Le village de Maussane s’étire le long de la route bordée de magnifiques platanes, de belles maisons de pierre, presque. La place est occupée par des cafés sous les platanes « à la grecque ». Une belle fontaine des quatre saisons est ornée de statues classiques. Un grand lavoir est abrité. On peut aussi visiter les petits oratoires. Sous le soleil et en pleine forme nous avions prévu la promenade. Il fait gris, la motricité ne m’est pas revenue malgré les promesses de l’ostéopathe. Nous voyons cela de la voiture. Joli village mais endormi en février. Revenir au printemps !
le moulin de maître Cornille
Juste à la sortie de Maussane commence le village du Paradou indistinct de Maussane, toujours platanes et belles maisons provençales. Une grande bâtisse de ciment abrite le Musée des Santons, La petite Provence du Paradou. 400 grands santons habillésracontent la Provence de Pagnol et celle de Daudet.
la partie de cartes
C’est amusant de chercher les personnages, César, Panisse, Monsieur Brun et Escartefigue font leur partie de manille, Marius est au comptoir. Au moulin de Maitre Cornille, les ânes se pressent et on décharge la farine.
le magasin de Panisse
Aux Saintes-Marie de la Mer, les gitans campent. Comme les photos sont permises et que nous sommes les seules visiteuses, nous mitraillons, photos et films pour profiter de l’accompagnement sonore.
Ces santons forment une crèche géantes à la manière des crèches napolitaines. J’avais beaucoup aimé celle de Naples. Ici c’est moins recherché, plus naïf : Provence conventionnelle, tellement sympathique !
Travaux des champs
Fontvieille n’est pas loin. A l’entrée du village on exploite encore les carrières de beau calcaire à bâtir. En face la voie ferrée. Train touristique des Alpilles ou wagons de marchandises ? Fontvieille est très touristique en saison, tourisme de luxe, hôtels 3* , restaurants chers, Moulins à Huile…. Hors saison, c’est tristounet. Février n’est peut être pas le meilleur moment pour visiter la Provence. Sauf si on cherche la solitude. .
Pour le Moulin de Daudet nous jouons de malchance, non seulement il est fermé mais un cirque à déployé son chapiteau à ses pieds. Je l’imaginais plus dans la campagne, sans doute il l’était. Il me faut monter une colline rocailleuse et j’ai bien de la peine.
Nous tournons en voiture dans le village vieux avec ses rues tortueuses et ses maisons de belles pierres blanches construites les unes contre les autres dans le désordre. La halle reconstruite en 2004 est bien neuve, la Tour des abbés carrée a belle allure. Le Musée de Daudet est fermé. Le soleil s’est fait attendre. Impression en demi-teinte.
Soleil resplendissant. D’Arles, il suffit de suivre la route des Saintes-Marie-de-la-Mer, et tout de suite nous sommes en Camargue. Est-ce du blé en herbe ou du riz, ces jeunes pousses vert vif ?
Très vite on voit les premiers taureaux noirs aux longues cornes effilées, je pense au toucheur Ourrias, le prétendant éconduit de Mireille. Je n’ai aucune sympathie pour la corrida mais j’aime voir ces belles bêtes brouter dans leur enclos. Le Musée de la Camargue m’apprendra que ce sont des animaux de divertissement et que la corrida, sous sa forme actuelle, n’a été importée que sous Napoléon III.
Après les taureaux noirs, les chevaux blancs. C’est un souvenir d’enfant : Crin blanc. Comme j’ai pu pleurer ! Partout, on propose des balades à cheval.
chevaux camarguais
Avant d’arriver aux Saintes, sur la gauche la petite route qui conduit à Cacharel nous a été recommandée par la propriétaire du gite. Cacharel est un hameau avec des mas, un restaurant, encore des promenades à cheval. De là, nous trouvons une piste de terre « fermée par temps de pluie » qui s’enfonce dans les marais, et qui rejoint au nord le Domaine Paul Ricard sur les bords de l’étang de Vacarès.
les cavaliers s’avancent
Avec ce beau soleil, la promenade est délicieuse. Roseaux et plans d’eau de chaque côté. L’horizon est barré par le Mont Ventoux ourlé de neige qui brille au soleil. Plus près, un peu décalées, les Alpilles ont des sommets déchiquetés. Des étendues de sable, des salicornes pourpres et verts. Cinq cavaliers avancent, leurs chevaux blancs faisant jaillir des gerbes d’eau qui éclabousse. Cinq hérons sont alignés sur le bord de l’eau. Les tamaris sont squelettiques dans leur tenue hivernale. Les roseaux très hauts se balancent.
roseaux
Un peu plus loin, dans l’eau bleue, nous découvrons les flamands roses. Ils avancent la tête dans l’eau. C’est une surprise de les voir étendre leur cou ou déployer les ailes sombres. De temps en temps, une belle aigrette blanche agite son cou ; elle avale, un poisson ? un ver ? Des sternes volent assez bas. On dirait des hirondelles. Sur les canaux croisent des foulques bruyantes. J’espérais les sarcelles d’hiver. Les canards sont ailleurs. Nous n’en verrons pas. Il aurait fallu suivre les sentiers de la Réserve Ornithologique. Mes jambes douloureuses e me donnent une autonomie de quelques dizaines de mètres, pas plus. J’enrage de ne pas pouvoir marcher.
Saintes Marie de La Mer est une station balnéaire aux maisons blanches et basses, aux ronds points monumentaux avec les statues de Crin Blanc, un taureau et un gardian en statue. Mireille est aussi statufiée mais près de l’église où elle est morte. Les boutiques ont un air désuet. Elles proposent des maillots de bain, des souvenirs d’un autre temps. Un peu plus loin, après le port et la marina, la plage est aménagée. Sable fin s’étendant à l’infini. J’enrage de ne pas marcher le long de l’eau !
