Don Salvatore – chapelain de Malte – MONSARRAT

LIRE POUR MALTE

Catacombes, abri anti-aérien à Rabat

Les lectures en relation avec Malte sont peu nombreuses. La Religion de Tim Willocks raconte le Grand Siège de 1565J’ai beaucoup aimé Malta Hanina de Daniel Rondeau. J’ai attendu un moment qu’arrive, par la Poste,  Don Salvatore, livre d’occasion que j’ai déniché un peu par hasard,  » achevé d’imprimé en 1974  » ce n’est pas une nouveauté. Je n’avais pas prévu qu’il serait un pavé de 425 grandes pages imprimées en petits caractères.

Don Salvatore est le curé des maltais réfugiés dans les catacombes de 1940 à 1942 sous les bombardements italiens puis allemands alors qu’un blocus affamait l’île de Malte. L’auteur , Nicholas Montsarrat , est un journaliste anglais, (1910- 1979) diplomate , romancier ayant écrit des livres sur la mer.

Je suis entrée avec peu d’enthousiasme dans ce livre de guerre, n’ayant que peu de goût pour les curés vertueux et exemplaires, les héros virils, aviateurs et marins, et un certain recul vis à vis des serviteurs de l’Empire britannique. Quoique, je suis fan de Durrell et  Fermor!

Et  je me suis laissée entraîner pour le plaisir de vivre Malte de l’intérieur. L’auteur nous conduit dans les ruelles de La Valette, au Palazzo Santo-Nobile où est né le héros, dans les 3 cités autour du Grand Port, à Sliema, dans la demeure bourgeoise de la famille de sa sœur et même à Gozo et Mdina. J’ai visité à Rabat des abris anti-aériens et j’ai eu plaisir à peupler de personnages ces catacombes.

L’histoire met en scène tous les acteurs de la société maltaise, aussi bien les aristocrates de la famille de Don Salvatore que le petit peuple, réfugié dans les catacombes ou pêcheurs, passeurs dans le port, conducteurs de qarrozzin, épiciers et contrebandiers actifs dans le marché noir, marins et aviateurs et même des traîtres, fidèles à l’Italie et à Mussolini comme le mari de la sœur du chapelain. Sous l’enfer des bombardement qui détruisent les maisons et les vaisseaux  du port, on assiste à des scènes tragiques,  souvent cocasses.

Don Salvatore, pour remonter le moral du peuple des  Catacombes, ne prêche pas l’Histoire Sainte, ne parle ni de l’enfer (ils le vivent suffisamment) ni même du paradis. Il raconte l’histoire de Malte:

« FAISONS à présent l’éloge des hommes illustres, commença-t-il dès qu’il eut fini ses brèves prières, et que fut venu le moment accoutumé à l’homélie… »

et en six « hexameron » Don Salvatore raconte les Phéniciens et Carthage, le passage de saint Paul à Malte, l’arrivée des Normands avec le comte Roger, le Grand Siège de 1565, Bonaparte et Nelson, comment Malte est devenue britannique …. occasion pour le lecteur d’apprendre l’histoire maltaise facile et distrayante. 

C’est donc une lecture que je recommanderais à chaque touriste en partance pour La Valette. Lecture édifiante? Peut être,  le chapelain a aussi ses doutes. Et puis Malte, c’est cela : fortifications et églises. Une histoire d’amour   allège les récits plombants des bombardements.

La Valette (3) tour des remparts et Palais du Grand Maître

CARNET MALTAIS

le Grand Port : en face le Fort San Angelo de Birgu

Fin des vacances pour les écoliers maltais. Nous partons tôt pour trouver une place de parking à La Valette. Un peu avant Pembroke, le trafic est au pas jusqu’à San Giljan. Il se fluidifie après Tas-Sliema. Il me vient à l’idée que bureaux, commerces et écoles se trouvent là et non pas dans le Centre de la Valette. Tous ces immeubles ne seraient pas destinés au tourisme !

Nous allons au Port où accostent les navires de Croisière, il y en a deux ce matin. D’un côté les vieux entrepôts ou magasins d’un port de commerce, de l’autre une criée fermée mais encore carrelée. La rue grimpe jusqu’au fort Saint Elmo, où Dominique trouve une place à la limite de l’arrêt des karozzin.

karozzin en face de San Elmo

Au programme des visites : le tour des remparts, les jardins, le Palais du Grand Maître ;

Je descends le long du Bastion Saint Lazare et du long bâtiment de la Sacra Infermeria – l’infirmerie des Chevaliers Hospitaliers dont la porte est fermée aujourd’hui mais dont j’ai pu entre-apercevoir l’intérieur vendredi : une grande salle de 155m de long. En 1787, l’Hôpital disposait de 563 lits. La vocation première des Chevaliers Hospitalier fut de soigner les pèlerins à Jérusalem. Maintenant un centre de conférence méditerranéen l’occupe.

