exposition temporaire du 29 mars au 9 juillet 2016
Je connaissais les tableaux de jungle luxuriante du Douanier Rousseau et ce fut un grand plaisir de les voir « en vrai » et non pas en reproduction. Le lion est un très grand tableau magnifique.
l’oeuvre du Douanier Rousseau ne se limite pas à une jungle rêvée (où le peintre n’a jamais mis les pieds). C’est aussi une description de la vie autour de 1900. Joueurs de Rugby (appelés curieusement footballers) conférence des grands de ce monde, paysages industriels. le douanier Rousseau a tout peint? J’ai beaucoup aimé cette République en bonnet phrygien rouge qui domine les grands de ce monde et qui n’oublie pas les populations indigènes des colonies tandis que les petites filles font la ronde.
Vision optimiste du monde avec la nature luxuriante, mais aussi vision inquiétante de la Chevauchée de la Discorde
Il a peint aussi des portraits de ces amis, de ses proches, des autoportraits…
Cependant l’exposition qui évoque toutes les facettes du peintre est tout à fait passionnante quand elle montre les peintres qui ont influencé Rousseau comme ce portrait de Carpaccio, Ingres ou Cézanne, ou ceux qui s’en sont inspirés Morandi ou Donghi , ou qui l’ont admiré comme Picasso, Kandinsky et même Diego Rivera. la présence de tous ces artistes différents enrichit d’autant la visite.
Lire Sciasciaest un plaisir rare. A la veille de notre départ pour Palerme, encore plus précieux!
Je me délecte de l’ironie et de l’érudition de l’auteur. Surtout ne pas s’arrêter à la longue citation de DENYS L’AEROPAGITE qui laisserait penser qu’il s’agit d’un livre savant ou ennuyeux, au contraire, c’est un livre léger (159p) qui se lit avec le sourire.
Le narrateur, un peintre connu, arrive par hasard à l’ermitage de Zafer, ermitage ou hôtel? Un peu des deux : le gratin, ministres, ecclésiastiques, avocats ou hommes d’affaires s’y rencontrent chaque année pour des exercices spirituels sous la direction de Don Gaetano, un prêtre de caractère et de grande culture qui peut citer aussi bien Boccace que Mallarmé ou La Rochefoucault que les pères de l’Eglise.
Guttuso : crucifixion
Ces citations ne sont jamais fortuites, elles lancent de pistes que je me suis fait un plaisir de suivre (merci Wikipedia sur le smartphone!). Lecture lente donc, que j’ai savourée avec des interruptions pour retrouver un auteur, ou un peintre. Le narrateur étant peintre, il est question de peinture. J’ai eu la surprise de retrouver Guttuso (que j’avais rencontré à Ravenne) – j’ai bien l’intention de visiter son musée à Bagheria!
Christ de Redon
Rencontré un dessinateur Steinberg que je ne connaissais pas… Je pourrais aussi citer les Christ de Rouault ou de Redon.
Les rencontres littéraires sont encore plus nombreuses : Pirandello, bien sûr… mais aussi Pascal…Voltaire qui recommande aux artistes de peindre les « pieds chauds ». Un ministre très imbus de sa personne confond un aphorisme de La Rochefoucault avec les écritures à l’envers des emballages des crottes de chocolat. Confusion qui me fait rire aux éclats….
Au mitan du livre, au cours de la récitation du Rosaire, une célébrité est tuée d’un coup de revolver. Le livre prend une autre tournure et nous voici en pleine énigme policière. L’enquête occupe la seconde moitié du livre, toujours ironique mais très pessimiste. L’auteur dénonce la corruption au sein de la Démocratie Chrétienne qui aboutira vingt ans plus tard à l’opération Mani pulite.
Depuis mon adolescence, Kafka, (en compagnie d’Einstein et de Freud) fait partie des divinités de mon Panthéon personnel. Un billet élogieux de Claudialucia et la très belle couverture m’ont attirée. Merci à Claudialucia de l’avoir fait voyager jusqu’à moi.
Une très belle histoire pour commencer : ces lettres que Kafka a rédigées à une petite fille qui avait perdu sa poupée, pur la consoler. Ces lettres perdues que toute la communauté littéraire rêve de retrouver, Julie en a trouvé la piste. Elle compte offrir sa découverte à son père le Spécialiste-de-Kafka-de-la-Sorbonne. Chic une énigme littéraire!
