Apeirogon – Colum McCann – Belfond

LIRE POUR ISRAEL/PALESTINE 

Comment l’histoire vraie de Rami Elhanan et celle de Bassam Aramin est-elle passée sous mes radars?

Bassam et Rami en vinrent à comprendre qu’ils se serviraient de la force de leur chagrin comme d’une arme.

Bassam Aramin (left) and Rami Elhanan (right) – members of the Bereaved Families Forum

Deux pères endeuillés, Rami, l’Israélien, père de Smadar, 14 ans,  victime en 1997 d’un attentat de kamikazes et Bassam, le Palestinien, père d’Abir, 10 ans tuée par une balle à l’entrée de son école en 2007. Ces deux pères consacrent maintenant leur vie à raconter conjointement leur deuil plutôt que leur vengeance et militent pour la paix dans le cercle des parents. Histoire du combat pour la Paix. Histoire aussi d’une amitié. 

Cette histoire, seule, aurait valu la peine d’être lue, même brute, même sans fioritures littéraires. Surtout si, en plus, le livre évoque Nourit Peled-Elhanan, la femme de Rami, lauréate du Prix Sakharov 2001, aussi une Combattante pour la paix et son père Matti Peledgénéral, héros des guerres israéliennes, et arabisant, universitaire, protestataire, militant contre l’occupation après la guerre des Six Jours. 

 

Une biographie de Bassam, même littérale, aurait été passionnante. Vie quotidienne en Palestine, internement à 17 ans en prison, résistance par la non-violence. 

Toute la puissance d‘Apeirogon est justement d’avoir raconté leur histoire dans un livre des 1001 épisodes (il est aussi question des 1001 Nuits que les fillettes lisaient et du traducteur en Italien des 1001 Nuits, abattu par le Mossad).

Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés.[…]Pris dans sa totalité, un apeirogon approche de la forme d’un cercle, mais un petit fragment, une fois grossi,
ressemble à une ligne droite. On peut finalement atteindre n’importe quel point à l’intérieur du tout.

L’histoire de Bassam et de Rami se découvre entre les facettes de ce polygone, de ce livre de contes extraordinaires (et pourtant véridiques). Construction très habile , symétrique de 500 chapitres formant la première moitié du texte, tandis que le chapitre médian est numéroté 1001 et  le suivant 500 tandis que les numéros décroîtront. C’est cette décroissance qui m’a alertée sur l’aspect symétrique de la composition. 

souimanga de Palestine

J’ai beaucoup aimé l’évocation des oiseaux migrateurs qui empruntent le couloir aérien au dessus de la vallée du Jourdain. Oiseaux qu’on bague. Oiseaux de proie aussi, faucons capturés dans le désert et vendus sur le marché de Bethléem, histoire de Burton (1821-1890) explorateur et fauconnier. Des faucons on passe aux drones…Ortolans prisés par Mitterrand (là, je n’ai pas trop aimé).   Evocation aussi de la Conférence des Oiseaux jouée par Peter Brook dans le Sahara (je l’avais vu aux Bouffes du Nord). Oiseaux symboles de la Palestine Souimanga de Palestine ou Huppe loquace emblème d’Israël…

Certains de ces chapitres nous emmènent très loin dans des résonnances littéraires ou musicales. Evocation de l’expérience de la mort par Antonin Artaud à la Sorbonne dans son  essai Le Théâtre et la Peste. Chants d’oiseaux de Messiaen et partition 4’33 » de John Cage. Impossible de lister toutes les références culturelles, occasion de sortie mon smartphone pour chercher sur Google des images ou des vidéos. Parfois ces digressions nous éloignent du sujet; je m’agace un peu (qui trop embrasse mal étreint). Mais c’est toujours passionnant. Un regret l’histoire de Dalia Al Fahoum et de ses enregistrements des bruits de la Palestine, qui a disparu et que je n’ai pas retrouvée sur Internet. 

Ce livre m’a captivée, il est tellement riche que j’ai déjà envie d’y retourner.

La Havane – Vedado – visite de la Forteresse – Musées – Cocotaxi – Prado

CUBA – Samedi 21 février

La Havane : petit marché local

En sortant ce matin dans le jardin, l’odeur délicieuse d’oranger en fleur nous surprend. Inutile de se lever tôt dans notre belle maison Le petit déjeuner n’est pas servi avant 8heures.  A neuf heures, nous sommes sur la calle 23, si animée hier soir, maintenant déserte. Pas un taxi.  Nous détaillons les belles façades, certaines restaurées, certaines mangées par la végétation tropicale Des chapiteaux corinthiens, ioniques ou doriques s’écaillent ou sont soulignés par des peintures colorées dans la plus grande fantaisie. Difficile d’imaginer la vie dans ces villas immenses. Les anciennes familles occupent-elles encore leurs domaines ou sont ils fractionnés en logements ?

Nous sommes à la recherche d’une bouteille d’eau . J’essaie une épicerie au comptoir ouvert sur la rue . Les rayonnages sont absolument vides, bien entendu, l’eau minérale est inconnue. S’il n’y a rien sur les étagères, par terre se trouvent des sacs. On vend en vrac, le riz, le sucre les haricots et la farine pesés sur une balance Roberval. Pas de conserves en dehors du lait condensé . Sur des étals presque vides sont exposés des tomates, concombres et tubercules que je n’identifie pas .

en taxi vers la forteresse

Nous trouvons enfin un taxi, une vieille Lada qui suit le Malecon et emprunte le tunnel pour aller à la forteresse.

9h30 : il est bien trop tôt. La billetterie n’ouvre qu’à 10 heures (plus une bonne dizaine de minutes de retard. L’exactitude n’est ni espagnole ni latino-américaine) . Il fait déjà chaud, le soleil tape dur . Une belle lumière inonde La Havane.

De loin, les gratte-ciel du front de mer ont belle allure, de près ils étaient laids .La Havane offre son profil américain avec ses gratte-ciel et son Capitole.

profil « américain » et port vus de la forteresse

Les gros cargos se succèdent dans la passe qui mène au port. L’un d’eux, Panaméen est particulièrement rouillé.

Finalement, nous pénétrons dans l’énorme forteresse du 18ème siècle entourée par ses fossés herbus et ses hauts murs .Elle garde l’entrée du port, le défendant des corsaires. Très vaste  et armée de nombreux canons. Ce n’est qu’une partie du système défensif. Un autre fort se dresse en avant à côté du phare, en face, la Fuerza Real que nous avons visitée la semaine dernière .

La Havane : forteresse

Les bâtiments très hauts précédés de hautes portes de bois sont très bien conservés (ou restaurés).Ils abritent un petit musée des armes (poignards, sabres, kris) du monde entier, des restaurants, et surtout la Foire du Livre .les écriteaux au dessus des portes évoquent la littérature cubaine   Lezama Lima, Alejo Carpentier ...

Nous montons sur les enceintes sous un soleil cuisant(j’aurais dû prendre mon chapeau de paille ou un foulard). Sur la Place d’Armes, une surprise nous attend : une dizaine de soldats espagnols en perruque et bottes de mousquetaires relève la garde . deux d’entre eux se détachent. Un minuscule canon est mis à feu à l’aide d’une loupe. Autour du canon, en arc de cercle : un grand cadran solaire.

Fortreresse de la Havane : relève de la garde

Visite au Musée Che Guevara : on voit son bureau, quelques effets personnels, un vieux sac à dos, un canif . beaucoup de photos. J’en connais une bonne partie d’après le livre de Découvertes Gallimard et celui de Kalfon. Sur des panneaux vieillots très sobres : des citations à la gloire du Che de Fidel, de Borges et l’inévitable José Marti .C’est émouvant . La personnalité du Che, archange de la Révolution, modèle d’un Homme Nouveau ne peut laisser indifférent . Pourtant je suis toujours sceptique aux martyrologies . Que serait il devenu s’il avait survécu ?

Pour rentrer : taxi de collection : une Opel 1954 peinte en marron. Le chauffeur nous fait remarquer que Cuba est un musée roulant ;

Irons nous voir le Musée de la Musique ? Assises sur un banc du square du 13 mars, nous hésitons. Promenades au Prado pour voir les façades des grands édifices ? ou Musée de la Révolution construit dans le monumental Palais Présidentiel construit en 1913 ?

