La Couleur du soleil – Andrea Camilleri

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Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi
Saint Mathieu à San Luigi dei Francesi

Itinéraire Caravage

Comme souvent, en Italie, j’ai pris Dominique Fernandez pour guide avec le Piéton de Rome qui avait tracé un  itinéraire Caravage de S Luigi dei Francesi à la Galleria Borghèse et au Musée du Capitole et enfin au Palais Corsini le temps nous a manqué pour voir tous les le chef d’œuvres du maître, au Vatican ou au Palais Barberini. Cependant ma curiosité a été aiguisée. Je voulais en savoir plus sur le Caravage. Je serais bien inspirée de relire la biographie romancée de Fernandez la course à l’abime.

Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse
Caravage autoportrait à la Galerie Brghèse

Camilleri

Je viens de terminer la Révolution de la Lune , roman historique relatant un épisode de l’histoire sicilienne, où la veuve du vice-roi règne pendant 28 jours. Roman historique sur le mode burlesque qui m’a fait beaucoup rire. Je suis aussi fan de Montalbano. Camilleri, c’est beaucoup plus que l’auteur de Montalbano. Ce court roman, presque une nouvelle, est une commande à l’occasion d’une exposition Caravage en 2006 à Düsseldorf.

 

la couleur du soleil

Saint Jérôme (galerie Borghèse)
Saint Jérôme (galerie Borghèse)

Par des circonstances aussi rocambolesques que mafieuses (on est en Sicile) Camilleri entre en possession de fragments du journal du Caravage et nous  livre  ceux qui concernent son séjour à Malte, son évasion et son passage en Sicile où il est recueilli par des amateurs de sa peinture qui le protègent pour qu’il peigne à Messine et à Palerme.

Le soleil est noir pour le peintre. Son goût du clair-obscur et les atmosphères sombres dans lesquels évoluent ses personnages ne seraient pas exactement un choix artistique mais plutôt une altération de la vision.

Les scènes violentes qu’il a peint correspondraient aussi à cette vie violente. Le Caravage, protégé des puissants comme Scipion Borghèse, qui admirent sa peinture est plutôt mauvais garçon, il a la lame facile et rapide et ses fréquentations sont peu recommandables….cela, je le savais déjà. Plus étonnantes sont ces hallucinations, ces rêves sanglants, ces draperies qu’ils voulaient blanches qui virent au rouge-sang….

Hallucinatoire ou réaliste, ce roman est original. Cependant, je préfère la tragi-comédie de ses autres romans historiques que j’ai lus, à ce roman très noir.

 

 

 

Palais Corsini – Exposition Mattia Preti

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Du palais Corsini : vue sur le Janicule

Le Palais Corsini ,via Lunghara, parallèle au Tibre en face de la Farnesina est ouvert le lundi. La Galerie occupe le premier étage du grand palais. Des dizaines de tableaux de tous formats sont accumulés sur les hauts murs du piano nobile, tendus de soieries ou peints. Comme toujours il n’y a ni étiquette, ni explication pour ne pas déranger l’ordonnancement. Il faut se fier aux plans cartonnés et plastifiés pour les chercher, ce qui est finalement un jeu très amusant.

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Une exposition temporaire :  Mattia Preti un Giovane nella Roma dopo Caravaggio a lieu en ce moment ; occasion de faire connaissance avec ce peintre dont j’ignorais jusqu’au nom. Mattia Preti est un peintre calabrais (1613-1699). Arrivé à Rome vers 1630, il subit l’influence caravagesque avec les clair-obscur, les éclairages violents sur le personnage principal, les sujets bibliques et les personnages du peuple (et leurs trognes) du maître qui a fait école ; L’exposition est conçue comme une confrontation des tableaux de Preti mis en évidence e par une présentation moderne et les tableaux de la collection du Palais Corsini : le San Giovanni Battista  du Caravage, l’Hérodiade de Vouet, les œuvres du Guerchin ou de Joseph de Ribera.

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C’est la découverte d’un style pur moi : j’ai découvert le Caravage grâce à Dominique Fernandez en lisant la biographie du peintre : La course à l’abîme lue il y a quelques années avant notre voyage à Naples, et toujours à son instigation j’ai suivi la piste du Caravage avec le Piéton de Rome, à la Villa Borghèse, à Saint Louis des Français, aux Musées Capitolins…

Découverte de Mattia Preti, peinture vigoureuse et intéressante. Le 17 ème siècle n’a jamais été ma période préférée en peinture. C’est l’occasion de m’y intéresser.

