Guernica (sans Guernica) au Musée Picasso

exposition temporaire jusqu’au 29 juillet 2018

Le monumental tableau est resté à Madrid, il fallait un certain culot pour faire une exposition Guernica sans le montrer.

Guernica est sans doute le tableau le plus étudié du 20ème siècle, il me rappelle des sessions de Brevet des collèges en Histoire des Arts, régulièrement présenté. Je me souviens aussi d’une exposition à Ravenne qui y faisait ouvertement référence en montrant des tableaux italiens s’en étant inspiré.

  1. L’exposition actuelle, en six salles, commence par une analyse des symboles représentés dans le tableau : le cheval, le taureau, le soldat, le héros antique découpé à terre, la lampe électrique…. Différents critiques sont cités avec de longues citations, les hypothèses sont diverses. Tantôt on voit dans le cheval, le nationalisme espagnol, tantôt on en fait le symbole du peuple. De même le taureau serait la figuration du peuple selon certains, ou de la brutalité…L’oiseau est-il comme la colombe l’espoir de la paix? La lampe électrique, dans la bombe peut être interprétée comme « une invention bienfaisante qui se transforme en force destructrice »? Cette présentation, même si elle montre des arguments contradictoires a au moins le mérite de faire observer le tableau.
    la guerre civile

  2. Les débuts de la Guerre Civile (17 juillet 1936- printemps 1937) est un rappel historique qui replace Picasso dans le contexte espagnol. De Janvier à Avril 1936, l’exposition Picasso circulait en Espagne pour soutenir le Front Populaire. Picasso fut même nommé par le gouvernement républicain directeur du Musée du Prado. Le 8 et 9 janvier Picasso réalisa une gravure : Songe et Mensonge de Franco

    Songes et mensonges de Franco
  3. les sources de Guernica présentent aussi bien les sources anciennes comme les Désastres de la Guerre de Goya que les œuvres de Picasso comme les tauromachies, minotauromachies et même une crucifixion

    Crucifixion
  4. la commande et les premières esquisses : pour le Pavillon espagnol de  l’Exposition internationale des Arts et Techniques 1937. La peinture devait occuper un mur entier. L’idée initiale était d’exploiter le thème du peintre et de son modèle. Nature morte à la lampe et les études au dessin pour cette peinture montrent des éléments utilisés dans Guernica 
  5. La transformation du projet : à la suite du bombardement de Guernica le 26 avril 1937. Au mur, les unes de l’Humanité du 28 et du 29 avril 37, montrent la désolation, voisinent avec des photographies des ruines. Picasso dès le 1er mai et les jours qui suivent commence les études préparatoires, certaines au crayon, en noir et blanc, d’autres en couleur. Le noir et blanc ne s’est pas imposé encore.

    Le portrait de Dora Maar
  6. Guernica dans l’œil de Dora Maar . je connaissais Dora Maar par le portrait que Picasso a fait d’elle. je ne savais pas qu’elle était une photographe d’origine croate, que Picasso a rencontré par l’intermédiaire d’ Eluard. Dora Maar reçut en commande le travail de photographier Picasso en train de réaliser le tableau. 8 photographies sont projetées sur un grand écran et nous pouvons ainsi suivre l’oeuvre qui se transforme : on voit apparaître le cheval puis disparaître le bras au poing levé serrant un bouquet avec un soleil ; la bombe remplace le soleil avec l’ampoule, le triangle lumineux se matérialise de plus en plus clairement, le cheval semble se lever.Je termine donc la visite de l’exposition comme je l’avis commencée par un examen attentif de chacun des éléments composant le tableau.

Ensuite je me suis promenée dans les étages pour retrouver les Picasso que j’aime et en croiser d’autres qui n’étaient pas là à ma dernière visite.