La Havane : Capitole

Impossible de faire l’impasse sur la Révolution. Nous passons plus d’une heure à regarder les photos en noir et blanc avec leur austère commentaire, les slogans révolutionnaires , et quelques objets de la vie quotidienne des guérilleros (chaussures de marche, chemises militaires, blaireaux …)tout un demi siècle d’histoire défile, et pas seulement à Cuba . je reconnais les figures de Nasser, de Gagarine, de Mikoyan . cela me remue que les images d’actualité de mon enfance et de mon adolescence soient maintenant passées à l’Histoire. des souvenirs clignotent .

Des visages inconnus de cubains, bourgeois, paysans sous le chapeau de paille, quelques rares visages de femmes ,. des centaines de visages qu’on ne peut pas ignorer. Je lis avec attention les austères panneaux de statistiques . Bien peu répondent à mes interrogations . Rien sur les taux de naissance ni sur la contraception, si peu sur les exportation et le prix du sucre .

De la guerre opposant Cuba aux USA, des données nouvelles : la guerre bactériologique aurait été utilisée par la CIA : maladies du tabac, maladies de la canne et même la dengue . Que penser ?

Dominique découvre qu’elle comprend très bien l’espagnol écrit des panneaux même mieux que l’anglais .

Nous rentrons au Vedado en Coco taxi – version latine du touktouk asiatique – version moderne aussi : une coque en fibre de verre jaune : un engin léger, rigolo, confortable mais terriblement bruyant. Le notre ne démarre pas, il doit être poussé par trois vigoureux passants . A chaque carrefour, il pétarade sans trêve . Malheur, s’il cale, il ne pourra pas repartir .

Dans le jardin il fait une température idéale, pas une voiture dans la callé 25 ni sur 6 . Des enfants jouent à la balle dans la rue. Je me prélasserais bien encore plus dans cette douce tranquillité .

Cocotaxi

Vers 16 heures, nous prenons un autre cocotaxi, nous y avons pris goût . Je marchande 3$  pour la Vieille Havane, le chauffeur en demandait 5 . C’est toujours risqué de marchander avec un touktouk j’en avais déjà fait l’expérience à Kanchanabury . Pour ce prix négocié, le Cocotaxi fonce, nous secoue . C’est à se demander s’il ne fait pas exprès de passer dans les nids de poules et s’il ne rase pas les piétons pour nous effrayer . J’allais faire la remarque à Dominique « nous sommes punies », quand la police arrête notre véhicule qui roulait à gauche largement au dessus des 40km/h autorisés. Au lieu de nous conduire à la Cathédrale, il nous laisse devant le Capitole. Nous sommes bien contentes de descendre à défaut d’être arrivées à destination .

Nous sommes abordées par des mendiants. C’est la première fois . Je distribue de bonne grâce chicklets et savons.

Nous descendons le Prado qui est vraiment une très belle promenade ombragée d’arbres magnifiques, avec des bancs de marbre, bordée de deux contre-allées tranquilles . Les immeubles sont surchargés de stucs, colonnes et moulures, peints en vert, bleu, beige . Comme c’est samedi, soir tout le monde est dehors au balcon. Je prends une photo d’une femme noire vêtue de rose fuchsia avec des bigoudis sur la tête qui danse avec son balai. Il y a de la musique partout. Chacun pousse sa chaîne au maximum.

Aux balcons du Prado

Nous nous asseyons sous les fenêtre d’un bel immeuble d’où sort une musique assourdissante : d’après ce qu’on voit sur le balcon, c’est une boum d’enfants .

Par les petites rues animées, nous parvenons à la Cathédrale. Des musiciens jouent dans un bar, les spectateurs se massent dans la rue . sur la place de la Cathédrale, devant le restaurant Le Patio un orchestre de cinq musiciens . Des cubains invitent à danser les touristes. Un vieux noir avec une casquette rouge fait rouler un bidon et fait mine de danser avec .

Le musée colonial occupe une belle demeure construite autour d’un vaste patio . les salles du rez de chaussée présentent de la vaisselle de porcelaine fine : quel raffinement chez les familles nobles espagnoles ou créoles .  A l’étage, des pièces sont reconstituées : une salle à manger d’apparat avec tout un service de verres en cristal, ne chambre à coucher etc… Nous sommes sans cesse sollicitées par les bruits de la rue les orchestres des bars des rues adjacentes, ,  trois petites filles répètent une chorégraphie en tapant dans leurs mains …

Il fait presque nuit quand nous remontons Obispo que nous reconnaissons . Cela fait plaisir de repasser par des endroits connus. Nous nous approprions la ville . Pourtant Obispo,  le soir, est bien différente de l’autre matin . Les oiseleurs ont rentré les cages, les librairies sont fermées mais les bars font recette . Nous passons devant des galeries de peintures que nous n’avions pas remarquées quand nous cherchions nos piles . Je fais mon pèlerinage Hemingway, entre au Floridita (très classe, air conditionné, le portier referme la porte derrière moi) . A côté du fameux tabouret de l’écrivain, une silhouette en carton à son effigie .

 

Jésus et Judas – Amos Oz

LITTERATURE ISRAELIENNE

« J’ai assisté à une conférence à l’étranger » as-tu dit. Elle était donné par un homme qui affirmait fièrement que nous étions les héritiers, les descendants des prophètes. Il fallait corriger immédiatement son propos : non nous ne sommes pas les descendants des prophètes car la plupart d’entre eux n’ont pas eu de descendance. mais nous sommes les héritiers de ceux qui leur ont jeté des pierres pour qu’ils se taisent. »

Dès que j’ai appris la parution de ce livre posthume, je me  suis précipitée à le télécharger. Ce court ouvrage (96 pages) est le texte d’une conférence donnée à Berlin. Amos Oz parle de son livre Judas, de la figure du traître qu’on lui renvoie. j’ai beaucoup aimé ce livre, lu à sa parution, chroniqué

En revanche, j’ai découvert Delphine Horvilleur qui a préfacé l’ouvrage sous forme d’une lettre ouverte à Amos Oz très touchante dans laquelle je me suis retrouvée. 

La Havane – Vedado

CUBA – Vendredi 20 février 2004

Vedado

J’écris, assise dans un rocking-chair en fer forgé sous la colonnade de la plus belle maison qu’on puisse imaginer. Une maison de millionnaires d’antan. Construite en 1954, modern style, très sobre. Sur la table basse de fer forgé, le plus joli cendrier en émail cloisonné chinois. Un jardin luxuriant . La terrasse est bordée d’une rangée de frondes de fougères . Un immense bananier donne de l’ombre à notre chambre. Trois de ses troncs sont si hauts que je les confonds avec des palmiers. Dans les carrés de pelouse, des massifs de bougainvillées rose vif, des crotons, des rosiers . Des plantes vertes en pot complètent l’aspect luxuriant de cette végétation tropicale. Une belle haie très drue nous isole de la rue 25 tranquille bordée de villas d’un ou deux étages un peu décaties . Souvenirs pas si lointains d’un quartier très chic avant la Révolution. Notre chambre, elle aussi, est restée dans l’état de sa première splendeur avec son mobilier des années 50 vieillissant mais de très bon goût, armoire de glace .

Les occupantes des lieux sont de vieilles dames, les anciennes propriétaires.

Une vieille dame vient me tenir compagnie avec Mélida. Ces deux dames sont très bien coiffées maquillées, elles sont encore belle allure . Dans leur jeunesse, elles ont dû vivre dans un luxe comparable à celui de la Côte d’Azur ou de Neuilly . Elles parlent de maladies comme toutes les vieilles dames du monde .

Vedado

Nous avons failli habiter dans un véritable palais aux moulures de stuc, colonnes grecques. Nous sommes arrivées dans une entrée magnifique avec des lustres de cristal, des peintures chinoises ou japonaises au mur. Par la porte vitrée nous avons aperçu dans le petit salon le plus beau piano à queue laqué blanc que j’ai jamais vu . mais c’était une erreur de Roots . le taxi ayant disparu, j’ai roulé la valise et Dominique a porté les paquets à quelques blocs de là, de la rue 21y4 à 25y6. Peu de poésie dans cette numérotation, mais c’est bien pratique .

Notre deuxième séjour à La Havane ne ressemblera pas au premier .

La journée ne s’est pas déroulée comme nous le pensions.

Nous avons quitté Cayo Levisa par une mer d’huile laiteuse et opalescente à l’arrière du récif, noire et brillante du côté de la mangrove .

Sur la jetée de planches, nous avons guetté les petits poissons .Le guitariste a accompagné un saxophoniste français . Il lui montre un barracuda : poisson mince, à l’affût . Puis nous voyons une sorte de concombre de mer puis un annélide que le guitariste appelle un mille pieds.

La traversée a été très agréable, le bateau soulève une écume abondante et fend le miroir brillant traînant 12 ondes qui rident la mer étale .

