Le Général de l’Armée morte – Ismail Kadaré

CARNET DES BALKANS/ALBANIE

A la suite d’Avril brisé et de Chronique de la ville de pierre, je poursuis la relecture des romans de Kadaré qui dorment bien sagement sur l’étagère, avec les livres que j’ai aimés dont je ne me séparerais pas, mais que j’ai un peu oubliés.

le Général de l’Armée morte raconte l’histoire d’un général italien, dans les années soixante, chargé de rapatrier les corps des soldats morts pendant la dernière guerre afin de les rendre à leurs familles. Cette mission en temps de paix s’avère pénible, dans les montagnes escarpées d’Albanie, dans la boue de l’automne et le froid hivernal. Le Général est accompagné d’un prêtre catholique qui lui sert de traducteur, de conseiller et de confident.

Après les négociations avec les autorités nécessaires pour entreprendre ces chantiers, le Général est pénétré de la solennité de sa mission, de son étrangeté aussi :

« et puis, ces derniers temps il m’arrive quelque chose d’étrange. Dès que je vois quelqu’un, machinalement je me mets à lui enlever les cheveux, puis ses joues, ses yeux comme quelque chose d’inutile, comme quelque chose qui m’empêche même de pénétrer son essence, j’imagine sa tête rien que comme un crâne et des dents (seuls détails stables) vous me comprenez? J’ai l’impression de m’être introduit dans le royaume du calcium…. »

Ils doivent extirper de la boue des ossements, mais aussi le passé de cette invasion repoussée par les montagnards albanais qui contraignirent à la retraite. Cette campagne ne fut pas très glorieuse et le Général en a conscience. Comme il craint l’hostilité des paysans que ses fouilles peuvent causer.

« il y a vingt ans, vous écriviez les mots d’ordre du fascisme sur les poitrines de nos camarades et maintenant vous vous révoltez à propos de cette phrase écrite sans doute par un écolier.[…..]Vous évoquez souvent les Grecs et les Troyens. pourquoi ne devrait-on pas parler de ce qui se passait il y a vingt ans? »

le général voulant fêter la fin de la campagne de fouilles, s’invite à une noce où les paysans chantent et dansent, une vieille femme fait resurgir sa douleur et on frôle le drame. Tout le roman est écrit sur le fil de l’ambiguïté. Générosité de celui qui offre l’hospitalité mais aussi méfiance vis à vis de l’ancien ennemi.

« ...en guerre  il est malaisé de faire le partage entre le grotesque et le tragique, l’héroïque et l’attristant… »

J’avais d’abord fait une lecture sur le plan allégorique, mythique, tragique. Maintenant que je me suis familiarisée avec le monde de Kadaré, je replace les événements dans leur contexte historique : l’occupation italienne, Kadaré l’a raconté plus tard dans la Chronique de la ville de pierre. J’ai retrouvé au moins deux épisodes commun aux deux livres : celui de l’installation du bordel dans la ville et l’histoire du pilote anglais qui avait perdu une main. Une autre histoire, celle du prisonnier italien devenu valet du meunier a été racontée de manière analogue par Argolli dans l’Homme au canon. Dans les deux cas, l’italien, prisonnier ou déserteur avait écrit un journal intime.

L’auteur accorde une importance à la poésie des traditions, chants et musique des montagnards. A plusieurs reprise il s’attarde pour nous en faire ressentir la beauté étrange et sauvage :

 » – moi je frémis à les entendre, ils m’effraient

  • tout leur folklore épique est ainsi, dit le prêtre.
  • – Le diable seul saurait dire ce que les peuples expriment par leurs chants, dit le général; On peut fouiller et s’introduire facilement dans leur sol mais quant à pénétrer leur âme, ça jamais…… »

 

C’est donc encore un roman  tragique, prenant.

J’ai préféré dans le genre tragique Avril brisé et dans le genre historique,La chronique de la cité de pierre avec le regard naif de l’enfant.j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, je ne suis laissée emporter qu’après une centaine de pages.

 

Art Afrique à la fondation Louis Vuitton : Etre là (Afrique du Sud)

LE MONDE EN EXPOS

Exposition temporaire du 23 avril 2017 au 4 septembre 2017

je ne me suis décidée à la veille de la clôture de l’exposition ou plutôt des deux expositions Etre là et les Initiés

J’ai été tellement impressionnée par Etre là présentant 3 générations de plasticiens contemporains en Afrique du sud,  que je n’ai même pas fait un tour dans l’autre exposition. C’est souvent comme cela, quand une exposition m’intéresse, je suis tant concentrée à tout voir, prendre des notes, tout lire que je m’épuise et sature et ma curiosité s’émousse.

Cette exposition fait la part belle à la photographie, la vidéo et l’animation, et les installations spectaculaires. L’artiste qui m’a le plus impressionnée est sans aucun doute William Kentridge que j’avais déjà remarqué dans l‘Afrique des routes au Quai Branly et dont une partie de la fresque en papier découpé, fragment de la fresque de Rome Triumph and Laments, occupe la place d’honneur au dessus de la librairie dans le hall. Le bateau et les femmes pleurant un naufrage à Lampedusa donnent le ton. Cette exposition est contemporaine, politique et ouverte sur le monde extérieur, sans concession.

