La route de Monte dos Arneiros à Ciborro court au sommet de collines plantées de chênes-lièges, d’où on a des échappées magnifiques. Dans un petit creux on découvre un petit lac.
Ciborro est un village blanc blotti sur sa colline avec des rues très en pente. Sao Giraldo – le village suivant – a une jolie église blanche. Une très vieille dame coiffée d’un chapeau de paille passe pendant que je filme. La dame s’en rend compte, cela l’amuse : « l’église est jolie ! » commente-t-elle.
Dans la campagne, les troupeaux sont nombreux. Des panneaux annoncent « reproducteur de Limousines » puis ensuite « Charolese » . Il me semblait bien que je reconnaissais ces animaux.
Montemor-o-Novo
la ville close sur sa colline
Montemor-o-Novo parait bien urbanisé. Le château sur la colline est cerné par les murailles. Reconquis aux Maures par Afonso Henriques en 116, ses murs furent reconstruits du temps du roi Dinis. Au 13ème et au 14ème la ville était dans les murs. Les 4églises (en ruine) témoignent de 4 paroisses ; c’était donc une ville importante. Passant sous une arche, nous découvrons le couvent blanc Convento de la Salutaçao – 15ème s refait au 19ème s dont la vieille porte est surmontée d’une sphère armillaire.
les anges musiciens de Sao Tiago
La petite église Sao Tiago 12ème s fut redécorée au 16ème avec ds fresques représentant des scènes de la vie des sœurs du couvent voisin. Au dessus de l’autel, belle décoration avec des anges musicien dans une tonalité brune. Le petit centre d’interprétation y est installé. I l présente dans quelques vitrines les brodequins du roi Luis, des pièces de monnaie de la période islamique, quelques pières décorées de l’époque des Wisigoths incorporées dans la maçonnerie.
la visite se termine « librement » sur les sentiers aménagés ; je monte sur les remparts puis fait le tour de la colline sur un sentier qui longe un chantier archéologique qui a mis à jour les fondations des maisons 15ème 17ème. J’atteins l’église Sta Maria do Bispo. Les vestiges du chevet témoignent de l’importance de l’édifice. La porte a une belle décoration manuéline ; De la nef, plus rien, une olivaie l’occupe. Un peu plus loin s’élèvent les tours du Palais des Alcades : une tour ronde, une tour carrée. Du Palais du Conseil de la Ville, une seule arcade reste sur pied.
Vestige de Sa Maria do Bispo
Une étrange construction rougeâtre est présentée soit comme une citerne, soit comme un abattoir maure. Ce n’est pourtant pas pareil.
La route qui fait le tour de remparts est actuellement en travaux, la circulation est déviée sur piste de terre qui descend au rond point sud de la ville.
Le marché décoré d’azulejos est fermé quand nous passons.
Retour pour déjeuner au gîte, piscine.
Attention aux faux amis ! Frigideiria en Portugais désigne une poêle à frire ? Qui l’eût cru ?
Notre maison dans les bois se trouve sur le chemin de l’étang « lagoa » charmant, dans un creux de la forêt fréquenté par les pêcheurs et les amoureux.
Andrea Camilleri est le « père » de Montalbano dont je suis toujours avec grand plaisir les enquêtes, il a aussi écrit de romans historiques. J’avais adoré le Roi Zozimo que j’avais lu en riant aux éclats.
La Secte des Anges s’inspire d’une histoire vraie.
En 1901, A Palizzolo, une bourgade de Sicile, une étrange rumeur d’épidémie de choléra affole la population. Le prêtres partent en croisade contre l’avocat Teresi, défenseur des pauvres gens, et anticlérical notoire. Les autorités font appel aux carabiniers pour rétablir l’ordre….Pas de choléra mais plutôt une épidémie de grossesses chez les jeunes filles de bonne famille et dévotes.
Camilleri raconte avec humour et truculence sa Sicile. Aristocrates, mafia et clergé se liguent contre Teresi. Intimidation, violence, la justice a bien du mal à passer.
