Le Musée d’Orsay déjà riche en Nabis et tableaux de Bonnard et Vuillard présente la donation Zeïneb et Jean-Pierre Marcie-Rivière qui se compose de 25 tableaux et de 94 dessins de Bonnard ainsi que 24 tableaux, 3 pastels et 2 dessins de Vuillard. Pour la plupart, il s’agit de petits formats (voire très petits dans le cas des dessins.
les tableaux ont été regroupés par sujet :scènes intimistes d’intérieurs bourgeois, salons avec des portraits comme En visite les demoiselles de Fornachon, (Vuillard) franchement caricatural.
plusieurs mettent en scène des musiciens comme ces Black Minstrel témoignant de l’arrivée du jazz à Paris, joueur de banjo (Bonnard1895) ou la soirée musicale . parfois un seul personnage comme la Commode rouge(Vuillard) , ou la robe Rayée toute simple.
J’ai du mal à distinguer Bonnard de Vuillard, il me faut me repérer aux cartels…
Dans une salle très sombre aux murs gris-verts sont accrochés les dessins « Le dessin c’est la sensation, la couleur c’est le raisonnement » dit Bonnard; Observation des personnages mais aussi de la nature et des animaux. Quelques tableaux de la Côte d’Azur et de Trouville apportent leur note de couleur.
La 4ème salle est consacrée aux Portraits, compagnes, amantes et modèles
Après cette visite, j’ai plaisir à retrouver les grands tableaux des collections permanentes Vuillard et Bonnard sont en compagnie de Serisier, Gauguin, Denis (j’aime moins)….
De grandes photos projetées sur un mur :deux architectes pendant 6 mois sur la plage de Deauville bâtissent des châteaux de sable et photographient leurs oeuvres éphémères et leur disparition : pyramides et gâteaux de sable. Les photographies sont étonnantes, l’écume submerge les structures qui s’effritent.
En introduction : une chronologie
de 1730 – 1930 : Invention de la villégiature
1930 – 1970 : l’essor des grandes vacances à la mer
à partir de 1970 : quelles villes balnéaires pour demain?
Attention! L’exposition est copieuse, il faut prévoir au moins 2 heures pour tout voir, et ne pas trop s’attarder au début pour garder un peu de fraîcheur pour la fin qui est passionnante.
cabine hippomobile : bathing machine
Invention de la villégiature : les stations britanniques furent pionnières dès 1730 avec des préoccupations hygiénistes.
L’essor des chemins de fer en 1850 contribue au développement des villes balnéaires. Vers 1900 Saint Petersbourg était reliée à Nice en 30 h. L’exposition fait une belle place aux affiches de trains, « trains de plaisir » ou trains de luxe, baedeker et horaires de trains parfois reliés luxueusement.
Dieppe
Pour « composer une cité balnéaire » un certain nombres d’acteurs sont requis, des « explorateurs » qui trouveront le site, des investisseurs financiers et des monarques ou des célébrités qui lanceront le projet. George Sand occupe le centre d’une galerie de portraits de personnalités qui en ont fait la promotion.
maquette de la jetée de Brighton : chain pier
L’aménagement des stations balnéaires se faisait derrière un front de mer stabilisé par une digue avec souvent des jetées sur pilotis. A l’arrière, des lotissements obéissent à un plan en éventail, s’inspirant du concept de cités-jardins. Au fond, on réserve des zones vertes récréatives pour la promenade, les courses de chevaux ou le golf . Les affiches des lotissements. Les affiches de Deauville, Cabourg, Stella-plage ornent l’exposition. Sur un mur est projeté un diaporama de cartes postales anciennes de stations fameuses comme Brighton, Nice, Ostende, Nordeney ou le Lido de Venise et Arcachon. De très jolies maquettes de la jetée de Brighton, des jardins exotiques de Monaco, d’Arcachon complètent la présentation.
Cette vie balnéaire était centrée autour de la baignade, réglementée et minutée précisément. De nombreuses activités sociales de loisirs occupaient cette oisiveté organisée.: casino, tennis et promenade avec des divertissements comme des kiosques à musiques…
Brighton
Une autre tendance était hygiéniste : on voit les plans de l’hôpital marin de Zuydcoote sur le modèle pavillonnaire et de celui de Berck. Institutionnalisation des courants d’air pour évacuer les miasmes….
