Danube – Claudio Magris (3)

MITTELEUROPA 

Quittant l’Autriche, Claudio Magris et ses amis (plus présents que dans le début du volume) passent le Rideau de Fer (sans que cette expression n’apparaisse dans la narration) et font halte à Bratislava . Pas de visite touristique mais plutôt une méditation entre Châteaux et et drevenitsas. Les châteaux parsemant la campagne étaient ceux des nobles hongrois, tandis que les paysans slovaques logeaient dans des cabanes de torchis et de chaumes. Magris évoque les nationalismes hongrois, tchèques et slovaques dans l’empire Hongrois en 1848, les Slovaques s’opposant plutôt aux Hongrois eux même en rébellion contre l’autorité viennoise.

Considérés comme un simple groupe folklorique à l’intérieur de la nation hongroise, les Slovaques voient niées leur identité et leur langue »

Etrange opposition entre Slovaques (producteurs de vin)et Tchèques(aux brasseries mondialement réputées), les premiers refusent de servir la bière tchèques à Magris et ses compagnons.

Magris introduit dans son essai des évènements politiques étrangers à la littérature, procès staliniens de 1951, printemps de Prague. Il faut se rappeler que le voyage s’est déroulé vers 1983, bien avant la Chute du Mur de Berlin. Quand ils rencontrent des intellectuels, il prend parfois des précautions pour  évoquer les positions politiques de ces derniers.

Aux Portes de l’Asie? est le titre de la visite en Hongrie. 

Ce paysage magyar, plein de  force mais aussi d’indolence, ce serait déjà l’Orient, souvenir des steppes de l’Asie, des Huns, des Petchenègues ou du Croissant ; Cioran célèbre la bassin du Danube en ce qu’il amalgame des peuples bien vivants mais obscurs[…]Ce pathos viscéral qui se proclame à l’abri de toute idéologie, n’est qu’un artifice idéologique. Un arrêt dans une pâtisserie ou une librairie à Budapest apporte un démenti à celui qui pense qu’à l’est de l’Autriche, on pénètre confusément dans le sein de l’Asie

Sous la botte de Staline

Magris développe les antagonismes entre le nationalisme hongrois et la souveraineté des Habsbourg. Les pages hongroises sont passionnantes quoique un peu datées. Toute l’histoire communiste, les émeutes de 1956, les luttes politiques me semblent maintenant du passé alors que tout cela était bien vivant quand Magris se trouvait là. Les longues pages consacrées à Lukacs sont-elles encore actuelles? J’ai lu (un peu) Lukacs autour de 1968,  j’ai oublié; sans doute n’y avais-je rien compris. 

Budapest

La visite de Budapest est plus « touristique » que celle de Vienne. J’ai retrouvé avec grand plaisir l’Île Marguerite, le tombeau de Gül Baba dans les rosiers, le Café Gerbaud, les maisons colorées de Szentendre avec les céramiques de Margit Kovacs, de bons souvenirs pour moi…

« Le Danube s’écoule, bavard, sous les ponts titanesques comme écrivait Endre Ady ; il parle de fugue et même de mort dans la Seine, dans ce Paris dont Budapest est comme l’image dans une glace de style empire… »

Ici, il discute encore du concept de Mitteleuropa 

« Mitteleuropa devient le mot de passe de ceux qui refusent la politique, ou plutôt la politisation systématique et totalitaire en tant qu’ingérence de l’Etat et de la raison d’Etat dans tous les domaines de l’existence. La division de l’Europe entre les deux super-grands scellée  à Yalta …« p 371

Après Pecs,  Mohacs – défaite du roi de Hongrie en 1526 et invasion turque de la Hongrie – une très belle image du violoniste dans le champ de bataille. 

Le Danube coule alors en Yougoslavie (qui existe alors), en Voïvodine, il font étape à Bela Crkva (prononciation???) chez Mémé Anka , non loin de la Roumanie, où cohabite une mosaïque de peuples, de religions, de langues : Serbes, Hongrois, Roumains, Slovaques et Ruthènes mais aussi Allemands, colons souabes venus des pontons d’Ulm, Macédoniens, Grecs, Juifs, et même des catalans venus en 1734 pour repeupler les plaines désertes après le retrait des Ottomans. Mémé Anka,native de Bela Crkva, est triestine: Magris livre de cette femme pittoresque un beau portrait. 

Village saxon

Tout proche, en Roumanie, le Banat roumain avec Timisoara pour ville principale. Timisoara ou Temesvar? Magris cite les historiettes du barbier racontées par Kappus, qu’il compare au turc Nasreddine. Les Allemands du Banat furent maltraités par le pouvoir roumain, expropriés et déportés. Ceaucescu a  finalement condamné ces déportations mais ils restent sous un contrôle étouffant.  Magris note une vie littéraire « difficile et ardente » pour ces minorités du Banat et de Transylvanie (Siebenbürgen) citant Herta Müller. Une excursion à Sibiu, Brasov, Sigishoara,en Transylvanie est l’occasion d’approfondir la culture germanique de ces Saxonsprésents depuis 1224 appelés par le Roi de Hongrie Geza II. Magris cite de nombreux écrivains de langue allemande, quelques hongrois. On note la complexité des allégeances, le pouvoir fut hongrois, autrichien, jacqueries,  révoltes et rébellions contre ces pouvoirs se sont succédés pendant les siècles.

Puisque nous sommes arrivés dans les Carpathes, comment ne pas évoquer Dracula et les Sicules? Et de Transylvanie, on glisse en Bucovine aux vignes sauvages du Pruth, à Czernowitz. Monde disparu de Paul Celan, Rezzori, Rose Ausländer…. et (c’est moi qui ajoute) Aharon Appelfeld.

