L’Oxus (Amou-Darya) et le Zeravchan ( le « Semeur d’Or » en Persan) sont des rivières aurifères. Depuis la Préhistoire, au Chalcolithiqueles ressources minérales (or, cuivre, plomb, lapis-lazuli, cornaline et rubis) furent exploitées.
A l‘Âge de Bronze, le site de Sarazm est un centre métallurgique important en relation avec l’Empire Perse comme le suggère la petite statue de pierre.
Ibex
le Trésor de l’Oxus est composé de plaques, parures en or et argent destiné à une élite achéménide. La finesse de l’orfèvrerie est remarquable
Plaques décorative thèmes animaliers du Trésor de l’Oxus
métallurgie, orfèvrerie, aussi bien richesse des matières premières que finesse du travail.
la Bactriane sous les successeurs d’Alexandre
Des rois aux noms grecs comme Diodote 1er ou Démétrios on laissé leurs profils sur des monnaies. Sur une drachme à l’effigie d’Alexandre le Grand est gravé la silhouette d’Héraclès, sur une tétradrachme de Diodote à l’avers on reconnait Zeus. Deux poids pour une balance représentent Athéna Casquée et Mercure
Poids : Athéna et Mercure (1er siècle après JC)
On fait connaissance avec les Bactriens : dans le Temple de l’Oxus des têtes en terre crue ou en stucs les représentent
Bactriens en terre crue
En terre crue, une figure féminine est vêtue à la grecque avec chiton et himation. l’art des steppes hellénisé est d’un grand raffinement avec l’utilisation de l’ivoire
Fourreau en ivoireivoire
Du 1er au 4ème siècle de nouveaux nomades importent de nouvelles croyances : brahamique , bouddhiste, zoroastrien. On voit un art grécobouddhiste
Tête de Bouddha kouchan
Venus des steppes les marchands sogdiens sur les routes de la Soie.
Turcs orientaux, ils utilisent le chameau de Bactriane
Chameau de Bactriane
l’exposition présente plusieurs chameaux, cavaliers et palefreniers sogdiens
palefrenier sogdien
Il y a aussi des représentations de Shiva (statue colossale) de divinités indienne à 4 bras.
Fresque du palais de Pendjikent
les Sogdiens ont aussi fondé Afrosiab (Samarcand) où l’on peut voir de magnifiques fresques. La fresque du palais de Pendjikent représente une bataille, une procession et un banquet.
la religion des Sogdien était le zoroastrisme,religion dualiste (Bien/Mal) honorant le feu et l’eau. On peut voir un temple du Feu avec un autel du feu
le dieu Mithra et ses attributs
Jusqu’à la conquête de l’Islam (8ème siècle) le Bouddhisme est répandu. Les nomades turc avaient aussi d’autres croyance avec des tombes de pierre Balbal
Les Samanides (875 – 999)
aiguière et brûler d’encens samanides
les Samanides forment un émirat indépendant. la langue scientifique était l’arabe, celle de l’administration, le persan. les Samanides valorisaient l’identité iranienne..
Cette exposition est splendide. Elle a bousculé mes a-priori concernant le Tadjikistan et la Route de la Soie. J’avais dans mon imagination des marchands arabes ou chinois marchant avec leurs chameaux de caravansérail en caravansérail, des Chinois aussi ou tout au moins des asiatiques, les chevaux de Gengis Khan ou de Tamerlan. Je n’imaginais pas trouver une civilisation si ancienne, une cité métallurgique de la Préhistoire, des villes anciennes, et surtout une telle richesse : or, ivoire, soie précieuse. Carrefour ou creuset de peuples si variés.
« Les faluns sont caractéristiques et identitaires de l’Anjou. Le terme « falun » désigne une roche sédimentaire constituée de restes d’animaux qui s’est formée il y a 15 millions d’années. «
Paléogéographie : Miocène
L’Anjou, il y a 15 Millions d’années était un gigantesque golfe carrefour biologique , lieu d’accueil et passage des migrations des animaux de l’ère Tertiaire.