A la sortie du bateau, le chauffeur de taxi nous attend avec sa Citroën Xsara . Il se présente : « Pedro ». la conversation s’engage. C’est absurde d’aller chercher l’autobus à Vinales, cela rallonge la route, sans parler de l’attente . Il propose, pour 50$ de nous emmener directement à La Havane. Vous serez à la Havane à 11h au lieu de 17 heures . Pour seulement 25$ de plus, nous gagnons une demi journée et surtout un voyage beaucoup plus agréable que dans le car Viazul sur l’autoroute. De plus, il est d’accord pour les arrêts photos.

Dans les rizières, les hommes repiquent. Contrairement à la Thaïlande, les femmes ne travaillent pas aux champs ici. Pédro commente. C’est un guide excellent qui sait expliquer et animer ce qu’on voit . Je suis fascinée par les ceibas (baobab). Il confirme leur caractère sacré « on ne l’abat pas » .

Il nous apprend aussi comment conduire à Cuba. « Tout le monde vit sur la route : les gens, les animaux, les vélos, les charrettes, les camions et les tracteurs, » Ce sont surtout des vélos qu’il faut se méfier, klaxonner et quelques fois rouler derrière le vélo, à son allure.

Les camions fument terriblement . Nous roulons derrière le même depuis un bon moment, impossible de le dépasser, je renonce à ouvrir la fenêtre malgré le soleil qui tape dur. Dominique, incommodée par la pollution, se bouche le nez avec son mouchoir.

Nous traversons des villages. Il y a énormément de gens dans la rue . Nous voyons les échoppes et les petites cantines. Pedro nous explique que la vitesse est limitée à 40 dans les agglomérations, mais il roule à la vitesse des vélos .

Les Cubains montent dans des charrettes tirées par des chevaux, dans de bizarres remorques bricolées en bois dans lesquelles ils s’entassent debout. Ces misérables remorques sont tirées par des camions et parfois par des tracteurs. Nous passons devant de nombreux policiers qui arrêtent les camions mais pas le taxi .Le taxi roule à gauche, ou à droite selon les nids de poules.

Le transport semble être un problème majeur . Les camions transportent également la canne , toujours dans des remorques bricolées de bois mal équarri.

La plupart des villages sont très pauvres. Mais ils semblent également très riants . Je m’explique mal la pauvreté dans cette  campagne si verte, si bien cultivée partout. Les cannes sont les plus belles que j’ai jamais vu (Cap Vert ou Egypte) . Les rizières sont florissantes, le manioc, les légume, tout semble pousser à merveille. Aucune comparaison avec les pauvres petits champs du Cap Vert ou du Maroc .

L’absence de tracteurs et de mécanisation est peut être une explication. Mais quand même ! Comment expliquer une telle pénurie ? Le sucre ne se vend pas à un juste prix . Mais justement, les cultures me paraissent diversifiées.

En tout cas, cette campagne est très pittoresque et variée. A 11 heures nous sommes encore à 60 km de La Havane. Nous arriverons à 12h155 . A la fin Pedro emprunte l’autoroute. C’est un compagnon de route très agréable. Il est curieux de tout. Il me pose des questions sur la France symbolisée pour lui, par la Tour Eiffel (bien sûr) et Brigitte Bardot . Il est au courant de la canicule en France cet été . Que des gens meurent de chaud par 40°C lui paraît invraisemblable. A Cuba, on se met à l’ombre sous les arbres ! Et il fait 40° tous les étés ! C’est la première fois que mon espagnol me sert vraiment . Dans le reste de « Cuba en dollars » c’était un luxe superflu, l’anglais aurait bien suffi.

Vedado : villas fastueuses

Promenade dans le Vedado . Vers 16 heures, nous ressortons. Au bout de la rue 25, à trois blocs d’ici, se trouve le cimetière de Colon que les guides recommandent. Dominique trouve que c’est une drôle d’idée de visiter un cimetière. Certains mausolées sont monumentaux . Nous repérons les tombes citées dans les guides. Celle, très fleurie d’une femme morte en couches, enterrée avec son enfant à ses pieds qu’on a retrouvée avec son bébé dans ses bras . Celle des pompiers ; sorte d’obélisque, celle qui représente la partie de dominos que la défunte n’a pas pu terminer.

Le repérage dans le Védado est très facile : rues impaires recoupant les rues paires de 2 à 12 ou nommées par des lettres . Au fond : le Malecon.

Dans ce quartier, les villas sont très belles dans des jardins très calmes . La circulation automobile est concentrée dans de rares artères (cale 12 ; la Rampa, le Paséo fleuri, Los Présidentes promenade fleurie) .Il y a des squares très verts .. Nous marchons beaucoup admirant les villas avec les balustres, les portiques les moulures, les maisons Art Déco .

Des enfants jouent au basket et au base-ball en pleine rue. Je suis agréablement surprise.

Malecon

Le Malecon que nous suivons sur plusieurs km, en revanche, me déçoit un peu . Des immeubles modernes, tours affreuses gigantesques mal construites et mal entretenues gâchent la vue . La circulation peu dense mais à grande vitesse est gênante. A la tombée de la nuit, la lumière est belle et les couleurs chatoyantes avec le Capitole au fond du décor.
Nous rentrons harassées par la Rampa sans trouver de taxi.

Cayo Levisa – enfin le beau temps!

CUBA  -jeudi 19 février 2004

Enfin le soleil!

Enfin le beau temps ! Et ma baignade tant attendue ! Allons-nous prendre une excursion en bateau ?La mer a une belle couleur turquoise bordée d’une bande opalescente frangée d’écume et d’eau laiteuse émulsion de fin sable corallien. Le vent n’est pas complètement tombé. L’eau est trop trouble pour la plongée et le snorkelling. Ceci met un terme à nos atermoiements .

Sous le soleil nous ne reconnaissons plus notre plage . Je prends photo sur photo pour le plaisir du fond turquoise.

Il faut se protéger du soleil. Je me barbouille d’écran total avant de dessiner dans mon carnet moleskine  . Il a un format idéal, il tient dans la poche et les esquisses sont faciles.

Un arbre à la dérive

L’arbre seul sur son radeau m’obsède et m’inspire toutes sortes de pensées .:

Version biologie : ancrage multiple résistant à la marée et au vent envers et contre tout .

Version écologique transgression de la: limite entre le milieu terrestre et le milieu marin

Version politique : départ vers la Floride, radeau prêt à partir, plus sûrement que les voitures amphibies.

Je dessine, le dessin comme moyen d’analyse . Cela se rapproche du travail que j’exige des élèves . pas d’exigence artistique, plutôt une description imagée . Confortée par ce point de vue, je ferai trois esquisses, l’une de la forêt magique, mangrove fantôme, une autre de la côte de Cuba une troisième de la mangrove bien vivante sur son chenal d’eaux dormantes.

Peu de trouvailles originales dans les laissées de la marées, surtout des clams et quelques gastéropodes ? la surprise du jour :quelques minuscules poissons dans l’herbier marin et d’autres dans l’eau calme de la mangrove .

La baignade a été plus une question de principe . L’eau est tiède, je me suis accoutumée à la température en longeant la plage, il a donc été facile de me tremper . Mais l’eau est si agitée qu’on ne voit rien et qu’il est difficile de nager . Le courant m’embarque à quelques dizaines de mètre plus loin .Je ne voulais pas quitter Cayo Levisa sans m’être baignée

Faux poivre Histoire d’une famille polonaise – Monika Sznajderman – NOIR sur BLANC

MOIS DE LA LITTERATURE DE L’EST

Ce livre est un témoignage, une enquête familiale, une enquête sur l’Holocauste, avec une rigueur extrême, des références bibliographiques. Elle recherche les origines de sa famille:

 » Ce sont en vérité deux familles, l’une juive, l’autre polonaise, celle de son père et celle de sa mère »

Elle a grandi avec sa famille maternelle, grand-mère, oncles tandis que sa famille paternelle se borne à la personne de son père, seul rescapé de la Shoah. Des cousins éloignés, d’Amérique et d’Australie, ayant quitté la Pologne ont fait parvenir des photos que les disparus avaient envoyées. Ces photos illustrent le livre ; nous découvrons avec l’auteur les visages, leurs habits, les décors et  suivons le déroulement de l’enquête. Elle découvre ses ancêtres et leur ville d’origine

« En vérité, de toutes les injonctions rabbiniques, la plus durable et singulière est Zakhor ! Souviens-toi ! »

 […]

Voilà pourquoi je creuse et j’accumule, je relie et je recueille. Des morceaux d’histoire déterrés, des rares
documents et des paroles, plus rares encore, de mon père, rescapé de l’Holocauste, je construis un récit. »

Radom, la ville d’origine de ses ancêtres paternels a perdu tous ces juifs alors que la communauté juive formait le tiers de sa population en 1930.