Cette excursion roumaine a éloigné l’auteur du Danube, il rentre donc à Bela Crkva pour aller à Subotica proche de la frontière hongroise. Ville Art Nouveau (que cite Greveillac), kitsch selon Magris. Puis retrouve le Danube à Novi Sad encore une ville multi-culturelle. C’est dans cette région que se déroule l’histoire des Confins sorte de cordon militaire ou sanitaire formant une sorte de no-mans land entre l’Orient ou les Balkans turcs et l’Empire Autrichien. 

Belgrade ne retient pas l’auteur.

Le maréchal Tito a fini par ressembler de plus en plus à François Joseph, no pas parce qu’il s’était battu sous ses drapeaux durant la Première Guerre mondiale mais parce qu’il était conscient ou désireux de recueillir un héritage et un leadership danubien supra national

Après les Portes de Fer le Danube trace la frontière entre la Roumanie et la Bulgarie. La partie bulgare diffère du reste du livre qui se déroule dans l’ancien empire austro-hongrois. La Bulgarie a vécu des siècles sous le joug turc, Ils méprisent les turcs est le titre du premier chapitre. Point de multiculturalité comme précédemment : la guide-interprète affirme qu’en Bulgarie « Il n’y a que des Bulgares! » Et pourtant, la joie de vivre, et de boire le raki est contagieuse, le voyage semble pittoresque et agréable.  Magris conte l’histoire de la Bulgarie et fait des propositions de lecture bien séduisantes : j’ai noté les récits de Tcherkazski de Yordan Raditchkov , Sous le joug d’Ivan Vasov et Auto-da-Fé de Canetti. Nous passons par la maison dElias Canetti à Ruse.

Delta du Danube

Matoas – le titre de la partie roumaine du voyage – est le nom Thraco- Phrygien du Danube (selon Wikipédia). Magris  passe le Danube sur le POnt de l’Amitié et entre en Roumanie par la Dobroudja que les anciens ont nommée Scythie Mineure ou Istrie. « Les Istriens sont-ils les Thraces? » se demande l’auteur Triestin qui voit une analogie avec l’Adriatique, il pense à la Toison d’Or et aux Argonaute. Nous voici proches de l’Antiquité, thrace, grecque ou romaine avec Ovide qui fut exilé à Constanta 

« L’Histoire ne connaît les origines d’aucun peuple » comme disait Curtius, parce que cela n’existe pas ; c’est une création et une production de l’historiographie, qui pose la question puis se livre à des recherches pour y répondre. Toute généalogie remonte au big-bang : les discussions sur l’origine latine des Roumains ou sur la lignée dace-gète-latine-roumaine, thème privilégié de l’historiographie et de l’idéologie nationale en Roumanie ne sont guère plus importantes que le litige entre Furtwangen et Donauschingen sur les sources du Danube »

Et la boucle est bouclée!

Bucarest palais de Ceaucesu

Enfin presque! Nous visitons Bucarest, le Paris des Balkans avec ses immeubles tarabiscotés, Art Nouveau des résidences fin de siècle mais aussi subissant le Hiroshima de l’urbanisme de Ceaucescu

« Les puissants dont Elias Canetti fait le portrait ont besoin pour exalter leur volonté de puissance de dépeupler les villes[…]Ceaucescu préfère chercher l’ivresse dans ce maxi-déménagement de l’Histoire et de ses vestiges… »

Des souterrains sont mis à jour, des maisons éventrées, des églises déménagées. Magris note que « la littérature aime les bas-fonds et les immondices » et cite Mircea Eliade pour son roman Le vieil homme et l’officier. 

Brauner

A Bucarest, nous rencontrons Grigor von Rizzori affectueusement surnommé Grisha et encore Cioran. Panorama d’une littérature bouffonne avec Caragiale, un Labiche roumain, qui a inspiré Ionesco et les dadaïstes. 

Rencontre avec un poète yiddisch : Bercovici et le monde de Chagall avec un peintre que je ne connaissais pas Issachar Ben Rybak. 

Enfin, à Braila et Galati : Panaït Istrati que j’attendais. Nous retrouvons le Danube et le livre se termine par une promenade enchantée dans la nature du Delta. 

Sopron : suite de la visite de la vieille ville

MITTELEUROPA : A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE, LA CROATIE

Eglise de la Chèvre

Eglise de la chèvre

Sur la place principale, une colonne de la Peste, l’église de la Chèvre (une petite chèvre en bas relief se trouve au dessus du porche). L’église est petite. Elle  possède un retable baroque sans grand intérêt. Un groupe de jeunes chante à plusieurs voix.

Maisons peintes

rues aux maisons peintes

Nous parcourons les petites rues à la recherche des maisons remarquables : belles maisons peintes décorées de sculptures. C’est tranquille. Au temple Protestant, les fidèles sortent du culte. je reconnais  la dame en capeline. On décourage les touristes avec un panneau « Stop ! » Nous entrons dans des cours intérieures. Dans une galerie de peintures, des tableaux rappellent un peu Chagall, les personnages ont l’air juifs. Ils ne le sont sûrement pas d’après les bondieuseries des autres tableaux.

Rue aux Juifs

Nous parvenons à une place ronde et creuse. En son centre : une statue d’où partent des rayons dans les pavés soulignant cet aspect circulaire. La petite rue qui  rejoint la grande place s’appelle la rue aux Juifs. Une plaque commémorative rappelle la déportation des juifs de Sopron dans les camps.

