Le Jade est à l’honneur au Musée Guimet, principalement le jade chinois qui fut collectionné par les empereurs de la dynastie Qing (1723-1795)
montagne avec un arbre et deux cervidés
Trois minéraux existent sous cette appellation : jadéite, trémolite et kosmochlor. Ce sont des silicates Ca et Mg du groupe des Amphiboles pour la jadéite nephrite, Na et Al du groupe des Pyroxènes pour la jadéite. Le kosmochlor est le Jade de Birmanie. Sa dureté sur l’échelle de Mohs est de 6.5 à 7(diamant =10) en fait une pierre qu’on taille assez facilement. La première salle est ornée de très belles illustration d’un manuel de taille du jade, découpé à la corde et au foret, poli ….Son contact est très agréable: on incite le visiteur à toucher l’échantillon.
A l’époque des empereurs de la dynastie Qing la Chine atteignit sa plus grande extension vers l’Ouest, ayant alors accès à de nouveaux gisements de jade aux frontières du Turkestan.
En introduction : un crapaud-presse papier. André Breton en avait placé deux sur sa table. Des anneaux, disques polis trouvés en Bretagne et datant de 4500 av.JC témoigne de la fascination qu’exerce ce minéral au delà des frontières chinoises…
feuilles de lotus et tortues
Les objets des collections des Empereurs chinois sont de toute beauté, la finesse du travail est époustouflante. Les usages du jade sont très variés : tablettes officielles, coupes et vases décoratifs ainsi que tout le matériel des lettrés : « lave-pinceaux », « repose-bras » pour les plus anecdotiques. A l’occasion on montre le goût naturaliste du cabinet du lettré au 18ème siècle. De nombreux objets sont ornés d’animaux et de plantes finement rendus en plus des thèmes typiquement chinois de dragons. Les objets les plus spectaculaires sont sans doute ces « montagnes » avec rochers, végétaux mais aussi animaux.
Les couleurs du jade sont beaucoup plus variées que je ne l’imaginais : vert, bien sûr, mais aussi presque blanc, avec parfois des nuances de rose ou brun. La géologue remarque que certaines oeuvres taillées comme du jade sont faits de cornaline(jade de feu), d’opale ou même de lapis-lazuli ou de cristal de roche. (jade d’eau).
Au delà des frontières chinoises le jade fut travaillé et apprécié par les Mongols, en Asie Centrale ou en Inde, une section montre l’art islamique du travail du jade. On voit les objets de jades offerts à Tamerlan.
tigre
A côté des objets très précieux et très sophistiquées une salle présente des jades très anciens avec des anneaux polis du
j’ai beaucoup aimé ce petit cochon
Néolithiques analogues aux anneaux bretons et des plaques à motifs animaliers qui m’ont beaucoup plu.
Le jade était un cadeau prestigieux. Une salle est intitulée « jade à Fontainebleau« , y est présenté un rosaire géant ayant appartenu à Eugénie et les cadeaux de l’empereur de Siam à Napoléon III me rappellent le tableau de Gérôme immortalisant la visite des ambassadeurs de Siam, exposé en ce moment à Orsay.
Une salle Art Déco montre des objets, nombreuses pendules et bijoux de Cartier utilisant cette matière.
pendule Cartier
L’exposition se termine avec le magnifique paravent de Coromandel 12 panneaux magnifiques que je n’ai pas réussi à photographier parce qu’il était dans l’ombre.
EXPOSITION TEMPORAIRE AUX ARTS DECO du 19.10.16 au 26.02.17
Munio Weinraub Gitai (1909-1970)
Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux
Amos Gitai
Du Bauhaus, je ne connaissais que la géométrie architecturale de certaines anciennes rues de Tel Aviv et l’évocation qu’Amos Gitai a fait de son père dans l’installation Traces avec le film Lullaby for my father.
L’origine de l’expression Bauhausm’évoquait l’architecture : bauen = construire, Haus = maison. D’entrée, une autre origine est proposée : celle de Bauhütte qui renvoie aux chantiers des cathédrales, aux maçons et compagnons. Le Bauhaus est une école d’artsur les principes du compagnonnage. La hiérarchie maître-compagnon-apprenti héritée de cette tradition est encore d’usage à l’école fondée par Gropius à Weimar en 1919. Un lutrin gothique et un pinacle doré rappellent cette filiation, relayée, plus tard, par le Romantisme allemand.