Au hasard de la visite, nous découvrons des peintres moins connus et d’autres très connus… Fra Angelico  – j’adore ! Je suis passée à côté de Nicolas Poussin. J’ai cherché un Rubens, l’ai trouvée (le Saint Sébastien mais il ne m’a ait aucun effet. C’est la deuxième fois de la semaine que je zappe un Rubens. Je crois que je ne l’aime pas tant que cela.

Guido Reni : Salomé et la tête de saint Jean Baptiste
Guido Reni : Salomé et la tête de saint Jean Baptiste

 

Sur le même thème Herodiade et la tête de Saint Jean Baptiste de Vouet et Salomé et la tête de Saint Jean Baptiste de Guido Reni. Je préfère le dernier.

Un joli Murillo de caractère.

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Le Palais Corsini a une longue histoire :  dans la chambre jaune où Christine de Suède s’y est éteinte, on a exposé Pindare et Virgile . De délicieuses fresques avec des grotesques ornent le plafond.

Belle matinée peinture ! Belle matinée ensoleillée aussi !

Le Palis Corsini dispose d’un ascenseur ultra- moderne avec une cabine de verre panoramique d’où la vue est merveilleuse sur le Janicule, les grands arbres et les jardins qui appartenaient autrefois au Palais Corsini et qui sont le Jardin Botanique.

Esquilin : églises

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Sainte Marie Maggiore vue de la place de l'Esquilin
Santa Maria Maggiore vue de la place de l’Esquilin

Nous nous reposons au soleil dans le jardin près de la verte fontaine. Il est un peu tôt pour déjeuner. Pas une terrasse au soleil Piazza Repubblica ni près de la Gare Termini . Quelques snacks et cantines peu attirantes autour de la gare. Nous poursuivons vers l’Esquilin et Santa Maria Maggiore, curieusement là il y a plusieurs pubs irlandais. La terrasse que nous trouvons via S Prassede l’Old Marconi, à l’enseigne d’un vieux poste de radio a aussi un patron british. Mi-taverne à bière, mi trattoria de quartier italien, l’osmose passe bien. Le serveur a le type asiatique mais la carte est définitivement romaine. Je choisis des Tonnarelli pepe e cacia, pâtes maisons excellentes au pecorino. Dominique commande des dés de poulet à la sauce safran. .

Tonnarelli pepe e caccia
Tonnarelli pepe e cacia

Santa Maria Maggiore

Santa Maria Maggiore est une très grande église avec un  plafond à caisson de bois doré. De grosses colonnes partagent l’intérieur en trois nefs (une large et deux étroites. Les mosaïques sont vraiment merveilleuses ?

Mosaïques dorées de l'absides
Mosaïques dorées de l’absides

Il aurait fallu apporter des jumelles pour en profiter. L’abside est toute dorée avec le Christ Pantocrator et Marie dans un cercle sur un fond doré orné de volutes. Autour de petites scènes sur des registres sont très colorées. Quelqu’un a éclairé quelques minutes, l’église s’est allumée a brillé puis s’est éteinte sans qu’on trouve le tronc pour la rallumer à nouveau. La crypte est revêtue de marbres précieux  un prélat de marbre blanc est agenouillé.

Vaste nef très claire avec le plafond à caissons
Vaste nef très claire avec le plafond à caissons

Les deux chapelles de part et d’autre du transept sot couronnées de belles coupoles peintes à fresques revêtues de marbre de toutes nuances. Des angelots et putti flottent sur des nuages ou grimpent aux corniches. Photo et visites interdites, réservées à la prière. La Paulina est nommée d’après Pauline Borghèse (Bonaparte) la belle Pauline de Canova.

Chapelle Paulina
Chapelle Paulina

Santa Pudenziana

Sa Pudenzia
Sa Pudenziana

Elle est située en bas de la place de l’Esquilin à l’arrière de Santa Maria Maggiore, petite église au dehors modeste, en contrebas dans une cour ; Elle est fort ancienne, son campanile a été ajouté au 12ème siècle. La mosaïque de l’abside est de la fin  du 4ème siècle, elle est très originale mais fort restaurée et j’ai eu du mal à imaginer qu’elle était si vieille.

Santa Prassede

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J’ai dû patienter jusqu’à 16h pour y entrer. Nous avions déjeuné à deux pas. Cela valait vraiment la peine d’attendre ! L’église actuelle date de 817-824 , les mosaïques sont donc carolingiennes. Elles sont originales et très belles.