Après avoir suivi encore la fresque de Kentridge on entre dans une installation de Jane Alexander : Infantry with Beast : 27 hommes à tête de lycaon, en ordre de marche derrière un lycaon dans une pièce noire. Le bataillon deJane Alexander est sonorisé par la vidéo d’animation de David Koloane : The Takeover au fusain selon une technique ressemblant à celle de Kentridge en peut être moins abouti. Deux tableaux représentant des canidés rouge orange de Koloane sont aussi effrayants.

On entre dans un univers de violence, où l’homme est un loup pour l’homme.

Dans la salle suivante on assiste à la projection de Notes toward a model Opera de William Kentridge (2015) .

Sur trois écrans sont projetées des animations vidéo qui se complètent mais différentes, des cartes, documents divers constituent le fond, carte de Chine, carte géologique de Normandie, Journal Officiel d’époque rendant compte de la commune de Paris….. Des danseurs affublés de cones, d’armes ou d’uniformes de l’Opéra révolutionnaire chinois exécutent des chorégraphies révolutionnaires inspirées de la gestuelle révolutionnaire chinoise brandissant un drapeau rouge ou un fusil, avec les mouvements corporels de la danse africaine…Des slogans révolutionnaires ou ironiques traversent l’écran sur des pancartes LISTEN TO THE ECHO _ NATIONALISE THE HEAVEN  ou LONG LIFE TO THE SPARROW-LONG LIFE TO MOTHERLAND…..

Une installation de Kemang Wa Lehulere occupe une salle : Dog sleep Manifesto ou Redding of the Greens :  des chiens (décidément c’est un motif récurrent) gardent des valises ouvertes contenant un carré de gazon. Elles symbolisent les terres que les Noirs ont dû quitter lors du déplacement des Noirs 1913.  Un dessin mural géant accompagne les objets et les chiens imitant le tableau noir d’une école.

Des oeuvres d’autres plasticiens se partagent la même salle principalement des textiles. J’ai apprécié les tapisseries de Athi Patra Ruga 

que l’artiste refuse d’encadrer et qui sont en forme de parallélogramme

 

La photographie occupe une grande place dans l’exposition avec David Goldblatt qui témoigne des luttes anciennes comme des plus récentes comme la protestation dees étudiants en 2015 contre la statue de Cecil J. Rhodes qu’on a couvert d’excrément puis déposée.

Zanele Muholi se définit comme photographe activiste visuelle . Un mur est occupé par une série de portraits Faces and phases follow up  où un même personnage est photographié à plusieurs phases de sa construction.

Jody Brand avec des photographies très colorées de grand format donne une visibilité aux agressions dont sont victimes les femmes et représente des homosexuels ou des trans

j’ai aussi été impressionnée par les grands tableaux – photographies ou tableaux? – d’une grande violence de Kudzanai Chiurai qui est un artiste originaire du Zimbabwe mais établi à Pretoria.

D’autres artistes contemporains encore sont présentés qui m’ont peut être moins frappée (ou j’étais fatiguée). J’ai pris un  énorme plaisir à rechercher ensuite sur Internet les biographies et les articles concernant ces artistes tous (sauf Kentridge) nouveaux pour moi.

LLogara

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE

Panorama sur la Riviera albanaise vu du col de Llogara (1000m)

Nous quittons Himarë sans petit -déjeuner : la dame grecque, si gentille les autres fois, sert tous les vieux messieurs, café ou raki (ou les deux) sans s’occuper de nous. Après avoir attendu 20 minutes, on se lasse et on part.

Après Vouno et Dhermi, la « plus belle plage de galets blancs » est à  Palase. Une belle route la dessert, un projet immobilier est en cours de construction. Je n’ai plus aucun regret. La route monte en grands lacets vertigineux. En quelques kilomètres le dénivelé est plus de 1 000 m. Heureusement que le goudron est en bon état ! Nous avons à peine le temps de voir le paysage et nous sommes déjà au col où il y a une aire de décollage des parapentes . Un  parapente attend le client. Un groupe descend d’un mini-van noir avec du matériel photographique impressionnant, un camping-car étiqueté « Presse » les accompagne ; Les journalistes italiens  couvrent un rallye moto de Gibralta Racer que nous avons croisé à Vouno et à Dhermi.

Grand pin de Llogara

Après le col, nous entrons dans le Parc National de Llogara. Les arbres sont de taille impressionnante. Certains pins ont la silhouette de cèdres, on signale des pins noirs et des pins de Bosnie mais je ne sais pas les différencier.

Yaourt au miel et aux noix

Un café a installé quelques tables au dessus d’un virage. Nous y prenons (enfin !) le petit déjeuner. J’avais rêvé de café frappé, il n’y en a pas sur le menu, à la place macchiato et deux yaourts au iel et aux noix. Merveille ! le yaourt épais, compact,  servi dans une coupe est nappé  d’une épaisse couche de miel de cerneaux entiers ou concassés.  C’est le domaine des apiculteurs. Les ruches sont très nombreuses. Chaque fois qu’une voiture peut s’arrêter, un vendeur propose des pots de miel de la propolis ou des bouquets séchés de sauge ou d’origan. L’origan atteint une belle taille de 30 cm.

Hôtel Alpin

Quelques km plus bas nous trouvons l’Hôtel Alpin à la façade blanche et aux volets verts. Au rez de chaussée les arcades sont fleuries de rosiers , au 1er étage les chambres s’ouvrent sur des balcons.  Dans la toiture il y a des fenêtres carrées. Une cour pavée sert de parking. Sur le côté, une salle à manger d’été est rafraîchie par un ruisseau, des bassins et une fontaine. De beaux pins bien fournis isolent l’hôtel de la route assez passante.