La vie quotidienne comme utopie
photo très composée
L’exposition s’articule autour de la vie à l’école à Weimarpuis à Dessau. Elle présente les différents acteurs, professeurs et élèves dans leur vie communautaire également, leurs fêtes dans des photographies étonnantes. J’ai beaucoup aimé celle où Klee et Kandinskyposaient en imitant une statue de Schiller et Goethe. Dans la présentation, on perçoit la vie communautaire intense et festive.
Klee et Kandinsky
Les sources
Après les origines médiévale, le Bauhaus est replacé dans le contexte artistique de l’époque, Arts and Crafts avec Morris et Ruskin (croisés dans l’exposition Oscar Wilde). Inspirations asiatiques avec des pochoirs japonais d’une finesse extraordinaires, et de très beaux objets. Sécession Viennoise et Klimt, bien sûr, (moins que ne l’aurais pensé), KolomanMoser. 1ère Modernité Allemande avec des meubles de Van der Velde.
différents ateliersde l’école
Présentation des exercices des élèves du cours de Kandinsky (1930-1931) polyptyques présentant, mélangés, les dessins des élèves et du maître pas toujours identifiés (le cartel est difficile à lire). Je m’étonne de toutes les gammes que les élèves ont décliné pour arriver à ce qui parait si simple, si facile, à la spectatrice ignorante que je suis.
A côté des ateliers de sculpture, de photographie, de théâtre ayant des vocations clairement artistiques, d’autres ateliers sont plus techniques.
tissage Gunta Stozl
L‘atelier de Tissage est réservé aux femmes (déception pour moi, dans ce contexte d’utopie communautaire, que les femmes aient des rôles assignés).
tasse Albers
Céramique, travail du verre Itten, du métal(beaux objets de Marianne Brandt) menuiserie (multiplicité de tables gigognes), mais aussi de peinture murale produisant du papier peint, sont des ateliers dirigés vers la production. La logique de production en série s’oppose à la production artisanale ce qui entraînera une crise en 1923.
Une projection nous fait visiter une maison d’architecte.
Un boutre omanais, en figure de proue sur le parvis de l’IMA, la Nizwa invite à la visite. Les aventuriers des mers ont sillonné la Méditerranée, la Mer Rouge, l’Océan Indien du 6ème au 16ème siècle. Marchands ou marins, géographes ils ont repoussé les limites du monde connu.
Sindbad est un personnage des 1001 Nuits, marin de Bassorah,personnage mythique du temps d’Haroun-ar-Rachid (765-809). On peut voir dans une vitrine le manuscrit ayant appartenu à Antoine Galland qui traduisit les 1001 nuits entre 1700 et 1715. Sindbad nous parle d’une vitrine noire (ces hologrammes parlants ne sont pas de mon goût, ils m’avaient déjà passablement agacée dans l’exposition Quoi de neuf au Moyen Âge? à la Villette).
Le même procédé nous fait entendre Ibn Jubayr, natif de Valencequi raconta son pélerinage à la Mecque en 1184-1185, en passant par Saint Jean d’Acre, Damas, Alep, Djeddah et qui fait naufrage devant Messine.
Marco Polo (1254-1324)
Les voyages d’Ibn Battûta (1304 à Tanger – 1377 à Marrakech) sont représentés par un très joli spectacle d’ombres chinoises .
Ibn Mâjid né en 1432 était un géographe et un cartographe reconnu qui avait écrit des ouvrages de navigation et servit de pilote à Vasco de Gama sur la route des Indes.
Nous ferons aussi la connaissance Zheng He (1371-1433)de Vasco de Gama (1469- 1524 à Cochin) .
Après la prise de Constantinople (1453) et la découverte du Nouveau Monde(1492), l’épopée se terminera par la Bataille de Lépante (1571) et la création de la Compagnie Neerlandaise des Indes (1602).
Si cette exposition s’intitule Les Aventuriers des Mers, elle va plus loin que l’évocation des explorateurs (ce que j’ai le moins apprécié). Elle raconte ces navigations avec de nombreux objets, cartes, manuscrits remarquablement disposés. Plus je visite d’expositions, plus je suis sensible à la scénographie. L’exposition occupe deux niveaux.
La première salle s’intitule LA MER ÉTRANGE ET REDOUTABLE. Un mur est occupé par une mer déchaînée filmé par Arthus-Bertrand, des monstrueuses mâchoires de requins, des monstres marins sur des miniatures illustrent ce propos. On voit aussi des esclaves des pirates, de merveilleuses miniatures indiennes et persanes de naufrages.