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Dans la maison suivante on a retrouvé et restauré l’ancienne synagogue datant du XIVème siècle. C’est un curieux mélange de pierres anciennes de béton et de bois qui donne au bâtiment ancien un aspect contemporain. La niche où était la Thora est d’époque, mais pas la chaire octogonale en poutres de bois foncé. La salle des femmes est complètement séparée, les femmes suivaient l’office par des archères (meurtrières horizontales)de l’autre côté de la cour.

Le Mikvé est très étonnant : c’est un puits très profond (une dizaine de mètres).
Nous rencontrons des cyclistes du Val de Marne qui nous demandent de les photographier devant la synagogue. Rencontre utile, puisqu’ils nous expliquent comment nous servir de la Carte France Télécom n’importe quelle cabine publique.

colonne de la Peste


musée de la Mine

Le Musée de la Mine m’a bien plu. Comme dans tous les Musées de Sopron, nous ne sommes jamais seules. Généralement, des vieilles femmes, mal fagotées, nous suivent partout. Elles allument l’éclairage, puis nous poussent dans la salle suivante pour éteindre (? ). Ici, la visite est guidée, en Hongrois et en Allemand. La dame actionne les maquettes des engins de la mine : la roue, actionnée par la force humaine, puis un ascenseur mu par la force hydraulique, puis d’autres machines à vapeur, enfin le tunnelier qui extrait le charbon tout seul sans même avoir besoin de consolider la galerie.

On nous montre ensuite, des gravures anciennes, des lampes de mineurs. La guide est très contente de rencontrer des françaises. Autrefois, elle a appris le Français, mais ne le parle plus, elle est ravie de retrouver les expressions françaises quand je traduis l’Allemand. A la fin de la visite, elle laisse tomber les Hongrois et nous avons une visite particulière. Dans les vitrines, de très beaux minéraux et une lettre autographe de Marie Thérèse.

Musée Romain

Je vais seule visiter le musée romain. Lapidarium avec des belles stèles bien conservées et 3 statues en mauvais état .Mon billet est aussi valable pour le Musée Archéologique, très bien présenté, moderne, avec des commentaires en anglais retraçant l’histoire de Sopron de la Préhistoire jusqu’à l’installation des Magyars en passant par l’histoire romaine et la route de l’ambre de la Baltique à Rome qui passait là. Mais je ne suis plus très disponible, deux musées de suite c’est un peu trop. je n’imaginais pas que ce dernier serait aussi riche.

Déjeuner sur la terrasse : escalope de veau et carottes râpées. Notre logeuse fait le ménage et nous fait sentir que nous la dérangeons
.
Nagycenk, Istvan Szechenyi

Au château de Nagycenk nous faisons connaissance avec « le plus grand des hongrois » Istvan Széchenyi, l’artisan du développement industriel de la Hongrie au XIXème siècle. C’est lui  qui a canalisé le Danube, construit des routes et des ponts, des haras… Le personnage est passionnant ainsi que son époque qui voit arriver l’industrie en quelques décennies – passage de la féodalité à l’époque moderne.
Le château, de style classique, est bien décevant. L’audio-guide en français est en panne. Au rez de chaussée quelques salles sont meublées, à l’étage, un musée des techniques, présenté à l’ancienne. Des vitrines avec des étiquettes en hongrois  nous lassent rapidement.

Nous avions hésité entre la visite de ce château et retourner à Fertöd, et avons fait le mauvais choix. On essaie de terminer l’après midi par une baignade. Quand nous arrivons à la plage, un magnifique arc en ciel nous attend. La Pluie a rafraîchi l’atmosphère et je n’ai plus envie de me baigner. Nous  restons un peu au bord de l’eau.

Nous quittons Vienne pour Sopron

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Sopron caves a vin

8h1/2, nous quittons la Pension Kraml avec un peu de regrets. Il reste tant de choses à voir : le Musée d’Ephèse, les maisons des musiciens, … Mais aussi avec soulagement : tout est si cher ici! On ne peut même pas s’attabler à une terrasse et boire un café !

Boulevard de ceinture jusqu’au Nord. Karl Marx Hof  nous apprécions mieux l’ampleur de la cité ouvrière.

Grinzing

La route s’élève dans la colline jusqu’à Grinzing qui est encore dans Vienne. On se croirait à la campagne avec de jolies villas dans des jardins et les Heuriger, genre de guinguettes, petits restaurants peints en ocre, tonnelles et tables dans les jardins.
A la sortie de Vienne, la route monte en épingles à cheveux. Au détour d’un virage : un chevreuil. Nous sommes presque au sommet à Kohlenberg, la vue sur Vienne est magnifique quoiqu’un peu embrumée.

« Révisions» . D’un côté : le Danube, de l’autre un quartier de maisons d’Hundertwasser étincelant sous le soleil, coiffé d’une sorte de cheminée portant un bulbe comme un œuf doré.

Autoroute vers la Hongrie

Autoroute vers la Hongrie, peu de circulation, campagne plate, les moissons ont commencé.

Arrivée à Sopron vers 11h30, Comme d’habitude, nous faisons trois fois le tour de la ville (petite) avant de trouver l’Office de Tourisme.

Chambre chez l’habitant

Très efficace l’employée fait la réservation d’une chambre chez l’habitant pour 4500 forint. Pour 135 F, notre chambre est meublée sans recherche, mobilier passe-partout, peinture vert criard, moquette grise, télé-satellite, une salle d’eau avec douche et WC. Nous avons la disposition d’une cuisine à partager avec un frigo, un micro-onde et de la jolie vaisselle en porcelaine. Des tables sont installées dans la salle commune. Il y a aussi une terrasse agréable.

Lac Fertö

lac Fertö



La route traverse des petits villages aux maisons charmantes. Le tourisme est très développé. Partout on voit des écriteaux « Zimmer frei », des restaurants de plein air et des marchands de vannerie. Mais tout cela est au stade de l’initiative individuelle, pas d’hôtels énormes ni d’enseignes lumineuses ou de boutiques affreuses.