Retour dans les bus bondés

Le retour est encore une épopée qui a duré deux heures ; Le week end le trafic est dévié en raison de la fermeture des forums impériaux. Les autobus n’empruntent pas les itinéraires de la semaine. Personne n’est capable de nous dire si le bus va s’arrêter à l’arrêt où nous l’attendons. Après avoir vainement attendu le 75, nous nous traînons à la gare Termini. En attendant le bus nous sommes distraite par un vol d’étourneaux qui se posent sur un pin tout proche avec un vacarme infernal. Nous embarquons dans le 64 pris d’assaut par une cohue monstrueuse. Dans le Tram N°8 c’est encore pire. On se demande bien si on arrivera à descendre à Giacchino Belli !

 

 

Thermes de Dioclétien Expo Henry Moore

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Thermes de Dioclétien
Thermes de Dioclétien

Autobus 280 jusqu’à Giacchino Belli, tram8 jusqu’à Piazza Venezia, 60 jusqu’à Termini.

Santa-Maria-degli-Angeli

Les thermes de Dioclétien sont gigantesques ; la voirie les a découpés, une rue passe par la salle octogonale, Michel-Ange a construit dans le frigidarium la grande église Santa-Maria-degli-Angeli, énorme elle aussi. Lorsque nous y entrons, la Messe est dite en anglais, il est donc impossible de la visiter e entier ou de prendre des photos. Le narthex – Tépidarium, est coiffé d’une coupole assez grande pour abriter une grande église – ce n’est que l’entrée ! Marbres, anges et belles fresques, nous ne verrons cela que de loin.

Piazza della Reppublica
Piazza della Reppublica

Il faut faire le tour pour trouvera l’entrée des Thermes. Coup d’œil à la Piazza della Reppublica : encore une fontaine en chantier : tas de pavés et grillages. Encore une qu’on ne photographiera pas ! Rome rénove toutes ses fontaines cette année.

la verte fontaine des Thermes de Dioclétien
la verte fontaine des Thermes de Dioclétien

Le long de la grande salle est planté un jardin.  A l’ombre de grands cyprès, murmure une fontaine : l’eau sort d’une urne moussue garnie de fougères et de légères verdures. La vasque d’eau tares claire est composée de 4 lobes. Autour des carrés de pelouse encadrés par des buis taillés. Une rangée de lavande longe la grille. Des colonnes, de grosses poteries et des stèles gravées meublent le jardin. Des statues de marbre se trouvent dans les niches du grand bâtiment de briques  où l’on voit encore les traces des frises de marbre disparues.

La grande salle haute comme un immeuble d’au moins quatre étages contient de nombreuses statues. EXPOSITION HENRY MOORE

Exposition Henry Moore
Exposition Henry Moore

Les sculptures d’Henry Moore sont mises en valeur dans la salle antique. Elles font bon ménage avec les antiques. Dans l’espace ouvert près de la piscine (Natatio)  les murs gardent des parements de marbre autour des portes, des fenêtres ou des niches.

Le Guerrier blessé
Le Guerrier blessé

Le Guerrier Blessé (il n’a plus qu’un bras et une jambe sans pied) brandit son bouclier pour protéger sa tête. Les bronzes sont soit polis soit rugueux, certains présentent des valûmes lisses, arrondis brillants, difficilement identifiables, d’autres sont plus figuratifs comme ces groupes familiaux, mères et enfants ou ces femmes à moitié couchées. La plus connue est celle qu’il a élaborée pour le siège de l’UNESCO (1957-1961). Les grandes sculptures sont accompagnées d’esquisses, de dessins, d’études préalables.

Hommage à Picasso
Hommage à Picasso

On devine la statue en train de s’élaborer, se simplifier, se concentrer. Certaines gravures n’ont pas de relation directe avec les statues comme ces gravures Hommage à Picasso  ou des abris dans le métro (1941) Tube shelter perspective que j’avais déjà vu au Musée Rodin il y a quelques années.