Les entrepôts et les murs de la ville

Je longe le front de mer jusqu’à la Victoria Gate  située un peu plus haut. Je monte des marches, passe une curieuse passerelle qui enjambe une rue étroite très profonde. Après encore des marches j’entre dans l’Upper Barraca Garden – jolie vue, massifs d’œillets d’Inde irrigués par de fins tuyaux, beaucoup de touristes, des toilettes. Nous surplombons le Saluting Battery d’où on tire le canon à midi. Une voix d’une provenance incertaine invite les touristes à s’inscrire pour une visite au Lascaris War Rooms visite des souterrains et croisière pour observer les fortifications. Les batteries d’artillerie, les canons et les souterrains ne me tentent guère. J’ai sûrement tort mais notre temps est compté et j’ai d’autres priorités ! Malte est un  point stratégique au centre de la Méditerranée. Les chevaliers de Malte étaient un ordre militaire. Les batailles contre les Turcs, le Grand Siège de 1565 est un moment fort de l’histoire. Plus tard les Britanniques utilisèrent Malte comme relais sur la Route des Indes, ils complétèrent et modernisèrent les fortifications. Enfin, au cours de la 2ème Guerre Mondiale  Malte servit de base à l’invasion par les alliés de la Sicile. La Valette a souffert des bombardements italiens et allemands. Malgré cela, la visite de canons d’avions militaires, de sabres ou d’arquebuses m’ennuie profondément ;

Place de Castille : l’Auberge de la Langue d’Espagne

Du jardin Upper Barraca, je débouche sur la Place de Castille, vaste esplanade devant l’Auberge de Castille et Leon , énorme palais baroque où se trouvent maintenant les bureaux du Premier Ministre. Le comte Cagliostro y aurait séjourné (voir Alexandre Dumas, Joseph Balsamo) . Plus bas, se trouvent les bâtiments du Parlement dessinés par Renzo Piano, à la surface hérissée de polygones. Bâtiment élégant, certes, mais plutôt neutre.

Sur la place se trouvent plusieurs statues : des hommes politiques maltais, et une grande commémoration du sommet de 2015 sur les migrations : un socle métallique porte un nœud de marbre blanc, nœud gordien ou nœud de solidarité ? a moins qu’il ne suggère la position de Malte à la croisée des voies de navigation.

Renzo Piano : Parlement de Malte

En contrebas, le théâtre à ciel ouvert avec sa colonnade n’a rien d’antique. Ce sont les restes de l’Opéra royal construit en 1860, détruits par les bombardements allemands en 1942.

Deux églises se font face : Notre Dame des Victoires, la plus ancienne de La Valette (1566) rénovée au goût baroque avec de belles fresques sur le plafond et en face Sainte Catherine d’Italie avec le fameux retable de Mattia Preti.

Je prends mon temps pour photographier le bronze de Jean Parisot de la Valette .

Baroquissime

Je rejoins le Palais du Grand Maître par Merchants street qui porte bien son nom avec de nombreuse boutiques, échoppes de fast-food mais aussi boutiques anciennes, bijouteries vendant des filigranes d’or et d’argent. Les boutiques de vêtements soldent les articles d’été.

Appartements d’Etat

Le Palais du Grand Maître est un énorme palais construit autour de deux patios plantés d’arbres et de massifs : la cour de Neptune et la cour Pinto. Je remarque un clocher avec quatre cadrans. D’un côté on visite les Appartements d’Etat de l’autre l’Armurerie. Dans les Appartements d’Etat cinq vastes pièces s’ouvrent sur deux halls peints à fresques avec des « gardes » en armures à chaque porte, et des blasons de marbres au plancher. Dans une des pièces se trouvent de merveilleuses tapisseries des Gobelins représentant des décors exotiques avec des éléphants dans une jungle poétique. Dans la chambre rouge, une fresque relate de l’Ordre à Rhodes de 1309 à 1522. On y voit force turbans. Dans la chambre jaune, histoire de l’Ordre en Terre sainte.

Croisades : siège de Damas 1220

 

La hauteur des plafonds est impressionnante, les dimensions des pièces aussi. Je regrette l’absence d’un audio-guide pour expliquer tous ces tableaux.