La plage est payante 7000 forints, (21f) aménagée avec une grande pelouse ombragée, des cabines, des douches de plein air et une rangée de guinguettes en bois offrant du vin blanc, du poisson frit,  des hot-dogs et des glaces. Comme c’est vendredi, il n’y a pas trop de monde et nous trouvons un endroit calme. L’eau est boueuse. Mes pieds s’enfoncent de plusieurs dizaines de centimètres dans la vase. Il faut nager sans relâche. Le vent s’est levé et pousse l’eau vers le sud. J’ai peur de me laisser entraîner par le courant, je sors. Ce n’est pas le même plaisir qu’à la mer. Par cette première journée chaude je suis bien rafraîchie .Cela donne un air de « vacances » après le tourisme intensif à Vienne.

Nous nous promenons sur un ponton de bois qui dessert une rangée de chaumières installées sur des plates-formes avançant dans le lac. Ce village lacustre est curieux. Les maisons sur pilotis sont énormes et rivalisent d’originalité dans la découpe du toit de chaume. A l’arrière de maisons des roseaux, des canaux. Les oiseaux sont nombreux, les hirondelles se posent sur les planches, c’est bien curieux de les voir à terre. Les planches craquent et bruissent sous nos pas.

La carrière

carrière

Au retour nous nous arrêtons dans une carrière spectaculaire qui me rappelle les latomies de Syracuse. Une « salle de spectacle »y est installée. Ce soir et demain, on y jouera la Bohème. Nous assistons par hasard à une répétition (sans musique malheureusement).

Juste après le passage de la frontière est construite une cité commerciale dans le plus pur style capitaliste américain : un hypermarché, des boutiques, un cinéma des grands parkings…Nous trouvons tout ce dont nous avons besoin : salade au choix, charcuterie, crémerie dans avoir besoin de parler, à la caisse on accepte les cartes de crédit.
En ville il y a de nombreux petits commerces comme chez nous autrefois.

Concert baroque

Toits de Sopron

Retour à 7 h à l’auberge. Il faut faire vite pour ne pas rater le concert baroque.  A 7h40, la messe n’est toujours pas terminée, dès que les fidèles sortent, je vais aux renseignements et me fais refouler par une grosse dame à chevelure blanche étincelante dans un gros chignon parce que j’ai à la main une pomme et mes cigarettes. Je ne vais quand même pas manger ou fumer dans une église !
L’église est très, très baroque, des angelots de bois peint grimpent partout. Un berger en sandales avec sa harpe (le roi David ?) est juché sur le rebord du retable en équilibre. Des religieux de bois en habit blanc et bleu de taille humaine peuplent l’église, au plafond, une fresque pastel. Ici le baroque est tout de dorure et de bois peint.

Avant le concert, le spectacle est dans l’assistance très nombreuse. Une dame âgée porte une capeline et des gants de fil blanc. Certaines toilettes sont élégantes, des robes longues, d’autres tenues sont simples, on est venu au concert en famille avec les enfants. A l’entrée des choristes, l’église s’illumine, au début je ne reconnais pas les morceaux, puis deux cantates de Bach et Händel.

Dîner sur la terrasse.

 

Vienne : Belvédère

MITTELEUROPA 2001 un mois en AUTRICHE, HONGRIE, CROATIE

Belvédère

Jardin Alpin

Récréation-nature au jardin Alpin, un peu sauvage. De nombreux végétaux semblent réduits comme des bonsaïs. Un ajonc espagnol forme des petits coussins ronds, on le dirait taillé à la cisaille. De minuscules bassins renferment des nymphéas nains. Je remarque le marcottage dans des sacs en plastique sur un érable pourpre du Japon et sur des azalées. J’ai parlé souvent de cette technique aux élèves sans l’avoir jamais vue en vrai.

Pique-nique au jardin botanique, plutôt un parc sauvage très ombragé. Nous avons acheté au Naschmarkt des sushis.

Belvédère

Belvédère détail

Le Belvédère est un magnifique palais décoré de nombreuses statues. Encore un petit Versailles sur une colline dominant un jardin à la française!

Belvédère : salon doré

Dans les salles « au tournant du siècle » nous trouvons un Schiele très grimaçant impressionnant, un seul Kokoschka décevant, et bien sûr des Klimt somptueux : le célèbre Baiser mais aussi Judith et le Portrait d’Adèle Bloch Bauer, tout en dorure, motifs géométriques, d’yeux, spirales. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ils ont dû influencer Hundertwasser dans l’utilisation des couleurs métallisées et des spirales.

Ticket d’entrée : grotesque de Messerschmidt

Les tableaux suivants paraissent plus ternes. Mes préférés sont un Van Gogh avec des champs encore verts un Munch où la lune se reflète dans la mer.

Egon Schiele

Dominique m’a demandé un jour comment on reconnaît un chef d’œuvre d’une croûte ; impossible de répondre en théorie. Dans ces collections inconnues, au premier regard, sans préjugé, et sans regarder les étiquettes, j’ai tout de suite sélectionné Van Gogh et Munch (quant à Monet, j’avais reconnu Giverny).

Klimt : Judith

Puis on passe aux peintre plus anciens les symbolistes m’avaient déjà paru sinistres à l’Expo 1900, et Makart à l’unisson avec les constructions du Ring.