NAVIGUER : UNE INTELLIGENCE DU MONDE montre l’évolution de la cartographie.
mappemonde vénitienne (Europe et Méditerranée)
Un plafond bleu nuit est illuminé des constellations qui servaient aux marins pour s’orienter. Dans des vitrines, les maquettes des embarcations sont très jolies: bateau cousu et pirogue à balancier….Aux murs, la grande mappemonde vénitienne de Fra Mauro,1459 avec le nord en bas, comme le planisphère du Roger II de Sicile 1138 réalisé par Al-Idrisi où la Sicile et la botte italiennes sont tout à fait disproportionnées.
Feu grégeois
Le centre de la pièce est occupée par une vitrine composée de huit compartiments répartis autour d’une carte centrée sur l’Arabie. On y voit des manuscrits : le Traité de géographie de Ptolémée traduit par Al Khwârizmi(ancienne connaissance de Khiva) et le Traité des étoiles fixes de Al Sâfi1551 (souvenir de lecture de Luminet : Ulugh beg), ainsi que de très beaux instruments , boussole et astrolabes.
A l’étage MARCHANDISES ET CONVOITISES
jeu d’échec de Charlemagne
Changement de couleur : murs gris, vitrines rouges, impression d’être dans la cale d’un bateau. Les marchandises : épices et pierres précieuses sont contenue encore dans une vitrine découpée en six compartiments autour d’une balance. ON associé muscade, girofle, cannelle et poivre tantôt aux diamants et à l’or, tantôt aux saphirs et aux cauris qui servaient de monnaie d’échange, gingembre, curcuma, riz et garance vont avec rubis d’une part soufre de Sicile et orpiment de l’autre tandis que les deux autres cases renferment camphre, myrrhe, oliban et benjoin odoriférants sont associés au lapis-lazuli et au cristal de roche.
Bateaux sur une faïence d’Iznik
Aux murs, diverses cartes montrent les échanges commerciaux à travers les siècles, des Romains, Byzantins, Omeyades, aux républiques italiennes…et des vitrines contiennent des objets variés. J’ai beaucoup aimé une ancre de pierre, une lettre rédigée en judéo-arabe faisant un inventaire, le jeu d’échec en ivoire de Charlemagne en ivoire parmi de nombreux objets précieux.
autel indien
Une vidéo montre aussi les recherches des épaves. Une autre la reconstitution de la rencontre entre Richard Coeur de Lion et Saladin. Plus loin, de magnifiques meubles en marqueterie damasquinée et des céramiques chinoises sont de toute beauté. Tant de trésor que je ne peux énumérer….
(suite de l’article précédent, depuis que je suis passée à Windows10 j’ai des problèmes incessants avec le traitement des images)
La Révolution zapatiste fut sanglante et certains tableaux sont effrayants.
Les tableau d’Orozco aux teintes terreuses marron/gris noir sont extrêmement violents.
Femmes soldats
Je découvre aussi Siqueiros (sous-titré : La Lutte des classes) . Selon les explications, il privilégie la peinture murale, mais aucune image de ces fresques n’est donnée ici
la Mère prolétarienne Siqueiros
Dans le même thème, les photos de Bravo sont très belles. Un long extrait de Que Viva Mexicod’Eisensteinest projeté. Magnifique! on peut le visionner sur YouTube.
L’utopie sociale est représentée par Rivera dans la Rivière Juchitan (1953-1955) apporte les couleurs vives qui contrastent avec ces images bien sombres
J’ai gardé le plus vif souvenir de l’exposition de l’Orangerie en 2013 consacrée à Frida Kalho et Diego Rivera. L’exposition actuelle, bien qu’elle expose quelques tableaux qu’on y avait déjà vus, n’est nullement redondante. Même si Frida et Diégo étaient les vedettes les plus connues, ils n’étaient pas seuls, loin de là. Cette peinture est très riche. L’exposition de 1913 était surtout centrée autour de le personnalité de Frida et Diégo et leur relation de couple. Celle de 2016 est organisée autour de thèmes très variés. Il ne faut donc pas faire l’impasse au prétexte qu’on a vu celle de l’Orangerie
Diego Rivera : Femme au puits
LES MEXICAINS A PARIS présentent une série de gravures de Roberto Montenegro d’inspiration symbolistes où je retrouve une parenté avec les illustrations de Salomé de Beardsley vuesà l’Expo Oscar Wilde mais avec des thèmes bien mexicains, têtes de morts et squelettes Vulnerant omnes ultima necatde Roberto Montenegro ainsi qu’un Saint Sebastien. Zarraga dans la Femme et le pantin montre un clown grimé comme une tête de mort.
