Après la visite de l‘exposition Bauhaus aux Arts Décoratifs, j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette école prestigieuse dont le nom évoque aussi bien l’architecture, le design que la peinture avec Klee et Kandinsky et surtout le passage à la modernité dans l’art et la vie quotidienne. Cette exposition a des résonances avec des visites récentes comme l’exposition Oscar Wilde avec le mouvement anglais de Ruskin et Morris, Arts and Crafts qu’avec l’Exposition Schoenberg au Mahj, où j’ai découvert que le musicien était aussi peintre et les correspondances des recherches esthétiques entre Schoenberg et Kandinsky. J’ai donc emprunté à la Médiathèque deux gros livres La bande du Bauhaus de Nicholas Fox Weber (Fayard ed.) et Bauhaus de Magdalena Droste (Taschen).
Nicholas Fox Weber est un écrivain et journaliste qui se consacre depuis 40 ans à la Fondation Joseph et Anni Albers .Plusieurs ouvrages ont été traduits en français: La bande du Bauhaus, C’était Le Corbusier, Balthus ainsi que L’Art de Babar. D’autres écrits en anglais sont consacrés à Josephet Anni Albers, et d’autres artistes comme Miro, Kandinsky.
Wassily kan dinsky composition8
La bande du Bauhaus est un gros (et lourd) pavé de 600p. divisé en six biographies, Gropius, le fondateur, Klee, Kandinsky, artistes déjà consacrés en 1919 au début du Bauhaus, Joseph Albers,Anni Albers, Ludwig Mies van der Rohe. Une centaine de pages pour chacun de ces personnalités.
J’ai moins aimé la première partie consacrée à Gropius, génial inventeur du concept du Bauhaus, architecte articulant l’idée de bauhütte, reliée au compagnonnage, aux bâtisseurs des cathédrales, à l’artisanat et en même temps au monde industriel, ancrant l’école dans la production moderne. Dans la fondation de l’école, Alma Malher, épouse de Gropius, est présente, séductrice et aimant attirant les meilleurs talents d’alors. L’évocation très détaillée d’Alma Malher m’a un peu agacée, j’y ai trouvé une somme de ragots mondains et l’auteur ne la montre pas sous un jour sympathique.
paul klee polyphonie
Les biographies de Klee et Kandinsky sont passionnantes, elles montrent les recherches esthétiques en cours. Ces deux artistes s’appréciaient, se fréquentaient et se promenaient dans les parcs de Weimar puis de Dessau.
albers vitrailanni albers tissage
Mais c’est dans l’évocation de Joseph et d’Anni Albers que l’auteur se révèle comme un biographe chaleureux et comme un ami. Ces relations très proches se sentent dans l’écriture. La correspondance de Albers et de son ami Perdikand est une approche précieuse tout comme les rencontres avec Anni Albers qui révèlent la personnalité de l’artiste, à la période du Bauhaus comme par la suite aux Etats Unis.
A travers ces histoires individuelles, c’est aussi tout un pan d’histoire qui est raconté : de la vie artistique viennoise avec Malher(Freud en un clin d’oeil), Klimtqu’a fréquenté Alma Mahler.Berlin, ville cosmopoliteou à Munich. La Première Guerre mondiale a été traversée diversement, selon les artistes. A l’issue de la Grande Guerre on devine tous les bouleversements, l’inflation et les luttes d’influences pendant la République de Weimar. Ces luttes politiques ont eu une grande influence sur le Bauhaus qui dut quitter Weimar pour Dessau, puis finalement Dessau.
On voit la montée du nazisme, l’antisémitisme (déjà présent) s’étend et le Bauhaus cosmopolite n’échappe pas au recensement des juifs, des étrangers.
Grande richesse des rencontres du Bauhaus où des mazdéens suivant Itten pratiquèrent leur culte, des socialistes rêvèrent d’un monde nouveau, des peintres éttaient aussi d’assez bons musiciens pour donner des concerts….où le théâtre était assez pris au sérieux comme un atelier de menuiserie ou de tissage..
Une leçon d’Histoire de l’Art mais aussi une leçon d’Histoire tout court.