La crise de 1929 met fin à la prospérité des élites, le Front Populaire en France et les vacances très organisés fascistes (Cattolica Marittima) ou nazies changent le tourisme balnéaire. C’est l’essor des grandes vacances à la mer, des colonies de vacances, du camping ou des lotissements Ribourel. Migrations de masse vers le soleil. les vacances de mon enfance….
la Grande Motte
La crise pétrolière de 1973 change la donne : Aménager le territoire est le mot d’ordre d’un urbanisme plus raisonné avec un schéma directeur régional et le souci de protection de l’environnement.
Deux exemples : la côte Languedoc-Roussillon et les Landes.
Anglet
Des maquettes de la Grande Motte et le VVF (devenu Belambra) à Anglet (1969)sont des exemples d’une architecture monumentale . Le « paquebot » d’Anglet sur 8 niveaux rappelle un bateau de croisière. En revanche du schéma directeur de la côte landaise (1975) témoigne d’un souci de la protection de l’environnement « ne plus construire d’immeubles, raisonner en terme de nuitées… » « rechercher l’équilibre touristique et l’habitat permanent »; réflexion sur le concept de ville éclatée qui se traduisent par l’installation dans la forêt landaise de plusieurs pôles d’urbanisation reliés par des pistes cyclables, forestières respectant le caractère sylvestre de la région.
Quelles villes balnéaires demain? est la dernière section de l’exposition, des villes nouvelles égyptiennes ou à Dubai, des projets d’îles flottantes en face de Monaco, de Venise (sacrilège!) ou même une bulle au large de Nice. De nombreux projets futuristes rêvés nous font réfléchir.
EXPOSITION AU MUSÉE PICASSO JUSQU’AU 5 FÉVRIER 2017
Picasso et Giacometti dialoguent dans cette très belle exposition. « Picasso, le Peintre, Giacometti, le sculpteur? » ai-je entendu dans les commentaires. C’est plus complexe! De nombreux points réunissent ces deux artistes.
Giacometti autoportraitPicasso autoportrait
Fils d’artistes, ils fréquentèrent l’atelier paternel et leur talent fut reconnu à un âge précoce. Tous deux eurent pour modèle Rodin.
Giacometti fut formé à l’atelier de Bourdelle. Ils se rendent compte de l’impossibilité de sculpter la « vérité » il choisirent des chemins de traverse. L’exposition présente dos à dos le Fou (Picasso)et la Tête d’Otilia. Souvent les oeuvres se répondent, dialoguent. Parfois, je suis incapable de reconnaître l’auteur. Les deux artistes étaient amis, des croquis et études d’oeuvres de l’un par l’autre montrent qu’ils travaillaient ensemble.
Le fou de PicassoTête d’Otilia
Tous deux firent des recherches du côté du cubisme et dusurréalisme.
giacometti : femme cuillère
Influences lointaines : Cyclades, Afrique ou Océanie.. La femme cuillère est-elle cycladique ou océanienne?
giacometti
La salle suivante s’intitule Passage au plan (1927-1929), une vitrine regroupe encore des figures anthropomorphiques Homme Apollon et Figure.
Au centre de la pièce un grand cristal blanc rhomboèdre tronqué ne porte pas la signature de l’auteur? Deux femmes plates sont de Giacometti qui n’a pas toujours sculpté des figures longilignes.
Les thèmes D’Eros et Thanatos sont exploités aussi bien par Giacometti que par Picasso qui peignent ou sculptent des crânes.
Crâne oursins et lampe sur la tableL’homme qui marche
A la base de l’escalier qui mène à l’étage suivant L’Homme qui marche accompagne un tableau du peintre, sur le palier on voit deux groupes, les Baigneurs de Picasso se déploie sur un vaste espace tandis qu’une Forêt de Giacometti occupe une vitrine(arbres ou personnages?)
Baigneurs de Picasso
Forêt de Giacometti
Dans les années 50, une salle appelée Retour à la réalité présente des animaux, un magnifique singe et une chèvre de Picasso avec le chien et un chat de Giacometti.