Thomas Moore (1898- 1986) fur blessé en 1917. Il était antimilitariste  mais aussi convaincu de la nécessité de combattre le fascisme et le nazisme. Influencé par ses contemporains Brancusi, Modigliani ou Picasso il avait aussi étudié les sculptures antiques, sumériennes ou assyriennes ou exotiques. A chaque exposition de ce sculpteur je suis encore plus impressionnée par les facettes de l’artiste que je découvre.

tombe peinte
tombe peinte

Le vaste hall (Aula X) Palestre ou vestiaire ? abrite aussi des tombes de la nécropole de la via Portuense Tomba dei Platorini , Tomba dipinta et Tomba dei stucchi. L’une d’elles ( 2ème siècle après JC )est peinte d’oiseaux de corbeilles et sur le mur du fond 13 personnages jouent, certains au ballon, d’autres à des jeux mal définis.

Les cloîtres

Cloitre de Michel Ange
Cloitre de Michel Ange

Michel Ange aurait aussi dessiné un cloître et une chartreuse. On reconnaît de la rue Parigi les cellules des Chartreux avec  les petites cours plantées d’oranger avec une fontaine ou un puits. Le « cloître de Michel-Ange » (nommé ainsi quoiqu’il ne l’ait pas réalisé, sa construction est posthume après sa mort en 1564) . C’est un des plus grands cloîtres d’Italie (10.000m2 100 colonnes monolithiques) En son centre la fontaine est entourée de très hauts cyprès. Les têtes de 4 paires d’animaux émergent des haies de lauriers : 2 chevaux, 2 bovidés, un bélier et un chameaux antiques auxquels on a adjoint un éléphant à la trompe sinueuse et un rhinocéros (celui des 10.000guitares ?). Autour du cloitre sont alignées statues et stèles, certaines très belles. Sur un sarcophage, deux époux latins sont accordés comme les deux étrusques de la Villa Giulia, moins beaux – le mari est vraiment âgé, moins souriants.

Bovins antiques du Cloître de Michel Ange
Bovins antiques du Cloître de Michel Ange

A côté du « cloître de Michel-Ange », un petit cloître était réservé aux moines. On y voit les bustes des empereurs : Néron, Marc-Aurèle, Dioclétien, Caracalla…des femmes aussi, Faustine, des enfants. De longues listes, des dalles gravées font le régal des latinistes (mon latin du lycée est trop loin !)sans compter les abréviations que seuls savent déchiffrer les épigraphistes. Des litanies s’échappent de micros cachés, prières à chacune des divinités.

Le musée

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Un musée très moderne est logé dans le cloître sur trois niveaux. Salles claires, panneaux bien lisibles, illustrés et de grande taille. Objets rangés par thèmes pour guider le visiteur. Le premier thème traité est l’écriture : toutes sortes de messages, de textes sont écrits sur des supports variés comme la pierre, le métal, l’argile, le cuir. On a utilisé des burins, des stylets.

La salle suivante contient des vestiges retrouvés dans le forum et spécialement dans l’Aire Sacrée : petits récipients, offrandes, ex-votos.

Trois statues de terre cuite à taille humaine, sont confortablement installées dans des fauteuils. Qui sont-elles donc ?

La visite virtuelle de la Maison de Livie est pour moi un échec (comme l’audio-guide-tablette du forum). Un grand écran, notre corps sert de souris. J’accède au menu, entre virtuellement dans une pièce, puis cela se fige. Cela m’énerve, j’abandonne.

Vie quotidienne

 

A l’étage, une longue vitrine en plexiglas expose des balances et des masses. Parmi les  balances romaines, l’une d’elle est fort jolie avec la tête féminine qui se déplace sur le curseur il y a aussi des balances à plateau. En face d’est une série de lampes à huiles, tuyaux en céramique ou en plomb, gouttières…

Un sarcophage est décoré de délicates scènes champêtres avec des animaux et du bétail. Un riche propriétaire terrien ? Non pas, c’est le tombeau de Iulius Achilleus, superintendant des baraques des gladiateurs.

Pour qui prend le temps de lire les inscriptions, tout est personnalisé avec le nom, l’âge, l’occupation, le grade militaire du défunt. Parfois il s’agit d’esclaves.

Au deuxième étage, on traite de religions et de croyances : je photographie  les symboles paléochrétiens pour illustrer va visite aux Catacombes. L’extrémité du palier est occupée par le Culte de Mithra dont je ne connaissais rien avant la visite samedi dernier à Saint Clément. Mithra est représenté portant un couteau et une arme dans chaque main. Deux bas-reliefs montrent Mithra avec ses attributs : chien, serpent, scorpion. L’un d’eux est même peint et doré.

Préhistoire des peuplades du Latium,

Un étage entier d’une aile du cloitre est consacré à la Préhistoire. Je retrouve les urnes en forme de maison comme au Musée Etrusque.