Et dans une petite pièce j’ai croisé ceci:

 

Garouste : Diane et Actéon / Laurie Karp Seven Lakes Drive

Exposition temporaire au Musée de la Chasse et de la Nature  jusqu’au 1er Juillet 2018 (Garouste) et 2 septembre (Laurie Karp)

Racontée par Ovide dans les Métamorphoses, l’histoire du chasseur Actéon qui, par hasard, assista au bain de Diane. La déesse, furieuse d’avoir été surprise nue le métamorphosa en cerf. Ses chiens n’ont pas reconnu leur maître et l’ont dévoré.

Etude pour actéon

L’exposition occupe les deux salles du rez de chaussée du Musée et comporte une douzaine de grandes huiles sur toile ainsi que des études au dessin que j’ai trouvées intéressantes

Garouste étude au dessin 

Il présente surtout la scène de la dévoration, assez peu celle de la rencontre avec Diane. D’ailleurs il a prêté peu d’attention à la déesse qu’il a dessiné avec un visage lunaire correspondant peu à l’image que je me fais de la chasseresse.

Garouste

Belle exposition, mais un peu restreinte, j’aurais aimé en apprendre plus sur Garouste

Les œuvres de Laurie Karp sont tout d’abord disséminées dans les collections permanentes. Il faut les chercher, ce qui n’est pas évident parce que ce sont des céramiques de petite tailles plutôt discrètes parmi les animaux empaillés, les armes, les tableaux et autres présentations. Si je n’avais pas visité récemment, à l’occasion de l’exposition Sophie Calle, j’aurais sans doute consacré plus d’attention et de temps pour me laisser surprendre, j’ai utilisé le plan et trouvé les petites figurines : femmelettes dans une coupelle, ours miniature et femme dans une position suggestive (sur le moment je ne savais pas que l’artiste était une femme).

Au deuxième étage deux salles sont offerte pour ses parcours sur le thème de la forêt et de l’eau : coupelles bizarres remplies d’une matière imitant l’eau, personnages qui grimpent. Je n’ai pas été convaincue.

Nymphéas – L’abstraction américaine et le dernier Monet

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 20 Août 2018 

Monet : pont japonais

Monet est-il un peintre abstrait?

Monet : Saule pleureur (1920-1922)

Cette exposition célèbre le centenaire de la décision de Monet d’offrir les nymphéas à l’Etat français, elle met en évidence la postérité de Monet dans l’art américain. En 1955 le MoMA acquiert un Monet et les tableaux de l’exposition sont souvent introduits par le Critique Greenberg qui publia en 1955 un grand essai sur la peinture américaine faisant de Clyfford Still, Barnett Newman, Pollock ou Tobey des héritiers de Monet.

Pollock : Untitled 1949

Intéressante confrontation de peintres de continents et d’époques éloignées.

Si la couleur « devient autonome » et primordiale, on saisit mieux la parenté entre les nymphéas et les toiles de Monet qui sont un feu d’artifice de couleurs.

Rothko et Clifford Still peignent selon le Colour field painting avec de grands champs de peinture

 

Clifford Still 1965

Les grandes taches ont des contours déchiquetés, la peinture au couteau donne un certain relief aux taches, on regarde le très grand tableau un peu comme un paysage

 

Pollock : the deep (1953)

Dans les tableaux de Rothko, rien pour raccrocher l’oeil à du figuratif : de grande taches colorés

Rothko

De Kooning dans sa Villa Borghèse, après avoir peint des paysages urbains retrace à New York des souvenirs, recollections de Rome

De Kooning villa Borghese

On peut aussi citer Morris Louis avec ses acryliques délavés qui font comme des bandes verticales (j’aime moins, donc pas de photo) ou Helen Frankenthaler également des acryliques

Helen Frankenthaler (non! ce n’est pas la photo qui est floue mais le tableau!)

j’ai beaucoup aimé le tableau de Guston « impressionisme abstrait » 

 

Guston détail du rouge au centre du tableau

 Riopelle, peintre canadien, établi en France expérimente une technique originale de « mosaïques »

Détail d’un tableau de Riopelle (bord du tableau)

Et je termine par un de mes préférés Round the world de Sam Francis (1958-1959)

Around the world

Bien sûr, on n’a qu’une envie : monter au rez de chausser dans les deux salles des Nymphéas. On aimerait les avoir pour soi et méditer devant mais gare aux groupes de Chinois ou Japonais!