La narration est alerte, le rythme endiablé, avec tous les rebondissements de l’affaire. En revanche le style est alourdi par l’usage d’un « argot »(?) ou dialecte(?) étrange. Difficile de traduire les particularismes linguistiques de Camilleri! Le traducteur a fait appel à tout un corpus de mots inconnus qui entravent la compréhension. Il aurait fallu fournir le lexique. Un ou deux mots déformés ou inventés de temps en temps, passe encore, mais il y en trop!
Cela ralentit la lecture sans la gâter toutefois.
Avant les élections de 2009 de grades manifestations se déroulèrent à Téhéran et furent sauvagement réprimées par les Basidjis. Une petite troupe de manifestants poursuivis se réfugient chez Ali, un quinquagénaire puis s’en vont. Sara a oublié son portable et revient le chercher. Cherche-t-elle son téléphone ou autre chose? Elle s’attarde chez Ali qui a le double de son âge, et se trouve en partance, les affaires déjà dans des cartons. Indifférent à ce qui se déroule dans la rue il ne sort pas de chez lui et attend un permis pour rejoindre femme et enfant au Canada. Sara va manifester mais elle revient chez Ali et le séduit. Une histoire d’amour se noue. Elle avoue chercher un homme et un lit. Un ordinateur peut être aussi. Sous le pseudo de Persianstar, elle tweete, navigue sur les réseaux sociaux. Peut être est-elle une organisatrice? Elle cherche à entraîner Ali dans sa lutte. Il a déjà donné, quand il avait son âge, en 1988. Il est désabusé, casanier.
Sara étonne par son énergie et aussi par sa liberté de ton et de vie. Elle se veut libre et provocante quand elle ouvre les fenêtres en grand et toute nue crie dans la nuit « Allahou akbar! » cri de ralliement des manifestants.
Libre et provocant ce film qui comporte des scènes de sexe crues qu’on n’imaginerait pas dans un film iranien. Si la réalisatrice Sépideh Farsi est bien iranienne, le film est une collaboration Iran-France-Grèce. Elle vit en France et par ce film s’interdit un retour à Téhéran. Étonnantes aussi les images des manifestations filmées avec un téléphone portable, documents véridiques? Elles rythment un film qui serait un huis clos dans le bel appartement d’Ali.
Envie de nature après les musées. De plus, le lundi, ils sont fermés. En face de Setubal se trouve la Réserve naturelle du rio Sado. Nous espérons observer des oiseaux d’eau et même des dauphins qui sont nombreux dans l’estuaire et des croisières d’observation partent de Troia à l’extrémité de la pointe en face de Setubal.
Comme c’est à une centaine de km de Lavre, nous partons tôt. D’abord, Vendas Novas (20km) Puis 35 km jusqu’à Alcacer do Sal et 60 jusqu’à Troia. Le trajet Vendas Novas-Alcacer do Sal s’effectue sur une toute petite route qui tortille dans la campagne dont le revêtement est dégradé. On roule à petite vitesse dans la belle lumière du matin. C’est une promenade très plaisante qui traverse des rizières vert fluo où se promènent de nombreuses cigognes qui nichent de préférence sur de très hauts poteaux dans les villages. Le plus souvent, elle passe dans des collines plantées de chênes-lièges. Les troupeaux de bovins sont nombreux. Avant Cabrela trois champs de panneaux solaires sont installés selon trois orientations différentes. Je ne vois ni pylône, ni transformateur. Cela se suffit-il à soi-même ? Que devient l’électricité produite ? Cabrela est un beau village blanc où les maisons tassées sont souvent soulignées de bleu. Cette campagne déserte nous surprend : nous sommes habituées dans l’Estramadure et le Minho à un habitat beaucoup plus dense et diffus. De magnifiques portails blancs et bleus s’ouvrent sur des domaines invisibles. Le Guide Vert a l’explication : la propriété foncière dans l’Alentejo est celle des Monte : les gros domaines. Notre gîte en est un, le Monte dos Arneiros. Après Cabrela on voit surtout des pins parasols. Le mauvais revêtement des routes secondaires et la multiplication des autoroutes et des voies rapides est un sujet de perpétuel étonnement. Les autoroutes que nous avons empruntées étaient désertes. Était-ce bien nécessaire d’en construire autant ?