Dans un film Alberto Giacometti parle à Igor Stravinsky de ses rapports avec Picasso, étroite amitié avant et pendant la Guerre qui s’est étiolée au départ de Picasso dans le Midi. On voit aussi une longue séquence du film de Clouzot : Le Mystère Picassoet celui de Scheidegger montre Giacometti au travail.
Le Jade est à l’honneur au Musée Guimet, principalement le jade chinois qui fut collectionné par les empereurs de la dynastie Qing (1723-1795)
montagne avec un arbre et deux cervidés
Trois minéraux existent sous cette appellation : jadéite, trémolite et kosmochlor. Ce sont des silicates Ca et Mg du groupe des Amphiboles pour la jadéite nephrite, Na et Al du groupe des Pyroxènes pour la jadéite. Le kosmochlor est le Jade de Birmanie. Sa dureté sur l’échelle de Mohs est de 6.5 à 7(diamant =10) en fait une pierre qu’on taille assez facilement. La première salle est ornée de très belles illustration d’un manuel de taille du jade, découpé à la corde et au foret, poli ….Son contact est très agréable: on incite le visiteur à toucher l’échantillon.
A l’époque des empereurs de la dynastie Qing la Chine atteignit sa plus grande extension vers l’Ouest, ayant alors accès à de nouveaux gisements de jade aux frontières du Turkestan.
En introduction : un crapaud-presse papier. André Breton en avait placé deux sur sa table. Des anneaux, disques polis trouvés en Bretagne et datant de 4500 av.JC témoigne de la fascination qu’exerce ce minéral au delà des frontières chinoises…
feuilles de lotus et tortues
Les objets des collections des Empereurs chinois sont de toute beauté, la finesse du travail est époustouflante. Les usages du jade sont très variés : tablettes officielles, coupes et vases décoratifs ainsi que tout le matériel des lettrés : « lave-pinceaux », « repose-bras » pour les plus anecdotiques. A l’occasion on montre le goût naturaliste du cabinet du lettré au 18ème siècle. De nombreux objets sont ornés d’animaux et de plantes finement rendus en plus des thèmes typiquement chinois de dragons. Les objets les plus spectaculaires sont sans doute ces « montagnes » avec rochers, végétaux mais aussi animaux.
Les couleurs du jade sont beaucoup plus variées que je ne l’imaginais : vert, bien sûr, mais aussi presque blanc, avec parfois des nuances de rose ou brun. La géologue remarque que certaines oeuvres taillées comme du jade sont faits de cornaline(jade de feu), d’opale ou même de lapis-lazuli ou de cristal de roche. (jade d’eau).
Au delà des frontières chinoises le jade fut travaillé et apprécié par les Mongols, en Asie Centrale ou en Inde, une section montre l’art islamique du travail du jade. On voit les objets de jades offerts à Tamerlan.
tigre
A côté des objets très précieux et très sophistiquées une salle présente des jades très anciens avec des anneaux polis du
j’ai beaucoup aimé ce petit cochon
Néolithiques analogues aux anneaux bretons et des plaques à motifs animaliers qui m’ont beaucoup plu.
Le jade était un cadeau prestigieux. Une salle est intitulée « jade à Fontainebleau« , y est présenté un rosaire géant ayant appartenu à Eugénie et les cadeaux de l’empereur de Siam à Napoléon III me rappellent le tableau de Gérôme immortalisant la visite des ambassadeurs de Siam, exposé en ce moment à Orsay.
Une salle Art Déco montre des objets, nombreuses pendules et bijoux de Cartier utilisant cette matière.
pendule Cartier
L’exposition se termine avec le magnifique paravent de Coromandel 12 panneaux magnifiques que je n’ai pas réussi à photographier parce qu’il était dans l’ombre.
EXPOSITION TEMPORAIRE AUX ARTS DECO du 19.10.16 au 26.02.17
Munio Weinraub Gitai (1909-1970)
Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux
Amos Gitai
Du Bauhaus, je ne connaissais que la géométrie architecturale de certaines anciennes rues de Tel Aviv et l’évocation qu’Amos Gitai a fait de son père dans l’installation Traces avec le film Lullaby for my father.