Je suis allée au bout de ma concentration, nous sommes aux thermes de Dioclétien depuis plus de trois heures. Le billet donne droit à l’entrée dans musées de la ville de Rome, et ce, pur une semaine. Nous avions prévu de visiter dans la foulée le Palazzo Massimo qui se trouve tout à côté. Mais c’est un musée encore plus important que ce que nous venons de voir. Nous renonçons malgré les chaudes recommandations du Guide Bleu, du guide Gallimard et du Routard !

L’Avventura – Michelangelo Antonioni (DVD)

CINÉ-CLUB ITALIEN

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Un mythe célébré à la Galerie Nationale d’Art Moderne une exposition des photographies des films les plus connus d’Antonioni

Avec les photos de Monica Vitti dans l’exposition  1400 scati di Enrico Appetito . 

A sa sortie, en 1960, je n’avais pas l’âge de ce cinéma-là et si certains plans m’étaient familiers je ne l’avais jamais vu.

Fulgurance des photos, d’une beauté sidérante.

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Décalage, en revanche des mœurs : le latin lover n’est plus de mise. Ce Sandro m’est apparu bien fade et inintéressant, pas digne en tout cas de Lea Masari ou de Monica Vitti.

Beauté des décors, aussi bien cette île volcanique et déserte que le palais sicilien. Présence extraordinaire des figurants :  cette foule masculine qui entoure la star peu vêtue, personnalité marquante du pêcheur unique habitant de l’île.

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Avec le DVD, un petit livret raconte le tournage. Aussi aventureux que l’Avventura elle même. Passionnant.

 

 

Galerie d’Art Moderne

CARNET ROMAIN

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La Galerie d’Art Moderne se trouve à quelques pas de la Villa Giulia. Elle occupe un vaste bâtiment de l’Exposition Universelle de 1911 qui me fait penser – de loin – aux Petit et Grand Palais parisiens. Précédé de 4 double-colonnes soutenant un fronton orné de guirlandes.

Avant la visite nous déjeunons au Caffe delle Arti. Sur la grande terrasse au soleil, des tables sont dressées séparées par de petites haies vives, nappes et serviettes en tissu, beaux couverts. Les garçons sont très stylés, costume noir, cravate noire, tablier boutonner sur le devant. La carte est très complète : viandes et poissons, antipasti variés. Nous nous arrêtons aux primi (13/14€) segundi( hors de prix)choisissons ravioli- ricotta-épinards avec une sauce de tomates fraîches, un brin de basilic et parmesan à volonté. Pur mi des pâtes bizarres à section ronde mais tortueuses, avec des lamelles de courgettes, roquette, gamberi(mi-crevette mi-langoustine), la sauce jaune est un délice. La qualité de la cuisiine est à la hauteur du cadre et du décor.

De Chirico
De Chirico

Tris expositions temporaires à la galerie ? L’une autour du cercle en céramique, une autre célébrant Antonioni : 1400 scati di Enrico Appetito. On voit des images du Désert rouge, de l’Avventura, des dizaines de portraits de Monica Vitti, une interview de Roland Barthes, des séquences de ses films sur des écrans. Retour aux années 60. J’ai envie de revoir ces films de la meilleure époque.

La troisième exposition temporaire « contropittura de Pablo Echaurren » s’appelle aussi Le Questione Murales . Dans ces œuvre de 1977, pas de Street Art ni de fresques murales encore moins de tags, il s’agit de grands tableaux très peints, très colorés. Si l’auteur se définit « parmi les Indiens métropolitains » sa peinture reste sagement sur les toiles.

Giacometti
Giacometti

Dans les salles avoisina les expositions sont exposés des tableaux de la fin du XXème siècle qui occupent de vastes espaces. Beaucoup de monochromes : quel ennui ! De grands tableaux avec de grands motifs répétitifs, c’est à peine mieux. Quelques œuvres sortent du lot des faucilles et marteau d’Andy Warhol, le pont sur le Tibre emballé par Christo, je reconnais les rayures de Buren. Peu d’américains, surtout des Italiens, Grecs, roumains, Bulgare, et pas mal de Français. Mention spéciale à Gastone Novelli pour ses grandes toiles blanches parsemées de petits graffitis poétiques Pour la recherche d’un nouveau langage. Deux silhouettes longilignes devant une longue toile sont signées Giacometti. Un couloir sombre consacré au thème Lumière et Mouvement, réunit des œuvres des années 60 presque toutes sur le même principe de fines rayures verticales. Ce couloir conduit à la salle Duchamp/Man Ray, le célèbre urinoir, le portoir de bouteilles.