 

Peinture des Lointains – Quai Branly

EXPOSITION TEMPORAIRE au Musée du Quai Branly jusqu’au 06/01/19

Frise de personnage pour le pavillon d’Asie de Marie Antoinette Ballard-Devé

La peinture des lointains ne pouvait qu’attirer la voyageuse, les tableaux exotiques colorés, orientalistes, de marines, de déserts…..Quoique….les collections proviennent du Musée de La Porte Dorée, autrefois Musée des Colonies et nombreuses œuvres sont des commandes à l’occasion de l‘Exposition Coloniale de 1931.  Ces images sont restées méconnues justement à cause de l’héritage colonial et du spectacle colonialiste et parfois raciste qui fut donné à l’Exposition. Exposition sulfureuse?

Les peintures exposées concernent des horizons plus lointains que cette exposition coloniale, éloignés par la distance et dans le temps.

Pèlerins de Djeddah
Pèlerins de Djeddah

Le choix des sections, « Séduction des lointains », « bourlinguer », fait appel au thème du voyage comme « promesse heureuse de dépaysement« . On s’embarque avec les peintures de marines de Charles Fouqueray dans le port de Saïgon ou avec les Pélerins de Djeddah, 

Port de Saigon

Les orientalistes du 19ème siècle sont bien représentés avec le Café maure à Alger

Café maure à Alger (1860) Germain Fabius Brest

la Mosquée de Basse-Egypte de Perilhat

Mosquée en Basse Egypte – Perihat

Au début du 20ème siècle l’Afrique du Nord a séduit les peintres

Djerba (1926) André Suréda
Djerba (1926) André Suréda

Les laques de Jean Dunand (1877-1942) de Style Art Déco m’on beaucoup plu

Eléphant laque de Jean Durand
Eléphant laque de Jean Durand

Une autre section est intitulée : « L’appel du Désert – le rêve nomade »

Théodore Frère : La halte sous les palmiers

Fuir l’Occident est illustré par Emile Bernard et Paul Gauguin (très belles gravures de ce dernier). J’ai aussi bien aimé le tableau Ambohimanga (Madagascar) de Willi Worms

Toute une salle est consacrée à Paul et Virginie : gravures, tableaux assiettes et éditions illustrées. Le thème de l’odalisque est aussi présent

Odalisque : Ange Tissier
Odalisque : Ange Tissier

Visiteurs lointains, introduit toute une série de portraits, pittoresques, anthropologiques (ou pas), les portraits d’indiens d’Amérique de Catlin,

Emile Bernard : Abyssine à la robe de soie
Abyssine

Duco Sangharé, Peule

sont mes préférés, mais j’aurais pu en présenter d’autres….

La suite de l’exposition fait plus explicitement référence à la colonisation : grands portraits de Savorgnan de Brazza et de différents militaires et politiques (Jules Ferry), les opérations militaires ne m’ont pas spécialement intéressée et encore moins les grandes fresques colorées légendées avec les différents produits minéraux ou agricoles des colonies. je suis passée sans m’arrêter.

En revanche le jardin indochinois d’un peintre vietnamien a su me séduire

jardin indochinois Khanh
jardin indochinois

Âmes sauvages : le symbolisme dans les pays baltes

Exposition temporaire au Musée d’Orsay jusqu’au 7 juillet 2018

jeune paysanne de Johann Walter

Je n’aurais pas manqué l’occasion de flâner encore à Tallinn, Riga, Vilnius ou Kaunas. histoire de raviver des souvenirs de notre voyage. Nous avions vu de beaux musées à Tallinn, Kaunas et Vilnius et j’avais adoré la maison de Curlionis 

Curlionis

L’exposition du Musée d’Orsay a choisi de présenter par thèmes sans séparer les peintres de chacun des pays baltes et sans souci de chronologie(certains tableaux datent de 1930 et son présentés avant d’autres des années 1910). Les trois thèmes abordés sont : 1 Mythes et Légendes , 2. l’Âme, 3. la nature. 