Le climat était comparable à celui du Sénégal actuel. les faluns étaient des couches sableuses, sables marins ou fluviatiles contenant des fossiles marins et terrestres. Au temps des faluns, la formation des Alpes a entrainé des basculements, l’ élévation du niveau des mers, résultat de la dilatation de l’océan avec la hausse des températures, ces facteurs ont causé des transgressions marines avec dépôt de sédiments sableux. Des orages et des crues ont apporté des alluvions et des galets. Ces différentes strates superposées forment une collection de fossiles que l’exposition présente sous deux parties : le Monde marin et le Monde terrestre
Le Monde marin
Le monde marin au Miocène
Deux catégories d’êtres vivants : les invertébrés, mollusques, bryozoaires, échinodermes, arthropodes, et les vertébrés : raies requins, baleines et siréniens. les fossiles sont très bien présentés.
Fossiles encroûtés de bryozoaires
Raies et requins sont impressionnants, on retrouve de nombreuses dents de requins de tailles diverses dans les faluns : les requins en possèdent plusieurs rangées et en perdent des milliers au cours de leur existence.
les plus grandes sont de l’ordre du décimètre
Les baleines étaient dérivent du Basilosaurus (-40 Ma), après le miocène un refroidissement des eaux a fait baisser la diversité et les migrations ont favorisé le gigantisme.
Le Monde Terrestre
L’ère tertiaire voit le développement des mammifères, dans la première partie du Miocène une foret subtropicale couvrait l’Anjou avec des fougères et des conifères. les fossiles sont également remarquables : os et dents. On y voit des animaux disparus comme ces Gomphotères qui ressemblent à des éléphants, des ancêtres des rhinocéros et des chevaux.
gomphothère
une bien jolie exposition qu’on pourrait compléter par une visite à Doué.
j’ai découvert Eshkol Nevo avec La Dernière Interviewet je m’étais promis de lire Trois Etages. La sortie du film de Nanni Moretti, Tre Piani, a précipité cette lecture. J’aime beaucoup ce réalisateur mais je ne voulais pas voir le film avant d’avoir fini le livre. J’aime prendre mon temps, le temps du livre, pour découvrir une histoire, me faire mon propre cinéma, imaginer les décors, vivre trois jours à Tel Aviv avant de voir les images italiennes que Moretti aura imaginées.
Trois étages, trois histoires, trois confessions.
« Tu sais, j’ai du mal à parler de ces choses-là, mais j’ai pas la force, non plus, de me censurer, je vais tout te raconter simplement, et toi, tu vas me promettre de ne pas t’en servir pour un bouquin, »
Arnon – du Premier Etage – a invité un ami écrivain pour se confier. Il a besoin de voir plus clair dans son comportement, devenu depuis quelques temps dysfonctionnel, et son couple en crise. Il a confié sa fille de sept ans à son voisin de palier atteint d’Alzheimer, et soupçonne que le vieil homme a abusé de la fillette. Aucune preuve tangible, mais une inquiétude, un remords, qui l’entraîne à devenir violent ce que sa femme ne supporte pas. Les catastrophes s’enchaînent…Arnon n’attend pas d’excuse ou de pardon de son ami qui n’intervient pas dans le récit. Il cherche à comprendre ce qui lui arrive.
Au deuxième étage, Hani rédige une longue lettre à Neta, son amie d’enfance partie aux Etats Unis. Son mari la délaisse voyage à l’étranger pour son travail. Elle se retrouve mère au foyer tout juste bonne à conduire ses enfants à l’école et aux activités extra-scolaire, sans ambitions, sans contact avec des adultes. Frustrée, elle débloque, voit des chouettes perchées lui parler…Elle non plus n’attend pas de réponse de Neta, elle ressuscite les confidences entre amies du temps de leur adolescence.
Au troisième étage, Deborah – juge d’instance retraitée, enregistre des cassettes sur le répondeur de Michaël, son mari décédé. Elle poursuit le dialogue jamais interrompu. Déborah vit mal sa solitude. A Tel Aviv, un mouvement social rappelant Les Indignés ou Occupy , Nuit Debout,ou la Place Tahrir regroupe des manifestations, les manifestants ont planté des tentes où se déroulent des forums.