Rivera, Zàrraga, Montenegro ont une bonne connaissance des avant-gardes parisiennes, s’essaient au cubisme dans la Femme au puit de Rivera, le Paysage zapatiste. J’ai du mal sans l’aide des cartels à distinguer les peintures de Rivera de celles de Zarraga. Les thèmes mexicains et la révolution zapatiste dominent. j’ai aussi aimé la footballeuse de Zarraga ainsi que les deux tableaux où figure la même indienne aux tresses attachées et à la jupe rouge flamboyante.
Le Voyage métropolitain est une aventure collective passionnante. Exploration collective du territoire du Grand Paris en très bonne compagnie : urbanistes, architectes, photographes, journalistes, guides touristiques….ma seule qualité de randonneuse me fait sentir toute petite! Et les conversations sont très enrichissantes.
La gare d’Epinay-sur-Seine est jolie : meulière, boiseries bleues, carreaux fleuris et même le buste du Général de Gaulle (pourquoi? personne n’y fait allusion). Après une courte promenade dans les pavillons nous arrivons sur une place carrée.
Bon sang, mais bien sûr!
Epinay , c’est le Congrès d’Epinay, (1971)congrès fondateur du PS préparant l’Union de la Gauche et la victoire de François Mitterrand dix ans plus tard. Des stèles portant des citations de Mitterrand jalonnent la place ornée ‘une sculpture de deux chevaux fougueux.
Epinay est une ville de plus de 50.000 habitants un peu hétérogène, de grands immeubles bornent la place mais nous retrouvons des quartiers beaucoup plus verts en descendant vers la Seine. Nous ne suivrons pas longtemps le chemin du halage, dommage, par cette journée ensoleillée, il est bien agréable. Histoire d’observer une curieuse péniche équipée de grosses machines et grilles pour ramasser les déchets flottants sur la rivière.
Péniche barrages flottants
Nous longeons un grand espace occupé par des stades le long de grands groupes scolaires de brique, à la base de la Cité-Jardin d’Orgemont construite à cheval sur la commune d’Epinay et celle d’Argenteuil.
Avant d’aller visiter la Cité-Jardin, nous faisons un détour par le Jardin des Justes où un belvédère a une très belle vue panoramique sur la Seine avec les gratte-ciels de laDéfense émergeant de la brume (ou plutôt de la pollution).
le couloir de lespoir : les justes
une sculpture métallique de Stéphane Rozand Le Couloir de l’Espoir est un hommage aux Justes parmi les Nations, les familles d’Orgemont qui sauvèrent des enfants juifs de la déportation. La Cité-Jardinest composé de pavillons mitoyens ayant chacun un jardin. Concept venu d’Angleterre, ces garden-cities, devaient former un réseau . Souci hygiéniste, fournir un cadre sain aux ouvriers, un complément avec les légumes du jardin. La Cité-jardin, comportait tous les équipements collectifs nécessaire, nous passons devant une école maternelle à la façade particulièrement soignée avec mosaïques et briques de céramique.
Comme nous passons devant l’Eglise Saint Ferdinand, le Monsieur responsable de l’entretien nous délivre tout un discours sympathique sur la construction de l’église : « église en kit » aux parpaings de « pierre reconstituée » sur une dalle de béton, inaugurée en 1932. Comme nous n’avons pas le temps de l’écouter plus longtemps, il nous fait remarquer que le discours des habitants est plus culturel que ce que nous pouvons apprendre dans les livres. Exactement! C’est justement le principe du voyage métropolitain que de parcourir le territoire au hasard de ces rencontres!
Nous retournons par le quartier du Cygne d’Enghien qui est un quartier d’Epinay comme son nom ne l’indique pas!
Enghien : la petite mer
Enghien est l’étape suivante, la digue le long de la Petite Mer a un aspect de cité thermale avec ses éclairages métalliques, son casino, ses canots. Le lac est artificiel, il y a avait un marais et un ruisseau.
vitrage à la mode!