L’origine de l’expression Bauhausm’évoquait l’architecture : bauen = construire, Haus = maison. D’entrée, une autre origine est proposée : celle de Bauhütte qui renvoie aux chantiers des cathédrales, aux maçons et compagnons. Le Bauhaus est une école d’artsur les principes du compagnonnage. La hiérarchie maître-compagnon-apprenti héritée de cette tradition est encore d’usage à l’école fondée par Gropius à Weimar en 1919. Un lutrin gothique et un pinacle doré rappellent cette filiation, relayée, plus tard, par le Romantisme allemand.
La vie quotidienne comme utopie
photo très composée
L’exposition s’articule autour de la vie à l’école à Weimarpuis à Dessau. Elle présente les différents acteurs, professeurs et élèves dans leur vie communautaire également, leurs fêtes dans des photographies étonnantes. J’ai beaucoup aimé celle où Klee et Kandinskyposaient en imitant une statue de Schiller et Goethe. Dans la présentation, on perçoit la vie communautaire intense et festive.
Klee et Kandinsky
Les sources
Après les origines médiévale, le Bauhaus est replacé dans le contexte artistique de l’époque, Arts and Crafts avec Morris et Ruskin (croisés dans l’exposition Oscar Wilde). Inspirations asiatiques avec des pochoirs japonais d’une finesse extraordinaires, et de très beaux objets. Sécession Viennoise et Klimt, bien sûr, (moins que ne l’aurais pensé), KolomanMoser. 1ère Modernité Allemande avec des meubles de Van der Velde.
différents ateliersde l’école
Présentation des exercices des élèves du cours de Kandinsky (1930-1931) polyptyques présentant, mélangés, les dessins des élèves et du maître pas toujours identifiés (le cartel est difficile à lire). Je m’étonne de toutes les gammes que les élèves ont décliné pour arriver à ce qui parait si simple, si facile, à la spectatrice ignorante que je suis.
A côté des ateliers de sculpture, de photographie, de théâtre ayant des vocations clairement artistiques, d’autres ateliers sont plus techniques.
tissage Gunta Stozl
L‘atelier de Tissage est réservé aux femmes (déception pour moi, dans ce contexte d’utopie communautaire, que les femmes aient des rôles assignés).
tasse Albers
Céramique, travail du verre Itten, du métal(beaux objets de Marianne Brandt) menuiserie (multiplicité de tables gigognes), mais aussi de peinture murale produisant du papier peint, sont des ateliers dirigés vers la production. La logique de production en série s’oppose à la production artisanale ce qui entraînera une crise en 1923.
Une projection nous fait visiter une maison d’architecte.
Un boutre omanais, en figure de proue sur le parvis de l’IMA, la Nizwa invite à la visite. Les aventuriers des mers ont sillonné la Méditerranée, la Mer Rouge, l’Océan Indien du 6ème au 16ème siècle. Marchands ou marins, géographes ils ont repoussé les limites du monde connu.
Sindbad est un personnage des 1001 Nuits, marin de Bassorah,personnage mythique du temps d’Haroun-ar-Rachid (765-809). On peut voir dans une vitrine le manuscrit ayant appartenu à Antoine Galland qui traduisit les 1001 nuits entre 1700 et 1715. Sindbad nous parle d’une vitrine noire (ces hologrammes parlants ne sont pas de mon goût, ils m’avaient déjà passablement agacée dans l’exposition Quoi de neuf au Moyen Âge? à la Villette).
Le même procédé nous fait entendre Ibn Jubayr, natif de Valencequi raconta son pélerinage à la Mecque en 1184-1185, en passant par Saint Jean d’Acre, Damas, Alep, Djeddah et qui fait naufrage devant Messine.
Marco Polo (1254-1324)
Les voyages d’Ibn Battûta (1304 à Tanger – 1377 à Marrakech) sont représentés par un très joli spectacle d’ombres chinoises .
Ibn Mâjid né en 1432 était un géographe et un cartographe reconnu qui avait écrit des ouvrages de navigation et servit de pilote à Vasco de Gama sur la route des Indes.
Nous ferons aussi la connaissance Zheng He (1371-1433)de Vasco de Gama (1469- 1524 à Cochin) .
