellegrino qui tourne autour du piton et conduit au très grand couvent S. Pellegrino qui coiffe un des sommets. Abusée par la consonance, je prends ce couvent pour un hébergement de pèlerins. Lisant un des panneaux (gravés dans du verre très peu lisibles avec les reflets) je découvre que S. Pellegrino fut le premier évêque de Triocala au 1er siècle de notre ère. Envoyé en Sicile par Saint Pierre, la légende raconte qu’il aurait délivré la ville d’un dragon qui dévorait chaque mois un enfant. Il serait inhumé près de la Grotte du Dragon devenue auourd’hui le complexe S. Pellegrino. A la base de l’escalier la place a été équipée de banc pour profiter de la vue. Nous décidons de pique-nique là.

En route vers l’intérieur – vers Caltabellotta

CARNET SICILIEN 2016

oliveraie et ferme
oliveraie et ferme

8h,  par de petites routes de campagne,  dans la belle lumière du matin à travers vallées et collines ; des parcelles triangulaires au flanc des collines d’oliveraies ou d’orangers photogéniques . Devant une  orangeraie, je  trouve une belle ferme au toit de tuiles coiffant la colline. En marchant je découvre de nouvelles fleurs : pois de senteur bicolores, pourpres et violets qui ressemblent aux ailes d’un papillon. Les grosses inflorescences rouges que j’avais prises pour de la luzerne ne sont-elles pas plutôt des lupins ? Sur le bord de la route, des glaïeuls roses comme ceux que j’ai vus en Grèce. Je filme les douces collines, les fleurs, les orangers…

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La route effleure Sciacca  puis s’élève vers la montagne. La route passe le long du gros rocher qui domine Sciacca, d’une ancienne carrière, puis  grimpe très raide. Les sommets sont formés de gros pitons déchiquetés et la ligne de crêtes est piqueté d’éoliennes qui tournent très fort .

DSCN8585 - CopieEn s’approchant du col, Dominique entend le bruit de l’eau et les brebis. L’eau s’écoule sur le bord moussu d’un bel abreuvoir blanc. Dans le verger voisin, les moutons préfèrent se dresser pour dévorer les feuilles tendres d’un abricotier plutôt que l’herbe. Ils se font même la courte échelle ! Les rochers ont des formes étranges, quand les arbres s’y accrochent ils compliquent encore leur silhouette, donner un profil en bec de perroquet ou carrément en dévers…

DSCN6545 - Copie

Juste après le col,  la petite ville de Caltabellotta surgit accrochée à la montagne. Les  guides la désignaient comme un « village perché ». L’appellation « ville » convient mieux avec ses nombreuses églises, ses places, son histoire séculaire. A l’entrée, un quartier HLM miteux. Un panneau annonce « Caltabellotta, ville de la Paix ». Ignorante de l’histoire locale je crois d’abord à un vieux slogan PCI….

La vieille ville est tout en ruelles et en escaliers. Sur chaque toit, une parabole et une grosse citerne grise (pas le bidon cylindrique chauffe-eau commun dans tous les pays ensoleillé), une grosse citerne.

Les flèches « cathédrale » « centre historique »,mènent à une petite place. Etrangement les pépères à casquette et à canne  nous invitent à remonter en voiture. « la Cathédrale c’est très loin ! Allez-y en voiture ! »Et les deux vieux messieurs de se disputer si le meilleur itinéraire c’est tout droit ou par derrière.

Nous continuons à pied, admirant les décors des porches de maisons étroites avec un seul étage et aucun signe extérieur de richesse mais une entrée digne d’un palais encadrée de pierre ciselée avec des balcons en ferronnerie soignée reposant sur des appuis ouvragés. Témoignage d’un autre temps.

Folles de Joie/La pazza gioia di Virzì

 

CINEMA ITALIEN

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Deux folles heures en compagnie de Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) d’une famille aristocrate toscane et de Donatella (Micaela Ramazzotti) dans une maison de repos fermée où elles sont soignées sous un placement judiciaire.

Beatrice se comporte comme la propriétaire de la villa Biondi et se promène sous une ombrelle improbable. Elle prend sous sa protection Donatella , une nouvelle arrivante et l’entraîne malgré elle dans une folle équipée. Les soignants sont d’une grande bienveillance tandis que les deux amies en cavale accumulent les aventures.

C’est distrayant, émouvant, souvent drôle. Un film réussi sans grande prétention.