On nage dans le règne du mensonge. Menteur, le père qui trahit sa femme et sa fille, coureur de jupons, lâche qui n’hésite pas à feindre la maladie pour retrouver l’affection de sa fille. Menteuse, Else, la presque-centenaire, la « petite fille à la poupée », qui doit gérer un lourd passé, mais aussi qui joue à égarer Julie, dernier amusement de sa vieillesse. Julie non plus ne parait pas toujours très claire….Les lettres ont-elles existé? Sont-elles vraiment perdues? Else est-elle la petite fille à la poupée? Ce jeu de la recherche de la vérité, toujours embrouillée, est une idée intéressante. Sans cesse, le lecteur (trice) s’amuse.
Trois personnages intéressants, trois générations, une énigme littéraire…voici une bonne idée pour bâtir un excellent roman!
Et pourtant, je ne suis pas convaincue. D’abord, j’attendais plus du spécialiste de Kafka, j’attendais qu’il m’explique Kafka, qu’il en parle avec plus de profondeur. A peine quelques allusions, et Franz disparaît au profit du terne Abel Spieler (pas si joueur que cela) ou de Julie la branchée.
Le week end à Prague m’a déçue, il était logique que cette expédition soit un fiasco. Mais de grâce, faites plaisir au lecteur! Offrez-lui un peu plus de détails, un peu de couleur locale…De même, Berlin se résume à un parc avec des jeux pour les petits enfants et un loft pour les jeunes branchés. C’est frustrant! Berlin 1923, c’était quand même quelque chose! et Berlin 2003 aussi. Chamonix et Saint Gervais sont mieux rendus, merci.
Pas convaincue non plus des chapitres en italique relatant la vie de la famille juive d’Else sous les nazis, puis Auschwitz. C’est un sujet délicat. Mieux vaut éviter que bâcler.
Quand à l’écriture, certains détails m’ont agacée : les inscriptions mode sur les T-shirt, ar exemple, les verres de vin, Chablis ou Lambrusco?
En conclusion, un bon pitch, mais pouvait mieux faire en approfondissant la réflexion! (Ca c’est la prof qui annote ses copies)
« la souffrance m’a tellement envahie et détruite qu’actuellement je pleure pour toutes les femmes mutilées, infibulées, qui toutes ont connu ou connaîtront une nuit pareille… »
Mamadou Samb dénonce l’excision et l’infibulation, il raconte l’itinéraire d’Oulimata, jeune bambara née au Mali dans un petit village au bord du fleuve.
De l’initiation des jeunes filles, je n’avais entendu parler qu’à mots couverts, le roman donne une version très crue et précise de ces mutilations génitales. L’initiation avait aussi pour but de faire prendre conscience à Oulimata de sa place dan la société dans une caste intérieure.
La seule chance d’Oulimata fut d’être envoyée par son père, Danfa à Bamako pour entrer à l’école française et d’être confiée à Saliou et Fanta qui l’adoptèrent comme leur propre fille. Fanta vient du même village qu’Oulimata, comme elle, elle fut excisée et refusa l’homme à qui elle était destinée, son sauveur fut Danfa, le père d’Oulimata qui permit sa fuite à Bamako. Triste histoire qui se répète à chaque génération. Comment vivre une sexualité normale après l’infibulation?
Une malédiction s’abat sur le village : l’onchocercose ou cécité des rivières. Le village est abandonné quand Oulimata y retourne, ne retrouvant que son père, aveugle, et une amie d’enfance, 10Oumy qui conduit ses parents, eux aussi aveugles. La seule solution est la mendicité, à Bamako d’abord, puis à Dakar où la magie de la grande ville a attiré Oulimata. La grande ville est un piège pour la jeune fille.
« depuis mon enfance, j’avais toujours aimé lutter contre ceux qui voulaient faire de moi une soumise, une moins que rien; je rugissais comme une lionne, je mordais comme une tigresse à chaque fois que ‘avais les moyens de me défendre. j’avais toujours refusé de porter sur mon dos l’histoire de mes ancêtres. «
Si l’histoire d’Oulimata est celle de la misère, de la prostitution, de la déchéance, de la prison et du SIDA, Oulimata n’est pourtant pas une victime passive. Elle est pleine de vitalité, passionnée de lecture, instruite, elle danse si bien qu’une troupe de danseurs l’intègre. Elle connaît même une véritable histoire d’amour.
