Lanzarote J2:Tinajo et Tenesar

tenesar

CANARIES 2015

canaries2015dt 003 - Copie

Lever de soleil sur les cônes volcaniques éclairés par la lumière rasante. En contre-jour, les plantes exotiques, yuccas, cactus, opuntias. Au loin, la statue de Manrique brille. Les grosses pièces de béton ne nous avaient pas spécialement plu hier soir. De loin, la silhouette d’un voilier se détache célébrant Christophe Colomb ou les conquérants de l’ile Lancelotto ou Bethancourt. Nous faisons d’abord le tour de Mozaga « notre » village : maisons blanches, volets verts, cheminées biscornues, un petit supermarché mais rien n’indique le « centre » du village.

La route principale LZ-20 traverse l’île, d’Arrecife à la côte ouest. Après Mozaga nous traversons Tao entouré de petits champs – jardins – . La surface du sol est noire, soigneusement applanie, ratissée. Ces petits rectangles sont protégés du vent par des murettes de blocs empilés sans joints, on voit à travers ou par des murs de blocs de basalte taillés et maçonnés. A l’intérieur des champs des abris sont construits avec tout et n’importe quoi : palettes de bois alignées, caisses de plastique, filets.

La LZ-20 traverse Tiagua. Des tuyaux de plastique noir irriguent goutte à goutte les cultures maraîchères : pois, fèves, pommes de terre, vigne. Cela fait vraiment plaisir de voir comme la terre est cultivée soigneusement.

Tinajo est une petite ville avec un théâtre, une grande Mairie, une place ombragée.

Nous quittons la LZ-20. Sur une petite route, je marche en direction de la mer  Comment appréhender cette île noire? comment la décrire? Saurais-je interpréter les paysages? Dépaysement total, sentiment d’étrangeté.

Les cultures sont interrompues par une épaisse coulée de lave hérissée de pics et de scories ressemblant à un champ labouré par un engin monstrueux. Rien ne pousse, ni mousse ni lichen, les rares épineux en coussins d’épines  formant des polyèdres gris sont fleuris de minuscules marguerites jaunes. Le long de la route, sur les graviers, poussent des fleurs violettes. Des arbres semblent vouloir s’accrocher aux bords de l’asphalte. Les a-t-on plantés ? Sont–ils arrivés avec les matériaux de construction ?

canaries2015dt 006 - Copie

Dominique avance avec la voiture tandis que je marche dans le vent sous un soleil radieux. Au loin, l’Atlantique est bleu profond hérissé de crêtes blanches Quelques maisons sont à flanc d’un cône lisse. Gardées par des chiens qui aboient, utiles dans un lieu si isolé, ils me font peur.

J’essaie de lire le paysage, de trouver le cratère qui a pu déverser un telle coulée. Peut être une fissure s’est-elle ouverte ?

Tenesar

canaries2015dt 004 - Copie

Sur le rivage, des maisons de ciment blanc, toutes pareilles, quelquefois un étage, le long de la rue, une banquette de ciment chaulée ayant parfois des accoudoirs, volets et porte verts, marrons ou bleus. Sur les terrasses, d’énormes réservoirs en forme de pots de fleurs  peints en gris, citernes ou châteaux d’eau individuels. Les rues sont soigneusement nommées, le nom peint en noir au pochoir. J’ ai l’impression d’un village-fantôme : rues désertes, pas un pot de fleur, ni une parabole ou une antenne. Souvent la peinture s’écaille. Un container vide en bord de mer a été peint en blanc et bleu, aménagé avec une table  bleue entourée de bancs : un abri pour les pêcheurs ? les plongeurs ? les habitants du village ?