Après la prise de Constantinople (1453) et la découverte du Nouveau Monde(1492), l’épopée se terminera par la Bataille de Lépante (1571) et la création de la Compagnie Neerlandaise des Indes (1602).
Si cette exposition s’intitule Les Aventuriers des Mers, elle va plus loin que l’évocation des explorateurs (ce que j’ai le moins apprécié). Elle raconte ces navigations avec de nombreux objets, cartes, manuscrits remarquablement disposés. Plus je visite d’expositions, plus je suis sensible à la scénographie. L’exposition occupe deux niveaux.
La première salle s’intitule LA MER ÉTRANGE ET REDOUTABLE. Un mur est occupé par une mer déchaînée filmé par Arthus-Bertrand, des monstrueuses mâchoires de requins, des monstres marins sur des miniatures illustrent ce propos. On voit aussi des esclaves des pirates, de merveilleuses miniatures indiennes et persanes de naufrages.
NAVIGUER : UNE INTELLIGENCE DU MONDE montre l’évolution de la cartographie.
mappemonde vénitienne (Europe et Méditerranée)
Un plafond bleu nuit est illuminé des constellations qui servaient aux marins pour s’orienter. Dans des vitrines, les maquettes des embarcations sont très jolies: bateau cousu et pirogue à balancier….Aux murs, la grande mappemonde vénitienne de Fra Mauro,1459 avec le nord en bas, comme le planisphère du Roger II de Sicile 1138 réalisé par Al-Idrisi où la Sicile et la botte italiennes sont tout à fait disproportionnées.
Feu grégeois
Le centre de la pièce est occupée par une vitrine composée de huit compartiments répartis autour d’une carte centrée sur l’Arabie. On y voit des manuscrits : le Traité de géographie de Ptolémée traduit par Al Khwârizmi(ancienne connaissance de Khiva) et le Traité des étoiles fixes de Al Sâfi1551 (souvenir de lecture de Luminet : Ulugh beg), ainsi que de très beaux instruments , boussole et astrolabes.
A l’étage MARCHANDISES ET CONVOITISES
jeu d’échec de Charlemagne
Changement de couleur : murs gris, vitrines rouges, impression d’être dans la cale d’un bateau. Les marchandises : épices et pierres précieuses sont contenue encore dans une vitrine découpée en six compartiments autour d’une balance. ON associé muscade, girofle, cannelle et poivre tantôt aux diamants et à l’or, tantôt aux saphirs et aux cauris qui servaient de monnaie d’échange, gingembre, curcuma, riz et garance vont avec rubis d’une part soufre de Sicile et orpiment de l’autre tandis que les deux autres cases renferment camphre, myrrhe, oliban et benjoin odoriférants sont associés au lapis-lazuli et au cristal de roche.
Bateaux sur une faïence d’Iznik
Aux murs, diverses cartes montrent les échanges commerciaux à travers les siècles, des Romains, Byzantins, Omeyades, aux républiques italiennes…et des vitrines contiennent des objets variés. J’ai beaucoup aimé une ancre de pierre, une lettre rédigée en judéo-arabe faisant un inventaire, le jeu d’échec en ivoire de Charlemagne en ivoire parmi de nombreux objets précieux.
autel indien
Une vidéo montre aussi les recherches des épaves. Une autre la reconstitution de la rencontre entre Richard Coeur de Lion et Saladin. Plus loin, de magnifiques meubles en marqueterie damasquinée et des céramiques chinoises sont de toute beauté. Tant de trésor que je ne peux énumérer….
(suite de l’article précédent, depuis que je suis passée à Windows10 j’ai des problèmes incessants avec le traitement des images)
La Révolution zapatiste fut sanglante et certains tableaux sont effrayants.
Les tableau d’Orozco aux teintes terreuses marron/gris noir sont extrêmement violents.
Femmes soldats
Je découvre aussi Siqueiros (sous-titré : La Lutte des classes) . Selon les explications, il privilégie la peinture murale, mais aucune image de ces fresques n’est donnée ici
la Mère prolétarienne Siqueiros
Dans le même thème, les photos de Bravo sont très belles. Un long extrait de Que Viva Mexicod’Eisensteinest projeté. Magnifique! on peut le visionner sur YouTube.