Belvédère Salon

La deuxième partie de l’exposition, séparée par un salon de marbre, s’appelle « l’ère Biedermeier » (1815 –1848), représente la montée en puissance de la bourgeoisie et présente donc des tableaux accrochés dans des intérieurs bourgeois ; 3 tableaux d’un même peintre : un énorme bouquet de fleurs et deux scènes avec des paysans : on dirait des photos tant le peintre est habile, à cette époque, la photo n’existait pas encore et la précision et la ressemblance étaient sûrement des valeurs plus importantes que maintenant.
Paysages romantique, montagne.

Avant de descendre au Belvédère, une pause pour se délasser les pieds. Nous passons par de très beaux jardins, une sorte de labyrinthe de charmilles, des parterres fleuris .Dans le palais baroque nous cherchons les grotesques, têtes grimaçantes de Messerschmitt. Nous passons donc rapidement devant les tableaux, un peu blasées,  puis cette période n’est vraiment pas ma période préférée en peinture. C’est le palais lui même qui retient notre attention : une galerie des glaces petite mais harmonieuse avec des reflets à l’infini, une pièce chinoise toute dorée et très finement ouvragée, décorée de porcelaines, de petites appliques avec encore des effets de miroirs.

Dans l’Orangerie, c’est l’art médiéval qui retient plus notre attention. Nous voyons encore beaucoup de dorures. Finalement ce procédé est plus banal qu’il ne me paraissait.

La ville vue des jardins du Belvédère

Nous rentrons à pied, en passant devant un monument aux morts Russes, portique incurvé, laid à souhait, précédé d’un immense jet d’au dans un bassin. Derrière Karlskirche, nous empruntons la Panigelstrasse, calme et cossue

Danube (2) Claudio Magris – Café Central à Vienne

MITTEL EUROPA – LIRE POUR VOYAGER

Magris consacre 70 pages à l’étape viennoise de son épopée danubienne. Pèlerinage littéraire plutôt qu’excursion touristique : aucune description des musées ou châteaux, même les parcs sont oubliés.

Le chapitre est intitulé « CAFE CENTRAL »  ce sont les lieux privilégiés de la vie intellectuelle viennoise et c’est là que Magris choisit de faire ses rencontres. Je fais la connaissance avec Peter Altenberg, mannequin de bois qui lit encore son journal au Café Central (j’ignorais jusqu’au nom de ce poète) . Un autre habitué des lieux était Trotski 

C’est aussi ici que s’asseyait Bronstein, alias Trotski, à telle enseigne qu’un ministre autrichien, mis au courant par les services secrets qu’une révolution se préparait en Russie, avait répondu « Et qui devrait la faire; en Russie, la révolution? Ce M. Bronstein peut être qui passe ses journées au Café Central? »

La maison de Wittgenstein n’existe plus, à sa place l’ambassade de Bulgarie, amusant?

La baronne Marie Vetsera n’aimait pas la musique de Wagner, et disait même qu’elle ne pouvait pas le souffrir ; aussi lorsque l’Opera de Vienne inaugura avec l’Or du Rhin un cycle Wagner, cette aversion fut un prétexte pour ne pas aller à l’Opera….

Elle allait rejoindre l’archiduc Rodolphe de Habsbourg. Et c’est ainsi que l’auteur introduit le drame de Mayerling!

 

A nouveau, nous croisons Joseph Roth, puis Karl Kraus et au hasard de cette lecture je glane le titre d’un roman de Jules Verne : Le Pilote du Danube que je télécharge sur le champ (mauvaise pioche, il est numérisé avec les pieds et illisible).

Au Café Hawelka nous attend Elias Canetti

Sur la Karlsplatz on célèbre par une exposition le tricentenaire du siège de Vienne par les Turcs (1683) occasion d’un rappel historique.

Après les célèbres cafés, Magris poursuit son pèlerinage dans les cimetières où l’ont voit la tombe d’Altenberg, celle de Schoenberg.

Impossible de ne pas évoquer l’Anschluss, et les suicidés de 1938 comme Egon Friedell.

Au café Landtmann : Lukàcs

Puis visite des maisons de Joseph Roth et de Freud, Berggasse 19..

Avant de quitter l’Autriche, il s’arrêtera à Eisenstadt, ville de Haydn : Là où se trouve Haydn, rien ne peut se passer!

Je viens de lire le retour des trains de nuit pour fin 2021. Je vais réserver un aller pour Vienne et cette fois-ci, je relirai Magris avant de partir!

Vienne : Secession,

MITTELEUROPA : UN MOIS A TRAVERS L’AUTRICHE, LA HONGRIE ET LA CROATIE

Metro Karlsplatz (Otto Wagner)

Métro Karlsplatz, notre point de ralliement.  Il fait un temps magnifique pour prendre des photos des pavillons du métro d’Otto Wagner, de la Karlskirche et du pavillon Sécession. En attendant l’ouverture du Pavillon, nous faisons un tour au Naschmarkt.

Pavillon Sécession

Pavillon Secession

Le Pavillon Sécession est très sobre avec seulement quelque ornements et surtout un dôme de feuilles dorées. Devant la porte, des topiaires dans des vasques bleues, posées sur de grosses tortues de bronze. La porte en bronze est  très belle.

Pavillon Secession : entrée

Fresque de Klimt

Klimt : le Géant Typhée

La fresque de Beethoven de Klimt court sur les murs d’une vaste pièce rectangulaire. Des femmes transparentes volent allongées. Seule leur chevelure est colorée. Des plages dorées, en relief, font ressortir les cheveux peints et les vêtements colorés. Sur un autre mur, un singe énorme avec des ailes bleues et un corps de serpent, figure un monstre géant : Typhée avec ses trois filles les Gorgones menaçantes. Sur le troisième côté la fresque se termine par les chœurs de la IXème symphonie.