Soudain, une voiture arrive, un homme sort, pieds nus en tongs, suivi par une vieille chienne, une femme en short paraît sur le seuil de sa maison. Le village est donc habité. La mer bat les rochers. Les vagues se brisent dans une gerbe d’écume. Le rivage rocheux parait hostile aux pêcheurs et aux plongeurs. Quant à la baignade, il ne faut pas y songer.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Nous remontons la route sur la coulée, un panneau signale une piste « Mancha Blanca – Playa las Malvas ». Elle est carrossable et mène à de petites plages très agréables où nous déjeunons en  bordure du Parc national de Timanfaya je lis  des panneaux explicatifs : la coulée provient de l’éruption de 1730-1736. Je note Euphorbia Balsamifera.

Lanzarote J1 -Orly – Arrecife – arrivée à Mozaga

CANARIES 2015

Vendredi 13 février 2015 Voyage

canaries carte

6h55 – 8h30 – Orly/ Barcelone vol Vueling

Le jour se lève sur l‘Auvergne, je reconnais le Puy de Dôme, les cratères de la Chaîne des Puys saupoudrés de neige – prélude à nos vacances volcaniques, le Sancy tout blanc. Les nuages cachent les Pyrénées.

12h05 – 14h10 – Barcelone /Arrecife

L’avion décolle à l’heure. Nous sommes très serrées aux places 15B et 15C au rang derrière les issues de secours. Sans voir le paysage. Moins d’une heure avant l’arrivée, on annonce au micro une escale technique à Malaga. Le problème est grave puisqu’on nous débarque. Un autre avion nous prendra en charge à 15h20. Le nouveau commandant de bord assure qu’il fera vite. Atterrissage :16h15.

Jürgen nous racontera plus tard que l’avion était déjà sur l’Atlantique au moment de la panne et qu’il a rebroussé chemin.

canaries 2015mp 106 - Copie

17h15, à bord d’une Panda grise, nous suivons la voiture de Jürgen, le propriétaire du gîte, qui emprunte des raccourcis pour arriver à Mozaga.

Mozaga est situé au centre de l’île de Lanzarote. Un monument géant, œuvre de Cesar Manrique domine la Casa Museo del Campesino, musée dédié au paysan de Lanzarote.

casa sandra3
Casa Sandra

 

Contrairement à toutes les maisons de Lanzarote toutes blanches, Casa Sandra, bâtie de moellons de basalte, se confond avec le paysage. Deux appartements occupent la maison ronde et plate, les vérandas orientées vers l’Ouest, protégées par des coupe-vents de verre. L’intérieur de l’appartement est simple : parquet en agglo vernis, murs lambrissés, rideaux  et nappes assortis dans les tons acides, jaune, vert, bleu. La cuisine est basique : 2 plaques électriques, un petit four à micro-ondes, une cafetière, un toaster. En revanche, pas de produits d’entretien ni d’épicerie. Il faut tout acheter.

Jürgen nous accompagne à Hiperdino, face à l’aéroport. Nous rentrons à la tombée de la nuit. La découverte de l’île sera pour demain.

PS : j’ai effacé 200 photos par mégarde, je ferai donc un usage immodéré de Google Earth pour  illustrer mes propos. La Terre vue de satellite offre parfois des clichés intéressants. Je viens d »apprendre qu’il existe des logiciels de récupération des photos effacées mais il ne fallait pas les écraser avec d’autres photos par dessus! La prochaine fois je prévoirai plusieurs cartes SD pour en changer dès qu’il y en aura une centaine et pour pouvoir garder celle des « effacées ».

 

Le Tour du monde d’un écologiste : Jean Marie Pelt

CANARIES

jmpelt

1799,C’est avec Alexander von Humboldt que les Canaries entrèrent dans l’histoire moderne – dans l’histoire naturelle mais aussi dans celle du tourisme international »

Le tour du Monde de Jean Marie Pelt débute aux îles Canaries, mystérieux Champs Elysées de l’Odyssée ou Jardin des Hespérides

«  îles perdues sur la mer Ténébreuse au large des colonnes d’Hercule….Atlantide. »

Îles d’un éternel printemps où les formations végétales multiples et diversifiées évoquent dans un microcosme la plupart des formations végétales du macrocosme. Extraordinaire biodiversité. 