Mythe et Légendes s’ouvre sur des légendes estoniennes, Le Sacrifice de Kristjan Raud  illustre une légende ancienne païenne selon laquelle les larmes de trois veuves venues prier font jaillir une source.

Kallis : Linda portant un rocher ; Kalevipoeg

La légende estonienne de Kalevipoeg a inspiré Raud, Triik, ou Tuul : on voit des héros musclés ou au contraires décharnés très symbolistes. Ce n’est pas la peinture que je préfère, déjà les Symbolistes autour de Maurice Denis ne m’inspirent pas tellement. Dans la Bataille de Triik je crois reconnaître des vikings et un drakkar dans le tableau voisin, Lennuk, de Triik.

Lennuk de Triik

Je retrouve avec plaisir Curlionis dans une atmosphère fantastique, trois tableaux avec un enfant, un oiseau, une montagne et une reine suggèrent d’inventer un conte.

Curlionis : Princesse, oiseau

2.L’Âme

Konrad Mägi : Méditation

De nombreux portraits sont exposés, je n’aime pas du tout ceux qui sont torturés, décharnés, sombres et assez sinistres.

Rozentals : Princesse avec un singe

D’autres sont très colorés. j’ai beaucoup aimé la Méditation de Konrad Mägi, la Princesse au singe de Rozentals et la Jeune Paysanne de Johann Walter

3. la nature

Paysage norvégien

C’est la salle qui m’a vraiment plu. Nature ensoleillée des paysages norvégiens de Triik et Mägi ou les forêts, la neige et les reflets sur l’eau de Purvitis

Purvitis

Encore une fois Curlionis est mon préféré avec son cycle de la Création en 13 tableaux, Création différente de la Genèse, incluant une certaine idée de cosmologie, big bang ?,

Curlionis : Genèse
Curlionis : Genèse
curlinonis : Genèse

avec l’apparition de la lumière vers le 4ème tableau, passant du bleu sombre vers le blanc et le rose quand apparaît la vie(de beaux coquelicots rouge) puis on imagine le déclin du soleil avec des teintes orangées. Aimé aussi ses vagues dont un tableau ressemble à celui d’Hokusai.

Exposition solaire avec trois tableaux de Kallis.

 

 

L’ÉPOPÉE DU CANAL DE SUEZ DES PHARAONS AU XXIè SIÈCLE Expo à l’IMA

Exposition temporaire jusqu’au 5 Août 2018 à l’Institut du Monde Arabe

l’Inauguration du Canal de Suez

On entre dans l’exposition au son des trompettes d’Aïda, opéra écrit par Verdi pour l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez sur un livret de Mariette, le célèbre égyptologue. Puis, on est convié à la grande réception de l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869,  parmi les milliers d’invités. au centre une maquette des installations et des bateaux, aux murs photographies anciennes d’Arnoux et Zangaki aquarelles de Théodore  Frère et des tableaux, projection sur trois écrans  de la  novembre cérémonie du  commentée par Frédéric Mitterrand, en mode Zitrone, Ce qui m’a étonnée, c’est la cérémonie religieuse commune aux chrétiens réunis sous un pavillon tandis que les imams étaient en face sous un autre pavillon. Œcuménisme, du 19ème siècle? Étonnante absence aussi de Victoria qui a boudé cette réalisation franco-égyptienne ainsi que le Sultan Ottoman alors qu’Ismaïl Pacha avait donné la place d’honneur à l’Impératrice Eugénie. 

Sésostris III

Les origines du Canal racontent qu’un canal fut creusé dès l’Antiquité par Sésostris III vers 1850 av. J.C. entre le Nil et la Mer Rouge.