Mamadou Samb a su raconter cette histoire sans misérabilisme superflu, sans le manichéisme qui m’avait dérangée dans l‘Echarpe des Jumelles où il dénonçait aussi les injustices que la tradition fait aux femmes. On y croise des personnages de tous les milieux, avec leurs contradictions et leurs caractères.
1508 – 1512 , Michel Ange a peint le plafond de la chapelle Sixtine en 4 ans.
L’histoire est racontée par Aurelio, un jeune paysan de Forli, ébloui, enfant par l’Ange de Bologne de Michel-Ange. Il vient à Rome apprendre la sculpture auprès du maestro. Ce procédé met en scène un peintre célèbre du point de vue d’un apprenti, rappelle Les doutes de Salaï de Rita Monaldi racontant le séjour de Léonard de Vinci à Rome. Ce n’est pas le premier roman illustrant la vie de Michel- Ange que je lis : Parle leur de batailles de rois et d’éléphants de Mathias Enard et Pietra Viva de Leonor de Recondo tous les deux très littéraires m’avaient plongé dans l’univers de Michel-Ange.
Moins littéraire, mais plus historique, Le Ciel de la Chapelle Sixtine replace l’oeuvre dans le contexte des luttes du Pape terrible, Jules II, contre Venise, d’abord puis contre les Français qui guerroient en Emilie-Romagne. Il donne une description pittoresque de Rome où, selon les paroles de Michel-Ange à son frère venu chercher une sinécure, il n’y a que des prêtres, des pèlerins et des courtisanes.
« Derrière les murs du Vatican régnait une guerre entre les artistes dans laquelle aucun des combattants ne connaissait les armes de son concurrent… »
Intrigues de Bramante et de Raphaël auprès de Jules II pendant la construction de Saint Pierre. Michel-Ange, sculpteur et non fresquiste, est mis au défit de peindre ce plafond si difficile…chacun attend qu’il trébuche….
« Bramante et Jules étaient possédés par la même folie des grandeurs. Jules volait donner à la ville une dimension divine. »
Michel-ange avait quitté florence pour sculpter dans du marbre le amusée de Jules mais
« Bramante persuada Jules que cela lui porterait malheur de construire un mausolée de son vivant. Ce fut la fin du projet. Michel-Ange avait perdu son emploi. »
C’est avec grand plaisir que j’ai fait des promenades entre le Château Saint Ange, le Trastevere et le Pont Sisto, la villa Chigi (Farnesina)où visités il y a quelques semaines, entre le Corso et la Via Giulia…
C’est aussi avec grand intérêt que j’ai suivi les travaux des fresquistes de la bottega, le giornate, journées de travail, la préparation des enduits, les préparatifs sur cartons perforés, les couleurs, l’épisode des moisissures qui attaquèrent les premières scènes….
Aurelio n’apprendra pas la sculpture. Plutôt modèle qu’apprenti, c’est lui qui inspire Adam de la Création de l’homme. Parce que ce roman historique est aussi un roman d’amour. Michel-Ange aime Aurelio, qui aime Aphrodite, la courtisane cachée du pape, qui,elle aime Michel-Ange et lui commande la sculpture qui la rendra éternelle dans le marbre… mais ces amours sont contrariés. Celui qui prononce le nom d’Aphrodite en ville, a sa langue coupée…De son côté, Michel-Ange qui se peint en Jérémie « c’est notre sort de supporter la souffrance » va chercher uniquement sa jouissance dans son art.
Quand je retournerai à Rome pour revoir la Chapelle Sixtine, il faudra que je relise ce livre pour comprendre la signification de chacune des scènes, des personnages, prophètes, sybilles ou ignudi…
J’aurais bien aimé la rencontrer à Dakar, cette Safi, forte personnalité, petite fille débordante d’énergie, qui par passion des mangues a volé l’argent du marabout de son école musulmane. Ecolière parfois rebelle, qui imagine toutes sortes de farces. Bonne élève, elle a su réussir ses études tout en s’amusant, aller au bal, être coquette, rencontrer l’amour de sa vie malgré son milieu plutôt traditionaliste. Elle a écrit ce roman (c’est écrit sur la couverture, peut être plutot un témoignage) pour dire à sa Grand-mère et à son père comme elle les a aimés!