Klimt : fresque Beethoven

Installations d’art Contemporain

Deux expositions d’art contemporain : une installation d’un vidéaste dans une sorte de tunnel surélevé en Skaï avec des écrans de télévision : des gens friqués parlent, un verre à la main, une piscine,… aucun intérêt.

Encore une installation à l’étage supérieur : des vêtements sont pendus ou posés sur le sol, des dessins sont suspendus. Sur l’un d’eux la « gestion du bonheur » formulée comme un problème de robinets avec des débits, des fuites.. Sur une banderole toute l’histoire du XXème siècle est schématisée de façon très marxiste avec des flux de capitaux, des rouages, des entonnoirs (dépression) un réseau enserrant l’Europe figure le nazisme.

Klimt : choeurs de la 9ème en lévitation


Opéra

Nous allons à pied à l’Opéra qui fait meilleure figure sous le soleil. Ressemblance avec Garnier, en moins bien, et avec le palais Ferstel, renaissance Italienne.

Tramway D jusqu’à la Gare du Sud.

 

Danube : Claudio Magris -(1) De la Forêt Noire à Vienne

MITTELEUROPA : LIRE POUR VOYAGER

Le Danube à Ratisbonne

Le Danube, est souvent enveloppé d’un halo d’antigermanisme; : c’est le fleuve le long duquel se rencontrent se croisent et se mêlent les peuples les plus divers; alors que le Rhin est le gardien mythique de la pureté de la race. C’est le fleuve de Vienne, de Bratislava; de Budapest, de Belgrade, de la Dacie…C’est le ruban qui ceint[…]l’Autriche des Habsbourg….

C’est un livre-fleuve qui va emporter le lecteur à travers l’histoire et la littérature germanophone (allemande mais plutôt autrichienne), dans les remous et l’érudition.  Ma lecture est entrecoupée de pauses. J’ai autour de moi, mon téléphone intelligent qui va faciliter mes recherches (dates et hommes illustres, écrivains connus ou méconnus de moi), un stylo et mon carnet pour prendre des notes, un crayon pour souligner. Lecture laborieuse? Non, plutôt jubilatoire!

2850 km de la source à la Mer Noire!

Mais au fait où est donc la source? Magris, tel les explorateurs des sources du Nil remonte le courant, et surprise : il trouve deux sources, deux ruisselets qui couleront vers la mer. Deux petites villes de Forêt Noire revendiquent cet honneur : Donauschingen et Furtwangen. Pour authentifier ses recherches Magris se réfère à un ouvrage ancien L’Antiquarius du Danube de Johann Hermann Dielhelm (1785). Après la controverse des sources, il pose un nouveau dilemme : Mitteleuropa « hinternationale » ou tout-allemande?

 » depuis la Chanson des Niebelungen, Rhin et Danube se font face et se défient. Le Rhin, c’est Siegfried, la virtus et la pureté germanique[…]Le Danube c’est la Pannonie, le royaume d’Attila; c’est l’Orient »

Me voilà avertie, je vais naviguer aussi bien dans l’histoire, la géographie que dans le mythe et les légendes! Il suffit de se laisser embarquer, ne pas refuser les paradoxes. 

A chaque étape, une rencontre, parfois plusieurs. Studieusement, je note  la page, la ville, le personnage.

P. 60 Messkirche : Heidegger revendiquant son appartenance au monde paysan de Forêt Noire, mais dont le culte de l’enracinement a flirté dangereusement avec le fascisme. En philosophie, je ne suis pas compétente. 

 

 

 

p. 64 Sigmaringen : Céline à la suite du repli de Laval et de Pétain. 

p.78 Ulm « A main nues contre le Reich » : un frère, une soeur, Hans et Sophie  Scholl, furent exécutés en 1943. Récit de l’enterrement de Rommel. Presque 40 ans après la fin de la guerre, les souvenirs sont encore prégnants. D’Ulm, sont parties les barges de colons allant peupler le Banat, les Souabes du Danube. Première occasion de rencontrer Grillparzer et Joseph Roth à propos des conquêtes napoléoniennes. Roth ayant écrit Les Cent jours et Grillparzer ayant écrit une pièce sur le roi Ottokar II de Bohème. Moins sympathique, Mengele

 

 

 

L’épopée napoléonienne a laissé la tombe vide d’un Grenadier, héros de l’Indépendance américaine combattant de la République et un monument à la gloire des peuples allemands en lutte contre Napoléon.

 

p. 133 : Ingolstadt : Marieluise Fleisser écrivaine des année 1928-29, compagne de Brechtéclipsée par la gloire du dramaturge. 

Le pont de pierre de Ratisbonne

p.141 : Ratisbonne . Son pont de pierre fut considéré comme la « merveille du monde ». Ville importante au 15ème et 16ème siècle. Elle fut le siège de la Diète permanente du Saint Empire Romain Germanique . Kepler y séjourna, étudia en plus de l’Astronomie la structure du flocon de neige! 

p.153 : Straubing se déroula une tragédie . La jeune Agnes Bernauer fut noyée après accusation de sorcellerie seulement parce que le fils du seigneur local l’avait épousée, mésalliance. Elle fut noyée dans le Danube et l’on dut entortiller sa chevelure pour la faire couler. « Dommage que ce ne soit pas Marieluise Fliesser qui ait écrit cette histoire  » regrette Magris, Hebbel qui l’a chroniqué s’est fait l’avocat de la « violence de droit », défendant la Raison d’Etat tandis que Grillparzer a traité la même thématique dans La Juive de Tolède

p.175 : Linz , ville prisée par Hitler a échappé de peu à l’urbanisme que le Führer lui destinait. S’y est déroulée une histoire d’amour entre Goethe et Marianne Willemer. Goethe y rédigea le Divan occidental-oriental qui comporte des poèmes de la main de Marianne Willemer (bien sûr signés par Goethe)

p.197 : Mauthausen

p.202 :  Saint Florian : la plus grande abbaye baroque d’Autriche. Bruckner, Altdorfer

Altdorfer : Saint Florian (détail)

p. 225 : Dans la plaine humide du Danube Konrad Lorenz menait ses expériences avec ses oies.

p.226 : nous assistons aux derniers instants de Kafka  

J’ai pris beaucoup plus de  notes que j’aurais pu transcrire. J’ai éliminé celles qui concernent des écrivains ou personnages que je connais seulement de nom ou complètement inconnus pour moi : Jean Paul, Stifter et beaucoup d’autres.