 » Il existe en Pologne de nombreuses villes invisibles, mais Radom semble particulièrement saturée d’invisibilité. Ici, rien ne rappelle rien, rien ne s’accorde avec rien. « 

[…]

« Et pourtant, malgré l’absence de traces matérielles du passé, une autre vie continue d’exister sous la surface du
Radom d’aujourd’hui ; les morts continuent de vivre leur existence de fantômes. Leur présence est absente, et sa marque n’est pas tant quelque chose, que rien : le vide à l’endroit de l’ancien quartier juif de Radom, sur lequel
hurle le vent. Ainsi qu’une étrange douleur fantôme qui me surprend de temps à autre quand je pense à eux tous. »

L’auteure mène une enquête précise, recherche les adresses, les habitants , leurs occupations avec un luxe de détails qui peuvent peut-être lasser le lecteur mais qui démontre le sérieux du travail comme les citations de divers spécialistes.

La grand-mère de l’auteur est assassinée en 1941 dans le pogrom de Zloczow. Le récit du pogrom est glaçant. Comme la vie dans le ghetto de Varsovie jusqu’en 1942 où vivait le grand-père de Monika Sznajderman, médecin rejoint par ses deux fils. A la veille de la fermeture du ghetto, paraissait dans le gazette destinée à faire croire qu’une vie normale s’y déroulait encore la petite annonce suivante :

« l’usine de produits alimentaires Saturne, dont le siège social se situe à Varsovie, au 7 de la rue Grzybowska, met
en garde tous ceux qui se sont procuré du poivre présenté dans des emballages de la firme auprès de revendeurs
non autorisés, leur demandant de vérifier qu’il est bien authentique. En effet, une bande de faussaires échange du
vrai poivre contre de la spergule des champs moulue. « Dans Grande Action. Dès le 22 juillet 1942, le ghetto était complètement  fermé… »

Cette annonce explique sans doute le titre du livre.

Après l’histoire de sa famille paternelle et de la liquidation de tous ses membres (sauf Marek son père). Monika Sznajderman raconte, photos à l’appui, sa famille polonaise : des aristocrates, riches propriétaires. Le grand père industriel qui a fait fortune en Russie, l’a perdue à la Révolution d’Octobre. Ses oncles ont eu des destins variés, l’un architecte de gauche s’est trouvé sa place après la guerre, tandis que l’autre nationaliste militant a été emprisonné. J’ai été plus dépaysée dans cette partie du livre

« Nous, nous avons tous survécu, eux sont tous morts »

 » Deux courants de la vie sous l’Occupation – juif et polonais – n’avaient pratiquement aucun point de rencontre. »

Il est difficile de comprendre comment la population polonaise a ignoré l’anéantissement des Juifs.

 » Car je regarde à travers des lunettes doubles, et eux regardent avec moi. Car j’ai perdu mon innocence, les privant par là même de la leur aussi. Ainsi mes ancêtres polonais sont-ils devenus responsables avec moi du sort de mes ancêtres juifs –  ma famille juive de Varsovie et de Radom, de Miedzeszyn et de Śródborow, que je n’ai jamais connue, et tous les Juifs avec qui les Rozenberg… »

« Les nobles terriens du voisinage ne prêtent aucune attention, semble-t-il, au sort des Juifs de Łęczna, avec
lesquels mes parents polonais et leurs voisins étaient liés de longue date par des relations commerciales et sociales, souvent intimes et cordiales. « 

Comment des courses de chevaux ont continué alors que le Ghetto de Varsevie était anéanti? Comment un pogrom se déroulait dans la parfaite indifférence (le meilleur des cas) mais souvent avec la complicité des Polonais? L’antisémitisme fut instrumenté par les politiques. La population s’est jetée sur les biens abandonnés par les Juifs.

« Dès le début des années 1940, avant que la machine hitlérienne d’extermination de la population juive ne se mette en branle, une fraction importante de la société polonaise avait mentalement projeté le vide que laisseraient les Juifs et, au mieux, en avait pris acte, au pire, s’en réjouissait et le louait pleinement. »

Quel mot étrange, pożydowskie – « qui reste après les Juifs ».

Tous les Juifs iront à la poubelle », dit Klimer. C’en est fini des Juifs, maintenant, c’est « après les Juifs »

Monika Sznajderman conclue son livre par la rencontre de ses deux parents, tous les deux médecins. Mais la question de la responsabilité de la population polonaise dans la Shoah  et même après et l’antisémitisme qui perdure reste ouverte. 

Vinales/Cayo Levisa

CUBA – Mardi 17 février 

Le minibus traverse la région des mogotes .La paroi des buttes est rongée par l’érosion, creusée de grottes formant des entrelacs de dentelle calcaires . Je révise mes connaissances botaniques de fraîche date . Au tournant. de la route, la fameuse grotte de l’Indien (un complexe touristique) . Des étables collectives et un assemblage de maisons de ciment toutes pareilles décalées par rapport à la route :  Un kibboutz ? cela y ressemble .

Nous traversons un bourg très animé : Las Palmas . Il y a un monde incroyable dans la rue et sous les portiques . Que font ils ? les courses ? Nous voyons un marché. Quittant la montagne, les cultures changent : des bananeraies, les bananiers sont très hauts. Au loin, la mer grise barre à l’horizon . La chaleur et l’humidité sont palpables . Nous découvrons nos premières rizières inondées, certaines sont en terrasse comme en Asie. Des hommes labourent avec leurs bœufs, d’autres repiquent ou desserrent les plants de jeunes pousses, font des tas de plants à repiquer ailleurs .

Dans le minibus des conversations se sont engagées entre deux danoises très jeunes, une Irlandaise à allure de bonne sœur aux cheveux très blancs séparés par une raie au milieu et une belge vêtue d’une polaire bleu ciel très chic, maquillée . J’écoute distraitement leur conversation . La Belge connaît très bien Cuba qu’elle a visité à plusieurs reprises . Ces filles voyagent comme je l’aurais souhaité en logeant en casas particulares . Elles ont plus de contact avec les cubains que nous. La Belge raconte l’histoire de ces Cubains qui ont essayé de joindre la Floride à bord d’un camion ou sur de grosses voitures américaines justement à partir de l’embarcadère. Elle raconte les problèmes de ces émigrés illégaux qui souvent veulent retourner à Cuba. Cette fille a l’air très bien renseignée.

Cayo Levisa

palétuviers

10 h nous embarquons sur un tout petit bateau comme ceux qui emmènent les touristes en plongée . C’est sans doute le même. Les valises sont entassées sur le pont, tout le monde s’assoit sur le rebord. La mer est grise, très calme, le trajet très court . Nous voyons la ligne de côte avec ses palmiers échevelés qui s’éloigne . Déjà on s’approche de la mangrove . On devine le sable blanc de la plage Le bateau accoste sur un ponton de bois dans les palétuviers .

Un homme empoigne le sac à dos, je lui confie la valise, nous parcourons une centaine de mètres sur un chemin de planches et aboutissons à la réception d’une sorte de Club Med . Accueil en musique avec cocktail de fruits tropicaux .Un employé prend le voucher et nos passeports . Nous poireautons un long moment avant qu’on ne nous conduise au bungalow n°33 (composé de quatre appartements, nous sommes au rez de chaussée)Le bungalow est tout neuf, meubles modernes, climatisation avec télécommande,  télé satellite, des lits jumeaux d’au moins 1 m de large La décoration est de bon goût sur les thème des coquillages  Au fond un vaste placard très bien conçu pour les valises avec deux penderies. Je vide la valise, pour trois nuits, cela vaut le coup de s’installer. Pas de coffre fort . Propreté et confort sans reproche .

Vers midi, nous sommes installées . Notre île déserte ressemble à un catalogue de vacances : sable blanc et cocotiers . Il manque quand même le soleil !

Le ciel est plombé de gros nuages gris. Le vent est très frais. Nous nous promenons sur la plage . l’eau est tiède., le sable très doux . Nous trouvons des coquillages . Les premiers sont cassés . Dominique enfin en trouve un entier et me l’offre . Le coquillage me pince, il est habité par un beau bernard-l’ermite avec de belles pinces bleues et de longues antennes comme celles des crevettes. Nous trouvons aussi de grosses éponges tubulaires, candélabres fantaisistes et décorés . C’est la première fois que j’en trouve . Il y a aussi de petites boules gélatineuses irisées : Des méduses ou des œufs ? D’autres méduses ressemblant à des physalies sont ourlées d’un bord bleu nuit très beau . Je les manipule avec précaution.