Dakar, années 50, un quartier où il y a des manguiers et des grenadiers, encore des animaux dans les cours, une grande maison où la famille (au sens très élargie) cohabite, un peu plus tard, la famille déménage sur le Plateau, quartier plus occidentalisé….Dakar n’est pas encore ce mélange de verre et béton que j’ai vu mais déjà une grande ville….
Une lecture fraîche, simple, émouvante, sans aucune prétention qui m’a transportée dans l’espace et le temps. Un beau souvenir de Dakar!
Que pensent les femmes de l’état de guerre permanent qui règne à Gaza?
Comment vivent-elles?
Elles vont chez la coiffeuse, l’esthéticienne, se font maquiller, épiler. Dans le petit salon Christina, elles sont nombreuses. Il y a la mariée, sa mère sa belle-mère. Il y a aussi une divorcée – Hyam Abbas (je suis fan) et puis deux autres groupes de trois femmes, venues, on ne sait pas pourquoi, surtout celle qui refuse d’ôter son voile et qui ne veut ni se faire couper les cheveux, ni se faire épiler, encore moins maquiller… Sans doute pour sortir de chez elles, pour bavarder, médire des maris.
Un lion devant le salon, situation loufoque. L’amoureux de la belle esthéticienne le tient en laisse, une autre faction veut le reprendre. Les rivalités factieuses tournent mal. On se bat avec des armes de guerre….pour un lion.
L’électricité est coupée, la climatisation tombe en panne. Le huis clos devient étouffant.
L’arme de ces femmes : l’humour! C’est finalement très drôle.
Et si on déjeunait au bord de la mer ? Retour aux Almadies
Au Carrefour en face de l’hôtel on tourne vers la côte, passe devant l’Hôtel Sheraton et l’ambassade américaine(on dirait qu’ils ne forment qu’un seul bloc !). Au bord de l’eau plusieurs petits restaurants ont installé leurs tables toutes simples sous des auvents de tôle. Carte complète : plusieurs plats de poissons grillés ou cuisinés. Nous commandons des brochettes de lotte et alocos pour moi et des calamars et riz pour Dominique. Comme il fait frais et qu’il y a des nuages on s’installe dehors au bord de l’eau sous un parasol bleu sur une table ronde avec des chaises de jardin en plastique blanc.
Les calmars sont durs (gros morceaux grillés) mais la lotte excellente avec une sauce relevée (échalotes hachées, vinaigre, anchois écrasés, piment) mayonnaise et piment rouge auquel je ne touche pas. Les pirogues rentrent pleines de poissons.
les dockers attendent avec un coussin sur la tête ; Les pêcheurs ont revêtu de beaux cirés jaunes, des bottes fantaisie. Ils ont l’air plus fortunés que ceux de Cap Skirring. Meilleure pêche, ou meilleurs prix aux abords de la grande ville ?
Seul inconvénient à ce repas : une marchande de souvenirs m’assiège avec des colliers et ne me lâche plus tant que je ‘en ai pas acheté un. Ils ne me plaisent pas du tout, je ne me prive pas de lui dire et cela ne la décourage pas
Aucun espoir que Mor me sorte de ce guêpier. Les guides (et pas seulement ceux du Sénégal) estiment que les touristes doivent acheter de nombreux souvenirs et nous en achetons fort peu. Mor donne l’exemple en donnant l’aumône aux mendiants et des bonbons aux enfants. Pour ces deux pratiques, je suis très mal à l’aise. La charité est une évidence pour un musulman. Mor doit être choqué que nous ne donnions jamais l’aumône. Mais combien donner ? Et à qui ? Ils sont si nombreux !
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Retour sur la corniche, Abou nous a recommandé de visiter le Musée Place du Souvenir.
« Située sur la Corniche Ouest plus précisément à l’Angle Rue Aimé Césaire, la Place du Souvenir Africain, un des plus grands projets culturels de la République du Sénégal, est le réceptacle de la mémoire des peuples noirs, de ses martyrs, des militants et symboles de la dignité africaine. Lieu de rendez vous du donner et du recevoir du peuple noir et de la diaspora, la place du souvenir africain est un cadre de convergences de communication et d’échanges culturels, scientifiques et intellectuels mais aussi de documentation sur les grandes figures historiques et des intellectuels du monde noir. «
Une vaste esplanade fait face à la mer avec des bassins se terminant pas une monumentale carte de l’Afrique. L’esplanade est encadrée par des bâtiments modernes un auditorium et deux « panthéons » qui abritent bibliothèque et salles d’exposition. Des panneaux célèbrent tous les héros africains ou de la diaspora. Certains très connus d’autres moins.