Saintes Marie de la Mer : église
J’ai quand même fait l’effort d’aller jusqu’à l’église situé dans le centre piétonnier, interdit à la circulation. Autour de l’église avec son clocher carré, comme un donjon, il y a une belle place dallée. Les magasins vendent des peluches musicales de Flamants roses et des chaussons taureau noir et rouge. C’est très kitsch. L’été, les cafés ont des animations musicales, je vois des profils de chanteuses de flamenco ou de danseuses andalouses sur les enseignes. Aujourd’hui c’est vide et fermé. Je me traine jusqu’à l’église. Lisant Mireille, je l’avais imaginée, plus petite. Pierres claires à l’extérieur, sombre dedans et très haute. Les reliques sont dans des vitrines. Je ne suis pas venue les voir. Je voulais simplement voir le décor de Mireille.
Au retour, nous nous arrêtons au Musée de la Camargue. Musée moderne, dans une grande halle camarguaise, une grange ou une étable ? Beaucoup de belles photos, dans les vitrines des objets variés et de belle facture, trop peut être, je ne m’y retrouve pas. Tout est un peu mélangé, c’est dommage. On a préféré des commentaires audios aux panneaux. Remplaçant les écouteurs, des cornes de bovins. C’est joli, mais pas très pratique pour prendre des notes.
Mon dos est coincé. Je serais bien incapable de visiter le Petit Palais d’Avignon comme prévu. J’ai donc lu Mireille avec grand plaisir.
« Je chante une fille de Provence. Dans les amours de sa jeunesse. A travers la Crau, vers la mer dans les blés. Humble écolier du grand Homère, je veux la suivre ; Comme c’était seulement une fille de la glèbe. En dehors de la Crau il s’en est peu parlé. »
Mireille, c’est un peu Roméo et Juliette dans le pays d’Arles. Mireille est la fille d’un riche agriculteur, le Maître, pater familias dans la tradition romaine. Vincent, d’un vannier qui va de ferme en ferme vendre ses paniers, va-nu-pieds. Amours contrariées qui ne peut que se terminer tragiquement.
Mireille est un poème épique douze chants écrits en provençal. Frédéric Mistral se réclame d’Homère mais aussi de Virgile. Proximité de la Provence avec l’Antiquité gréco-latine. Mireille a été dédié à Lamartine qui a rédigé la préface :
« Le lendemain, au soleil couchant, je vis entrer Adolphe Dumas, suivi d’un beau et modeste jeune homme vêtu avec une sobre élégance, comme l’amant de Laure quand il brossait sa tunique noire et qu’il peignait sa lisse chevelure dans les rues d’Avignon. C’était Frédéric Mistral, le jeune poète villageois destiné à devenir comme Burns, le laboureur écossais, l’Homère de la Provence. »
Burns, aussi Byron de Childe Harold. Poète romantique ?
C’est le poème du Pays d’Arles décrit précision et lyrisme. Évocation de son histoire et de ses légendes.
Chant premier : Le Mas des Micocoules , à la veillée, les laboureurs écoutent le vieil Ambroise, chanter ses exploits sur mer. Vincent éveille l’amour de Mireille avec des aventures pourtant simples, pêche aux sangsues ou courses des garçons.
Chant deuxième : La Cueillette : Au cours de la cueillette des feuilles de mûrier Vincent et Mireille se rapprochent, Vincent grimpe avec elle dans le mûrier qui se fend. Ils trouvent un nid Mireille prend les oisillons dans son corsage…
« Chantez, chantez magnanarelles, en défeuillant vos rameaux….. »
La description détaillée des travaux des champs est l’un des charmes les plus prenants de l’œuvre de Mistral.
Chant troisième : Le dépouillement des cocons l’élevage des vers à soie est une occupation féminine. C’est l’occasion de rassembler les générations, de transmettre les contes, de rêver au prince charmant, d’avouer ses amours. J’ai beaucoup aimé ce chant où le fantastique s’invite avec la sorcière Taven.
Chant quatrième : Les Prétendants : occasion de découvrir les pêcheurs de Martigue, Le berger Alari avec une merveilleuse évocation de la transhumance, les chevaux blancs de la Camargue
« Car à cette race sauvage, son élément c’est la mer. Du char de Neptune échappée sans doute. Elle est encore teinte d’écume. Et quand la mer souffle et s’assombrit, Quand des vaisseaux rompent les câbles, les étalons de Camargue hennissent de bonheur. »
Enfin, le plus terrible, le toucheur de taureaux Ourrias :
« Des bœufs, il avait la structure, et l’œil sauvage et la noirceur, et l’ai revêche, et l’âme dure »
Par lui, arrive le drame.
Chant cinquième : Le Combat où s’affrontent Vincent et Ourrias ; combat épique où le jeune vannier s’illustre contre le redoutable adversaire. La morale est sauve, dans la nuit de la Saint Médard Ourrias est englouti dans le Rhône, la barque chavirée sous le poids de l’assassin. Et encore le chant devient fantastique avec la danse des Trèves sur le Pont de Trinquetaille.
Chant sixième : la Sorcière, Taven, aux Baux, invoque les Fées, les Follets, l’Esprit Fantastique, l’Agneau noir et la chèvre d’Or. De la description agreste de la vie des paysans de la Crau, nous sommes transportés en plein merveilleux. D’ordinaire, je suis très peu sensible aux charmes du fantastique, mais je me suis laissé transporter.