Des barques portant le chargement de 300 ânes pouvaient y circuler. En 519 av. J.C. Darius le restaura, ainsi que Ptolémée II, Trajan et en 643 ‘Amr al-‘As, commandeur des croyants. Il fut ensuite volontairement abandonné. Une stèle cunéiforme en granite rose au nom de Darius fut trouvée pendant les travaux de creusement par Mariette et atteste de ce canal antique.

En 1504, les Vénitiens présentèrent  au mamelouk un projet de creusement d’un nouveau canal, sans suite.

L’expédition de Bonaparte et l’Inventaire de l’Egypte par les savants qui l’accompagnaient, l’avènement de Mehemet Ali qui a modernisé l’Egypte réactualisent l’idée du percement d’un nouveau canal.

Les Saint Simoniens etProsper l’Enfantin

En 1846 les Saint Simoniens fondent la Société d’Etudes du Canal de Suez. Ferdinand de Lesseps obtint de Saïd Pacha  la concession en 1855 et le chantier débuta en 1859.

la construction du Canal de Suez

La construction du Canal eut d’abord recours à la Corvée : le khédive mit disposition 25000 fellahs qui ne disposaient que d’outils rudimentaires et qui mourraient par milliers. Des photos et un film égyptien montrent les conditions déplorables  des hommes qui moururent par dizaines de milliers. Les britanniques dénoncèrent cet esclavagisme et Napoléon III obtient en 1864 l’abolition de la Corvée. En plus du creusement il fallait draguer le canal pour éviter l’ensablement : une maquette de dragueuse à godet est sous une vitrine tandis que des vidéos montrent son fonctionnement.

Dragueuse à godet

Bartholdi qui avait accompagné Gérôme en Egypte, à la suite de sa rencontre avec Ferdinand de Lesseps, inspiré par les statues antiques géantes eut l’idée du projet d’un énorme phare à l’entrée du Canal à Suez portant une paysanne égyptienne brandissant une torche, l’Occident éclairant l’Orient. Cette réalisation ne se fit pas mais inspira la statue de la Liberté réalisée en 1896

projet pour la statue de Bartholdi

Trois villes furent crées ex nihilo : Port Saïd, Ismaïlia et Port Tawfik (Suez). Un grand plan relief de plusieurs mètres de long est dans une vitrine comme la maquette de Port Saïd. Ces villes étaient très cosmopolites peuplées aussi d’Italiens, et de Grecs.  Dans les années 1930, des expérimentations architecturales Art Déco sont illustrées par les très belles photos d’Arnoud de Boistesselin

Architecture Art Déco : photo Boistesselin
Architecture Art Déco

Des tableaux montrent le développement du trafic à travers le canal. Deux années-record : 1966 avec 21.250 t dont 75% de pétrole et plus tard 2008,  21.415  t. Entre temps, les conflits régionaux et mondiaux eurent leurs influences sur le trafic. En 1882, l’armée britannique réprime une révolte de l’armée égyptienne, occupe tout le pays et prend sa part dans l’exploitation du Canal.

En 1888, le canal est déclaré neutre et international. Il est , de fait, contrôle par l’armée britannique .

La nationalisation par Nasser

Le discours de Nasser

Le 26 Juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation du Canal. Cet événement capital est mis en scène dans l’exposition : un écran double montre d’un côté Nasser et la foule en délire, de l’autre côté de l’écran, sans le son, mais avec les sous-titres, est projeté le film égyptien Nasser56 qui montre les égyptiens partant contrôler le Canal.

La suite de la nationalisation est l‘Expédition militaire Anglo-franco-israélienne d’Octobre/Novembre 1956

1956

Le Pacte secret de Sèvre est affiché au mur. amusant de constater que Britanniques et Français n’ont pas conservé leurs exemplaires du protocole, il ne reste que l’israélien.

la suite de l’exposition détaille les guerres israélo-égyptiennes des Six jours et de Kippour avec des cartes et des témoignages de vidéos : interviews et films égyptiens : dans les « petits rêves » on voit la démission de Nasser à la suite de la Guerre des 6 jours et les manifestations de soutien au Rais de la population.