Seul reproche (qui n’en est pas vraiment un), j’aurais aimé plus d’illustrations encore. Les photographies en Noir et blancs présentent des portraits à travers le texte mais les oeuvres en couleur sont regroupées en deux cahiers, j’aurais aimé en voir plus. Mais alors le livre -déjà très lourd-aurait été intransportable et aurait donné des crampes au lecteur.
J’ai donc feuilleté le livre Bauhaus de magdalena droste au cours de ma lecture du livre de Nicholas Fox Weber à la recherche des images manquantes. Et j’y ai trouvé une iconographie magnifique. Les meubles, les objets de design occupent une place importante ainsi que l’architecture qu’on voit à peine dans la Bande du Bauhaus.
EXPOSITION TEMPORAIRE AUX ARTS DECO du 19.10.16 au 26.02.17
Munio Weinraub Gitai (1909-1970)
Munio mon père
Comme ceux de sa génération
Appliquait à son architecture
La notion de modestie, de retenue
D’obéissance au projet collectif
C’est aussi cela, la tradition Bauhaus
Et pas seulement les bâtiments orthogonaux
Amos Gitai
Du Bauhaus, je ne connaissais que la géométrie architecturale de certaines anciennes rues de Tel Aviv et l’évocation qu’Amos Gitai a fait de son père dans l’installation Traces avec le film Lullaby for my father.
L’origine de l’expression Bauhausm’évoquait l’architecture : bauen = construire, Haus = maison. D’entrée, une autre origine est proposée : celle de Bauhütte qui renvoie aux chantiers des cathédrales, aux maçons et compagnons. Le Bauhaus est une école d’artsur les principes du compagnonnage. La hiérarchie maître-compagnon-apprenti héritée de cette tradition est encore d’usage à l’école fondée par Gropius à Weimar en 1919. Un lutrin gothique et un pinacle doré rappellent cette filiation, relayée, plus tard, par le Romantisme allemand.
La vie quotidienne comme utopie
photo très composée
L’exposition s’articule autour de la vie à l’école à Weimarpuis à Dessau. Elle présente les différents acteurs, professeurs et élèves dans leur vie communautaire également, leurs fêtes dans des photographies étonnantes. J’ai beaucoup aimé celle où Klee et Kandinskyposaient en imitant une statue de Schiller et Goethe. Dans la présentation, on perçoit la vie communautaire intense et festive.
Klee et Kandinsky
Les sources
Après les origines médiévale, le Bauhaus est replacé dans le contexte artistique de l’époque, Arts and Crafts avec Morris et Ruskin (croisés dans l’exposition Oscar Wilde). Inspirations asiatiques avec des pochoirs japonais d’une finesse extraordinaires, et de très beaux objets. Sécession Viennoise et Klimt, bien sûr, (moins que ne l’aurais pensé), KolomanMoser. 1ère Modernité Allemande avec des meubles de Van der Velde.
différents ateliersde l’école
Présentation des exercices des élèves du cours de Kandinsky (1930-1931) polyptyques présentant, mélangés, les dessins des élèves et du maître pas toujours identifiés (le cartel est difficile à lire). Je m’étonne de toutes les gammes que les élèves ont décliné pour arriver à ce qui parait si simple, si facile, à la spectatrice ignorante que je suis.
A côté des ateliers de sculpture, de photographie, de théâtre ayant des vocations clairement artistiques, d’autres ateliers sont plus techniques.
tissage Gunta Stozl
L‘atelier de Tissage est réservé aux femmes (déception pour moi, dans ce contexte d’utopie communautaire, que les femmes aient des rôles assignés).
tasse Albers
Céramique, travail du verre Itten, du métal(beaux objets de Marianne Brandt) menuiserie (multiplicité de tables gigognes), mais aussi de peinture murale produisant du papier peint, sont des ateliers dirigés vers la production. La logique de production en série s’oppose à la production artisanale ce qui entraînera une crise en 1923.
Une projection nous fait visiter une maison d’architecte.
Tomàs de Torquemada né à Valladolid en 1420, confesseur de la reine Isabelle de Castille et du roi Ferdinand d’Aragon . Nommé Premier Grand Inquisiteur en 1483, rédigea le « code de l’inquisiteur » 1481 la fin de sa vie se retire dans un couvent comme simple moine.
dans les médaillons de la Lonja de la soie de Valence les rois catholiques
Isabelle la Catholique et Ferdinand II d’Aragon régnèrent de 1475 à 1504
Décret de l’Alhambra chassant les Juifs du Royaume (mars 1492)
Don Isaac Abravanelproposa 300.000 ducats contre l’abolition de l’édit d’expulsion.