Le chant septième Les Vieillards, change de registre Maître Ambroise, le vannier vient au Mas des Micocoules, demander à Maître Ramon la main de Mireille pour son fils Vincent. De retour au Mas, Mistral va nous décrire une nouvelle coutume agricole : la Moisson, le repas des moissonneurs. Il donne des détails sur leur accoutrement, leurs outils, le travail de la terre.
Chant Huitième : La Crau Mireille désespérée, va aux Saintes-Maries supplier les patronnes de la Provence de fléchir ses parents. Occasion pour le poète de chanter la terre, les lézards, les alouettes huppées, les cigales, les papillons, la chaleur accablante de l’été, mais aussi d’invoquer un Saint local saint Gent, et la coutume du ramassage des limaçons.
la moisson
Chant neuvième : l’Assemblée met en scène tous les travailleurs du mas, faucheurs, faneuses, glaneuses, bergers ou moissonneurs et bergers. Le Maître les convoque pour retrouver sa fille. Encore une occasion de mieux chanter cette Provence agricole :
« Quarante moissonneurs, quarante, Pareils à des flammes dévorantes, De son vêtement touffu, odorant, gracieux, Dépouillant la terre ; ils allaient Sur la moisson qu’ils moissonnaient, comme des loups ! [ ….]Derrière les hommes, et en longues files comme les crossettes d’une vigne, tombait la javelle avec ordre : dans leurs bras les ardentes lieuses Vite ramassaient les poignées, Et vite, pressant la gerbe D’un coup de genou, la jetaient derrière elles »
Le ton devient épique quand il convoque l’Histoire de la Provence !
« Cela ressemblait par les champs aux pavillons d’un camp de guerre : comme celui de Beaucaire, autrefois quand Simon et la Croisade française, Et le légat qui les commande, Vinrent impétueux à toue nord Egorger la Provence et le Comte Raymond »
Chant dixième : la Camargue Mireille traverse la Camargue, elle est frappée d’un coup de soleil et cde chant se termine par les visions. Mêmesi, la veille d’une excursion aux Saintes Marie, ce chapitre m’a intéressée, je ne me suis pas laissé emporter par son délire ni par le discours mystique dont je me sens très éloignée et pas attirée du tout non plus par le Chant onzième Les Saintes même si j’y apprends qui était Saint Trophime dont j’ai visité l’église et le cloître à Arles, même si l’évocation de la Tarasque est pittoresque, et même si on retrouve le roi René…
Dans le dernier et douzième chant La radieuse mort de Mireille était inévitable, comme celle de Vincent qui arrive juste à temps pour lui toucher la main.
Ce n’est pas tant le roman d’amour qui m’a touchée que l’évocation de la vie rurale dans cette région d’Arles où nous passons une semaine. Pas un village, pas un aspect de la vie Provençale qui ne soit magnifiée et si magnifiquement chantée.
On entre par des portes dans le centre de Saint Rémy mais il n’y a pas de remparts ni de muraille. Les maisons anciennes de deux étages sont collées les unes contre les autres le long d’une rue en arc de cercle. On dalle les ruelles, cela fait un bruit infernal qui gâche un peu la promenade. Les boutiques sont souvent fermées. Ce sont des boutiques de luxe. On n’aurait jamais l’idée d’y acheter quoi que ce soit. Certaines sont quand même amusantes, vintage, antiquaires, l’une d’elle vend des figurines à têtes branlantes : chiens pour la plage arrière de la voiture, c’est banal, mais aussi Reine d’Angleterre habillée de pastel, chapeautée fait un geste de la main. Même la Sainte Vierge est animée du même geste de la main.
fontaine Nostradamus
Nostradamus est un personnage de Saint Rémy. Une fontaine lui est dédiée et on passe devant sa maison.
Le Musée des Alpilles se trouve sur la charmante place Favier, au fond de la place, un brocanteur a installé des mannequins portant des costumes traditionnels provençaux, une tour et de vieilles maisons encadrent son magasin. Le Musée est installé dans l’Hôtel Mistral de Mondragon, hôtel particulier Renaissance d’une jolie pierre dorée finement sculpté.
la cour de l’hôtel renaissance
Actuellement une très belle exposition temporaire occupe le rez de chaussée et un peu les collections permanentes. Sur le thème de l’arbre. Des globes de verre comme celles qui protégeaient les bouquets de mariées, ont été remplies de compositions de branchages factices, de tronçons de bois, et de livres des auteurs des Alpilles, Frédéric Mistral, bien sûr mais aussi d’autres moins connus. Au mur, des tableaux de Gustave Fayet, des dessins et des gravures.
Figuier
Un paravent a retenu mon attention. Fait de papier translucide sur de légers cadres de bois, formant une douzaine de panneaux. Il est décoré de dessins, collages, aquarelles racontant les étapes de murissements de la figue. Le premier panneau montre le fruit à peine formé accompagné d’une citation du Cantique des Cantiques calligraphié en hébreu. Le second montre le fruit déjà formé accompagné d’un texte en arabe, tandis que le troisième est en grec, la figue mûrit. Au fil des panneaux le fruit rougit, finit par exploser tandis que les langues se mélangent.
le paravent aux figues
Sur un autre mur, dessins d’Anne Rothschild : étude d’un rameau de figuier accompagnant un herbier. Dans autre salle, les arbres sont considérés comme arbres nourriciers. Figuiers et oliviers sont présentés avec les bidons d’huile ou de l’outil pour cueillir les figues. De nombreuses sculptures de bois accompagnent l’installation. Dans les salles et dans la très jolie cour ou se trouve un bel escalier Renaissance.