Alcacer do Sal : son nom vient du temps des Maures (alcazar). Nous ne voyons pas grand-chose de la petite ville.
La route longe maintenant l’estuaire. On y cultive le riz il y a même un musée du Riz près de la station balnéaire de Comporta.
l’estuaire vu du cordon dunaire
Il reste encore 30km à parcourir sur le cordon dunaire qui délimite le grand estuaire du Rio Sado – estuaire presque aussi large que celui du Tage alors que le Rio Sado est un très court fleuve. De la route on ne voit pas grand-chose. Les dunes cachent les marais. Art quelues aigrette on n’a pas d’échassier à se mettre sou la jumelle !
Rapidement, nous arrivons à Troia golfe 18 trous, resorts de luxe, petits immeubles avec grandes piscines. Tourisme haut de gamme. Route bien entretenue. Parking invisibles (souterrains), boutiques de luxe et grillages partout. Les riches n’aiment pas être dérangés !
Une barrière ferme la piste qui conduit aux ruines romaines – fermées le lundi – Puisqu’on ne peut pas y accéder en voiture, je peux peut être y aller à pied ? Je m’engage sur la piste. Malheureusement c’est loin. Un vigile très sympathique m’en dissuade : 8 ou 10 km pour ne rien voir (et le double avec le retour).
Nous sommes déçues : pas d’oiseaux, pas de marais ou si peu, pas de ruines romaines.
Troia, au bout de sa péninsule, se termine par de grands immeubles de verre et balcons décalés, Croisette chic, belles terrasses de restaurants chers. Lacoste fait des soldes mais n’affiche pas ses prix….On a juste le droit de stationner 30 minutes pour décharger, et hop ! disparition de la voiture avalée par le parking souterrain (6.4€, la journée c’est raisonnable). Plus loin un palais des conférences. Une grande affiche, à la Capitainerie explique aux plaisanciers la conduite à tenir en présence de dauphins. Pour les dauphins, deux excursions par jour. 10h15, partie. 18h15 bien tard ; (30€ par adulte).
De l’autre côté du môle, une plage de sable fin me tente ; l’eau est très claire ; je roule les jambes du pantalon pour marcher dans l’eau. Plus loin il y a une autre plage de sable très fin, très blanc. Plage de rêve. Plus loin, une flèche de sable barre l’estuaire. La marée a laissé des bâches, un peu plus loin on devine l’océan. Promenade magique.
Comporta
plage de Comporta
Parking gratuit : bondé. Plus loin, parking payant, 3€/journée en semaine 4€ le week end.
Deux restaurants de plage. Le premier est fermé. L’autre très chic. On tente le chic. Pas question de s’installer en terrasse « c’est réservé ! ». Nous abandonnons.
Une baraque vend des sandwiches et des boissons. Ils ont de confortables transats de bois bleu, des poufs bleus sous des parasols de paille effrangés.
2 hamburgers, 2 verres de vin blanc 18€ – raisonnable puisque les chaises longues sont comprises. Il fait 26° (35° à l’intérieur des terres) L’eau est à 20°, fraîche mais pas trop. Jolies petites vagues assez pour s’amuser, pas assez grandes pour m’effrayer. Je n’ai jamais vu d’eau aussi claire dans l’océan Atlantique sur une plage de sable.
J’ai découvert Erri de Luca avecMontedidio que j’ai tant aimé que nous avons pris l’avion pour Naples aux vacances suivantes. Le jour d’avant le bonheur était de la même veine. Ses livres napolitains sont mes préférés avec Acide Arc en ciel , trois nouvelles, trois visites dans les environs de Naples. Dans un autre thème Noyau d’olive m’aaussi beaucoup plu. En revanche, Et il dit… ascension du Sinaï et lecture de la Bible m’a un peu déçue.
L’histoire d’Irène est un recueil de trois nouvelles. La première, la plus longue, l’Histoire d’Irène se déroule dans une île grecque. Irène, mi sauvageonne, mi sirène, sourde-muette, mais bavarde, rejetée par les villageois est adoptée par les dauphins. Je ne sais pas pourquoi la fascination qu’exercent les mammifères marins sur nombreux humains, ne me concerne pas. Je les sais intelligents, joueurs, capable de sauver des naufragés….j’aime nager dans la Méditerranée orientale, mais je suis restée sur ma faim.