Mois de mars, consacré aux femmes : le Musée Henriette Bathily qui était à Gorée a emménagé Place du Souvenir. Henriette Bathily (1927-1984) fut responsable des programmes de radio Sénégal ; Sa mort le 4 avril 1984, le jour anniversaire de l’Indépendance du pays fut endeuillé dans tout le pays . En ce moment on peut y voir un Exposition : Portraits de Combattantes de la Liberté qui vient de Nantes du Mémorial de l’Abolition de l’esclavage (remerberslavery.un.org-memorial.nantes.fr) « Dix Femmes puissantes »
J’ai recopié dans mon cahier les noms de ces femmes puissantes
La Reine Anne Zingha (1582-1664) Angola qui a résisté à la colonisation portugaise
La Reine Nanny(1686-1733) à la Jamaïque, esclave marone tuée au combat
Dandara 17ème siècle Brésil dans une communauté marone mena la résistance anti-esclavagiste
Les amazones du Dahomey
Olympe de Gouges morte sur l’échafaud en 1793 écrivit une pièce critiquant le Code Noir
Claire esclave maronne 18ème s en Guyane
Sanité Bélair (1781-1802) en Haïti morte décapitée
Anne Knight (1781-1862) Angleterre Women’s antislavery Society : petition signée par 350 000 femmes en 1833 boycott ; lien entre le sucre et l’esclavage. Campagne égalité des droits hommes/femmes
Sojourner Truth (1787-1883) esclave affranchie apprenant que son fils de 5ans lui fut enlevé fut la 1ère femme noire aux Etats Unis à gagner un procès contre un homme blanc.
Josepha Diago 1800 Sierra Leone devient esclave à Matanzas Cuba a enseigné à ses enfants les rites d’initaition les dans et les traditions ; En 2013, ses descendants Cubains ont retrouvé leur famille au Sierra Leone. Récit Emma Christopher « They are we »
Harriet Tubman (1822-1923) connue comme Moïse dans le chemin de fer clandestin entre le sud esclavagiste et le nord anti-esclavagiste. Sa campagne a permis de libérer 750 esclaves.
Nous aurions encore plein de visites à faire à Dakar mais Mor hésite à se lancer dans les embouteillages de fin d’après midi.
Nous rentrons à l’hôtel pour boire ensemble un dernier pot. Mor avait proposé de dormir dans la voiture pour nous accompagner à 4 heures du matin à l’aéroport mais Abou nous a assuré que le transfert était déjà règle avec l’hôtel (10 minutes à peine). Nous lui avons dit de rentrer chez lui voir sa petite fille nouvelle née qu’il ne connait pas encore et nous sommes promis de garder le contact sur Facebook.
Nous terminons la soirée dans le jardin très agréable peuplé de sculptures originales et d’oiseaux bien vivants. Nous dînons à la table d’hôte, c’est très fin et bien trop abondant. Coucher tôt. Le réveil est fixé à 3h30 pour un vol à 6h50 !
Le Musée IFAN – Théodore Monod – est situé Place Soweto dans l’ancien Palais du Gouverneur (1936) : belle bâtisse Art Déco (version sobre) jaune, à l’entrée surmontée d’une coupole dans un ardin de palmiers. Un peu plus loin, un pavillon jaune plus vif est rehaussé de blanc où se tiennent les expositions temporaires. Entrée 5000francs pour les étrangers (2000 pour les sénégalais). Selon le guide Evasion, le Musée est riche de milliers de pièces collectées dans toute l’Afrique occidentale, du Bénin au mali en passant par la Côte d’Ivoire. Seules quelques unes sont visibles selon une présentation un peu désuète mais pédagogique par thèmes. A notre arrivée Madame NDour, une dame en tenue traditionnelle rose, se propose pour commenter la visite et la rendra passionnante.
Le premier thème abordé est la Fécondité introduite par un masque sur une « robe » de raphia la Déesse Nimba
Ses seins tombant témoignent de nombreux allaitements. Son nez recourbé évoque le bec du calao qui symbolise également le sexe masculin.