A l’étage les collections permanentes sont celles d’un musée ethnographique. La mise en scène, ici encore est remarquable. Après avoir vu des tableaux représentant les paysages anciens ou la ville de Saint Rémy au cours des âges, je découvre un petit cabinet consacré à la cigale. Toutes les espèces de cigales, européennes mais aussi Africaines Américaines ou Asiatiques sont épinglées dans de magnifiques compositions. Les outils agricoles sont exposés comme dans tous les musées ethnographiques. Ils sont mis en valeur par la scénographie. Des sculptures modernes de Vincent Larige sont mêlés aux objets : longs bâtons de bois collés mélangés à des tronçons de résine incluant des objets colorés, totems provençaux ?
totems?
Les productions locales des Alpilles ne se limitent pas à l’huile d’olive et au vin. J’avais découvert les graines florales au cours du parcours Van Gogh. Les assortiments de graines sont présentés dans des tubes à essais, dans des vitrines comme autant de compositions variées. La garance graines et racines pilées donnait un beau colorant rouge. J’avais oublié la soie, le mûrier. Les chardons à cardère ont été cultivés jusqu’en 1983. Ce chardon à carder ne servait pas à carder a laine mais à la « gratter ».
Nous terminons la journée à la recherche de la Fondation Armand Panigel situé dans un moulin : la Fabrique. J’avais entendu parler du moulin. Nous ratons le carrefour et nous retrouvons à Maillane juste en face du musée Mistral. Il n’est plus temps d’y entrer. Je le regrette puisque je viens de commencer la lecture de Mireille
Nous avons découvert Glanum hier par un soleil resplendissant. Aujourd’hui le ciel est voilé. Le soleil chauffe peu.
« Il n’y a qu’à prendre le droit chemin. Voyez ! répondit la fille des champs. Vous enfilez le désert de Peyre-Male. Et vous marchez dans le val tortueux jusqu’à ce qu’un portique se montre à vos regards Avec un tombeau qui supporte Deux généraux de pierre là-haut dans les airs.
C’est ce qu’on nomme les Antiques – Grand merci ! dit le jeune homme »
Les Antiques – Mausolée de Jules et Arc de Triomphe – resplendissent.
La cité de Glanum tire son nom de la divinité gauloise Glan que les Salyens celto-ligures, vénéraient à la source sacrée d’eau guérisseuse. Glanum fut occupée depuis l’âge de fer, devint une cité hellénistique avant que les Romains à la suite de Jules César ne la romanise.
Glanum thermes natatio
La rue principale est dallée de grosses dalles plates cachant le réseau hydraulique: les égouts dans un grand collecteur, et l’eau potable dans de petites rigoles. Nous reconnaissons les thermes aux hypocaustes dans les pièces chauffées ainsi qu’une très belle piscine natatio alimentée par une fontaine en forme de masque de théâtre, la palestre était aussi de bonne taille. Un petit marché à quatre boutiques était bordé par la chapelle de la Bonne Déesse dont l’autel est curieusement orné de deux oreilles entourées d’une couronne végétale. Ces oreilles étaient censées écouter les prières des orants.
maison hellenistique : peristyle autour de l’impluvium
Dans le quartier résidentiel se trouvent des maisons hellénistiques : un péristyle entoure l’impluvium qui concentrait les eaux de pluie dans une vaste citerne rectangulaire. Les mosaïques ont été déposées. On ne reconnaitra donc pas la maison au Capricorne, nommée d’après la mosaïque. La maison des Antes possède de très belles colonnes décorées de motifs d’acanthes corinthiens. Une autre maison est la maison d’Atys, l’amant de Cybèle. J’aime toujours les rappels mythologiques.
l’eau ruisselle à Glanum
Une grande Curie possède encore de hauts murs en petit appareil, pierre locale taillée en pavés décimétriques. On arrive alors dans le Centre Monumental de Glanum avec son vaste Forum, un peu trop dégagé peut être revêtu de gravillons fins qui détonnent un peu. Sous le forum romain se trouvait un très grand puits à dromos, une entrée de gradins taillés formant un bel escalier qui coude et entre dans le puits d’une eau claire et vert émeraude. C’est assez étrange de penser que ce beau puits a été comblé par les remblais du Forum et que la ville romaine n’en profitait pas.
Fronton d’un des temples jumeaux au culte de la famille impériale
La présence de l’eau qui ruisselle sous les dalles égaie la visite. On passe devant les temples jumeaux qui ont empiété sur le bouleutérion hellénistique. Le culte de l’empereur éclipse les sanctuaires salyens. Il y avait une fontaine monumentale. Passées les portes de la ville, on découvre la source sacrée couverte d’arcades. Un escalier descend tout droit du rocher où étaient aussi associées des divinités rupestres. Contigu à la source, le sanctuaire de Valetudo, déesse romaine de la santé et à proximité un temple d’Hercule. Des soldats ont consacré 6 stèles remerciant Hercule de leur retour d’expéditions militaires ;
source sacrée
La visite de sites antique est pour nous comme un jeu de piste. Nous savons maintenant reconnaître les structures principales des thermes, des villas, des monuments habituels. Nous pouvons consacrer plus d’attention aux mythes, aux détails de la vie quotidienne, aux adductions d’eau….
Puisque tout est fermé à Saint Rémy le lundi nous déjeunons devant le site de Glanum sur des tables à pique-nique en bois et retraversons les Alpilles vers les Baux de Provence. De loin on devine la silhouette du château se détachant sur les crêtes calcaires ruiniformes. De magnifiques mas exploitant les oliveraies et les vignes se trouvent dans la petite vallée. Certains sont de luxueux hôtels ou chambres d’hôtes pour les touristes.