En revanche, les deux autres nouvelles m’ont beaucoup touchée.
Le ciel dans une étable se déroule en 1943, à Naples et ses environs. « Naples était sous une grêle de bombardements aériens, les Alliés avaient débarqué à Salerne, le golf était miné et les Allemands raflaient les hommes entre dix-huit et trente-trois ans ».
« Cinq jeunes gens se cachèrent dans la ferme d’un paysan » avec cinq vaches
« Cela arrive en des temps et des endroits où l’on est obligé de vivre de façon inhumaine : alors les animaux renouent un lien avec la vie »
Se joint à eux un Juif, persécuté depuis les lois raciales. Incapable de prier, il laissait le vent tourner les feuilles du livre de prière … »le vent se chargeait de prier... »
mais il faut lire la nouvelle!
Une chose très stupide raconte une journée d’hiver, à Naples chez les habitants des bassi ces taudis minuscules au niveau du trottoir : « pour lui le passage de février est un boyau dans lequel il faut ramper ».
Un peu de tiédeur, un peu de soleil, une amande qui tombe, suffisent pour infléchir le cors de la journée.
60km sur la RN114, chênes-lièges sur l’herbe jaune. Lorsque les chênes sont isolés leur silhouette se déploie comme un large parasol. Dans les bois, ils cherchent la lumière en poussant verticalement. Les branches tordues ont gardé leur écorce et sont verdies de lichens tandis que le tronc est brun ou noirci.
Le sol est jaune paille, prairies déjà sèches ou blé moissonné dont il reste les chaumes. De belles vaches brunes paissent tranquillement sans paraître incommodées par la chaleur, même au retour à 15h. Nous passons devant des nids de cigognes occupés . Les petits, semble-t-il ont déjà pris leur envol.
A mi-chemin, Montemor-o-Novo déploie ses quartiers modernes et ses supermarchés tandis que la colline est couronnée des remparts d’un château-fort.
Le trajet est agréable. Nous goûtons la nouveauté de cette campagne déserte après le Minho et le Centre du Portugal où les habitations étaient visibles en permanence et l’habitat très dense ;
Evora
Evora place de Giraldo
La ville historique est enclose dans ses remparts. Nous garons facilement la voiture dans un parking derrière le Théâtre. Il faut ensuite monter dans les ruelles pavées. Quand nous demandons la Cathédrale « Sè » , on nous fait signe vers le haut « in cima » , logique. A mi-hauteur nous découvrons la grande place de Giraldo et y trouvons l’Office de Tourisme qui nous offre un plan de la ville. La belle place est occupée par de belles terrasses de café et pastellarias sous des parasols blancs. Il y a aussi une belle fontaine. La place doit son nom à Giraldo Sempavor qui prit la ville aux Maures au 12ème siècle. A une extrémité de la place, l’immeuble imposant d’une banque, en face l’église Sao Antao grise avec deux petits clochers. La longueur de la place est bordée d’’arcades aux colonnes lourdes en granite et aux voûtes d’arcs brisés< : Ces arcades me rappellent Bologne. Elles seront très appréciables à 14h quand nous suivons la rue Jao de Dieu jusqu’au Théâtre.
Evora rue bordée d’arcades
c
De la Place Giraldo des rues blanches montent à la Cathédrale. Maisons blanches bordées de jaune à la mode andalouse, avec arcades et armoiries. Dégoulinades de verdure, bougainvillées ou citronniers portant de lourds citrons jaunes. Ferronneries légères des balcons, colonnettes. Tout est prétexte à photos, au moins au régal des yeux.
Au sommet de la colline, un jardin d’où on a une belle vue sur les environs avec un parc de sculptures contemporaines. Sculpture de marbres lisses gris ou blancs, arrondis polis. Je suis autant séduite par la matière que par la forme. J’aime beaucoup les parcs de sculptures.