Le calao est symbole de maternité chez la femme et de fécondité pour la terre.
Mme NDour nous montre aussi un groupe de deux statues féminines, l’une est épanouie, le visage souriant, les mains écartées sur son ventre fécond, la seconde a « l’air stressée », elle referme ses mains sur son ventre stérile. La fécondité est la grande affaire des femmes. Une vitrine contient des « poupées de fécondité » togolaise qui servent aussi de jouets aux petites filles. La conférencière revient sur les rites de fécondité et sur le Kagnalène. Selon elle, 80% des femmes prises en charge par ce rite mettent au monde des enfants en se libérant du stress.
On passe ensuite aux colliers de protection des bébés ou des mères portés à la ceinture, ou au cou, colliers de séduction, gros colliers pour « casser le cou » des bébés, colliers parfumés.
Le second thème est celui de l’Initiation
initiatrice haut de forme
Initiation des jeunes filles à la puberté pendant laquelle la jeune fille apprend à s’occuper de son mari et de sa maison. Les initiatrices sont masquées. Un curieux masque porte un haut de forme, symbole de dignité. J’avais entendu d’initiation, mais jamais de la bouche d’une femme. Les guides locaux nous parlaient surtout de l’interdit et du secret.
Une série de masques diolas ornés des cornes du bétail illustre l’initiation des garçons. L’initiation est l’école de la vie sociale. Il existe aussi une seconde initiation « boukout » qui ne se déroule que tous els 20 ou 25ans, l’homme doit venir, toutes affaires cessantes profiter de cette occasion qui ne se représentera peut être plus. Trois masques de guinée Bissau résument les trois étapes : l’hippopotame, animal incontrôlable avant l’initiation le taureau fougueux et brutal, au cours de l’initiation, enfin la vache calme et docile figure celui qui est initié.
Chez les Bassari, filles et garçons sont réunis dans des cases communes et doivent prouver qu’ils snt capables d’avoir des enfants. Le mariage à l’essai est concluant, ou non. Chez eux la jalousie n’est pas de mise.
Tissage de longues bandes sont consacrées aux grandes occasions : offerte aux mariages dans des corbeilles, on posera le bébé pour son baptème, et ce linge servira aussi de linceul.
Quelques objets sont un peu étranges comme cette chaise royale ornée du calao reposant sur 4 personnages, deux femmes devant deux hommes derrière : « le roi est soutenu par son peuple » dit la guide.
Une machine à repasser les beaux boubous de bazin amidonnés qui ressemblent à de la toile cirée et qui sont raides et brillants. Sur un cylindre, on pose le vêtement qui est battu avec des bâtons ressemblant à de petites massues.
Les portes de grenier racontent la vie de leur propriétaire : un serpent désigne un vieillard…
antilope
Le dernier thème concerne les rituels agricoles. Chez les Bambaras, au Mali, le cimier rend hommage à l’antilope qui a appris aux hommes à cultiver. Un masque, très beau cimier rassemble de nombreux symboles : les dents du crocodile rappellent la nécessité de l’eau, les courbes du caméléon figurent la patience, les cornes de l’antilope, la rapidité. On trouve aussi les tresses de la femme pour la fécondité, avec le bec du calao.
Certains masques ont des fonctions de contrôle social : si quelqu’un a fauté (vol, adultère) on l’humilie sous l’arbre à palabres. Souvent le coupable prend la fuite et préfère tout abandonner à la honte d’être désigné. D’autres masques doivent faire peur comme les Revenants.
Je remercie chaleureusement la guide pour cette visite.
A l’étage une exposition temporaire est consacrée à la Lutte Sénégalaise – sport national – aux lutteurs. Mor me rejoint et me sert de guide ; Il connait bien les lutteurs et tient à me raconter lui-même les champions et leurs gris-gris. Il y a des portraits et affiches. Ces hommes musclés (parfois gras) qui prennent des poses avantageuses ne m’attirent pas spécialement.