En revanche l’audio-guide est fourni à l’Armoury, musée des armes et armures dans les écuries du Grand Maître. Armures, casques épées ne me passionnent vraiment pas ;

Armes et armures

Il me reste encore d’autres musées et églises à visiter. Je préfère la promenade suggérée par le guide Evasion, qui me mène devant le Vieux théâtre (fermé pour restauration). J’entre dans l’église Our Lady Mount Carmel et St Paul’s anglican cathedral sans intérêt touristique majeur, elles sont sur ma route. Je poursuis devant l’Auberge d’Aragon près de l’eau sur une place tranquille avant de longer la mer pour rejoindre le Fort Saint Elme. Ce qui est remarquable dans la topographie de La Valette c’est que tantôt on descend, et la même rue remonte très dur. Les distances sont petites mais le dénivelé cumulé est rude. Je fais le tour du Fort San Elmo où se trouve le Musée de la Guerre (entrée avec le Multipass heritage) belle promenade en extérieur.

vue du fort Saint Elme

 

 

 

 

Mdina et jardins San Anton

CARNET MALTAIS

Mdina, ville close

Le soleil est revenu au dessert. Nous partons pour Mdina, et arrivons en un quart d’heure de route.

Mdina et Rabat sont deux villes jumelles au centre de l’île, cités du silence. Mdina,  une ville close, perchée sur sa colline, ancienne capitale de l’île, domine le paysage.

Mdina baroque

On doit laisser la voiture à la porte monumentale  baroque (1724) dans les remparts arabes du 9ème siècle. Le Palazzo Vilhena (1726) héberge le Musée d’Histoire Naturelle. C’est un palais baroque aux dimensions imposantes et aux sculptures monumentales.

Je le contourne par la Triq-San-Pawl et parviens à la Cathédrale Saint Paul gardée par des canons, Église et chose militaire sont bien associées sur l’île de Malte ! Aujourd’hui dimanche, le musée et la visite de l’église sont fermées, mais on peut entrer dans la cathédrale.

coupole de la cathédrale de Mdina

Reconstruite en 1703 après le séisme de 1693, c’est l’œuvre de Lorenzo Gafa, l’architecte de nombreuses églises maltaises et du  retable du chœur de la Co-Cathédrale, de l’église saint Paul –le naufragé à La Valette que j’ai vue ainsi que Saint Nicolas de Siggiewi. Un même maître d’œuvre à une même période, ceci explique la grande homogénéité de style des églises de l’île. Le séisme de 1693 eut  son épicentre en Sicile et détruisit la ville de Noto, mais causa nombreuses destructions dans l’archipel maltais. Cette Cathédrale aurait été érigée sur le lieu-même où saint Paul aurait converti le gouverneur romain Publius devenu ensuite le 1er évêque de Malte. Comme à La Valette, le pavement est revêtu de  pierres tombales de marbres multicolores et le plafond de la nef est peint à fresque.

Mattias Preti : naufrage de Saint Paul

On trouve aussi de remarquables œuvres de Mattia Preti, le naufrage qui porté Paul sur l’île de Malte, peint dans la coquille autour du chœur. La Conversion de Paul et Saint paul conquérant les maures sont des tableaux mal éclairés aujourd’hui, difficule à apprécier dans la pénombre. Un autre jour pendant la visite payante, ils sont probablement mis en valeur.

La place baroque de la cathédrale entourée d’autre palazzi me fait penser aux places de certaines villes des Pouilles ou à Noto en Sicile.

Mdina cité du silence

Cependant toutes les rues ne sont pas baroques. Certaines  sont au contraire très sobres, étroites, et semblent médiévales, presque arabes. Parfois une arcade, parfois un balcon, Mdina fait dans la discrétion. J’entre par hasard par le porche ouvert d’un couvent : « clôture » ! on ne va pas plus loin. Je ne verrai pas l’église des Carmélites ou des Bénédictins.

Le Palazzo Falcon se trouve Triq-Villagagnon, la rue principale de la ville. C’est une jolie demeure siculo-normande dont certaines parties datent du 13ème siècle, en 1530 le Grand Maître Philippe Villiers de L’lsle-Adam y logea. Cependant la visite se fait dans le logis d’un artiste-peintre du 20ème siècle , Gollcher Obé qui était un collectionneur éclectique. Nous visitons ses collections : meubles, bijoux en filigrane, pipes, tabatières, vaisselle. Aux murs, ses tableaux. Beaux tapis d’Azerbaïdjan. C’est joli mais un peu décalé.