Evora : temple de Diane
De m’autre côté se tient le Temple de Diane dont la colonnade se détache sur le ciel bleu. Témoignage qu’Evora, depuis l’Antiquité était une ville d’importance. A l’arrière du Temple romain les clochers de la cathédrale sont curieusement ornés de petits clochetons, seule fantaisie de cette cathédrale de granite massive et austère. Douze apôtres – ou saints – accueillent le visiteur sur le porche sans la fantaisie ou l’exubérance des monastères que nous venons de voir. A l’intérieur, la Vierge enceinte est debout au milieu d’un retable baroque très doré. Le Guide Vert vante les stalles derrière l’autel – inaccessibles. Les nombreux tableaux sont dans la pénombre. Nous sommes blasées après les visites de la semaine passée. Le cloître également est sobre et calme.
Evora : Sé cloître de granite
Le Musée d’Art sacré de la Cathédrale est une excellente surprise. Entrée high tech on scanne soi-même le code-barres du billet et la porte s’ouvre. Climatisation, éclairage, scénographie étudiés. Je m’attendais à m’ennuyer devant croix d’argent et vaisselle usée, vêtements ecclésiastiques comme dans les musées d’art sacré habituels. Il y a une jolie collection de sculptures en bios peint et doré, petites, proches, parfois émouvantes. Belles peintures également quoique beaucoup snt du 16ème et sur des sujets religieux, ce qui ne m’attire guère.
Musée d’art sacré
Le Musée d’Evora est très riche, très bien présenté. L’audio guide est gratuit (ne pas s’en priver). L’évêque Frei manuel de Cenaculo était collectionneur. Au 18ème siècle. Il légua ses collections éclectiques à la bibliothèque. Au rez de chaussée et au sous-sol sont rassemblées des sculptures, des pierres tombales d’époque romaine ou médiévale ainsi que des vitrines pré historiques.
La peinture est au 1er étage. On entre d’abord dans le cabinet de curiosités reconstitué beaux objets sont entassés comme à l’époque J’aurais aimé disposer de plus de temps. J’ai surtout aimé les Flamands et particulièrement le grand retable commandé à des peintres flamands, en 1500 pour orner le maître-autel de la Sé : 13 tableaux retraçant la vie de la Vierge à qui l’église est consacrée. Rouges éclatants, bleu-roi, vert vif des vêtements, drapés, se détachent sur un décor soigné de paysages, d’arcades ou d’intérieurs avec des objets bien dessinés. J’aurais pu rester des heures devant à examiner tous les détails.
souvenirs de liège
Comme il est l’heure de déjeuner nous cherchons une terrasse à l’ombre aérée parce qu’il fait bien chaud. La Rue du 25 octobre descend à la grande place Giraldo, de nombreuse boutiques pour touristes proposent tous les articles de lièges même des chapeaux (genre Western), des mallettes pour ordinateurs portable, portemonnaies, sacs…Un trio anime la rue avec la musique des Beatles.
Nous trouvons notre cantine idéale sur le Largo d’Alvaro Velho – petite place où débouchent des rues tranquilles. Il y fait très bon. Le menu est très touristique ‘surtout les prix) et il y a peu de choix. Bolhinos de bacalau (version portugaise) hamburgers (version internationale). Les clients parlent tous français. Ce n’est pas franchement gastronomique mais nous sommes ravies de l’emplacement tranquille et du décore que je dessine.
Quand nous sortons de table à 14h30 par une chaleur accablante. Pas question de traîner dans les rues au soleil. Heureusement, la rue est bordée d’arcades !
Autant il a été facile de trouver les salines, autant c’est une galère de trouver l’A15, autoroute d’Obidos à Santarem. Nous évitons Santarem par une rocade qui contourne les hauts immeubles puis traverse le Tage sur un pont suspendus à hauts haubans. A Santarem, le Tage est très large, c’est là que l’Infant s’est noyé raconte-ton à propos du filet sur le pilori d’Obidos.
Ribatejo
Passé le Tage, le paysage change. De grandes arroseuses qui ressemble à des ponts irriguent les champs de maïs – déjà haut – les tomates poussent en plein champ dans de vastes parcelles. Les très belles quintas ressemblent aux châteaux du Médoc. Des écriteaux balisent une route des vins rouges. L’analogie avec le Bordelais est tenace. Le Tage est aussi large que la Gironde. Nous déjeunons (fort tard) d’œufs durs, pommes de terre et prunes à l’ombre d’un bosquet aux fleurs roses en face de l’un de ces châteaux : murs blancs bordés de jaune, arrondis des murs près des porches, arabesques. Les bâtiments sont si longs qu’une photo n’a pas suffi. Je filme.