Sixte IV pape de 1471 -1484, se plaignit en 1481 des excès de l’Inquisition espagnole
Alexandre VI Borgia pape de 1492- 1503
Saint François de Paule 1416- 1507 ermite, erre sur les chemins de Calabre et de Sicile au temps où l’action se déroule.
Étonnant comme la pièce de Victor Hugo colle à la « Grande Histoire » ! La seule inexactitude est l’attribution du nom fantaisiste de Moïse Ben Habib et fait du financier un rabbin. Mais le marchandage pour les 300.000 ducats, les hésitations des souverains et la phrase de Torquemada sont vérités historiques.
Judas vous a vendu trente deniers.
Cette reine et ce roi sont en train de vous vendre
Trente mille écus d’or
L’intrigue concernant les deux jeunes novices Sanche et Rose m’a moins intéressée, je n’ai pas été vérifier l’existence de ces deux personnages. L’opposition entre l’autorité royale et celle du Grand Inquisiteur n’est pas évoquée dans Wikipédia (sans doute devrais-je chercher des sources plus approfondies!).
Voilà comment Victor Hugo présente les deux Rois très catholiques :
Deux masques, deux néants formidables
La reine ; elle est la crainte et moi suis l’effroi
………
L’homme de marbre auprès de la femme de bronze
Les peuples prosternés nous adorent tandis
Qu’on nous bénit en bas, nous nous sentons maudits
L’encens monte en tremblant vers nous et l’ombre mêlée
L’idole Ferdinand à l’idole Isabelle
Le personnage de Torquemada, Grand Inquisiteur, campé magistralement par Victor Hugo est d’une actualité criante. C’est la figure du fanatique qui fait du Bûcher , non seulement une punition, un spectacle terrifiant de propagande, mais aussi un moyen de rédemption.
Ecoute, Dominique a mal compris la flamme
Elle est sublime, à moins qu’elle ne soit infâme
Dominique voulait punir, je veux sauver
Les bûchers sont éteints, je viens les relever.
………
Toutes ces femmes, tous ces vieillards, tous ces hommes,
Tous ces esprits, tomber aux hurlantes Sodomes
Courez!sauvez à coup de fourche ces maudits,
Et faites-les rentrer de force au Paradis!
Monologues terrifiants de Torquemada, évocation non moins effrayante des bûchers de l’inquisition. Victor Hugo écrit un terrible réquisitoire contre le fanatisme de Torquemada. L’intervention de Saint François de Paule montre qu’il ne rejette pas le christianisme mais l’intolérance.
TORQUEMADA
Mais tu fais, dit-on, mon père, des miracles?
FRANCOIS DE PAULE
J’en vois. Tous les matins l’aube argente les eaux
L’énorme soleil vient pour les petits oiseaux,
La table éternelle aux affamés servie
Se dresse dans les champs et les bois, et la vie
Emplit l’ombre, et la fleur s’ouvre, et le grand ciel bleu
Luit ; mais ce n’est pas moi qui fais cela, c’est Dieu.
Un boutre omanais, en figure de proue sur le parvis de l’IMA, la Nizwa invite à la visite. Les aventuriers des mers ont sillonné la Méditerranée, la Mer Rouge, l’Océan Indien du 6ème au 16ème siècle. Marchands ou marins, géographes ils ont repoussé les limites du monde connu.
Sindbad est un personnage des 1001 Nuits, marin de Bassorah,personnage mythique du temps d’Haroun-ar-Rachid (765-809). On peut voir dans une vitrine le manuscrit ayant appartenu à Antoine Galland qui traduisit les 1001 nuits entre 1700 et 1715. Sindbad nous parle d’une vitrine noire (ces hologrammes parlants ne sont pas de mon goût, ils m’avaient déjà passablement agacée dans l’exposition Quoi de neuf au Moyen Âge? à la Villette).
Le même procédé nous fait entendre Ibn Jubayr, natif de Valencequi raconta son pélerinage à la Mecque en 1184-1185, en passant par Saint Jean d’Acre, Damas, Alep, Djeddah et qui fait naufrage devant Messine.