« Après tout, combien de fois avons-nous regardé, brûlant d’envie, nos concitoyens s’assembler sur les places et scander des slogans chers à notre cœur, alors que nous étions empêchés de les rejoindre, à cause de nos fonctions ? Mais aujourd’hui, avec la retraite, la porte de la cage s’est ouverte. Dans ces conditions, me suis-je demandé, pourquoi devrais-je rester derrière les barreaux ? »
Deborah décide de rejoindre le mouvement et de mettre au service des jeunes manifestants ses connaissances du Droit et son expérience juridique. A l’occasion, elle fait la connaissance d’un homme de son âge, veuf, qui l’entraîne dans un voyage dans le désert. Sur la route elle va raconter son histoire….
j’avais envie de toquer à la porte de chaque voisin, celle de Ruth, de Hani, des Katz, des Raziel, et de leur dire : Réveillez-vous, citoyens de Bourgeville. Laissez là vos parties de poker et votre inquiétude excessive pour vos enfants, et les infidélités minables que la vacuité de votre existence, et non le désir, favorise. Levez-vous de vos fauteuils télé trop confortables
On se demande si ces histoires vont se rejoindre.
L’histoire de Hani m’a moins touchée que les deux autres, celle de Déborah m’a beaucoup plu.
Ce n’est pas un dilemme à imposer à une mère, Michaël. Car quel pacte est le plus important : entre une femme et son conjoint ou entre une mère et ses enfants ?
Histoires de paternité, de rapports père/fille, mère/fils…qui s’inscrivent dans l’espace réduit d’un immeuble de trois étages.
TRE PIANI – le film de Nanni Moretti
l’affiche du film
Ayant terminé, et aimé, le livre, je me suis précipitée au cinéma pour voir l’adaptation filmée. En général, le film qui a un format de 1h30 ou 2h, doit faire des choix dans le récit se focalise sur un aspect tandis que le livre prend son temps. Et le propos est souvent appauvri.
Curieusement Nanni Moretti a puisédans le livre l’idée générale, des dialogues entiers s’y retrouvent mais il a « complété » l’histoire. Le mari de la juge, apparait bien vivant dans les deux tiers du film et l’homme que rencontre la juge est à peine esquissé.
En revanche, l’adaptation à l’Italie et Rome d’aujourd’hui est très réussie. Pas de forum gauchistes, à la place un vestiaire où Dora, la Juge, porte les vêtements de son mari décédé. Le personnage de la jeune mère délaissée est aussi plus fouillé que dans le livre.
En définitive, le film est un objet indépendant du livre, il convient de les voir séparément et de ne pas les comparer!
Exposition temporaire du 28 septembre jusqu’au 16 janvier 2022
1826 : premières photos de Niepce
1895 : première séance de cinéma des Frères Lumière.
Depuis le milieu du XIXème siècle, les représentations de la réalité évoluent, les images s’animent.
Pygmalion et Galatée Rodin
En introduction à l’Exposition, la sculpture de Rodin s’anime sur l’écran comme une blague : la statue quitte son piédestal et devient femme vivante – illustration de cette arrivée du mouvement. Mouvement, transformations et bouleversements dans Paris documentés par la photographie qui témoigne de la construction des Boulevards haussmanniens, de la construction de la Tour Eiffel, de l’enterrement de Victor Hugo ou tout simplement de la circulation Rue Royale.
Caillebotte : Pont de l’Europe
La peinture aussi préfigure le cinéma comme ce passant sur la gauche du tableau qui s’éloigne à grandes enjambées tandis que le train Gare Saint Lazare s’annonce avec son panache blanc.
Pissaro : La Place du Théâtre français
Cadrage cinématographique pour ce carrefour peint par Pissaro vu de dessus. L’idée de mouvement, d’images animées s’impose dans ces séries de photographies, dans les jeux d’animations de disques qui tournent, de photographies stéréoscopiques, même dans la peinture où les personnages virevoltent comme dans la Valse de Valotton
la Valse : Valotton
Valotton illustre cette vie moderne trépidante
Valotton : le Bon Marché
Evidemment, le sujet de l’exposition est illustré par de nombreuses projections qu’il est plus difficile de photographier et de commenter.