Le parking est payant (5€) et bien aménagé. En février nous n’avons aucun mal à garer la voiture. On monte tout en haut pour découvrir une carrière de pierres, avec des excavations mais aussi les dissolutions dans le calcaire faisant comme de la dentelle de pierre, les trous et fenêtres naturelles. Nous n’aurions pas dû monter si haut, le village est à mi-pente. On u entre par une maison détruite qui montre une magnifique cheminée encore accrochée au mur. Les rues étroites et pentues sont bordées de magasins de souvenirs, de bons goût, pittoresques mais un peu trop à la manière du Mont Saint Michel ou de Concarneau….dans le genre provençal. Restaurants, galeries, sont le plus souvent fermés.
le village des Baux vu du château
Dans le bel hôtel qui abrite la Mairie, un peintre illustrateur expose des dessins et des textes d’un livre pour enfants racontant une histoire de petit berger et d’étoiles. Influence de Van Gogh, et des rois mage.
En face, dans un jardin (une maison détruite dont on devine les fondations), un photographe, José Nicolas expose des photos du Noël provençal aux Baux où les villageois sont costumés, en Mireille, Arlésienne, ou en petits bergers. De véritables moutons assistent à la cérémonie, l’un d’eux traine un petit char en bois décoré. Ma préférence va aux petits bergers.
Le château des Baux
Le château des Baux, au 1er plan engins de guerre
L’ audio-guide rend la visite des ruines plus vivantes et plus intéressantes. Du château, il ne reste que des ruines. Sur l’éperon rocheux recouvert d’une dalle calcaire, des machines de guerre pour meublent le plateau vide: ce n’est pas très joli et un peu artificiel, puisque leur place n’est pas intra-muros, mais cela doit plaire aux petits garçons : catapultes, couillard (à cause de sa forme), bricole (défensive, actionnée par des femmes) trébuchet ne retiennent guère mon attention. La place des Baux fut assiégée par les soldats de Louis XII, pendant les Guerres de Religion le village étant protestant.
Un moulin (1652) profitait des vents qui n’étaient arrêtés par aucun obstacle.
Un plan incliné dallé fut construit au 19ème siècle jouant le rôle d’un impluvium : sur le rocher des Baux il n’y a ni puits ni source. L’eau ne pouvait provenir que du ruisseau dans le vallon, remontée dans le meilleur des cas à dos d’âne. Il importait donc de récupérer par tous les moyens l’eau de pluie. Le massif des Alpilles reçoit une pluviométrie assez importante quoique les pluies soient assez espacées dans le temps. Des rigoles la conduisaient à des citernes. Sur les falaises on remarque également des sortes de gouttières.
les Baux : pigeonnier
Le site fortifié est gardé par plusieurs tours posées sur les rochers. La Tour Sarrasine doit son nom aux razzias des Sarrasins. A sa base, la seconde Basse Cour était habitée dans des maisons semi-troglodytes construites sur des restes de carrières de l’âge de pierre. Je remarque aussi des pigeonniers dont les alvéoles sont creusées directement dans le rocher. L’ascension à la tour Sarrasine est assez difficile car les hautes marches ont été dégradées par l’érosion avec une rigole centrale. Je remarque dans la roche des fossiles d’huitres, un peu plus loin, ce sera une accumulation de pectens.
château des Baux
Le donjon, lui aussi, est creusé dans le rocher. Il avait quatre niveaux. Je n’ai pas eu le courage de visiter les salles basses sous le château.
En face du rocher des Baux le vallon a été nommé le Val d’enfer par référence à l’Enfer de Dante avec les ouvertures béantes des carrières.
la vallée creuses de carrières: dantesque!
C’est dans le Val d’enfer que la sorcière de Mireille, la Taven, guérit Vincent invoquant l’agneau noir, la chèvre d’Or et les Fées.
Nous terminons la visite des Baux par une promenade dans le village. Le Musée Yves Brayer ne ré-ouvrira que le 7 mars mais on peut voir une grande fresque du peintre sur tout l’intérieur de la Chapelle des Pénitents. Jaune et bleu, ocres, grandes figures, asse fruste, je ne suis pas convaincue.
Dans l’église, en revanche ce sont les vitraux modernes colorés que j’ai aimés, surtout le petit tondeur d’agneaux.
Le Petit Musée des Santons est ouvert, grands santons habillés ou petits santons peints sont dans des vitrines ; il y a aussi de grands santons napolitains anciens qui surclassent les provençaux.
Enfin, on s’installe à la terrasse du Relais de la Porte d’Eyguières sous des arbres défeuillés sur des tables rondes installés sur la place pavée bordée par un parapet qui donne sur la vallée.
Nos premières photos seront celles des arbres en fleurs– cerisiers ou amandiers – avec les bouquets roses sur un ciel bleu franc.
La route traverse les Alpilles . Les crêtes déchiquetées des montagnes ont un écrin d’oliviers et de vignes. Chaque arbre en fleurs est prétexte à un arrêt. La route fait des épingles à cheveux. Les sommets culminent à moins de 500m (485m au sommet) et en moyenne 300m mais on se croirait en montagne. Des randonneurs équipés de bâtons de montagne grimpent sur le sentier de randonnée.