Vers 16h, retour à la voiture, je ne verrai ni les fossiles ni lez squelettes des éléphants nains. Nous avons envie de campagne. Les Jardins San Anton, à Attard  nous attirent. San Anton Palace est aujourd’hui la résidence présidentielle et ses jardins seraient les plus beaux de l’île. Je ne trouve pas l’adresse précise pour régler le GPS, j’entre donc Attard Centre-ville. Et bien sûr, nous sommes perdues !Je découvre un quartier chic avec de belles maisons victoriennes – ou maltaises – de très hauts murs protègent des regards des jardins. Promenade très tranquille. Je passe devant la Villa Bologna qui a aussi de beaux jardins, mais je ne trouve pas l’entrée, ni celle des jardins San Anton. En revanche une foule se presse avec poussette, landaus et bambins à la porte de Kitchen garden qui ouvren à 17h. Ce potager du San Anton palace est maintenant un jardin dédié aux enfants avec jeux e, bois coloré, une ferme d’animaux domestiques dans des enclos propres cimentés, mutons bien peignés, mini-chèvres….il y a aussi un grand jardin aromatique et des rangées de tomates, poivrons. C’est un peu décevant d’avoir fait tout ce chemin pour cela !

 

La Religion – Tim Willocks

CARNET MALTAIS

C’est avec soulagement que j’achève ce pavé de plus de 850 pages.

Laborieusement,  j’ai tenu à le lire en VO et j’ai dû souvent avoir recours au dictionnaires ( j’en ai deux anglais-français, et deux, anglais -anglais et même américain-anglais, c’est le plus de la liseuse) sans savoir que l’auteur avait prévu un glossaire (c’est le moins de la liseuse, l’accès aux notes n’est pas évident). Comme je lis souvent en anglais, l’usage répété au dictionnaire indique un vocabulaire particulièrement vaste, riche et recherché, et donc un style qui n’est pas banal. Pas banal, voire, j’ai appris un nombre impressionnant de mots concernant le vomi, les crachats, les puanteurs de toutes origines, le sang, les glaires….et si c’est instructif ce n’est pas forcément plaisant. J’ai aussi appris les noms précis des différentes parties d’une armure, le tranchant des épées, dagues, cimeterres…pas très utile au 21ème siècle.

Jean Parisot de La Valette

Ce livre raconte le Grand siège de Malte ( 1565) .  De retour de Malte, j’étais très impatiente de le lire et je me suis acharnée même si cette lecture était souvent pénible. Pénible à cause de la violence souvent insoutenable. J’ai souvent posé la liseuse en me demandant : ai-jevraiment envie de lire cela? les intestins sortant des ventres, les démembrements, les descriptions très précises et interminables des corps à corps avec luxe de détails. Au bout d’une demi-heure de ces combats traînant en longueur, j’étais attirée par mon téléphone, Télérama, le Monde…. n’importe quoi!

1540, Mattias Tannhauser, fils de forgeron saxon, dans la Hongrie d’alors, Transylvanie aujourd’hui, est enlevé pour devenir devshirme, esclave soldat de Soleiman.  Ayant suivi les janissaires dans de nombreuses campagnes, il devient commerçant, marchand d’épices associé à un Juif de Venise, trafiquant d’opium et probablement d’armes. Le Grand Maître de l’Ordre de Malte, La Valette l’attire  pour utiliser ses connaissances des armées du Sultan qui assiègent l’île. Mercenaire ou espion? Il ne vend pas ses services mais les offre à une Comtesse maltaise qui recherche son fils perdu. Tous les ingrédients pour un roman de cap et d’épée, des intrigues, des combats héroïques, un roman historique comme j’aime les lire comme ceux d’ Alexandre Dumas ou de Natoli. Cependant avec ce pseudonyme wagnérien on arrive dans Shakespeare ou le Grand-Guignol.

La Religion,  c’est ainsi que les Chevaliers de Saint Jean nomment l’Ordre de Malte, oppose le combat titanesque entre la foule de 40 000 soldats du Sultan qui se battent au nom d’Allah à quelques centaines de chevaliers et quelques milliers de Maltais et d’Espagnols au nom du Christ et du Baptiste. Fanatisme contre fanatisme. Mattias qui a combattu avec les deux camps est plutôt incroyant. Son maître à penser fut Petrus Grubenius, un érudit victime de l’Inquisition. Quand Tannhauser rencontre l’Inquisiteur Ludovico Ludovici, on comprend qu’une lutte sans merci opposera les deux hommes. Fanatisme, Pouvoir de l’Eglise contre tolérance et multiculturalisme (même si ce dernier mot est un anachronisme).

Ce livre violent et barbare est aussi une condamnation du fanatisme. Dire que les guerres de religions furent une boucherie sanglante et puante relève d’une démarche louable.  Est-il nécessaire de se complaire pendant 850 pages dans le sang et la merde?