Corps en mouvement des gymnastes et athlètes, corps musclés, à saute-mouton, aux agrès à la course. Différentes des images sportives d’aujourd’hui qui font plus de place au record, à la performance qu’aux exercices . Sport masculin et danse. Loïe Fuller est une muse inspirant de nombreuses réalisations, photographies, films mais aussi sculptures ou lampes.
Loïe Fuller
Photographies, et films montrent aussi le corps féminindans un but érotique et même un esprit voyeur. toute une salle montre films et photos coquines.
Vers la fin de l’exposition on arrive à représentation historique : panorama comme cette bataille de Champigny/Marne(2 décembre 1870) peinture géante de 120 m de long sur 9m de haut (seul un extrait est ici présenté), peinture et films historiques et bibliques.
Après la surprise de la vie quotidienne qui a ravi les premiers spectateurs, les réalisateurs doivent présentent des sujets plus élaborés : au début du XXème siècles les différents genres de cinéma sont développés : comique, érotique, historique, le cinéma est bien là!
11 ventilateurs, des fumigènes, une voile, 10 danseurs virtuoses, athlètes, souples sensibles.
Le spectacle a commencé doucement dans la pénombre avec un tout petit ventilateur et un couple de danseur qui nous a fait penser aux ailes d’un moulin à vent. Puis la tempête s’est déchaînée avec l’arrivée du reste de la troupe par des ouvertures rondes comme des hublots.
Rosa a cru qu’on était dans la cale d’un bateau
Céline s’est senti transportée dans le désert.
Et la voile a roulé dans la tempête.
Djinn, fée ou génie dans cette robe blanche…..
Un spectacle merveilleux.
Depuis de nombreuses années Merzouki présente à Créteil des spectacles variés, de Boxe boxe à Pixel, Vertical….chaque fois renouvelés, chaque fois surprenant.
C’est un roman policier qui se déroule à Athènes en Juin 2020, juste au moment du déconfinement. Quelle meilleure manière de retrouver la liberté que de boire un verre au coucher du soleil sur l’Acropole?
L’Acropole s’illumine du roof-top de l’hôtel Economy, moins chic que pour Stavros mais un excellent souvenir
Les polars explorent les ressorts cachés d’une ville, spéculation immobilière, corruption, magouilles politiques ou autres….ils nous conduisent dans les coulisses inaccessibles aux touristes.
Stavros ne suivra pas les caravanes en Asie Centrale. La Route de la Soie passe par le Pirée. le port est le hub du commerce maritime entre l’Asie et l’Europe. Occasion de développer au cours du roman toute une analyse géopolitique et économique fort intéressante. Trop heureux de se sortir de la Crise économique qui les asphyxiait, les Grecs ont accueilli les Chinois sans mesurer l’emprise de la Chine sur la marine grecque mais aussi sur l’immobilier et la construction, aussi sur les conditions de travail sur le port, la négation des droits syndicaux.
Un homme d’affaires chinois est assassiné sous les yeux de Stavros. Ce dernier découvrira aussi le meurtre d’un journaliste trop curieux. L’essentiel de l’enquête sera effectuée par Eugenes, le hackeur de service, capable de cracker n’importe quel mot de passe et de s’introduire dans les comptes de n’importe quelle banque… Stavros et ses collègues passent un non moment au bar de Matoula, histoire de donner un parfum grec à cette affaire : occasion de rappeler toutes les variantes de cafés qu’on peut commander à Athènes, un peu de folklore ne nuit pas!
Si l’aspect économique est passionnant, l’aspect humain manque de chaleur. Les policiers sont à peine esquissés. Les Chinois se ressemblent tous à part la super-espionne, superwoman. Beaucoup de clichés. C’est donc une lecture agréable, fluide que j’ai dévorée en une journée. Je reprendrai volontiers un autre opus des aventures de Stavros à l’occasion. Toutefois, n’est pas Markaris qui veut, et Charitos et sa famille n’ont pas à redouter la concurrence.