Le canal du Futur

le 5/8/2014, le Président Egyptien Al-Sissi annonce le creusement d’un deuxième canal. Une nouvelle capitale administrative construite dans le désert entre le Caire et Suez est prévue pour 2019. Je suis très étonnée d’avoir manqué une telle information.

La visite se termine par un film tourné à bord d’un prote-container commenté par Michel Serres qui parle de la Garonne et aussi des nouvelles voies de navigations par les pôles dégagés par le réchauffement climatique…..

C’est encore une exposition passionnante, même si la fin qui raconte l’histoire est présentée de manière un peu aride.

Joan Ponç : Diabolo au Musée de Céret

CARNET CATALAN

Joan Ponç au Musée d’Art Moderne de Céret : Diabolo

Exposition temporaire du 3 mars 2018 au 27 mai 2018

Ponç

Joan Ponç (1928 Barcelone– 1984 Saint Paul de Vence)

Diabolo : Démon ou Jeu d’adresse ? L’exposition répond : « Allusion au sens ludique de Joan Ponç jouant avec l’ambivalence que le nom d’acrobatie chinoise entretient avec le diable ».

Dans la vidéo présentée en introduction, un ami du peintre catalan raconte que Ponç aurait entretenu une conversation à Sao Paolo avec un homme prétendant être le diable.

La première salle confirme plutôt l’hypothèse démoniaque en montrant ses premiers tableaux des années 40 :

1940 – 1948 : Présages, délires,  hallucinations, avec des influences du totémisme africain ou du hiératisme des œuvres romanes et des enluminures. La plupart de ces « suites » sont des œuvres sur papier, encres et gouaches. (sous-verres j’ai eu du mal avec les reflets pour les photos). Des œuvres plus anciennes « dessins pourris » ou serviettes ressemblent à des dessins d’enfant ou à des graffitis mais quand on prend le mal de les observer on constate que le dessin est très soigné et précis.

1948-1952 : Oracles, exorcismes, magisme démonisme. Une série de grands tableaux, huiles sur toile, à fonds très sombres présentent des personnages étranges, arlequins et jongleurs aux noms bizarres « Fanafana » ou » Barracha »(pour ce dernier c’est peut être moins bizarre en catalan ou espagnol).

Ponç

1953-1962 : Joan Ponç part pour le Brésil sur les recommandations de Miro

Des tableaux « suite instruments de torture » et une nature morte aux aiguilles montre des tableaux plus dépouillés, peu colorés, caractérisés par des pointes agressives, assez effrayants que j’ai beaucoup moins aimés.

Une salle est titrée : « Mais que crient donc ces visages que je ne  peux entendre tant ils crient fort »

Ponç visage

En face d’une photo de l’artiste coiffé d’un chapeau d’Arlequin 5 tableaux sur le même modèle : visages à l’horizontale et chapeau pointu et en face une « suite oiseaux » au becs pointus répondent au chapeau d’Arlequin

Ponç en arlequin

1963 – 1967 : Retour du Brésil : paysages nocturnes où domine le bleu

Ponç tableau bleu

1968 – 1969 : Géométries de l’Être : dans son atelier l’artiste est accompagné du portrait d’Einstein et de la formule E = mc2. Ces tableaux géométriques dépouillés avec des volumes et dégradés de couleur m’ont moins intéressée. De même que Iridescence montrant des fragments de corps humain, oreille, organes en dégradé de couleurs.

Ponç

1974 -1979 :  Fonds de l’Être je retrouve les tableaux avec des dessins précis et fantastiques que j’avais aimés au début de l’exposition, Arlequin, les diables, des cyclistes infernaux…. »l’artiste devient narrateur des rêves qui montrent la misère humaine […] comme en son temps Hiéronymus Bosch ou Breughel l’ancien » ai-je copié dans le commentaire.

1980 – 1984 : Collioure, Céret, Saint Paul de Vence :  sur des fonds encore sombres il peint des paysages, des hommages à Cézanne.