Marco Polo (1254-1324)
Les voyages d’Ibn Battûta (1304 à Tanger – 1377 à Marrakech) sont représentés par un très joli spectacle d’ombres chinoises .
Ibn Mâjid né en 1432 était un géographe et un cartographe reconnu qui avait écrit des ouvrages de navigation et servit de pilote à Vasco de Gama sur la route des Indes.
Nous ferons aussi la connaissance Zheng He (1371-1433)de Vasco de Gama (1469- 1524 à Cochin) .
Après la prise de Constantinople (1453) et la découverte du Nouveau Monde(1492), l’épopée se terminera par la Bataille de Lépante (1571) et la création de la Compagnie Neerlandaise des Indes (1602).
Si cette exposition s’intitule Les Aventuriers des Mers, elle va plus loin que l’évocation des explorateurs (ce que j’ai le moins apprécié). Elle raconte ces navigations avec de nombreux objets, cartes, manuscrits remarquablement disposés. Plus je visite d’expositions, plus je suis sensible à la scénographie. L’exposition occupe deux niveaux.
La première salle s’intitule LA MER ÉTRANGE ET REDOUTABLE. Un mur est occupé par une mer déchaînée filmé par Arthus-Bertrand, des monstrueuses mâchoires de requins, des monstres marins sur des miniatures illustrent ce propos. On voit aussi des esclaves des pirates, de merveilleuses miniatures indiennes et persanes de naufrages.
NAVIGUER : UNE INTELLIGENCE DU MONDE montre l’évolution de la cartographie.
mappemonde vénitienne (Europe et Méditerranée)
Un plafond bleu nuit est illuminé des constellations qui servaient aux marins pour s’orienter. Dans des vitrines, les maquettes des embarcations sont très jolies: bateau cousu et pirogue à balancier….Aux murs, la grande mappemonde vénitienne de Fra Mauro,1459 avec le nord en bas, comme le planisphère du Roger II de Sicile 1138 réalisé par Al-Idrisi où la Sicile et la botte italiennes sont tout à fait disproportionnées.
Feu grégeois
Le centre de la pièce est occupée par une vitrine composée de huit compartiments répartis autour d’une carte centrée sur l’Arabie. On y voit des manuscrits : le Traité de géographie de Ptolémée traduit par Al Khwârizmi(ancienne connaissance de Khiva) et le Traité des étoiles fixes de Al Sâfi1551 (souvenir de lecture de Luminet : Ulugh beg), ainsi que de très beaux instruments , boussole et astrolabes.
A l’étage MARCHANDISES ET CONVOITISES
jeu d’échec de Charlemagne
Changement de couleur : murs gris, vitrines rouges, impression d’être dans la cale d’un bateau. Les marchandises : épices et pierres précieuses sont contenue encore dans une vitrine découpée en six compartiments autour d’une balance. ON associé muscade, girofle, cannelle et poivre tantôt aux diamants et à l’or, tantôt aux saphirs et aux cauris qui servaient de monnaie d’échange, gingembre, curcuma, riz et garance vont avec rubis d’une part soufre de Sicile et orpiment de l’autre tandis que les deux autres cases renferment camphre, myrrhe, oliban et benjoin odoriférants sont associés au lapis-lazuli et au cristal de roche.
Bateaux sur une faïence d’Iznik
Aux murs, diverses cartes montrent les échanges commerciaux à travers les siècles, des Romains, Byzantins, Omeyades, aux républiques italiennes…et des vitrines contiennent des objets variés. J’ai beaucoup aimé une ancre de pierre, une lettre rédigée en judéo-arabe faisant un inventaire, le jeu d’échec en ivoire de Charlemagne en ivoire parmi de nombreux objets précieux.
autel indien
Une vidéo montre aussi les recherches des épaves. Une autre la reconstitution de la rencontre entre Richard Coeur de Lion et Saladin. Plus loin, de magnifiques meubles en marqueterie damasquinée et des céramiques chinoises sont de toute beauté. Tant de trésor que je ne peux énumérer….
(suite de l’article précédent, depuis que je suis passée à Windows10 j’ai des problèmes incessants avec le traitement des images)
La Révolution zapatiste fut sanglante et certains tableaux sont effrayants.