Pelt fait l’inventaire des espèces présentes et débusque les mystères de leur allure bizarre:

« Une question intrique le botaniste : par quel étrange phénomène les habitants de ces milieux ont-ils adopté exactement la même allure, le port végétatif »

Il propose alors l’hypothèse hardie du « transfert d’informations génétiques par voie non sexuelle ».

Gravissant les flancs du Mont Teide, il décrit les formations végétales , espèces emblématiques comme le dragonnier dont le tronc secrète une résine rouge le sang-dragon, ou le palmier des Canaries, la vipérine mais aussi le bananier « un énorme poireau » ou les richesses de la laurasylve. Il voit dans ces îles un conservatoire des flores anciennes avant les Glaciations évoquant l’Age Tertiaire.

« Toute l’Europe, si l’on en croit les fossiles était peuplée d’une telle forêt de laurier, et ce, jusqu’à la fin de l’ère Tertiaire »

C’est en effectuant ce parcours, semble-t-il qu’Humboldt eut, pour la première fois, l’intuition de la zonation altitudinale de la végétation.

Les enfers, en revanche, dans le Ventre de la Terre, se trouvent à Lanzarote.

Après ce périple aux origines mythiques, l’auteur choisit des milieux bien particuliers : les milieux salés « Salicorne Valley » en Franche Comté  puis dans la Baie du Mont Saint Michel et en Afghanistan, étudiant les paramètres de salinité, des submersions périodiques et la micro-topographie régissant la répartition des halophiles et des séquences qui en dépendant.

Encore plus étonnants : ces sanctuaires de crocodiliens, en Guyane ou au Sahara : occasion de démonter des biotopes isolé et les chaînes alimentaires.
Enfin, il élargit son propos à la dynamique des écosystèmes, dans les forêts anglais, aux Etats Unis. » Il appartient à l’écologiste de se faire aussi historien de la nature.  » Il montre comment les diverses associations végétales s’installent et la sélection intense mise en oeuvre.
Enfin, il montre comment la Terre est fragile et comment des écosystèmes peuvent être ravagés : la désertification en région méditerranéenne, à Haïti par la déforestation, l’érosion des sols…et finalement à stérilisation de l’île de Nauru, île maudite d’être riche en phosphates.
Un tour du monde finalement très militant!

Hernani

CHALLENGE VICTOR HUGO

challenge Victor Hugo

 

Ecoutez l’histoire que voici !

Trois galants, un bandit que l’échafaud réclame,

Puis un duc, puis un roi d’un même coeur de femme

Font le siège à la fois – L’assaut donné, qui l’a?

C’est le bandit.

Bien sûr, j’avais entendu parler de la bataille d’Hernani! Un très beau billet de Claudialucia présente son récit par Théophile Gautier. Je n’avais jamais lu ni vu cette pièce . Merci encore à Claudialucia de l’avoir proposée comme lecture commune.

Cinq actes, cinq tableaux différents, cinq humeurs. On dirait du Shakespeare!

 

Don Carlos, Charles Quint jeune
Don Carlos, Charles Quint jeune

ActeI – le Roi -, Scène I, presque farce, ce troisième homme caché dans une armoire. Dona Sol a trois prétendants. Dans le cas de l’armoire, c’est plutôt « Ciel mon mari! »et l’amant caché. Victor Hugo ne se contente pas de si peu. D’ailleurs, il n’y a pas de mari, c’est l’oncle, un barbon qui est le fiancé. Il y a l’amant de cœur : Hernani et le séducteur : Don Carlos. Ce dernier n’est pas n’importe qui, c’est le Roi d’Espagne. Et la pièce va changer de registre et devenir une pièce historique (je continue à penser à Shakespeare).