Les salles voisines renferment des collections antérieures. Le guide bleu m’avait appâtée avec un Klimt, des Courbet, Monet, divisionnisme et futurisme. Elles sont désespérément bouclées. Pourquoi ? Je ne le saurai pas.

Nous rentrons par le tram19 et le 23. Vers 15h30, nous sommes de retours à la Piazza Trilussa. Il me reste une bonne heure pour traîner autour du Campo de’Fiori, Piazza Navona. Je prends la Via Giulia, un peu le Corso. La piazza Navona est toujours aussi bondée, je découvre le Cloître de Bramante, je rentre en découvrant ici, une colonne antique, là une façade peinte. Je goûte cette flânerie. Bientôt je pourrai me repérer sans carte. J’ai mes jalons.12

Une journée particulière – Ettore Scola

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En hommage à Ettore Scola,  Arte a programmé dernièrement Une Journée Particulière que j’ai revu avec grand plaisir.

Contrairement à certains films-cultes des années 60 ou 70 dont j’avais gardé un excellent souvenir et qui ont mal supporté le temps qui passe, Une Journée particulière n’a pris aucune ride. Au contraire! A l’époque, j’avais fait beaucoup moins attention à la bande-son qui accompagnait de loin l’histoire. la grande Histoire est  encore plus présente que dans mon souvenir. Ou peut-être suis-je plus réceptive maintenant? La bande annonce italienne me paraît encore plus pertinente.

Admiration pour les deux immenses acteurs, d’une classe inouïe. Et grand bonheur de retrouver dans les archives cet interview de Sophia Loren:

 

 

Villa Giulia : musée étrusque

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Villa Giulia
Villa Giulia

Par un beau soleil nous traversons le Tibre  au pont Sisto pour trouver le 23 vers Risorgimento. Il vient de passer. Le 280 nous lâche Via Delle Milizie où passe le tram 19. La Villa Giulia se trouve à l’extrémité de la Villa Borghèse, en bas, proche du Tibre. Le Pape Jules III qui l’a fait bâtir en 1551 dans de beaux jardin pouvait y accéder en barque.

On entre par un portique en hémicycle qui relie les deux ailes ù sont exposées les collections étrusques. Une tonnelle en trompe-l’œil où s’ébattent des amours, des oiseaux et des papillons coiffe les murs peints de grottesques et de fresque en petits tableaux sur fond rouge ou jaunes à la mode antique.

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villa Giulia : tonnelle en trompe-l’oeil

Un magnifique nymphée haut de trois étages orné de sculptures dans des niches est construit dans un jardin de buis taillés de lauriers à l’ombre de pins très hauts qui étalent leurs parasols. Un petit temple reconstitué occupe un carré.

Le musée a été partiellement rénové. Dans l’aile refaite, les panneaux explicatifs sont nombreux, détaillés et illustrés, bilingues (italien/anglais). Dans l’hémicycle, les objets sont sagement rangés dans des vitrines comme à la fin du 19ème siècle, ce qui génère une certaine monotonie. Les collections sont impressionnantes par la quantité comme par la qualité. Le parti pris du rangement par provenance ou par collection est, certes parfait, pour les archéologues qui font un travail scientifique, mais il est déroutant pour les touristes. Je tente une approche chronologique, rapidement je me perds.

urnes
urnes

Les objets les plus anciens de l’âge de bronze sont des urnes assez rustiques.  Certaines en forme de vase à une seule anse avec un chapeau. D’autres imitent une cabane avec toit à deux pans, des chevrons pour tenir la toiture et une porte amovible. Les poteries sont décorées de motifs animaliers.

Dans une tombe avec tout son matériel guerrier on a pu reconstituer un petit char et des armes (680-670 av JC) .

Grec ou étrusque?
Grec ou étrusque?

La Nécropole dell’Osteria (640-630 av JC) a livré de nombreuses céramiques. La plupart sont grecques, venant de Corinthe. Des petits objets sont égyptiens. Il y a aussi de très jolis bijoux en or. Autour de 630av JC les céramiques étrusques atteignent presque la qualité des poteries grecques. On note l’extrême diversité des provenances et la permanence des échanges entre l’Etrurie et la Grèce. L’absence de lois somptuaire qui existaient alors en Grèce et à Rome explique le luxe des objets retrouvés. La plupart des vases sont corinthiens ou attiques. Les motifs sont le plus souvent mythologique. Ce musée étrusque pourrait être un musée des vases grecs !