Les tableau d’Orozco aux teintes terreuses marron/gris noir sont extrêmement violents.
Femmes soldats
Je découvre aussi Siqueiros (sous-titré : La Lutte des classes) . Selon les explications, il privilégie la peinture murale, mais aucune image de ces fresques n’est donnée ici
la Mère prolétarienne Siqueiros
Dans le même thème, les photos de Bravo sont très belles. Un long extrait de Que Viva Mexicod’Eisensteinest projeté. Magnifique! on peut le visionner sur YouTube.
L’utopie sociale est représentée par Rivera dans la Rivière Juchitan (1953-1955) apporte les couleurs vives qui contrastent avec ces images bien sombres
J’ai gardé le plus vif souvenir de l’exposition de l’Orangerie en 2013 consacrée à Frida Kalho et Diego Rivera. L’exposition actuelle, bien qu’elle expose quelques tableaux qu’on y avait déjà vus, n’est nullement redondante. Même si Frida et Diégo étaient les vedettes les plus connues, ils n’étaient pas seuls, loin de là. Cette peinture est très riche. L’exposition de 1913 était surtout centrée autour de le personnalité de Frida et Diégo et leur relation de couple. Celle de 2016 est organisée autour de thèmes très variés. Il ne faut donc pas faire l’impasse au prétexte qu’on a vu celle de l’Orangerie
Diego Rivera : Femme au puits
LES MEXICAINS A PARIS présentent une série de gravures de Roberto Montenegro d’inspiration symbolistes où je retrouve une parenté avec les illustrations de Salomé de Beardsley vuesà l’Expo Oscar Wilde mais avec des thèmes bien mexicains, têtes de morts et squelettes Vulnerant omnes ultima necatde Roberto Montenegro ainsi qu’un Saint Sebastien. Zarraga dans la Femme et le pantin montre un clown grimé comme une tête de mort.
Rivera, Zàrraga, Montenegro ont une bonne connaissance des avant-gardes parisiennes, s’essaient au cubisme dans la Femme au puit de Rivera, le Paysage zapatiste. J’ai du mal sans l’aide des cartels à distinguer les peintures de Rivera de celles de Zarraga. Les thèmes mexicains et la révolution zapatiste dominent. j’ai aussi aimé la footballeuse de Zarraga ainsi que les deux tableaux où figure la même indienne aux tresses attachées et à la jupe rouge flamboyante.
« Par un jour de juillet 1914, Anna quitta quitta Constantinople pour se rendre en Russie. Elle laissa derrière elle la Ville Vénérable du siècle passé, […]la Constantinople indolente des portefaix et des arabadjis, avec son quartier des Romii…. »
Quel livre charmant! Voyage dans le temps , dans l’Orient et la Russie.
Anna, élève de 16 ans va passer ses vacances avec Claude, la femme de son oncle Aleksos qui finance ses études. Claude, française, a été préceptrice en Russie, au temps ou chaque famille russe se devait d’enseigner le français.
Le voyage jusqu’au Caucase est compliqué, partant à bord du Sicilia, elle franchit le Bosphore pour arriver à Batoum, de là il faudra prendre le train, changer à Vladikavkaz et à Kavkaskaïa, pour atteindre enfin Stavropol, 1200 km en train. C’est la mobilisation générale, les trains sont bondés. Dans la foule, Anna perd sa tante Claude, échoue dans une gare de campagne quelque part avant Kavkaskaïa, puis dans la campagne.
la vie est tranquille à Stavropol. Depuis la déclaration de guerre, on s’intéresse à l’Angleterre, alliée de la Russie. Anna qui a étudié l’Anglais au collège américain d’Istanbul sera préceptrice anglaise des enfants Otchkov. Mais il faut qu’elle rejoigne Stavropol! L’amie de sa tante Claude la retrouve dans un hôpital militaire pour malades contagieux en compagnie de soldats tchèques et autres déserteurs.
Elle passera toute la Première Guerre mondiale à enseigner l’anglais et à essayer de suivre ses études en Russie pour revenir diplômée, la guerre finie à Constantinople.