Exposition temporaire de Taysir Batniji jusqu’au 9-01-2022 au Mac val de Vitry
hannoun (1972-2009) performance installation, photographie couleur, copeaux de crayon Champ de coquelicot
QUELQUES BRIBES ARRACHEES AU VIDE QUI SE CREUSE
Je suis un très mauvais public pour l’art contemporain.
Si la visite n’avait pas été guidée en présence de Taysir Batniji et commentée par d’excellents conférenciers, je n’aurais sans doute rien compris et j’aurais été très déroutée par cette installation dont le thème est la disparition, l’effacement, l’arrachement, l’absence et l’exil.
Sans titre -1998 – valise sable; le sable est un leitmotiv dans le travail de Taysir Batnijj « ma patrie est une valise » Mahmoud Darwich
Dans le vaste espace que le Macval offre à cette monographie, je suis désorientée. Aux murs : des cadres assez petits et à l’intérieur, des feuilles blanches, des aquarelles minimalistes, sur le mur du fond un grand tableau noir, dans un couloir des photos, au sol une valise pleine de sable, un pavage avec de vrais pavés, un empilement de savons…Des cartels avec du texte, nécessaires.
Pères photographies couleurs intérieur de boutiques à Gaza
Heureusement, une conférencière anime la visite. Elle nous conduit à la série de photographies en couleur « Pères« . Très belles photos de simples boutiques ou d’ateliers à Gaza. Entre les marchandises on voit les photographies de famille, les Pères, ainsi que les portraits de leaders politiques ou ceux des martyrs. Ces boutiques sont des lieux de socialisation, ces portraits accompagnent les clients et vendeurs, avec le temps ils jaunissent, puis disparaissent, effacés, arrachés….
aquarelle imitant les traces que les scotchs arrachés ont laissé sur le cadre : disparition de la photo!
Cette disparition des visages joue en « basse continue » dans l’œuvre du plasticien . Taysir joue avec cette disparition, peint à l’aquarelle, un arrachement imaginaire de photos qui ont disparu bien avant que l’oeuvre ne soit peinte. Sans l’intervention de la conférencière, je serais passée complètement à côté.
Les cadres semblant ne contenir que des feuilles blanches nécessite l’initiative du visiteur : si on s’approche, on pourrait deviner les traces en fine gravure des photos effacées d’une noce : celle de son frère. Mais il faut être prévenu pour venir les chercher d’assez près. De même ce mur noir n’est pas vraiment noir : c’est un assemblage de portraits de martyrs de l’Intifada. C’est seulement les variations de l’éclairage qui font apparaître les visages.
Pour revenir à la « basse continue » qui accompagne la visite : les bombardements aériens sur Gaza qui pilonnent la ville. Toujours comme accompagnement la musique I will survive de Goria Gaynor, provenant d’une vidéo où Taysir s’est filmé dansant sur cette musique, qui se mêle aux bombes.
Un mur ressemble à s’y méprendre à la vitrine d’une agence immobilière avec description des maisons qui ne sont pas à vendre, elles ont été bombardées et les destructions sont bien apparentes.
« On note la permanence de certains motifs, de certaines procédures plastiques. il y a des arrachements, des vides, des recouvrements, des réserves, des reconstitutions? Des simulacres? Du non fini, de l’inachèvement…. »
selon le livret de présentation
Une autre conférencière a préparé tout un topo sur l’exil, la disparition, citant Pérec et Hannah Arendt, Edward Saïd….je décroche un peu du commentaire très très intello. Intéressant, certes, pour découvrir par moi-même les oeuvres qui n’ont pas été commentées en détail.
L’oeuvre qui m’a le plus émue : ces toiles de peintres ligotées, roulées, rouillées maculées de la trace de la clé de la maison de ceux qui en ont été chassés et qui la conservent précieusement.