 

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Le nouveau nom – Elena Ferrante

IL VIAGGIO D’EIMELLE

le nouveau nom

J’ai beaucoup aimé l’Amie Prodigieuse et j’ai immédiatement téléchargé le Nouveau Nom qui lui fait suite dans la saga d’Elena Ferrante. Comme je me méfie des lectures à la file d’un même auteur qui parfois provoque une lassitude, j’ai attendu quelques mois avant de continuer le feuilleton. Si l’effet de surprise ne joue pas dans ce deuxième tome, je n’en ai pas été déçue pour autant. J’ai lu quelque part (blog ou babélio?) que cette série était addictive, tout à fait un peu comme pour certaines, les séries télévisées, avec les personnages récurrents, les histoires d’amour qui s’emmêlent. C’est beaucoup plus! 

Lila(Lina) et Lenù (Elena) ont seize ans au début du Nouveau nom. Lila est Madame Caracci, avec son identité de femme mariée, mal mariée : dès le jour de son mariage elle a pris un dégoût irrémédiable pour Stefano. Elena, brillante élève au lycée mais  aussi gagner sa vie….Les amies s’entraident, partent en vacances à Ischia où elles découvrent le désir, et l’amour, pour le même garçon. Leur amitié sans faille survivra-t-elle?

Je n’aime pas les billets qui résument un roman. J’en resterai là. Le Nouveau nom n’est pas qu’un roman d’amour et d’amitié. Ce n’est pas seulement le quotidien d’un quartier pauvre de Naples. C’est beaucoup plus. C’est un roman féministe qui montre la condition des femmes dans les années 60 à Naples, femmes battues, humiliée, éreintées par les grossesses et les travaux ménagers

« Ce jour-là, en revanche, je vis très clairement les mères de famille du vieux quartier. Elles étaient nerveuses et résignées Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tourmentaient. « 

Le combat d’Elena pour sortir de la pauvreté par l’éducation, ses efforts acharnés pour briller dans ses études. Etre diplômée ne suffit pas pour sortir d’un milieu modeste.

« je faisais partie de ceux qui bûchaient jour et nuit, obtenaient d’excellents résultats, étaient même traités avec sympathie et estime, mais qui ne porteraient jamais inscrits sur eux toute la valeur, tout le prestige de nos études; j’aurais toujours peur : peur de dire ce qu’il ne fallait pas, d’employer un ton exagéré, d’être habillée de manière inadéquate, de révéler des sentiments mesquins et de ne pas avoir d’idées intéressantes ».

Le contexte des idées politiques, le roman  traverse les années 60 et les débats idéologiques. J’aurais peut être aimé en savoir plus sur 68. mais peut être, en Italie, cette année-là a eu moins de retentissement qu’en France..

Et maintenant, j’attends la suite!

 

la côte près de Mazara, La Réserve de Lago Preola – Granitola

CARNET SICILIEN 2016

Dans la campagne vignes et fleurs
Dans la campagne vignes et fleurs

Maintenant que nous avons une carte détaillée, nous décidons de suivre la côte pour profiter de la mer. La Promenade lungomare se poursuit jusqu’à une esplanade où se trouve la statue de l’évêque San Vito et une église très simple, presque un cube (plus haut que long ou large) avec une seule ouverture. Une belle porte de bronze est encadrée de marbre gris un peu à la manière espagnole. Sur la place, à l’arrière, un voilier de fer a ses voiles découpées de silhouettes d’oiseaux marins. On passe ensuite une passerelle moderne en suivant la direction de Granitola.

Réserve Naturelle Lago Preola &Gorghitondi

DSCN8571 - Copie

Cinq bassins d’origine karstiques (dolines) provenant de la dissolution de la craie sur un substrat argileux. Les  cinq petits étangs hébergent une faune très riche, protégée. Un petit circuit de 300m est ouvert au public. Il conduit à un affût permettant d’observer les hérons, canards, foulques…quelques panneau présentent au public la fouine, les serpents et batraciens. Des promenades accompagnées sont aussi possibles.

Granitola

Une tour sarrasine, nous accueille,  à sa pointe un phare. Entre les deux une crique rocheuse où sont échouées sur les rochers deux groupes de 5 barques. La place est plantée de beaux platanes (élagués en ce moment) 4 ou 5 cafés, quelques maisons basses blanches, d’autres à étage, jaunes. Une plage minuscule, un club de plongée. Nous faisons une agréable pause au café au bord de l’eau.

L’itinéraire du retour, au jugé, est très agréable dans les vignes et les cultures. A Campobello 9di Mazara nous réussissons à éviter la grande route et serpentons vers Menfi.