L’accueil est très cordial. On nous offre la plus belle chambre avec le plus grand balcon. Il y a tout le confort , une belle salle d’eau, la télévision capte France 24, la climatisation n’est pas nécessaire en altitude. Le jeune serveur me recommande une promenade de 30 minutes jusqu’à un point de vue. Le sentier est facile, dallé par endroit. Aucun risque de se perdre. Il fait bon en sous bois. Je photographie plusieurs espèces de fleurs bleue ou mauves je reconnais une orchidée mais pas les grandes clochettes bleues. Les sauges de Jérusalem sont fleuries. Les liserons roses s’étendent partout. Les genévriers ont la taille d’arbre avec un vrai tronc.

Col Cesar

Au but de la promenade, le point de vue, le col de César,  est dégagé sur Orikum et la baie de Vlorë encadrée par deux massifs montagneux. Le col de César rappelle les guerres entre César et Pompée.  Deux Mamans et leurs petites filles se prennent en photo. Elles sont gaies, joyeuses désireuses d’essayer de pratiquer leur anglais. Je leur laisse de l’avance dans la descente pour profiter du calme e la montagne.

Pour déjeuner : des légumes grillés et une salade grecque.

L’hôtel a donné une carte du Parc de Llogara et de la région d’Orikum avec les descriptifs des visites et des promenades.la plupart des randonnées de montagne sont longues, plus de 4h et doivent se faire le matin. Il fait beaucoup trop chaud l’après midi.   je sélectionne la plus courte d’une heure 1h30 à partir du village de Dukat. Du grand platane jusqu’à la Tour du Derviche Ali. Dukat n’est pas dans le Parc National de Llogara qui englobe la forêt mais pas la campagne environnante. Les maisons s’étagent sur le versant est, le village est à 380m d’altitude, puis o n traverse la vallée du torrent Rhodina aux rochers ruiniformes, il y coule un peu d’eau. De la place du village, le sentier est bien balisé, il traverse le village par les arrière-cours et les jardins, les tonnelles et les figuiers s’accrochant aux murs en ruine. Un arbre à kaki (plaqueminier)dépasse d’un mur ; Des poules picorent près d’un tas de fumier. Les marques rouge et blanches me conduisent en dehors du village jusqu’à des tombes musulmanes puis ans la campagne, dans le torrent à sec. Distraite par  le passage furtif d’un animal, un chien probablement. Je n’en mène pas large, perds les balises. Je monte dans le lit du torrent, arrive à la base d’un bois de pin. Le sentier disparaît, je rebrousse chemin. Si j’avais lu plus attentivement le topo-guide j’aurais descendu le torrent au lieu de monter.

La dame de l’Hôtel nous conseille de monter au col, à 19h30, précises. Ce nest pas un ban al coucher de soleil mais un spectacle inattendu. La montagne au dessus de Sarandë, Corfou émergent de la brume comme d’une légère mer de nuages. A nos pieds le nuage se forme, monte et s’effiloche. Les petites îles ont des contours précis, le bateau de croisière prend des teintes rosées. Spectacle saisissant et si difficile à photographier, évanescent, avec des couleurs opalines, sans contraste, fascinant !

Plages au Nord-Ouest d’Himarë : Dhermi, Gips, Jale

CARNET DES BALKANS/ ALBANIE

Jale

La route SH8 est spectaculaire. Dès la sortie d’Himarë elle grimpe dans une garrigue odorante. Petit détour à la sortie d’Himarë par la plage de Livadhi, un camping, quelques hôtels.

Nous décidons de pousser jusqu’à Dhermi (au Nord ouest) et de visiter les plages sur le chemin du retour. La traversée du village de Vouno  est en circulation alternée tant la rue est étroite. Les ânes stationnent devant les maisons.

Dhermi

Les plages sous Dhermi sont merveilleuses mais privées et très touristiques. Oserai-je me baigner au Drymades Beach : galets blancs, rochers sombres, côte très découpée, eau limpide turquoise mais parasols soignés et bar très chic. Je me lance à l’eau. C’est une baignade merveilleuse avec le sentiment que la plage est réservée aux clients de l’Hôtel situé plus haut. Les autres plages sont toutes sur le même modèle, un parking pour les clients, des installations sophistiquées, ..

Gyps

Gyps: le chemin qui mèneà la plage

Une belle route bordée de lampadaires, étroite mais avec des refuges pour se croiser, c’est trop beau pour être honnête. Qu’allons nous trouver ? Un parking sous un grand chêne, payant, 200lekë. La dame annonce une plage de rêve à 15 minutes de marche. Je pars sans eau, sans téléphone ni chapeau en sandales et robe de plage sur mon maillot. Le chemin est rugueux, il ne descend presque pas et se trouve en balcon très haut au dessus de l’eau. Je marche 25 minutes et enfin aperçois la plage qui est encore bien loin. C’est l’affaire d’une demi -journée si on veut profiter de la baignade et prendre son temps pour remonter tranquillement.  Pas moyen de prévenir Dominique puisque je n’ai pas pris le téléphone .Je fais demi-tour sans m’approcher de Gyps qui a pourtant l’air merveilleuse, si attirante avec son canyon, échancrure dans des roches rouges piquetées de cyprès.