A Coruche, un pont enjambe la rivière Soraia . Plusieurs ponts métalliques rivetés se succèdent au dessus de ruisseaux et de canaux ; je reconnais des rizières dans ces champs vert fluo.
Alentejo
notre maison dans la forêt
Sur de molles collines les oliveraies se succèdent puis les chênes-liège qui ont un air de Sardaigne. Les pins sont parasols. On se croirait proche de la Méditerranée. . L’Alentejo n’a pas ce vert Atlantique qui dominait avant le passage du Tage. En quelques kilomètres, les couleurs ont changé, les prés sont jaune-paille. Chaleur lourde : on a pris 12° en moins de 100km.
Lavre – Monte dos Arneiros
Lavre est un village blanc perché sur une colline. Nous montrons au premier passant venu le voucher pour Monte dos Arneiros : « c’est à peu près à 4km sur cette route ! »
La route traverse des bois de chêne-liège tous écorcés récemment, leur tronc, encore marron, n’a pas eu le temps de noircir. Un écriteau, deux menhirs, un chemin sableux. Les maisons sont dispersées dans le bois de chênes et de pins.
La réception se trouve dans un beau bâtiment bas donnant sur une cour pavée à l’ombre de grands platanes. Les constructions blanches sont soulignées de bleu, il y a d’autres maisons, une chapelle dans la verdure, des bougainvillées, des agapanthes. De la piscine on jouit d’une vue très étendue sur l’Alentejo.
monte dos arneiros
Notre maison est à 250m plus bas, bien cachée dans les bois. C’est une maison blanche aux fenêtres carrées entourées de bleu. Le toit à deux pans dépasse les pièces d’habitations, abrite un garage ouvert des deux côtés, une terrasse sur le devant et une autre sur l’arrière. Quelle que soit l’heur, il y au toujours une terrasse à l’ombre ! Dans la plus grande, on a aménagé un barbecue en briques avec une cheminée et un plan de travail carrelé. Le grand salon a aussi une cuisine américaine dans un recoin caché par la cheminée. Fauteuils profonds, canapé, et rideaux assortis tapissés de jaune et bleu, un peu comme les tissus provençaux. Dans la chambre le lit et les fauteuils sont recouverts d’écossais à dominante jaune avec de larges bandes bleues.
De jolies lampes, un mobilier de bois foncé et lourd. Bon goût. Impression de confort donné par les larges fauteuils devant la cheminée pour l’hiver. TV écran plat, nombreuses chaînes toutes en portugais.
Lorsque nous entrons, malgré la grosse chaleur, la maison est fraîche. Des volets intérieurs, ds doubles rideaux garantissent l’isolation. Il ne faudra pas oublier de tout fermer quand nous partirons le matin en visites.
C’est parfait. Notre maison cachée dans les bois soulève notre enthousiasme !
Seul défaut de notre beau domaine de Monte dos Arneiros : il est à 4 km du village et à 20km du supermarché le plus proche. Nous repartons faire les courses à Vendas Novas. La route traverse les bois et passe devant une usine de liège. De grands tas rougeâtres en assez petits morceaux. Sans doute (le nom de l’usine le suggère) destiné à l’isolation.
Vendas Novas s’étire le long de la route dans la plaine. 3 supermarchés, une caserne d’artillerie, un musée militaire, un polygone de tir…rien de bien attirant pour les touristes.
Un vol de cigognes plane.
La soirée se déroule sur la terrasse à l’arrière de la maison .Malgré l’avertissement du patron, les moustiques sont rares. En calfeutrant la maison, en n’allumant pas la lumière on est tranquille. Visite des chauves-souris. Les étoiles s’allument. Il n’y a pas de lumière parasite. La nuit est belle.