 

Au sous-sol, deux tombes ont été reconstituées : celle de Banditaccia (Cerveteri) est la plus sobre : on entre dans un couloir entre deux banquettes puis dans une chambre où se trouvent également deux banquettes. De nombreux objets sont posés, surtout de la vaisselle.

La seconde de Tarquinia est peinte à fresques : autour du catafalque se déroule le banquet mortuaire, des cavalliers, des musiciens, des acrobates animent le banquet. Sur le registre inférieur sont peintes des vagues des poissons et des animaux marins.

Revenant au premier niveau, je suis très étonnée de trouver dans des vitrines des représentations d’organes humains reproduits à taille réelle, des seins, des utérus avec des « ovules », un abdomen avec les intestins etc…S’agit-il d’ex-voto ou de rituel de fertilité ?

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sarcophage des épou

La plus belle pièce est sans doute le sarcophage des époux allongés sur un lit comme pour un banquet, une terracotta très belle. Le mari et la femme sont complices. Elle verse du parfum sur les mains de son époux. De la tendresse se dégage dans les gestes et les regards. Ceci change bien du monde grec où hommes et femmes étaient séparés.

Après avoir vu les têtes des divinités étrusques Hercule, Menerva, Tums/Hermes, Rath/Apollon, la religion étrusque a assimilé les dieux des latins et des grecs ?

Corbeille en bronze finement ciselée
Corbeille en bronze finement ciselée

A l’étage supérieur, les bronzes sont très originaux : matériels de banquets, brûle-parfums, et surtout les « corbeilles » de bronze ciselées à couvercle portant des figurines. L’une d’elles le ciste de Ficoroni est gravée : elle raconte la victoire de Pollux sur le roi Amikos attaché à un poteau, près de lui, la déesse Athéna se tient debout. Qui est ce Pollux ? A-t-il un rapport avec les Dioscures ?

 

Haruspices
Haruspices

Les silhouettes d’haruspices ressemblent à des Giacometti. Non loin, un modèle de foie(foie de Piacenza) en céramique explique l’interprétation des viscères par les haruspices pour prédire l’avenir.

7 de Thèbes
7 de Thèbes

Le fronton du temple d’Apollon est remonté, les antéfixes sont en parfait état ainsi que les frises. Les figures des héros et des dieux sont colorés.

Nous passons ensuite, un peu blasées devant des centaines d’objets, vases ou bronzes très beaux : un  plat avec un éléphant évoque la bataille de Bénévent (275 avJC) cntre Pyrrhus qui perdit ses pachydermes.

plat éléphant
plat éléphant

D’autres frontons de sanctuaires possèdent de magnifiques antéfixes et des personnages dans l’un les Sept de Thèbes, Hercule,, Apollon et Latone.

Apollon
Apollon
Latone
Latone

Psychiko – Paul Nirvanas

LIRE POUR LA GRECE

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Les éditions Mirobole éditent ce court texte paru en 1928 sous forme de feuilleton.

Roman policier? Certes, on découvre le corps d’une inconnue, tuée à l’arme blanche dans un ravin et recouverte de pierres. On ne connaîtra qu’à la fin du roman son identité. Son assassin court. Le motif n’est pas le vol. Le journaux s’emparent de ce fait divers. Énigme autour d’un crime, mais pas de policier, ni de détective. Roman policier?

Nikos, jeune désoeuvré, héritier d’une bonne famille a abandonné ses études de médecine pour mener une vie oisive et passablement débauchée. Il imagine tirer gloire de ce crime non élucidé en se faisant passer pour le meurtrier.