Jale

La plage de Jale est accessible en voiture. Nous nous y arrêtons pour nous baigner et déjeuner. Jale ne se montre pas sous son meilleur jour : des ouvriers travaillent à cimenter les trottoirs, des plagistes préparent les parasols de plage pour la saison qui commencera dans une dizaine de jours en juillet. Juillet c’est bientôt et rien n’est prêt ! Nous choisissons les lits de plage bleus. Il y a du vent, il fait bon. Autour de la plage, des constructions en ciments de couleurs criardes. Des gens passent avec des fruits frais ; j’achète un gobelet de framboises appétissantes. A peine ai-je sorti le porte-monnaie que surgit un gamin de 13/14 ans pour réclamer 500 lekë pour le parasol et les lits. Au lieu de donner un reçu, il file et donne le billet à des plus grands qui rigolent ouvertement de nous ; On s’est fait rouler !

calamars grillés

13h30, nous sommes seules à la taverne : tables carrées, chaises de bois, calamars grillés et makaronade de la mer. Au lieu d’un verre de vin blanc la serveuse apporte un pichet. Les calamars sont entiers, bien grillés ; les spaghettis sont aussi excellents avec la sauce tomate et persil. Ce serait un très bon repas si la serveuse n’avait pas cherché à nous arnaquer avec la monnaie. Nous rentrons contrariées. Dommage, on quittera Himarë avec cette impression.

Makaronade de la mer

 

Ali Pacha – Alexandre Dumas

LIRE POUR LES BALKANS/ALBANIE

Forteresse d’Ali Pacha à Porto Palermo construite par les français

 

« Nous allons raconter l’histoire d’Ali Tébélen, pacha de Janina, dont la longue résistance précède et amène la régénération de la Grèce… » annonce l’auteur dans la première page du livre

C’est une relecture, le personnage d’Ali Pacha de Ioanina m’a intriguée surtout en ce qui concerne la fascination qu’il a exercée sur Byron et l’influence des Souliotes, klephtes et Armatolis dans les guerres d’indépendance d la Grèce. Nombreux de ces combattants étaient albanais et Ali Pacha a joué sur les rivalités entre les différents pachas de l’Epire et de l’Albanie. Alexandre Dumas a fait la biographie d’Ali Pacha, faisant oeuvre de journaliste puis le personnage l’a inspiré dans l’écriture du Comte de Montechristo.

 

J’ai l’édition PHEBUS à la maison où l’oeuvre est présentée comme un recueil de propagande en faveur de l’Indépendance grecque mais

 

 

j’ai préféré télécharger une édition électronique pour notre voyage, qui passe tout près de Tépéléné – son lieu de naissance – et devant plusieurs forteresses d’Ali Pacha. Regroupé avec L’Homme au Masque de Fer, il est sous-titré Les crimes célèbres et si le nom d’Alexandre Dumas est en premier sur la couverture il est suivi d’Auguste Arnould et de Félicien Mallefille.

L’accent est mis sur les luttes du Pacha présenté plus comme un brigand que comme un chef d’état. Ali Pacha a utilisé les conquêtes napoléoniennes puis l’engagement anglais et enfin les luttes d’indépendances grecques, non pas pour bâtir en Epire un état mais surtout pour son enrichissement personnel. Il n’a aucun scrupule à trahir ses alliés ou sa parole. Sa vengeance est terrible et surtout personnelle. Il va s’acharner contre deux villes où sa mère et sa sœur ont été prisonnières et humiliées. Ses manigances vont lever contre lui les armées du Sultan mais il préfère temporiser, ruser sans jamais proclamer des velléités d’indépendance politique. Brigand de haut vol, mais pas révolutionnaire pour autant.

 

Les plages au sud est d’Himarë et le village perché de Qeparo

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Porto Palermo

Les élections

Grande animation au centre-ville ! On vote aujourd’hui .Depuis le début du séjour nous avons vu les banderoles et les affiches du parti à la rose rose-violet. Un très gros 4×4 porte une affiche de l’OSCE  qui vérifie que les élections se passent bien. C’est frustrant d’être témoin d’un évènement politiaus et de ne comprendre ni les partis en présence ni les enjeux. A la télévision, lundi matin, nous apprendrons que le Parti Socialiste rose a largement emporté la majorité.

Kalimera !

Le petit déjeuner est servi au café en face. Je peux commander mon café. Les vieux messieurs discutent entre eux e grec ; Le plus vieux parle de Melbourne, je m’amuse à les écouter, j’oublie que nous sommes en Albanie et pas en Grèce. Le Supermarché vend de l’Ouzo et de l’eau minérale grecque, le sac plastique est aussi imprimé en grec.

Porto Palermo

Agave

Porto Palermo  est la jolie baie entre Himarë et Barsh. Sur les pentes  poussent des agaves merveilleusement verts.  Une petite île reliée à la terre par un tombolo de sable renforcé par des roches porte une forteresse construite par Ali Pacha .Entre l’île et la colline une digue en ciment fait un petit port de pêche. Deux petites plages portent quelques parasols. A une extrémité, un peu en hauteur est installée une taverne que nous avons remarquée hier et où nous nous sommes promises de revenir La vue est parfaite, je prends mon temps pour dessiner le paysage. Dans la baie voisine, s’ouvre un curieux tunnel, une base secrète  pour les sous marins ?