L’utopie sociale est représentée par Rivera dans la Rivière Juchitan (1953-1955) apporte les couleurs vives qui contrastent avec ces images bien sombres
J’ai gardé le plus vif souvenir de l’exposition de l’Orangerie en 2013 consacrée à Frida Kalho et Diego Rivera. L’exposition actuelle, bien qu’elle expose quelques tableaux qu’on y avait déjà vus, n’est nullement redondante. Même si Frida et Diégo étaient les vedettes les plus connues, ils n’étaient pas seuls, loin de là. Cette peinture est très riche. L’exposition de 1913 était surtout centrée autour de le personnalité de Frida et Diégo et leur relation de couple. Celle de 2016 est organisée autour de thèmes très variés. Il ne faut donc pas faire l’impasse au prétexte qu’on a vu celle de l’Orangerie
Diego Rivera : Femme au puits
LES MEXICAINS A PARIS présentent une série de gravures de Roberto Montenegro d’inspiration symbolistes où je retrouve une parenté avec les illustrations de Salomé de Beardsley vuesà l’Expo Oscar Wilde mais avec des thèmes bien mexicains, têtes de morts et squelettes Vulnerant omnes ultima necatde Roberto Montenegro ainsi qu’un Saint Sebastien. Zarraga dans la Femme et le pantin montre un clown grimé comme une tête de mort.
Rivera, Zàrraga, Montenegro ont une bonne connaissance des avant-gardes parisiennes, s’essaient au cubisme dans la Femme au puit de Rivera, le Paysage zapatiste. J’ai du mal sans l’aide des cartels à distinguer les peintures de Rivera de celles de Zarraga. Les thèmes mexicains et la révolution zapatiste dominent. j’ai aussi aimé la footballeuse de Zarraga ainsi que les deux tableaux où figure la même indienne aux tresses attachées et à la jupe rouge flamboyante.
Le Voyage métropolitain est une aventure collective passionnante. Exploration collective du territoire du Grand Paris en très bonne compagnie : urbanistes, architectes, photographes, journalistes, guides touristiques….ma seule qualité de randonneuse me fait sentir toute petite! Et les conversations sont très enrichissantes.
La gare d’Epinay-sur-Seine est jolie : meulière, boiseries bleues, carreaux fleuris et même le buste du Général de Gaulle (pourquoi? personne n’y fait allusion). Après une courte promenade dans les pavillons nous arrivons sur une place carrée.
Bon sang, mais bien sûr!
Epinay , c’est le Congrès d’Epinay, (1971)congrès fondateur du PS préparant l’Union de la Gauche et la victoire de François Mitterrand dix ans plus tard. Des stèles portant des citations de Mitterrand jalonnent la place ornée ‘une sculpture de deux chevaux fougueux.
Epinay est une ville de plus de 50.000 habitants un peu hétérogène, de grands immeubles bornent la place mais nous retrouvons des quartiers beaucoup plus verts en descendant vers la Seine. Nous ne suivrons pas longtemps le chemin du halage, dommage, par cette journée ensoleillée, il est bien agréable. Histoire d’observer une curieuse péniche équipée de grosses machines et grilles pour ramasser les déchets flottants sur la rivière.
Péniche barrages flottants
Nous longeons un grand espace occupé par des stades le long de grands groupes scolaires de brique, à la base de la Cité-Jardin d’Orgemont construite à cheval sur la commune d’Epinay et celle d’Argenteuil.
Avant d’aller visiter la Cité-Jardin, nous faisons un détour par le Jardin des Justes où un belvédère a une très belle vue panoramique sur la Seine avec les gratte-ciels de laDéfense émergeant de la brume (ou plutôt de la pollution).
le couloir de lespoir : les justes
une sculpture métallique de Stéphane Rozand Le Couloir de l’Espoir est un hommage aux Justes parmi les Nations, les familles d’Orgemont qui sauvèrent des enfants juifs de la déportation. La Cité-Jardinest composé de pavillons mitoyens ayant chacun un jardin. Concept venu d’Angleterre, ces garden-cities, devaient former un réseau . Souci hygiéniste, fournir un cadre sain aux ouvriers, un complément avec les légumes du jardin. La Cité-jardin, comportait tous les équipements collectifs nécessaire, nous passons devant une école maternelle à la façade particulièrement soignée avec mosaïques et briques de céramique.