On s’arrête devant le Casino dont la belle façade Belle Epoque jaune décorée de stucs aux motifs de coquilles marines, est protégée par une verrière moderne. Là, je pique ma crise! Je commence à en avoir assez de cette mode qui est de précéder les bâtiments ancien d’un mur de verre contemporain. Façade lisse qui enferme la construction, la laisse voir. C’est une bonne idée, cela abrite une terrasse. mais point trop n’en faut. On en voit partout en ce moment! Les architectes que j’interpelle ne comprennent pas ma colère. Pour ce qui est du Casino d’Enghien, ce n’est pas tant le verre qui est de mauvais goût mais l’abondance de rideaux dorés, de guirlandes argentées, c’est Noël, peut être, mais c’est trop.
Enghien est une petite ville bourgeoise, ce que j’appelle « une banlieue à Monoprix!« , et justement nous passons devant Monoprix. Saint Maur, Charenton, près de chez moi, ont leur Monop’, pas Créteil, Bonneuil, ni Alfortville, où règnent les G20, Simply et autres supermarchés populaires. Jolies boutiques de la rue animée. Nous n’avons pas le temps de parcourir les berges du lac pour voir les belles villas qu’on devinait de la terrasse du Casino.
Pour aller à Montmorency, on monte. On n’en finit pas de monter, puisque la petite ville est bâtie sur une butte témoin qui culmine à 176m à l’orée de la forêt. Montmorency, ville de la cerise du même nom (pas vu de cerisier, à l’automne ils sont défeuillés) et la ville de Jean Jacques Rousseau. « Sous ce portail passa l’Emile » proclame une vieille plaque. Grands murs de grandes propriétés cachées dans leurs jardins. Murs de meulière. Le parvis de la Collégiale Saint Martin a une vue dégagée sur les hauteurs boisées de la région, de Cormeille en Parisis jusqu’à Saint Germain dans la brume. Ses marches nous donneront des sièges pour un pique-nique très convivial. J’aurai l’occasion de goûter un cake salé délicieux, un cake au citron excellent, du pain d’épice….L’église est ancienne : gothique flamboyant, 16ème, mais elle a subi des dégâts à la Révolution si bien qu’elle a été beaucoup restaurée au 19ème, seuls quelques vitraux d’époque subsistent, ceux du 19ème sont moins intéressants.
bois de Montmorency et vergers
J’ai toujours du mal à redémarrer après le pique-nique, surtout quand il est gastronomique! Et nous continuons à monter dans les rues pavées entre les vieux murs. On n’en finit plus de monter. Nous avons un rendez-vous à Sarcelles, il nous faut donc marcher à allure soutenue. Pas le temps de musarder dans les bois de Montmorency, à peine le temps de prendre une photo des vergers qui ont encore leurs couleurs automnales sous une très belle lumière. Il faut descendre le chemin creux sans perdre de vue la tête du groupe.
On n’attendra les retardataires que dans le village de Saint Brice composé surtout de pavillons adossés, genre « rêve-de-la-maison-individuelle » pour ceux qui ont trouvé assez loin de Paris pour que le m2 soit abordable, à condition de ne pas avoir trop de jardin. Au petit centre commercial, quatre troufions de Vigie Pirate patrouillent. Je cherche les arrêts-autobus, n’en trouve pas. Ce n’est pas que j’aie envie de quitter la randonnée. Simplement j’imagine les habitants condamnés à prendre la voiture pour n’importe quelle course.
La voie ferrée sépare Saint Brice de Sarcelles-village où nous sommes attendus pour une visite guidée. « Ne me parlez pas de DSK! » annonce notre guide, qui se décrit comme chauvine de Sarcelles. Nous commençons la visite devant un panneau qui décrit un parcours touristique autour des curiosités anciennes et du petit Rosne (ruisseau qui a été enterré et oublié et maintenant restauré). Les premières images que nous avons de Sarcelles sont celles d’un vieux manoir qui héberge l’hôtel de ville sur un parc soigné. On ne s’attendait pas à cela. Ni a traverser le village qui a encore garder les portails des anciennes cours de ferme et qui est plus étendu qu’on ne s’imaginait.
Plusieurs rangées de pylônes électriques séparent ce Sarcelles champêtre du grand ensemble. En chemin, nous sommes photographiés par des jeunes qui nous escortent. Notre caravane de randonneurs ne passera pas inaperçue. Ces jeunes participent à un média local.
Sarcelles : place de France
Le Quartier des Flanades correspond plus à l’idée préconçue que nous avions de Sarcelles. Tours et barres. Graphisme géométrique simple. On y arrive en traversant une galerie marchande plutôt désertée. La place de France entourée d’arcades est très grande. Cette place au nom des provinces de France exprimait l’espoir d’une nouvelle vie pour tous ceux qui trouvaient le confort moderne après les taudis, ou les rapatriés d’Algérie. Construire vite, bon marché et pour beaucoup, le mot d’ordre des années 1955-1975 après l’appel de l’abbé Pierre dont on se souvient encore ici.