« En somme,  notre héros ne vivait plus que das l’univers onirique de son crime imaginaire »

Je n’ai pas accroché tout de suite à cette histoire, qui m’a semblé désuète et mélo. Je me suis laissé prendre au ton ironique et aux références littéraires.

s’agissant de l’arrivée de Nikos en prison, ses compagnons de cellule ne le prennent pas au sérieux : « en somme, Molochanthis ne leur paraissait pas « compétent »  »  pour un criminel l’auteur note. Après l’avoir dépouillé de ses économies et de ses cigarettes, ils veulent entendre l’histoire de son  crime. L’auteur note avec humour :

« sans le savoir, ces détenus appliquaient les lois de l’hospitalité grecque antique : après avoir pris soin de leur hôte, ils l’invitaient tout doucement à leur expliquer les raisons de sa présence parmi eux »

Son arrestation, exploitée par la Presse lui rapporte la gloire escomptée, la prison devient le rendez vous des élégantes qui sont séduites par cet assassin romantique et élégant au nom de fleur Molochanthis désigne la mauve sauvage ou la guimauve. On le gâte, lui propose des livres:

« Vous me ferez un immense plaisir si vous parvenez à me dénicher le Nietzsche de Zarathoustra. J’ai lu beaucoup de titres de Zarathoustra mais son Nietzsche me semble bien supérieur aux autres oeuvre. Auriez vous également l’obligeance de me trouver des livres de Cours, Précis, Manuel et Abrégé? Ce sont mes écrivains préférés. »

Plus loin, des allusions à Oscar Wilde « chacun tue ce qu’il aime«  comble les mondaines qui se sont entichées de lui…. « ton crime, comme dirait Oscar Wilde, est une oeuvre d’art ». 

Dans la Postface, le traducteur note que l’auteur brocarde le sensasionnalisme de la presse de son temps il écrit qu« on retrouve déjà dans Psychiko la critique acerbe des médias grecs qui sera celle de Markaris ». 

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La destruction du Parthénon – Christos Chryssopoulos

16LIRE POUR LA GRECE

du parthénon

Lu juste après le Palmyre de Veyne , La destruction du Parthénon, m’évoquait les destructions du Patrimoine mondial comme celles des antiquités du musée de Mossoul ou des Bouddhas de Bâmiyan… il est parfois assez étrange qu’on pleure plus les destructions d’antiquités que les hommes, femmes et enfants sous les bombes. J’étais partie sur une mauvaise piste. 

Éliminée la piste terroriste, j’imagine un fou, mégalomane, en mal d’une célébrité monstrueuse.

« La première chose à laquelle j’ai pensé, ou plutôt non, la première chose que j’ai imaginée nettement, réellement ce sont les conséquences; Le retentissement de l’événement à la Une des journaux […..]l’acte suspendu au dessus de la ville qui se propulse en un raz-de-marée par dessus les immeubles et les avenues. […]l’acte devenu information L’acte dont tout le monde parle. L’acte devenu nôtre. Le plaisir de pouvoir se l’approprier en secret. « 

L’examen de la personnalité de l’artificier qui a miné systématiquement colonnes et structures de soutien, ne colle pas avec ce monstre en mal de publicité. C’est un jeune homme effacé, poète, un esthète qui va à la recherche de la beauté. Puisque le Parthénon en est le symbole le plus universel

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« Certains l’aiment parce qu’il est simple, léger, pur, sans fioriture. mais où sont-elles la simplicité,la légèreté, la pureté, l’élégance dans leurs vies? « 

« la beauté, c’est une affectation et une hypocrisie » répond-il.

Ce livre est à la fois une déclaration d’amour au monument et une recherche esthétique. Interrogation aussi de l’identité de la ville noyée dans la lumière orange de l’éclairage urbain, le corps de la ville. 

Le court roman, paru en Grec en 2010 ne se réfère pas tant à l’actualité immédiate qu’à un étrange appel à la destruction de l’Acropole datant de 1944 d’un cercle surréaliste Les Annonciateurs du chaos et de la Proclamation de Yorgos Makris  poète, passablement fou, qui s’est jeté de sa terrasse en 1968.

« … cercle d’amis devant qui il proclamait (non dans un esprit nihiliste mais au contraire, dans l’esprit d’un renouvellement des orientations philosophiques de l’entre-deux-guerres et relayant l’écho tardif du dadaïsme en Grèce) : « Faisons sauter le Parthénon! Son influence sur la philosophie est néfaste ».

Roman  comme un essai philosophique?

Ce roman est étrange, hétéroclite, composé de monologues de témoins divers, du coupable, d’un soldat, de proclamations, d’une liste tronquée.

« Le contenu de cette Proclamation utopique est non seulement tout à fait justifié, mais aussi prophétique, quand on pense au développement phénoménal de l’industrie touristiques et à ce qui est en train de devenir la misère idéologique ne matière de voyage et de tourisme. » 

La piste socio-économique, la place de la Grèce dans l’Europe, autre facette des réflexions que ce kaléidoscope peut suggérer et que revendique l’auteur dans cette vidéo :

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