Taysir Batniji assis derrière les toiles roulées. Au fond le simulacre de vitrine d’agence immobilière
Cette exposition qui paraît très conceptuelle, difficile à aborder a été un moment très émotionnellement chargé du fait de la présence de l’artiste d’une grande simplicité et gentillesse.
Le concert de Kamelya Joubrans’inscrit dans la suite de l’exposition; La chanteuse palestinienne oudiste, a une démarche similaire à celle du plasticien :
Kamilya Jubran et Werner Hasler
J’aime l’oud et la musique arabe même si je ne comprends pas les paroles . Kamilya Jubran présentait son nouveau spectacle Wa. J’ai du mal à caractériser cette musique : jazz arabe? jazz électronique. Werner Hasler joue de la trompette mais surtout du clavier électronique. j’ai été un peu désarçonnée par l’électro.
Sur l’appli RadioFrance j’ai trouvé deux podcasts Dans la discothèque d’Ocora et En sol majeur (RFI) Taysir Batniji
Monsieur le Ministre, Nous soussignés, habitants de la commune de Chaudun […] avons l’honneur de vous adresser respectueusement la requête suivante. Il n’est douteux pour personne qu’un des tristes privilèges conférés par la nature au département des Hautes-Alpes est celui de compter parmi les plus pauvres et parmi ceux où les conditions de l’existence sont les plus rudes et les plus précaires. Les montagnards alpins, sans cesse aux prises avec les difficultés les plus lourdes et les plus imprévues, disputent péniblement à un sol rebelle et à un ciel peu clément les chétives ressources qui suffiront à peine à nourrir leur famille. Pour ces déshérités de la nature, le combat de la vie est terrible, continuel et souvent fatal.
Privé de toute communication avec les villages environnants, enfoncé dans les replis abrupts de rochers dénudés, Chaudun est éloigné d’environ 19 kilomètres de son centre d’approvisionnement. L’élévation des montagnes, l’extrême déclivité de leur pente, le mauvais état des sentiers rendent le parcours du pays excessivement difficile et périlleux.
Vaincus par l’indigence, nous avons l’honneur de proposer au gouvernement l’achat du territoire de notre commune. »
p. 44 du livre de L Bronner
Chaudun évoque tant de promenades en montagne en Dévoluyoù j’ai passé mes vacances d’été pendant plus de trente ans.
Col de Rabou
Chaudun, c’était à l’ombre du Pic de Bure, entre Dévoluy et Champsaur, une montagne sauvage au delà du col du Noyer du col du Rabou où je n’ai pas eu le courage d’aller seule tant l’endroit est perdu. Vague souvenir d’une randonnée accompagnée il y a si longtemps. Je m’y suis installée souvent au-dessus du Col de Rabou avec mes jumelles cherchant mouflons et chamois ou surveillant les rapaces : une fois j’ai même vu un aigle chassé par un vol de choucas agressifs. J’aurais dû emprunter le sentier des bans en balcon au dessus du vallon. Chaudun est resté le graal, inatteignable pour la randonneuse solitaire.
Dès que j’ai vu le titre « Chaudun, le village sacrifié » de Jean Luc Fontaineje l’ai téléchargé dans la liseuse, sans me douter qu’il existait un autre livre « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner(Seuil) que j’ai également téléchargé sans même m’en rendre compte. Un troisième ouvrageLe destin brisé d’un village françaisde Pierre Bussière raconte l’histoire de ce village que les habitants, qui, dans une pauvreté extrême, l’ont cédé à l’Etat et ont dû abandonner leurs maisons en laissant la porte de leur maison ouverte.
Chaudun, le village sacrifié de Jean-Luc Fontaine
J’ai commencé par le livre de Jean-Luc Fontaine : Les trois premiers chapitres se déroulent à Chaudun
« Ce village de bouscatiers têtus est l’un des plus pauvres du canton, il est bâti là, coincé entre ces hauts sommets enneigés une grande partie de l’année.