Le problème est la fermeture du Centre Commercial des Flanades, autrefois, Leclerc puis repris par Auchan, qui a fermé en 2015. Il y a bien eu un repreneur qui a coupé en deux l’espace trop grand. Même comme cela le commerce a périclité. Cette fermeture est très mal vécue par la population qui ne peut plus faire ses courses à des prix raisonnables. Il y a bien des supérettes et un grand magasin Istanbul propose des produits variés. Ce ne sera jamais aux prix de la grande distribution. Les magasins de la galerie marchande sont privés de clients qui venaient se ravitailler. La place est morose.
Autre fermeture : celle du forum des Cholettes pour cause d’amiante, en 1997. Architecture futuriste, mais fermé. Autrefois c’était un centre culturel très renommé. Là se sont produits les premiers rappeurs français. Vide, complètement vide! J’insiste, personne n’y vient? personne ne squatte? non personne! Comme sont à moitié vides les buildings qui louent des bureaux. la tour Humanis a pourtant belle allure. Pourtant la rue est animée parcourue par le tramway qui va à saint Denis (j’éprouve une tendresse excessive pour les tramways) là où circule un tramway tout neuf, il doit y avoir de l’espoir! Les équipements collectifs existent pourtant. A la tombée de la nuit nous longeons les barres de 4 étages en pierre de taille d’une longueur infinie toutes pareilles le long d’une avenue passante.
Aimé Césaire : Jef Aerosol
Seule distraction pour l’œil : les fresques monumentales : Aimé Césairepar Jef Aerosol, des femmes enturbannées de Christian Guémy C215,
Coexist
et deux tableaux Coexist de Combo et un trois footballeurs bleus blancs rouges « Quand j’étais petit, il n’y avait pas de Musulmans, de juifs, de chrétiens, de noirs, ou de blancs, il y avait juste des copains ».
C215
La promenade s’est terminée devant la gare de Sarcelle-Garge-les Gonesses . Et la bonne surprise c’est que c’st le RER D qui y passe et me ramène en 20 minutes à Créteil-Pompadour!
J’étais très impatiente de me rendre à la Villette à cette exposition. L’archéologie m’intéresse beaucoup ainsi que le Moyen Age.
L’exposition s’articule sur deux niveaux.
En bas, dans une galerie sombre : la chronologie de 11 siècles :à partir de 325 -christianisation de l’Empire Romain sous Constantin et au concile de Nicée, jusqu’à 1492, découverte du Nouveau Monde et fin de la Reconquista.
Quelques personnages (ou évènements) sont emblématiques de chaque siècle.
4ème, Constantin
5ème Attila
6ème Clovis et Justinien
7ème Dagobert et Mahomet
8ème Pépin le Bref et Charles Martel
9ème Charlemagne et le débarquement des Vikings,
10ème , Cluny, installation de Rollon en Normandie
11ème, Schisme entre la chrétienté d’Orient et d’Occident, conquête de l’Angleterre, 1ère Croisade
12ème Aliénor d’Aquitaine, construction de Notre Dame, assassinat de Thomas Beckett,
13ème pillage de Constantinople,
14ème : la papauté s’installe en Avignon, Peste Noire,
15ème commence avec Azincourt, Jeanne d’Arc, puis Gutenberg et la Prise de Constantinople.
Ce rappel chronologique s’accompagne de quelques photos projetées sur un mur, panorama d’un paysage et de quelques images sur des panneaux plus détaillés.
Au niveau supérieur , des boites en contre-plaqué illustrent des thèmes variés. Invasions, ou migrations? techniques de métallurgie ou du travail des os de bovins, moulins divers à grain ou à foulons, vie dans les campagnes, jeux.…..
Chaque thème est illustré de vidéogrammes: enquête des archéologues sur un point précis. Un cimetière dans une église, un hameau retrouvé, un four….Ces vidéos courtes sont remarquables, amusantes, très rigoureuses du point de vue scientifiques.
Dans des vitrines, ou sur des tables, quelques objets sont présentés. Présentation décevante : il y a très peu d’objets, plutôt des maquettes (destinées aux enfants). Les objets quand il sont présents, ne sont pas mis en valeur. Le matériau choisi : contreplaqué brut ne les met pas en valeur ni les bijoux en émail cloisonné, ni les boucles damasquinées , ni les dés, boutons ou peignes en os.