Comme nous passons devant l’Eglise Saint Ferdinand, le Monsieur responsable de l’entretien nous délivre tout un discours sympathique sur la construction de l’église : « église en kit » aux parpaings de « pierre reconstituée » sur une dalle de béton, inaugurée en 1932. Comme nous n’avons pas le temps de l’écouter plus longtemps, il nous fait remarquer que le discours des habitants est plus culturel que ce que nous pouvons apprendre dans les livres. Exactement! C’est justement le principe du voyage métropolitain que de parcourir le territoire au hasard de ces rencontres!
Nous retournons par le quartier du Cygne d’Enghien qui est un quartier d’Epinay comme son nom ne l’indique pas!
Enghien : la petite mer
Enghien est l’étape suivante, la digue le long de la Petite Mer a un aspect de cité thermale avec ses éclairages métalliques, son casino, ses canots. Le lac est artificiel, il y a avait un marais et un ruisseau.
vitrage à la mode!
On s’arrête devant le Casino dont la belle façade Belle Epoque jaune décorée de stucs aux motifs de coquilles marines, est protégée par une verrière moderne. Là, je pique ma crise! Je commence à en avoir assez de cette mode qui est de précéder les bâtiments ancien d’un mur de verre contemporain. Façade lisse qui enferme la construction, la laisse voir. C’est une bonne idée, cela abrite une terrasse. mais point trop n’en faut. On en voit partout en ce moment! Les architectes que j’interpelle ne comprennent pas ma colère. Pour ce qui est du Casino d’Enghien, ce n’est pas tant le verre qui est de mauvais goût mais l’abondance de rideaux dorés, de guirlandes argentées, c’est Noël, peut être, mais c’est trop.
Enghien est une petite ville bourgeoise, ce que j’appelle « une banlieue à Monoprix!« , et justement nous passons devant Monoprix. Saint Maur, Charenton, près de chez moi, ont leur Monop’, pas Créteil, Bonneuil, ni Alfortville, où règnent les G20, Simply et autres supermarchés populaires. Jolies boutiques de la rue animée. Nous n’avons pas le temps de parcourir les berges du lac pour voir les belles villas qu’on devinait de la terrasse du Casino.
Pour aller à Montmorency, on monte. On n’en finit pas de monter, puisque la petite ville est bâtie sur une butte témoin qui culmine à 176m à l’orée de la forêt. Montmorency, ville de la cerise du même nom (pas vu de cerisier, à l’automne ils sont défeuillés) et la ville de Jean Jacques Rousseau. « Sous ce portail passa l’Emile » proclame une vieille plaque. Grands murs de grandes propriétés cachées dans leurs jardins. Murs de meulière. Le parvis de la Collégiale Saint Martin a une vue dégagée sur les hauteurs boisées de la région, de Cormeille en Parisis jusqu’à Saint Germain dans la brume. Ses marches nous donneront des sièges pour un pique-nique très convivial. J’aurai l’occasion de goûter un cake salé délicieux, un cake au citron excellent, du pain d’épice….L’église est ancienne : gothique flamboyant, 16ème, mais elle a subi des dégâts à la Révolution si bien qu’elle a été beaucoup restaurée au 19ème, seuls quelques vitraux d’époque subsistent, ceux du 19ème sont moins intéressants.
bois de Montmorency et vergers
J’ai toujours du mal à redémarrer après le pique-nique, surtout quand il est gastronomique! Et nous continuons à monter dans les rues pavées entre les vieux murs. On n’en finit plus de monter. Nous avons un rendez-vous à Sarcelles, il nous faut donc marcher à allure soutenue. Pas le temps de musarder dans les bois de Montmorency, à peine le temps de prendre une photo des vergers qui ont encore leurs couleurs automnales sous une très belle lumière. Il faut descendre le chemin creux sans perdre de vue la tête du groupe.