 

 

Acte II – Le bandit – Hernani, le bandit défie l’autorité royale. Allusion politique ? Don Carlos croit pouvoir séduire la belle uniquement en raison de son pouvoir  »

mais que fera le roi, la belle une fois prise? – Il  la fera comtesse, et puis dame d’honneur; Puis qu’il en ait un fils, il sera roi »

Abus de pouvoir et usage de la force, Don Carlos n’a pas le beau rôle. Hernani le rebelle mérite l’amour de Dona Sol.

Acte III – le Vieillard – Don Ruy Gomez De Silva, barbon amoureux, n’est pas le personnage ridicule auquel on s’attendrait, c’est un personnage noble très chatouilleux sur le sujet de l‘honneur. On croirait du Corneille! Don Ruy et Hernani rivalisent de grandeur d’âme.

Charles Quint empereur
Charles Quint empereur

Acte IV – Le Tombeau – est celui de Charlemagne à Aix-la-Chapelle à l’occasion de l’élection de l’empereur du Saint Empire Romain Germanique. Don Carlos  devient Charles Quint et, avec cette nouvelle grandeur se métamorphose. Ce n’est plus Shakespeare, c’est carrément Verdi (anachronisme!!!) : des conjurés, des chœurs…., de la GRANDEUR!

 

 

Acte V – la Noce –  tragique, bien sûrversion Roméo et Juliette?

 

Mais le théâtre lu est toujours plus pauvre que le théâtre sur scène. Existe-t-il une version DVD visible?

 

 

 

 

 

 

Intempérie

LITTÉRATURE ESPAGNOLE 

DSCN1328 - Copie (2)

« De son trou argileux, il entendit ‘écho des voix qui ‘appelaient et essaya de localiser chacun des hommes dans les limites de l’oliveraie, comme s’il s’agissait de grillons. Beuglement pareil à des cistes calcinés. Recroquevillé en chien de fusil, son corps s’encastrait dans la cavité sans lui laisser le moindre espace pour bouger…. »

Pourquoi cette fugue éperdue de l’enfant? Une lubie de gamin, un désir d’ailleurs, ou une tragédie?

« Lui avait bien dû faire quelque chose pour mériter ses brûlures, sa faim, sa famille. « quelque chose de mal » lui rappelait son père à chaque instant »

Pourquoi l‘Alguazil s’acharne-t-il tant sur lui?

Ce roman retrace donc la fuite de l’enfant poursuivi mais aussi raconte la terre meurtrie par une terrible sécheresse. C’est d’ailleurs à cela – probablement – que fait référence le titre du livre. Terrible sécheresse :

« Sur les terres qu’ils traversaient, les traces de sillons et d’aires de battage leur parlait de désolation. Billons au lavis sur lesquels ondulait une croûte de boue cuite que seul l’âne chargé écrasait. Ancienne terres irriguées, à présent pareilles à des planches à laver le ligne parsemées de petits silex aux bords tranchants et à l’aspect cireux détaché des traîneaux à repiquer »

Car la terre  est le personnage principal de Intempérie . De l’enfant ou du chevrier nous ne saurons ni le nom, ni l’âge, ni les traits physiques. Tandis que de la terre, nous connaîtrons les odeurs, le relief, la végétation et les tristes ravages de la catastrophe. C’est le roman de la soif. Des rivières asséchées, des mares qui ont disparu, des puits où l’eau est devenue mauvaise. Des chèvres qui donnent si peu de lait et qu’il faut faire boire. Catastrophe écologique du réchauffement climatique ou manque de pluie récurrent dans  cette région d’Espagne? Roman intemporel. Seule la moto de l’alguazil permet de situer l’action aux temps modernes.  Le pastoralisme et la transhumance pourrait aussi bien venir du fond des temps.

canaries2015dt 158 - Copie

Roman de la soif. Sécheresse aussi et économie de paroles. L’enfant ne dit rien de sa fuite, ni le vieux de sa vie.Violence aussi.  . Humanité réduite aux rites funéraires. On tue pour survivre mais les hommes ont droit à une sépulture. Pudeur des gestes réduits au strict nécessaire.