 

 

 

Vienne Graben, Stefansdom, Schubert, Freud et musiciens

MITTELEUROPA – 2001 – un mois en AUTRICHE, HONGRIE, CROATIE

Place de la cathédrale, Graben

Stefansdom

Stephansplatz : les toits de la cathédrale sont vernissés brillants et colorés mais les murs sont passablement noirâtres. A l’intérieur, le baroque a colonisé la nef gothique qui est un peu encombrée. Il y a foule, on ne s’y arrête pas Dehors, il fait grand soleil, Dominique trouve un banc disponible et je pars explorer le Graben et les rues piétonnes voisines : beaucoup de beaux cafés et des magasins de luxe. Les vitrines détonnent un peu, c’est dommage! On doit en faire abstraction pour examiner les façades très ornées.

Caryatide, crème fouettée

Je suis un peu déçue : c’est toujours du même style que le Ring, 19ème siècle pompier, genre Nice, monstruosité crémeuses avec caryatides et atlantes. J’avais espéré quelque chose de différent.

colonne de la Peste

La colonne de la Peste rappelle le chœur de Karlskirche, encore des angelots débordant d’un nuage. En suivant nos guides on débusque les maisons les plus spectaculaires : le Palais Equitable, gros et noir renfermant une cage d’escalier en marbre donnant sur un patio fermé par une verrière.

Pour déjeuner, j’achète dans une pâtisserie un gâteau au pavot pour moi et un rouleau au jambon salade russe.

Peterskirche
Baroque, nef ovale comme Karlskirche mais en cours de restauration.

Palais Ferstel

Palais Ferstel

Dominique a potassé les guides, elle mène donc par la Naglersgasse étroite et tranquille bordée de maisons baroques avec guirlandes et angelots, visitons le palais Ferstel, une galerie italiénisante débouchant sur un patio où se trouve le Café Central où Trotski avait ses habitudes, fermé. Encore un escalier de marbre monumental, des atlantes de bronze, des luminaires 1900, difficile de cadrer les photos.

Schubert

A la recherche de Schubert

Nous négligeons les musées et les palais pour aller à la recherche d’une des maisons de Schubert : la Dreimädlhaus cachée derrière le Ring. On  accède par un étroit escalier à une rue pavée qui tourne, puis à un groupe de petits immeubles de deux ou trois étages.

Dreimädelhaus

La terrasse fleurie du café Schubert a un aspect campagnard, en dehors du temps, loin de la circulation du Ring, pourtant à un jet de pierre, des magasins classieux du quartier, loin des excès architecturaux de la fin du XIXè. Les maisons XVIIIème de couleur pastel ont des guirlandes, un médaillon peint ovale représente les trois Mädel de la garçonnière de Schubert.

Schubert au Stadtpark

Maison de Freud

Pèlerinage à la maison de Freud, Berggasse 19, à l’extérieur du Centre. La Berggasse, rue bourgeoise descend vers le canal du Danube. On nous confie un gros classeur rouge puis nous assistons à la présentation de vidéos des dernières années de la vie de Freud ; c’est assez émouvant de le voir en famille, peu d’intérêt autre qu’anecdotique, sauf peut être les images de l’arrivée d’Hitler à Vienne. La salle d’attente est meublée, avec sa table et ses chaises on dirait plutôt une salle à manger, quelques objets antiques des collections de Freud sont présentés dans une vitrine.

chez Freud!

Les autres pièces sont vides, les murs couverts de photos et de fac-similés de documents. Chaque numéro renvoie à un commentaire de Freud souvent tiré de sa correspondance.  Au début c’est amusant de voir ses livres préférés d’enfant , Hannibal, le héros sémite contre l’empire Romain, ses photos de jeunesse, la Bible familiale ornée de dessins égyptiens, puis les photos de ses professeurs, de Charcot Jung et Adler. Au bout d’un certain temps je me lasse. Dominique est plus persévérante. . Elle a trouvé enfin après toute une journée des toilettes gratuites pour se laver les mains, son TOC,  après une longue attente, elle voit ressortir une femme avec un air béat des chiottes- Freud , cela l’a fait bien rire.

Vienne la rouge

En quelques stations de métro nous rejoignons les faubourgs de Vienne la Rouge pour visiter l’ensemble architectural du KarlMarxHof, nous sommes un peu déçues : l’énorme barre d’un kilomètre de long n’est pas visible dans son ensemble, nous n’avons pas le recul nécessaire. On se contente d’une vue partielle de HLM rouge et jaune, sobre, mais on sent la volonté de l’urbaniste de placer des statues dans une cité ouvrière. On se demande bien pourquoi André a recommandé cette visite.

Stadtpark : musiciens

Johann Strauss

Retour au centre, tram sur le Ring jusqu’au Stadtpark : l’attraction consiste à chercher les statues des Viennois célèbres : Schnitzler, Bruckner, Schubert, Makart, Franz Lehár, Strauss doré joue du violon.