 

Delacroix au Louvre

CHALLENGE ROMANTISME

Exposition temporaire jusqu’au 23 juillet 2018

Massacre de Scio

Est-ce bien nécessaire d’aller voir cette exposition Delacroix au Louvre qui possède les tableaux les plus fameux que chacun connaît comme la Liberté guidant le peuple ou les massacres de Scio, le grand tableau de La mort de Sardanapale est restée à sa place, de même bien sûr que le plafond de la Galerie d’Apollon!

Et bien oui! La présentation chronologique et pédagogique met en lumière d’autres aspects du peintre. Elle situe les peintures les plus connue dans le contexte de leur création. Esquisses qui précéderont les œuvres monumentales, études, petits tableaux : il y a deux petits formats de La mort de Sardanapale qui se font face alors que sur les murs on voit les études de carnation, des bijoux….

La mort de Sardanapale (absente de l’exposition)

Je connaissais Delacroix, peintre de guerre, propagandiste partisan de l’Indépendance grecque : la belle Grecque sur les ruines de Missolonghi.

La Grèce sur les ruines de Missolonghi

C’est Delacroix romantique qui m’a le plus frappé pendant la visite, romantique en peinture, fréquentant Théophile Gautier, George Sand et Alexandre Dumas. Je découvre Delacroix très littéraire, consacrant de l’énergie à l’écriture, lisant et traduisant de l’anglais. Ses sujets d’inspiration sont tirés souvent de Byron (la Grèce, encore! le Giaour, Byron est mort en 1924, la peinture est datée 1926),

Combat entre le Giaour et le Pacha

Le peintre s’est inspiré aussi de Walter Scott : prenant pour sujet un épisode de Quentin Durward pour l’assassinat de l’évêque de le Liège, d’Ivanhoé pour l’enlèvement de Rebecca. Il lit Shakespeare, illustre Hamlet  tenant en main le crâne dans plusieurs versions, j’ai préféré la plus sobre. Je découvre aussi ses estampes surtout celles de Faust. Delacroix utilise la lithographie qui est à l’époque un procédé nouveau et qui permet une grande finesse dans les nuances.

Faust

Evidemment j’ai beaucoup aimé Delacroix orientaliste. Ses carnets de voyages sont très émouvants, rassemblant écrits, dessins, esquisses, aquarelles.

carnets de voyage

Delacroix a tout essayé : le portrait, les peintures animalières avec une prédilection pour les chevaux et pour les fauves.

combat de lions

Sans oublier de magnifiques bouquets, des peintures religieuses….

Cette exposition est vraiment complète!

Chagall, Lissizky,Malevitch – l’avant-garde à Vitebsk (1918-1922)

EXPOSITION TEMPORAIRE Centre Pompidou jusqu’au 16 juillet 2018

Chagall : Au dessus de la ville
Chagall : Au dessus de la ville

« En 1918, Chagall est nommé commissaire des beaux-arts de Vitebsk et donne vie à un grand projet : ouvrir une école populaire d’art, gratuite et ouverte à tous »

Parmi les enseignants, El Lissizky, Kazimir Malevitch qui imprimèrent à leur enseignement les dogmes du suprématisme. Les élèves, à l’inauguration étaient 120 garçons, juifs en majorité.

Had Gadya Lissizky

 

Dès l’entrée, je découvre El Lissizky que je ne connaissais pas et la série Had Gadya. L’abondance des sujets juifs s’explique par le fait que Vitebsk était une ville juive d’une part, d’autre, après la Révolution d’Octobre les mesures de discrimination étaient abolies. Les juifs devenaient des citoyens à part entière et pouvaient s’exprimer ouvertement

 

 

De nombreuses œuvres célèbrent la Révolution, comme ce dessin de Chagall. On prépare des panneaux, 

peinture suprématiste

Le suprématisme initié par Malevitch séduit de nombreux étudiants qui vont déserter les cours de Chagall pour suivre Malevitch plus charismatique qui fonde un collectif OUNOVIS « les affirmateurs du nouveau en art » dont les membres se reconnaissaient en cousant un carré noir sur la manche et se consacraient à concevoir des banderoles, des affiches, des décors de spectacle, à décorer des wagons et même des façades de bâtiments