Le restaurant est une grande paillote  rectangulaire, très simple du dehors beaucoup plus agréable que la cantine de Los Jazmines conçu pour les groupes en car . Comme l’île n’offre aucune autre possibilité  de restauration nous sommes en pension complète ( j’avais cru lire en demi pension). Je commande une soupe de poisson très légère mais contenant des morceaux entiers . Puis des poissons grillés avec de l’ananas, on dirait de l’espadon  ..Au dessert, riz au lait à la cannelle . Un guitariste et une chanteuse jouant de diverses percussions animent le restaurant . c’est extraordinaire, cette musique vivante partout.

A l’extrémité de l’île, je découvre une domaine enchanté. Quelques arbres morts se détachent au contact de l’eau, puis des branches sèches forment un entrelacs que je contourne avec difficulté, m’enfonçant dans le tapis épais d’herbes marines desséchées, enroulées comme des copeaux, sans doute des Posidonies. Tantôt les racines aériennes des palétuviers pendent comme des lances menaçantes, tantôt elles ressortent de terre, pics argentés par le temps, polis par le sable, pièges à déjouer . Je suis prise dans un labyrinthe si loin de la civilisation . J’ai enfin l’impression de me trouver sur l’île déserte promise . Personne n’est passé sur ce sable . Pourquoi les palétuviers sont ils morts ? Les écorces se détachent laissant des traces de rouille autour des troncs . Partout des terriers de crabes qui fuient à mon approche et rentrent dans leur trou. Un arbre bien vert, à quelques mètres du rivage sur son radeau de racines aériennes entremêlées en arceaux complexes . Parti seul à la conquête de la mer,  son feuillage dégagé forme une boule parfaite découpée net au niveau de l’eau .La langue de sable est si étroite, une dizaine de mètres à peine puis c’est la mangrove dense et verte avec des chenaux d’eau immobile limpide et verte. Je la rejoins avec peine, rusant avec les obstacles. Dans l ’eau peu profonde nagent de très petits poissons et des crevettes . Cette découverte m’enchante. Il me faudrait venir avec mon nouveau carnet moleskine dessiner l’arbre-radeau et les formes compliquées des squelettes des palétuviers ?

Je retourne en marchant dans l’eau, me jouant des obstacles et profitant de l’eau tiède. La marée montante a envahi le sable blanc, la plage a presque disparu sous les accumulations de copeaux de feuilles et sous les tas d’algues . Je rentre les mains chargées de trésors : test d’oursin énorme et deux éponges .

Dominique a rapporté les siens :une belle éponge et deux boules mystérieuses, une noire sans doute une graine, et une blanche, peut être un œuf, accroché à des rameaux, des squelettes de créatures marines étranges et translucides en forme de clochettes fragiles.

Je retourne avec mon carnet moleskine mais le vent a forci, les nuages se sont épaissis, il tombe des gouttes qui m’empêchent de dessiner. Je reprends ma promenade à la lisière de l’eau jusqu’à la tombée de la nuit. La caresse de la vague qui vient mourir sur le sable, se retire et revient suffit pour me ravir. Je marche avec précaution pendant le reflux sur ce sable extrêmement blanc d’une finesse inouïe . Ce bonheur est un cadeau des dieux et me fait oublier mes regrets .

Je me concentre sur le plaisir simple de la promenade .

Vinales (3) visites guidées dans la campagne, tabac, café, canne….

CUBA – lundi 16 février 2004

Palmier et tabac

Visite  naturaliste : accompagnée par un guide, quatre norvégiens se joignent à nous.

L’hôtel bâti sur une hauteur domine la vallée.  Nous descendons le raidillon glissant pour atteindre le fond de la vallée. La région est un karst d’où émergent les grosses buttes des mogotes . Le fond de la vallée est plat.

Le Palmier Royal est  l’emblème de Cuba. Ses feuilles servent de couverture aux toits de chaume des sécheries de tabac. Les dattes se sont pas comestibles par les humains mais constituent la nourriture des porcs. Protégé par la loi, on ne doit pas l’abattre .

tabac et sécherie de tabac

Les étendues vertes qui longeaient l’autoroute très plates m’avaient intriguées. Il s’agit de rizières inondées par les pluie de l’été . L’hiver étant théoriquement sec, il n’y a rien. Le riz est la nourriture de base des Cubains.

Comme nous l’avions vu au Canada au village Huron, ici aussi maïs et haricots poussent ensemble . Le maïs fournit de l’ombre pour les haricots noirs qui fertilisent le sol avec l’azote qu’ils fixent..

Le malanga qui ressemble aux ignames est utilisé  pour la nourriture des petits enfants ; il est plus riche que le manioc (plus cher aussi) . Le manioc qu’ils appellent ici yucca est aussi un des ingrédients de base de l’alimentation cubaine. Après 1992 et la chute des démocraties populaires et de l’URSS, quand l’aide russe n’est plus parvenue, les Cubains furent sauvés de la famine par le manioc . Une blague court qu’il faudrait élever un monument en l’honneur du tubercule salvateur. Il n’est pas pilé comme en Afrique ou au Cap Vert mais accommodé de nombreuses manières, bouilli ou frit.

 

Aujourd’hui, après la pluie, la terre est parfaite pour le labour, légère, humide mais pas boueuse. Nous voyons plusieurs attelages de bœufs au travail dans de petits champs. Le paysan parle sans arrêts à ses bœufs : il les appelle, s’il veut tourner à gauche il nomme celui de gauche, à droite le bœuf de droite. A la fin de chaque sillon, l’homme soulève la charrue de fer, ôte avec la machette la terre collée au soc, et retourne . Durant la matinée nous n’avons vu qu’un seul tracteur ? L’agriculture est très peu mécanisée ici . Dans les champs on rencontre les vaches noires, beiges ou marron . Il est interdit de les abattre pour la boucherie, elle servent pour le lait et la reproduction.

Attelage

Beaucoup de chevaux aussi, le plus souvent très maigres. Florentino, avec humour rappelle Rossinante de Don Quichotte. Interdit aussi de les abattre . Le cheval est le mode de déplacement plus utile qu’une bicyclette dans les champs. Les campesinos ont fière allure avec leur sombrero de paille, leur machette dans un étui battant sur le côté, souvent le chien suit son maître.

Dans la vallée de Vinalès, la plupart des paysans sont propriétaires de leur exploitation – pas de ferme collective ici – ils peuvent transmettre la terre à leurs enfants, mais pas la vendre. En revanche la récolte est étatisée. Les cultures vivrières (haricots, tomates, manioc) permettent aux paysans de se nourrir . Ils peuvent également vendre le surplus au marché . Pour le tabac et les plantes industrielles, il y a un quota à fournir ; Le paysans obtient des gratifications supplémentaires s’ils dépassent le quota.

Dans les champs, de nombreuses mauvaises herbes poussent – pas d’herbicides –Dans le tabac, on utilise de l’insecticide . pas d’engrais chimique non plus, on compte sur les légumineuses (haricots mais aussi acacias et toute la famille des mimosas) pour l’azote. On épand aussi les tiges de tabac concassé, les cosses de haricots qui servent d’engrais organique.

Dans les petits champs, poussent de nombreux arbres .La ceiba, (peut être celle de Zoé Valdès) qui porte les esprits et les dieux africains . Elle non plus n’est pas abattue, protégée par les croyances animistes .

Les ficus sont presqu’aussi imposants . Florentino montre une sorte de racine aérienne, une sorte de liane de ficus qui pend verticalement à l’aisselle d’une branche basse d’un autre arbre qui d’ici quelques années sera étranglé par le ficus qui prendra sa place.

Autre arbre imposant :  le mamée que nous avons vu hier au jardin botanique. Sa graine coupée exhale une odeur forte de médicament . Elle est utilisée en médecine naturelle contre le rhume.

canne à sucre

Plus petits, les goyaves, pamplemoussiers, orangers dispersés dans la nature . Ils poussent à l’état presque sauvage et donnent généreusement leurs fruits aux passants. On a même trouvé une noix de coco qu’on s’est partagée .

D’autres arbres sont plus difficilement identifiables, ce sont les arbres à feuilles caduques déplumés en ce moment  ..Autre présent de la nature :les manguiers .L’été chacun se sert de mangues comme bon lui semble .