« Cette vallée est d’un aspect à la fois grec et romain : c’est un cirque comme celui d’Arles dont les monticules dégradés des Alpines sont les gradins. Le ciel azuré du Midi est coupé crûment par ces rochers… »
Les Antiques de Glanum étincellent sous le ciel bleu. Le Mausolée de Jules, ressemble à une pâtisserie de sucre blanc, genre de pièce-montée de mariage : un socle décoré de bas reliefs porte une sorte d’arc de triomphe carré encadré par des colonnes aux chapiteaux corinthiens, au dessus une tholos circulaire aux colonnes encadrant des personnages et coiffée d’un curieux cône ressemblant à un chapeau. Les scènes des bas-reliefs montrent des batailles, des cavaliers, je pense aux exploits de César puisque c’est le Mausolée de Jules. Les panneaux expliquent que sur une face Ménélas protégeant le corps de Patrocle et une chasse au sanglier de Méléagre sur une autre tandis que les armées de César ornent les dernières. Des guirlandes sont portées par des amours tandis que des têtes grimaçantes évoquent des diables, ou des masques de théâtre peut être des têtes de vaincus.
L’arc de triomphe de Glanum est décoré à l’intérieur de caissons à motifs floraux très délicats. Une bande de végétaux, feuilles de chênes, grappes de vignes, borde l’arrondi de l’arche.
Malheureusement le site de Glanum est fermé le lundi. Il faudra revenir.
Un sentier conduit au Cloitre de Saint Paul de Mausole ou Van Gogh a été interné. Des reproductions des tableaux de Van Gogh sur des panneaux de céramiques sont présentés sur le site où ils ont été peints. Van Gogh pouvait sortir de l’hôpital accompagné d’un gardien, il peignait donc dans les environs de Saint Paul. Les oliviers et la Montagne aux deux trous sont tout à fait à leur place, les oliviers ne sont peut être pas les mêmes mais la Montagne aux deux trous sont bien là ! Comme les oliviers (ciel jaune et soleil resplendissant) Un tableau montrel’asile de Saint Paul et les iris poussaient près de l’asile. Une allée conduit à l’établissement, les végétaux sont étiquetés, des fleurs roses sur de grosse feuilles arrondies vernissées égaient la végétation encore hivernale.
Le cloître est assez petit. Les arcades de fines colonnettes jumelles sont surmontées par les chambres des pensionnaires. Les murs de pierre blanche lisse sont recouverts en saison de vigne vierge et de rosiers grimpants. Des persiennes de bois gris bleu fané donnent un peu de couleur.
Les massifs du jardin, pensées, sont encadrés de basses rangées de buis.
Le buste de Van Gogh sculpté par Zadkine a été volé mais un bronze a été offert par un bienfaiteur américain.
chambre de Van Gogh
A l’étage la chambre de Vincent Van Gogh a été reconstituée, les murs gris vert, son lit de fer, les chaises de paille, un pupitre de bois, la sacoche de cuir qui ressemble à celle d’un artisan-plombier ou électricien. Sur le chevalet on a mis une reproduction. Les fenêtres sont gardées par d’épais barreaux mais la vue est merveilleuse sur les jardins de l’hôpital, ceux du voisinage et à l’horizon, le Ventoux est enneigé.
Dans la chambre voisine on a exposé de nombreux documents et explications sur la psychiatrie au 19ème siècle, ses méthodes, ses remèdes et sur les symptômes et les traitements de Van Gogh. Vincent était-il fou ?
Certes, et le médecin, la mère supérieure étaient éclairés. Tout en appliquant les traitements de l’époque ils lui ont permis de peindre et même de peindre à l’extérieur. On peut s’interroger sur les traitements qui lui auraient été appliqués à notre époque. Cette visite n’est pas spécialement gaie. Elle me donne envie de lire les lettres que Vincent a adressé à son frère Théo.
A l’arrière du cloitre se trouve un beau jardin, presque un champ six rangs de lavande, un grand rectangle d’iris. Trois arbres à kakis (Diospyros kaki) défeuillés étendent leur squelette. De l’autre côté d’un grand mur de pierres sèches des cyprès se détachent. Un petit cabanon de pierre s’adosse au mur sous l’ombre d’un grand néflier.
Si le cloître et la chambre de Van Gogh sont ouverts aux touristes, l’établissement n’a pas perdu sa vocation première : une association Valetudino pratique la thérapie basée sur la pratique artistique : des œuvres des patients sont proposés à la vente à la billetterie et certaines sont de bonne facture.
Le docteur Schweitzer fut interné là, non pas comme patient ou médecin, mais comme prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, du fait de sa nationalité allemande, natif d’Alsace.
cabestan
A proximité du cloitre le grand cabestan est un témoin de l’activité des carrières. Depuis l’Age de fer, le calcaire molassique miocène de Saint Rémy fut exploité, à ciel ouvert d’abord au Mas de la Pyramide, puis dans les temps hellénistiques on utilisait l’escoude et romains, la pioche. Au 17ème et au 18ème siècle, l’extraction se fit souterraine. Le cabestan montre comment on remontait les blocs. Les termes des carriers sont amusants : la poulie mobile était le « singe » tandis que l’axe reposait sur une crapaudière.
La suite du parcours de Van Gogh continue en bordure d’agglomération sur le chemin des carrières. Les tableaux ne correspondent pas forcément au paysage actuel. Saint Rémy s’est étendue et l’urbanisation a gagné les champs de blé ou de fleurs dont on récoltait les graines pour la graineterie. Les tableaux montrent des paysans, dans la Sieste et le Paysan Bechaut illustrant la sympathie du peintre pour les paysans et les ouvriers. Van Gogh était un admirateur de l’œuvre de Zola
On croise la Via Domitia. Dans la région il y avait aussi la via Aurelia plus proche de la côte e direction d’Arles que nous avons vue hier.