(…)
Pour survivre les habitants n’ont d’autre solution que de continuer inlassablement à couper des arbres. »
Alimenter en énergie les machines de la Révolution Industrielle. a la fin du siècle, ils ont tout déboisé:
« Là où il y a encore quelques années la forêt prospérait, rien ne repousse, sans les racines qui s’ancrent sous terre et maintiennent le sol, les éboulements deviennent fréquents, les sangliers, chamois et bouquetins s’en vont ailleurs, privant les chasseurs d’un gibier bienfaiteur. Arides, les versants deviennent dangereux. »
En dehors du bois, quelques troupeaux et de pauvres champs. Mauricette, petite bergère, privée d’école parce que fille, a appris seule à lire et rêve de liberté et de grands horizons. Avec son amoureux Elzéard, ils s’enfuient à Marseille avant que le village ne soit déserté. La suite du roman raconte les amours de Mauricette et de sa fille , Marie, née en Argentine revenue à Marseille en 1939 juste avant que n’éclate la guerre. Résistance, déportation, Marie, se cache à Chaudun sous la garde d’ Elzéard.
Je suis un peu déçue, pas assez de vie en montagne. Le roman s’est éparpillé dans la romance.
Une belle surprise tout de même : déplorant le déboisement, Mauricette a semé des glands, Elzéard poursuit les semis de la bergère, et rencontre un certain Jean Giono . Elzéard serait-il le héros de L’Homme qui plantait des arbres que j’ai tant aimé?
Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner (Seuil)
Contrairement au roman précédent qui est une fiction, le livre de Bronner est une enquête historique rigoureusement menée sur tous les témoignages que l’auteur a pu trouver, au cimetière et à l’Etat Civil, dans les registres de l’armée, dans les documents de la paroisse et de l’évêché, les rapports de l’Inspection Académique, des Eaux et Forêts… et dans la Presse de l’époque.
Et le résultat est passionnant! Nous imaginons la vie du village dans ses moindres détails, de la naissance à la mort des habitants. Nous connaissons leurs noms (quelques familles), le nom des maires, des curés ou des instituteurs. L’auteur a même retrouvé l’inventaire du mobilier de la pauvre église. Nous connaissons la taille, la forme du menton et du nez des conscrits pour le Service militaire (l’armée est une bureaucrate tatillonne).
Pas de roman, pas de fiction, mais tant de détails de la vie.
L’Homme qui plantait des arbres n’est pas un berger-ermite. Il n’aurait pas pu rencontrer Giono dans sa randonnée, c’est un fonctionnaire des Eaux et forêts : Le Vérificateur général du Reboisement. On ne planta pas au hasard des promenades des glands dans des trous mais on fit appel à des équipes de planteurs, parfois des italiens
« la République veut effacer le désastre des humains ; la République va donc replanter des arbres par milliers, en réalité par millions, une fois l’homme parti.
Les équipes de planteurs se composent généralement de 30 à 40 personnes,
63 000 feuillus et 3 363 280 résineux, des mélèzes, des pins noirs, des épicéas, des pins cembros, des pins à crochets, des pins sylvestres.
Chaudun, ce sont des millions d’arbres qui ont été plantés après le départ de l’homme… »
Renaissance de la montagne : en l’absence d’activités humaines, la nature a retrouvé ses droits, la biodiversité est remarquable, le loup est revenu, une orchidée rare pousse. Un territoire difficilement accessible est devenu une réserve intégrale. Et l’auteur nous livre avec gourmandise l’inventaire de ces richesses nouvelles, flore et faune.
Il existe un troisième ouvrage racontant l’histoire de Chaudun : c’est le livre de Pierre Bussière : Le destin brisé d’un village français (pocket) je l’ai inscrit dans mon pense-bête de babélio, pour plus tard!
Mille mercis à Jostein qui a organisé le concours et aux éditions Zulma pour cet excellent moment de lecture!