Un peu avant 10h, nous partons de Fanhais, par Alcobaça et la route C2 qui descend vers le sud. Juste avant Rio Maior un panneau marron indique les Salines.
Les Salines de Rio Maior sont à l’extrémité sud du Parc Naturel des Montagnes d’Aire et de Candeeirosqui couvre un massif allongé Nord/sud à l’est de Leiria et d’Alcobaça. Nous l’avons traversé sans nous en apercevoir en allant à Tomar. Nous avions bien remarqué les panneaux indiquant des grottes et des promenades. Si nous avions connu l’existence de ce parc naturel nous aurions trouvé les pistes de dinosaures (pegadas de dinossauros) à Fatima en direction d’Ourem et plus au sud à Barrerinhas non loin d’Alcaned. En rentrant je regarderai si le parc a un site Internet.
Les salines de Rio Maior sont éloignées de 30km de la mer. Le sel vient du sous-sol. Un diapir(masse rocheuse de faible densité traverse les formations situées au dessus mais de plus forte densité, le sel forme comme un gros champignon remontant en surface. Le massif montagneux calcaire est un karst. Les eaux de pluie circulent dans les fissures et dissolvent le sel. Le cours d’eau salé alimente le puits. Une motopompe remonte l’eau mais on voit deux balanciers comme dans les puits turcs ou hongrois. Autour des puits, les œillets sont dallés et cimentés. Ils sont très peu profonds ; l’eau n’y excède pas 10cmet s’évapore en 6 jours. Il y donc une récolte par semaine.
ancien grenier à sel
Le sel, explique un panneau, est exploité depuis la Préhistoire. Les historiens n’ont de documents qu’en 1770. Actuellement les salines sont en exploitation, le sel est commercialisé et même exporté. Autour des bassins les greniers à sel étaient des cabanes e bios aux toits de tuiles rouges. Les auvents étaient soutenus par de grosses branches tortueuses. Bars, restaurants et commerces occupent les greniers à sel. On y vend du sel sous toutes ses formes, en sacs de 25kg, en sachets de quelques grammes, aromatisé, de toutes les couleurs, en gâteau de sel, en fromage de sel cylindrique. La boite à sel est déclinée dans toutes les formes et couleurs. Les poteries sont variées. On trouve les inévitables torchons et tabliers.
Les hommes qui travaillent à la récolte du sol sont chaussés de bottes en caoutchouc blanches, les brouettes en plastique jaune sont impeccables. Les saulniers grattent inlassablement la croûte blanche avec des pelles in inoxydable. Autrefois les outils étaient de bois : le métal est sensible à la corrosion. On ratissait avec des râteaux de bois. Même les serrures des greniers à sel étaient de bois. Le sel sèche en petite pyramides blanches sur des plateformes de bois surélevées. Les tas étincellent au soleil.
Un sentier de randonnée part des collines dans la campagne, monte à travers une pinède, arrive dans les vignes. Plus haut, sur l’arête sont posés trois moulins mais il est temps de reprendre la route.
Il faisait beau ce matin à Fanhais mais à l’approche de Nazaré une barre gris foncé venant de la mer se pose sur l’horizon. La Praia do Norte découverte du phare paraît inaccessible en voiture. Du Sitio , nous suivons la route Atlantico, belle route dans les pins doublée d’une piste cyclable qui dessert une éolienne mais ne conduit pas du tout à la plage. Retour à Sitio, on suit l’écriteau d’un Aquapark, pour le dépasser et arriver à un centre equeste. Une piste dégradée s’approche de la plage.
Plage signalée dangereuse, baignade déconseillée. La mer est grise. La barre nuageuse grise s’est installée au niveau du sol. Je marche dans un brouillard mouillant. Les vagues se brisent à grand fracas. Je n’ai vraiment pas l’intention de me baigner, même si j’ai mon maillot. D’habitude, je marche les pieds dans l’eau. Sur cette plage déserte, dans le brouillard ne n’ose même pas m’aventurer à la frange de l’eau. Je ne sais pas si la mer monte ou descend. Surtout, je suis impressionnée par le haut talus de 2 ou 3 m aux pentes presque verticales mouillées. Comment se forme ce talus ? Quand est-il il dépassé par la vague ? Résulte-t-il de la routine des marées ordinaires ou au contraire est-ce l’érosion de formidables tempêtes. Les vagues arrivent-elles d’un seul coup jusqu’à cet obstacle ou est-il franchi progressivement.