C’est donc le récit de la vie dans le Caucase pendant la guerre. Témoignage ou roman? Maria Iordanidou raconte son histoire, mais soixante ans plus tard. Quelle est la part de la mémoire et celle de l’imagination? Toute jeune et avec l’aide de Madame Fourreau, elle s’adapte parfaitement à la vie russe qu’elle nous décrit en détail. Quel bonheur que ces descriptions de la vie russe, comment on boit le thé, comment on se distrait! Intelligente, elle apprend très vite comment enseigner, gagne bien sa vie et se rend indépendante et libre malgré son jeune âge.
Vient la Révolution et surtout les horreurs des guerres civiles, la faim, les cosaques….Témoignage ou roman?
J’ai adoré ce livre je cherche Loxandra du même auteur, épuisé. Qui me le prêtera?
Le Voyage métropolitain est une aventure collective passionnante. Exploration collective du territoire du Grand Paris en très bonne compagnie : urbanistes, architectes, photographes, journalistes, guides touristiques….ma seule qualité de randonneuse me fait sentir toute petite! Et les conversations sont très enrichissantes.
La gare d’Epinay-sur-Seine est jolie : meulière, boiseries bleues, carreaux fleuris et même le buste du Général de Gaulle (pourquoi? personne n’y fait allusion). Après une courte promenade dans les pavillons nous arrivons sur une place carrée.
Bon sang, mais bien sûr!
Epinay , c’est le Congrès d’Epinay, (1971)congrès fondateur du PS préparant l’Union de la Gauche et la victoire de François Mitterrand dix ans plus tard. Des stèles portant des citations de Mitterrand jalonnent la place ornée ‘une sculpture de deux chevaux fougueux.
Epinay est une ville de plus de 50.000 habitants un peu hétérogène, de grands immeubles bornent la place mais nous retrouvons des quartiers beaucoup plus verts en descendant vers la Seine. Nous ne suivrons pas longtemps le chemin du halage, dommage, par cette journée ensoleillée, il est bien agréable. Histoire d’observer une curieuse péniche équipée de grosses machines et grilles pour ramasser les déchets flottants sur la rivière.
Péniche barrages flottants
Nous longeons un grand espace occupé par des stades le long de grands groupes scolaires de brique, à la base de la Cité-Jardin d’Orgemont construite à cheval sur la commune d’Epinay et celle d’Argenteuil.
Avant d’aller visiter la Cité-Jardin, nous faisons un détour par le Jardin des Justes où un belvédère a une très belle vue panoramique sur la Seine avec les gratte-ciels de laDéfense émergeant de la brume (ou plutôt de la pollution).
le couloir de lespoir : les justes
une sculpture métallique de Stéphane Rozand Le Couloir de l’Espoir est un hommage aux Justes parmi les Nations, les familles d’Orgemont qui sauvèrent des enfants juifs de la déportation. La Cité-Jardinest composé de pavillons mitoyens ayant chacun un jardin. Concept venu d’Angleterre, ces garden-cities, devaient former un réseau . Souci hygiéniste, fournir un cadre sain aux ouvriers, un complément avec les légumes du jardin. La Cité-jardin, comportait tous les équipements collectifs nécessaire, nous passons devant une école maternelle à la façade particulièrement soignée avec mosaïques et briques de céramique.
Comme nous passons devant l’Eglise Saint Ferdinand, le Monsieur responsable de l’entretien nous délivre tout un discours sympathique sur la construction de l’église : « église en kit » aux parpaings de « pierre reconstituée » sur une dalle de béton, inaugurée en 1932. Comme nous n’avons pas le temps de l’écouter plus longtemps, il nous fait remarquer que le discours des habitants est plus culturel que ce que nous pouvons apprendre dans les livres. Exactement! C’est justement le principe du voyage métropolitain que de parcourir le territoire au hasard de ces rencontres!
Nous retournons par le quartier du Cygne d’Enghien qui est un quartier d’Epinay comme son nom ne l’indique pas!
Enghien : la petite mer
Enghien est l’étape suivante, la digue le long de la Petite Mer a un aspect de cité thermale avec ses éclairages métalliques, son casino, ses canots. Le lac est artificiel, il y a avait un marais et un ruisseau.
vitrage à la mode!