Evasion garantie dans un Soudan totalement inattendu . La variété de langues, d’identités, de coutume surprend : sont-ils Arabes, Ethiopiens, Soudanais, Erythréens, ces Jangos, journaliers nomades qui récoltent le sésame, le sorgho ou le blé qui se déplacent pour chercher du travail à la saison? Sont-ils musulmans, chrétiens ou animistes? Foules de croyances magiques, au Coran et aux textes sacrés se mêlent des grimoires magiques. Même les sexes ne sont pas définis : Safia est-elle une femme, un homme ou hermaphrodite? Wad Amouna, à son propre sujet se pose la même question. Alam Gishi est-elle un Djinn?
Au fil des anecdotes pittoresques, des aventures du narrateur ou de ses amis, se découvrent toutes les facettes des personnages. Conférences et séminaires bien arrosés sont le lieu de tous les racontars et de tous les commérages. Le lecteur se régale.
Si vous aviez des préjugés sur le Soudan islamiste rigoureux, vous allez être surpris de la place des boissons alcoolisées, artisanales, sources de revenu des femmes, ou importées, ruine des Jango à la morte-saison. Chassez aussi les a-priori sur le rôle des femmes. Elles ont une forte personnalité et jouissent d’une liberté étonnante : prostituées ou mères, mariées ou divorcées, et même révolutionnaires!
Bien sûr, ces récits n’ont pas plu au pouvoir et le livre a été censuré!
Après de très belles journées ensoleillées, la dépression attendue est arrivée à grand fracas : vent et averses, pendant la nuit. Dès 10 heures du matin, elle est déjà passée. Cette météo pessimiste ne nous a pas incitée à préparer la randonnée et le pique-nique mais plutôt à prévoir un déjeuner le déjeuner de crêpes que j’attends depuis le début des vacances.
J’ai pris mon bâton de marche en prévision des chemins mouillés et glissants et je trouve le GR à deux pas de notre gite de Saint Antoine le long de l’Aber Wrac’h vers l’intérieur. Je me méfie, dimanche dernier, je me suis perdue à Kerviré, une ferme un peu à l’écart de la côte, j’avais fait au moins 3 km de plus pour retrouver le sentier (grâce au GPS de Visorando) . Au lieu de suivre le chemin agricole dans les maïs, je trouve le GR qui s’engouffre dans les taillis, petite trouée que je n’avais pas remarquée, le chemin creux est aussi bien gadouilleux, je me félicite d’avoir mon bâton. j’arrive rapidement au chantier naval où une belle épave est répliquée à neuf. Un jeune homme explique qu’ils ont prélevé les 3 mâts pour les mettre sur le nouveau bateau. C’est un gros chantier : 30 charpentiers y travaillent parfois.
Encore une petite grimpette et j’arrive sur l’aber près du petit port à côté du Pont de Paluden où se trouve la petite Crêperie du Pontoù nous avons réservé une table. Dans une ancienne maison de pierre deux salles sont meublées traditionnellement : tissu à carreau rouge et blanc, vieux et lourds meubles sculptés en bois sombre, une belle cheminée de granite. nous commandons des galettes Mont d’Arrée(chèvre chaud et miel) et Océane (saumon) et deux crêpes paluden (pommes caramel au sel) pour dessert.
Le soleil brille, je reprends le GR à la Plage de Saint Cava où nous avions piqueniqué dimanche. Entre le Pont Paluden et Saint Cava, le GR suit la route, puis s’éloigne de l’Aber en prenant de la hauteur sur un bon chemin agricole à 50 m au dessus du niveau de l’eau. Chemin facile, tout droit dans les champs de maïs qui descend au niveau du lieu-dit Perros en suivant une petite route. Après, c’est un peu compliqué parce que la côte est construite et qu’on ne peut pas suivre le littoral, il faut contourner les maisons (ce n’est pas très bien balisé non plus).
Après la plage de Saint Cava, le sentier colle bien à la côte, impossible de se tromper, une plage est bordée de restaurants, la pointe en face des phares de l’île Vierge – vue spectaculaire . A un tronçon plus sauvage vers Reun, succède une pointe un peu plus construite avec de jolies maisons bretonnes fleuries. Enfin, je retrouve Dominique à Porz Gwenprès de viviers. Mais c e sont aux viviers de Paluden que nous achèterons les dernières moules des vacances!