On a privilégié les activités « interactives » sorte de jeux, sans doute destinées aux enfants , peu convaincantes pour les adultes. Les enfants, s’ils ne sont pas guidés font n’importe quoi, les adultes cherchent sans doute autre chose.
Dans trois caissons de bois, des personnages « animés » racontent leur histoire en regardant le spectateur dans les yeux Hildegarde de Bingen et Thomas Beckett on retenu mon attention mais ne m’ont pas séduites. Pourtant ces personnages me fascinent. Mais pas sous forme de figures 3D animées. J’ai même trouvé cela de fort mauvais goût.
Je suis ressortie plutôt déçue de ma visite. Visite instructive, certes, mais peu satisfaisante esthétiquement. J’ai cherché (et trouvé) sur Internet quelques unes de ces vidéos que je regarderai à nouveau avec beaucoup d’intérêt. J’ai mis au propre ci-dessus la chronologie pour mémoire.
En revanche, je me pose encore la question « Quoi de neuf au Moyen Age? ». L’idée était de détruire les idées préconçues sur une période sombre, sans intérêt. Il me semble que je n’ai pas ces préjugés. Remplacer le concept de « Grandes Invasions » par celui de migrations progressives est une très bonne chose, surtout par les temps qui courent (envoyer un certain Nicolas réviser ses notions sur les Gaulois). Le travail de l’archéologie actuelle aurait pu sans doute être mieux mis en valeur.
J’ai terminé l’après midi par une traversée du Parc de la Villette à la tombée de la nuit, quand les pavillons et fabriques s’illuminent, quand les dernières lueurs du couchants se reflètent sur les Grands Moulins de Pantin et le Canal de l’Ourq, quand la grande halle et la Cité de la Musique s’éclairent et j’ai préféré cette promenade au parcours dans l’exposition.
PARIS/BANLIEUE / EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 29 janvier 2017
Beethoven est produit comme un héros complet doté d’un discours (fait rare chez un musicien) d’une légende(une bonne dizaine d’anecdotes) d’une iconographie, d’une race (celle des Titans de l’Art comme Michel-Ange et Balzac) et d’un mal fatal (la surdité)/
Roland Barthes
Comment mettre en scène un musicien dans une exposition? (je m’étais posé la même question à propos d’un écrivain, Oscar Wilde). Avec de la musique, omniprésente : audioguide avec un casque gratuit, mais aussi musique baignant chaque pièce. Avec des documents d’époque. Surtout avec des images, des textes et des sculptures inspirés par la légende. Si c’était uniquement le compositeur dans l’histoire de la musique, l’intitulé de l’exposition aurait sans doute été Beethoven . Celle-ci ne s’appelle pas Ludwig van par hasard. Il s’agit plutôt de mettre en scène l’icône que Beethoven est devenu.
Introduction : un Beethoven très contemporain détourné par les humoristes, utilisé à outrance par les publicitaires. Un mur d’image projette des vidéos rigolotes (Pierre Desproges, entre autres).
Comment devient-il une icone? en mourant!
La salle suivante, « Du passage de la vie à l’état d’icône » raconte la mort de Beethoven(1827). Rotonde autour de son(ses) masques mortuaire(s). Salle noire où l’on voit des annonces funéraires, des lettres et les représentations des funérailles et l’éloge funéraire de Grillparzer: « Ainsi fut sa mort, ainsi vivra-t-il jusqu »à la fin des temps. » Romain Rolland remarque : « jamais Empereur d’Autriche n’eut de funérailles telles que Beethoven. »
Funérailles de Beethoven
La musique de la Symphonie n°7 baigne la pièce suivant, rotonde en grisaille, autour d’un masque pris du vivantde Beethoven et autour les œuvres inspirées par ce masque.
Alois Kolb : le baiser au monde entier
Le plus étrange est la gravure de Aloïs Kolb (1909) le Baiser au Monde entier et trois étranges pastels symbolistes de Lucier Lévy-Duhumer.
Lévy-Dhurmer : Appassionata
Au casque j’écoute la transcription pour piano de Liszt et une variation de Jacques Loussier.