Et toujours sur les grands arbres : les épiphytes, ici des broméliacées de la famille de l’ananas.
Le guide nous montre à terre une toute petite pousse de sensitive avec son pompon rose : dès qu’on la touche, les folioles réagissent et la feuille se replie.

Séchoir à tabac

Cette promenade est très pédagogique . le guide n’hésite pas à répéter les explications . Je cherche à vérifier les connaissance acquises et repose des questions, tantôt en espagnol, tantôt en anglais quand les norvégiens participent à la conversation. Le plus âgé raconte que pendant la guerre il a fait pousser du tabac en Norvège. Cela amuse tellement le guide qu’il répète cette histoire à tous les paysans que nous rencontrons, tout à fait incrédules . le Norvégien confirme. De toutes les façon, le tabac poussé au soleil de minuit ne peut pas se comparer au tabac cubain !Nous passons devant une ferme plus prospère qui possède une voiture et un séchoir à tabac en forme de hangar de planches . C’est le plus gros producteur de la vallée . C’est l’occasion d’aborder le sujet du tabac . D’abord la cueillette des feuilles à la main, une par une . Le cultivateur étête la plante pour que les feuilles se développent mieux, les inflorescences sont coupées ainsi que les bourgeons terminaux . les feuilles sont installées sur des séchoirs, d’abord à l’extérieur puis à l’intérieur dans ces maison en V inversé. Nous en visitons une et découvrons à l’intérieur plusieurs plateaux installés sur des montants de bois à différents stade du séchage. Les feuilles sont enfilées sur des fils unes à unes . Les plateaux sont déplacés  Les feuilles brunissent et fermentent . Elles seront ensuite triées par les femmes et réparties par qualité.

Nous arrivons à une petite ferme de bois précédée de son auvent avec les deux chaises à bascule. Un arbre magnifique mamée couvert de fruits donne de l’ombre devant la cour. En dessous, une machine primitive pour écraser la canne à sucre avec deux manivelles. Deux  hommes tournent la manivelle, la femme alimente en tiges la presse. Nous avons déjà vu broyer la canne au Cap Vert, mais c’était pour confectionner l’aguardiente. Ici la machine est beaucoup plus petite à usage familial, trois tiges suffisent pour remplir la moitié d’un petit seau. On nous sert la boisson à l’arrière de la maison derrière la cuisine sur une table en planches disjointes avec des bancs. Le jus de canne est versé dans un verre en plastique . On évide le haut d’un gros  pamplemousse, chacun verse un peu du jus de canne dans le trou du pamplemousse . On aspire le mélange avec une paille. La boisson est rafraîchissante et surtout joliment présentée. « Une idée à retenir quand on reçoit des amis » s’exclame une des norvégiennes. Au fur et à mesure, on écrase le pamplemousse et rajoute du jus de canne. Le guide précise avec de lourds sous entendus que la boisson est aphrodisiaque. Il en attend le résultat. Sa femme ayant enlevé son stérilet il y a quinze jours. Il aimerait avoir une petite fille puisqu’il a déjà un garçon . Il traduit en espagnol sa plaisanterie à l’intention de nos hôtes. Sous ses dehors très modernes , écolo et scientifique, le macho cubain apparaît.

Les animaux se joignent à nous, un petit chien poilu genre de pékinois, un petit chevreau se laisse caresser, il est doux et affectueux.

Le paysan revient avec un sac de tabac. Il roule un cigare qu’il offre aux norvégiens. Il froisse deux feuilles ordinaires pour l’intérieur , la tripe, puis choisit une belle feuille souple qu’il nous fait toucher et flairer avant de la découper avec des ciseaux et roule soigneusement.

La promenade s’achève par la remontée bien raide et bien glissante dans le petit bois derrière l’hôtel . Elle a duré un peu plus de trois heures.

 

Anita, la jeune fille de l’Agence Touristique est très efficace et gentille . Elle a réservé notre taxi pour Cayo Levisa demain . C ‘est un minibus – (10 $ chacune), Maintenant, elle organise une balade spécialement pour moi.

Déjeuner à la piscine : spaghetti et bisteca a la plancha (porc mariné ; très tendre) . A deux heures je suis prête, comme le guide est en retard, elle me tient compagnie. D’après elle, le temps est bizarre cette année, pas de pluie pendant la « saison des pluies » et ce front froid qui s’éternise en février est inhabituel . Il n’y a plus de saisons ! antienne connue !  A 14h15, un minibus arrive, le chauffeur de taxi, Pancho, et un couple d’Irlandais que j’avais remarqués à Roissy . Pour aller de Dublin à Cuba, ils ont fait escale à Roissy. L’Irlandais est principal de collège à la retraite, il a fait mai 68 à la Sorbonne!

Balade avec Jesus : l’école du village

l’école

A Vinalès, mon guide monte. Il s’appelle Jésus . Le minibus s’arrête devant une minuscule école primaire deux classes dans un petit bâtiment bas en ciment crépi. Dans les classes parmi les inscriptions patriotiques, une citation de Marti « Apprendre à lire c’est apprendre à marcher » Un instit se charge des grands, 8-10 ans, une demi douzaine de garçons en uniforme, chemisette blanche et foulard, scout noué autour du cou, . au fond de la classe, l’instit est muet, c’est la télé qui fait cours. Dans l’autre classe, l’institutrice des petits n’a que trois élèves. La réception de la télé est très mauvaise . Jésus m’explique que c’est à cause des mogotes qui font écran avant d’aller déplacer l’antenne perchée sur  un poteau enfoncé dans la terre. L’école n’est pas reliée au réseau électrique ; des panneaux solaires situés sur le toit suffisent pour alimenter la télé et l’ordinateur.

Les fermes

la machine à traiter le café

Jésus marche vite sans parler. Nous traversons des vergers de papayers. Les arbres sont très bas, les papayes regroupées à hauteur d’homme sont très nombreuses et très grosses. Au Cap Vert, les papayers poussaient en hauteur, portant seulement un ou deux fruits en hauteur et leurs feuilles étaient rouillées . Ici, toutes les feuilles sont vertes. Dans un hangar ; les fruits sont lavés et pesés. Ils sont brillants . j’achète la plus petite 1$, le paysan veut que j’en emporte plus pour cette somme . Mais cela pèserait lourd pendant la promenade. Au retour Jésus en choisira une grosse et donnera une petite pièce de quelques centavos. Deux rongeurs sont suspendus à un clou. Jésus me montre le fusil . Que comptent ils en faire ? les manger . On dirait des rats. A la sortie du verger de papayers, un taureau noir est attaché près du chemin, Jésus me fait signe de me presser ; l’animal serait vicieux . Nous traversons des plants de caféiers prêts à fleurir et visitons dans un hangar les machines à traiter le café . les grains sont séchés puis débarrassés de leur écorce dans une machine ,. des petits grains pâles apparaissent . A l’extérieur un tuyau d’eau descendant de la montagne fait tourner un moulin à eau qui actionne les machines du hangar.

petits cochons et basse-cour

Nous montons ensuite à vive allure dans la forêt sur un sentier raide mais bien entretenu. Comme Jésus marche loin devant, je profite des bruits de la forêt. De temps en temps un porc détale à notre passage, quelques fois, un minuscule goret. Ce ne sont pas des animaux sauvages . tout à l’heure on entendra des cris étranges : c’est le campésino qui appelle ses cochons . Ils sont beaucoup plus petits que nos cochons européens, ils sont très propres . Leur pelage a des couleurs variées noir marron ou gris, certains ont de jolies taches . Les Cubains ne les nourrissent pas, ils trouvent leur nourriture eux mêmes dans la campagne. Ils sont familiers, pas agressifs du tout. De même, les chiens cubains, très maigres aboient fort peu.

Des lianes toutes contorsionnées en spirales courent d’arbre en arbre . Bromélias et orchidées colonisent les branches basses. Au sol, une épaisse litière de feuilles, branches, fruits tombés . les sommets sont noyés dans la brume . Pendant la pluie, les oiseaux sont silencieux. Dès que le soleil perce les chants recommencent . j’ai une surprise : le chant du rossignol.

Halte au sommet d’une butte pour admirer le panorama. La descente est encore plus rapide que la montée .Je cherche un bâton pour m’assurer parce que je glisse. En espagnol, c’est un baston.