J’ai dévoré ce livre dans l’avion qui me ramenait de Fuerteventura, île sèche et déserte où l’eau précieuse des campagnes est puisée grâce aux éoliennes et gardée par des levées de terres, des terrasse. Où l’eau de pluie est parcimonieusement conservée dans l’aljibe, la citerne qui se trouve dans chaque cour. Où on donnera plus volontiers un verre de vin qu’un verre d’eau au passant.

Que fait donc le mouton sur la couverture du livre? des hommes, un enfant, un âne, un chien, des chèvres, un corbeau, un rat apparaissent dans l’histoire. De mouton , nenni.

Pas Pleurer – Lydie Salvayre

LIRE POUR L’ESPAGNE 

guernica-Picasso

As-tu comprendi qui étaient les nationaux?[…]il me semble que je commence à savoir que le mot national porte en  lui le malheur.

En ce temps présent où les démons se réveillent, où on nomme « décomplexés » ceux qui brandissent les étendards nationaux où l’on ose affirmer que Dieu est avec nous, il est peut être temps de revenir à la Guerre d’Espagne, triste prélude de la conflagration générale qui a embrasé l’Europe et le monde entier.

Alors que je croyais que l’Europe était le rempart contre les nationalismes (qu’on a rebaptisé souverainisme pour ne pas effrayer) puis qu’on affirme haut et fort – décomplexé, vous dis-je, je vois l’idée européenne ne plus séduire, l’Internationalisme passer au rang de vieille lune, et les égoïsmes nationaux resurgir.  Ecouter la parole de ceux qui bientôt ne pourront plus témoigner.

La parole de Montse,  la mère, se mêlent à celles de Lydie la fille

« Ne persiste en sa mémoire que cet été 36; où la vie et l’amour la prirent à bras-le-corps; cet été où elle eut l’impression d’exister pleinement et en accord avec le monde, cet été de jeunesse totale comme eût dit Pasolini et à l’ombre duquel elle vécut peut-être le restant d ses jours… »

Ces paroles trouvent un écho, en miroir avec le récit de Bernanos :

« Tandis que le récit de ma mère sur l’expérience libertaire de 36 se lève en mon cœur je ne sais quel émerveillement, je ne sais quelle joie enfantine, le récit des atrocités décrites par Bernanos, confronté à la nuit des hommes, à leurs haines et à leurs fureurs, vient raviver mon appréhension de voir quelques salauds renouer aujourd’hui avec ces idées infectes que je pensais depuis longtemps dormantes. » 

CNT-FAI-1937

En plus de l’aspect historique, Pas pleurer est un beau roman, une histoire touchante avec des personnages variés. C’est aussi un ton original. Un style qui mêle le français et l’Espagnol de la mère. Je l’ai lu aux Canaries, entendant la musique de la langue espagnole autour de moi. Et j’ai trouvé ce mélange naturel et charmant. 

Qu’écrire de plus après les excellents billets de Claudialucia, d’Aifelle, dasola  qui, comme moi, ont aimé cet ouvrage?

 

 

la route de Beit Zera – Hubert Mingarelli

beit Zera

 

Aifelle m’a donné envie de le lire.

beit zera livre

J’ai eu envie de me perdre sur cette route de Beit Zera dont le nom me parlait,: un kibboutz près du Lac de Tibériade. Je n’ai retrouvé ni le Kibboutz ni le Lac. Aucun de mes souvenirs n’a pu  se rapprocher de l’atmosphère du livre. La forêt épaisse et mystérieuse avec ses cachettes et les pins elle-t-elle dans les parages?

Cependant, je n’ai pas regretté cette lecture. C’est une merveille de finesse et de délicatesse. Comment en rendre compte sans dévoiler son secret, sans en raconter l’intrigue et spoiler?