L’exposition Intitulée : Force&Fierté 30 ans de photographie de la photographe Angèle Etoundi Essamba, en revanche m’a enthousiasmée ! Si je suis une fidèle de Photoquai je visite rarement des expositions de photos. Je m’intéresse généralement plus à l’aspect documentaire qu’à l’esthétique de l’œuvre elle-même. Ici, l’image contient une telle force que j’en ai été vraiment remuée. La série de photographie en noir et blanc est d’une grande puissance. Noire, l’artiste qui travaille parmi les blancs joue de symboles. Elle joue des rayures, des zébrures, des griffures blanches sur le corps, le visage ou le vêtement. En couleur, elle donne un visage aux femmes invisibles de Ganvié la cité lacustre béninoise, aux travailleuses des mines…De très belles photos en couleurs célèbrent les matières africaines, la terre, le bois mais aussi l’eau. Etoundi Essamba a aussi donné sa chance à un collectif de jeunes photographes sénégalais qui profitent de sa notoriété pour présenter leurs œuvres.
Le dernier endroit où j’aurais pensé être dévorée par les moustiques est le bateau ! J’ai avalé chaque soir le comprimé de doxycycline sans être piquée des deux semaines. Pas d’insecte en mer, mais 5 anophèles cachés dans ma couchette à l’abri des rideaux rouges, l’anti-moustiquaire. Je serai quitte pour continuer le traitement encore un mois.
5h45, le bateau passe devant Gorée, Dakar brille de mille feux.
5h55 annonce au micro : arrivée au port de Dakar – 5 minutes avant l’heure prévue.
6h15, je cherche le 4×4 sur le parking, le trouve enfin à l’extrémité. Mor dort, nos valises sont là. Tout est rentré dans l’ordre. Soulagement.
7h : nous logeons dans des chambres d’hôtes « Ambre d’Hôtes », à vrai dire, nous logeons dans une galerie d’art. Tableau et masques sont à vendre, les prix sont étiquetés. Notre chambre « toucouleur » a une belle moustiquaire, un baldaquin, les lampes de chevet sont montées sur des masques de perles. La lampe de bureau est un oiseau de bois brut. Télévision, climatisation, belle salle d’eau carrelée.
Le petit déjeuner est servi à notre arrivée : pains au chocolat, jus d’orange et même yaourts, melon et pastèque. En revanche le soir j’ai eu envie de bissap et j’ai dû me contenter d’un coca « on ne sert pas de boisson locale ».
Nous traînons jusqu’à 9h30, un peu abruties du réveil matinal, du tangage du bateau et du stress. Il fait frais et beau ce matin sur Dakar.
Détour au Monument de la Renaissance Africaine que nous avions snobé précédemment. La statue de 52m est perchée sur une « mamelle « colline volcanique pointue. L’autre « mamelle » porte un phare. A la base de la statue, un vaste parking, une salle pour des spectacles musicaux. Un grand escalier gravit la colline jusqu’à la statue : groupe de trois personnages un homme très viril, très musclé enlace une femme qui a plutôt l’air de s’accrocher à lui, un bébé, posé sur le biceps de son père, tend le bras vers l’avenir. Cette Renaissance a suscité de nombreuses controverses, son prix pharaonique, le fait que le chantier a été confié à des Nord Coréens, les 35% de propriété intellectuelle (donc des recettes) que Wade s’est attribué comme inspirateur du monument. Je n’ai aucun goût pour les statues staliniennes (ou maoïstes) mais cette Renaissance s’est imposée dans le paysage. A ses pieds Dakar s’étale à 360°, malheureusement l’air est humide et la vue est embrumée.
La Corniche, une voie rapide longe le rivage. Dans un creux au pied d’une falaise, une grosse mosquée est accompagnée de deux minarets originaux à section carrée surmontée de boules et de cupules. La façade blanche est découpée de curieuses ouvertures, triangles verts et liseré rouge. Au pied de la mosquée, les pêcheurs ont hissé leurs pirogues.
De l’autre côté de la route, bénéficiant de la meilleure exposition sur l’Atlantique, un grand terrain militaire. Toutes sortes de marchandises, lits, statues vanneries se vendent en bord de route. Mor nous arrête dans un marché artisanal. Je proteste : – « Plus tard, peut être, d’abord le musée ». Le Musée risque de fermer pour midi. le long de la corniche, de nombreux sportifs courent, font de la musculation sur les installations, des promeneurs sont assis sur des bancs face à l ‘océan.
Souterrains, voies rapides, labyrinthe de rues. Je n’essaie même pas de suivre sur le plan de la ville et de m’orienter. Je remarque une belle maison coloniale ici, un building de verre, là, de nombreuses banques, des ministères.