En l’absence de réponse, je marche très loin de l’eau et des vagues prédatrices dans le sable sec et c’est épuisant. En 1h30 je n’ai vu que deux joggers. Le second, intrépide est mêm allé se mouiller dans les vagues.
Pendant ce temps, Dominique a acheté des crevettes roses et des sardines bien fraîches pour un déjeuner sous la treille. Au petit marché de Sitio, on a trouvé des fraises. Menu de gala pour notre dernier jour au Moulin.
la pinède derrière le moulin
Après une après midi grise à la piscine qui ne m’a pas empêché de nager mes allers/retours interminables, je vais explorer les environs du Moulin. Il est temps, nous le quittons demain ! Le chemin sableux à l’arrière du Moulin ne se perd pas dans les taillis comme je l’imaginais. Il se poursuit très loin. Je découvre le village vu d’en haut de la dune. En bas il y a une grande ferme et un très grand jardin très vert. Le chemin s’enfonce ensuite dans les pins, puis entre les jeunes eucalyptus aux grandes feuilles bleutées. Les pins portent de petits seaux pour la résine. Je pourrais continuer cette promenade longtemps mais il est 8h, le carillon sonne ave maria avant les 8 coups. Je me suis habituée au rythme des cloche et ne conulte plus ma montre, j’attends que sonne l’heure.
Dernières photos de la fenêtre qui donne sur les arbres et le ciel de notre chambre
Dansle Garçon qui voulait dormir, les Partisans,et... Appelfeldpuise dans son expérience personnelle, sa vie errante dans les forêts de Bucovine ou d’Ukraine au cours de la Seconde Guerre mondiale. Pas plus que dans les romans précédents, il n’écrit d’autobiographie. Il s’agit de fiction. Le témoignage est celui d’un romancier qui met en scène des personnages romanesques complexes avec leur histoire propre. Depuis que je suis cet auteur je n’ai aucune impression de répétition ou de redite. Bien sûr, le décor change peu : forêt, marais et montagne mais l’histoire est différente. Richesse de l’âme humaine et de cette humanité juive, finesse de l’observateur qui ne se limite pas aux archétypes et fait surgir des personnalités.
Tsili, fillette de 12 ans, peu éveillée, est peu douée alors que ses aînés cherchent à réussir socialement par une bonne éducation et des concours. La famille n’est pas pratiquante, un vieil homme l’ initie aux rudiments de la religion puisque l’école est pour elle un échec. Alors que la menace se précise pour les Juifs en 1942, on la laisse garder la maison tandis que le reste de la famille prend la fuite .
Livrée à elle- même Tsili découvrira seule les moyens de survie. Tantôt, elle sera sauvageonne dans la forêt, tantôt, elle sera servante de paysans à qui elle cachera ses origines juives.
Dans la forêt, elle rencontre Marek homme marié qui a fuit les camps. Une vie commune s’organise dans un abri qu’il a creusé. Un jour Marek descend de leur montagne :
« L’homme n’est pas une taupe, cette position couchée est déshonorante »
Il ne remontera plus. Tsili porte un enfant de lui. La guerre prend fin et Tsili rejoint les colonnes de réfugiés qui traversent l’Europe avant d’arriver à la mer où ils embarquent vers la Palestine. La fin du roman conte leur errance. Tsili est devenue une femme.
J’aurais dû lire le livre avant d’aller voir lefilm d’Amos Gitaï qui n’est pas une adaptation du roman. Plutôt une illustration, une inspiration, comme la chorégraphie qui lui sert de prologue. Oeuvre minimaliste. Tsili est figurée d’abord comme sauvageonne puis comme errante. Amos Gitaïn’a rien retenu de la servante battue par les paysannes, ni de la mendiante, de celle qui troque des vêtements contre la nourriture. La bande sonore raconte plus que les images. Bruits de fusillades. Bruits de la forêt. Il faut également être attentif à la langue, alternance de yiddish et d’Allemand, russe aussi.