On s’arrête devant le Casino dont la belle façade Belle Epoque jaune décorée de stucs aux motifs de coquilles marines, est protégée par une verrière moderne. Là, je pique ma crise! Je commence à en avoir assez de cette mode qui est de précéder les bâtiments ancien d’un mur de verre contemporain. Façade lisse qui enferme la construction, la laisse voir. C’est une bonne idée, cela abrite une terrasse. mais point trop n’en faut. On en voit partout en ce moment! Les architectes que j’interpelle ne comprennent pas ma colère. Pour ce qui est du Casino d’Enghien, ce n’est pas tant le verre qui est de mauvais goût mais l’abondance de rideaux dorés, de guirlandes argentées, c’est Noël, peut être, mais c’est trop.
Enghien est une petite ville bourgeoise, ce que j’appelle « une banlieue à Monoprix!« , et justement nous passons devant Monoprix. Saint Maur, Charenton, près de chez moi, ont leur Monop’, pas Créteil, Bonneuil, ni Alfortville, où règnent les G20, Simply et autres supermarchés populaires. Jolies boutiques de la rue animée. Nous n’avons pas le temps de parcourir les berges du lac pour voir les belles villas qu’on devinait de la terrasse du Casino.
Pour aller à Montmorency, on monte. On n’en finit pas de monter, puisque la petite ville est bâtie sur une butte témoin qui culmine à 176m à l’orée de la forêt. Montmorency, ville de la cerise du même nom (pas vu de cerisier, à l’automne ils sont défeuillés) et la ville de Jean Jacques Rousseau. « Sous ce portail passa l’Emile » proclame une vieille plaque. Grands murs de grandes propriétés cachées dans leurs jardins. Murs de meulière. Le parvis de la Collégiale Saint Martin a une vue dégagée sur les hauteurs boisées de la région, de Cormeille en Parisis jusqu’à Saint Germain dans la brume. Ses marches nous donneront des sièges pour un pique-nique très convivial. J’aurai l’occasion de goûter un cake salé délicieux, un cake au citron excellent, du pain d’épice….L’église est ancienne : gothique flamboyant, 16ème, mais elle a subi des dégâts à la Révolution si bien qu’elle a été beaucoup restaurée au 19ème, seuls quelques vitraux d’époque subsistent, ceux du 19ème sont moins intéressants.
bois de Montmorency et vergers
J’ai toujours du mal à redémarrer après le pique-nique, surtout quand il est gastronomique! Et nous continuons à monter dans les rues pavées entre les vieux murs. On n’en finit plus de monter. Nous avons un rendez-vous à Sarcelles, il nous faut donc marcher à allure soutenue. Pas le temps de musarder dans les bois de Montmorency, à peine le temps de prendre une photo des vergers qui ont encore leurs couleurs automnales sous une très belle lumière. Il faut descendre le chemin creux sans perdre de vue la tête du groupe.
On n’attendra les retardataires que dans le village de Saint Brice composé surtout de pavillons adossés, genre « rêve-de-la-maison-individuelle » pour ceux qui ont trouvé assez loin de Paris pour que le m2 soit abordable, à condition de ne pas avoir trop de jardin. Au petit centre commercial, quatre troufions de Vigie Pirate patrouillent. Je cherche les arrêts-autobus, n’en trouve pas. Ce n’est pas que j’aie envie de quitter la randonnée. Simplement j’imagine les habitants condamnés à prendre la voiture pour n’importe quelle course.
La voie ferrée sépare Saint Brice de Sarcelles-village où nous sommes attendus pour une visite guidée. « Ne me parlez pas de DSK! » annonce notre guide, qui se décrit comme chauvine de Sarcelles. Nous commençons la visite devant un panneau qui décrit un parcours touristique autour des curiosités anciennes et du petit Rosne (ruisseau qui a été enterré et oublié et maintenant restauré). Les premières images que nous avons de Sarcelles sont celles d’un vieux manoir qui héberge l’hôtel de ville sur un parc soigné. On ne s’attendait pas à cela. Ni a traverser le village qui a encore garder les portails des anciennes cours de ferme et qui est plus étendu qu’on ne s’imaginait.
Plusieurs rangées de pylônes électriques séparent ce Sarcelles champêtre du grand ensemble. En chemin, nous sommes photographiés par des jeunes qui nous escortent. Notre caravane de randonneurs ne passera pas inaperçue. Ces jeunes participent à un média local.