Tunnel? base navale?

La forteresse d’Ali Pacha est beaucoup plus petite que je ne l’imaginais de loin. La plaque à l’entrée est gravée en Grec « Ali Pacha construisit ce château en 1804 avec l’aide des ingénieurs français ». son plan est triangulaire, une tour à chaque sommet, au centre à l’intérieur une rotonde, en haut une terrasse triangulaire porte une petite maison à toit de lauze. Dans la rotonde, l’exposition raconte la vie d’Ali Pacha illustrée par des gravures d’époque avec un portrait de Lord Byron.

  • Ali Pacha est né en 1740 à Tépéléné
  • 1798 -1812 , profitant des guerres napoléonienne, il met sous sa coupe les pachas de la région
  • 1812 – 1817 Alliance avec les féodaux contre la sublime Porte , relation du Pacha avec les grandes puissances
  • 1821 Ali Pacha est assassiné à Ioaninna

Ce n’et pas la seule forteresse d’Ali Pacha, nous en avons vu une autre en face de Butrint


Barsh

petite plage de Porto Palermo

Les petites plages de Porto Palermo sont très mignonnes mais nous préférons retourner à Barsh sur « notre » plage. Les « baigneurs du dimanche » que nous redoutions ne sont pas au rendez vous ; Ils sont restés avec les élections. Nous sommes pratiquement seules sur la plage en dehors d’une famille qui était déjà là hier. Pour déjeuner, un bar (sea-bass) et des légumes grillés courgettes aubergines poivrons tomates avec un trait de vinaigre balsamique pour le décor et le goût. Le pain est aussi servi légèrement grillé avec de l’huile d’olive et du thym.comme il n’y a que nous au restaurant le barman choisit l’accompagnement musical qui devrait nous plaire : musique cubaine.

 

Nous restons jusqu’à 16h à profiter de la plage, rien que pour nous. Episode tragique : on a fait prendre un bain au bébé-chien, sans doute pour le rafraîchir. Il s’est noyé. Après des efforts de secourisme les gens du restaurant sont arrivés à le ranimer. Tout le monde était secoué.

Qeparo

une vache dans les rues de Qeparo

Qeparo est un village perché haut dans la colline. La petite route est très escarpée mais surtout très étroite et sinueuse carrossable, elle est cimentée. Si on devait croiser un véhicule la marche arrière serait bien périlleuse.  Comme c’est l’heure de la sieste nous ne rencontrons qu’une seule voiture juste avant l’arrivée au village. Au retour, on laissera filer une grosse Mercedes. Les Albanais apprécient ces très grosses et très vieilles voitures, comment manœuvrer de tels tanks ? Il faut être albanais.

Qeparo : lauriers roses

Le village est encore habité, même si accéder est un exploit pour nous. Une vieille dame qui tricote devant sa porte me demande « Pou pais ? », il me parait normal de lui répondre en grec. Les porches des maisons sont encadrés d’un bel arc roman en pierre calcaire taillée soigneusement. Les murs en moellons plus grossiers sont badigeonnés de chaux ; les lauriers roses sont magnifiques. Tous les bords de la route en sont fleuris.

De retour à Himarë  je réalise le projet de m’installer à la terrasse d’un beau café pour écrire ; je commande un café frappé avec du sucre et du lait (il ne faut se priver de rien) , il  arrive dans un verre XXL,  la mousse onctueuse ne retombe pas. Il est parfait. Quand Dominique arrive pour le dîner, je n’ai pas faim du tout. Le café frappé à 19h30 n’était pas une bonne idée. On renonce donc au restaurant et s’assoit sur un banc sur la promenade regarder les étoiles et surtout les reflets des lumières sur l’eau du port.

La riviera albanaise de Sarandë à Himarë

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Riviera albanaise

La route longe la côte de la Riviera albanaise. Premier détour à Kakomë suivant un panneau « monastère », la route est large, bien goudronnée mais elle est barrée par un portail fermé. au bout, une très jolie baie. Interdite ? Pourquoi ? Des carcasses de béton abandonnées suggèrent une opération immobilière mais peut être autre chose ; Le café du gardien est encore sur la table, preuve que le site est surveillé. J’emprunte allègrement un chemin de terre et découvre le monastère de Kakomé fleuri de lauriers roses ? Il me faut passer devant un alignement de ruches et une bergerie. Je n’ai pas peur des abeilles mais qui dit bergerie, dit chiens….

Les chèvres sur la route

Le troupeau occupe la route, il y a des centaines de chèvres : vison du Tour de France en peloton serré. Sauf que les chèvres ne sont pas pressées, elles grignotent debout grignotant des branches à plus de 2 m de haut sur les arbres au bord de la route.

On se rapproche de la mer à Lekovë, de la route nous voyons deux jolies plages, une petite séparée de la grande par une butte surmontée par une chapelle blanche à la coupole bleue. On se croirait en Grèce. La route qui descend du village de Lekovë serpente dans maquis. Première baignade dans une eau tiède et limpide.