Décor de théâtre d’Orenvbourg
Lissizky Proun
Lissitzky PROUN

Lissizky dessine, peint, conçoit des PROUNS « projets d’affirmation du nouveau en art » composés de figures géométriques planes ou en volumes, cubiques parallélépipédiques « stations d’aiguillage des agences de composition »

Chagall, dépité,  va quitter dès 1920 Vitebsk pour Moscou concevoir les décors du théâtre juif Kamerny

Une exposition très intéressante aussi bien pour l’histoire de l’art que des idées, même si les prouns et les carrés de Malevitch ne sont pas très variés.

 

 

Kupka – Pionnier de l’Abstraction au Grand Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 30 juillet 2018

Kupka 1909 – les touches de piano le lac

Connaissez-vous Kupka ?

De nom, oui, mais sans plus.

L’affiche et le sous-titre le renvoie à l’abstraction, je le confonds un peu avec Delaunay, Kandinsky, Mondrian. Comme j’aime les découvertes, j’ai filé au Grand Palais dès notre retour de Céret.

Kupka : autoportrait 1905

Kupka est né en Bohème en 1871, alors autrichienne. Je l’imaginais plutôt viennois, mais il s’installe à Paris dès 1896, y travaillera beaucoup et s’éteint à Puteaux en 1957.

madame Kupka dans les verticales 1901-1911

Cette rétrospective très complète montre l’évolution de l’artiste, de la peinture figurative à l’abstraction, passant du symbolisme viennois jusque dans les années 1809-1899 avec des hommes ou ds femmes nues dans la nature, des sujets ésotériques de sphinx ou de génies hindous.

Anticlérical!

Dessinateur de Presse:

A Paris il collabore avec des revues

anticlérical!

satyriques, libertaires, et ses dessins sont aussi corrosifs qu’un Charlie Hebdo, dénonçant le capitalisme, les cléricaux (toutes religions confondues, même francs-maçons), et le militarisme

Anticapitaliste!

Kupka illustre l’Homme et la Terre d’Elisée Reclus

 

Il illustre aussi Les Erynhies de Lecomte de  Lisle, Promethéus d’Eschyle et Lysistrata d’Aristophane, approfondissant sa connaissance de l’art Grec.

A côté des dessins à l’encre, et des gravures libertines,  il peint aussi des tableaux colorés, parfois étranges

j’ai l’impression qu’il sait tout faire!

De 1907 à 1911, sa peinture subit une évolution fulgurante vers l’abstraction, la figure se dissout d’abord dans la couleur.

Gamme jaune

Cette gamme jaune est à rapprocher des tableaux ultérieurs (années 1930) où il peindra la forme du jaune, la forme de l’orange, la forme du vermillon. Les touches de piano, le Lac, sont encore figuratif. Une intéressante série de 4 études de La jeune fille cueillant des fleurs montre l’apparition de plusieurs lignes verticales qui découpent le tableau, de décomposition du mouvement puis de la disparition totale du décor et de la simplification de la jeune fille suggérant son mouvement quand elle se penche.

Femme dans les triangles
Femme dans les triangles

Le sujet finit par disparaître, dans la rupture avec le mimétisme il ne reste plus que des formes géométriques des courbes comme dans les Disques de Newton

les disques de Newton

Finalement toute une série arrive au grand tableau Anamorpha présenté au salon d’Automne 1912.

Anamorpha

La suite de l’exposition consiste en tableaux abstraits et souvent très colorés. qui dit abstraction ne dit pas création au hasard ou gratuite. On assiste souvent à des gammes avant de traduire une idée abstraite comme la courbure de l’espace-temps qui a intéressé Kupka ou ces architectures ascensionnelles ou gothiques.

J’ai beaucoup aimé Autour d’un point

Autour d’un point

et Jazz hot

Jazz hot

Mais je peux pas tout montrer ce que j’ai photographié avec ardeur!

Allez-y!