Sarcelles : place de France
Le Quartier des Flanades correspond plus à l’idée préconçue que nous avions de Sarcelles. Tours et barres. Graphisme géométrique simple. On y arrive en traversant une galerie marchande plutôt désertée. La place de France entourée d’arcades est très grande. Cette place au nom des provinces de France exprimait l’espoir d’une nouvelle vie pour tous ceux qui trouvaient le confort moderne après les taudis, ou les rapatriés d’Algérie. Construire vite, bon marché et pour beaucoup, le mot d’ordre des années 1955-1975 après l’appel de l’abbé Pierre dont on se souvient encore ici.
Le problème est la fermeture du Centre Commercial des Flanades, autrefois, Leclerc puis repris par Auchan, qui a fermé en 2015. Il y a bien eu un repreneur qui a coupé en deux l’espace trop grand. Même comme cela le commerce a périclité. Cette fermeture est très mal vécue par la population qui ne peut plus faire ses courses à des prix raisonnables. Il y a bien des supérettes et un grand magasin Istanbul propose des produits variés. Ce ne sera jamais aux prix de la grande distribution. Les magasins de la galerie marchande sont privés de clients qui venaient se ravitailler. La place est morose.
Autre fermeture : celle du forum des Cholettes pour cause d’amiante, en 1997. Architecture futuriste, mais fermé. Autrefois c’était un centre culturel très renommé. Là se sont produits les premiers rappeurs français. Vide, complètement vide! J’insiste, personne n’y vient? personne ne squatte? non personne! Comme sont à moitié vides les buildings qui louent des bureaux. la tour Humanis a pourtant belle allure. Pourtant la rue est animée parcourue par le tramway qui va à saint Denis (j’éprouve une tendresse excessive pour les tramways) là où circule un tramway tout neuf, il doit y avoir de l’espoir! Les équipements collectifs existent pourtant. A la tombée de la nuit nous longeons les barres de 4 étages en pierre de taille d’une longueur infinie toutes pareilles le long d’une avenue passante.
Aimé Césaire : Jef Aerosol
Seule distraction pour l’œil : les fresques monumentales : Aimé Césairepar Jef Aerosol, des femmes enturbannées de Christian Guémy C215,
Coexist
et deux tableaux Coexist de Combo et un trois footballeurs bleus blancs rouges « Quand j’étais petit, il n’y avait pas de Musulmans, de juifs, de chrétiens, de noirs, ou de blancs, il y avait juste des copains ».
C215
La promenade s’est terminée devant la gare de Sarcelle-Garge-les Gonesses . Et la bonne surprise c’est que c’st le RER D qui y passe et me ramène en 20 minutes à Créteil-Pompadour!
Un très gros roman de cape et d’épée se déroulant surtout à Palerme, mais aussi dans la campagne sicilienne, justement sur les lieux où nous avons passé les vacances de Pâques 2016!
Palerme, en fête, regarde partir les Espagnols en 1698 et accueille le nouveau roi de Sicile, savoyard. La ville est parée de tribunes, d’arcs de triomphe, des tapisseries pendent du palais royal, le spectacle est solennel. On savait festoyer en ce temps-là!
Juillet 1718, une armada espagnole est de retour. Le roi savoyard a déçu la noblesse sicilienne qui regrette le temps où les Espagnols « dont l’oeuvre en Sicile se résumait à une formule simple : « faire de l’argent, enrichir le clergé et la noblesse, pendre le plus de monde possible et ne se préoccuper de rien d’autre… »
Blasco de Castiglione monté sur une sorte de rossinante arrive dépenaillé, provoque en duel le prince d’Iraci, corrige les valets des grandes familles. Il vient à Palerme rechercher un religieux qui connaît le secret de ses origines….
Batailles, duels, fêtes, secrets de famille. Mais aussi intrigues amoureuses, rapt d’une religieuse, scandales et sérénades tournant au charivari nocturne. Intervention d’une société secrète les Beati Paoli. On ne s’ennuie pas un instant dans ce très gros livre qui me fait penser aux Trois Mousquetaires que j’ai dévoré il y a bien longtemps.
J’ai adoré cette lecture et n’attendrai pas longtemps pour lire la suite : il reste encore deux gros volumes!