Le parcours me mène en centre ville. Le lundi hors saison, toutes les boutiques sont fermées et c’est un peu triste. Le cœur de Saint Rémy est piétonnier, ville close dans laquelle on pénètre par des arches interdisant la circulation automobile. La place de la mairie est très sympathique avec ses platanes, le bel Hôtel de Ville en pierre claires et le clocher de l’église dépassant des toits.
L’abbaye de Montmajour se détache de profil sur la colline et se voit de loin, une tour carrée très haute, un bâtiment classique délabré dont il ne reste qu’une façade et le complexe abbatial roman ramassé à flanc de rocher. La billetterie donne sur la crypte, presque troglodyte aux voûtes en berceau romanes d’une grande simplicité et d’une grande pureté.
Montmajour : crypte
Une exposition contemporaine de Frank Pourcel a pour titre Ulysse, des constellations sont tracées sur des tissus noirs suspendus, très sobres aussi, constellation des murs, constellation des corps (entre autres) – je suis toujours sceptique sur ce genre d’installations contemporaines dans des lieux prestigieux qui profitent de l’architecture ancienne pour exposer tout et n’importe quoi – hier à Villeneuve c’était le comble de la vacuité.
Un plan incliné conduit à la nef de l’abbatiale (1153) de style provençal roman qui surprend par les volumes et la lumière. Ici aussi, sobriété et pureté. Toutefois, il n’en a pas toujours été ainsi : l’église était autrefois très décorée. Blanche et dénudée, elle est très belle.
Abbatiale
Ici je découvre la suite des constellations de Pourcel : des photos grand format, en noir et blanc, sur le thème d’Ithaque et d’Ulysse. Je ne reconnais pas Ithaque mais j’aime beaucoup ces corps à demi plongés dans l’eau. Dans les salles suivantes, suite de l’expo-photo grands formats en couleur. Pas de légende, il faut deviner, ce sont toutes des photos prises autour de la méditerranée, Turquie, Grèce, Egypte ou Tunisie, Italie aussi… dans la sacristie, la constellation des murs avec le mur pris à Ramallah, des images de Bosnie. Je commence à comprendre ; les constellations font sens et j’apprécie beaucoup l’exposition. Arrivées dans un très beau cloitre avec des chapiteaux romans sur de fines colonnettes qui me rappellent Saint Trophime visitée cet après midi, la dame bat le rappel
–» Si vous voulez monter à la Tour c’est maintenant, après ce sera trop tard ! »
J’abandonne les chapiteaux à regret pour monter à l’assaut des 125 marches de la tour carrée. L’abbaye a été fortifiée pendant la Guerre de Cent ans. Il y a une belle vue sur les Alpilles.
Nous rentrons par la route de Fontvieille et du Paradou. Une flèche signale un aqueduc romain, nous le suivons. Les ruines se tiennent dans des olivaies, un sentier permet de les suivre. En haut de la colline les arches et la maçonnerie disparaît le rocher est entaillé en une fente large d’1.50m environ. Là, je trouve la Meunerie de Barbagal dont nous avons vu la maquette : meunerie hydraulique sur huit niveaux avec deux meules par étage. La première fois que j’avais vu une telle installation c’était en Galice pour des moulins à foulons, ainsi qu’en Macédoine à Edesse.
aqueduc conduisant à la meunerie
Ici, on moulait le blé de la Crau. Heureusement que nous avons vu la maquette parce que sur place voit plus rien, que des cailloux sur une pente très forte et quelques buissons. Je suis néanmoins ravie de cette découverte.
Le ciel est très menaçant. La visite d’Arles se fait à la va-vite.
Le GPS nous conduit facilement place Constantin, à proximité des thermes de Constantin proches du Rhône. Malheureusement impossible de garer la voiture. La visite est brève : si de l’extérieur les thermes ont une façade bien préservée de brique et pierre avec une jolie coupole, à l’intérieur, il ne reste plus grand-chose : une salle avec des hypocaustes de brique comme d’habitude mais des parements de marbres il ne reste plus rien. Nous avons déjà vu d’autres thermes romains plus spectaculaires.
L’Amphithéâtre avec ses hautes arches d’une belle pierre blanche est très bien conservé. Des courses de taureaux et peut être d’autres spectacles s’y déroulent. Je ne trouve pas l’entrée (et ne fais que peu d’efforts, la pluie s’abattant brusquement) les gradins métalliques et la scène moderne ne me tentent pas.
il pleut sur Arles
Le Théâtre à proximité est d’accès plus facile. Deux très belles colonnes de belle brèche colorée surmontées de chapiteaux corinthiens, dominent la scène. Les gradins de pierres sont intacts. Il jouxte un parc. Sous le soleil, ce serait un endroit très agréable ; mais il pleut !
le porche de Saint Trophime
Le cloître Saint Trophime me procure un abri ! Malheureusement il est en rénovation et des palissades de tôle ondulée gâchent l’ensemble. Ce qui n’empêche pas de s’attacher aux détails des chapiteaux historiés.
cloitre de saint Trophime
Une grande salle est ornée de tapisseries de très grande taille et de bonne facture sur le thème de la Jérusalem délivrée du Tasse. L’une d’elle montre la blessure de Godefroi de Bouillon, une autre Tancrède au combat. Je retrouverai la suite de la série dans la grande église Saint Trophime voisine dont le porche est tout à fait curieux
Réveil sous la pluie, allons donc à Arles nous abriter au Musée !
La route traverse la Crau, élevages de taureaux, centres équestres, chevaux camarguais blancs, hautes haies de thuyas ou cyprès. A l’entrée d’Arles, les arches d’un aqueduc.
Devant l’Office de tourisme, le manège à l’ancienne a placé un taureau noir à la place d’une monture classique. Des Arlésiennes décorent les peintures naïves.