Campesino

Nous terminons la promenade dans une jolie ferme entourée d’un jardin très soigné avec de belles plantes ornementales : une rangée de yuccas aux feuilles lancéolées,, des massifs de crotons et de colléus. Les animaux de basse-cour dont nombreux : un troupeau de pintades au plumage tacheté, des poules et des poussins, une demi douzaine de dindons . Les poules entrent dans la maison au sol  cimenté impeccable (je me suis déchaussée pour entrer, les hommes sont pieds nus) On laisse les poules picorer un grain invisible sans les chasser . La maison est très bien tenue . Dans la cuisine, une étagère originale, un curieux récipient sur un trépied . Toujours pas de gazinière . Sur quoi cuit le repas ?

On m’ouvre une noix de coco à la machette, puis m’offre une assiette de papaye . Jésus jette les épluchures des papayes aux animaux de la basse-cour . C’est le coq au cou déplumé et à la grande crête qui s’en empare, puis le dindon . Pintades et poules doivent se contenter de picorer par terre !Puis on me sert le meilleur café que j’ai jamais bu . Je fais un  portrait de Roberto, très photogénique avec son chapeau .

Savez vous où se trouve le balai?

Je me suis installée sur le balcon. Pour peindre . Un coup de vent balaye le cendrier qui se casse dans la chambre en mille éclats .Voilà encore une occasion de pratiquer l’espagnol  . A la réception,  j’explique qu’un verre est casé dans la chambre, le réceptionniste dit que quelqu’un montera avec une serpillière . Nous attendons : personne ne vient . Je prends alors l’initiative de chercher un balai . Devant le restaurant, des Suisses alémaniques attendent que le repas commence . Ils ont un petit dictionnaire Allemand-Espagnol . Par chance, si je ne connais pas le mot espagnol, j’ai appris en allemand comment on dit un  balai . Dans le dictionnaire je trouve « escobar » « Mais à la réception, personne ne veut m’en prêter, » ce n’est pas aux clients de faire le ménage, il suffit d’attendre « . Après une longue attente, nouvelle expédition, à la cuisine cette fois-ci où ils savent sûrement où se trouve l’escobar . Non, on appelle le réceptionniste qui en trouve finalement un dans les toilettes. Je le rends en rigolant , mieux vaut rester sur le mode de l’humour . je déclare que je n’ai pas perdu ma soirée puisque j’ai appris un nouveau mot, le réceptionniste me décline alors les mots de la même famille escubion si je veux un gros balai . On rigole, l’incident est clos .

 

Vinales (2) au village sous la pluie

CUBA – 15 février 2004

Vinales sous la pluie

Comment raconter Cuba ?

Nous vivons dans un monde parallèle pour touristes. Hôtel de luxe, autobus de luxe, monnaie différente. Les gens que nous rencontrons sont les acteurs principaux de cette industrie touristique : serveurs, réceptionnistes, Le but avoué est d’obtenir le maximum de dollars. Dominique ne les trouve pas aimables, elle ne supporte pas leur insistance à quémander des pourboires  Sans doute son ignorance de la langue y est elle pour quelque chose, je les trouve au contraire très gentils. Une fois l’axiome « propina » accepté, j’essaie de plaisanter et de pratiquer au maximum l’espagnol. Je suis ravie d’être parvenue à échanger quelques phrases.  Hier, la chambrière a frappé pour proposer ses services pour notre linge. Juste après son passage, Dominique trouve un énorme cafard qui se promène sur la table. J’appelle la dame toute fière d’avoir retrouvé quelque part dans ma mémoire « cucaracha » cela ressemble à l’anglais cockroach. Elle vient la main gantée de PQ, l’insecte détale. La dame commente : « elle est partie déjeuner au restaurant »Ce genre d’échange bénin m’enchante. Je n’ai as perdu mon temps à ânonner des phrases idiotes du genre « il supposait que vous ne vous opposeriez pas à ce projet «. Mais ce n’est pas ce qui va me faire découvrir les secrets de l’île. J’ai d’autres occasions pour exercer mes talents. : commander des spaghettis, et revenir trois fois pour ma commande, qui prend des heures à arriver . Le serveur, découvrant que je comprends l’espagnol, me déclare, comme s’il me dévoilait un grand secret, qu’il est débordé !Encore une anecdote : nous ne trouvons pas l’interrupteur des lampes de chevet (minuscule, sur le. socle)Dans tous les pays , nous avons eu des surprises avec l’électricité . A Chypre, il fallait que le voyant soit allumé, au Cap Vert, il fallait heurter l’abat jour .

mauvais temps au réveil

Vers le village

L’animation de l’hôtel nous a tenu éveillées tard dans la nuit. Au lever du jour, sur le balcon, l’humidité me surprend  ; le bord de la piscine est mouillé . Les mogottes surgissent dans la brume. Les nuages traversent le ciel à vive allure j’ai mis un certain temps à réaliser qu’il fait très mauvais temps . Cela n’était vraiment pas prévu !

Le petit déjeuner-buffet, très abondant est le bienvenu puisqu’hier soir nous n’avons pas dîné .

Je fais des aller et retours entre la réception et la chambre pour savoir si la randonnée prévue avec le guide était maintenue malgré la pluie. Elle est annulée.

Que pouvons nous faire avec cette pluie ? la réponse est toujours la même « attendre que le temps change ! » Esperar, c’est attendre, pour moi, c’est aussi espérer. Pouvons nous espérer un changement ? La météo existe –t elle à Cuba ? Quand j’interroge le personnel de l’hôtel, il semble que non. Pourquoi ? Plusieurs explications .

Soit, dans le monde ensoleillé des touristes, Cuba est un paradis où la pluie ne doit pas s’inviter. Autant la nier même si elle s’impose, incontestable .

Soit, à cause du blocus américain, la météo cubaine ne dispose pas des données pour prévoir le temps. La deuxième hypothèse n’est peut être pas si invraisemblable que cela, sur Internet, j’ai été incapable de trouver les prévisions pour Cuba et je n’avais trouvé que celles de Punta Cana en République Dominicaine.

Soit, comme à Madère, une autre île, le temps est imprévisible.

Tous parlent d’un front froid .

Je suis assez surprise, je croyais que février était en saison sèche.

Promenade à pied au village

Somos cubanos dignos y revolucionarios

Puisque la randonnée est annulée, nous partons à pied par la route au village de Vinalès. Nous marchons sous une pluie intermittente.

A peine, avons nous rejoint la route, qu’un homme, botté, habillé en paysan, les yeux clairs, m’aborde. Il nous a vues à l’hôtel, sa physionomie ne m’est pas totalement inconnue. Il nous invite chez lui à manger des pamplemousses et à boire un mojito. Je suis ravie de pouvoir entrer dans une maison cubaine. Sa maison est perchée sur la colline, voyant le sentier raide Dominique renonce : ni le pamplemousse ni le mojito ne la tentent . Elle ne veut pas grimper le sentier escarpé et glissant . J’explique qu’elle a mal au genou, je montre, je ne sais pas comment on dit « genou » en espagnol. Leur petite maison est perchée sur un surplomb (cela me fait penser au Cap Vert) Dans la première pièce, un gamin souffreteux sous une couverture, regarde la télé, sa petite sœur, blonde est très éveillée. La mère est une brune souriante et avenante. Son mari disparaît parti éplucher un pamplemousse. Après les présentations, âge des enfants, travail , ils en viennent rapidement au vif du sujet : ils nous proposent de venir pour dîner pour 6$ du riz, du porc du potage. Je ne sais que répondre . Leur offre me tente bien après le ratage du dîner hier soir. Il n’y a rien de bon à attendre de l’hôtel . Quant à faire des provisions, c’est mission impossible. La femme me montre sa cuisine. Bien vide en dehors d’un chauffe biberon électrique et d’une cocotte électrique en fonte primitive pour cuire le riz. Pas de cuisinière. A l’arrière de la maison, de nombreuses poules picorent. Ils en  ont une vingtaine. L’homme me presse de répondre pour l’offre du dîner. J’explique qu’il faut que j’en parle à Dominique mais que je doute qu’elle puisse grimper le raidillon. Devant la gentillesse de ces gens, je n’ose pas opposer un refus brutal.

Je finis le pamplemousse et veux payer quelque chose. Bien sûr, ils commencent par refuser . j’insiste, « pour les enfants », ils me donnent un second pamplemousse pour Dominique. Dans la maison, un petit chien très maigre reste dans mes jambes. Au mur un poster de chiens, je remarque « vous aimez les chiens » c’est le fils qui les aime. La gamine chasse un gros cafard en le poussant vers la porte. Pauvres conversations avec mon espagnol de base . L’homme cultive le tabac, il me propose des cigares que je refuse .La femme me demande mon âge. Je la laisse deviner.. 45, non j’ai l’âge de sa mère, qui d’après elle me ressemble, petite, grosse, énergique.