La seconde sera sur la plage de Barshi , le village est en hauteur sous une citadelle qui coiffe la colline. Bien qu’il fasse partie des « villages perchés à visiter » nous le négligeons pour nous précipiter à la plage que nous parcourons dans toute sa longueur avant d’élire « Luna Mare » tout neuf avec un joli restaurant s encadrées de claustras en bois clair et tables assorties,  une estrade de bois recevra en saison des musiciens et sur la plage, des parasols de paille avec des lits de bois classiques mais aussi d’énormes coussins de billes, rouge, orange ou beige, tout neufs. Ces lits de plage, version coussins sont très confortable, on peut s’y nicher, s’y coucher, lire mais ils ne sont pas adaptés au service d’un repas chaud et impossible pour moi, d’écrire. Prétexte commode pour retarder l’écriture du Journal de bord – après trois semaines assidue, j’ai un coup de mou – je préfère la lecture de F. Maspéro dans Balkans-Transit que j’ai lu à l’occasion du voyage en Bulgarie et que j’ai téléchargé dans la liseuse pour une seconde lecture.

La baignade est idéale, la limpidité de l’eau est extraordinaire, elle est fraîche mais pas trop. Trois bouées jaunes balisent mon parcours. J’aime bien donner des objectifs à mes trempettes. C’est donc une très belle journée de plage 500 lekë pour un parasol et deux lits. Au restaurant il y a du calamar : grillé entier pour Dominique, excellents et risotto-calamar, je suis un peu déçue j’attendais d’autres fruits de mer en accompagnement. Le risotto est très bon ils n’ont pas lésiné sur le caciocavallo.

Riviera albanaise

Vers 16h, après deux chapitres de Balkans-transit et de nombreuses trempettes nous reprenons la route pour découvrir notre Hôtel à Himarë. Himarë est plutôt un village et une petite station balnéaire(cela change de Sarandë) . Personne n’a entendu parler de l’Hôtel British ni chez les marchandes des petits markets assises, devant leur étal de bouées, serviettes et maillots de bain, ni dans les restaurants. On sillonne la ville en voiture, puis à pied. Je finis par trouver : bâtisse d’un étage, rouge sang (couleur maison des cantonniers en Italie). La réception dans l’entrée est un comptoir bas et un banc en skaï, notre hôtesse, en bermuda, ne fait aps très « pro ». Elle note ses réservations sur un cahier au stylo à bille. L’informatique est pourtant arrivée jusqu’à l’entrée (il y a une boutique d’opérateur téléphonique dans la maison) mais pas la Wifi dans la chambre.

Notre chambre est à l’étage, avec la mezzanine on pourrait coucher à 6, la salle d’eau a des carreaux violets une douche sans rideau. Le frigo est efficace. La télévision ne capte que les chaines albanaises, avec des efforts,  peut être grecques…Le climatiseur est débranché. La dame fait des acrobaties pour la brancher, mais la télécommande est capricieuse. Seule originalité : une belle terrasses pour étendre le linge, il fait très chaud, la lessive est un plaisir.

« Sleeping pause », Himarë ne s’éveille qu’après 19h.  Notre hôtel est très bien situé presque sur la promenade, où sont installées les terrasses des cafés, restaurants, « fast-food grecs » avec gyros et souvlakis, des pizzerias, un glacier le long de la belle plage Spilé qu’il faut prononcer à la grecque et non à l’anglaise « spail » jusqu’à ce j’arrive à la grotte (spilé) . Elle a été découverte par des archéologues, son occupation est antérieure au Néolithique. La légende locale dit même qu’il s’agirait de la Grotte de Polyphème. Corfou est tout près, Céphalonie et Ithaque ne sont pas loin , nous sommes en pleine Odyssée !

Dans les cafés on parle grec. Boit-on du raki comme les Albanais ou de l’Ouzo ? Il y a même une place Omonia comme à Athènes. Les agences de voyage vendent des tickets pour Athènes, Corinthe en autobus.

Nous dînons à la pizzeria Sol e Mar en regardant passer les familles avec les poussettes, les vieux et leurs cannes,  jeunes gens et jeunes filles. Himarë est une station familiale loin du tourisme de masse international. Affirmation qu’il convient de nuancer : les plaques d’immatriculation des voitures sont serbes, albanaises, grecques ou kosovares, touristes  balkaniques que je n’arrive pas à différencier des habitants.

Saranda

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

Le nom, Saranda (40 en grec) fait référence au monastère des 40 martyrs de Sébaste que nous avons cherché partout sans le trouver.

Saranda est une grande  station balnéaire avec beaucoup d’immeubles et une promenade en front de mer. Notre hôtel Brilant est situé en deuxième ligne, son ascenseur panoramique en verre bleu se voit de loin ainsi que la curieuse loggia à facettes (comme un brillant ?) où est servi le petit déjeuner. L’hôtel a un parking, le lobby est aux standards internationaux.

Beaucoup de plages de Sarandë sont privées. La plage publique est  sous la promenade piétonne. J’y fais un tour pour me rafraîchir, sans enthousiasme.  Sarandë est vraiment très bétonnée, nager en regardant les immeubles est moins plaisant que dans la verdure.

Après les heures chaudes (sleeping pause) nous allons chercher le Monastère des 40 martyrs(40 soldats romains à qui on a fait passer la nuit dans le lac gelé de Sébaste).

Le château Lëkursi

Le Château de Lëkursi au sommet de la plus haute colline, construit au 15ème siècle gardait la baie. C’est maintenant un restaurant, une bonne route arrive aux  remparts. La vue sur Corfou est magnifique dans la lumière du soir.