Il fait très chaud, le ciel devient brusquement très menaçant, nous rentrons sous l’orage et achetons en route deux escalopes viennoises.

Vienne Karlskirche,et Naschmarkt.

MITTELEUROPA -2001 – UN MOIS EN AUTRICHE,  HONGRIE ET CROATIE

Karlskirche

 

Karlskirche

La pluie contrarie nos plans,  prenons le métro U4 à Pilgram et deux stations plus loin, descendons à Karlskirche. L’église est vraiment curieuse : une coupole précédée d’un fronton, encadré par deux colonnes rondes, évoquant des minarets et deux tours carrées à toit en pagode de cuivre oxydé.

Karlskirche « colonne trajane »

Lorsqu’on s’approche, les« minarets » font place à deux colonnes trajanes avec des bas-reliefs comme à Rome. La façade à fronton triangulaire classique représente l’épidémie de peste de 1713.  Charles VI (le père de Marie Thérèse) avait fait vœu de la construction d’une église à la fin de l’épidémie.

Intérieur très baroque

Karlskirche : baroque!

C’est la plus belle église baroque que j’ai jamais vue. La nef ovale est surmontée d’un dôme très haut. Au fond du chœur, Saint Charles Borromée, en habit d’évêque tout en dentelle, est entraîné au ciel par des dizaines de petits anges, les putti siciliens tant aimés par Fernandez, certains crèvent le nuage et seules leurs têtes émergent des rondeurs.


Fresque de la coupole


La fresque de la coupole a été restaurée, elle est bien lisible. Une scène est parlante : un ange armé d’une énorme torche met le feu à la Bible de la Réforme. Ce n’est pas seulement la Peste qu’il s’agissait de combattre. Il y a bien une démonstration  flagrante des liens entre la Contre-Réforme et le Baroque.

La pluie a cessé, une timide éclaircie permet de prendre quelques photos.

Nous quittons le Baroque pour l’Art Nouveau : les pavillons du Métro Karlsplatz bien rénovés et le beau pavillon Sécession, pas de chance, c’est aujourd’hui jour de fermeture !

Naschmarkt

Le marché Naschmarkt est très joli avec ses boutiques exotiques grecques ou turques. Cela sent bon les olives et les épices. Après Marrakech et Istanbul nous sommes blasées ! Les épices sont vendues dans des petits godets fermés : cela n’a pas d’allure !

Jugendstil

Majolica haus dessinée par Otto Wagner

Les maisons Jugendstil d’Otto Wagner sont face au marché : la maison majolique est décorée d’un rosier qui s’étale sur toute la façade carrelée tandis que les balcons sont ornés de feuillage vert (nymphéa ou lierre ?) La maison voisine porte des médaillons dorés et les feuilles sur les rambardes vertes sont plus simples.

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Evasion littéraire, au fil du Danube

MITTELEUROPA

Le Danube à Budapest

Comme le Voyage en Orient, le Grand Tour en Italie, le Danube a inspiré les écrivains-voyageurs. Sans projet de voyage, j’ai donc décidé de m’évader par la lecture au fil de l’eau.

Pourquoi précisément le Danube?

A cause du livre Art Nouveau de Paul Greveillac qui met en scène un architecte viennois (fictif) arrivant à Budapest. Pour revoir les photos j’ai ouvert les albums et les carnets de voyage et décidé de dépoussiérer Mitteleuropa2001 qui avait disparu lors des migrations de mes blogs. Scanner les photos, revoir les textes me transporte loin des confinements….

Le Danube à Klosterneubourg

J’ai aussi descendu de l’étagère Danube de Claudio Magris, gros livre de 560 pages,  que je n’avais pas lu. Lecture savante d’un germaniste érudit que je savoure lentement m’arrêtant presque à chaque page pour consulter la carte, ou wikipédia pour approfondir, chercher une date, un auteur, un ouvrage…

Bien antérieur, et bien différent, le récit de Patrick Leigh Fermor  raconte son itinéraire à pied, de Hollande à Constantinople (1933-1935).  Dans la nuit et le vent (2016) réunit les trois volumes : Le Temps des Offrandes, et Entre fleuve et forets et La Route Interrompue. Lecture inoubliable, et relecture à la parution du recueil, tout aussi éblouissante. Je l’ai lu comme un livre d’aventures.  

Vagabondages de Lajos Kassak raconte les tribulation d’un jeune artiste de 22 ans entre Budapest et Paris en 1909. Entre Budapest et Vienne, avec un camarade il marche et mendie le gîte et le couvert dans les fermes, se clochardisant petit à petit. A Vienne, il connaît les asiles pour vagabonds mais fait aussi de belles rencontre avec des artistes. 

Recommandé par Keisha, Sur la Route du Danube de Emmanuel Ruben, m’a tentée, je l’ai réservé à la Médiathèque. D’après le billet de la blogueuse, je sais que ce sera une balade à vélo dans le sens Mer Noire vers la source. 

Déjà dans ma liseuse : Europolis du Roumain Jean Bart(Eugeniu Botez) sur la recommandation de Claudio Magris. Europolis, serait un port sur la Mer Noire dans le Delta du Danube. A explorer. Prévu aussi, Lisière,  de la bulgare Kapka Kassabova. 

Lectures anciennes, mais excellents souvenirs : le Voyage d’un Européen à travers le XXème siècle de Geert Mak traverse les contrées danubiennes( entre autres). Plus à l’Est encore, Le Voyage aux frontières de l’Europe de Paolo Rumiz, nous fait quitter le Danube pour la Volga… mais je le cite parce que Rumiz est de Trieste comme Magris et que leur point de vue est parent. 

Et malgré ce confinement qui risque de durer, je ne serai pas en panne de lecture!