L’homme me raccompagne à la route pour connaître la réponse de Dominique qui a pris la poudre d’escampette. je l’appelle sans réponse, l’homme pense qu’elle n’a pas entendu . Moi, je sais qu’elle a très bien entendu et qu’elle le fait exprès. Je lui demande s’il sait siffler (si je le savais je l’aurais fait) cela a le don de l’exaspérer encore plus.

Vinales est un gros bourg composé de maisonnettes peintes en vert et en bleu ou en rose. A l’avant : un jardinet fleuri de colléus, impatiens et même de rosiers. Devant chaque maison, un auvent soutenu par une petite colonnade en ciment avec deux rocking-chair et quelquefois une balancelle de bois. Je pense au Sud des Etats Unis, au quartier natal de Martin Luther King à Atlanta .Sur les murettes de briques, des slogans politiques : « Socialisme ou la Mort » « nous vaincrons » Au moins trois bustes de José Marti surmontent des inscriptions patriotiques. Curieux monuments de souvenirs avec des portraits de martyrs ( ?) entourant le Che . j’ai compris de retour à l’hôtel les cinq portraits sur des baguettes disposés en étoile avec la mention Volveran : ils s’agit de prisonniers politiques aux Etats Unis .Au dessus du bar leur photo figue avec leur biographie toujours en étoile avec Volveran .

Volveran

En ce matin de dimanche pluvieux, il y a pas mal de monde dans la rue. La hommes bavardent sous les colonnades à l’abri. Dans une minuscule église baptiste, le pasteur fait son sermon. L’église catholiques est très mignonne peinte de crème et de bleue mais elle est fermée. Il y a un temple maçonnique rose avec les compas et les outils traditionnels. On voit aussi une minuscule église pentecôtistes . Et partout les panneaux des CDR comité de défense de la Révolution. Quelques véhicules circulent, camions et bus antiques, vieilles américaines,. Les touristes circulent en Yaris ou en Peugeot 206. Beaucoup de vélos malgré la pluie, tous bien vieux, quelques charrettes à cheval. Pas d’ânes ici, seulement des chevaux très maigres.

Les maisons portent des écriteaux proposant chambre et couvert pour les touristes . On nous invite plusieurs fois . Dommage que nous soyons à l’hôtel. ! Sous la pluie, la piscine est bien inutile . Ce serait plus intéressant  d’être installées au village .

Tout m’intéresse . Les épiceries vides pour les cubains,. en l’absence de marchandise visible, des tableaux noirs avec la liste et le prix de ce que l’on peut se procurer avec le rationnement.

La pharmacie est mieux garnie . la moitié des rayons est consacrée à la pharmacopée habituelle, l’autre à la médecine naturelle. Des panneaux détaillent les bienfaits de l’ail, de la manzanilla et d’autres plantes.

jardin botanique

jardin botanique

Nous cherchons le jardin botanique qu’on nous indique aimablement .La grille est décorée de fruits suspendus coupés par moitié : (oranges, pamplemousse, grenades) . La visite est guidée . Dominique a besoin d’aller aux toilettes. La dame nous invite chez elle. Toute sa maison est tapissée de cartes de visite, de coupures de journaux . Etonnant patchwork, poupées costumées, statues pieuses, verres en cristal. Tout l’espace est occupé par ce décor insolite. Sur un poteau, une photo ancienne de Fidel Castro, un mur est recouvert de paquets de cigarettes étrangères. Sur une table, une exposition très pédagogique des fruits exotiques .les plus connus : tomates, oranges, pamplemousses grenades et les plus étrangers, caramboles, cristophines, fèves de cacao, tubercules de manioc, patates lianes, gousses de « nescafé » fournissant un ersatz de café, un énorme anone guayabara, le fruit de la mamée, de la ceiba (baobab) . Pendant que Dominique se débat avec la chasse d’eau, je fais répéter la leçon, j’aurais dû prendre des notes . Dominique n’ose plus sortir des cabinets, la dame est tout à fait au courant qu’il n’y a pas de chasse d’eau et l’invite à sortir, la situation prend un tour gênant.

fruits cubains

Le jardin est ancien (100 ans) les arbres sont tellement hauts qu’on distingue à peine la cime. Entre autres, il y a 97 mamées qui sont de très grands arbres . La dame nous montre un arbre à pain (cela nous rappelle le Cap Vert), les manguier, des fougères arborescentes . Elle enlève l’écorce d’un arbre qui a un parfum de cerise amère (parfumant un alcool italien, à chercher …)C’est la ceiba qui m’impressionne le plus. Cet arbre est magique vénéré par les africains. C’est donc bien lui que j’ai vu hier dans la campagne. Entre ses racines, des pièces en offrande . Je pense à la ceiba de Zoé Valdès dans « « Cher Premier Amour », l’arbre magique, marraine de la petite fille, le témoin de amours des jeunes filles.

Comme Dominique a des problèmes intestinaux(tout du moins à ce que j’ai raconté ) j’élude l’invitation à goûter la cuisine créole et à la langouste que la dame me fait à voix basse et relance tout au cours de la visite (comme j’aimerais accepter ! Elle sert à Dominique une infusion médicinale : tout simplement de la manzanille ! quant à moi, elle m’offre un morceau de chair de noix de coco. Je laisse 3$ . la dame est déçue que nous ne venions pas dîner .Manana, si Dominique va mieux, peut être ?

 

le Cahier volé à Vinkovici – Dragan Velikic

Littérature d’Ex-Yougoslavie ou de Serbie?

Dragan Velikic est un écrivain et diplomate serbe, Le cahier volé à Vinkovici est traduit du Serbe mais il se déroule entre Pula, Rijeka et des villes d’Istrie qui se trouve maintenant en Croatie et Belgrade  sa famille s’est installée après avoir quitté Pula.  Il évoquera aussi Ohrid en Macédoine, Ristovac à la frontière Turco-serbe, maintenant en Serbie. Mais pas seulement en Ex-Yougoslavie, Budapest , Trieste et surtout Salonique.

Une carte de l’Istrie m’a été indispensable pour localiser les plus petites localités de Rovinj, Rasa, Opatija….

Géographie et Histoire : l‘Istrie a été italienne du temps de Mussolini qui y a construit une ville-modèle à Rasa. Occupation par les Alliés à la fin de la guerre quand les frontières ont changé. Fiume est devenue Rijeka…Histoire aussi plus ancienne quand Trieste était autrichienne. Les fantômes des anciens habitants hantent les maisons et les appartements.

« Je feuillette à l’aveuglette le gros livre de la mémoire. Il en sortira bien quelque chose. »

C’est un livre sur la mémoire, la mémoire de sa famille, la mémoire de sa mère qui est en train de la perdre, malade d’Alzheimer dans une maison de retraite. Mémoire perdue dans le train avec le déménagement de Belgrade à Pula avec ce cahier volé

« Dans le cahier volé à Vinkovci, elle ne notait pas seulement les noms des hôtels et des pensions où elle avait séjourné, les histoires et les contes de fées qu’elle inventait, incitée par une puissante exigence de justice, de vérité, mais aussi ses rêves. »

Evocation de la mère et de sa personnalité originale.

Comme Mendelsohn et Sebald , Velikic mène son enquête de manière circulaire. Il tourne et retourne, digresse, retrouve d’anciennes photographies, interroge des témoins comme le vieil horloger nonagénaire. Il fait revivre les anciens souvenirs familiaux comme ceux de son grand père cheminot. Surtout il raconte l’histoire de son ancienne voisine Lizeta, grecque, italienne et juive de Salonique dont les anciennes photos ont enchanté son enfance. L’incendie de Salonique (Aout 1917).

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a promené dans des contrées que je ne connaissais pas. J’ai aimé ce regard sur la désintégration de la Yougoslavie, serbe mais aussi cosmopolite, critique  sans  parti pris nationaliste alors que la folie nationaliste a mis le pays à feu et à sang. Au contraire il dessine un palimpseste où interviennent les histoires, les photos de ses ancêtres , des voisins, et même d’inconnus comme les occupants anglais ou allemands à Pula.

« Comme étaient déterminants pour la survie de ce monde les socles invisibles sur lesquels grouillaient des vies si différentes ! Héritages, légendes, traditions séculaires, histoires privées – plongées dans la réalité socialiste avec ses rituels et sa propagande assurant la cohésion de ce monde – grouillaient sous la surface du quotidien. »