Un homme solitaire et plutôt silencieux, une chienne, un fils aux antipodes, un garçon arabe taiseux, un ami de longue date avec qui il partage des cuites et des souvenirs de jeunesse….

Une maison en bord de forêt, loin de toute agitation. un secret.

C’est une écriture sensible, délicate.

 

Meursault, contre-enquête – KAMEL DAOUD

LECTURE EN MIROIR/JEU LITTÉRAIRE

« je vais te résumer l’histoire avant de te la raconter ; un homme qui sait écrire tue un Arabe qui n’a même pas de nom ce jour-là – comme s’il l’avait laissé à un clou en entrant dans le décor – puis se met à expliquer que c’est la faute de Dieu qui n’existe pas et à cause de ce qu’il vient de comprendre sous le soleil et parce que le sel de la mer l’oblige à fermer les yeux »

Haroun, le narrateur explique ensuite que le livre, il le sait par cœur comme le Coran. 

Il m’a semblé donc indispensable de relire l’Etranger avant de poursuivre plus avant ma lecture de la contre-enquête. Ce fut presque une redécouverte. J’avais lu Camus pendant mes années-lycée, il y a donc bien longtemps….

J’ai poursuivi la Contre-enquête dans la foulée – lecture miroir – recherchant les images, les expressions symétriques, analogies ou opposées, comme un jeu oulipien et je me me suis régalée. 

Incipit :

« Aujourd’hui, M’ma est encore vivante.

Elle ne dit plus rien, mais elle pourrait raconter bien des choses. »

L’Arabe tué en 1942 sur la plage est son frère Moussa. Moussa/Meursault, accompagné de Larbi/L’Arabe, n’ont laissé aucune trace dans l’enquête ou le procès de Meursault, condamné pour n’avoir pas pleuré sa mère plus que pour avoir tué un Arabe anonyme qui n’a intéressé personne. tout juste deux coupures de journal que la mère de Moussa a conservé pour faire son deuil alors que le corps de la victime n’a même pas été présenté à la famille.

L’enfance du narrateur a été occupé par ce deuil et la contre-enquête, la recherche du corps, du lieu du crime, de témoins…Fuyant Alger la mère et le fils s’installent justement à Hadjout/Marengo, le village où était l’asile de la mère de Meursault.

1962, aux premiers jours de l’Indépendance, Haroun devient, comme Meursault, meurtrier. Il tue un Français, sans bien savoir pourquoi. Ce meurtre, à deux heures, comme celui de la plage, mais sous la lune, est le reflet de celui de 1942. il met un point final à la rage de la mère, à sa recherche, comme une vengeance.

 

« La mort, aux premiers jours de l’Indépendance était aussi gratuite, absurde et inattendue qu’elle l’avait été sur une plage ensoleillée de 1942″

Haroun, lui aussi, sera emprisonné. lui-aussi pour de mauvaises raisons. Pourquoi a-t-il tué après l’Indépendance et non pas avant?

Comme Meursault a eu une amie Marie, Haroun rencontre Meriem. C’est même elle qui lui fait lire l’Etranger. Comme Meursault hait les dimanches, Haroun déteste les vendredis. Comme le premier repousse le prêtre, le second fait un scandale à la mosquée….

Je pourrais poursuivre encore la chasse aux analogies, reflets ou oppositions…

«  »Cet homme, ton écrivain, semblait m’avoir volé mon jumeau, Zoudj, mon portrait et même les détails de ma vie et les souvenirs de mon interrogatoire! Je l’ai lu presque toute la nuit, mot à mot, laborieusement. C’était une plaisanterie. j’y cherchais des traces de mon frère, j’y retrouvais mon reflet, me découvrant presque sosie du meurtrier… »

Au delà du jeu littéraire, de l’exégèse de l‘Etranger , une autre lecture est intéressante : lecture politique, de la Colonisation et de l’Indépendance , du choix du français par l’auteur. Et bien sûr les implications philosophiques.