Panorama sur Sarandë

Pour dîner nous avons envie d’un restaurant de poisson « sur le port ». Nous traversons donc la ville dans les embouteillages dans des quartiers assez sordides puisque la corniche est piétonnière. Le port de pêche est complètement déserté à la tombée de la nuit, vide ; les restaurants sont bien là mais pas pour les touristes. Autre port : celui des ferries pour Corfou. L’entrée est réservée aux véhicules qui embarquent. De restaurant, nenni. Une rue semble arriver à la promenade : cul de sac il faudra faire une longue et périlleuse marche arrière ;

Au loin, Corfou

Tout près de l’Hôtel, au bord de la plage, une très belle pizzeria a installé ses tables près de l’eau. Il fait nuit. Les lumières de la ville se reflètent dans l’eau ; Corfou scintille au loin. Deux bars diffusent de la musique , ambiance discothèque, lumières colorées, sur l’estrade on danse déjà, l’autre envoie des pinceau lumineux ; il y a même au loin, un feu d’artifice. Pizza et légumes grillés. Nous prenons tout notre temps pour savourer cette soirée délicieusement fraîche et gaie.

Saranda by night

Le petit déjeuner de l’Hôtel Brilant est servi au 5ème étage dans la loggia de verre en forme de cristal à facettes. Il est un des plus variés et mieux présentés du voyage : feuilletés salés et sucré, pastèque, melons et fruits confits.

Avril brisé – Ismail Kadaré

CARNET DES BALKANS/ALBANIE 

 

 

 

 

C’est une relecture.

J’avais été éblouie, foudroyée par cette tragédie. J’en avais gardé une immense envie d’aller voir ce pays des Aigles, survivance  du monde antique, Homère ou Sophocle, Shakespeare d’Hamlet ou de Macbeth….

Nous revenons d’Albanie. Certes, je n’ai pas vu ces tours de claustration qui m’avaient tant impressionnée dans le roman. C’est plutôt en Grèce dans le Magne que je les ai imaginées. En revanche, des maisons fortifiées avec meurtrières et abris souterrains, nous en avons visitées et on peut les imaginer comme lieux de ces vendettas sans fin.

La relecture a été aussi impressionnante que la découverte.

Dans une époque intemporelle, qui ressemble au Moyen Age,  un avion d’une ligne régulière  relie Tirana à une capitale étrangère.  Les références au roi Zog permettent de situer l’action dans les années 1930.

Pendant de nombreux siècles, du temps des Ottomans, un code avait réglé la vie des montagnards albanais: le Kanun.  Il fixait aussi bien des détails de la vie quotidienne comme la politesse en entrant dans une maison étrangère, la transmission et le bornage des propriétés, le devoir d’hospitalité que le prix du sang dans les cas d’homicides, de blessures et de vendetta.

Avril Brisé est l’histoire d’une vendetta. Le 16 mars, Gjorg tue Zef, dans les règles et obtient une trêve de 30 jours. Le 17 avril, la bessa expirera et il sera alors poursuivi par la famille de Zef. Voici l’explication du titre : le mois d’Avril sera ainsi coupé en deux:

« dehors régnait mars, mi-souriant, mi-glacé avec cette dangereuse lumière alpestre qui n’appartenait qu’à lui. Puis viendrait avril, ou plutôt sa première moitié seulement. […]Avril, dès maintenant, s’enveloppait pour lui d’une douleur bleutée….Son avril inachevé…. »

Pendant le mois qui lui reste à vivre normalement, le meurtrier doit payer le Prix du sang à un prince mystérieux, régler ses comptes, terminer les travaux en suspens…Gjorg ira à la découverte du monde, à pied, sur le Plateau autour de chez lui. En route il rencontre un couple de la ville, un écrivain et sa femme en voyage de noces. L’écrivain s’intéresse aux traditions, au folklore, liés au kanun. Leur voyage leur semble romantique.

« Ses amis l’enviaient en lui disant : tu vas t’évader de l’univers de la réalité pour gagner celui des légendes, l’univers de l’épopée proprement dite que l’on trouve rarement dans notre monde. Puis venait l’évocation des fées et des oréades, des rhapsodes, des derniers hymnes homériques du monde et du Kanun, terrible mais si majestueux…. »

Bessian, l’écrivain explique à sa femme que dans ces contrées l’hospitalité est sacrée, l’hôte a le statut d’une semi-divinité?

Apercevant le ruban noir qui marque les meurtriers, ils leur semblent arriver dans le pays de la mort:

« Oui, reprit-il, nous sommes entrés dans le royaume de la mort comme Ulysse, à cette différence près qu »Ulysse dut descendre pour l’atteindre, alors que nous devons monter. »

Quand ils rencontrent Gjorg, porteur du ruban noir, livide, il leur semble rencontrer Hamlet

« Hamlet a été poussé à al vengeance par le fantôme de son père, poursuivit Bessian, enflammé. Mais sais-tu quel fantôme terrible se dresse devant le Montagnard pour le pousser à se venger. »

Cependant Kadaré ne se contente pas d’écrire une version moderne d’une tragédie antique. Il livre aussi par l’intermédiaire de personnages comme l’Intendant du Sang, chargé de prélever l’impôt du sang, ou du médecin  qui expertise les blessures, une analyse économique, marxiste, de ce sombre commerce. Il n’est plus seulement question d’honneur de famille mais aussi d’une sinistre comptabilité. La vendetta comme le règlement d’une dette.