On est accueilli par le lion d’Arles sous une citation de Mistral :
« Arles, ville du lion tu es assise au bord du Rhône comme une vénérée majestueuse reine à l’ombre de ta gloire et de tes monuments »
Le Lion d’Arles évoqué par Frédéric Mistral
« Rome à neuf l’avait vêtue. En pierres blanches bien bâties. De Grandes arènes, elle avait mis à ton front. Les cent vingt portes ! Tu avais ton Cirque : tu avais Princesse d’empire, Pour distraire tes caprices. Les pompeux Aqueducs, le Théâtre et l’Hippodrome… » Mireille – Frédéric Mistral
Le Musée Archéologique n’est pas en centre-ville comme nous le pensions mais le long du fleuve, près du cirque antique. Le bâtiment moderne bleu et verre n’est pas très élégant mais il est admirablement bien intégré au site. Du dehors on peut deviner les pièces exposées et de l’intérieur on sent le Rhône qui roule des eaux boueuses.
Arles est habitée depuis les temps les plus anciens. Une salle montre les sites de La Protohistoire – Âge du Fer de 700 à 50 av.JC – s’achevant avec la conquête romaine. Des stèles – les cippes – sont gravées de cavaliers. Ces cippes étaient des stèles supports pour un objet votif.
Arelate, ville romaine construite sur les deux rives du Rhône
Cité romaine – Arelate – fut fondée en 46 av. JC. Est présentée par une maquette avec les monuments tels qu’ils étaient à l’Antiquité de part et d’autre du fleuve. Un pont de bateaux reliait les deux rives. C’était un pont permanent comme le témoignait les premières arches de pierre surmontées d’un arc.
Deux très belles maquettes font revivre le forum assis sur des galeries à moitié souterraines en arcades pour égaliser le terrain. J’avais découvert ce procédé à Thessalonique. Le théâtre, l’amphithéâtre et le cirque où se déroulaient les courses de char sont très bien modélisées. Dans l’amphithéâtre un village fut logé jusqu’au dégagement des ruines en 1826. Autour de ces maquettes la salle est dédiée aux arts du spectacle, les statues qui décoraient le théâtre sont exposées, les stèles de la scène, les frises, les acrotères sous forme de masques de théâtre grimaçants.
Le village logé dans l’amphithéâtre
De nombreuses statues nous montrent les romains tels qu’ils vivaient à Arles. La célèbre tête de César retrouvé il y a peu dans la boue du fleuve, un énorme Auguste défiguré par les perforations des vers aquatiques
le chaland romain de 31m retrouvé dans le fleuve avec son chargement
Toute une aile du musée est dédiée au chaland Arles-Rhône3 – bateau plat de 31m de long retrouvé intact avec son chargement : des pierres de construction, son mât, sa rame gouvernail et même la cuisine installée à la poupe. Péniche ou pirogue, il pouvait remonter le fleuve à la voile si le vent soufflait du sud. Sinon, il était tiré par des hommes, des esclaves. L’état de conservation du chaland est stupéfiant. Étonnante aussi la taille de l’embarcation. Les vitrines autour du bateau montrent qu’Arles était un port de négoce des métaux : des barres de fer, des lingots de plomb, de cuivre et d’étain ont été retrouvés dans les sédiments en plus des innombrables amphores.
Une vidéo d’une trentaine de minutes retrace les fouilles archéologiques du fleuve et les traitements ultérieurs que l’épave a subis. Elle était enfouie sous 3 ou 4 m de sédiments sable, argile et de débris très abondants, céramiques et autres. Pour l’extraire on a été forcé de la scier en tronçons de 3 ou 4m en utilisant un berceau métallique. Préservé pendant des millénaires de l’oxydation il a dû être manipulé avec le plus grand soin pour ne pas se dessécher et l’eau a été remplacée par du polyéthylèn-glycol à Grenoble . 4Une carte du monde antique romain, permet d’imaginer les échanges commerciaux maritimes ou fluviaux.
D’autres vitrines présentent la vie des travailleurs du port : les emballeurs, les dockers saccarii(porteurs de sacs) ou phalangarii (porteurs d’amphores). Des bas-reliefs, des figurines les montrent au travail.
Tous les aspects de la vie quotidienne à Arles sont abordés. Une vitrine rassemble les navettes et divers accessoires des tisserands. D’autres présentent les outils du médecin, les produits de beauté.
Une maquette reconstitue la meunerie hydraulique de Barbegal près de Fontvieille. : 16 meules meunières installées sur 8 niveaux, actionnées par l’eau.
Une visite guidée est consacrée à la gastronomie romaine autour des vitrines de la vaisselle : céramique et verre…j’entends citer la dorade aux coings, illustrant les mélanges salé-sucré.
sarcophage sculpté : chasse au sanglier
Les sarcophages très finement sculptés racontent des scènes de chasse, des courses de chevaux, des thèmes classiques ou mythologiques comme Phèdre et Hippolyte, ou plus tard des histoires chrétiennes, une nativité, des apôtres et évangélistes….
mosaïque du Temps
Quelques mosaïques sont assez belles : l’enlèvement d’Europe, une autre autour d’un personnage représentant le temps assis à côté d’une sorte de roue décorée par les signes du zodiaque est entouré de scènes représentant les âges de la vie.
Deux expositions temporaires sur le thème du chaland avec des panneaux et une expo-photo des paysages du Rhône pourraient être visitées. Nous sommes restées plus de deux heures et sommes saturées. Le soleil brille, des tables pique-nique sur les bords du Rhône nous invitent à manger notre salade de pommes de terre-thon-anchois-olives !