On n’attendra les retardataires que dans le village de Saint Brice composé surtout de pavillons adossés, genre « rêve-de-la-maison-individuelle » pour ceux qui ont trouvé assez loin de Paris pour que le m2 soit abordable, à condition de ne pas avoir trop de jardin. Au petit centre commercial, quatre troufions de Vigie Pirate patrouillent. Je cherche les arrêts-autobus, n’en trouve pas. Ce n’est pas que j’aie envie de quitter la randonnée. Simplement j’imagine les habitants condamnés à prendre la voiture pour n’importe quelle course.
La voie ferrée sépare Saint Brice de Sarcelles-village où nous sommes attendus pour une visite guidée. « Ne me parlez pas de DSK! » annonce notre guide, qui se décrit comme chauvine de Sarcelles. Nous commençons la visite devant un panneau qui décrit un parcours touristique autour des curiosités anciennes et du petit Rosne (ruisseau qui a été enterré et oublié et maintenant restauré). Les premières images que nous avons de Sarcelles sont celles d’un vieux manoir qui héberge l’hôtel de ville sur un parc soigné. On ne s’attendait pas à cela. Ni a traverser le village qui a encore garder les portails des anciennes cours de ferme et qui est plus étendu qu’on ne s’imaginait.
Plusieurs rangées de pylônes électriques séparent ce Sarcelles champêtre du grand ensemble. En chemin, nous sommes photographiés par des jeunes qui nous escortent. Notre caravane de randonneurs ne passera pas inaperçue. Ces jeunes participent à un média local.
Sarcelles : place de France
Le Quartier des Flanades correspond plus à l’idée préconçue que nous avions de Sarcelles. Tours et barres. Graphisme géométrique simple. On y arrive en traversant une galerie marchande plutôt désertée. La place de France entourée d’arcades est très grande. Cette place au nom des provinces de France exprimait l’espoir d’une nouvelle vie pour tous ceux qui trouvaient le confort moderne après les taudis, ou les rapatriés d’Algérie. Construire vite, bon marché et pour beaucoup, le mot d’ordre des années 1955-1975 après l’appel de l’abbé Pierre dont on se souvient encore ici.
Le problème est la fermeture du Centre Commercial des Flanades, autrefois, Leclerc puis repris par Auchan, qui a fermé en 2015. Il y a bien eu un repreneur qui a coupé en deux l’espace trop grand. Même comme cela le commerce a périclité. Cette fermeture est très mal vécue par la population qui ne peut plus faire ses courses à des prix raisonnables. Il y a bien des supérettes et un grand magasin Istanbul propose des produits variés. Ce ne sera jamais aux prix de la grande distribution. Les magasins de la galerie marchande sont privés de clients qui venaient se ravitailler. La place est morose.
Autre fermeture : celle du forum des Cholettes pour cause d’amiante, en 1997. Architecture futuriste, mais fermé. Autrefois c’était un centre culturel très renommé. Là se sont produits les premiers rappeurs français. Vide, complètement vide! J’insiste, personne n’y vient? personne ne squatte? non personne! Comme sont à moitié vides les buildings qui louent des bureaux. la tour Humanis a pourtant belle allure. Pourtant la rue est animée parcourue par le tramway qui va à saint Denis (j’éprouve une tendresse excessive pour les tramways) là où circule un tramway tout neuf, il doit y avoir de l’espoir! Les équipements collectifs existent pourtant. A la tombée de la nuit nous longeons les barres de 4 étages en pierre de taille d’une longueur infinie toutes pareilles le long d’une avenue passante.
Aimé Césaire : Jef Aerosol
Seule distraction pour l’œil : les fresques monumentales : Aimé Césairepar Jef Aerosol, des femmes enturbannées de Christian Guémy C215,
Coexist
et deux tableaux Coexist de Combo et un trois footballeurs bleus blancs rouges « Quand j’étais petit, il n’y avait pas de Musulmans, de juifs, de chrétiens, de noirs, ou de blancs, il y avait juste des copains ».
C215
La promenade s’est terminée devant la gare de Sarcelle-Garge-les Gonesses . Et la bonne surprise c’est que c’st le RER D qui y passe et me ramène en 20 minutes à Créteil-Pompadour!