Il m’est bien difficile de dissocier Meursault la contre-enquête de l’Etranger. Peut il se lire sans l’autre?

01

 

 

 

 

Les Silences du Palais – film de Moufida Tlati (DVD)

CARNET TUNISIEN 

les silences du palais2

 

J’avais vu en salle ce film à sa sortie en 1994 et j’avis gardé un souvenir très vif.

Cherchant un CD de Anouar Brahem à la médiathèque, j’ai emprunté le DVD et l’ai visionné avec autant de plaisir .

Le Palais se trouve aux environ de Tunis, l’histoire se déroule à la fin du Protectorat, dans les années 50.

les silences du palais1

Les Silences concernent les secrets des femmes enfermées dans le palais des princes. Cuisinières ou servantes, amantes ou esclaves, ces femmes ne quittent jamais la maison ou les maîtres. Qui est le père de la jeune Allia? Sarah la petite princesse est elle son amie, sa cousine ou sa sœur. Khedija, la mère d’Allia ne trahira pas son secret et mourra d’un énième avortement sans rien expliquer à sa fille.

les silences du palais oud

Allia a cru trouver la liberté en suivant Lotfi,  le jeune instituteur, agitateur politique qui se cache dans le Palais et qui croit dans le talent de la jeune musicienne. Hélas, des années plus tard, et des avortements passés, Allia est amère. Elle aimerait garder l’enfant qu’elle porte. Lotfi ne l’épousera pas. Son talent de chanteuse ne lui apporte pas la gloire mais plutôt l’humiliation des riches qui la draguent.

 

A la mort du prince Sid Ali, Allia revisite le Palais et ses souvenirs….

 

 

 

La Nuit des Rois – à Ivry – Clément Poirée

CHALLENGE SHAKESPEARE 

la nuitdesrois

J’ai découvert la pièce à Ivry.

Des rois, je n’en ai pas trouvés. Ils sont nombreux dans les tragédies et les pièces historiques, mais ici, c’est autre chose, c’st la nuit de l’épiphanie, nuit d’hiver, nuit bien folle! Pour une comédie endiablée.

 

En Illyrie, après un naufrage, comme dans la Tempête? les jumeaux VIOLA et SEBASTIEN ont été séparés, chacun croyant l’autre disparu. Viola se travestit en homme, pour sa sécurité, et devient le page d’ORSINO. Gémellité, travesti, que de confusions réjouissantes pour une comédie!

 » Esprit si c’est ton bon plaisir, mets-moi en bonne veine de folies », dit le BOUFFON

Twelfth_Night_-_Francis_Wheatley

Folie, bouffonnerie. Le bouffon du comte, père d’OLIVIA, joue un rôle important, il joue de la musique et égaie la maison d’OLIVIA. Mais il est loin d’être le seul fou. SIR TOBIE est fou de la bouteille et son acolyte SIR ANDRE ne vaut pas mieux. Folie d’amour d’ORSINO. Folie de deuil d’OLIVIA. Folie d’orgueil de MALVOLIO.

La bouffonnerie est aussi l’oeuvre des domestiques, de MARIE qui organise la mystification de MALVOLIO pour les plus grand plaisir de tous. On est dans la farce! « En bas jaunes et en jarretières croisées! » nous a tous mis en joie. 

La mise en scène de Clément Poirée nous fait entrer dans la sarabande avec un rythme endiablé. Les scènes se succèdent sans temps mort. Le final termine la comédie entraînante. Il est servi par des acteurs épatants qui n’épargnent pas leur peine pour nous faire rire. Seul bémol, le décor est tristounet, les lits évoquent un hôpital ou un pensionnat, les couleurs sinistres. pourquoi?

lire aussi ICICHALLENGE SHAKESPEARE25