Une grande salle bleu nuit a pour titre Le Musicien comme Prophète où la légende dorée est illustrée par des gravures ressemblant parfois à des images pieuses. J’ai surtout remarqué Beethoven dans un paysage d’orage de Carl Schweninger. De nombreux textes illustrent cette légendes : Ernest Theodor Amadeus Hoffman, Schopenhauer, Kandinsky, Gide et Le Corbusier. Le grand tableau de Benjamin Constant Beethoven, la sonate au Clair de lune est bien sombre. Celui de Balestrieri (1900) Sonate à Kreutzer est plus gai avec la jupe rouge de la femme au premier plan et le plancher jaune.
Balestrieri Sonate à Kreutzer.
Au casque écoute de La Missa Solemnis de Beethoven ayant inspiré Bruckner et Mahler.
Une salle Têtes tragiques au son de la sonate pour piano n°31 est décorée de nombreux bustes, de Rodin (masque de Hanako), de Bourdelle d’un chinois Zhongsian.
Une série de livres est consacrée à la surdité de Beethoven : Romain Rolland, Victor Hugo et même Dali et Gauguin.
Kundera et Léo Ferré ont utilisé la formule Muss es sein? Es muss sein. Léo Ferré interpelle Beethoven à travers les siècles: Ludwig, Ludwig, reponds. T’es sourdingue ma parole….
Seulement après, vient l’évocation chronologique de la vie du musicien, dans des petites vitrines qu’on allume soi-même avec des documents d’époque. Anecdote : la Lettre à Elise et elle vraiment de Beethoven?
Enfin, comme une apothéose les Destinées politiques avec l‘Hymne à la joie et toutes les occasions héroïques : ) Varsovie en 2004, devenue européenne, avec le Mur de Berlin, ) Kiev sur Maidan, en Chine…. au casque Pete Seeger.
Fidelio aussi avec un poème Chant des douleurs de Fleischmann écrit à Therezin…
Il faudrait aussi parler de Beethoven inspirant les artistes Sécessionnistes de Vienne avec Klimt, et bien sûr du cinéma.
L’exposition se termine sur un énorme cornet acoustique qui sert d’affiche à l’exposition.
De Fantin Latour, seul le nom m’était familier. J’étais incapable de le situer chronologiquement et encore moins de visualiser un seul de ses tableaux. C’est donc une totale découverte.
Quentin Latour : soeurs de l’artiste
Né à Grenoble en 1936, mort en 1904, il est contemporain de tous les peintres que j’ai eu l’occasion de voir à l’Exposition SPECTACULAIRE SECOND EMPIRE du Musée d’Orsay. Je retrouve donc quelques repères. Autre coïncidence, la lecture deCe qui reste de la nuit d’Ersi Sotiropoulos qui raconte la visite de Cavafy à Paris en 1897 dans les lieux fréquentés par les poètes aurait pu être illustré par le tableau de Fantin Latour : Le Coin de Table où sont représentés Verlaine et Rimbaud.
Coin de table : Verlaine et Rimbaud
D’entrée, le visiteur prend connaissance de la figure du peintre par de nombreux autoportraits très réussis. Fantin Latour a aussi représenté ses proches qui ont posé pour lui : ses sœurs, sa femme et sa belle-soeur sont des modèles intimes. Souvent peintes un livre à la main (tiens, je connais quelqu’une qui pourra ajouter des liseuses à sa collections!
L’atelier des Batignolles
Remarquable portraitiste, il peint de grands tableaux de groupe avec Un atelier aux Batignolles, hommage à Manet, en présence de Zola, le Coin de Table, ainsi qu’un tableau de musiciens autour de Chabrier au piano, Vincent d’Indy et d’autres que je n’ai pas reconnus. Toutes ces figures, célèbres ou intimes ne respirent pas franchement la joie de vivre. On était plutôt raide et compassé à la fin du 19ème siècle!
Contrepoint de ces grands tableaux de personnalités en costume sombre, suivent des petits formats de natures mortes et de fleurs. On est surpris, difficile de croire que c’est le même artiste qui les a peints. Les fleurs et les fruits assuraient les revenus du ménage, la femme de Fantin Latour Victoria Dubourg, peignait également des natures mortes.
Vers la fin de sa vie une citation au mur étonne: « je me fais plaisir » , plus loin, il se réjouit de ne plus être forcé à peindre des fleurs.
La musique était chère à Fantin Latour qui l’a célébrée dans un Hommage à Berlioz, de nombreuses œuvres autour de Schumann et de Wagner. Toute une série illustre Tannhauser.
Tannhauser
L’exposition se termine par des tableaux très différents de ses grands formats réalistes : des nus ou des fantaisies presque symbolistes avec des coloris pastels, des figures féminines et féériques.