« en d’autres termes, comme je vous l’ai dit au début, souvent derrière le décor quasi-mythique, il faut rechercher l’élément économique. Vous m’accuserez peut être de cynisme, mais à notre époque, le sang, comme tout le reste, a été transformé en marchandise »

L’arrivée de la jeune femme de l’écrivain dans un monde strictement masculin est un élément de déstabilisation. On sent que le monde millénaire des montagnes est bientôt gagné par la modernité des villes.

 

Butrint

CARNET DES BALKANS / ALBANIE 

Butrint presqu’île verdoyante entre mer ionienne et lac

Nous arrivons trop tôt à Saranda,  la chambre n‘est pas prête.

Nous filons donc à Butrint, à 17km au sud. La route passe entre une colline et le lac où on élève moules ou huitres( ?).

11h est la pire heure pour arriver à Butrint  qui est le site le plus fréquenté d’Albanie. Les touristes viennent aussi  de Corfou, ou de bateau de croisière.

La tour Vénitienne à l’entrée du site

Je me faisais une joie de flâner sur la presqu’île verdoyante, d’évoquer le souvenir d’Enée ou d’Andromaque, ou du Normand Guiscard.

Malheureusement, je dois subir  le groupe francophone  dont le guide n’arrive pas à se faire entendre entre plaisanteries gauloises ou séniles

-« je préfère Parkinson à Alzheimer, je préfère renverser mon pastis que d’oublier de le boire… »

me voici loin de Racine ou de Virgile !  De très vieilles dames peinent sur le sentier

« dans le catalogue, on n’avait pas demandé d’être en bonne condition physique… »

Le guide germanophone tonitruant a sa  manière de chasser l’intruse (moi) qui essaie d’accéder aux explications en anglais. Il se plante devant le panneau. Je pourrais l’écouter mais les Allemands font photos sur photos, de vrais Japonais ! Troisième groupe – anglophone – avec une guide charmante qui brandit un drapeau albanais.

Si je veux faire des photos sans figurants, il me faut ruser entre ces trois groupes. Bouleversant ainsi la chronologie du parcours.

On reconnait les différentes époques aux matériaux employés, grosses roches polygonales pour la Grèce archaïque(6ème siècle av JC)belle pierre  de taille calcaire claire pour la période classique ou hellénistique, mélange brique et petits moellons , romain puis byzantin. Normands et Vénitiens utilisaient la pierre bien taillée.

Dans le Parc National de Butrint, les végétaux sont étiquetés. J’apprends enfin le nom latin de l’arbre de Judée : Cercis siliquastrum.

Le petit théâtre grec est bien conservé mais les Allemands me dissuadent d’y passer plus d’instant. Juste le temps de voir gravé sur ses murs les noms des esclaves affranchis. J’ai vu ces listes à Delphes autrefois. Les archéologues en apprennent beaucoup sur la démographie de même sur le statut d es femmes : habilitées à Butrint à libérer des esclaves.

Le Temple d’Asclépios (4ème siècle av. J.C.) est proche du théâtre mais plus difficile à reconnaitre ;

La ville romaine est plus facile à interpréter : thermes avec les hypocaustes, forum. Le gymnase a peut être été transformé en église.  On passe de Rome à Byzance insensiblement. Non loin du lac un le Palais triconque  occupe un vaste espace.

Baptistère

Le Baptistère rond est le monument emblématique de Butrint, photographié avec ses mosaïques sur les  dépliants et affiches., photographié vu du dessus. Latéralement, les mosaïques cachées, on distingue mal la structure circulaire, il me déçoit un peu.

La grande basilique chrétienne du 6ème siècle a perdu sa toiture mais a gardé des arches impressionnantes surtout si on les compare aux églises médiévales beaucoup plus petites.

Basilique byzantine

Une fontaine romaine a gardé ses mosaïques.

On suit ensuite les fortifications pour découvrir les portes de Butrint astucieusement construites afin qu’un minimum de défenseurs empêche les envahisseurs d’entrer : entrée très basse l’architrave forçait les guerriers à baisser la tête et interdisait toute intervention des cavaliers. La Porte du Lac est authentiquement hellénistique tandis que la Porte des Lions a été reconstruite au Moyen Age. Elle porte un bas-relief où un lion dévore une tête de taureau (Bos) rappelant la légende ayant donné son nom à Butrint, Buthrotum. Enée, voulant sacrifier un taureau aux dieux en mer, l’anikmal blessé serait venu mourir sur l’île. C’est là qu’Enée, aurait retrouvé les Troyens, Helenos ayant fondé la ville après la chute de Troie ;

Porte des lions

Un petit château se trouve sur l’acropole, on y a installé le musée. Vénitien ou Normand, ? il a été édifié en 1930 !

J’ai un peu bâclé cette visite dont j’attendais beaucoup à cause des groupes et de la chaleur. Nous savons pourtant d’expérience que les sites antiques se visitent tôt le matin !

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Forteresse d’Ali Pacha

Il est temps de trouver une cantine ; Ce sera à Kasmil, petite station balnéaire proche du site, dans une pizzeria qui fait aussi pâtisserie. En fait les deux sont mitoyennes , nous avons préféré les tables de la pâtisserie et le patron de la pizzeria a servi le repas chez son voisin ce qui ne semble pas avoir causé de problème. Köfte et salade grecque.